Genjitsushugisha no Oukokukaizouki – Tome 5 – Chapitre 5

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Chapitre 5 : L’évêque qui brise le commandement, Souji Lester

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Chapitre 5 : L’évêque qui brise le commandement, Souji Lester

Partie 1

— À la fin du troisième mois de l’année 1547 du Calendrier Continental — dans la capitale sainte d’Yumuen —

Un membre de la commission d’enquête avait pris la parole. « Nous en avons assez de cela, Monseigneur Lester. »

En ce jour, à Yumuen, la capitale sacrée de l’État Pontifical Orthodoxe, dans l’église principale qui était le centre de foi de l’Orthodoxie Lunaire, une enquête était en cours concernant un certain homme.

L’homme qui se tenait au centre de la sombre pièce entourée par les membres de la commission d’enquête était Souji Lester. Son rang au sein de cette religion était évêque.

Pour ceux qui étaient impliqués dans l’Orthodoxie Lunaire, se tenir devant les membres d’une commission d’enquête revenait à être devant un juge ayant le pouvoir de déclarer l’innocence ou la culpabilité. S’il était excommunié ici, il perdrait toutes les protections et tous les droits que ce pays lui avait fournis jusqu’à maintenant. Dans ce pays, cesser d’être un membre de la foi, c’était se mettre dans une position où on pourrait être tué sans que personne s’en plaigne.

Cependant, en dépit d’être sous le coup d’un jugement, Souji ne semblait pas le moins du monde inquiet. En fait, il arborait un sourire audacieux, semblant même apprécier sa situation actuelle. En réponse à son attitude, un membre de la commission d’enquête s’en était plaint.

« Comprenez-vous la gravité de votre situation en ayant été convoqué ici ? » Cet homme avait dit ça d’un ton intimidant.

Cependant, le sourire audacieux de Souji n’avait pas disparu pour autant. « Tout à fait. Il s’agit d’un endroit afin de juger si un membre de la foi sera excommunié ou non. Toutes personnes qui auraient mal agi trembleraient de peur dans cet endroit. Cependant, je n’ai rien fait pour avoir honte. Donc je suis en paix. » L’homme avait poliment parlé, mais son attitude avait semblé moqueuse.

« Comment osez-vous..., » avec un regard comme s’il avait mordu quelque chose de dégoûtant, le membre de la cour avait regardé à travers les documents qu’il avait entre les mains. « Vos méfaits sont impardonnables. Lady Lunaria a dit que “si les membres du clergé ne vivent pas dans une honorable pauvreté, les croyants ne les écouteront pas”. Cependant, vous semblez faire tout le contraire. »

« Quoi ? Est-ce que je ne vous ai pas l’air pauvre ? » déclara Souji en étalant sa robe sacerdotale afin que les autres puissent bien la voir. Sa robe était coupée aux manches et au-dessous du genou, lui donnant l’air d’un samue. « Je porte ces vêtements de mauvaise qualité et je vis dans une cabane délabrée à la périphérie de la ville. Si ce n’est pas une vie dans une honorable pauvreté, qu’est-ce que c’est ? Et avec tout le respect que je vous dois, vous portez tous ici des vêtements bien plus fins que les miens et vivez dans de meilleures maisons que moi, non ? »

« ... Cependant, nous avons entendu parler du fait que vous recevez des dons substantiels venant des disciples, » le membre de la commission d’enquête le pressa de question.

Souji haussa les épaules. « Bien sûr, je n’ai aucune raison de refuser ce qui m’est offert. »

« Comment osez-vous dire cela !? » cria l’homme. « Qu’est-ce que vous faites avec les offrandes de ces croyants ? »

« Si j’utilisais leurs dons pour m’engourdir, alors en effet, ce serait un péché, » déclara Souji. « Mais regardez ces abdominaux. J’ai un ventre plat et musclé. » Souji avait retiré son haut afin de montrer à tous ses abdos prédominants.

Quand il avait montré son corps, qu’il était difficile de croire appartenir à un ecclésiastique, et avait commencé une boxe contre une ombre. Les membres de la commission avaient été stupéfaits pendant un moment, mais ils étaient rapidement devenus rouge vif avant de se fâcher après lui.

« Ce n’est pas de ça que nous parlons ! » cria l’un des membres en claquant les mains sur la table, mais Souji semblait complètement indifférent.

« Je pensais que vous parliez de ça. Je veux dire par là que nous avons bien un “cardinal assez gros”. »

Quand Souji leur avait lancé un regard furieux, les membres du tribunal avaient perdu pendant un moment la parole.

En mentionnant le gros cardinal, il avait très probablement désigné le Cardinal Gold. Son corps grassouillet était inexcusable pour un ecclésiastique. En fait, la cour d’enquête savait déjà que la plupart des dons collectés par Souji allaient au Cardinal Gold. En d’autres termes, Souji laissait entendre qu’ils ne devraient pas s’attaquer à lui, mais à la place, au cardinal.

Cependant, dans l’Orthodoxie Lunaire, les cardinaux n’étaient qu’à un rang en dessous du pape. Ils étaient hors de la portée de ce tribunal. Si ce tribunal décidait de s’en prendre à un tel membre, il faudrait le pape en personne ou une décision unanime du reste des cardinaux pour le faire. Le pape pourrait également être retiré par une décision unanime des cardinaux, donc tous ne voulaient surtout pas créer un précédent qui pourrait amener à leur propre mise de côté. C’est ainsi que Cardinal Gold avait réussi à conserver son poste malgré son impopularité.

La commission d’enquête voulait s’attaquer à Souji, qui était lié au Cardinal Gold, afin de pousser le pape à réprimander le cardinal, mais Souji était sous la protection du cardinal. S’ils avaient essayé ici de forcer un jugement déraisonnable contre Souji, les membres du tribunal pourraient se voir réprimander par le Cardinal Gold pour avoir outrepassé leur autorité. À cause de cela, il n’y avait toujours eu aucune chance que Souji soit excommunié sur la question des dons ici. C’était pourquoi son sang-froid n’avait nullement disparu de lui.

La commission d’enquête avait décidé de changer de tactique. « En dehors de cela, nous avons reçu des rapports que vous alliez de bar en bar tous les soirs. »

« Est-ce un péché de boire ? Je pensais que le vin était sacré, » répliqua Souji.

« Mais il y a quand même des limites. »

« Eh bien, désolé, » déclara Souji. « Beaucoup de fidèles qui viennent m’entendre prêcher sont des ivrognes. Ils me demandent de venir au bar, et non pas à l’église, donc ça finit par me faire boire un peu trop. »

Incidemment, quand Souji avait exécuté ses sermons de pub, il l’avait fait lors de fêtes...

« Lady Lunaria nous a dit : “Vivez pour aujourd’hui et soyez reconnaissants.” Santé ! »

... et tout ce qu’il avait fait était de citer les écritures dans le cadre des toasts. Il avait toujours eu un grand succès auprès des croyants paresseux parce que (ils l’avaient égoïstement supposé), il était tout aussi vertueux de l’écouter là-bas que d’aller à l’église pour écouter les sermons ennuyeux d’un prêtre lors de leur temps de repos.

La commission d’enquête avait semblé irritée, alors ils avaient de nouveau changé leur angle d’attaque. « Ce n’est pas tout ! J’ai entendu dire que vous avez une prostituée qui visite souvent votre maison ! Ne devriez-vous pas avoir honte de cela, en tant que membre du clergé ? »

« Oh, mon Dieu ! » s’exclama Souji. « Voulez-vous dire que les femmes sont impures d’une manière ou d’une autre ? Dans ce cas, vous tous ici, comment pouvez-vous être venu au monde ? N’allez-vous quand même pas me dire que vous venez d’un champ de choux ? Si vous le faisiez, vous ne pourriez jamais manger de légumes, le pouvez-vous ? Car dans ce cas, vous mangeriez vos frères et vos sœurs. »

« Cessez ces divagations emplies de sophismes sans signification ! Celui que nous devons vraiment aimer et respecter n’est que Lady Lunaria, » s’exclama l’un des membres. « C’est pourquoi, même après avoir suivi les procédures appropriées pour se marier, les croyants pieux ressentent toujours un sentiment de culpabilité envers Lady Lunaria. Il est inexcusable que vous voyiez une prostituée ! »

Le membre de la cour avait crié ça, mais Souji avait ricané. « Je ne sais rien à propos de ça. Notre Lady Lunaria a dit ceci : “Les croyants doivent être honnêtes avec les autres”. Il est naturel pour nous, en tant qu’êtres vivants, de vouloir étreindre les femmes. C’est parce que Lady Lunaria nous a créés de cette façon. Entre ceux qui, après avoir prononcé les vœux de mariage, ou ceux qui cachent leur position dans le clergé et se faufilent pour visiter des prostituées, et moi qui les invite ouvertement à venir me rendre visite, je me demande lequel de nous est le plus honnête ! »

Souji l’avait déclaré si fièrement que les membres du tribunal étaient à court de mots. Il s’agissait d’une argumentation vide s’ils s’étaient interrompus un peu pour y penser, mais Souji avait dit ces choses stupides avec un sérieux qui était si exaspérant que les membres du tribunal ne pouvaient pas dire un mot.

À partir de là, Souji avait profité du silence de la commission afin s’exprimer longuement et avec une grande passion sur la beauté de la forme féminine (surtout leurs seins). Avec l’inutilité totale de tout ce qu’il avait à dire, il avait déjà détruit l’atmosphère solennelle de la cour.

« ... C’est assez, » un membre de la commission d’enquête s’était enfin écrié ça afin d’arrêter tout ce blabla. « À l’avenir, soyez plus prudent quant à vos actes. »

En fin de compte, le tribunal avait été renvoyé sans pouvoir faire quoi que ce soit à Souji.

Quand il quitta la pièce, Souji se promenait dans le couloir en fredonnant quand il passa devant une jeune nonne. Il s’agissait d’une belle fille avec des yeux larmoyants et des cheveux d’argent attachés en deux queues.

Cette tenue... C’est l’une des jeunes saintes en formation ? Souji avait réfléchi en regardant la fille.

Il ne la regardait pas d’une manière particulièrement étrange. Les goûts de Souji allaient vers les filles plus âgées et voluptueuses, donc la jolie fille devant lui n’éveillait en rien ses appétits, et il la regardait seulement avec une curiosité totalement innocente.

Cependant, la fille aux cheveux argentés, qui marchait sans expression, comme si elle n’avait presque aucune émotion, fronça légèrement les sourcils quand elle vit Souji. Puis, alors qu’ils se croisaient, elle détourna la tête pour ne pas avoir à le regarder et s’éloigna à un rythme plus soutenu.

Alors qu’il la voyait agir ainsi, Souji se gratta l’arrière de sa tête en souriant avec ironie. « ... Bon sang ! On dirait que quelqu’un me déteste, hehe ! »

Cet homme, Souji, malgré sa personnalité débauchée, était étrangement populaire auprès des hommes de tous âges et de toutes les femmes plus âgées. D’autre part, les jeunes filles le détestaient avec passion.

Eh bien, je suppose que c’est bien trop demander à une jeune fille comme elle d’apprécier le charme adulte débordant d’un homme plus âgé qu’elle, pensa Souji, se faisant des excuses tout en caressant son menton recouvert d’une fine barbe.

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Chapitre 5 : L’évêque qui brise le commandement, Souji Lester

Partie 2

Et environ deux semaines après l’événement précédent...

Cette nuit-là, Souji se trouvait dans un certain quartier des plaisirs dans la capitale sainte Yumuen.

Yumuen aurait pu être appelée la Mecque de l’Orthodoxie Lunaire, mais aussi longtemps qu’il y aurait des personnes qui vivraient là, il y aurait un quartier des plaisirs où on pourrait boire de l’alcool et faire la fête avec des femmes. Bien qu’il n’y avait pas d’ecclésiastiques visibles dans le quartier des plaisirs, ils étaient probablement simplement en civil et se mêlaient aux clients ordinaires. Il y avait probablement qu’un seul ecclésiastique assez audacieux pour venir ici et s’amuser dans son uniforme de prêtre (bien sûr modifié), et c’était Souji.

La seule raison pour laquelle la plupart des dons recueillis par Souji allaient directement chez Cardinal Gold était afin de protéger ce mode de vie libre. Souji n’avait pas envie d’avoir de grandes quantités d’argent pour lui-même. Afin de vivre librement dans cette ville de prudes, il avait besoin d’un puissant protecteur.

Alors que Souji se promenait dans la rue, un vieil homme ivre qui buvait devant l’une des échoppes l’avait interpellé verbalement. « Salut à toi, l’évêque défroqué. Comment vas-tu ? »

Souji se tourna vers le vieil homme et le salua. « Salut mon vieux. Merci pour tous les dons. »

« Eh bien, ce n’est pas comme si quelqu’un d’autre comptait sur moi, » déclara le vieil homme. « Si le pays va tout prendre quand je décéderai, je préfère l’utiliser pour mon copain. »

« Hahaha, » Souji se mit alors à rire. « C’est bon de ta part. Buvons ensemble une prochaine fois. »

Il se sépara du vieil homme, et avant qu’il ne fasse dix pas, une vieille dame portant de beaux vêtements l’interpella. « Quoi, tu n’as toujours pas été viré ? Je ne sais pas pourquoi Lady Lunaria irait faire de quelqu’un comme toi un évêque... »

« Salut, je pensais avoir entendu quelqu’un de méchant, mais c’est juste toi, Mamie, » Souji plaisantait en réponse. « Ne dirait-on pas que tu es encore en pleine forme ? Es-tu sûre que Lady Lunaria n’essaie pas de te dire de venir auprès d’elle ? »

« Hmph ! Si je meurs avant toi, vas-tu prier pour moi ? » répliqua-t-elle. « Si un moine affreux comme toi est celui qui lit mes prières, je me perdrai en chemin vers le royaume des morts ! Je ne veux pas de ça ! »

« Hahaha. Eh bien, tu n’as qu’à vivre aussi longtemps que tu le peux, ma vieille, » répliqua-t-il de son côté.

Ils se disaient des choses horribles, mais ils étaient tous les deux si bons vivants. Il s’agissait du genre de conversation qu’ils pouvaient se permettre parce qu’ils se connaissaient si bien.

Après ça, une femme portant des vêtements très révélateurs l’avait appelé. « Sou ! Bébé, tu n’es pas sorti pour venir jouer avec nous dernièrement. Les filles du magasin sont tristes de ne pas te revoir, tu sais ? »

« C’est promis. Je serai là la prochaine fois que j’en aurai l’occasion, » avait promis Souji.

« Tu dis cela, mais j’ai entendu des rumeurs selon lesquelles tu aurais trouvé quelqu’un de spécial, » répliqua la femme.

« Hehe, penses-tu que n’importe quelle femme s’approcherait de moi avec cette tête ? » Quand il avait dit cela, il avait giflé le sommet de sa tête lisse et bronzée, et tout le monde à proximité éclata de rire.

Il avait été traité comme une nuisance dans l’église principale, mais ici, dans le quartier des plaisirs, Souji était un homme populaire.

Tout en marchant dans le quartier des plaisirs comme ça, Souji s’était soudainement arrêté. Puis, se retournant, il parla en direction d’une sombre allée.

« Pourquoi ne sortez-vous pas afin que je puisse vous voir ? Je n’aime pas trop avoir du monde qui me suit, » déclara Souji.

Après que Souji ait déclaré ça, un homme qui se faisait passer pour un pèlerin avec tout son corps couvert d’une cape à capuche recouverte de poussière était sorti de l’obscurité. Son visage était couvert par la capuche, mais le nez pointu de ce qui semblait être un homme-animal était visible au-dessous.

L’homme s’inclina devant Souji sans retirer sa capuche. « Pardonnez-moi pour ça. Quand m’avez-vous remarqué ? »

« Vous m’avez suivi depuis que je suis entré dans le quartier des plaisirs, n’est-ce pas ? » demanda Souji. « Je suis un ancien aventurier, et la détection des ennemis était l’un de mes rôles dans le groupe. Je suis sensible quant aux présences des autres. »

« Qu’est-ce qu’un homme comme vous fait en tant qu’évêque ? » demanda l’homme-bête encapuchonné.

« J’ai échoué une fois dans un donjon et j’ai été gravement blessé, » répondit Souji. « Cela s’est passé dans ce pays, et pendant que j’aidais le vieil évêque qui a pris soin de moi... C’est arrivé en quelque sorte naturellement. J’ai alors établi une connexion avec les croyants, et je l’ai gardée depuis que le vieil homme est décédé. »

« Je vois..., » l’homme masqué acquiesça de satisfaction, puis se dirigea vers Souji. Mettant une main dans sa poche, il essaya de sortir quelque chose.

Souji s’était mis sur ses gardes, pensant que c’était une arme, mais il devint d’un coup moins tendu une fois qu’il avait vu l’objet offert. L’homme tenait une bouteille de vin chère.

« Je voudrais partager un verre avec vous, et si possible, dans un endroit au calme, » déclara l’homme-bête.

« ... Hmm, » murmura pensivement Souji.

L’homme ne semblait pas être un assassin envoyé par l’un des plus hauts gradés de l’église qui voulait se débarrasser de lui, alors Souji baissa la garde. Il n’y avait pas beaucoup d’hommes-bêtes dans ce pays. S’il n’était pas un assassin engagé par l’église, cet homme venait probablement d’un autre pays. Quelle affaire un étranger pourrait-il avoir avec lui ?

Souji avait ri. « Eh bien, voulez-vous venir chez moi ? »

L’homme encapuchonné hocha la tête. « D’accord, cela me convient. »

Et ainsi, les deux hommes avaient marché ensemble à travers le marché en pleine nuit. Souji vivait dans une maison délabrée dans les bords d’Yumuen.

Au moment où ils étaient entrés dans la pièce sombre où ils n’étaient qu’eux deux, le nez de l’homme à capuche avait tressailli. « Cette odeur est... »

« Ça pue ? » demanda Souji en riant et en allumant les bougies. « Je suis un homme qui vit seul, alors désolé pour ça. Eh bien, essayez de l’endurer. »

« Non, je pense que l’endroit est bien entretenu, » répliqua l’autre.

En fait, pour quelqu’un ayant une personnalité légère et ouverte d’esprit comme Souji, la chambre était d’une propreté irréprochable. Il n’y avait pas de détritus qui traînaient, et aucune poussière n’était accumulée sur les meubles. Ce qui avait plus attiré l’attention de l’homme était...

« Est-ce l’odeur... des médicaments ? » demanda l’homme.

Quand l’homme encapuchonné lui avait fait la remarque, Souji avait cessé de rire. Il fixa l’homme pendant un moment, puis, comme s’il abandonnait, il haussa les épaules avant de lui parler d’un ton plus convivial. « Toi, tu as un bon nez. »

« Nous, les hommes-bêtes, avons un nez assez précis comparé aux humains, alors oui, » l’homme avait tiré sur sa capuche afin de révéler le visage d’un loup. Il baissa la tête. « Je suis connu sous le nom d’Inugami [1]. C’est un plaisir de faire votre connaissance. »

Souji avait porté une main à son menton et avait demandé. « Cela ne me dérange pas de mieux nous connaître, mais... est-ce ton vrai nom ? »

« Comme vous l’avez déduit, ce nom est un alias, » déclara Inugami.

« Bien sûr que je le savais. Si un individu doit cacher son identité pour se faufiler dans ce pays, il ne peut honnêtement pas me dévoiler son vrai nom, n’est-ce pas logique ? » demanda Souji.

Même en disant cela, Souji préparait les choses pour pouvoir boire. Sur une étroite table, il avait disposé deux verres, avec un peu de pain et du fromage. Les deux hommes s’étaient assis l’un en face de l’autre à la table, et avaient commencé par porter un toast.

Souji versa le contenu de la bouteille qu’il avait reçue d’Inugami dans les verres, et en sirotant de petites quantités d’alcool à la fois. Puis il demanda. « Alors, d’où viens-tu ? »

« Elfrieden... mais je suppose que je devrais maintenant dire le Royaume de Friedonia, » répondit Inugami.

« Le pays avec un héros d’un autre monde qui est devenu roi, hein ? » demanda Souji.

Le fait de servir en tant qu’évêque dans un environnement fermé comme l’Église avait tendance à rendre quelqu’un un peu ignorant de ce qui se passait dans le monde extérieur, mais même Souji avait entendu des rumeurs sur le Roi Héros d’Elfrieden. On lui avait cédé le trône immédiatement après avoir été convoqué dans ce monde, puis il avait fait sortir le Royaume d’Elfrieden de sa lente déchéance. Après ça, il avait éliminé les menaces touchant à son autorité effectuée par des acteurs internes et externes, et maintenant il avait même entièrement et pacifiquement annexé la Principauté d’Amidonia, transformant ainsi son pays en une puissance qui pourrait même rivaliser avec l’Empire.

Même en entendant cela, cela semblait être les accomplissements d’un homme aux talents multiples, mais on ne parlait jamais vraiment de la contribution personnelle du roi Souma dans tout cela. Dans d’autres pays, tout ce dont ils entendaient parler était le Capitaine d’Argent de la Garde Royale et le Capitaine aux Cheveux Rouges de la Force d’Attaque de l’Armée du côté des militaires. Pour les civils connus à l’extérieur, les seuls dont on parlait étaient le Premier ministre à la robe noire et le Seigneur Ishizuka, le dieu de la nourriture et tous les autres qui avaient réalisé de grandes choses de leur côté. Il n’y avait quasi rien à propos du roi.

S’ils avaient pu voir le Joyau de Diffusion de la Voix, les choses auraient pu être différentes, mais la seule réalisation du roi Souma dont on avait parlé dans d’autres pays était qu’il avait la sagesse d’embaucher ces personnes-là. Voilà pourquoi Souji ne savait pas comment juger correctement le roi héros.

« Le pays semble prospérer, mais quel genre d’homme est votre roi ? » demanda Souji en reprenant une manière de parler plus formelle.

« Eh bien... je ne le comprends pas vraiment, » répondit Inugami.

« Oh, voyons..., » s’exclama Souji.

« Ses capacités martiales ne sont pas différentes de celles d’une personne du peuple, » répondit Inugami. « Même avec une formation appropriée, il ne serait guère mieux qu’un soldat de base. En ce qui concerne sa capacité à commander, il laisse cela à ses subordonnés, donc je ne peux rien en dire. Il semble avoir un bon niveau d’ingéniosité, mais il l’utilise afin de créer de nouveaux systèmes pour le pays et pour faire d’autres choses qui ne sont pas immédiatement perceptibles pour le commun des mortels. »

« Il ne me semble pas si bon que ça, » déclara Souji.

Inugami avait fait une grimace mélangée à un sourire. « Cependant, si je peux dire une chose à son sujet, ce serait que, sans aucun doute, ceux qui sous-estiment Sa Majesté semblent toujours se retrouver menés par le bout du nez jusqu’à une situation désagréable. Même la Sainte de l’Orthodoxie Lunaire ne faisait pas exception. »

« Une sainte ? L’un des plus hauts rangs aurait-il fait quelque chose ? » Inugami avait dit à Souji ce qui venait de se passer.

Il avait mentionné le fait que l’État Pontifical Orthodoxe avait offert au Royaume de Friedonia une offre où ils nommaient le roi Souma en tant que « roi saint » en échange de faire de l’Orthodoxie Lunaire leur religion d’État. En raison du danger des incitations à la rébellion venant des adeptes de l’Orthodoxie Lunaire dans le pays, le royaume s’était trouvé dans une position où il serait difficile de refuser.

En réponse à cette situation, le roi Souma avait refusé d’être nommé roi saint, et avait choisi de reconnaître l’Orthodoxie Lunaire comme une « religion d’État ». Puis Souma s’était adressé à toutes les religions du pays, les informant de son intention que « toute religion qui enregistre et passe une enquête réalisée par le pays sera reconnue comme une religion d’État », déclarant ainsi que les religions opérant dans le pays seraient sous sa direction à l’avenir.

Au début, Souji était un peu décontenancé, mais il laissa échapper un rire enthousiaste. « Hahaha, bien fait pour eux ! Les intrigues des supérieurs ont donc mal tourné là-bas ! »

D’une certaine manière, il riait de la façon dont ses compatriotes avaient été battus. Puis, après avoir vidé le reste de son verre, il l’avait posé sur la table.

« Hmm... Mais les plus hautes instances resteront-elles vraiment calmes après ça ? Ces mecs sont vraiment tenaces. Même si cela vous a fait gagner un peu de temps pour le moment, ils vont venir avec un nouveau coup assez tôt, ne le croyez-vous pas ? » demanda Souji.

« Tout à fait, » répondit Inugami. « C’était quelque chose sur quoi Sa Majesté était également préoccupée. Cela nous amène à ceci, » il avait sorti une lettre de sa poche et il l’avait donnée à Souji. « Il s’agit d’une lettre qui vous est adressée de la part du Premier ministre Hakuya. »

« Pour moi ? » demanda Souji.

« Si vous la lisez, je crois que vous comprendrez pourquoi, mais notre Premier ministre souhaite votre venue dans le royaume afin que vous deveniez l’évêque qui dirigera les croyants de l’Orthodoxie Lunaire là-bas, » résuma Inugami.

« Moi en tant qu’évêque du royaume..., » quand Souji avait parcouru la lettre, il avait trouvé plus ou moins les mêmes choses qu’Inugami avait dites, mais en des termes plus polis. Il avait fini de lire la lettre et l’avait posée sur la table. « Cela a du sens. En d’autres termes... en mettant une personne corrompue comme moi comme évêque du Royaume, vous voulez séparer les adeptes de l’Orthodoxie Lunaire se trouvant dans le royaume de ceux de l’État Pontifical Orthodoxe a proprement parlé. »

Quand l’État Pontifical Orthodoxe avait donné des instructions à leurs disciples dans d’autres pays, ils étaient d’abord passés par l’évêque local qui représentait les croyants dans ce pays. À partir de là, cet évêque transmettrait les directives de la patrie aux églises individuelles à travers tout le pays. Donc, si le royaume pouvait remplir ce siège d’évêque avec une personne qui n’était pas si loyale envers leur patrie et l’église principale, qui pourrait facilement être gagnée à leur cause, il serait possible d’exclure toute directive de la part de la patrie.

Je vois. Ils ont bien réfléchi, pensa Souji.

« Était-ce le plan du roi ou celui du Premier ministre ? » demanda-t-il.

« C’était le plan du Premier ministre de vous inviter chez nous, Sire Souji, » répondit Inugami.

« Je comprends. Ils sont tous les deux rusés... Non, ils sont totalement des fraudeurs, n’est-ce pas ? » demanda-t-il en parlant à Inugami.

Notes

  • 1 Inugami : Dans la mythologie japonaise, un inugami (犬神, « dieu chien ») est un type de shikigami, émanant d’un chien et lui ressemblant. Généralement, il exécute une vengeance ou agit comme gardien si l’inugami-mochi, ou « le propriétaire de l’inugami », le lui ordonne. Les inugami sont extrêmement puissants, capables d’exister indépendamment de leur propriétaire et même de se retourner contre lui. Ils peuvent aussi posséder un être humain.

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Partie 3

Souji croisa les bras avant de se mettre à réfléchir.

C’est vrai, il n’y a probablement personne qui corresponde mieux que moi à leurs critères. J’entends aussi depuis peu des rumeurs comme quoi le Cardinal Gold va bientôt être expulsé. Si ce cardinal avide n’est plus, je suis sûr que la commission d’enquête utiliserait cette occasion pour me réprimander. Quand cela arrivera, il sera temps de payer les pots cassés. Donc ce n’est pas un mauvais moment pour moi de quitter le pays avant que le vent tourne... Cependant, même dans un tel cas de figure...

Souji avait une préoccupation à l’esprit. « Que se passerait-il si je refuse ? »

« Je trouve cela difficile à dire, mais ce serait imprudent de votre part, » déclara Inugami. « Nous avons déjà communiqué à la Sainte notre désir de nous voir confier votre garde ce qui a été transmis aux échelons supérieurs de l’État Pontifical Orthodoxe. Je suis sûr que les responsables ici n’ont aucun désir de vous voir placé en tant que représentant de l’Orthodoxie Lunaire pour tous ceux qui vivent dans le royaume, donc... »

« ... Donc, je suis actuellement en danger, » Souji soupira face à Inugami. « Eh bien, allez-y. Dès le début, je n’avais jamais eu d’autre choix, n’est-ce pas ? »

« Je suis désolé, » déclara Inugami. « Cependant, si vous acceptez, nous vous escorterons en sécurité jusqu’au royaume, en veillant à ce que vous ne subissiez aucun préjudice. »

« Ce n’est pas le problème..., » Souji se gratta fortement l’arrière de sa tête chauve. Après avoir réfléchi un moment, il regarda Inugami droit dans les yeux comme s’il avait pris une décision, puis lui demanda quelque chose. « Je me souviens vous avoir entendu dire que le roi Souma est fou quand il s’agit de récupérer du personnel talentueux à son service, n’est-ce pas ? »

« Je devrais vous frapper pour le traiter de fou, » lui répliqua Inugami. « N’est-ce pas le devoir naturel de n’importe quel dirigeant de chercher loin afin d’avoir à son service un excellent personnel ? »

« Ohhh ! Désolé si je vous ai offensé, » déclara Souji. « Je ne voulais nullement insulter votre roi. C’était simplement que... je voulais vérifier si le Roi Souma allait vraiment embaucher du personnel d’excellente qualité. Peu importe qui est cette personne, si elle a un don, l’utilisera-t-il à bon escient ? »

Quand Souji lui avait posé cette question avec un sérieux qui semblait différente de lui en raison de leur interaction jusque là, Inugami y avait réfléchi avant de lui répondre.

« Eh bien... ceci est peut-être seulement mon point de vue personnel, mais je crois que Sa Majesté prend ses décisions selon que la personne a ou non un don. Il ne se soucie nullement de la race, l’âge, le sexe, l’histoire ou l’apparence physique, et il cherche à attirer à lui le talent venant d’un large éventail de personnes, » déclara Inugami.

« Vraiment ? Cela serait-il le cas même pour quelqu’un qui a été déclaré comme une “sorcière” par l’Orthodoxie Lunaire ? » demanda Souji.

« Une sorcière ? » Inugami avait répété le mot sinistre avec un regard interrogateur.

La porte s’était soudainement ouverte. Quand Inugami se retourna, il vit une femme avec un tissu aux couleurs vives qui était drapé au niveau de sa tête.

Dans ce pays, le fait de porter des vêtements unis avec un beau tissu drapé sur la tête était la marque d’une prostituée. Cela avait commencé lorsque les prostituées s’étaient mises à se couvrir le visage avec du tissu pour les empêcher d’être vus lorsqu’elles entraient dans la maison d’un homme, mais une fois que la vanité fut ajoutée à ça, elles avaient commencé à porter des vêtements bien plus voyants.

Lorsque la femme qui était entrée remarqua la présence d’Inugami, elle avait dit, « Vous étiez en train de parler, je vois... Je m’excuse pour ma grossièreté. »

Elle baissa la tête, puis elle se prépara à partir quand...

Souji l’arrêta avant qu’elle puisse s’en aller. « Mérula, reste ici. Tu n’as nullement besoin de t’inquiéter pour cette personne. Il est correct. »

La femme s’était arrêtée, puis s’était lentement tournée sur elle-même. « ... Vraiment ? »

« Oui. Au contraire, il est du côté des individus qui luttent contre ce pays, » déclara le prêtre.

La prostituée semblait prise de court. « Souji, tu es supposé être un évêque de ce pays... »

Pourquoi bois-tu avec un homme comme ça ? la femme semblait vouloir dire ça alors qu’elle avait baissé ses épaules. Puis elle se dirigea vers la table et s’assit dans une chaise vide.

Alors qu’Inugami était encore confus, elle avait enlevé le tissu recouvrant sa tête. Après l’avoir fait...

« Quoi !? » s’exclama Inugami.

Sous l’étoffe était apparue une belle femme de vingt-cinq ans, à la peau blanche, pâle, translucide, aux cheveux dorés et aux oreilles pointues.

Ces oreilles pointues étaient la marque de la race des elfes. En plus d’eux, il y avait une autre chose qui ressortait d’elle : ses yeux étaient rouge-rubis.

« Une haute-elfe... Non, ce n’est pas possible ! En est-elle vraiment une ? » demanda Inugami.

Les yeux cramoisis étaient caractéristiques des hauts elfes. Les elfes et les elfes sombres avaient une aversion pour le contact avec d’autres races, mais dans des états multiraciaux comme le Royaume de Friedonia, il y avait des individus qui vivaient mélangés avec les autres races. Certains de ces individus en étaient même arrivés à épouser des membres d’autres races et avaient eu des enfants. Marx, le chambellan de Souma, était un demi-elfe né d’un parent elfe et d’un parent humain.

Cependant, les hauts elfes étaient encore plus extrémistes dans leur haine des contacts avec d’autres races. Pour cette raison, les hauts elfes ne se trouvaient que dans leur propre pays, le Royaume des Esprits de Garlan, qui était situé sur deux îles, une grande et une petite, au nord-ouest du continent, et où toutes les autres races étaient interdites.

Les hauts-elfes s’engageaient aussi dans leur propre forme unique de culte spirituel, ce qui faisait qu’ils étaient ceux qui n’avaient aucune relation cordiale avec une théocratie comme l’État Pontifical Orthodoxe de Lunaria.

C’était tout simplement ce fait qui avait rendu Inugami si choqué. Il ne pouvait pas croire qu’ici, dans un pays qui était le centre d’une foi différente, il voyait une haute elfe habillée en prostituée.

Quand il vit Inugami à court de mots, Souji sourit avec ironie et plaça sa main sur la tête de la haute elfe. « Permettez-moi de vous la présenter. Elle s’appelle Mérula Merlin. Comme vous l’avez déjà remarqué, elle est une haute elfe. Je sais qu’elle ne semble pas l’être, mais c’est une vieille femme qui a vécu deux fois plus longtemps que moi, alors faites attention... »

« Comme c’est grossier ! » déclara une Mérula indignée. « Pour une haute elfe, avoir cent ans c’est comme avoir un peu moins de vingt ans pour un humain. Est-ce que tu t’en rends compte ? Dans le Royaume des Esprits, si je disais aux autres que j’avais cent ans, ils me traiteraient comme une gamine. »

Elle avait alors commencé à converser d’une manière naturelle avec Souji.

« Hmm... Quel genre de relation avez-vous tous les deux ? » un Inugami encore égaré avait réussi à se faufiler dans leur discutions.

Mérula et Souji se regardèrent.

« Que sommes-nous... ? On peut dire qu’il est mon colocataire, non ? » demanda Mérula.

« Non, non, non. Je suis le propriétaire de cette maison, » déclara Souji. « Je suis ton protecteur ici, d’accord ? »

« Attends un peu ! Qui s’occupe de tout ici !? Si je ne nettoie pas après toi, tu laisses les choses traîner partout ! » cria Mérula.

« Tu es bien trop pinailleuse sur ce genre de détails !! » répliqua le prêtre.

Les deux individus s’étaient lancés dans des piques verbales qui ressemblaient étrangement à un combat dans un couple d’âges moyens.

Inugami pressa ses tempes, puis il chercha une explication. « Hm, pourrais-je vous demander de commencer par le début de l’histoire... et m’expliquer ce qu’une haute elfe comme Madame Mérula fait ici ? »

« Hm ? Oh, désolé, désolé ! » Quand Souji avait réussi à se calmer, il avait croisé les bras et avait regardé Mérula. « Cela te dérange-t-il si je lui explique tout ? »

« Hm... S’il te plaît, fais-le, » déclara Mérula.

Et ainsi, avec la permission de Mérula, Souji avait commencé à raconter son histoire.

☆☆☆

Partie 4

Mérula, la haute elfe, était née il y a environ cent ans dans le pays des hauts elfes, le Royaume des Esprits de Garlan. Le Domaine du Seigneur-Démon n’était pas encore apparu à ce moment-là, donc les hauts elfes avaient défendu les deux îles qui formaient le royaume spirituel de Garlan, une grande et une petite, et vivaient sans contact avec les autres races.

En dépit de faire partie de la race des hauts elfes qui était sectaire et n’avait aucun intérêt pour le monde extérieur, Mérula avait toujours été débordante de curiosité. Dès son plus jeune âge, elle s’était intéressée à tout ce qui attirait son attention et demandait aux adultes ce qui se passait. Quand elle avait eu l’âge de penser par elle-même, et avait commencé à voir que les adultes mentaient pour se couvrir quand ils ne savaient rien, elle avait commencé à vouloir aller chercher la vérité par elle-même. Et ainsi, elle avait passé vingt ans à étudier diverses choses.

Au moment où elle était devenue une chercheuse à part entière, elle avait rencontré un grand mystère.

Quels étaient donc les esprits que les hauts elfes adoraient ?

Les hauts elfes se considéraient comme une race aimée par ces esprits. Ils disaient que la preuve démontrant ça était la puissante magie que les hauts elfes pouvaient utiliser.

Les hauts elfes étaient tous capables d’utiliser de puissantes magies que seuls ceux appelés mages dans les autres races pouvaient faire, et ils le faisaient comme si c’était quelque chose de tout à fait naturel. Il s’agissait selon eux de la preuve que les esprits étaient toujours aux côtés des hauts elfes, leur prêtant leur pouvoir... voilà comment leur esprit fonctionnait.

Mérula avait des doutes concernant le culte de l’esprit.

C’est vrai que les hauts elfes peuvent utiliser de puissantes magies, pensa-t-elle. Mais est-ce vraiment à cause des esprits ? Comment pouvons-nous croire en des choses comme des esprits que nous ne pouvons pas voir ?

Il y avait ceux qui prétendaient avoir vu des esprits. Cependant, leurs histoires étaient tout à fait absurdes et c’était souvent au niveau de, « j’ai vu mes grands-parents morts debout à mon chevet ».

En outre, ils vivaient dans un pays qui interdisait l’accès de toutes les races, sauf les hauts elfes. Ainsi, même si les hauts elfes pouvaient utiliser de puissantes magies, comment pouvaient-ils affirmer avec certitude que les esprits ne donnaient leurs bénédictions qu’aux hauts elfes ?

Il se pourrait que les esprits donnent leur bénédiction aux membres des autres races. D’un autre côté, que se passerait-il si un haut elfe quittait les îles ? Si les esprits étaient toujours à leurs côtés, même s’il quittait l’île, il devrait pouvoir utiliser une magie puissante.

Sans même avoir testé cela, les hauts elfes avaient cru aveuglément qu’ils étaient un peuple aimé par les esprits, et Mérula ne pouvait pas le tolérer. Ses connaissances ne pouvaient être complétées si elle restait seulement sur ces îles. Ce n’est qu’en allant dans le monde extérieur et en absorbant les connaissances de diverses sources qu’elle pourrait commencer à s’approcher de la vérité.

Mérula avait commencé à penser ainsi, et à son cinquantième anniversaire, elle avait quitté les îles. En changeant la couleur de ses yeux avec de la magie, elle avait pris l’apparence d’une aventurière elfe blanche, voyageant de pays en pays et absorbant plus de connaissances. Et ainsi, il y avait des choses qu’elle avait comprises au cours de ce processus.

Une fois qu’elle avait quitté le Royaume des Esprits, la puissance de la magie de Mérula avait été réduite.

Que ce soit parce que « les hauts elfes ne peuvent manifester leur puissance que dans le Royaume des Esprits », ou parce qu’« ayant quitté le Royaume des Esprits, Mérula a perdu la protection des esprits », elle ne le savait pas. Si son pouvoir revenait quand elle reviendrait au Royaume des Esprits, elle serait capable de démontrer avec une forte probabilité que c’était le premier, mais ceux qui avaient quitté le Royaume des Esprits étaient considérés comme des traîtres. Si elle revenait, elle serait tuée sans qu’on lui pose de questions, et donc, elle n’avait pas pu le vérifier.

Revenons sur le sujet.

Mérula continua ses voyages, et l’État Pontifical Orthodoxe de Lunaria, qui avait une foi unique, comme son propre peuple, attira son attention.

Le Royaume des Esprits adorait les esprits qu’ils ne pouvaient prouver. Alors qu’en est-il de l’État Pontifical Orthodoxe qui adorait la déesse de la lune Lunaria ? Est-ce que cette Lady Lunaria, et le Lunalith dans lequel ses prophéties étaient censées être sculptées, existaient-ils réellement ?

Si elle pouvait comprendre la relation entre l’État Pontifical Orthodoxe, Lady Lunaria, et le Lunalith, peut-être qu’elle pourrait acquérir une certaine compréhension de la relation entre le Royaume des Esprits et le culte de l’esprit. Avec cette idée à l’esprit, Mérula se faufila dans l’église principale de l’Orthodoxie Lunaire afin de voir le Lunalith, qui était censé être là.

☆☆☆

Partie 5

« A-Attendez un peu, s’il vous plaît, » Inugami avait interrompu l’histoire à ce moment-là. « Ne voulez-vous quand même pas dire que Madame Mérula a réussi à se faufiler dans l’église principale ? Cet endroit est célèbre pour sa sécurité. N’est-ce pas un endroit où aucun amateur ne pourrait se faufiler seul ? »

« Eh bien, vous avez raison, mais..., » répondit Souji, se grattant l’arrière de sa tête, puis il posa sa main sur la tête de Mérula. « Normalement, ce serait difficile, mais... Mérula possède une capacité spéciale, voyez-vous. »

Souji avait frotté avec sa main la tête de Mérula, la poussant comme s’il essayait de la convaincre de faire quelque chose. Mérula frappa sa main d’agacement, puis elle chuchota quelque chose. À l’instant suivant, Mérula avait disparu.

« Quoi !? » s’exclama Inugami.

Elle était là pendant tout ce temps, mais maintenant il ne pouvait plus voir aucune trace visuelle d’elle. Cependant, le sens de l’odorat d’Inugami pouvait détecter la présence de Mérula. Il ne pouvait pas la voir, mais elle était toujours là.

En regardant Inugami regarder autour de lui, Souji avait ri et avait mis sa main à l’endroit où Mérula avait été juste avant ça. « Je suis sûr qu’il semblerait qu’elle soit partie, mais Mérula n’a pas bougé d’où elle était. Si je la touche, je peux dire qu’elle est vraiment encore là... Guagh?! »

Souji était soudainement tombé de sa chaise. Inugami se raidit, se demandant ce qui se passait, quand soudain, Mérula était réapparue avec un regard mécontent et un poing tendu. Elle devait l’avoir frappé sur la chaise.

« Ne profite pas de la situation pour essayer de saisir mes seins, harceleur sexuel ! » Mérula avait crié sur un Souji à terre.

« Oh... tes seins  !? Je pensais que j’avais touché ton côté... Gwahhh! » cria-t-il.

« Désolée de ne pas avoir des courbes épanouies ! » cria-t-elle.

Après avoir dit quelque chose qu’il n’aurait pas du dire, Souji s’était pris un râteau.

Inugami était abasourdi, mais il avait quand même réussi à demander : « Madame Mérula, pouvez-vous disparaître ? »

« Oui, c’est bien ça, » confirma Mérula. « Je ne comprends pas vraiment comment cela fonctionne, mais je peux faire en sorte que les couleurs de mon corps et de mes vêtements se fondent dans leur environnement. Quand j’étais dans le Royaume des Esprits, je pouvais aussi faire disparaître ceux qui m’entouraient, mais... maintenant, me faire disparaître est le meilleur résultat que je puisse obtenir. »

Souji était revenu dans la discussion en ajoutant : « Elle est comme un lézard, non ? » en taquineries, ce qui lui avait valu un autre coup de pied. Cependant, comparé au mimétisme de couleur de certains lézards, le sien était parfait.

Si Souma avait été ici, il aurait pu indiquer que la capacité de Mérula était celle qui contrôlait la réfraction de la lumière, et qu’elle produisait un camouflage optique parfait. Mais malheureusement, personne ici ne pouvait faire cette observation.

Souji était revenu sur sa chaise et avait dit : « De toute façon, » essayant de revenir sur le sujet. « Sa capacité lui a permis de s’infiltrer dans l’église principale et elle a pu se rendre dans les profondeurs jusqu’au Lunalith. »

« Même si vous pouvez disparaître, ils auraient dû être capables de détecter sa présence et de la sentir comme je l’ai fait, » déclara Inugami. « Je suis impressionné qu’elle ait fait tout ce chemin. »

« Je suis sûr que c’était en partie de la chance, mais c’est aussi un endroit auquel personne, à part Sa Sainteté et les cardinaux, n’a accès, » expliqua Souji. « La sécurité à l’entrée est étroite, mais une fois que vous entrez, il est peu probable que vous soyez découvert. Mérula se faufila alors que Sa Sainteté et les cardinaux partaient. Rappelez-vous qu’à cause de son infraction, la sécurité a été considérablement améliorée depuis. »

Il regarda Mérula avec attention, et elle détourna les yeux maladroitement.

Comment une seule femme peut-elle faire quelque chose de si fou ? Inugami était pris de court. « Vous avez dit que la sécurité a été renforcée. Est-ce que cela signifie qu’elle a été découverte ? »

« Oui, » répondit Souji. « Elle pouvait tromper leurs yeux, mais, de toutes les choses qu’elle aurait pu faire, elle devait aller toucher le Lunalith. Quand elle l’a fait, il semble qu’elle ait vu un oracle. »

☆☆☆

Partie 6

Selon le récit de Mérula, le Lunalith se trouvait dans une vaste pièce sans aucun signe de vie.

La pièce était faiblement éclairée, et le centre de cette pièce avec son haut plafond était occupé par ce qui ressemblait à un monument de pierre noire. Il mesurait cinq ou six mètres de haut, deux mètres de large et moins d’un mètre de profondeur.

En regardant de plus près, Mérula pouvait dire que le monument de pierre dégageait une lumière pâle.

Alors, c’est ça le Lunalith..., pensa-t-elle. Il existe vraiment.

Il s’agissait de l’objet du culte de l’Orthodoxie Lunaire sur lequel les oracles de Lunaria étaient censés être sculptés. Même si elle avait anticipé cela, quand elle avait vu que ça existait vraiment, Mérula avait été excitée. Passant immédiatement en mode chercheur, elle avait commencé à observer et à analyser le Lunalith.

Actuellement, bien que le sujet d’étude est en train d’émettre de la lumière, aucun texte n’est apparu, pensa Mérula. Pourtant, dans l’Orthodoxie Lunaire, il est dit que les oracles de la déesse de la lune Lunaria descendent vers eux à travers le Lunalith.

Quand Mérula était en mode recherche, ses pensées devinrent aussi analytiques que celles d’un chercheur. Même la féminité avait disparu de ses pensées, et elle avait commencé à rassembler ses phrases comme s’ils faisaient partie d’un document de recherche, avec tous les excès retirés.

Mérula avait fait le tour du Lunalith.

Hypothèse : Les oracles de Lunaria sont sculptés dans le Lunalith, pensa-t-elle. Si cette hypothèse est vraie, les oracles de Lunaria seront sculptés d’une certaine manière sur le Lunalith. On ne sait pas si les oracles sont sous forme écrite ou picturale. Si cette hypothèse est fausse, les oracles ne seront pas sculptés sur le Lunalith. Dans ce cas, on pourrait avancer l’idée qu’ils ont mis en place cet objet phosphorescent qui semblait significatif en tant que Lunalith, et que l’Orthodoxie Lunaire l’utilise pour soutenir leur autorité. Mais...

Ayant pensé jusque-là, Mérula secoua la tête.

On peut émettre l’hypothèse que cette possibilité est faible. La méthode est trop détournée pour que ce soit un moyen de renforcer leur autorité. S’ils voulaient enchâsser un monument qui ne reçoit pas d’oracles, il serait beaucoup plus simple de prétendre qu’il s’agissait d’une sorte d’objet sacré utilisé par Lunaria. En fait, il y a beaucoup de tels exemples d’autres religions qui font juste cela.

Mérula avait encore tourné autour jusqu’à se tenir (probablement) devant le Lunalith.

Testons si l’hypothèse initiale est vraie. Actuellement, il y a, grosso modo, deux cas de figure dans lesquelles ont pourrait classifier tout ça :

Possibilité 1 : Les oracles sont transmis périodiquement, ou à des intervalles aléatoires.

Possibilité 2 : Le récepteur des oracles effectue une opération afin de les faire apparaître.

Mérula regarda l’objet, ses yeux fixés dessus alors qu’elle réfléchissait.

Dans le cas 1, le pape ou d’autres receveurs ne peuvent pas recevoir d’oracles au moment de leur choix. Dans ce cas, ils refléteraient fortement la volonté de la déesse lunaire Lunaria.

Dans le cas 2, le pape et les autres peuvent recevoir des oracles au moment de leur choix. Dans ce cas, il peut être conjecturé que la déesse de la lune Lunaria n’est pas un être qui influence ses croyants en tout temps.

Puis Mérula tendit lentement la main vers le Lunalith.

Le Lunalith émet de la lumière. On peut supposer de ce fait que le Lunalith est dans un état actif. D’une certaine manière, si je pouvais recevoir un oracle, la possibilité de la possibilité 2 serait accrue. Je suppose que c’est ainsi, oui.

L’esprit de Mérula quitta la mer de pensées qui l’assaillait, et elle toucha le Lunalith. Et à l’instant suivant...

« Ah ! »

Le Lunalith brilla brusquement et plusieurs lignes dorées apparurent sur sa surface noire. Mérula avait sursauté en raison de la surprise, mais quand elle s’était calmée et avait pris soin d’observer la situation, elle avait pu voir une régularité quand au fonctionnement. Mérula avait alors émis l’hypothèse qu’il s’agissait de caractères qui étaient inscrits devant elle. Elle était donc sûre que les oracles étaient inscrits sur le Lunalith.

Mérula avait tenté de déchiffrer l’oracle, mais non seulement les caractères n’étaient pas ceux qui étaient couramment utilisés à des fins officielles sur le continent, mais ils étaient si différents de l’un des systèmes d’écriture de tout pays que Mérula avait visité lors de ses voyages qu’elle ne pouvait pas les lire.

Mérula était un peu déçue, mais elle avait rapidement changé sa manière de penser.

Peu importe quoi, j’ai réussi à faire venir un oracle. La prochaine question est de savoir si le pape lunaire orthodoxe et son peuple peuvent lire ceci.

Alors que Mérula pensait cela, elle avait soudainement entendu les pas d’un certain nombre de personnes approchant. Ces pas étaient brutaux, et elle pouvait dire qu’ils couraient.

Oh, merde... ont-ils remarqué mon infiltration parce que j’ai touché le Lunalith !? Mérula utilisa rapidement sa capacité à disparaître et se déplaça contre le mur.

Juste après ça, six hommes lourdement armés avaient fait irruption dans la pièce. Ces hommes, dont les boucliers portaient l’emblème de l’Orthodoxie Lunaire, étaient membres de l’unité d’élite de l’État Pontifical Orthodoxe, l’Ordre des Chevaliers saints.

L’homme qui semblait être leur chef regarda dans la pièce. « ... Je peux sentir une présence ici. Quelqu’un se dissimule ! Vous deux, fermez la porte et surveillez là ! Les autres, cherchez minutieusement dans la pièce ! »

Oh, c’est mauvais !

Le chef du groupe avait détecté Mérula. Et pour couronner le tout, l’entrée était déjà inaccessible, ce ne serait qu’une question de temps avant qu’elle ne soit prise.

En arrivant à cette conclusion, Mérula s’était mise à courir. Avant la fermeture de la porte, elle avait réussi à repousser l’un des chevaliers saints et à sortir par la porte.

« Ah ! Ils se sont enfuis ! Lancez quelque chose vers l’entrée ! » cria le chef.

« Oui, Sire ! »

Sous les ordres du chef, l’un des chevaliers saints qui avaient regardé la porte sortit le poignard rangé dans le dos de son bouclier et le jeta vers Mérula.

« Guh... »

Elle avait été incapable d’esquiver ça, en partie car le couloir était si étroit, et ainsi, le poignard du chevalier sacré se planta dans l’épaule de Mérula. De plus, la douleur avait brisé sa concentration, ce qui l’avait rendu visible.

Quand les chevaliers saints l’avaient vu, ils avaient crié de surprise. « Une elfe !? Arrête-toi ! »

« C-Comme si quelqu’un pouvait..., » commença-t-elle à murmurer avant de disparaître à nouveau avec sa magie.

À cause de sa blessure, elle laissa une traînée de sang, et bien que la poursuite avait continué pendant un moment, elle avait finalement été capable de s’échapper de ses poursuivants en plongeant dans la petite rivière qui entourait l’église principale.

Cependant, parce qu’elle était tombée dans l’eau pendant qu’elle saignait, elle avait commencé à perdre plus rapidement du sang et Mérula avait rapidement perdu connaissance alors qu’elle dérivait dans le courant.

☆☆☆

Partie 7

« Alors, quand je l’ai trouvée rejetée en aval comme un monceau de tissu délavé, je l’ai ramassée et je l’ai prise sous ma protection, » acheva Souji. « Et depuis, je la cache ici. »

« ... Argg. » Mérula frappa Souji dans le dos. Il semblerait qu’elle n’en était pas heureuse, mais la vérité était qu’il l’avait sauvée, alors elle ne pouvait rien dire.

Inugami inclina sa tête sur le côté. « N’êtes-vous pas censé être un évêque lunaire orthodoxe ? Je trouve surprenant que vous ayez décidé de l’aider. »

Il avait alors répondu. « Au départ, je pensais juste qu’elle était une personne perdue quelconque. J’ai été surpris quelques jours après l’avoir sauvée quand des portraits d’elle ont été placardés un peu partout en ville annonçant qu’elle était recherchée en tant que “sorcière”. »

« Pourtant, vous ne l’avez toujours pas conduite jusqu’à l’Église ? » demanda Inugami.

« ... Et bien, l’ayant déjà aidée, je ne pouvais pas changer d’avis et la leur apporter si facilement, » après avoir dit ça, Souji prit une gorgée de son verre avant de poursuivre. « Selon ce que je savais, ils disaient qu’elle avait fait apparaître un oracle sur le Lunalith. Dans l’Orthodoxie Lunaire, on nous enseigne que seuls le pape et quelques élus peuvent faire apparaître des oracles. Si l’information sur le fait qu’une haute elfe païenne était capable d’en faire apparaître un, alors cela serait un coup énorme pour l’Église. Après tout, ils cesseraient d’être si spéciaux comme ils n’arrêtent pas de le dire. La perte de l’autorité de l’Église signifierait une réduction de la force centralisatrice dans ce pays. C’est pourquoi ils ont désigné Mérula comme étant une sorcière. C’est aussi pourquoi ils sont si désespérés quant à la trouver. Ils font ça dans le but de la faire disparaître. »

« Je vois..., » déclara Inugami.

« ... Je suis reconnaissante à Souji, » bien que Mérula l’ait agacé auparavant, cette fois elle parlait sincèrement. « Je lui suis reconnaissante d’avoir protégé une fugitive comme moi et d’avoir soigné mes blessures. Et aussi, je ne peux pas assez le remercier pour m’avoir protégée quand je n’avais nulle part où aller. »

« Oh, hé ! » Souji s’était inséré dans la discussion. « Tu es terriblement douce maintenant. »

« C’est que je dis actuellement ce que je ressens vraiment. Je veux faire quelque chose pour te rembourser toi aussi. C’est pourquoi, pendant que tu m’abritais ici, j’ai pris sur moi de faire tout le ménage pour toi. Mais ! » Mérula se leva de son siège, pointant un doigt vers Souji. « Tu es bien trop bordélique ! Si tu nettoyais un peu mieux après que tu fais quelque chose, tu ne passerais pas autant de temps à chercher des choses ! »

« Tu oses dire cela, mais tu n’es guère mieux que moi ! » Souji se leva, intraitable, et baissa les yeux sur Mérula alors qu’il parlait. « Je te laisse t’occuper un peu de la maison, et la prochaine chose que je sais, c’est que ma cave à vin a été transformée en un site d’expérimentation farfelu. Je vais donc te le répéter, tu ne peux pas simplement rénover une maison sans la permission du propriétaire. »

« Je suis une chercheuse, donc ça devait être fait. J’ai payé le matériel de ma propre poche, alors quel est le problème ? » demanda Mérula.

« Veux-tu parler de l’argent que tu m’as donné en me faisant vendre des accessoires que tu avais apportés de ton pays d’origine ? C’était vraiment difficile de s’assurer que ceux-ci n’allaient pas révéler que j’étais lié à toi. Franchement..., » peut-être que Souji venait de se souvenir de tous les tracas impliqués, parce qu’il avait commencé à se gratter l’arrière de la tête.

Lequel d’entre eux était vraiment la personne responsable ici... ? Il était difficile de dire l’équilibre des forces dans ce couple.

Souji déclara. « Franchement..., maintenant..., » avant de s’asseoir à nouveau sur sa chaise en faisant un bruit sec. « Comme vous pouvez le voir, je ne peux pas aller dans le royaume avant de comprendre ce que je dois faire à propos d’elle. »

« Hein, attends !? C’est quoi cette histoire d’aller dans le royaume !? » s’écria Mérula.

Inugami avait alors expliqué à Mérula le fait qu’ils voulaient inviter Souji à devenir l’évêque du Royaume de Friedonia en tant que contre-mesure pour faire face à l’État Pontifical Orthodoxe.

En entendant cette explication, Mérula avait réfléchi pendant un moment, puis elle hocha la tête comme si elle avait pris une décision. Elle se tourna vers Souji avant de lui annoncer. « Quelle occasion parfaite ! Je voulais aussi aller dans le Royaume de Friedonia. »

« Oh, es-tu sûr de ta décision ? Veux-tu vraiment décider de ça si rapidement ? » demanda Souji.

« Si tu pars loin d’ici, alors je n’aurai nulle part où rester dans ce pays, » déclara Mérula. « Dans ce cas, je veux partir pour le royaume avec toi alors que je suis toujours en sécurité. J’ai déjà étudié la plupart de ce que je peux dans ce pays, donc je dirais que ce n’est pas un mauvais moment pour mener mes recherches vers une nouvelle frontière. »

En disant ça, Mérula le regarda droit dans les yeux.

« Qu’en dites-vous, Monsieur Inugami ? » demanda Souji. « Pensez-vous que le roi que vous servez acceptera d’accueillir une femme que l’État Pontifical Orthodoxe voudrait qualifier de Sorcière ? »

Si, par hasard, l’État Pontifical Orthodoxe réussissait à découvrir qu’elle était dans le royaume, cela pourrait conduire à des problèmes diplomatiques épineux. Mérula demandait s’il l’accepterait en pleine connaissance de ce risque.

Si elle était remise à l’État Pontifical Orthodoxe, sa vie serait perdue. Si elle ne pouvait pas obtenir une promesse que cela n’arriverait pas, elle ne pouvait pas aller dans le royaume.

Inugami avait compris à quel point elle était sérieuse, alors il avait soigneusement examiné la question avant de répondre. « ... Eh bien, voyons voir... Sa Majesté dit toujours : “S’ils ont un don, je vais le mettre à profit”. Je suis donc sûr qu’il donnerait un accueil chaleureux à quelqu’un qui a un bagage de connaissances aussi large que le vôtre. »

Il s’agissait quand même de Souma, l’individu qu’on pourrait qualifier de fou du rassemblement de personnels talentueux. Même si cela impliquait un risque politique, il n’hésiterait pas à employer une personne aussi instruite que Mérula.

« Juste pour être sûr, je vous enverrai avec une lettre vous recommandant auprès du château signé par Maître Kagetora et moi-même, » termina Inugami.

« ... C’est donc décidé, » déclara Mérula. « Souji, allons-y ! »

Se retrouvant avec une Mérula qui le poussait à avancer, tout ce que Souji pouvait faire était de sourire avec ironie avant de parler aux deux personnes devant lui. « Franchement, vous décidez de chose importante sans même me laisser le choix, » en vérité, Souji ne se souciait pas vraiment de ça. « Eh bien, même si je restais dans ce pays, c’est un peu trop étouffant pour un gars comme moi. Je n’ai pas le choix, alors je suppose que je vais aller m’imposer à ce roi. »

Même s’il agissait comme s’il y était forcé, il accepta facilement d’aller au Royaume de Friedonia. Et ainsi, le Royaume avait ajouté deux nouveaux membres talentueux à son personnel.

Souji Lester, évêque de l’État Pontifical Orthodoxe de Lunaria, en rupture de commandement, et Mérula Merlin, chercheuse haute elfe. Quel impact pourraient avoir ces deux personnes qui rejoignaient maintenant le royaume quand à son futur ?

Personne ne pouvait savoir à ce stade, mais peut-être que le Lunalith l’avait fait.

☆☆☆

Partie 8

Le flash-back est ainsi terminé. Retournons maintenant au présent.

Après avoir rejoint le Royaume de la manière décrite précédemment, Mgr Souji Lester avait comparu pour la première fois devant le peuple de Friedonia par l’intermédiaire du Joyau de Diffusion de la Voix.

Souma venait à peine d’annoncer que toutes les religions enregistrées seraient reconnues comme une religion d’État. Avec l’évêque d’une religion monothéiste comme l’Orthodoxie Lunaire qui venait directement à lui, les adeptes de toutes les religions, y compris l’Orthodoxie Lunaire, attendaient avec impatience de voir ce qu’il allait dire et faire.

Cependant, comme pour dire qu’il ne se souciait pas de leur anticipation, Souji se présenta brièvement et commença à parler d’un ton décontracté. « Maintenant... Le Roi Souma disait qu’il reconnaîtrait n’importe quelle religion qui s’inscrit comme une religion d’État, mais, par chance, notre Orthodoxie Lunaire a été autorisée à devenir une religion d’État avant les autres. Il semblerait que le Culte de la Mère-Dragon ait été aussi inscrit, ainsi que le culte de la divinité vénéré par les elfes sombres de la Forêt Protégée par Dieu qui a été également inscrit directement par la deuxième reine primaire, Lady Aisha. Pour le reste d’entre vous, dans les autres religions et sectes, vous devriez vous dépêcher et faire rapidement inscrire la vôtre. »

Les citoyens étaient dans l’ensemble déconcertés par la manière décontractée dont parlait Souji. Les croyants de l’Orthodoxie Lunaire avaient été particulièrement surpris. La raison était simple. C’était parce que leur évêque, le chef des croyants dans le Royaume de Friedonia, parlait d’une manière qui indiquait clairement qu’il reconnaissait la présence d’autres religions.

En raison de la nature du royaume en tant qu’état multiracial, la grande majorité des croyants dans le royaume étaient des modérés qui avaient horreur de causer des frictions avec les autres races. Mais même ainsi, ils hésitaient encore à s’impliquer activement avec les adeptes d’autres religions. Cependant, la façon dont Souji parlait maintenant leur avait retiré cette hésitation.

Ohh. Je suppose que c’est une bonne chose si nous pouvons nous entendre et nous comprendre...

Les croyants affichaient tous un regard comme s’ils avaient été libérés de quelque chose qui les avait possédés depuis si longtemps.

Souji avait continué son allocution. « Et concernant ce que la jeune demoiselle, Roroa demandait : si nous avions des événements religieux. Je suis sûr que nos croyants le savent déjà, mais nous approchons de plus en plus de la date pour le Festival de l’Annonce du Printemps. »

Le Festival de l’Annonce du Printemps était le plus grand événement printanier pour l’Orthodoxie Lunaire. Il s’agissait d’un festival pour célébrer la fin de l’hiver et l’arrivée de la saison où les fleurs fleuriraient.

Pendant ce festival, les enfants des croyants s’habillaient comme des fées et se promenaient avec des paniers de fleurs cueillies qu’ils donnaient aux adultes. En d’autres termes, les enfants devenaient les « envoyés du printemps ». Alors les adultes donneraient à ces envoyés des bonbons de printemps en échange des fleurs, et ils prieraient pour une récolte abondante cette année-là.

Et, bien, c’était un festival qui ressemblait fondamentalement à une version printanière d’Halloween.

« Maintenant, à propos du Festival de l’Annonce du Printemps, j’ai de bonnes nouvelles pour vous, » déclara Souji. « La jeune demoiselle, Roroa, a accepté de le reconnaître en tant qu’événement national. Cela peut sembler soudain, mais il aura lieu le week-end prochain. Les villes et les villages avec des églises de l’Orthodoxie Lunaire devraient déjà avoir été notifiés. Tout le monde est libre d’y participer. Qu’ils soient croyants ou non, chaque enfant recevra des bonbons. S’ils le peuvent, nous aimerions que les adultes qui appartiennent à d’autres religions aident aussi à cet événement. Si un enfant vient vers vous, prenez sa fleur et donnez-lui des bonbons, c’est tout ce qu’il faut faire. N’est-ce pas simple ? Je pense que ce sera aussi un festival amusant pour les adultes, alors participez activement. »

La foule avait déclenché un tonnerre d’applaudissements face aux paroles de Souji. Il semblait qu’elle trouvait ça amusant.

Depuis que Souma avait créé des programmes de diffusion, une tendance à profiter de ce genre d’événements avait pris racine chez les habitants du royaume. Quand le jour viendra, beaucoup d’entre eux seront sûrement là pour profiter du festival.

Souji déclara ensuite. « Merci d’avoir bien voulu m’écouter, » puis, il fit un pas en arrière et Roroa s’avança pour se replacer en avant de l’écran.

« Cette fois, nous faisons un festival de l’Orthodoxie Lunaire, mais si vous êtes une personne impliquée dans une religion possédant aussi un festival intéressant à partager, faites-le-nous savoir. Nous allons colorer ce pays avec des événements de toutes sortes de religions. Je pense que ce sera merveilleux. Ravivons ce pays, croyants et non-croyants ! »

Quand Roroa leva le poing en l’air, la foule se mit à applaudir avec force.

« Maintenant, que les préparatifs pour ce festival commencent ! » annonça Roroa.

☆☆☆

Partie 9

— Le dernier jour du troisième mois de l’année 1547 du Calendrier Continental — le jour du Festival de l’Annonce du Printemps

Ce jour-là, j’avais amené Aisha et Tomoe dans la ville du château. La ville était bondée de personnes venues pour le festival. Je portais ma tenue habituelle quand je devais voyager incognito, la tenue du voyageur de l’Union Archipel du Dragon à Neuf Têtes, mais avec le nombre de personnes là-bas, peut-être que je n’aurais pas eu besoin d’un déguisement.

« Je-Je viens avec les bénédictions de printemps..., » Tomoe bégayait alors qu’elle répétait la phrase clef. « D’accord ! »

Dans tout ce brouhaha, Tomoe, qui portait une robe blanche de mage avec des plumes cousues dessus, offrait une fleur à une vieille dame dans un étal de rue.

La vieille dame avait souri et lui avait dit. « Oh, ma chérie, quelle adorable petite fée ! » acceptant la fleur de Tomoe avec un doux sourire et lui donnant un sac plein de bonbons.

Une fois qu’elle avait accepté les bonbons, Tome avait balancé sa tête de haut en bas afin de remercier la dame, puis elle s’était précipitée dans ma direction avec ses petits pas avant de me montrer son sac de bonbons.

« Grand frère, regarde ce que j’ai eu ! » déclara Tomoe.

« Oui, je vois. C’est super pour toi, » répondis-je.

« Ouais ! » déclara Tomoe.

Alors que je lui avais tapoté la tête, la queue de Tomoe avait remué d’avant en arrière, démontrant qu’elle était heureuse. Voyant Tomoe comme ça, Aisha, déguisée avec un uniforme scolaire, avait fait un sourire stupide.

« Ohhh, » déclara Aisha. « Mademoiselle Tomoe est si adorable ! »

« Tenez. J’en ai aussi pour vous, Aisha, » Tomoe avait offert de ses bonbons.

« Puis-je vraiment !? Je vous aime tellement, Mademoiselle Tomoe ! » s’exclama Aisha.

« Ahh !! » s’écria Tomoe.

Aisha attrapa Tomoe, la souleva facilement et se mit à frotter sa joue contre la sienne. Comme toujours, j’avais aussi l’impression de voir une queue invisible se balançant à l’arrière d’Aisha.

... Eh attendez, qu’est-ce qu’elle faisait là, en laissant une enfant de onze ans l’apprivoiser avec de la nourriture ?

Alors que je regardais Aisha avec un peu d’exaspération...

« Hey, n’est-ce pas le roi lui-même, » quelqu’un avait soudainement appelé depuis derrière moi.

Quand j’avais regardé dans la direction d’où venait la voix, Souji était là, assis dans l’un des sièges du patio devant un bar et buvant du vin. Il avait une tasse en bois à la main, et avait déjà l’air assez pompette. L’homme qui buvait même en plein jour était-il vraiment un membre du clergé ? Il y avait ce qui semblait être une femme assise en face de Souji et portant une capuche, et celle-ci sirotait son verre bien plus lentement que l’homme et par petites gorgées.

« ... Il est encore seulement midi. Vous en rendez-vous compte, homme d’Église ? » dis-je. « Est-ce Mérula ? »

« Bonjour, Roi Souma, » Mérula m’avait salué gaiement.

Est-ce vraiment Mérula ? Ce serait un problème si les gens découvraient qu’elle était une haute elfe, alors elle essayait probablement de garder un profil bas.

Souji avait reposé son verre, puis il avait dit avec des yeux vitreux, « Wôw... C’est sûr que c’est un festival ça. Ne soyez donc pas si rigide. N’êtes-vous pas de votre côté en ville avec Aisha et Tomoe ? N’avez-vous pas une belle fleur à chaque bras ? »

« N’est-ce pas normal... Vous savez, je ne fais que passer du temps avec ma famille, » répondis-je.

La raison pour laquelle aujourd’hui je me promenais secrètement était d’arpenter la ville du château, mais aussi d’avoir un rendez-vous avec Aisha.

Bien que j’avais... hm... développé ma relation avec Liscia, mais je n’avais rien avec mes autres fiancées. J’avais agi ainsi non pas, car je ne les aimais pas, mais pour éviter un ordre de naissance des enfants qui pourrait devenir gênant. Je voulais empêcher que tout cela se transforme en un problème de succession. Cela concernait surtout Roroa, qui était dans une position risquée en étant la princesse souveraine d’un ancien pays ennemi. Donc, pour elle et pour le bien de l’enfant qui allait naître, je ne pouvais pas encore lui tendre la main.

Ce ne serait probablement pas un problème si je faisais quelque chose avec ma reine secondaire, Juna, dont les enfants n’auraient pas le droit d’hériter, ou sur Aisha, qui était issue d’une race ayant une longue durée de vie et qui aurait donc du mal à concevoir, mais elles se retenaient toutes deux par égard pour Roroa.

Honnêtement... elles étaient toutes de si adorables femmes.

Eh bien, le résultat était que Liscia s’était maintenant retrouvé à se faire demander par mes autres fiancées : « Dépêche-toi d’avoir le plus tôt possible l’héritier », et elle s’était plainte en retour : « Je vous jure, toute cette pression me fait mal à l’estomac. »

... Je me sentais mal pour elle.

Hum... ! Quoi qu’il en soit, même si je ne pouvais pas poser la main sur elles, il était important que je fasse encore d’autres activités avec Aisha et mes autres fiancées.

Quand je l’avais expliqué à Souji, il avait dit : « Hmm... Cela doit être difficile d’être un homme ayant une telle famille alors que vous êtes si jeune, » comme si ce n’était pas son problème, et puis il avait repris sa tasse et avait bu le reste de son vin comme s’il enfonçait un couteau dans la plaie. « Pwah! »

« Ne pensez-vous pas que vous en avez eu plus qu’assez ? » demandai-je.

« Dans l’Orthodoxie Lunaire, le vin est sacré. En d’autres termes, en versant ce liquide dans mon corps, j’accumule la vertu, » répliqua Souji.

« Cela ressemble absolument à l’excuse d’un ivrogne, » l’avais-je informé. « Vous êtes vraiment irresponsable. »

« Mais c’est commode pour vos citoyens que je sois si irresponsable, n’est-ce pas ? » grimaça Souji,

... Franchement, ce vieil homme...

J’avais haussé les épaules. « Eh bien, on peut le dire. Après tout, le plan d’Hakuya est de vous utiliser pour séparer les croyants du chef-lieu de l’Église. »

« Eh bien, Votre Majesté, vous me grattez le dos, je gratterais le vôtre, » répliqua Souji. « Je vais me lâcher avec tout ce que j’ai en réserve. »

« Je compte sur vous, » dis-je. « Maintenant, je vais y aller et retourner auprès d’Aisha et Tomoe. »

« Bien sûr. Que la protection et la paix de Dieu soient sur vous et votre famille, » déclara Souji.

En entendant la prière de l’évêque délinquant derrière moi, il était difficile pour moi de savoir à quel point il était sérieux. J’étais retourné à l’endroit où Aisha et Tomoe étaient en ce moment.

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