Le manuel du prince génial pour sortir une nation de l’endettement – Tome 1 – Chapitre 3 – Partie 3

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Chapitre 3 : Trop d’une bonne chose

Partie 3

Ninym Ralei s’était levée tôt de son lit. Ça faisait partie de sa routine matinale de se réveiller à l’aube. Après tout, elle vivait à une époque où la lumière du jour était trop précieuse pour être gaspillée.

De plus, elle participait à une expédition militaire et devait éviter de gaspiller l’huile des lampes et des bougies. C’est pourquoi commencer à travailler au lever du soleil était la solution la plus optimale.

Mais la toute première chose qu’elle avait faite avait été de se purifier.

« … Pfff. »

Cela faisait une semaine que Natra avait repris la mine d’or de Jilaat.

Les forces de Natra avaient remis au travail les anciens directeurs de la mine et s’étaient familiarisées avec l’agencement de leur quartier général temporaire, ce qui leur avait finalement permis de mettre leurs affaires à jour. Enfin, elle pouvait prendre le temps de se doucher.

Vu qu’elle était là, elle avait utilisé le terme « prendre une douche » assez généreusement. Elle ne pouvait pas se tremper dans l’eau chaude ou tamponner de l’huile parfumée sur sa peau. En tant que femme, elle ressentait un vif désir pour un peu plus de luxe qui répondait à ses désirs, mais en tant qu’assistante sensée, elle l’avait chassée et l’avait tenue à distance.

Alors, je ferais mieux d’aller le réveiller.

En sortant de la baignoire, elle s’était asséchée et s’était habillée avant de continuer le long du couloir pour se diriger vers la chambre de Wein.

« Mademoiselle l’Assistante. Je vois que vous êtes encore debout tôt, » deux gardes se tenaient devant sa porte.

« Je ne peux pas trop dormir, ou Son Altesse le fera aussi. Quelque chose à signaler pendant que vous étiez de garde ? » demanda Ninym.

« Rien à signaler. Tout a été calme, » répondit le premier garde.

« Très bien. Repos. »

Les gardes s’éloignèrent de la porte, laissant entrer Ninym dans la chambre du prince.

C’était modeste. Le jour où leurs forces s’étaient emparées de cet endroit, l’armée s’était approprié tout ce qui avait de la valeur dans le bâtiment. Les propriétaires d’origine avaient emporté la plupart des objets de valeur pendant leur fuite, de sorte que l’armée n’avait pas rassemblé grand-chose. Mais au-delà des possessions matérielles, cette pièce contenait la deuxième chose la plus précieuse du royaume de Natra.

C’était Wein Salema Arbalest, dormant sur le lit.

« … Wein, » lui souffla-t-elle dans l’oreille.

Il ne voulait pas se réveiller. Elle le savait bien. Il adorait dormir —, et il méprisait le fait de se lever. Si elle le laissait faire, il dormirait, mort comme une bûche, jusqu’au milieu de la journée. Il ne se réveillait que quand le soleil brillait un peu trop fort à travers ses fenêtres.

Pour l’instant, le mieux qu’elle puisse faire, c’était d’ouvrir les rideaux, de laisser entrer la lumière et de lui murmurer joyeusement à l’oreille. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’il sortait de sa couverture chaude en rampant de façon grognon.

Mais ce n’était pas son premier plan d’action. Elle posa ses mains sur son menton près de son oreiller et fixa son visage endormi. De temps en temps, elle regardait Wein dormir — c’était son moment d’indulgence.

« Mnn... Hrnnm. »

Il gémissait, grognant en laissant sortir des bruits incompréhensibles de l’arrière de sa gorge. De quoi pourrait-il rêver ? Il avait l’air trop paisible pour être pris dans un cauchemar.

Pourrait-il rêver de moi ?

Elle n’avait aucun moyen de le savoir, mais cette seule pensée la rendait heureuse.

Je crois que je vais faire les mets préférés de Wein pour le petit-déjeuner d’aujourd’hui.

Ici, à Marden, ils n’avaient pas le luxe d’avoir des chefs cuisiniers ou un service de repas à plein temps, ce qui laissait à Ninym la charge de préparer tous ses repas. Ses talents culinaires et les ingrédients à disposition ne correspondaient pas tout à fait à ceux du palais, mais vu les circonstances, les plats étaient relativement élaborés, comme cela devrait l’être. Après tout, c’était pour le prince héritier.

Se réjouissant de ces pensées, elle entendit Wein parler dans son sommeil alors qu’il lui faisait un sourire détendu. Elle avait capté quelques-uns de ses mots confus. « Des seins… si gros… si gonflés… si rebondissants… »

« … » Ninym tapota sa propre poitrine.

Eh bien, ils ne pourraient certainement pas être appelés « rebondissants », peu importe comment on tournait son imagination. Elle avait fait une note mentale pour lui donner un petit-déjeuner complet de ses choses les moins aimées.

Dans l’espoir de calmer sa rage, elle regarda de nouveau son visage endormi.

Son visage a l’air… plus viril d’une façon ou d’une autre. Elle joua avec sa frange. Il grandit de plus en plus. On était de la même taille quand on était des enfants, mais il est devenu plus grand que moi avant même que je m’en rende compte. Il est très épanoui, lui aussi.

Pour sa part, il y avait une possibilité que sa propre poussée de croissance soit à sa fin. Ses traits et son corps avaient pris leur forme féminine, acquérant juste une touche de rondeur. Mais ne parlons pas de ses seins pour l’instant.

La relation entre les deux individus n’avait pas changé depuis l’enfance. À l’époque, ils s’agrippaient soudainement les épaules et se rapprochaient l’un de l’autre, exposaient librement leur poitrine et s’engageaient dans des discussions sur les seins. Le fait qu’ils soient de sexe opposé n’avait jamais eu d’importance.

 

 

Parfois, elle était heureuse de maintenir cette intimité, mais parfois, elle n’arrivait pas à dissiper ses doutes et ses craintes. Quelle que soit l’émotion, Wein lui avait fait battre fortement son cœur chaque fois, bien qu’elle ait appris à le cacher habilement sous son apparence froide. Mais elle se demandait s’il s’en rendrait compte. Cela semblait improbable.

Ou bien il l’avait peut-être déjà remarqué et avait agi de cette façon exprès.

Elle l’avait maudit et avait envisagé de dessiner quelque chose sur son visage pendant une seconde. Mais elle secoua rapidement la tête.

… Je dois le réveiller bientôt.

Elle s’était éloignée de lui et s’était approchée des rideaux en faisant semblant d’être entrée dans la pièce à l’instant. La lumière se répandit à l’intérieur, l’obligeant à remuer légèrement.

« Wein, réveille-toi. C’est le matin, » annonça-t-elle, sachant qu’elle ne l’aurait plus pour elle seule. Il n’était à elle qu’à la croisée des chemins entre le jour et la nuit.

***

« Maintenant que c’est la nôtre, utilisons la mine autant que possible, » conclut Wein en regardant par la fenêtre de son bureau.

« Es-tu sûr de toi ? Même s’ils se battront pour ça ? » Ninym se tenait à côté de lui, exprimant ses inquiétudes.

La mine d’or pouvait fonctionner seule. Les mineurs et leurs familles vivaient sur place. En plus de la confusion initiale au sujet de l’occupation militaire de Natra, les troupes avaient fait en sorte que la paix et l’ordre reviennent rapidement. Il ne serait pas trop difficile de les convaincre de coopérer.

Bien sûr, Marden viendrait reprendre la mine dès que leurs soldats seraient prêts à se battre. Cette mine d’or était si vitale. Si la nouvelle armée améliorée de Marden y mettait toute son énergie, elle pourrait sans aucun doute faire de sérieux dégâts. Mais Wein l’avait déjà inclus dans ses calculs.

« Ils ont perdu. C’est une affaire conclue. Si je la rendais maintenant, le moral et la confiance en moi, en tant que leader, s’effondreraient, » déclara Wein.

Ninym ne pouvait pas contester ça. « Dans ce cas, nous devrons empêcher Marden de la voler après ça. »

« D’abord, nous apprenons à connaître le terrain. Nous avons déjà fait des reconnaissances de base, mais ce n’est pas assez. On doit connaître la mine à fond, » déclara Wein.

« Je sais que c’était un peu inévitable, mais c’est dommage que nous n’ayons pu trouver aucun document ou information, » déclara Ninym.

Les gardes de la mine s’étaient retirés assez rapidement, mais ils avaient soit brûlé, soit pris la fuite avec presque tous les dossiers ou documents relatifs à la mine. Ça devait être leur plan de secours en cas de crise et de capitulation.

« Excusez-moi. » On avait soudainement frappé à la porte. Raklum était arrivé à ce moment. « Votre Altesse, j’ai des rapports sur l’avancement d’un certain nombre d’enquêtes. »

« Bon travail. On reprend depuis le début, » déclara Wein.

« Oui, Sire. Grâce à votre soutien, dans l’ensemble, notre relation avec les résidents s’améliore. Nous avons distribué de la nourriture et nous sommes en train d’aider à construire des maisons convenables, » déclara Raklum.

« C’est normal, surtout si l’on considère la façon dont ils ont été traités avant notre arrivée », avait déclaré Ninym. Sa façon de parler changea instantanément dès que Raklum entra dans la pièce.

L’armée de Natra avait chassé la garnison de Marden pour prendre le contrôle de la mine d’or. Bien sûr, la mine était dotée d’un quartier résidentiel pour les mineurs et leurs familles. Ce qu’ils avaient trouvé là-bas, c’était des huttes délabrées, entassées les unes contre les autres, et des gens mal nourris à l’intérieur. Il était évident qu’il s’agissait soit d’esclaves, échangés contre de l’argent pour un faible coût, soit de délinquants qui avaient été envoyés là-bas pour faire des travaux forcés. Il y avait même des gens qui étaient complètement innocents de tout crime et qui avaient été jetés selon les caprices de ceux qui étaient au pouvoir.

Le travail dans les mines d’or était notoirement intense. Et bien sûr, il n’y avait pas de nourriture digne de ce nom. Supposer qu’il y avait quelque chose de proche d’un médecin était absurde. Les maisons étaient des tas de ferraille qui avaient été bricolés ensemble, et la plupart des ouvriers seraient morts après quelques années. Apprenant leur sort, Wein s’assura que de la nourriture de bonne qualité leur soit distribuée et il demanda aux soldats de leur construire des abris simples, mais fonctionnels. C’était quand même luxueux par rapport à avant. Les habitants des mines avaient unanimement exprimé leur reconnaissance.

Ça faisait partie de ses plans. Bien sûr, ils consommaient plus de ressources, mais la coopération des résidents était essentielle pour extraire l’or. Il serait imprudent de leur donner des raisons de se révolter alors qu’un affrontement avec les Mardens se profilait à l’horizon.

De plus, ce genre d’inefficacité est un énorme gaspillage.

La mort signifiait une perte non seulement de main-d’œuvre, mais aussi de connaissances et d’expérience. Le fait de considérer les mineurs comme étant sans importance et de les laisser mourir sans raison avait sans aucun doute nui à l’industrie minière.

« Comment avance la carte ? » demanda Wein.

« La région environnante devrait faire l’objet d’une étude dans les prochains jours. Cependant, les tunnels intérieurs de la mine sont très étendus et il faudra un certain temps pour bien les comprendre. Nous travaillons avec les mineurs, mais comme le taux de roulement était incroyablement élevé, trouver quelqu’un qui possède des connaissances approfondies, c’est…, » Raklum avait commencé à développer tout ça.

« Compris. Vous pouvez continuer comme prévu. Était-ce le seul rapport ? » demanda Wein.

« Oui… Eh bien, il y a une autre chose, » déclara Raklum.

« Qu’est-ce que c’est ? » demanda Wein.

« L’un des résidents de la mine demande à rencontrer Votre Altesse, » déclara Raklum.

Wein inclina avec curiosité la tête. « Si c’est à propos d’une demande, je pense que je vais vous laisser faire. »

« C’est ce que j’ai dit, mais il a insisté pour rencontrer Votre Altesse directement. J’ai jeté un coup d’œil à ses antécédents, et il semble qu’il soit l’un des médiateurs qui représentent les résidents, » déclara Raklum.

Wein et Ninym avaient regardé l’autre dans les yeux.

« Qu’est-ce que vous en pensez ? » demanda Wein.

« Je sens une sorte d’intrigue. C’est peut-être dans votre intérêt de le rencontrer, » avait-elle répondu, d’une manière formelle.

« C’est à peu près ça. OK, Raklum, appelez-le, » déclara Wein.

« Oui ! » Raklum était sorti rapidement de la pièce.

Il revint bientôt avec un homme, une silhouette décharnée sans une once de force dans son faible corps. La plupart des résidents présentaient une insuffisance pondérale grave, mais c’était quelque chose de pire. Il tomberait probablement à la suite d’une légère poussée.

… Mais ce n’était pas la seule chose qui préoccupait Wein lorsqu’il regardait l’homme à genoux devant lui.

« C’est un plaisir de vous rencontrer, Votre Altesse. Je suis —, » commença l’homme.

« Pelynt ! » s’exclama Wein.

La tête de l’homme s’était relevée, répondant à son nom.

« J’ai lu votre description personnelle quand je faisais des recherches sur les hauts fonctionnaires de Marden. Vous avez l’air très différent maintenant, mais il n’y a aucun doute que c’est bien vous, » déclara Wein.

« … Donc les rumeurs sur votre intuition sont vraies. Je suis humilié. » Il inclina de nouveau la tête. « Je m’appelle bien Pelynt. J’ai servi le palais royal de Marden jusqu’à il y a quelques années. »

« Avez-vous été vaincu dans un combat politique ? » demanda Wein.

« Ah, oui. Je vois que votre perspicacité ne connaît pas de limites. J’ai été forcé de venir ici après qu’on m’ait volé ma fortune, » répondit Pelynt.

« Cherchez-vous donc un nouveau départ dans mon pays ? » demanda Wein.

C’était la seule explication logique, mais à la surprise de Wein, Pelynt secoua la tête. 

« Oui, mais ce n’est pas la raison pour laquelle je suis ici aujourd’hui. J’ai préparé un cadeau, avant de faire ma demande… C’est pour vous, » Pelynt avait tendu un parchemin patiné par l’âge.

Ninym avait joué le rôle d’intermédiaire, le présentant à Wein, qui en avait inspecté le contenu.

Ses yeux bougèrent dessus avec surprise. « C’est… une carte de l’intérieur de la mine ! »

« Oui. Il s’agit d’une reproduction complète, avec chaque tunnel pris en compte, » déclara Pelynt.

Wein aurait donné un bras et une jambe pour ça. Il aurait besoin de confirmer les détails de la mine, mais sa prochaine étape changerait tant qu’il aurait ceci.

« Pourquoi me donnez-vous ça ? » demanda Wein.

« J’ai pensé que Votre Altesse pourrait en avoir besoin, alors je l’ai volé avant qu’elle soit brûlée, » déclara Pelynt.

« … Je vois. Cela n’a pas de prix. » Mais cela avait fait que Wein s’était raidi. Quelle faveur cet homme avait-il en tête ? « Allez-y, Pelynt. Qu’est-ce que vous voulez ? »

« Oui, bien sûr, » il prit une grande respiration, rassemblant toute la puissance dans le creux de son estomac, et parla. « S’il vous plaît, je vous demande de ne pas abandonner les gens de la mine. »

« … Attendez ? Quoi ? » Wein fronça les sourcils devant les mots inattendus.

Sa perplexité s’étendit à Ninym et à Raklum, dont le visage, en particulier, fut entraîné dans une grimace inconfortable.

« Il ne faut pas oublier ses manières, Pelynt, » avertit Raklum. « Vous ne pouvez pas connaître les souffrances que Son Altesse a endurées pour votre peuple. Ne vous avisez pas d’ignorer ça. »

« C’est précisément la raison pour laquelle je pose la question. » Sous le regard intense de Raklum, Pelynt continua sans hésiter. « Avec tout le respect que je vous dois, j’aurais échangé la carte contre de l’argent et laissez cet endroit loin derrière moi si Son Altesse n’avait pas été si vertueuse. Mais après avoir vu à quel point Son Altesse se conduit d’une manière noble, je savais que je ne pouvais pas garder ça secret. » Il avait pris une liasse de papiers.

« Qu’est-ce que c’est ? » demanda Wein.

« Des informations sur l’activité minière que j’ai écrites en secret. Jetez un coup d’œil, s’il vous plaît, » déclara Pelynt.

Tandis que la tension montait dans la pièce, Ninym prit délicatement les documents et les passa à Wein. Il baissa les yeux. Comme Pelynt l’avait dit, il s’agissait d’un compte-rendu des stocks de minerai dans la mine, remontant apparemment aux premiers jours de la mine. Wein avait continué à lire.

Alors qu’il approchait de la dernière entrée, il s’était arrêté. « … Hé, ce n’est pas possible… »

« Oui. Ces chiffres sont corrects, » divulgua solennellement Pelynt. « La mine s’épuise. »

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3 commentaires

  1. Merci pour le chapitre. Est ce que les bureaucrates de Marden on signalé l'épuisement de la mine au roi ou ont préférable gardé les mauvaises nouvelles sous le tapis ?

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