Le manuel du prince génial pour sortir une nation de l’endettement – Tome 1 – Chapitre 3 – Partie 1

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Chapitre 3 : Trop d’une bonne chose

Partie 1

« Aghhhhhhhhhhhhhhhhh…, » étendu sur son bureau, Wein avait fait tout un spectacle en exhalant le soupir le plus sombre et le plus horrible qu’il pouvait faire.

Ninym se tenait à côté de lui. De retour du champ de bataille, ils ne portaient plus d’armure.

Normalement, elle poussait Wein d’une façon ou d’une autre à faire le travail chaque fois qu’il se laissait aller, mais aujourd’hui c’était différent.

« … Cela pourrait être un problème, » chuchota-t-elle.

Wein n’était pas le seul à froncer les sourcils. Les sourcils de Ninym étaient aussi plissés.

« J’ai enfin compris ce que tu essayais de dire avant mon départ, » chuchota-t-elle.

Tandis qu’il la regardait d’un air interrogateur, elle lui rappela l’autre jour. « Tu m’as dit que ce n’était pas une bonne idée de gagner d’une manière trop écrasante. »

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« Nous devrions lancer une contre-attaque ! » s’écria un commandant, donnant la parole aux pensées de tous les autres dans la salle de réunion. « Marden nous a attaqués en premier. Maintenant que nous les avons vaincus, leur région orientale est grande ouverte ! On peut s’emparer d’une grande partie de leur territoire ! »

C’était le lendemain de leur victoire décisive dans le désert de Polta. Le conseil de guerre s’était réuni pour décider d’un nouvel objectif et les officiers avaient tous de grandes ambitions.

« Je suis d’accord. Nos soldats n’ont subi que des dommages minimes. Et parce que nous avons gagné en si peu de temps, nous n’allons pas manquer de ressources de sitôt. »

« Nous avons aussi rassemblé les provisions que Marden a laissées derrière lui. L’estomac de nos soldats peut exploser en mangeant trop. »

Le conseil de guerre avait rugi de rire.

Ils étaient tous détendus, étourdis et heureux après leur récent succès. On pourrait même dire qu’ils devenaient arrogants, mais c’était compréhensible : ils étaient considérés comme des parias depuis des décennies. Maintenant, ils se prélassaient dans la victoire et la gloire. Ces officiers n’étaient après tout que des humains.

En plus de cela, ils avaient été sur la défense cette fois-ci, ce qui signifiait que leur victoire n’était pas très belle. La guerre était en grande partie synonyme de gain de territoire ou de biens, il était donc logique qu’ils aient voulu aller de l’avant pour envisager l’invasion.

Cependant, il y avait une personne qui ne partageait pas ce sentiment.

Arrêtez de dire des conneries ! Assis en tête de la table, Wein était d’une humeur tout à fait opposée aux autres. Partir sans un plan solide est beaucoup trop risqué !

Le désert de Polta se trouvait sur leur territoire et ils avaient donc une carte détaillée de la région. Ils pouvaient étudier au préalable comment les routes étaient reliées, le tracé des rivières et des montagnes, le terrain en général et l’emplacement des villes et villages avoisinants. Cette préparation avait facilité leurs avances et leur avait permis de faire des mouvements pour se réapprovisionner.

Cependant, ce ne serait pas le cas à l’intérieur de Marden. Alors que le conseil de guerre était armé d’une simple carte du territoire ennemi, sa précision était à mille lieues de celle de leur propre pays. Ils auraient à faire face à des villages fantômes, à des rivières d’une profondeur infranchissable avec des marées inconnues, à des routes tombées en ruines, etc. Tout cela était du domaine du possible.

Alors qu’un voyageur solitaire pourrait probablement faire le voyage d’une façon ou d’une autre, cela coûterait trop de temps et d’efforts à un groupe de milliers de personnes de faire un mauvais virage. Sans parler du fait que s’ils ne faisaient pas assez de progrès, leur moral chuterait. Il était très probable que leurs missions de réapprovisionnement soient retardées ou que leurs ressources soient complètement épuisées. Pendant ce temps, l’armée de Marden aurait des troupes fraîches et bien équipées prêtes à partir. C’était une mauvaise idée.

Mais je ne peux pas dire ça !

S’il y avait eu des pertes évidentes des deux côtés lors de la dernière bataille, les commandants auraient facilement accepté la demande de Wein. Mais il aurait l’air de ne rien savoir de l’art de la guerre s’il suggérait une action conservatrice maintenant. Il n’y avait aucun doute que leur loyauté s’effondrerait comme une avalanche. Prochain arrêt : le coup d’État.

Il faut que quelqu’un d’autre les arrête… !

Il était désespéré, mais il ne pouvait pas laisser Ninym le faire. Même maintenant, elle était juste derrière lui pour prendre des notes, mais elle n’était que son assistante, après tout. Bien qu’il l’ait temporairement mise à la tête de ses subordonnés, ce dont il avait besoin en ce moment, c’était d’un terrain de jeu totalement différent. Et elle n’avait pas le pouvoir de parler ici.

Il ne restait donc qu’un seul candidat. Wein regarda Raklum assis à quelques sièges. Raklum ! Hé, Raklum ! Il avait fait de son mieux pour communiquer avec de la télépathie.

Raklum remarqua Wein, qui était sur le point de le percer d’un trou en le fixant si intensément. Il avait répondu par un regard : Oui, qu’est-ce qu’il y a ?

Wein avait supplié avec ses yeux. Ce conseil de guerre est sur une mauvaise voie. Sautez dedans et calmez-les d’une façon ou d’une autre ! lui dirent ses yeux.

… Je vois. S’il vous plaît, considérez que le message est reçu, Votre Altesse, les yeux de Raklum lui avaient répondu.

Heureusement, Raklum savait lire dans les pensées.

« Commandant Raklum, pouvons-nous vous demander votre avis ? »

Je vous en supplie ! Les yeux de Wein crièrent silencieusement.

S’il vous plaît, laissez-moi faire, lui rassura les yeux de Raklum. Il fit un petit signe de tête et parla. « Pas le temps de se reposer. Nous n’avons pas d’autre choix que d’attaquer immédiatement ! »

Ce n’est pas le bon cap, espèce d’imbécile !

Wein avait taclé mentalement Raklum.

Qu’est-ce que vous foutez de leur côté !? Arrêtez de me sourire ! Mon Dieu, je jure que je peux entendre vos pensées. « Je l’ai fait, Votre Altesse ! » Je vais réduire votre prochain salaire, espèce de minable !

Les officiers avaient tous la volonté de faire une invasion. Même si Wein s’y opposait, il n’y avait aucun moyen de l’inverser. Non, ce n’était absolument pas une option. Mais il y avait une autre approche.

Je ne voulais pas avoir à faire ça, mais pas la peine de me plaindre maintenant !

« Tout le monde, je comprends vos opinions, » affirma Wein.

Les officiers dans la pièce avaient arrêté de bouger. L’air qui tourbillonnait un instant auparavant était maintenant calme. Tous les regards s’étaient tournés vers lui.

« Hagal, » cria Wein au vieil homme assis à côté de lui. « Maintenant que nous avons gagné, vous comprenez comment tout le monde peut pousser pour exploiter cette opportunité. Mais comme je n’ai pas d’expérience, il m’est difficile de déterminer si nous devons aller de l’avant malgré l’absence d’un plan définitif ou si ce sera finalement un trop lourd fardeau pour les soldats. Je veux entendre votre opinion professionnelle. »

« Compris…, » Hagal hocha la tête avec révérence. « Notre endurance s’amenuise trop vite. Une fois que le goût persistant de la victoire aura disparu, nos hommes se sentiront fatigués. Quand cela se produira, ils seront toujours capables de rentrer chez eux, mais leurs genoux lâcheront si nous leur ordonnons d’organiser immédiatement une invasion, surtout si elle n’a pas de but réel. »

« Hmph… »

« Ngh... »

Des regards de mécontentement aigre apparurent sur les visages des commandants, un par un. Après tout, quelqu’un venait d’arrêter leur nouveau plan excitant dès le départ. Mais ils savaient qu’il ne fallait pas défier Hagal, qui avait beaucoup plus d’expérience sur le champ de bataille qu’eux.

Tout va bien jusqu’à présent — !

Wein pouvait sentir que les officiers commençaient à hésiter et il avait introduit une nouvelle question pour appuyer son cas. « Eh bien alors, devrions-nous envisager de nous retirer ? »

Ça aurait été bien si Hagal l’avait dit, mais c’était peu probable. Et comme Wein l’avait prédit, le vieil homme secoua la tête.

« Il ne fait aucun doute que c’est une occasion en or. Nous serions idiots de le laisser passer… Cela dit, nous ne pouvons pas envahir sans un but ou sans stratégie. Il est de la plus haute importance que nous comprenions parfaitement les limites physiques et mentales de nos soldats, puis que nous nous concentrions sur une cible claire, » déclara Hagal.

« … Des objections ? » demanda Wein.

Les commandants n’avaient rien dit.

« Excellent. J’ai une proposition qui découle de l’opinion de Hagal, » à travers les yeux plissés, il examina attentivement la carte étalée sur la table. « Comme vous le savez, cette région n’est dans tous les cas pas “bénie” par grand-chose. Mais nous pouvons dire exactement la même chose de Marden dans son ensemble. En fait, l’est de Marden a très peu de lieux de valeur stratégique. D’après notre force militaire, s’il y a un endroit qui vaut la peine d’être pris d’assaut — . »

Il avait désigné une tache sur la carte : les montagnes orientales de Marden. Il n’avait jamais eu beaucoup de valeur jusqu’à ces dernières années, quand il était devenu l’un de leurs actifs les plus précieux.

« C’est la mine d’or de Jilaat. Si on doit viser quelque chose, c’est ça, » déclara Wein.

Une forte agitation avait déchiré la pièce. Tout le monde se tourna vers lui avec des expressions extérieurement confuses, mais à l’intérieur, Wein avait souri de ce renversement de situation à 180 degrés.

C’est ça. C’est la réaction que j’attendais. Peu importe la façon dont vous vous y prenez, il est totalement illogique de s’en prendre à la mine d’or !

Ce n’était pas exagéré d’appeler la mine d’or un trésor national. En fait, elle aurait pu être plus importante que la capitale royale. Wein n’avait pas fait de recherches approfondies, mais il n’y avait aucun doute quant aux mesures de sécurité strictes que Marden avait dû mettre en place. Accepter une proposition d’attaquer la mine obligerait l’armée de Natra à envahir un endroit sans disposer d’informations suffisantes — tout en continuant d’être secouée par les séquelles de la dernière bataille. Peu importait si c’était théoriquement une bonne décision stratégique. Une telle attaque était le comble de l’imprudence, du gaspillage et de l’impulsivité.

Bien sûr, Wein savait tout ça. Il avait évoqué ce plan pour amener son auditoire à considérer le fait que l’avance elle-même pourrait être dénuée de sens.

Les officiers pensaient à quelque chose dans ce sens :

La mine d’or est impossible. Si on veut attaquer, il faut que ce soit ailleurs. Mais où ? Y a-t-il d’autres endroits dans le secteur est qui ont autant de valeur ?

Non, non. Non, il n’y en a pas. Il n’y a que la mine d’or.

Après cette grande suggestion, les alternatives avaient pâli en comparaison. Même s’ils réussissaient à s’emparer d’un petit fort ou d’un village, ne serait-ce pas sans valeur par rapport à une mine d’or ? Lorsqu’ils s’en étaient rendu compte, Wein avait su que cela dégonflerait ses commandants de leur empressement à envahir.

Cela va diminuer un peu leur opinion de moi, mais ce n’est pas si illogique qu’ils ne peuvent pas me pardonner d’avoir fait cette erreur ! C’est un prix que je suis prêt à payer — tant que nous nous retirons.

Tout se déroulait comme prévu. Dans son esprit, Wein prenait déjà la pose de la victoire.

« … Votre Altesse, » s’interposa l’un des officiers avec un regard sévère. Wein soupçonnait qu’il se creusait la tête, essayant de trouver un moyen de convaincre Wein que son plan était ridiculement imprudent. Ne voulant pas que son subordonné perde la face, Wein avait réfléchi à la meilleure façon de paraître très impressionné par l’avertissement inévitable de l’officier pour son plan insensé quand — . « Je suis émerveillé par votre intelligence. »

« Hein ? » Wein cligna des yeux, surpris par ces mots complètement inattendus.

« La mine d’or de Jilaat… Oui, c’est exactement ce que dit Son Altesse. Nous devrions en faire notre objectif, » avait convenu un autre.

« Je dois dire que je suis tout à fait étonné de penser que Son Altesse a compris que nous avions secrètement prévu de prendre la mine d’or de Jilaat depuis des lustres ! » confessa un autre.

« Hein ? »

« Selon les derniers rapports, la mine d’or est dans un état vulnérable. Il y a moins d’un millier de soldats stationnés là-bas. Nous sommes déjà en train de vérifier la route que les troupes prendront. »

« Il n’y a pas de certitude en temps de guerre, mais ça vaut le risque. »

« Pendant que nous célébrions notre victoire, Son Altesse a eu le bon sens d’évaluer la faisabilité réelle de la mise en œuvre d’un plan. En tant que vassal, je suis humilié. »

« Continuez, Votre Altesse. Donnez-nous l’ordre de marcher ! »

« Allons attaquer la mine d’or de Jilaat ! »

« Vive le prince ! »

« Vive le prince ! »

« Vive le prince ! »

« … »

… Ninym, à l’aide.

Elle avait souri calmement. Désolée, je ne peux pas.

Et c’est ainsi que le Royaume de Natra décida de lancer une attaque contre Marden.

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3 commentaires

  1. Il faut bien que je les suive , puisque je suis leur chef 😇

  2. Merci pour le chapitre. Quel gag xD ? J'ai hâte de voir la réaction de l'empire.

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