Le manuel du prince génial pour sortir une nation de l’endettement – Tome 1 – Chapitre 3 – Partie 4

***

Chapitre 3 : Trop d’une bonne chose

Partie 4

Il y avait une petite ville non loin de la mine de Jilaat, un endroit tranquille avec peu d’industrie ou de problèmes.

Du moins, ça l’était. En ce moment, c’était le lieu de rassemblement des soldats des villes voisines qui allait faire face à l’armée de Natra. L’air était tendu et la sécurité serrée. Ceux qui avaient des moyens et des relations se réfugiaient loin, mais d’autres continuaient à vivre en retenant leur souffle. Toute personne voyageant ouvertement dans la ville était soit excentrique, soit dans des circonstances uniques.

Jiva était sûrement dans cette dernière catégorie. Il était dans une chambre dans une auberge qui avait connu des jours meilleurs.

« Et voilà qui conclut mon rapport sur les résidents de la mine. »

« Je vois. Vous vous en êtes bien sorti. »

Deux hommes étaient dans la pièce. L’un était le diplomate de Marden, Jiva. L’autre était son espion personnel. Jiva l’avait envoyé au camp de base de Natra pour savoir s’ils étaient prêts à parler, pendant qu’il s’aventurait en ville pour installer la table de négociation. Il avait reçu des rapports de l’espion quelques jours plus tard, mais — il n’en croyait pas ses oreilles.

« Dire que les gens de la mine ont été traités si cruellement…, » déclara Jiva.

La chaise dans la pièce avait grincé quand Jiva avait baissé sa tête. Bien sûr, il avait entendu les rumeurs selon lesquelles les mineurs étaient traités de façon inhumaine, alors qu’ils étaient utilisés sans relâche, jusqu’à ce que la mort s’en suive. Mais la mine avait été entièrement confiée à Holonyeh, et la faction de Mahdia n’avait jamais pu l’interroger, d’autant plus qu’il faisait toujours des bénéfices.

… Non, ce n’est pas la seule raison. Ils ont probablement attiré les hauts gradés du Mahdia de leur côté.

En plus de tenir les cordons de la bourse du pays, les hommes d’Holonyeh étaient habiles à déclencher des luttes politiques. Il ne serait pas difficile de cajoler le Mahdia lorsqu’il s’agit de questions comme celle-ci. Et si les dirigeants se taisaient, les sous-fifres n’auraient jamais l’occasion de dire un mot. C’était la position de Jiva. Quant à ceux qui avaient essayé de sortir du chemin tracé, ils avaient naturellement disparu avant d’aller très loin.

« … Êtes-vous sûr que Natra ne les force pas à travailler, n’est-ce pas ? » Jiva demanda confirmation.

« Oui. Bien au contraire. Ils fournissent de la nourriture et des logements… Avec tout le respect que je vous dois, monsieur, leur cœur n’appartient plus à Marden, » déclara l’espion.

« Oui, oui, c’est ce que je pensais, » déclara Jiva.

Bien sûr, ils n’auraient jamais été loyaux envers un pays qui les traitait essentiellement comme des esclaves. Pour les habitants, Marden était un chef vicieux — et Natra, leur libérateur.

« Leur prince héritier… J’ai toujours entendu dire que c’est un jeune homme juste et bienveillant, mais il semble que les rumeurs soient vraies. Comment vont leurs troupes ? » demanda Jiva.

« Il semble qu’ils enquêtent sur la région environnante pour comprendre sa géographie. Ils n’ont fait que jeter les bases, mais ils ont pris des mesures pour construire une forteresse, » répondit l’espion.

« … »

Natra s’apprêtait à lutter contre Marden en fortifiant leurs défenses. Il n’était plus possible d’aborder cette question à la légère. Jiva avait pris une décision.

« Je n’ai pas d’autre choix que d’aller leur parler en tant qu’émissaire, » déclara Jiva.

« Ça pourrait être dangereux. En l’état actuel des choses, vous pourriez être tué, » déclara l’espion.

« Il n’y aura pas de progrès si je ne peux pas surmonter tout ça. Espérons que nous pouvons compter sur la bienveillance du prince, » déclara Jiva.

Détermination en main, Jiva avait commencé à se préparer pour son voyage vers la mine d’or.

***

Pendant ce temps, Wein gémissait mortellement alors qu’il était effondré sur son bureau. « Uwaaaghhh. »

C’était difficile de croire que c’était le même type que le diplomate de Marden louait autant.

« … Ne te relâche pas. Allez, ressaisis-toi, » dit Ninym.

Mais sa voix n’avait pas sa puissance ou sa vigueur habituelle. Pour une fois, ses sentiments étaient sur la même longueur d’onde que ceux de Wein.

« … Ça se dessèche ! Vide ! Ouais, ouais, c’est bien ma chance. Il fallait que ça arrive tout de suite. On est venus jusqu’ici, on a volé la mine et on est allés faire la guerre à Marden pour ça. Puis, quand on a cru qu’on avait gagné, tout est devenu de la merde. Pourquoi ça m’arrive qu’à moi… ? »

Depuis qu’il avait reçu la carte, Wein avait commencé à étudier en profondeur l’authenticité des documents de Pelynt.

Les résultats étaient revenus positifs. Il n’y avait pas eu d’erreur : la mine d’or était sur le point de manquer de minerai. Bien sûr qu’il était désespéré ! S’il était le seul impliqué, on pourrait en rire avec une tape sur les genoux. Mais ce n’est pas ainsi que la stratégie nationale fonctionnait. Qui allait lui pardonner avec un incident mineur et une petite tape sur la tête pour quelque chose de cette ampleur ?

« Mais nous ne pouvons pas nous permettre de rester les bras croisés et de ne rien faire, » déplora Ninym, qui dirigeait cela vers Wein, mais elle s’était dit à elle-même. « Nous devons décider quoi faire ensuite. »

« Ouais, on n’a pas d’autre choix que de se retirer, non ? » déclara Wein d’un air renfrogné, en soulevant légèrement son visage du bureau. « On s’est battus parce qu’on pensait que cette mine valait quelque chose. C’était le but même de la prendre et de la défendre — pour en préserver la valeur. Mais maintenant que ça ne vaut même plus une seule pièce d’or ? Nous ferions mieux de limiter les dégâts et de nous en laver les mains le plus vite possible. »

C’était logique. Alors même qu’ils étaient assis ici à discuter d’affaires, l’armée possédait des dépenses courantes à prendre en considération, et elles étaient particulièrement élevées parce qu’elles se trouvaient en territoire ennemi. Plus vite ils partiraient, mieux cela serait.

« Alors qu’en est-il de notre promesse ? Celle qu’on a faite à Pelynt quant au fait de s’occuper de son peuple ? » demanda Ninym.

« Il ne parlait que des gens. Il n’a pas parlé de la mine. On prend n’importe qui qui veut venir avec nous. Ce que je veux dire, c’est que dès le départ, notre royaume est comme un creuset, construit par des gens qui n’avaient pas d’autre avenir. Ces types ne sont pas différents. Les inclure dans notre pays ne va rien bouleverser, » déclara Wein.

« … C’est vrai, » elle avait accepté sa logique, hochant la tête. « Devrions-nous informer les mineurs et nous préparer à nous retirer ? »

« … Non, pas encore, » répondit Wein.

« Pourquoi ça ? » demanda Ninym.

« Il y aura certainement des plaintes si on se retire maintenant, » déclara Wein.

S’il prenait la décision exécutive de rendre ces terres, cela affecterait certainement l’armée et la fierté de la nation. Au minimum, ils devaient trouver une justification.

« Ne devrions-nous pas dire la vérité aux troupes ? Si tu tiens à ne pas le dire à tout le monde, on peut peut-être au moins le partager avec les commandants ? » demanda Ninym.

« Tôt ou tard, les nouvelles parviendront aux soldats. Alors leur confiance en moi va vraiment s’effondrer. Si nous ne faisons pas attention, certains d’entre eux pourraient se mettre en colère contre les mineurs, » déclara Wein.

« Donc… nous sommes dans une position de “lame ducks [1]” jusqu’à ce que Marden envoie leur armée, » demanda Ninym.

« Oui, ils vont nous envoyer un gros groupe de soldats pour reprendre la mine. Quand nos hommes verront qu’ils sont plus forts, nous serons tous d’accord pour nous retirer… du moins, je le pense » déclara Wein.

Grâce à une liste croissante de surprises, de rebondissements et de virages, ce plan médiocre avait été le meilleur qu’il ait pu trouver.

« Qu’en est-il de la vendre à un autre pays — sans leur faire savoir que la mine n’est pas bonne ? Kavalinu, peut-être ? » Ninym avait suggéré cela.

Selon Pelynt, la mine avait été confiée à Holonyeh. Au fur et à mesure que les documents passaient entre les mains des représentants du gouvernement, chacun d’eux avait pris soin de déclarer un bénéfice légèrement supérieur à ce qu’il était en réalité afin de pouvoir détourner encore plus d’argent. Il était très possible que Holonyeh lui-même ne sût même pas ce qui était exact à ce stade.

En plus de Pelynt, Wein, Ninym, et les autres présents à cette réunion précédente étaient les seuls à connaître l’état lamentable de la mine d’or. Ils pourraient le vendre à un autre pays dans un cas standard d’échange avec un adversaire. Ce n’était pas totalement hors de question.

« Ce ne sera pas facile de se mettre d’accord. On n’a pas assez de temps pour ça. Et nous devrons affronter les troupes de Marden si nous prenons trop de temps. Si ça arrive, on pourra dire adieu à n’importe quel bénéfice. Et il y aura certainement de la rancune s’ils l’apprennent un jour, » déclara Wein.

C’était un choix difficile. C’était dur de laisser tomber l’endroit pour lequel ils s’étaient battus si fort.

Où pouvons-nous trouver un acheteur pour ce genre de choses ?

Les engrenages dans la tête de Wein avaient commencé à tourner, pour être soudainement interrompus par une agitation à l’extérieur du bâtiment.

« Je me demande ce que ça pourrait être ? » demanda Ninym.

En regardant par la fenêtre, il avait vu un groupe de soldats se précipiter d’un côté et de l’autre de la fenêtre. Alors qu’il pensait qu’ils étaient attaqués par l’ennemi, on frappa à la porte.

« Toutes mes excuses, Votre Altesse ! » Légèrement essoufflé, Raklum apparut devant eux.

Wein avait immédiatement posé sa question la plus urgente. « Est-ce que l’ennemi attaque ? »

« Non, » répondit Raklum.

Wein l’encouragea à continuer à parler. Eh bien, qu’est-ce que c’est ?

« C’est un émissaire. Un émissaire de Marden est arrivé, » déclara Raklum.

« … » Les yeux de Wein s’écarquillèrent, mais pas à cause de la nouvelle.

Il avait été frappé d’un coup d’inspiration soudain.

Raklum avait continué. « Il demande à rencontrer Votre Altesse. Qu’est-ce qu’on fait ? »

« … A-t-il donné son nom ? À quoi ressemble-t-il ? » demanda Wein.

« Il a dit qu’il s’appelait Jiva, un diplomate de Marden. Vu son comportement, il ne fait aucun doute que c’est un haut fonctionnaire du gouvernement, » répondit Raklum.

« Ça me dit quelque chose. Le connaissez-vous, Ninym ? » demanda Wein.

« Oui. Je me souviens qu’il est membre de la cour royale, » répondit Ninym.

« Très bien, Raklum, conduisez-le à la salle de réception. J’arrive tout de suite. Ayez un comportement irréprochable, » ordonna Wein.

« Compris ! » Raklum s’était rapidement retourné sur ses talons et s’était précipité hors de la pièce.

« Ninym, j’aimerais que tu mettes notre invité à l’aise, » déclara Wein sur un ton moins formel.

« Je m’en occupe immédiatement —, » elle s’était arrêtée à mi-parcours en voyant l’expression de son maître. « Qu’est-ce qui ne va pas, Wein ? Tu fais une drôle de tête. »

« Ah ! Non, tout est clair pour moi maintenant, » déclara Wein.

« … Qu’est-ce que tu racontes ? » demanda Ninym.

Wein avait souri. « Nous avons un acheteur pour la mine. »

Notes

  • 1 Un lame duck (littéralement « canard boiteux ») désigne, dans le monde politique anglo-saxon, un élu dont le mandat arrive à terme, et plus particulièrement un élu toujours en poste, alors que son successeur est déjà élu, mais n’occupe pas encore le poste.

***

Si vous avez trouvé une faute d’orthographe, informez-nous en sélectionnant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée s’il vous plaît. Il est conseillé de se connecter sur un compte avant de le faire.

2 commentaires

  1. Merci pour le chapitre.

  2. Merci pour le chapitre, il va demandé une rançon pour rendre une mine a sec 😈

Laisser un commentaire