Le manuel du prince génial pour sortir une nation de l’endettement – Tome 1 – Chapitre 2 – Partie 4

***

Chapitre 2 : Le prince troublé sur le champ de bataille

Partie 4

Sur le champ de bataille, les soldats de Natra étaient dans une formation assez standard : d’un point de vue d’un oiseau, on les verrait en forme de rectangle étendu devant l’armée de Marden.

Leurs adversaires avaient leur propre plan de bataille. Leurs hommes étaient concentrés au milieu de la formation, contrairement à la structure uniforme de leur adversaire. Les Marden comptaient percer la ligne centrale opposée, puis faire demi-tour et les détruire d’un seul coup.

Les humains étaient particulièrement vulnérables aux attaques latérales et par-derrière. Ce principe pouvait également s’appliquer à une armée en entier, ce qui signifiait que les assauts par l’arrière étaient extrêmement avantageux.

Pour contrer ces attaques, les troupes de Natra avaient dû se concentrer sur la destruction des soldats ennemis au centre. Cela dit, ils allaient se battre contre sept mille hommes avec une armée de six mille hommes. Si la force résidait dans le nombre, il était évident de savoir lequel avait l’avantage.

Mais la guerre n’était pas déterminée uniquement par cela.

Après tout, la victoire dépendait de nombreux facteurs non quantifiables, comme les compétences.

« Général Urgio ! Nous avons une demande de renforts sur le flanc gauche — Unité Loshina ! »

« Un message est arrivé ! L’Unité Sanse a été annihilée ! L’unité Tljii s’y rend en renfort ! »

« Général, le flanc droit se débat aussi ! »

Les nouvelles du champ de bataille les avaient frappés au fur et à mesure que les rapports arrivaient : tous avaient fait état de l’état lamentable de l’armée de Marden.

« Impossible… » La surprise s’était répandue des lèvres d’Urgio malgré lui.

Mais ses paroles reflétaient la perplexité collective des officiers de Marden.

Comment diable leurs soldats sont-ils si forts… !?

*

Attends, Marden est aussi faible que çaaaaaaaaaaaaa !?

Tandis qu’Urgio et son état-major étaient sous le choc, Wein était assis de l’autre côté du champ de bataille, incrédule.

Qu’est-ce que c’est que ça !? Hein !? Pourquoi est-ce qu’on les tabasse ?

Ses pensées n’étaient pas des mensonges. La bataille était complètement à sens unique.

Les hommes de Natra et de Marden s’étaient affrontés avec zèle, mais il était immédiatement évident quant à qui était le plus fort — même avant que l’impact de leur collision initiale ne s’estompe.

Les troupes de Marden brandissaient leurs armes, décidées à abattre l’ennemi devant elles. Mais leurs attaques n’étaient ni coordonnées ni concertées : c’était chacun pour soi.

Mais les soldats de Wein étaient différents.

Lorsque les troupes de Marden s’étaient précipitées, certains défenseurs avaient levé leurs boucliers pour arrêter l’assaut ennemi, se rapprochant de leurs alliés à proximité pour repousser l’attaque. D’autre part, lorsque l’ennemi avait repris leurs formations en devant se défendre, les soldats de Natra avaient coordonné leurs actions pour la percer, tout en maintenant leur propre formation. Au lieu de se battre individuellement, l’armée de Natra s’était déplacée d’un seul tenant, chaque soldat soutenant les hommes à ses côtés.

Bien que moins nombreux, il était douloureusement clair que Natra possédait la force supérieure écrasante.

« Qu’y a-t-il, Votre Altesse ? » interrogea Hagal, remarquant sa confusion.

« … J’ai été surpris. On est meilleurs que je ne le pensais, » déclara Wein.

Il ne doutait pas qu’ils gagneraient, mais c’était bien au-delà de ses attentes.

« Saviez-vous que ça finirait comme ça, Hagal ? » demanda Wein.

« Eh bien, oui. Après tout, nous inventons et raffinons tous des choses pour répondre à un besoin. Pour illustrer mon propos, l’Empire a une longue histoire de batailles. C’est l’une des raisons pour lesquelles ils sont capables de former leurs soldats si efficacement. Pour être honnête, même moi, j’ai été impressionné quand j’ai observé leurs méthodes. Une fois que nous avons appris leurs méthodes, je savais que nous vaincrions facilement un petit pays qui n’a que de petites escarmouches à son actif. » Il avait affiché un sourire ironique. « Mais je suis un peu surpris par leur faiblesse. C’est possible que ce soit un piège, mais je ne crois vraiment pas que ce soit le cas pour l’instant. Mais, Votre Altesse… »

« Oui, je n’ai pas oublié. Il ne nous reste plus qu’à les réduire tant qu’il est encore temps…, » déclara Wein.

À ce moment-là, un énorme cri avait jailli du flanc droit. Après avoir arrêté l’avance de Marden, les soldats de Natra avaient lancé l’attaque.

« On dirait que Raklum a fait son coup, » déclara Wein.

*

Des rugissements et des cris s’échappèrent de la foule au bord du flanc droit.

À travers des corps éparpillés et entourés par l’odeur métallique du sang frais, Raklum montait fièrement son cheval. Sous son commandement, les officiers avaient craché des ordres :

« Ne cassez pas la formation ! Bougez ensemble comme une unité ! »

« Renforcez la défense ! Envoyez des renforts ! »

« Les Marden ont la frousse ! Forcez-les à repartir ! »

Les soldats en première ligne avaient suivi leurs instructions avec une conscience aiguë que cette bataille allait en leur faveur, comme Wein l’avait observé.

Ils se battaient bien, et cela affectait déjà l’ennemi. En fait, les soldats de Natra écrasaient rapidement l’ennemi. Des mois de dur entraînement sous la tutelle de l’Empire commençaient à porter leurs fruits, et à mesure que la bataille avançait, le moral des hommes continuait à monter. Grâce aux commandants de Raklum qui donnaient des ordres précis et aux soldats qui les exécutaient rapidement, ils repoussaient de plus en plus Marden.

En ce moment, leur armée était les maîtres des lieux. Ils ne ressentaient plus aucun doute.

C’est pourquoi les commandants avaient fait une proposition à leur chef, Raklum.

« Commandant Raklum, monsieur ! C’est notre chance ! Lancez une attaque à fond ! »

« À ce stade, nous pouvons briser leurs défenses et les prendre par l’arrière ! »

« Commandant Raklum ! »

Une suggestion après l’autre passa dans les oreilles du capitaine, mais ses yeux étaient pointés vers le bas. Il ne répondait pas.

Les officiers s’étaient regardés. C’était différent du Raklum qu’ils connaissaient, celui qui, de fait, donnait des ordres pendant leurs exercices. Ils n’avaient jamais vu ce côté de lui.

L’un d’eux avait tendu la main nerveusement, se demandant ce qui n’allait pas. « Commandant… ? »

Alors qu’il touchait doucement son épaule, la tête de Raklum s’était relevée. Le commandant s’était raidi en un instant.

Raklum avait pleuré.

Les hommes adultes ne devraient pas pleurer — mais des larmes coulaient de ses yeux, sans tenir compte du regard de ses subordonnés.

« C-Commandant Raklum, qu’est-ce que… ? »

« UWAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAGHHHH ! » s’exclama Raklum d’une voix angoissée et gutturale.

Ce cri inhumain avait fait sursauter les troupes Natra et Marden sur le flanc droit, les faisant trembler involontairement et arrêtant leurs mouvements.

Ils s’étaient tous tournés vers la direction du bruit — Raklum.

« Je… Je suis triste, » avait-il admis. Les yeux rivés sur eux, il avait fait avancer son cheval. « C’est la toute première bataille du glorieux Prince régent Wein Salema Arbalest… Son premier pas parmi tant d’autres dans un brillant voyage… et pourtant… et pourtant… »

Les larmes se transformèrent en fureur débridée, jaillissant de ses yeux humides.

Les soldats de Marden frissonnèrent à la vue de sa rage.

« Quelle ordure sans valeur… ! Tout ce qu’on fait, c’est retirer les mauvaises herbes. Ça ne devrait pas se passer comme ça… Nous devrions offrir le sang d’une proie forte, rusée et renommée, digne de la splendeur de Son Altesse…, » cria Raklum.

Raklum sauta soudainement de son cheval et se dirigea vers l’ennemi en titubant comme s’il marchait dans un champ vide. Il s’était finalement arrêté devant les soldats de Marden, qui étaient tous gelés sur place.

C’était un spectacle inhabituel : un chef ennemi debout devant eux, seul, pleurant. Ils étaient tellement abasourdis qu’ils n’osaient pas bouger.

« Votre Altesse… Pardonnez votre serviteur pour son indignité, » cria Raklum.

Les deux longs bras de Raklum s’allongèrent et se mirent à clignoter dans l’air comme des fouets.

Avec un bruit sourd, le visage d’un soldat se fendit en deux, et son corps fut jeté en l’air sans ménagement.

« Au moins, je jure de créer une montagne de leurs vile cadavres, » déclara Raklum.

Avec ça, tout le monde était revenu à la raison.

« T... Tuez-les tous… ! »

« Suivez le commandant Raklum ! »

Raklum avait balancé son poing portant un gantelet quand les soldats de Marden l’avaient assailli.

*

« Il repousse l’ennemi ! Leur défaite est proche ! »

Wein acquiesça d’un signe de tête de satisfaction face au rapport du messager.

Il devient un peu fou parfois, mais il semble que ça ira cette fois. Bien, bien, bien.

En choisissant Raklum comme l’un de ses officiers, Wein l’avait rendu loyal envers lui à un point invraisemblable. En vérité, Wein s’était un peu inquiété de savoir si cela ne risquait pas d’empirer les choses dans une véritable bataille. Mais vu comment les choses se passaient, il pensait que tout allait s’arranger.

À quoi pensait-il, en descendant de cheval et en frappant lui-même les gens ? Il en était venu à penser ça rétrospectivement au cours des jours qui suivaient l’arrivée des rapports détaillés. Il n’avait aucun moyen de le savoir pour l’instant.

*

Mais c’est mauvais.

L’un après l’autre, les messagers avaient rapporté qu’ils avaient obtenus à un avantage majeur. Cependant, des nuages de doute continuèrent à tourbillonner à l’intérieur de sa conscience.

Marden devrait se dépêcher et réduire ses pertes. S’ils ne le font pas…

Tandis que Wein s’inquiétait, les yeux de Hagal brillaient de mille feux. « Votre Altesse, nos fils ont commencé à s’effilocher, » avait-il rapporté.

Bon sang. Wein avait évité de justesse de le dire à voix haute, en l’avalant à toute vitesse ses mots. « En êtes-vous sûr ? »

« Oui… Les conditions de combat changent à nouveau. Préparez-vous, Votre Altesse, » déclara Hagal.

Wein fit un bref signe de tête en regardant le champ de bataille et se rappela ce que Hagal avait dit avant qu’ils ne partent au combat.

***

« Attendez, nos soldats ne dureront pas longtemps ? » demanda Wein.

« C’est exact, » avait dit Hagal franchement lors de la réunion du conseil de guerre. « En s’entraînant durement, nos soldats sont presque méconnaissables en force et risquent de dominer au début de la bataille. Mais ils s’useront après 90 minutes. »

« Pourquoi ? » demanda Wein.

« Parce que la plupart d’entre eux ne sont pas familiers avec la guerre, » avait expliqué Hagal. « L’air froid, le sang et les tripes répandus, la soif de sang incontrôlable… Au combat, le cœur s’use plus vite que le corps. Lorsque cela se produit, votre vision se rétrécit et vos oreilles commencent à se fermer. Cela fait que les soldats tardent à venir en aide à leurs camarades ou à obéir à de nouveaux ordres. On pourrait dire que cela réduit de moitié la force de notre armée. »

« Même après toute leur formation ? » demanda Wein.

« Aucune formation ne peut changer cela, » avait-il dit en acquiesçant de la tête. « Il y a trop de choses sur le champ de bataille qu’on ne peut pas savoir sans les vivre soi-même. »

« … Marden a donc le dessus à cet égard. Leur expérience peut consister principalement en de petites escarmouches, mais ils ont déjà connu la guerre auparavant, » déclara Wein.

« Oui. À moins que leur chef ne soit extrêmement stupide, il ne manquera pas cette occasion. Cela signifie que le facteur décisif est de savoir jusqu’à quel point vous pouvez réduire leur armée d’ici là, » déclara Hagal.

« Espérons que ce soit le leader le plus bête, le plus inconscient possible, » avait souhaité Wein en soupirant.

***

Mais bien sûr, son souhait ne s’était pas réalisé.

— L’ennemi se déplace avec moins de force ! Presque immédiatement, Urgio avait senti ce changement soudain.

« Général ! »

« Je sais ! Donnez-moi dix secondes ! » répondit Urgio.

Au début de la bataille, sept mille de leurs hommes se battaient contre six mille soldats ennemis. Mais malgré leur avantage initial, ils étaient maintenant à cinq mille contre cinq mille — un terrain de jeu égal.

Avec le ralentissement des mouvements de l’armée de Natra, il y avait une chance de faire un retour en force.

Mais c’était inutile. Ce ne serait pas suffisant. Si l’armée de Marden ne pouvait pas les battre avant le coucher du soleil, leurs adversaires commenceraient à se préparer pour leur prochain mouvement, à se reposer et à récupérer, ce qui signifiait que les hommes d’Urgio auraient à les combattre à nouveau.

C’est notre chance. Maintenant ou jamais. Il va falloir…

*

C’est mauvais, ça.

De l’autre côté, la patience de Wein s’épuisait. La raison n’était pas seulement la détérioration de l’état de son armée. C’était parce qu’il avait agi face à l’armée de Marden pour changer la situation.

Il faudrait du temps pour préparer une contre-attaque. Si l’ennemi avait commencé à foncer avant ça, — .

Je vous supplie de ne pas le remarquer… !

Wein avait envoyé une prière aux cieux.

*

Mais ses prières furent vaines, car Urgio arpenta le champ de bataille et repéra rapidement l’épicentre de ce changement.

Les lignes de front s’affaiblissent-elles… ?

Bien que l’armée de Natra résistait et essayait de garder la formation, leur centre s’affaiblissait.

Pourquoi ? La réponse lui était rapidement venue à l’esprit.

Pour détruire le flanc gauche de l’armée d’Urgio, Natra avait déplacé les soldats du milieu de leur formation vers leur droite. Malheureusement, leurs effectifs s’étaient lentement épuisés avant de pouvoir poursuivre l’attaque, et ils étaient entrés dans une impasse et une formation mince.

Une image de la victoire avait éclaté devant lui. Ils pourraient le faire.

C’est le moment de vérité, hurla-t-il dans son esprit.

« Dites aux chefs sur les deux flancs de garder les troupes ennemies qu’ils combattent occupées — remettez les forces principales en formation ! » dit-il avec fureur. « On attaque dès que tout est prêt ! »

« Oui, monsieur ! Quelle est la cible !? »

« N’est-ce pas évident ? » Urgio regarda au loin, les yeux brillants. « La tête de leur cher chef ! »

*

Argh, merde, attends ! On n’est pas encore prêts.

Le centre de la formation de Marden avait lancé une attaque contre ses hommes.

Ce seul coup avait utilisé leur cavalerie, prenant une énorme bouchée de leur armée affaiblie.

Mais les forces de Marden ne pouvaient pas être arrêtées. Ils avaient enfoncé la zone, se frayant un chemin à travers l’espace. Il n’y avait plus assez de soldats pour défendre cette ouverture du côté de Natra. Et avec des hommes se battant avec ferveur sur les deux flancs, Wein ne pouvait pas demander à ses troupes de retourner à leurs positions d’origine et de bloquer la nouvelle avance ennemie.

Leurs adversaires passaient à travers leur défense principale. Il y avait environ un millier de soldats qui passaient au travers. Quand cela s’était produit, les seules troupes pour la défense seraient Wein, Hagal, et une centaine d’autres soldats en haut de la colline.

« Votre Altesse, nous devons nous retirer. Vite, » déclara Hagal.

« Je sais, je sais, » répondit Wein.

Il n’y avait qu’un seul chemin. Sous l’ordre de Hagal, Wein et les autres avaient effectué une retraite en toute hâte.

***

Si vous avez trouvé une faute d’orthographe, informez-nous en sélectionnant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée s’il vous plaît. Il est conseillé de se connecter sur un compte avant de le faire.

Laisser un commentaire