Le manuel du prince génial pour sortir une nation de l’endettement – Tome 1 – Chapitre 2 – Partie 5

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Chapitre 2 : Le prince troublé sur le champ de bataille

Partie 5

« Général ! Il s’échappe de leur quartier général ! »

« Comme c’est pathétique ! Il devrait accepter la perte comme un homme. Mais il n’y en a pas tant que ça avec lui ! Poursuivez-le à cheval ! Que l’infanterie maintienne ses forces principales en place ! » déclara Urgio.

« Oui, monsieur ! »

Urgio divisa son infanterie. Il était parti après Wein avec un détachement de cavalerie de 400 hommes. Ils s’étaient lancés vers le sommet de la colline et avaient bifurqué jusqu’à un arrêt près de leur quartier général principal, s’emparant de quelques montagnes escarpées derrière la colline. Caché dans l’une des ombres se cachait la garde personnelle du prince.

« Donc vous avez prévu de courir et de vous cacher à nouveau… Dommage. Vos armures lourdes se sont retournées contre vous ! » avait-il rugi.

Les gardes du quartier général de l’ennemi étaient presque tous des fantassins équipés de lances et de boucliers. Ils ne pouvaient pas distancer les chevaux.

« Attrapez-les avant qu’ils ne se cachent dans les falaises ! Allons-y — ! » cria Urgio.

Il donna l’ordre et descendit la colline avec sa cavalerie. Au fur et à mesure qu’ils se rapprochaient, les gardes s’arrêtèrent de bouger et se retournèrent dans ce qui semblait être de la résignation, formant une ligne de défense pour faire face à l’attaque qui venait.

Mais c’était beaucoup trop mince. Ils pourraient être brisés en une seule charge. Urgio poussa un cri de guerre, certain de la victoire.

 

« Je t’avais dit de ne pas venir, » avait maudit Wein d’une voix basse que personne ne pouvait entendre. Puis il avait donné un ordre. « Très bien, finissons-en… ! »

 

Ninym Ralei ordonna aux soldats. « — Archers, feu à volonté. »

Depuis le haut des falaises, une mer de flèches avait commencé à pleuvoir sur l’armée de Marden.

 

***

« Ambassadrice ! Terrible nouvelle ! » La porte de sa maison s’était ouverte quand son assistante était arrivée.

Elle avait jeté un coup d’œil aux rapports sur la bataille entre Natra et Marden. « Pourquoi êtes-vous si énervée !? »

« C’est à propos du prince héritier ! J’ai obtenu des documents ! Vous ne croirez pas ce que j’ai trouvé ! Vous allez être choquée, regardez ça ! »

Elle avait vu les pages que l’assistante lui avait quasiment jetées devant elle.

« Ambassadrice, n’avez-vous pas mentionné qu’il manquait quelque chose quand vous avez enquêté sur le prince héritier ? Je pense que ça pourrait être la réponse ! » déclara l’assistante.

Alors que Fyshe scrutait les documents devant elle et écoutait les cris excités et pleurnichards de son assistante, ses yeux s’élargissaient de surprise. « Il a fréquenté l’académie militaire… !? »

« Oui ! Il a étudié à l’académie militaire de l’Empire pendant deux ans ! » déclara l’assistante.

L’incrédulité faisait rage dans son esprit. Mais c’était la vérité. Cette preuve était indéniable.

« Notre académie est remplie de secrets nationaux. Pourquoi un membre de la royauté d’une nation non-vassale… ? » demanda Fyshe.

« Je ne connais pas les détails, mais il semble qu’il ait caché son titre et se soit fait passer pour un roturier. Bien que ses professeurs aient pu être au courant…, » déclara l’assistante.

« Comment a-t-il été admis ? » demanda Fyshe.

« Il semble qu’un haut fonctionnaire Flahm de l’Empire l’ait recommandé. C’est peut-être parce que le royaume de Natra est célèbre pour avoir accepté son espèce bien avant les autres pays. Même s’il occupait une position de pouvoir au sein de l’Empire, il devait être prédisposé à aider la famille royale de Natra pour leur rôle dans la protection de son peuple, » répondit l’assistante.

Cela semblait probable. Les Flahms avaient un lien indissoluble. Mais il y avait autre chose dont Fyshe n’était pas satisfaite.

« Mais pourquoi cette information a-t-elle été omise ? Je veux dire, je suppose que ça pourrait causer des problèmes, mais ce n’est rien de trop important, » répondit Fyshe.

« Ce n’est pas tout. Continuez à lire, s’il vous plaît, » déclara l’assistante.

Pressée par son assistante, Fyshe se tourna vers la page suivante du document. C’était deux ans de résultats d’examens.

« C’est… » Elle n’en croyait pas ses yeux.

Littérature, histoire, mathématiques, escrime, histoire militaire… Chaque examen démontrait d’excellentes notes, effectué par quelqu’un qui était en tête de sa classe. Le nom avait été effacé.

« Ce document était déjà censuré quand je l’ai reçue. Il semble que le nom ait été intentionnellement effacé, » déclara l’assistante.

Pourquoi quelqu’un ferait-il une telle chose ?

La réponse lui était venue en un éclair.

« Nous avons la raison juste ici, » expliqua Fyshe. « C’était pour cacher le fait honteux qu’un étranger — sans parler d’un membre de la famille royale — était en tête de la classe plutôt qu’une personne de l’Empire… ! »

 

 

C’était tout simplement impensable. Comment quelque chose d’aussi stupide avait-il pu arriver ?

L’Empire avait créé et nourri un ennemi — et maintenant la griffe qu’ils avaient créée était pointées sur sa gorge. Et le nom de cette griffe était…

« Wein Salema Arbalest… ! » déclara Fyshe.

 

***

En dessous d’eux, les troupes de Marden étaient sur le point d’être détruites.

Ils avaient peut-être été loués comme une armée forte, mais beaucoup de leurs hommes étaient prêts à fuir en cas d’attaque-surprise. Comment peut-on rester calme quand on est assailli par une pluie de flèches ?

Eh bien, s’il y avait quelqu’un, ce serait des commandants et des soldats bien entraînés, expérimentés au combat et prêts à se précipiter pour défendre leur chef. Il y avait quelques hommes qui protégeaient leur général à ce moment précis.

Pour cette raison, Ninym l’avait facilement repéré de son point de vue élevé.

« Archers, continuez à frapper les soldats ennemis restants. Cavalerie, on y va, » ordonna Ninym.

« Compris ! »

Sur l’ordre de Ninym, la cavalerie descendit la colline d’un seul coup. Les troupes de Marden étaient désorientées et impuissantes sans leur chef, et une Natra les avait fauchés l’une après l’autre.

« Ça se passe bien, capitaine ! »

« Bien sûr que oui. C’était le plan, » répondit froidement Ninym en se rappelant comment, en premier lieu, elle en était arrivée là.

 

« Cacher les troupes ? » demanda Ninym.

« Ouaip, » répondit Wein.

C’était quelques semaines avant que Marden ne commence son invasion, et Wein venait de demander à Ninym d’exécuter un plan très précis dans la salle de réunion.

« Ils vont bientôt nous attaquer. D’après mes estimations, on se retrouvera ici même, dans le désert de Polta. » Il avait montré du doigt une carte étalée sur le bureau. « C’est parsemé de montagnes et de collines, un endroit idéal pour cacher les soldats. Garde-les là et lance une attaque-surprise le moment venu. Je veux que tu les commandes pour moi, Ninym. J’en discute déjà avec mes hommes. »

« … J’ai un certain nombre de questions, » elle avait levé la main. « D’abord, es-tu absolument certain du moment où ils attaqueront ? »

« Les rapports de mes espions le confirment. Il n’y a aucun doute qu’ils attaqueront au cours du mois, » déclara Wein.

« Combien de soldats allons-nous cacher ? » demanda Ninym.

« Choisis ceux en qui tu as le plus confiance — peut-être sept cents à mille. Il sera difficile de cacher une force plus grande que ça. Et ça alertera l’ennemi s’ils voient qu’on a nettement moins d’hommes, » répondit Wein.

« OK, donc juste assez pour mener une attaque, » déclara Ninym.

« Ouais. Attirer l’ennemi et l’attaquer de côté… C’est notre meilleure méthode, bien que cela dépende de l’issue de la bataille, » répondit Wein.

« Et si on partait ensemble ? Mes soldats peuvent voyager un peu plus vite avant d’aller se cacher, » déclara Ninym.

« Ça ne marchera pas. Il y a probablement quelques espions ennemis dans nos troupes, donc si nous divisons l’armée en deux plus tard, ils vont nous dénoncer. Alors l’attaque n’aboutira à rien, » avait-il raisonné.

Elle hocha la tête et ne vit aucun problème jusqu’à présent. Mais elle s’inquiétait surtout d’autre chose.

« Dernière question : Pourquoi moi ? » demanda Ninym.

« Hein !? Notre Mademoiselle Ninym ne peut-elle pas gérer ça !? Tu agis toujours comme si tu pouvais faire n’importe quoi, mais je vois ! Donc tu ne peux pas le faire ! … Ah, stop, stop, aïe, aïe, aïe —, » s’écria Wein.

« Sois sérieux, » déclara Ninym.

« OK, ok, j’ai compris. Arrête de me tordre les doigts ! » cria Wein en arrachant sa main de la prise de la jeune femme. « C’est très simple. Pour y arriver, j’ai besoin d’un bon chef. Après tout, nous devons garder un millier de soldats cachés pendant un mois. Mais si j’assigne l’un de mes chefs les plus compétents, cela gênera la gestion des forces principales. Et il y a toujours la possibilité que le général de Marden se méfie si un grand chef militaire n’était pas là pour la grande bataille. C’est pourquoi tu les commandes : personne ne te verra comme une menace militaire, n’est-ce pas ? »

« C’est vrai, » répondit Ninym.

Pour le public, elle était l’assistante de Wein et une fonctionnaire. Personne ne savait qu’elle s’était entraînée pour diriger une armée. Mais les troupes la traitaient avec un certain respect, sachant que sa famille servait la famille royale depuis des générations.

« En gros, je ne fais confiance à personne, sauf à toi et Raklum. Ces autres gars ont fait vœu de loyauté envers mon père et le pays, pas envers moi. Il s’agit encore d’une question très délicate. Je ne peux pas assigner ces tâches à n’importe quel vieil officier, » déclara Wein.

« Les autres vassaux ont une haute opinion de toi, tu sais, » déclara Ninym.

« Non, pas question ! Si je ne fais pas attention une seule seconde, il va y avoir un coup d’état ! L’histoire l’a prouvé ! » s’écria Wein.

Sa paranoïa qui lui faisait voir des ennemis partout lui fit secouer la tête intérieurement. À ce rythme, il faudra encore beaucoup de temps avant qu’ils puissent construire un pont de confiance entre Wein et les autres officiels.

« Eh bien, s’il semble vraiment que tu ne peux pas le faire, j’irais moi-même le faire, mais j’ai alors beaucoup de choses à faire pour ça… Je suis sûr que tu peux t’occuper des affaires du gouvernement pendant mon absence, » déclara Wein.

« Je ne laisserai pas ça arriver. Si tu n’es pas là, Wein, qui prendra le commandement de l’armée principale ? » demanda Ninym.

« J’avais l’intention de mettre Hagal aux commandes dès le début. Je ne veux pas jeter l’eau à la chance tant attendue de gloire des soldats, » déclara Wein.

« … Est-ce que c’est vraiment bon ? » demanda Ninym.

« Ne t’inquiète pas, le vieux Hagal est ridiculement fort. Ouais. Pas besoin de s’inquiéter. Il est particulièrement fou sur le champ de bataille. Si j’étais dans un face-à-face avec lui, je le sortirais de là, mais c’est une autre conversation, » déclara Wein.

Ninym acquiesça d’un signe de tête, revenant sur la question à l’étude. « Si c’est ce que tu veux, je suppose que je dois accepter. Très bien. Je vais prendre les soldats et me mettre à l’affût. »

« Je compte sur toi. Euh, eh bien, il y a une chance sur deux qu’on ait besoin de toi. Quant à moi, j’aimerais gagner, mais pas trop, » déclara Wein.

« Ne veux-tu quand même pas te rendre ? » demanda Ninym.

« Ce genre de victoire vient avec ses propres problèmes… Il n’y a aucune chance que ça arrive, donc ça n’a pas trop d’importance. Dépêchons-nous de commencer les préparatifs, » déclara Wein.

Ninym hocha la tête, calculant dans sa tête. Elle devait choisir et préparer une cachette appropriée, des soldats et des vivres. Il y avait beaucoup à faire, le tout sous le voile du secret, mais elle se livra à une dernière peur.

« Au fait… feras-tu ton travail sans moi ? » demanda Ninym.

Wein avait souri. « Ce sera l’enfer à ton retour. »

 

… Combien de travail a-t-il remis à plus tard ?

Elle avait souri amèrement, chargeant à cheval avec ses subordonnés. Ils visaient un groupe de dix soldats de Marden qui tentaient de battre en retraite. Au centre de la petite unité était leur chef — Urgio.

« L’ennemi arrive ! »

« Protégez le général ! Tenez la ligne ! »

Ils s’étaient rapidement mis en position défensive.

« Votre ligne est trop fine, » nota Ninym.

Avec elle au premier plan, la cavalerie s’était enfoncée à travers leurs défenses et s’était précipitée encore plus loin, mettant en déroute tous les soldats de Marden qui battaient en retraite. Sans rompre la foulée, ils s’étaient dirigés vers le centre de la formation, faisant face à Urgio avec son épée brandie.

Elle lui avait coupé le bras alors qu’ils couraient l’un vers l’autre.

Tout en pulvérisant du sang tout autour de lui, il était tombé de son cheval.

 

 

« G-GWAAAAAAAAAAAAH… ! » il hurla d’angoisse.

Retournant son cheval, elle le regarda alors qu’un groupe de ses hommes la défendait. « Vous êtes le chef, n’est-ce pas ? »

Imprégné de sa propre sueur et de son propre sang, Urgio leva les yeux et répliqua en transpirant abondement. « Cette voix… et ces cheveux blancs… »

« Rendez-vous. Vous pouvez encore être sauvé si vous recevez un traitement médical immédiat, » avait-elle conseillé.

Mais cela avait mis Urgio dans une rage aveuglante. « Rendez-vous… Rendez-vous, vous dites… !? Ne te fous pas de moi ! » hurla-t-il.

Du sang chaud coula de la blessure béante au bras d’Urgio, et il respira lourdement, au bord de la mort.

« Je suis le général de l’armée de Marden ! Tu crois que je me soumettrai à une femme, et encore moins à une esclave cendrée !? » s’écria Urgio.

« Je vois, » elle avait déplacé sa lame et, d’un seul geste, lui avait tranché le cou.

Sa tête avait cogné le sol un peu plus loin.

« Prenez la tête et répandez la nouvelle. L’ennemi a été vaincu… Et ne laissez pas ses derniers mots sortir de vos bouches, » ordonna Ninym, froidement.

« Compris. : Le chef ennemi est resté silencieux jusqu’à ses derniers instants, » déclara l’adjudant de Ninym.

« Très bien, alors, » déclara Ninym.

L’adjudant leva la tête ensanglantée et fit un hululement de victoire.

Leurs soldats répondirent par un long cri de guerre alors que les troupes de Marden se taisaient, finalement vaincues.

Les yeux de Ninym glissèrent loin de ça, déplaçant son attention vers les ombres de la montagne. Il y avait là les soldats du quartier général, ceux qui avaient attiré Urgio et ses troupes. Ninym se tourna vers le garçon au centre de tout cela et fit un grand signe de la main.

 

« Tout semble s’être bien passé, Votre Altesse, » déclara Hagal.

« On dirait bien que oui, » répondit Wein.

L’armée de Marden était sortie de sa formation, comme une masse de bébés-araignées. La perte de leur général les avait privés de la volonté de résister plus longtemps.

Bien qu’il ait suggéré l’attaque-surprise, Wein ne s’attendait pas à ce qu’ils réussissent à attirer et à vaincre le chef ennemi.

« Donc je suppose que cette bataille est à peu près décidée ? » déclara Wein.

Hagal hocha la tête. « Parce que leur général a été vaincu derrière la colline, leurs troupes principales de l’autre côté ne savent pas que la guerre est finie. Nous devons rapidement répandre la nouvelle de votre bonne santé et de la mort de leur chef. Une fois que cela sera fait, ils battront en retraite. »

« Compris. Alors, allons-y, » déclara Wein.

« Oui, Votre Altesse, » répondit Hagal.

Les hommes commencèrent à se déplacer sous le commandement de Hagal.

Par la suite, Wein s’était jointe à Ninym et à ses troupes et ils étaient retournés au sommet de la colline, où ils avaient été témoins de la propagation de la nouvelle : le prince était revenu, et le chef de Marden était mort. Cela avait donné du courage aux soldats de Natra et brisé le moral de l’ennemi.

De nombreux commandants d’Urgio ayant été tué et personne étant restés pour les unir, les Marden s’étaient précipités dans le sens opposé et s’étaient enfuis en trombe.

En un peu moins d’une journée, les troupes de Natra avaient remporté cette bataille dans le désert de Polta. Tous les soldats se gonflèrent de triomphe, ivres de l’alcool le plus fort de tous — la gloire.

Enfin, tous sauf un.

Qu’est-ce que je vais faire maintenant… ?

Wein était le seul à penser à l’avenir — et le seul à avoir peur.

***

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2 commentaires

  1. Merci pour le chapitre.

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