Genjitsushugisha no Oukokukaizouki – Tome 5 – Chapitre 4

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Chapitre 4 : La venue de la Sainte

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Chapitre 4 : La venue de la Sainte

Partie 1

— Au milieu du troisième mois de l’année 1547 du Calendrier Continental — dans la Capitale Royale, Parnam.

Alors que le soleil se couchait et que le rideau de la nuit tombait, trois sombres silhouettes traversaient la capitale royale. Les ombres semblaient éviter la lumière, descendant les rues non éclairées par des lampadaires. On pouvait les voir se retourner et regarder encore et encore, comme s’ils étaient poursuivis par quelque chose. Et alors...

« Guh ! »

« « Arg ! » »

L’une des ombres avait trébuché et était tombée. Il y avait un kukri (un poignard avec une lame incurvée) qui sortait de son dos.

Nos poursuivants sont presque sur nous ! Réalisant instantanément qu’il était dangereux de rester ensemble, les deux autres ombres se séparèrent à gauche et à droite, dans des directions différentes.

Les présences qui les suivaient tous allèrent après celle qui s’était enfuie à gauche. Bien que celui qui allait à droit se sentit désolé pour son camarade, cela le soulagea qu’il soit probablement capable de s’enfuir. Toutefois...

« ... !? »

L’ombre s’était arrêtée. Il y avait un grand homme qui dégageait une aura imposante bloquant son chemin.

L’apparence de l’homme était étrange et troublante. Il portait une armure peinte en noir sur son grand corps musclé, et un masque basé sur un smilodon (tigre à dents de sabre) placé sur son visage. Il ressemblait vraiment à une sorte de monstre.

« Le Tigre Noir de Parnam..., » l’ombre murmura malgré elle. Dernièrement, il avait fait l’objet de rumeurs chez les informateurs. Les réseaux d’espionnage disaient qu’il y avait un Tigre Noir dans le Royaume de Friedonia, et aucun membre de ces réseaux d’espionnage qui l’avait vu n’était revenu vivant. Maintenant, vous pourriez vous demander comment quelqu’un savait qu’une telle personne existait si ceux qui le voyaient ne revenaient jamais, mais le tigre avait facilement coupé un espion sans poser la main sur un certain marchand qui l’avait vu le faire. En se basant sur les vagues déclarations de ce marchand combiné avec un espion disparaissant exactement au moment et qui aurait dû se trouver au même endroit, des rumeurs s’étaient répandues sur le fait qu’il y avait un tel être dans la capitale royale.

Ils avaient aussi dit ceci :

Si un espion devait rencontrer le Tigre Noir de Parnam, il devrait tout laisser tomber et fuir. Il n’était pas un ennemi qui pouvait être battu lors d’un combat. Ces rumeurs s’étaient également toujours terminées avec, « ... Eh bien ! Si vous pouvez vous en sortir, c’est bien ! »

Lorsque l’ombre avait rencontré le Tigre Noir des rumeurs, elle était devenue certaine que ces rumeurs étaient la vérité. Il se tenait juste là, mais l’ombre ne pouvait trouver aucune ouverture pour pouvoir le frapper. Il avait une posture presque comme celle d’un guerrier-vétéran qui avait défendu les lignes de front pendant des décennies.

« Rendez-vous, » déclara le Tigre Noir. « Mon maître est miséricordieux. Si vous ne résistez pas, je vous garantis que vous ne serez pas blessé. »

Peut-être à cause de son masque, le Tigre Noir avait parlé avec une voix étouffée. Il n’avait pas dit cela par considération pour son ennemi. Il s’agissait d’une pure formalité, il livrait un ultimatum.

Cependant, l’ombre qu’il poursuivait avait souri.

« Je vous maudis, vous ********, » déclara l’ombre. « Nous ne supplions pas pour nos vies. »

Cela dit, l’ombre avait dégainé les deux épées courtes se trouvant à ses hanches et se jeta sur le Tigre Noir.

Les deux épées s’étaient rapidement rapprochées du Tigre Noir. Cependant, le Tigre Noir avait tranquillement dégainé l’odachi [1] suspendu à sa hanche, et avait divisé l’homme en deux avec une frappe en diagonale. Après l’avoir fait...

« !? »

À l’instant d’après, le corps de l’homme coupé en deux avait été enveloppé de flammes. Il devait avoir l’intention dès le début de mourir afin de ne rien dire, et d’incinérer son corps afin d’éliminer les preuves.

Dégoûté, le Tigre Noir secoua le sang de son odachi et le replaça dans son fourreau en acier. Il fut un temps où le Tigre Noir aurait pensé que c’était un magnifique étalage de loyauté. Cependant, maintenant il ne pouvait plus le voir de cette façon. S’il devait y avoir un sens à mourir pour la loyauté, cela devait venir d’un maître qui déplore votre mort. Mourir pour un maître qui avait utilisé et ensuite mit de côté ses disciples comme ceci était en vain.

Quand il était sorti de ses pensées, le Tigre Noir... Kagetora était entouré d’hommes aux masques noirs. Il s’agissait des troupes d’élite qui servaient directement sous Souma, protégeant Friedonia depuis l’ombre : l’unité des opérations clandestines, les Chats Noirs.

« Maître Kagetora, » déclara un chat noir.

« ... Qu’en est-il du reste ? » demanda-t-il.

« La même chose que celle-ci, » répondit le chat noir.

« Je vois..., » répondit le Tigre Noir.

Kagetora avait réfléchi un instant, puis il donna un ordre à ses Chats Noirs. « Occupez-vous d’effacer toutes traces de ça. Je vais aller faire un rapport à Sa Majesté. »

« « « Oui, Sire ! » » »

Une fois que Kagetora avait regardé les Chats Noirs se disperser, il se souvint des paroles que l’ombre avait prononcées.

« Je vous maudis, vous l’infidèle !! »

L’ombre avait prononcé son dernier mot et Kagetora avait à peine pu l’entendre.

Infidèle, Hmm. Cela... pourrait être un problème, pensa Kagetora en se fondant dans l’obscurité.

 

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Une demi-heure plus tard — Dans le bureau des affaires gouvernementales du Château de Parnam.

Il s’agissait d’une nuit en mars, quand la météo avait commencé à se réchauffer considérablement.

Aujourd’hui, comme la plupart des jours, Liscia m’avait aidé en faisant mes paperasses. Quelque chose était arrivé au moment où nous disions qu’il était proche de l’heure du dîner, alors nous devrions bientôt y aller.

La porte vitrée de la terrasse s’était alors ouverte. Alors que j’avais été surpris, j’avais vu qu’il y avait Kagetora avec son armure métallique noire tachée de sang. C’était une bonne chose que nous soyons les seuls dans la pièce à ce moment-là. Si l’une des servantes qui venaient à l’occasion avait vu ça, elle se serait probablement évanouie. Il avait sans aucun doute visé un moment où personne d’autre ne serait ici.

« Du Sang !? » Liscia essaya d’essuyer le sang avec un chiffon qu’elle avait à portée de main, mais Kagetora leva une main pour qu’elle s’arrête.

« Ce n’est pas le mien. Vous n’avez nullement besoin de vous en inquiéter, ma Princesse, » déclara le Tigre Noir.

« Oh... je vois, » déclara Liscia.

« Et aussi... l’odachi que Votre Majesté m’a présenté possède un tranchant vraiment incroyable, » Kagetora posa une main sur l’odachi qu’il portait à sa hanche, puis baissa la tête vers moi.

Eh oui. J’avais donné à Kagetora l’odachi que nous avions développé en faisant des recherches sur le katana du Dragon à Neuf Têtes, n’est-ce pas ? Je l’avais créé afin d’améliorer le tranchant et la portée des attaques, mais sa longueur avait fini par l’empêcher. Sauf si une personne était grande, elle aurait du mal à bien l’utiliser. (Entre autres questions, il était difficile de le dégainé de son fourreau). Pour quelqu’un d’aussi grand que Kagetora, j’avais pensé que ce ne serait pas un problème, alors je le lui avais donné. C’était bon d’entendre que ça le servait bien.

« Eh bien, tant que cela vous convient bien alors cela me suffit, » déclarai-je à moitié exaspéré.

J’avais entendu un léger rire sous son masque.

« ... Quoi ? Ai-je dit quelque chose d’étrange ? » demandai-je.

Il avait à nouveau ri. « Je pensais juste que j’ai été béni d’avoir un aussi bon maître. »

« Hm ? Êtes-vous sarcastique avec moi ? » demandai-je.

« Non, je le pense sincèrement, » répondit-il.

Peut-être que cela avait en rapport quelque chose à quoi il pensait, parce que Kagetora avait l’air content quand il avait dit ça. Je n’étais pas entièrement satisfait, mais... eh bien, ce n’était pas important en ce moment. Il n’y avait aucune chance que le chef de l’unité des opérations clandestines d’élite, les Chats Noirs, soit ici pour m’engager dans des plaisanteries oisives.

« Alors, avez-vous quelque chose à signaler ? » demandai-je.

« Oui, Sire. Les autres sont devenus plus actifs depuis peu, » déclara-t-il.

Les autres... les espions, Hmm. En d’autres termes, il y avait des espions d’une autre nation opérant dans la ville du château.

« Est-ce l’Empire Gran Chaos ? » demandai-je.

« Si c’était l’Empire, nous n’aurions pas de problèmes avec eux. Nous avons des “liens” avec eux, et nous nous entendrions avant de nous tuer les uns et les autres, » répondit-il.

« Les liens... ? Vous faites des affaires avec eux ? » demandai-je.

« Nous échangeons fréquemment des renseignements sur d’autres pays, » répondit le Tigre Noir.

« Je suppose que l’obscurité a ses propres règles..., » dis-je.

C’était un domaine où je préférais garder ma bouche fermée et lui laisser faire son truc.

« Alors, ces espions que nous avons autour de nous, de quel pays viennent-ils ? » demandai-je.

« Ils ont détruit les preuves, donc nous n’avons aucune preuve, mais... le plus probable, l’État Pontifical Orthodoxe, » déclara le Tigre Noir.

« ... L’État Pontifical Orthodoxe de Lunaria, hein, » murmurai-je.

L’État Pontifical Orthodoxe de Lunaria. Il s’agissait d’une théocratie gouvernée par le Pape Lunaire Orthodoxe. La dernière chose que j’avais entendue à leur sujet était qu’ils avaient incité leurs croyants à se révolter, puis tenté d’intervenir.

« Mais nous ne sommes pas ouvertement hostiles vis-à-vis de l’État Pontifical Orthodoxe, n’est-ce pas ? » demandai-je.

« Les espions n’existent pas uniquement pour être envoyés dans des pays hostiles, » répondit-il. « Même si c’est un pays avec lequel vous voulez établir des relations amicales, des espions pourraient être envoyés pour recueillir des renseignements et poser les bases de négociations. »

« Hm... Eh bien ! S’ils deviennent plus actifs, cela signifie..., » commençai-je.

« Qu’il est probable qu’ils puissent bouger dans un proche avenir, » il acheva ma phrase.

« C’est problématique..., » dis-je.

Je m’étais souvenu de certaines choses que Roroa avait dites quand je l’avais rencontrée.

Voici ce qu’elle m’avait dit le jour de notre rencontre.

« Parce que ce pays déteste la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon et l’Empire du Grand Chaos. Voilà pourquoi. »

« ..., mais dans l’Orthodoxie Lunaire, le pape est le seul qui peut reconnaître quelqu’un comme un saint. En fait, il y a une femme dans l’Orthodoxie Lunaire qui se fait appeler la Sainte. C’est pourquoi l’État Pontifical Orthodoxe de Lunaria voit Madame Maria comme un méchant impardonnable qui trompe le monde tout autour d’elle. »

« ... C’est pourquoi, maintenant qu’Elfrieden est devenu plus grand en absorbant Amidonia, l’État Pontifical Orthodoxe ne vous laissera pas tranquille. Quelque part, d’une certaine façon, ils vont essayer de prendre contact avec vous. Peut-être qu’ils vous offriront un titre inventé comme le “Roi Sacré” et essayeront de vous entraîner dans leur conflit avec l’Empire. »

Si c’était comme disait Roroa, cela allait être un autre conflit.

Et quelques jours plus tard, une demande d’audience était venue de la sainte de l’État Pontifical Orthodoxe de Lunaria.

 

☆☆☆

 

« ... Et c’est comme ça que j’ai fini par accepter de tenir une audience avec la sainte de l’État Pontifical Orthodoxe de Lunaria, » avais-je terminé.

« Je vois... »

J’étais dans la salle du Joyau dans le Château de Parnam. Pour certaines raisons, le visage de la Sainte Marie Euphorie de l’Empire Gran Chaos qui était projeté dans le récepteur simple là-bas affichait un regard d’anxiété. Bien que l’Empire fût la plus puissante de toutes les nations de l’humanité, les manœuvres de l’État Pontifical Orthodoxe de Lunaria devaient l’intéresser et l’inquiéter.

C’était une semaine plus tôt que j’avais reçu la demande d’audience, et hier, j’avais reçu l’information que la sainte de l’État Pontifical Orthodoxe était entré dans le pays. Demain, je devais tenir une audience avec elle.

Lorsque cette situation s’était produite, j’avais immédiatement utilisé Hakuya et sa jeune sœur Jeanne comme intermédiaires pour organiser des discussions urgentes avec Maria. Il n’y avait aucune chance que la sainte Orthodoxe Lunaire vienne juste pour un bavardage oisif.

Je ne savais pas encore quelles étaient les intentions de l’État Pontifical, mais que ce soit bon ou mauvais pour mon propre pays, ce ne serait certainement pas bon pour l’Empire, avec qui l’État Pontifical Orthodoxe était hostile. C’est pourquoi j’avais voulu prévenir Maria, pour renforcer la coopération entre nous dans notre alliance secrète. Je ne voudrais pas qu’elle découvre plus tard que j’avais rencontré la sainte, et que je devienne ainsi indûment suspect.

J’avais demandé à Maria : « Est-ce que même la Grande Sainte de l’Empire a des problèmes avec l’autre sainte ? »

« ... S’il vous plaît, ne m’appelez pas une Sainte, Grand Roi de Friedonia, » répliqua-t-elle.

« Arg..., » avais-je gémi.

Elle m’avait répliqué avec la réponse parfaite. Eh oui, être considéré comme une sorte de parangon quand ce n’était pas quelque chose que j’avais rêvé d’être n’était rien de plus qu’une nuisance. Je veux dire par là que je n’étais pas un calamar, et je n’étais pas Dadidou.

Pendant que j’y pensais, Maria laissa échapper un soupir séduisant. « Je n’ai jamais rencontré la Sainte de l’État Pontifical Orthodoxe, donc je ne peux pas en dire beaucoup à son sujet, mais... Quand les habitants de mon pays ont commencé à m’appeler ainsi par eux-mêmes, il me semble injuste de m’en plaindre. »

« L’État Pontifical Orthodoxe n’a-t-il pas essayé de savoir ce que vous en pensiez ? » demandai-je. « Si j’étais avec l’État Pontifical Orthodoxe, et que vous étiez devenue célèbre en tant que sainte, ne serait-il pas plus rapide de vous nommer comme un saint officiel plutôt que d’essayer de pousser ma propre candidate ? »

« Oh... Maintenant que vous en parlez, ils parlaient peut-être de faire ça. Cependant, j’ai refusé, » Maria m’avait dit ça avec indifférence.

« Vous avez refusé ? » avais-je dit, tout en étant surpris.

« Permettez-moi de répondre à cette question avec une question de mon côté. Auriez-vous accepté ? » demanda Maria.

« Eh bien, j’aurais automatiquement refusé, » répondis-je.

« N’est-ce pas ? » Maria avait doucement souri, mais avec une légère tristesse. « Que me feraient-ils faire en tant que Sainte ? À qui pourrais-je donner des ordres, et à propos de quoi ? L’État Pontifical Orthodoxe trouve toujours une cause juste, et ensuite ils envoient des individus à la guerre en disant qu’il défend les faibles. Je ne veux pas porter une bannière pour des personnes comme ça. »

Dans ces mots, je pouvais sentir la détermination d’une femme qui portait le poids d’une superpuissance sur ses épaules.

« Je suis peut-être une impératrice, mais je suis tout de même un être humain, » avait alors déclaré Maria. « Au lieu d’être vénérée comme un saint, je veux rester une personne et être aimée en tant que personne. »

Rester une personne et être aimée en tant que personne... Hmm, alors qu’elle me le disait, je m’étais dit que j’étais d’accord avec elle, et j’avais profondément gravé ces mots dans mon cœur.

Notes

  • 1 Odachi : Un ōdachi (大太刀, « longue/fine épée ») est une épée longue du Japon médiéval. Plus longue que le Katana.

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Partie 2

Permettez-moi de vous donner quelques détails sur l’État Pontifical Orthodoxe de Lunaria.

Le quartier général de l’Orthodoxie Lunaire était une théocratie gouvernée par le Pape de l’Orthodoxe Lunaire, et cet État avait une histoire qui remontait aussi loin que celle d’Elfrieden. Il était dit qu’à l’époque où le continent était dans le chaos, le premier roi d’Elfrieden, qui était également un héros, avait réussi à construire un pays en réunissant différentes races. Pendant ce temps, l’État Pontifical Orthodoxe de Lunaria l’avait fait de son côté en utilisant un processus de construction d’un État en unissant la population avec la puissance offerte par la religion. Leurs enseignements, tels qu’offrir le salut aux faibles, étaient basés sur l’expérience qu’ils avaient acquise à cette époque.

Il semblait que l’Orthodoxe Lunaire avait à l’origine été une religion liée à une race appelée les Lunaires, une population ayant vécu sur la lune.

Maintenant, vis-à-vis de ces habitants de la Lune : On disait qu’ils n’étaient pas originaires de ce continent, et ils venaient réellement de l’extérieur avant de venir ici s’y installer. Je ne savais pas si dans ce cas l’« extérieur » provenait d’une île comme l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes, ou si c’était d’un autre monde comme le mien, mais les légendes disaient que ce peuple venait de la lune visible dans le ciel, et c’est ainsi que leur nom leur avait été donné.

L’objet du culte des Lunaires était la lune qui était censée être leur patrie. Ils priaient la lune sous la forme de la déesse de la lune, Lunaria. Et comme Lunaria brillait dans le ciel, ils leur étaient interdits de construire la moindre idole afin de la représenter. Il est à noter que dans le Sanctuaire Intérieur de l’église centrale, que vous pouviez trouver dans la capitale de l’État Pontifical Orthodoxe, il y avait quelque chose appelé le Lunalith, ou inscriptions lunaires, dans lesquelles les révélations divines de la lune avaient été sculptées.

Au début, seuls les Lunaires avaient foi dans cette religion, mais elle s’était étendue à d’autres races et à d’autres peuples qui s’étaient appuyés sur elle afin d’obtenir du soutien moral dans des périodes chaotiques. Ainsi, le nombre d’adhérents avait rapidement augmenté en ces temps troublés. Assez rapidement, il y avait eu des luttes entre les factions présentes au sein de la religion. Ces conflits étaient liés à différentes interprétations des écrits entre ce qui était orthodoxe et ce qui était hérétique. Au moment où l’Orthodoxie Lunaire s’était stabilisée sous sa forme actuelle, elle se tenait à côté du Culte de la Mère Dragon comme l’une des deux religions les plus populaires sur ce continent.

Leurs doctrines comprenaient le fait de devoir aider les faibles, ainsi que l’entraide entre les fidèles.

Ces doctrines étant aussi simples que « nous devons tous nous entraider en cas de besoin », que cela avait probablement aidé à gagner de nouveaux croyants. Les croyants avaient donc agi comme les enseignements encourageaient et ils avaient recueilli de l’argent pour les donner aux moins fortunés. Cela comprenait aussi la fourniture de nourriture aux pauvres.

En voyant tout ça jusqu’à maintenant, je suis sûr que vous verriez bien que l’Orthodoxie Lunaire et ses croyants étaient inoffensifs. Cependant, une fois que tout cela s’était concentré et que l’État Pontifical Orthodoxe de Lunaria s’était formé, les choses avaient soudainement commencé à sentir le pourri. D’après ce que j’avais entendu dans les cours d’histoire, ils avaient rapidement utilisé leurs croyants dans tous les autres pays afin d’influencer la politique. Ils les avaient aussi incités à la rébellion voire même des coups d’État.

Permettez-moi de souligner à nouveau, mais il y avait aussi des croyants inoffensifs qui étaient purs dans leur dévouement quant au fait d’aider les faibles. Je ne pouvais pas les classer avec les fauteurs de troubles, et c’est connu, que la religion était le genre de concept qui s’enflammait d’autant plus que vous essayez de l’éradiquer. Peu importe la puissance militaire d’un pays, si ses soldats étaient des adeptes de l’Orthodoxie Lunaire, au moment où le pays deviendrait hostile à l’État Pontifical Orthodoxe de Lunaria, l’ordre public de l’attaquant commencerait à rapidement se dégrader.

Comme vous pouviez le voir avec ces explications, le pouvoir lié à la religion constituait une combinaison dangereuse contre laquelle il était difficile de faire face.

Retournons au temps présent, en cette fin du troisième mois de l’année 1547 du Calendrier Continental.

Ce jour-là, la Sainte d’État Pontifical Orthodoxe de Lunaria était apparue devant moi.

Je vois, pensai-je en la regardant. On peut dire qu’elle ressemble vraiment à une sainte...

Maintenant, vous pourriez penser que je devrais avoir plus à dire quand à elle, mais il n’y avait pas de mot plus approprié que « sainte » pour décrire la femme se trouvant devant moi. Voilà à quel point elle incarnait bien son titre.

Elle devait avoir dix-huit ans avec plus ou moins une année. Ses traits étaient réguliers et ses yeux chaleureux et sensuels. Ses cheveux étaient argentés, et attachés en deux queues. Sa beauté était telle qu’Aisha, qui se tenait à côté de moi, poussa un soupir d’admiration lorsqu’elle la vit. Elle donnait vraiment l’impression d’être une sainte alors qu’elle portait un habit approprié.

Au moment où cela se déroulait, il y avait très peu de personnes présentes dans la salle d’audience dans le Château de Parnam. La raison derrière cela était que l’État Pontifical Orthodoxe de Lunaria avait expressément demandé que l’audience se tienne à huis clos. La Sainte de l’État Pontifical Orthodoxe assisterait à l’audience qu’elle avait avec moi en étant seule de son côté.

J’étais actuellement assis sur le trône avec Liscia, la candidate pour devenir ma première reine primaire, qui se tenait à ma gauche. À ma droite se tenait Aisha, ma garde du corps et candidate pour devenir ma deuxième reine primaire. En plus de nous trois, il y avait le Premier ministre Hakuya qui se tenait au milieu entre la Sainte et moi. Si cette femme s’avéra être un assassin sous l’apparence d’une Sainte, j’avais Aisha ici, donc rien de fâcheux ne pourrait m’arriver.

Eh bien..., de ce que je pouvais voir de la belle jeune fille se tenant debout sur le tapis à quelques pas en dessous de moi, cela ne semblait pas être un problème de ce genre. Si je n’avais pas acquis une certaine résistance depuis le temps que je passais avec Liscia et les autres filles, la regarder dans les yeux aurait pu suffire à me faire tomber amoureuse d’elle au premier regard.

... Hm ? pensai-je. Mais... pourquoi est-ce que je réagis ainsi ?

Je pensais que son apparence était vraiment très attirante, mais pour une raison inconnue à ce moment-là, je n’étais nullement intéressé par elle, voire même totalement stoïque, en la voyant. Non, c’était même plus que ça. Lorsque je l’avais regardée, quelque chose m’avait fait avoir un mauvais pressentiment, et un malaise était apparu en moi. Je pensais qu’elle était une fille charmante, mais... quelque chose me dérangeait fortement quand je la regardais.

Et même si j’avais été assailli par ces sentiments négatifs à son égard, j’avais travaillé sur moi-même afin de lui parler avec le ton le plus calme que je pouvais avoir.

« Bienvenue, Sainte d’État Pontifical Orthodoxe de Lunaria. Je suis le roi, Souma Kazuya, » dis-je.

Après avoir entendu ce que je venais de dire, la Sainte avait fait une révérence polie. « C’est un plaisir de vous rencontrer, Grand Roi de Friedonia. Je suis l’humble Marie Valenti. Je suis ici aujourd’hui en tant qu’émissaire de l’État Pontifical Orthodoxe de Lunaria. Je vous remercie du fond du cœur au nom du pape pour nous avoir accordé notre demande d’audience alors même qu’elle a été effectuée si soudainement. »

Marie... Même son nom me rappelait celui de Maria et la façon dont elle me parle est aussi très polie, pensai-je.

Je m’attendais à ce qu’elle soit plus autoritaire, m’ordonnant de croire en leur dieu, alors j’étais un peu impressionné pour le moment. Eh bien... Je suppose que quand ils traitent avec le roi d’une nation, ils ne peuvent pas se permettre d’être trop autoritaires lors de la première réunion.

Après que Marie ait levé son visage, elle m’avait regardé dans les yeux et m’avait déclaré. « Vos exploits nous sont aussi parvenus dans l’État Pontifical Orthodoxe de Lunaria. Seulement un an après avoir été invoqué dans notre monde en tant que héros, vous avez réussi à remettre sur pied Elfrieden, avez réussi à détruire la Principauté d’Amidonia et avez incorporé leurs territoires au vôtre. Il s’agit là vraiment d’exploit héroïque que vous avez réalisé. »

« ... Vous me donnez bien trop de crédits, » répliquai-je. « Je n’ai rien fait d’héroïque. J’ai seulement été capable de reconstruire le pays parce que j’ai pu m’entourer de bons subordonnés, et en ce qui concerne Amidonia, l’annexion était juste quelque chose qui est arrivé dans le cadre du flux des événements qui se sont déroulés après la guerre. »

« Le flux des événements est un destin au-delà de la connaissance humaine, » déclara Marie. « Sire, vous devez sûrement avoir été sous la protection divine. »

Protection divine..., c’était vraiment le genre d’opinion que j’attendrais d’une personne religieuse. Je n’allais nullement tomber face à de telles sornettes.

« Vous faites erreur. Ce flux a été créé par une personne en particulier, » avais-je répliqué. « Je ne suis pas celui que vous devriez louer, mais la Princesse souveraine d’Amidonia, qui a pris la décision d’une vie. »

« Je suppose que vous parlez de Roroa Amidonia, » déclara Marie. « Bien qu’elle soit encore jeune, elle a réussi à réunir deux pays en trouvant la voie la plus bénéfique pour son peuple. Je l’admire en tant que femme. »

Bien que dans le cas de Roroa, j’étais assez sûr qu’elle détestait à mort le pays de Marie.

Lorsque le frère aîné de Roroa, Julius, avait été le Prince Souverain d’Amidonia, l’État Pontifical Orthodoxe avait incité leurs partisans dans le pays à effectuer une rébellion. Cette rébellion avait été réprimée par Julius, mais Roroa avait été fâchée que le sang de son peuple ait été versé à cause de leurs méfaits.

Franchement, j’aurais voulu que Roroa soit avec moi en ce jour en tant que candidate pour devenir ma troisième reine primaire ainsi que celle qui soutenait les finances de ce pays, mais en considération de son animosité envers l’État Pontifical Orthodoxe de Lunaria, j’avais décidé de la faire attendre dans le bureau des affaires gouvernementales avec Juna et les autres personnes qui étaient actuellement en attente. Roroa n’était pas le genre de personne qui aurait laissé paraître ses émotions, mais je voulais simplement qu’elle n’ait pas besoin de subir une telle épreuve par considération pour elle.

Mais... à quel point cette fille était-elle sérieuse quand elle a dit ça... ?

Son ton de voix était neutre, et je ne pouvais pas y déceler d’émotion particulière. Mais d’un autre côté, elle ne semblait pas comploter quoi que ce soit pour le moment.

Si elle pouvait parler ainsi tout en sachant ce que son pays avait fait, elle était une grande comédienne, mais il était tout à fait possible qu’elle ait vécu une vie à l’abri et qu’elle ne savait rien des actes vils de son pays.

... Non, si c’était l’un de ces deux, elle aurait montré plus d’émotions. Elle agissait vraiment bien trop calmement.

Si c’était la première possibilité, elle aurait probablement fait appel à sa sincérité pour tenter de me tromper. Si c’était la dernière, elle aurait dû être plus enthousiaste d’être ici pour faire la bonne chose. Cependant, l’attitude de Marie semblait dire qu’elle était là pour faire quelque chose de parfaitement normal.

On pouvait voir cela comme étant les actions classiques d’un émissaire d’un pays qui agissait lors d’une visite à l’étranger, mais dans son cas, j’avais l’impression qu’elle avait agi d’une manière vraiment extrême. Je pouvais ressentir cette mauvaise impression pour elle qui grandissait dans ma poitrine.

Afin d’empêcher que ce sentiment soit visible sur mon visage, je lui avais directement demandé. « Eh bien, Madame Marie. Pourquoi êtes-vous venue ici aujourd’hui ? »

« Oh, c’est vrai, » déclara Marie avant d’incliner docilement la tête. « Votre Majesté, je suis venue ici afin de vous faire une requête. »

« Quelle est donc cette requête ? » demandai-je alors que le mauvais pressentiment avait encore plus augmenté.

Marie m’avait répondu avec un sourire qui ne me laissait percevoir aucune mauvaise intention. « Nous aimerions que vous adoptiez l’Orthodoxie Lunaire en tant que religion d’État dans le Royaume de Friedonia. »

La religion d’État...

La religion d’État était un concept qui avait été généralement abandonné dans les pays développés de la Terre. C’était dans les cas où des pays utilisaient les ressources de l’État pour défense le culte d’une foi particulière. Et si mes souvenirs étaient bons, ils avaient même transformé les fêtes religieuses en fonctions d’État afin de renforcer leur pouvoir.

... Quoi qu’il en soit, tant que nous étions un État multiracial, ce n’était pas une proposition réaliste.

« Madame Marie, comprenez-vous vraiment ce que vous me demandez là ? » demandai-je. « Si un pays multiracial comme le nôtre devait donner un traitement préférentiel à une religion, cela finirait par diviser le pays. Me demandez-vous de faire ce genre d’erreur stupide ? »

J’avais pris un ton un peu plus dur alors que je lui avais demandé ça. Je l’avais fait pour indiquer que j’étais énervé par ce qu’elle m’avait dit. Je pouvais ne pas toujours ressembler à une telle personne, mais j’avais gagné beaucoup d’autorité et de confiance depuis que la population m’avait appelé un grand roi. Si cela n’avait pas été une affaire si critique, je me serais mis en colère, mais agir ainsi se serait probablement retourné contre moi.

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Partie 3

Cependant, l’expression de la Sainte n’avait pas du tout changé face à ce que je disais. Elle avait alors répondu. « Nous ne vous demandons pas de nous accorder un traitement préférentiel. Nous vous serions reconnaissants si vous le faites, mais pour l’instant, le simple fait de nous adopter comme religion d’État est bien assez. Dans l’Orthodoxie Lunaire, nous prêchons la tolérance envers les autres et cela vaut également pour les autres religions. Nous ne chassons pas les adeptes d’autres religions ou demandons qu’ils se convertissent. »

Puis Marie avait levé ses paumes vers le plafond avant de continuer son discours. « La lune dans le ciel change avec les saisons, et son visage change en fonction du jour et du lieu à partir duquel vous la voyez. De plus, les motifs de la lune ressemblent à un animal pour certains, et une personne à d’autres. La foi fonctionne de la même manière. Même si nos opinions divergent, nous adorons tous le même Dieu. Ce que nous voyons de notre côté sous la forme de Lady Lunaria, ceux des autres croyances la voient simplement comme quelque chose d’autre. »

J’étais resté silencieux après son discours.

Il s’agissait là d’une opinion terriblement poétique. Si elle parlait avec ses véritables sentiments, alors c’était certainement tolérant, mais... Je savais parfaitement que la façon dont son pays agissait n’était nullement conforme à ce qu’elle déclarait.

« Mais dans ce cas, pourquoi ne reconnaissez-vous pas le Culte de la Mère-Dragon ? » demandai-je.

« Dieu est dans le ciel et dans nos cœurs, » répondit Marie. « Si vous adorez quelque chose qui existe, c’est purement par peur de cette chose. Que va faire Mère-Dragon pour ses adorateurs ? N’est-il pas vrai que la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon n’a de relations avec aucun autre pays autre que le Royaume des Chevaliers-Dragons Nothung ? »

« Il est naturel que la peur de quelque chose de plus grand que soi se développe en une foi religieuse, » déclarai-je. « La Mère-Dragon n’est-elle pas un symbole de la nature elle-même, au-delà du domaine des connaissances humaines ? »

« Il s’agit d’une différence dans notre façon de penser, » expliqua Marie avec indifférence. « Nous pensons à la foi comme le lien qui naît de la pensée de Dieu envers l’humanité, et de la pensée humaine envers Dieu. Pour nous, le culte de la Mère-Dragon ressemble à un amour illicite envers la Mère-Dragon. Nous ne pouvons pas reconnaître cela comme une foi légitime. Bien sûr, nous comprenons qu’il y a des personnes qui pensent de cette façon. »

Je supposais que dans ses paroles, elle ne disait rien de particulier qui sortait de l’ordinaire. Elle voyait ça comme s’il s’agissait d’une chose logique. Et s’il était agi de ses opinions personnelles, alors j’aurais presque voulu en parler longtemps avec elle. Mais il y avait quelques prémisses qu’elle eût tort à propos de tout ça.

« Cela semble être une bonne occasion, alors j’aimerais avoir votre avis sur quelque chose qui m’intrigue, » déclarai-je en la regardant dans les yeux.

« Qu’est-ce que ça pourrait être ? » demanda-t-elle.

« J’ai découvert que des espions d’un autre pays ont infiltré récemment la capitale royale, » déclarai-je.

« Je suppose que vous parlez de votre pays ? Il semble terriblement stable, donc c’est une surprise d’entendre cela, » bien sûr, Marie avait déclaré cela sans que son expression change le moins du monde. Il n’y avait eu aucune fluctuation dans ses émotions depuis le début de sa venue.

Vu qu’elle était allée aussi loin dans son flegme, je devrais commencer à penser qu’elle ne savait peut-être rien du côté obscur de l’État Pontifical Orthodoxe.

« Quand l’un de mes subalternes a attrapé l’un de ces espions, on m’a dit que l’espion lui avait dit : “Je vous maudis, infidèle”, » déclarai-je d’un ton neutre. « Ils devaient donc être un adepte de certaines religions. Madame Marie, vous qui croyez également en Dieu, peut-être que vous pourriez comprendre ce que signifiaient les paroles de l’espion ? »

« Je ne suis pas cet espion, donc je ne pourrais pas vous le dire, mais..., » Marie avait semblé réfléchir pendant un moment, puis avait répondu sans être particulièrement agitée quant à ma question. « Ils ont probablement vu leur propre vie comme une épreuve mise devant eux par Dieu. Ceux qui s’opposeraient à eux étaient des incroyants. En bref, c’est ainsi qu’ils ont jugé votre subordonné comme étant des infidèles. »

« Donc, fondamentalement, cela n’aurait pas d’importance s’il était un adepte d’une autre religion ou pas ? » demandai-je.

« D’après ce que vous m’avez dit, c’est ce que j’ai compris. Je m’excuse pour ma vue égocentrique, » répondit-elle.

« ... Nullement, c’est très instructif, » avais-je répondu.

Qu’est-ce que c’était ? Je sentais que j’avais de moins en moins une bonne impression sur elle même si je ne pouvais pas sentir quelque chose comme un motif derrière ces paroles. Elle m’avait donné des réponses sérieuses face à mes questions.

... Dans ce cas, était-ce une négociation ?

Dans des négociations, les deux parties avaient des objectifs, et les deux parties posaient au centre leurs idées à l’autre rebondissant de l’un à l’autre jusqu’à ce qu’elles réconcilient leurs différences. C’est pourquoi les deux parties allaient cacher des informations qui leur étaient défavorables, afin de mener la discussion dans une direction qui leur était avantageuse. Je ne pouvais pas sentir la moindre tentative de mener la conversation dans une certaine direction au regard de la façon dont elle parlait et agissait.

« ... Revenons sur le sujet principal, » avais-je finalement dit. « Vous vouliez faire de l’Orthodoxie Lunaire notre religion d’État, n’est-ce pas ? »

« Oui, » répondit-elle.

« Alors, quel mérite y a-t-il pour notre pays à accepter une telle chose ? » demandai-je. « Et aussi, si vous dites que vous êtes tolérant envers les autres religions, peu importe qui adore ces religions, pourquoi l’Orthodoxie Lunaire cherche-t-elle à devenir notre religion d’État ? »

« Je vais répondre à votre première question, » répondit Marie. « Si vous faites de l’Orthodoxie Lunaire votre religion d’État, nous sommes prêts à reconnaître Votre Majesté comme un saint. Vous êtes déjà un roi, alors vous deviendrez un roi saint. En outre, je serai très probablement envoyée par l’État Pontifical Orthodoxe pour vous servir en tant qu’évêque personnel. Je vous servirai comme je le ferais envers Dieu. »

Après avoir dit, Marie baissa la tête.

Il se passait plus ou moins ce que Roroa m’avait dit avant la réunion, bien que je n’avais jamais imaginé que la sainte viendrait me servir.

« La façon dont vous dites ça fait presque penser que cela serait comme si vous alliez m’épouser, » commentais-je.

« Si Votre Majesté le désire, vous pouvez faire avec mon corps tout ce que vous souhaitez, s’il vous plaît. Je vous offre mon corps et mon cœur comme je le fais au service de Dieu, » répondit-elle.

« Je n’ai pas encore dit que je vais accepter votre offre de roi saint, » déclarai-je.

« Désolée pour mon impertinence ! » une fois de plus, Marie baissa la tête. Cependant, elle n’avait pas du tout l’air de se sentir coupable..., ou plutôt, le regard qu’elle me faisait m’avait fait penser qu’elle ne réalisait même pas qu’elle avait fait quelque chose de mal.

Au moment où j’avais mentionné l’histoire du mariage, Aisha avait un peu sursauté, mais Liscia ne semblait pas surprise le moins du monde par ça. Tout ce qu’elle avait fait, c’était de regarder Marie avec un regard très sérieux. Comment Marie était-elle vue du point de vue de Liscia ?

« Et alors ? » demandai-je. « Si je deviens un saint roi et qu’une sainte se joint à mes côtés, quel mérite donneriez-vous à ce pays ? »

« Ce pays a grandi à une échelle où il est comparable à l’Empire Gran Chaos, » répondit-elle. « Sans aucun doute est-ce produit par votre vertu. Si vous gagnez également l’influence de l’Orthodoxie Lunaire, ce pays aura acquis un degré de puissance supérieur à celui de l’Empire. »

« Il s’agit là d’une autre prétention audacieuse, » avais-je dit. « Mais vous savez, l’Empire possède encore bien plus de territoire et plus de puissance que nous. »

Eh bien, il y avait des domaines où notre technologie était en avance sur la leur, mais je n’allais quand même pas révéler cela maintenant.

Marie secoua légèrement la tête. « Quatre personnes sur dix vivant dans l’Empire sont des adeptes de l’Orthodoxie Lunaire. Ces valeurs sont ainsi, car le Culte de la Mère-Dragon n’a pas pu prendre pied dans l’Empire, car l’Empire lui-même a combattu la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon pendant la période où ils s’étendaient. En d’autres termes, près de la moitié de la population est adeptes de l’Orthodoxie Lunaire. Si ce pays devait entrer en conflit avec eux, avec notre influence, il serait possible de diviser l’Empire. »

« Vous dites des choses assez effrayantes comme si elles n’étaient rien pour vous, » avais-je dit. « Nous n’avons aucunement l’intention d’entrer en conflit avec l’Empire. »

« Il s’agissait simplement d’un discours hypothétique, » répondit Marie. « En résumé, je vous dis que vous pouvez acquérir la puissance vous permettant de rivaliser avec l’Empire, le pouvoir d’être la plus forte de toutes les nations de l’humanité. »

... Eh bien, en regardant la relation entre les princes de l’Europe du moyen-âge et l’Église catholique romaine, ce n’était pas impensable que cela fonctionne. Avec le pouvoir combiné du souverain et de l’église, ils dirigeraient le pays et chasseraient facilement les ennemis étrangers. C’était un moyen facile de gérer les affaires du pays. Mais c’était seulement si vous fermiez les yeux sur la lutte de pouvoir entre le dirigeant et l’église qui se produirait après la victoire.

En ce moment, nous avions pour but d’avancer dans une nouvelle ère. Je ne voulais pas imiter ce que les personnes avaient fait autrefois.

« Si je peux dire un mot, » Hakuya, qui avait regardé silencieusement nos échanges jusqu’à maintenant, avait pris la parole. « Je suis désolé de faire cela à Madame la Sainte, mais j’aimerais parler avec Sa Majesté pendant un petit moment. »

« Je vous en prie, faite, » déclara Marie.

Après avoir reçu la permission de la Sainte, Hakuya s’approcha de moi. Puis, se penchant afin d’approcher sa bouche de mon oreille alors que j’étais assis sur le trône, il me murmura : « Sire, vous semblez mal à l’aise. »

« Oui..., » murmurai-je en réponse. « Pour une raison inconnue, je ne ressens en ce moment qu’une très mauvaise impression envers tout ça. Je me sens comme il y a quelque chose qui cloche chez elle. »

« En ce qui concerne cela, je pense que nous devons penser à elle comme détaché de tout ça, » murmura-t-il.

« Vraiment ? » demandai-je.

Hakuya acquiesça. « Je l’ai observée pendant tout ce temps, et je crois qu’elle a démontré un manque total d’émotions. »

« Oui, je l’ai également remarqué, » répondis-je.

« Je suis sûr que l’État Pontifical Orthodoxe avait des raisons de l’envoyer ici, mais peut-être que Madame Marie elle-même n’a aucune idée de ce que c’est ? » déclara Hakuya. « Pourrait-elle venir ici comme une simple sainte pour seulement nous communiquer la volonté des échelons supérieurs de l’État Pontifical Orthodoxe telle une sorte de messager kui ? »

« Hein !? Elle serait donc juste une messagère ? » demandai-je.

Marie n’était donc pas la négociatrice !? Dans ce cas-là, cela avait beaucoup plus de sens... Je n’avais jamais eu l’impression de négocier avec elle pendant que je lui parlais.

L’impression que j’avais était qu’on lui avait donné une liste de questions types, avec les réponses qu’elle devrait me répondre et elle avait interagi avec moi sur cette base. Cela expliquerait pourquoi, quand je lui avais posé des questions auxquelles elle ne s’attendait pas, comme sur l’état d’esprit de cet espion, elle m’avait donné des réponses franches et honnêtes.

C’était soit ça, mais il était également possible qu’on lui avait ordonné de répondre à des questions comme ça le plus honnêtement possible. Après tout, même si son partenaire de négociation essayait de lui arracher des informations vitales, si on ne lui avait rien dit, elle répondrait honnêtement, « je ne sais pas ».

Finalement, ce n’était même plus une négociation qui se déroulait là, c’était plus comme un logiciel de lecture vocal d’un e-mail que vous auriez reçu.

Après avoir réalisé ça, j’avais jeté un coup d’œil à Marie. Au moment où elle avait remarqué mon regard, elle avait un peu incliné la tête sur le côté en n’affichant aucune expression.

... Je vois, réalisai-je. Dans un certain sens, elle a une fonction identique à une Diva.

Dans mon monde, il y avait un programme de lecture de texte anthropomorphisé appelé Divaloid. Il était devenu célèbre parce que vous pouviez utiliser une voix féminine synthétisée afin de lire des passages, ou pour chanter des chansons, et cela avait causé un grand boom, surtout sur les sites de partage de vidéos. Rapidement, son concepteur avait rajouté des illustrations d’une jolie fille et cette Divaloid avait même organisé des concerts en public en tant qu’idole virtuelle.

Je venais de réaliser que quand je parlais à Marie, j’avais la même sensation que si je parlais à l’un de ces logiciels.

« Hakuya... Comment pensez-vous que nous devrions négocier à partir de maintenant ? » demandai-je en murmurant.

« Je crois qu’il serait bon de demander une réponse à votre deuxième question plus tôt, » chuchota-t-il en réponse. « Cependant, ce que vous devriez peser n’est pas sa propre réaction, mais les intentions de l’État Pontifical Orthodoxe. »

« ... C’est ce que je vais faire, » dis-je.

Une fois que Hakuya s’était replacé à sa position antérieure, j’avais parlé à Marie. « Désolé pour l’interruption. À propos, je n’ai jamais eu de réponse pour ma deuxième question. Pourquoi l’Orthodoxie Lunaire cherche-t-elle à devenir notre religion d’État ? »

« Pour le bien de toute l’humanité, » répondit Marie sans hésitation. « Le nord du continent est maintenant devenu le Domaine du Seigneur-Démon. Bien que son expansion ait cessé pour le moment, tant que le Domaine du Seigneur-Démon existera, l’humanité ne connaîtra jamais la paix. Afin d’atteindre la paix, il sera nécessaire d’envahir le Domaine du Seigneur-Démon et d’exterminer le problème à la racine. Cependant, les démons présents dans le Domaine sont puissants, et il est impossible pour un pays de les affronter seul. Afin de pouvoir les vaincre, toutes les nations de l’humanité doivent coopérer. »

Je suppose qu’on pouvait dire que c’était une position dure, mais... c’était compréhensible.

Marie avait continué. « C’est pourquoi nous voulons que vous deveniez un roi saint. Je suis sûre qu’avec votre pouvoir combiné avec notre autorité, il sera possible d’unir toutes les nations. Si vous demandez leur coopération après avoir unifié les autres pays, même cet empire suivra vos ordres. Chez eux, deux citoyens sur cinq suivent l’Orthodoxie Lunaire, donc ils ne pourront pas se permettre de vous ignorer. De cette façon, toute l’humanité sera unie, et nous envahirons le Domaine du Seigneur-Démon. Après ça, après avoir vaincu le Seigneur-Démon qui est la racine du mal dans ce continent, nous libérerons le nord du continent. »

Marie avait déclaré cela sans une once d’hésitation dans sa voix. On aurait dit qu’elle parlait des Croisades qui s’étaient déroulées dans mon monde. Afin de récupérer notre terre perdue, nous unirions les pays par le pouvoir de la religion. Et ainsi, ils voulaient que je devienne un roi sacré afin d’agiter le drapeau de l’humanité pour leur cause.

Mais... je suis sûr que c’est la face visible de cette entité.

Ce n’était qu’une fois que j’aurais vu les individus se trouvant derrière Marie que je pourrais avoir une idée plus complète de leurs intentions. Selon moi, Marie croyait vraiment que c’était pour reprendre le nord, mais les individus derrière elle pensaient probablement différemment.

La partie à propos de l’unification des nations de l’humanité avait attiré mon attention. Il y avait déjà un système dans ce monde essayant d’unir toute l’humanité : celui que dirigeait Maria, la Déclaration de l’Humanité. Certes, il s’agissait d’un traité imparfait, mais pour l’instant, il semblait servir sa fonction.

Pour l’État Pontifical Orthodoxe, il ne pouvait pas être acceptable pour eux d’être d’une situation où Maria, qui était (de leur point de vue) une « fausse » sainte, était la chef de ce pacte et qu’à cause de ça, elle gagnait le respect de nombreuses personnes. Plus Maria se distinguerait, et plus faible serait l’influence de sa propre Sainte. Une théocratie régnait uniquement en utilisant son autorité religieuse. En d’autres termes, la perte de cette autorité était une question de vie ou de mort pour l’État.

C’est pourquoi l’État Pontifical Orthodoxe avait probablement voulu créer un autre organe de coopération internationale distinctif de la Déclaration de l’Humanité. Ils avaient besoin de créer un nouveau système où ils pourraient affirmer leur autorité et pour ce faire, ils m’avaient choisi pour être leur porte-étendard.

J’avais alors regardé Hakuya. Quand Hakuya m’avait remarqué en train de le regarder, il ferma les yeux et hocha la tête une fois, puis secoua la tête. Il aurait probablement atteint la même conclusion que j’avais obtenue.

À la lumière de cela, il m’avait laissé entendre que « nous ne devrions pas accepter cette offre. »

... Eh bien, bien sûr qu’il était impossible d’accepter ça. Mais dans un tel cas, il y avait quelque chose que je devrais demander avant de refuser son offre.

« En passant, que se passerait-il si je refusais d’adopter votre religion en tant que religion d’État ? » demandai-je.

« Ce serait décevant, mais nous n’aurions pas d’autre choix que de l’accepter, » déclara Marie. « Nous ne pouvons pas vous forcer à l’accepter. »

Ils reculaient étonnamment facilement. Je pensais qu’ils diraient quelque chose comme, si vous n’acceptez pas nos demandes, nous aurons tous nos disciples dans votre pays qui provoquerons des émeutes, ou quelque chose dans le genre.

Alors que je pensais ça, Marie continua. « Cependant, je soupçonne..., » son expression ne changea pas du tout. « Je soupçonne que nous finirions par attendre. »

« Par attendre ? » demandai-je.

« Tout à fait. Nous pourrions seulement attendre que vous ayez un changement d’avis, ou attendre qu’apparaisse un nouveau candidat pour devenir le roi saint, » répondit Marie.

J’avais brusquement inhalé en raison de la surprise.

Arg... Voilà donc comment ils vont jouer, hein.

Fondamentalement, si un pays avait commencé à devenir plus fort, ou un dirigeant avait commencé à devenir célèbre, elle disait. « Nous allons proposer exactement la même offre à eux ». De plus, son commentaire précédent selon lequel « Deux citoyens sur cinq de l’Empire sont des disciples, alors si nous en avons envie, nous pouvons diviser leur pays », serait quelque chose qui pourrait arriver aussi à notre pays.

Marie n’avait peut-être pas voulu le faire elle-même, mais c’était une menace claire qu’elle exprimait ici.

C’est... Je ne devrais pas décider ça, ici et maintenant.

Je ne voulais pas l’accepter, mais si je devais refuser, je devais le faire seulement après avoir soigneusement examiné les contre-mesures mises à ma disposition. Dans tous les cas, je voulais avoir une longue discussion avec Hakuya à propos de toute cette affaire.

À ce moment-là, je m’étais levé de mon trône et j’avais déclaré cela. « Madame Marie, je comprends parfaitement votre requête. Cependant, je ne peux pas vous donner une réponse immédiate en raison de la gravité de votre requête. J’aimerais avoir le temps de pouvoir y réfléchir sérieusement. Nous devrions continuer cette discussion à une date ultérieure. »

« Bien sûr, » répondit-elle. « Je prierai pour que vous preniez la bonne décision. »

Marie avait alors docilement pris congé. Les négociations n’étaient pas terminées, mais elle ne me parut nullement déçue.

J’avais regardé de près le visage de Marie. Pendant tout le temps de la négociation, je l’avais regardé attentivement, mais il me semblerait que son expression n’avait presque jamais changé. Elle ressemblait vraiment à une poupée ou un robot.

Une poupée... artificielle... !?

Voici ce que je venais de le réaliser. Qu’est-ce que je ressentais en elle qui était « éteinte » ?

☆☆☆

Partie 4

Au moment où ma rencontre avec Marie avait pris fin, il était déjà tard dans la nuit.

Quand nous étions tous retournés au bureau des affaires gouvernementales, Roroa et Juna nous avaient accueillis. J’avais aussi immédiatement vu que Carla était avec les servantes et elle se tenait au centre de la pièce.

« Bienvenue, mon Chéri... Attends ! Qu’est-ce qui ne va pas ? » cria Roroa.

« Hmm ! Votre Majesté, il y a-t-il un problème ? » demanda Juna.

Au début, elles avaient toutes deux souri en nous entendant arriver, mais une fois qu’elles avaient vu mon visage, leurs visages avaient instantanément affiché de l’inquiétude.

Haha... Mon regard est-il si sombre en cet instant ? En vérité, cela pourrait parfaitement être le cas.

Juna avait alors appliqué ses doigts, doux et froid comme un petit poisson blanc, sur mon front avant de me dire. « Vous ne semblez pas avoir de la fièvre, mais... vous ne semblez pas bien aller, n’est-ce pas ? Aimeriez-vous prendre un peu de repos ? »

« Hé, Grande Soeur Cia ! Que s’est-il passé avec notre Chéri !? » s’écria Roroa en bondissant sur Liscia.

« Ne me le demande pas ! Je ne sais pas du tout pourquoi il est ainsi ! » répondit Liscia.

J’avais alors déclaré, « Oh..., c’est bon, je vais bien, » tout en effleurant doucement la main de Juna. Puis je m’étais assis sur une table dans le bureau des affaires gouvernementales. Après quelques secondes, je leur avais déclaré cela. « Désolé. Liscia, Aisha, Juna et Roroa... pourriez-vous venir ici ? »

Puis, après s’être toutes regardées les unes et les autres, les quatre filles vinrent lentement vers moi, presque craintivement. Quand elles furent assez proches de moi, je m’étais levé et j’avais largement ouvert mes deux bras avant de prendre mes quatre femmes entre mes bras tel un grand calin.

« Hein !? » sursauta Liscia.

« Ma parole !? » cria Aisha.

« Wooww..., » dit Juna.

« Attends ! Chéri !? » s’écria Roroa.

Elles avaient toutes laissé échapper de petits cris étranges en raison de la surprise, mais je les avais ignorées et je les avais serrées dans mes bras avec encore plus de force.

Pour celles qui regardaient cette scène depuis le côté, cela aurait pu ressembler à une mêlée, et cela n’aurait pas été très attirant, mais je pouvais sentir la chaleur provenant des quatre filles collées à moi. Tout ceci avait permis de finalement me calmer. Une fois que quelques minutes s’étaient écoulées, je les avais libérées.

Liscia avait alors replacé ses vêtements qui étaient légèrement désordonnés et elle me demanda en affichant un air légèrement en colère. « Bon sang... Allez-vous nous donner des explications sur ce dont il s’agit ? »

L’inquiétude qu’elle avait envers moi que je pouvais entendre cacher derrière la colère présente dans sa voix m’avait rendu un peu heureux.

« Oui, je vais tous vous révéler, » répondis-je.

« Souma, n’as tu pas été comme ça vers la fin de la réunion ? Que s’est-il réellement passé à ce moment-là ? » demanda Liscia.

« Pendant toute la discussion, il y avait quelque chose à propos de cette fille, Marie qui me semblait étrange. Elle avait quelque chose... qui clochait en elle, » dis-je.

« Quelque chose qui clochait en elle ? Dans mon cas, rien de ce qui venait d’elle ne m’a semblé suspect ? » Aisha pencha la tête sur le côté en pleine confusion.

J’avais secoué la tête. « C’est un peu différent de ce que vous pensez. La première fois que j’ai vu Marie, je pensais qu’elle était incroyablement belle. Mais... en même temps, j’avais l’impression qu’elle était en quelque sorte étrange. »

« Étrange ? Qu’est-ce que tu entends par “étrange” ? » demanda Roroa.

« J’aurais dû la trouver extrêmement attirante, et pourtant, je ne pouvais pas la voir comme ça. C’était même l’opposé. Voilà comment je me sentais quand je la regardais, » répondis-je.

« Hm... de mon point de vue, elle m’a semblé être une fille vraiment mignonne, » dit Hakuya.

Tout à fait... Mais il était très probablement que personne d’autre ne l’avait remarqué à part moi. Je l’avais remarqué à cause de qui j’étais, et à cause de ça, j’avais été capable de discerner la vérité derrière toute cette affaire.

« Au début, je ne l’ai moi-même pas remarqué, » dis-je. « Mais au moment où j’ai pensé qu’elle ressemblait à une poupée en raison de son manque d’émotion... non, je devrais plutôt dire quelque chose d’artificiel si je devais aller au fond de mes pensées, alors... j’ai finalement réalisé ce que j’avais ressenti pendant tout ce temps. Elle... ressemble à chacune de vous. »

« Elle nous ressemble ? Comment ? » demanda Liscia.

Après qu’elle m’avait demandé ça, j’avais posé ma main sur l’épaule de Liscia avant de lui répondre. « Comme toi, Liscia. »

« Hein !? Comme moi !? » s’écria Liscia.

« Tout à fait. Et aussi comme Aisha et aussi comme Roroa, » ajoutai-je.

« Hein !? Elle aussi ? » demanda Aisha.

« Aussi, comme moi ? » demanda Roroa.

Aisha et Roroa se regardèrent après avoir entendu ce que je disais.

J’avais regardé Hakuya avant de lui demander ça. « Hakuya, si vous deviez décrire le visage de Marie pour ceux qui n’étaient pas là, comment l’exprimeriez-vous ? »

« Eh bien, laissez-moi réfléchir... elle avait des traits réguliers, des cheveux argentés, et elle avait ses cheveux attachés en deux queues de cheval... !? » Hakuya semblait l’avoir remarqué, et ses yeux s’étaient écarquillés à ce moment-là.

J’avais acquiescé. « Voici comment je la décrirais. Ses traits du visage réguliers sont comme ceux de Liscia. Ses cheveux d’argent ressemblaient à Aisha en tant qu’elfe sombre, et sa coiffure était proche de celle de Roroa. En d’autres termes, le visage de Marie était comme un assemblage des visages de Liscia, Aisha et Roroa. »

« N-Nos visages !? » cria Liscia.

Tout à fait. La raison pour laquelle je n’avais pas été attiré par elle, bien qu’elle soit si jeune et belle, était à cause de la déconnexion quant à mes attentes. Si un jour, de nulle part, Aisha avait soudainement acquis des traits faciaux humains, cela me surprendrait, et si les cheveux de Liscia ou de Roroa étaient devenus argentés, il serait naturel que je pense que quelque chose était hors de propos.

Aisha leva la main et avant de parler. « Attendez. Si elle est un mélange de toutes les caractéristiques de vos fiancées, quelle partie d’elle serait issue de Juna ? D’après ce que j’ai vu, sa silhouette était plutôt dans la moyenne. »

« Voilà, vous êtes dans le mile, » dis-je. « D’après ce que j’ai vu, Marie n’a pratiquement rien en commun avec Juna. Si je devais quand même vous donner quelque chose, je dirais que ses yeux sensuels étaient similaires, mais c’est un peu léger en ce qui concerne les traits. Cela doit être tout simplement une coïncidence. Mais dans ce cas... Est-ce que l’une de vous peut me dire quelle est la différence entre Juna et vous trois ? »

« Je suis la seule candidate pour être une reine secondaire, » répondit Juna. « Mais d’ailleurs, je suis aussi... la seule dont les fiançailles avec vous n’ont pas encore été annoncées officiellement ! » Juna frappa dans ses mains alors qu’elle découvrait la vérité.

J’avais acquiescé. « Tout à fait. Mon engagement pour mes trois autres fiancées a déjà été annoncé officiellement, mais nous n’avons pas encore pu annoncer Juna à cause de son travail de Lorelei. En d’autres termes, on ne sait pas qu’elle est ma fiancée. Donc, quand on pense au fait que Marie, qui possède les caractéristiques marquantes de toutes mes fiancées sauf Juna, a été envoyée ici, combinée avec le fait que les espions de l’État Pontifical Orthodoxe ont été plus actifs dans la ville du château, nous pouvons en déduire que les espions recueillaient des informations sur l’apparence qu’ont mes fiancées. Ils l’ont fait afin de créer une femme que je voudrais, ou du moins que je ne pourrais pas trouver désagréable, et ils me l’ont envoyée à moi en tant que Sainte. »

« Souma, c’est..., » commença Liscia.

« Oui, je sais... Quand j’ai dit : “De la façon dont vous dites cela, c’est presque comme si vous veniez m’épouser”, vous souvenez-vous de ce que Marie m’a donné comme réponse ? » demandai-je.

« Si Votre Majesté le désire, vous pouvez faire avec mon corps tout ce que vous souhaitez, s’il vous plaît. Je vous offre mon corps et mon cœur comme je le fais au service de Dieu, » Marie l’avait dit sans hésitation.

Une fille adaptée à mes goûts m’avait été envoyée, et cette fille avait dit : « Vous pouvez faire avec mon corps tout ce que vous souhaitez, s’il vous plaît, » et « Je vous offre mon corps et mon cœur ». Puis, comme s’ils demandaient une compensation, ils avaient essayé de faire passer leurs propres revendications. En d’autres termes...

« Pour l’État Pontifical Orthodoxe, la Sainte est un pot de miel posé pour les acteurs au niveau de l’État, » annonçai-je.

« Ce qu’ils font revient à la même chose que les nobles qui essayent de vous vendre leurs filles à tout prix..., » déclara Liscia qui semblait exaspérée par cette révélation.

Franchement, pour un pays dirigé par des hommes d’Église, ils étaient arrivés avec quelques idées vraiment vulgaires. Il semblait que, en tant que pays, l’État Pontifical Orthodoxe était une entité très humaine.

« Une fois que j’ai compris ce qui se passait quant à cette situation... j’ai demandé à Marie comment elle avait été choisie pour être une Sainte, » dis-je. « Après lui avoir demandé ça, elle m’a gentiment donné une explication détaillée. »

Elle m’avait dit que la sainte avait été choisie parmi les religieuses de l’église centrale à la suite de révélations divines contenues dans le Lunalith, leurs écritures sacrées. La plupart de ces religieuses étaient à l’origine des orphelines, et elles étaient presque une cinquantaine. L’objectif derrière ça était très probablement de garder un stock diversifié de saintes potentielles pour les dirigeants qu’ils voulaient séduire.

Les religieuses avaient été formées à l’église centrale, et avaient grandi en apprenant les doctrines de la foi dans un endroit coupé du monde séculier afin qu’elles deviennent des croyantes obéissantes. Ensuite, si elles atteignaient un certain âge sans être choisies comme saintes, elles étaient envoyées dans les églises de chaque région en tant qu’évêques.

Après mon explication...

« Mais c’est... vraiment terrible, » Aisha avait indiqué ouvertement son dégoût. « Alors elles sont vraiment comme des poupées. C’est comme si elles n’avaient pas de volonté propre. »

« Allons, allons, Grande Soeur Ai, » Roroa était intervenue dans la discussion. « Ceci ne me semble pas si mal comme affaire. »

Aisha avait critiqué le système, mais Roroa semblait être d’un avis différent.

« Peu importe le pays où vous allez, il n’y a rien de plus difficile à avoir que de bons orphelinats, » déclara Roroa. « S’ils ne sont pas éduqués au moment où ils sont en âge de travailler, ils finiront par être utilisés pour une main-d’œuvre bon marché. Il est rare de trouver des endroits comme le nôtre qui enseignent la lecture, l’écriture et l’arithmétique. Pour les filles qui sortent des orphelinats... souvent, vendre leur corps est la seule chose qu’elles peuvent faire. Si l’on regarde cette situation, si elles reçoivent de la nourriture, des vêtements et un abri de la part de l’église, ne pensez-vous pas que c’est une chance inespérée pour elles ? »

« Mais elles sont élevées afin qu’elles puissent être offertes en offrandes aux dirigeants étrangers. Est-ce que vous vous en rendez compte ? » s’écria Aisha.

« Je ne dis pas que j’aime ça, » répondit Roroa. « Mais l’utilisation des filles pour former des liens est quelque chose que fait chaque maison noble, maison de chevalier, ou même plus importante. Je pourrais même dire que... d’une certainement manière, j’ai aussi été utilisée ainsi dans un but politique. »

« Oh..., » quand Roroa l’avait expliquée de cette manière, Aisha avait été à court de mots.

C’était vrai, quand Roroa avait arrangé son propre mariage pour protéger son peuple, on pouvait dire qu’elle avait utilisé sa position de femme et même son propre corps pour ça.

« Désolée..., » s’excusa Aisha.

Roroa avait simplement déclaré. « C’est tout à fait naturel », en bougeant les mains. « D’ailleurs, je n’ai jamais entendu parler de plusieurs Saintes. En d’autres termes, pour toutes les nonnes autres que cette fille, Marie, cela ne leur arrivera pas. Bien sûr, même pour la Sainte, l’appeler une offrande fait que cela sonne mal, mais si un seigneur pose ses mains sur une fille, elle est prête à se marier pour de l’argent. Je me suis mariée pour des raisons politiques, et pour ma part, je suis très heureuse maintenant de cette décision. Alors, c’est à elle de décider si elle sera heureuse ou non dans un tel mariage. »

Roroa avait déclaré cela d’une voix ferme. Elle était vraiment... une femme forte.

« Je suis d’accord avec l’opinion de Roroa, » avais-je dit. « Je n’aime pas leurs méthodes, mais ce n’est pas un système dont nous devons parler. Je veux dire par là que c’est après tout le problème d’un autre pays et pas le nôtre. »

« Eh bien... alors dans ce cas, pourquoi as-tu l’air si horrible... ? » demanda Liscia en me regardant droit dans les yeux.

J’avais alors placé une main sur ma tête. « Ce qui m’a choqué... était que Marie avait accepté qu’elle soit une sainte, et qu’elle est prête à aller de pair avec ça en sachant exactement ce que cela signifiait. »

☆☆☆

Partie 5

Après avoir terminé l’audience, j’avais demandé à Marie une chose qui me dérangeait. « Madame Marie, ne doutez-vous pas quant au fait d’être traitée si soudainement comme une sainte ? Tout à coup, vous devez porter sur vos épaules la dignité de votre pays, puis vous devez comparaître devant un roi étranger et vous êtes censée dire à ce roi inconnu : “Je vous offrirai mon corps et mon cœur”. C’est un fardeau bien trop lourd pour les épaules d’une personne. J’aurais pensé qu’une telle vie serait trop cruelle pour qu’une jeune fille ordinaire se retrouve dans une telle position. »

Marie avait simplement souri avant de me répondre. « Par la volonté de Lady Lunaria, j’ai eu le grand honneur de devenir une sainte. La sainte est le visage de l’État Pontifical Orthodoxe. Après avoir reçu un tel rôle, plutôt que de vivre pour mes propres sentiments, je veux remplir les fonctions qui m’ont été confiées. Je fais cela parce que c’est ce qui est le mieux pour le pays et par la même occasion, pour tous. »

« ... Abandonneriez-vous vos souhaits pour le bien des autres ? » demandai-je.

« Il s’agit de mon devoir naturel en tant que celle qui a reçu un plus grand honneur que la plupart des autres personnes. Je pense qu’en tant que roi, vous comprenez bien cela, n’est-ce pas, Sire ? » demanda-t-elle.

J’étais tombé silencieux.

« Le fait de vivre de la façon dont les autres veulent que vous viviez, » avait-elle dit. « Je crois que c’est une merveilleuse façon de vivre, et je peux en être fière. Pour les personnes qui me vénèrent comme une sainte, j’ai l’intention de me donner pleinement pour les servir. »

Pour les personnes qui l’ont révérée comme une sainte... hein.

Elle devait croire de tout son cœur que vivre comme les autres le voulaient était une chose dont elle pouvait être fière. Quand j’avais vu le sourire de Marie, les paroles d’une autre sainte avaient traversé mon esprit.

« Je suis peut-être une impératrice, mais je suis tout de même un être humain. Au lieu d’être vénérée comme une sainte, je veux rester une personne et être aimée en tant que personne. »

Pour l’une de ses personnes, être une sainte était quelque chose dont il fallait se glorifier, et elle avait choisi d’agir comme une sainte.

Pour l’autre, elle avait refusé d’être une sainte et avait insisté pour être une personne.

« Je pense qu’en tant que roi, vous comprendrez bien cela, n’est-ce pas, Sire ? » m’avait demandé avant ça Marie.

Quelle voie dois-je choisir... ?

***

« Il fut un temps... où je pensais de la même manière que Marie, » j’avais déclaré ça à mes compagnons assemblés, comme si je confessais mes péchés à l’église. « Carla, vous en souvenez-vous ? Que s’est-il passé pendant la bataille avec les forces de la Principauté ? »

« Voulez-vous parler de cette fois-ci... ? » Carla, qui était restée debout dans le coin de la pièce, avait dit cela dans un murmure.

Je parlais de l’époque lors de la guerre avec Gaius VIII et avec les nobles corrompus quand, afin de protéger mon cœur de la pression qui pesait sur mes épaules, j’avais mis de côté mes propres sentiments et j’avais essayé de me focaliser uniquement sur le rôle du roi sans penser à moi. Si je n’avais pas fait cela, je n’aurais pas pu supporter le poids de toutes ces vies perdues à cause de mes ordres.

« Nous sommes des personnes, donc nous souffrons en raison de l’ampleur de nos responsabilités, » déclarai-je. « Et comme nous sommes des personnes, nous souffrons quant aux décisions que nous avons prises. Cette fois-ci, quand je fus forcé dans une guerre que je ne voulais pas, mais que je n’avais pas d’autre choix que de me battre de toutes mes forces, peu à peu, sans m’en rendre compte, j’ai commencé à agir comme un système appelé “le roi”... comme si j’étais simplement une machine. J’avais fait cela parce que si j’étais une machine, je n’avais pas à souffrir, ni à penser et à agoniser sur des décisions que j’aurais prises. »

« Souma..., » Liscia avait affiché un regard empli d’inquiétude quand elle entendit ça, mais je lui avais fait un sourire en coin tout en secouant la tête.

« Quand Carla m’a demandé : “N’avez-vous pas peur de mourir ?”, cela m’a fait réaliser à quel point mon esprit était déformé par cette adversité pour être ainsi prêt à accepter de mourir en tant que roi sans même sourciller. Grâce à cela, j’ai pu m’arrêter. Quand je pense comment les choses se seraient déroulées si Carla ne me l’avait pas fait remarquer... Je frissonne rien qu’à y penser. J’aurais très certainement pu finir comme Marie. Quand je pense à tout ça, cela me fait vraiment très mal. »

Quand j’avais imaginé à ce que ce serait comme si une version de moi qui était devenue le système appelé « un roi » avait été ici et était maintenant debout devant Liscia et les autres... cela m’avait fait peur.

Le moi qui était devenu capable de tout accepter parce que j’étais le système appelé « roi » pouvait-il rendre Liscia et les autres heureuses ? ... Non, il ne pouvait pas.

« Je veux rester une personne et être aimée en tant que personne. »

Oui... C’est vrai, Madame Maria, pensai-je.

Si je ne pouvais pas remarquer les larmes de Liscia et des autres, si je ne pouvais pas faire sourire Liscia et les autres, même si cela signifiait souffrir sous un lourd fardeau et agoniser en raison des décisions que je prenais...

Je ne voulais pas devenir un simple système.

« Oui, moi aussi, je préfère être une personne, » avais-je affirmé.

« Souma ? » demanda Liscia. « ... Hein !? »

J’étais à nouveau descendu du bureau, j’avais marché pour me placer à côté de Liscia et j’avais serré son corps mince contre moi. Mon action soudaine avait laissé Aisha, Juna et Roroa totalement abasourdies.

« Wo... euh ?! » s’exclama Aisha.

« Oh mon Dieu ! » s’écria Juna.

« Wôw, Grande Sœur Cia, ce n’est pas juste, » déclara Roroa.

Alors que les trois autres filles nous regardaient fixement, Liscia avait très rapidement viré dans une nuance de rouge vif, alors que ses yeux plongeaient rapidement vers le bas. « E-Euh... Souma ? Puis-je peut-être... te demander de me lâcher ? C’est un peu embarrassant... Tout le monde nous regarde... »

Même si Liscia m’avait dit ça, je l’avais ignorée et je l’avais serrée dans mes bras avec encore plus de force. Si elle n’aimait vraiment pas ce que je lui faisais subir, je savais que Liscia était plus que capable de me repousser.

J’étais toujours accroché à Liscia alors que j’avais parlé à Hakuya. « Je ne deviendrai pas le roi saint. Je ne laisserai pas l’État Pontifical Orthodoxe se frayer un chemin jusqu’ici. J’ai une politique à l’esprit qui mettrait en échec les plans de l’État Pontifical Orthodoxe, mais... elle serait probablement juste assez bonne pour nous faire gagner du temps. Si nous arrivons avec une solution plus radicale à ce problème, tous les disciples de l’Orthodoxie Lunaire dans le pays deviendraient un problème. J’espère avant ça qu’on puisse les marginaliser, ou alors les rendre inoffensifs... »

« Attends, pourquoi parles-tu de choses sérieuses en me tenant comme ça ? » cria Liscia.

« Hm... Dans ce cas, laissez-moi gérer les contre-mesures pour faire face à cette situation, » déclara Hakuya. « J’ai quelques idées de mon côté. J’emprunterai Kagetora et quelques membres des Chats Noirs à ces fins. »

« Vous aussi, Hakuya ! Pourquoi tenez-vous une conversation ordinaire alors que je suis dans une telle situation ? » demanda Liscia.

« D’accord, » répondis-je à Hakuya. « Demain, nous partagerons nos idées et nous travaillerons sur nos projets. »

« Il en sera fait selon votre volonté, » répondit Hakuya.

« Ignorée !? Je suis totalement ignorée !? » cria Liscia.

« Merci, » dis-je. « Hakuya, je comptes sur vous. Et maintenant... »

Tout en me grattant la joue, je m’étais tourné vers Aisha, Juna et Roroa avant de leur dire. « Désolé, mais pourriez-vous laisser Liscia et moi seuls cette nuit ? »

« “‘?!’” »

Au moment où elles avaient compris ce que ces mots sous-entendaient, les yeux d’Aisha, de Juna et de Roroa avaient semblé vouloir sortir de leurs orbites en raison de la surprise. Quant à Liscia, qui avait protesté avec véhémence jusqu’à maintenant...

« Euh... Euh... » Cela donnait l’impression qu’elle ne pouvait même pas articuler des mots correctement, et qu’elle ouvrait et fermait simplement sa bouche comme un poisson rouge !

Face à une Liscia qui était habituellement si digne, j’avais pensé : hé, elle sait aussi faire des grimaces comme ça, j’avais trouvé tout ceci très amusant.

« Mon Chéri ! Cela signifie-t-il que vous allez tous les deux..., » Roroa était revenue à elle et elle avait essayé d’obtenir des réponses...

Mais Juna posa une main sur son épaule et l’arrêta. « Roroa !! »

Puis elle avait dit quelque chose à Roroa et Aisha dans un murmure avant de se retourner et de me faire un large salut.

« Maintenant, princesse, Votre Majesté, nous allons prendre congé de vous, » après avoir dit ça, Juna était tranquillement sortie de la pièce.

« Euh... Votre Majesté, Princesse, bonne nuit..., » déclara Aisha.

« Murgg... Grande sœur Cia ! Il faudra tout me dire demain matin, d’accord ? » demanda Roroa.

Aisha et Roroa avaient suivi Juna et elles avaient toutes quitté la pièce.

« Eh bien, on se voit demain, » déclara Hakuya. « Reposez-vous bien. »

« Je-Je serais en faction à l’extérieur de la pièce... S’il vous plaît, soyez doux avec elle, Maître..., » déclara Carla.

Avec Hakuya et Carla étant les derniers à partir, Liscia et moi étions seuls dans la pièce.

J’avais soulevé Liscia, qui était pétrifiée.

Hey, elle était plutôt légère. Son corps était un peu musclé, mais dans l’ensemble, elle avait une silhouette élancée, et donc la différence de poids entre nous avait fait qu’il avait été facile pour moi de la soulever. Quand je l’avais fait s’asseoir sur le lit pour une personne qui était comme toujours placé dans le coin de la pièce, Liscia avait finalement repris ses esprits.

À la lueur des bougies, nous nous étions assis côte à côte sur le lit, en nous regardant droit dans les yeux.

« H-Hum, Souma ? Ça signifie-t-il... bien ce que je pense en ce moment ? » demanda Liscia avec son visage qui était vraiment très rouge.

Mes joues avaient aussi commencé à être chaudes alors que je lui répondais. « Hm... Oui. C’est bien... ce genre d’intention... »

« O-Oh, je vois..., » répondit-elle.

« ... Ne pouvons-nous pas le faire ? » demandai-je.

« Non ! Ce n’est pas que nous ne pouvons pas ! Ce que je veux dire, c’est que j’attendais pour ça..., » Liscia secoua la tête. Bien que ses paroles étaient dites en bégayant et en s’affaiblissant, je les avais quand même entendues. « M-M-M-Mais, pourquoi si soudainement ? Tu-Tu m’as fait attendre si longtemps. »

« Oh... je sais, eh bien... Je pensais que je devrais attendre jusqu’à ce que le royaume soit plus stable, jusqu’à ce que je sois capable d’en assumer la responsabilité, jusqu’à ce que nous ayons franchi toutes les étapes, mais..., » commençai-je mon explication.

Bon sang, c’était vraiment embarrassant ! Je m’étais alors gratté l’arrière de la tête.

« Mais... Quand j’ai vu Marie, et que j’ai pensé au fait que je veux être une personne et non pas un système. Après ça, je ne pouvais pas me retenir plus longtemps. J’ai alors voulu... agir sur une impulsion humaine, et j’ai voulu que tu m’acceptes ainsi, » expliquai-je.

« J-Je vois..., » répondit Liscia.

Cela, et les paroles de Maria, « Je veux rester une personne et être aimée en tant que personne », avaient probablement aussi un effet sur moi.

Je voulais être une personne, et je voulais aimer Liscia et les autres en tant que personne.

Je voulais que Liscia et les autres m’aiment en tant que personne.

Je me sentais comme ça, et je ne pouvais plus du tout me réfréner.

... Eh bien ! Dans un instant comme celui-ci, je n’allais certainement pas lui dire que les paroles d’une autre femme avaient eu un effet aussi profond sur moi.

« Hum, mais... je trouve que d’avoir notre première fois dans le bureau des affaires gouvernementales, ce n’est pas très attrayant, » déclara Liscia, trébuchant sur ses mots, alors qu’elle pliait son haut qu’elle avait retiré et qu’elle avait placé de côté afin qu’il ne soit pas plissé.

J’avais également enlevé ma chemise, et j’avais tiré à moi Liscia qui ne portait plus que ses sous-vêtements blancs.

Étais-je celui qui tremblait, ou était-ce elle... ? Cela aurait bien pu être nous deux. Aucun de nous n’était habitué à cela, et c’est ainsi que nous nous enlacions maladroitement dans le lit. Nous nous étions embrassés une fois, puis...

« Eh bien, veux-tu faire ça ailleurs ? » avais-je chuchoté à l’oreille de Liscia.

Après que j’eus dit ça, Liscia avait souri et avait secoué silencieusement sa tête avant de dire. « Non. Ici, c’est parfait. Car après tout, ici est... »

l’endroit où toi et moi, nous nous sommes rencontrés pour la première fois...

☆☆☆

Partie 6

« Nngh... Hm ? » murmurai-je.

Quand la lumière était passée à travers la fenêtre et m’avait réveillé, le visage de Liscia était tout simplement devant le mien.

Nous partagions un seul oreiller, donc nous étions tous les deux proches. En ce moment, elle dormait paisiblement.

À chaque respiration de faible amplitude faite par Liscia, sa poitrine s’éleva et descendit doucement sous les couvertures. Le simple fait de la voir comme ça avait provoqué en moi un mélange indescriptible de joie, d’embarras et d’amour, et je n’avais pas pu m’empêcher de tendre la main afin de tendrement toucher sa joue.

Au moment où j’avais fait cela, un « Murgh » était sorti de sa bouche, et Liscia se contorsionna légèrement comme si quelque chose la chatouillait puis elle ouvrit lentement les yeux.

Elle était probablement encore en train de rêvasser. Au départ, elle ne semblait pas savoir où elle était, et elle commença à regarder autour d’elle, puis elle remarqua mon visage qui se tenait juste à côté d’elle.

« Oh... Souma. Bon matin..., » dit-elle avec un sourire. Il s’agissait d’un sourire aussi doux que la lumière du matin qui brillait dans la pièce.

Sa réaction était incroyablement mignonne, alors je n’avais pas pu m’empêcher de la serrer contre moi avant de placer un baiser sur sa paupière gauche à moitié fermée. Liscia, encore toute endormie, laissa échapper un rire indiquant qu’elle était chatouilleuse.

« Souma, bon sang, qu’est ce que tu crois faire ? » demanda-t-elle.

« Hmm, tu sais, j’aimerais continuer à te regarder comme ça, mais... désolé, Liscia, s’il te plaît, il faut que tu te lèves, » dis-je.

« ... Hein !? » demanda-t-elle.

Cette fois-ci, comme je lui avais donné une légère secousse avec mes paroles, les yeux de Liscia s’ouvrirent complètement. Au moment où ses yeux s’ouvrirent brusquement, le visage de Liscia devint si rouge que je pouvais presque entendre l’effet sonore qu’on verrait dans un animé comique. Quand elle avait finalement réalisé la situation, tout son embarras s’était très probablement enflammé d’un coup. Bien sûr, cela incluait aussi ce qui s’était passé au cours de la nuit dernière.

J’avais doucement caressé la tête de Liscia. « Bon matin, Liscia. »

« B-Bon matin, Ohh... Ne me regarde pas autant, » déclara Liscia.

« Ne pas te regarder ? Mais je t’ai vue entièrement nue la nuit... Hmph ! » commençai-je.

Liscia avait plaqué un oreiller en plein dans mon visage.

« Cela ne le rend pas moins embarrassant ! » cria-t-elle.

Liscia serra la couverture contre elle et me lança un regard noir.

Eh oui, elle était assurément mignonne. Je l’aurais presque plaquée contre le lit à ce moment-là... mais à la place, j’avais simplement poussé l’oreiller sur le côté avant de m’étirer.

« Eh bien... Je pense que je ne le ferais plus jamais dans le bureau des affaires gouvernementales, » annonçai-je.

« ... Pourquoi ? » demanda-t-elle.

« Parce que c’est notre lieu de travail, donc je vais devoir leur demander après ça de nettoyer après nous. Je voudrais encore plus flirter avec toi, et c’est vraiment pénible de devoir me lever, » déclarai-je.

« J-Je vois..., » répondit-elle.

Je m’étais levé et j’avais enfilé les vêtements que je portais hier. Je n’avais pas apporté de vêtements de rechange, alors je devrais retourner dans ma chambre pour en obtenir.

Après m’être rapidement habillé, j’avais demandé à Liscia, « Alors... te sens-tu bien ? »

« O-Oui... Je me sens un peu courbaturée..., » répondit-elle.

« D’accord. Alors, permets-moi d’être celui qui demande aux servantes de tout nettoyer, » déclarai-je.

« Oui, » dit-elle. « Pourrais-tu faire ça pour moi ? »

J’avais effectué un baiser sur le front de Liscia puis j’avais quitté le bureau des affaires gouvernementales.

Quand j’étais sorti par la porte, j’avais été accueilli par une Carla au visage rouge, qui détournait les yeux, et une Serina qui souriait légèrement. J’avais compris pourquoi Carla était là puisqu’elle était de faction, mais pourquoi Serina ?

Serina avait affiché un léger sourire impassible avant de me déclarer : « La nuit dernière, on dirait que vous vous êtes bien amusés. »

Wôw... Cette phrase, quand quelqu’un vous le disait réellement dans la vraie vie, c’était vraiment frustrant.

« ... Vous êtes debout tôt, Chef des Servantes, » avais-je répliqué.

« C’est normal, je suis après tout la servante personnelle de la princesse, » avec cette réponse, que je n’étais pas sûr d’avoir vraiment accepté sa raison, Serina m’avait fait un élégant salut.

J’avais alors pensé, oh oui, elle a vraiment eu beaucoup de plaisir cette nuit..., mais je savais que si je disais quelque chose, il y aurait trois fois plus de piques verbales que je devrais esquiver, alors j’étais resté silencieux. Il était préférable de laisser son côté sadique endormi le plus longtemps possible. Si vous pouviez fermer les yeux sur sa mauvaise habitude d’intimider les jolies filles, elle était extrêmement compétente dans son travail.

« Serina, Carla... Prenez soin de Liscia pour moi et occupez-vous également de la chambre, » dis-je.

« Compris, » répondit Serina. « Allons-y, Carla. »

« O-Oui, m’dame ! » répondit Carla.

Serina et Carla se prosternèrent devant moi avant d’entrer dans la pièce. Quelques secondes plus tard, depuis l’intérieur de la pièce...

« S-Serina !? Je suis toujours nue là ! » cria Liscia.

« S’il vous plaît, nous devons nettoyer, alors sortez maintenant du lit, » répondit Serina. « Si vous ne le faites pas, Carla va devoir vous transporter hors de cette pièce, le lit compris. »

« Carla, attends ! Ne lève pas le lit ! »

« ... Désolée, » déclara Carla. « Je ne peux pas défier la chef des servantes, car sinon elle va m’humilier après ça... »

« Eeeek! »

Eh bien, j’avais entendu des voix et beaucoup de claquements.

Allez, Liscia. Soit forte !, pensai-je.

« Maintenant..., » j’avais giflé mes joues, car il était temps de changer d’état d’esprit. Avec l’approfondissement de ma relation avec Liscia, j’avais l’impression que j’avais besoin d’être toujours plus déterminé.

Afin de défendre ma famille bien-aimée, j’allais devoir mettre toutes mes forces dans la théocratie.

« Eh bien, je suppose que je dois aller voir pour les arrangements avec Hakuya, » déclarai-je pour moi-même avant de parcourir le corridor.

 

☆☆☆

 

Quelques jours plus tard...

J’avais envoyé un message à la Sainte Marie qui séjournait à l’église Lunarienne à Parnam pour l’informer que je tiendrais une autre réunion avec elle. Marie avait répondu qu’elle viendrait sous peu au château.

Et ainsi, une fois de plus, Marie et moi nous nous étions affrontés dans la salle d’audience du Château de Parnam. Il s’agissait d’une audience avec les mêmes visages présents, et debout dans les mêmes endroits que la dernière fois. Je n’avais pas pu me concentrer pendant la précédente audience parce que quelque chose m’avait frappé à propos de Marie, mais maintenant que je connaissais l’astuce, je pouvais la regarder avec les idées claires.

La revoyant après quelques jours, Marie était toujours belle, et toujours comme une poupée. J’avais échangé de courtes plaisanteries avec elle, puis j’avais décidé d’aller directement au sujet principal.

« Maintenant, en ce qui concerne l’introduction de l’Orthodoxie Lunaire en tant que religion d’État..., » commençai-je.

Elle avait attendu tout en restant silencieuse.

« Si vous pouvez accepter deux conditions, alors cela ne me dérange pas de le faire, » déclarai-je.

« Conditions... ? » Marie, interrogative, inclina la tête sur le côté.

Je lui avais répondu avec le ton le plus léger que je pouvais avoir. « Oh, ce n’est rien de bien difficile. La première est que vous ne me faites pas de moi le Roi Saint de l’Orthodoxie Lunaire. Je ne veux pas que vous commenciez à m’appeler de façon unilatérale. Je veux un accord ferme sur ce point. »

« Pourquoi donc ? Si vous devenez notre Roi Saint, vous resteriez au-dessus des fidèles de l’Orthodoxie Lunaire dans tous les pays, vous savez ? » Marie semblait perplexe.

Je secouai la tête avec un sourire ironique. « Je ne peux pas l’accepter parce que je ne suis moi-même pas un adepte de l’Orthodoxie Lunaire. Si quelqu’un comme moi était soudainement nommé Roi Saint, je suis sûr qu’il y aurait de la résistance de la part des croyants, voir même des oppositions. Je suis désolé, mais je vais devoir décliner la proposition. »

« Oh... je vois, » répondit-elle.

Bien que Marie ait été déçue, elle avait docilement accepté ce point.

Bien sûr, la raison que je lui avais donnée était juste une excuse. Je n’avais aucun désir d’être leur Roi Saint, ou quelque chose comme ça, et je ne pouvais pas nous laisser régresser dans un pays où l’église contrôlait l’éducation. Mon but ici était d’empêcher l’État Pontifical Orthodoxe de me nommer Roi Saint et de me faire porter l’étendard dans leur conflit avec l’Empire.

« Maintenant, quant à la deuxième condition... Je vais demander au Premier ministre Hakuya de tout vous expliquer, » avais-je dit.

Hakuya posa une main à sa poitrine et s’inclina avant de faire un pas en avant. « Permettez-moi de l’expliquer. L’autre condition que nous présentons est que nous voulons inviter un évêque de l’État Pontifical Orthodoxe à venir ici et à gérer les croyants de l’Orthodoxie Lunaire dans le pays. »

« Bien sûr, nous pouvons le faire, » déclara Marie. « J’avais l’intention de venir moi-même ici. »

Hakuya avait répondu. « Oh, nous ne pourrions jamais vous demander de faire ça » et il avait agité la main. « Nous n’avons aucun désir d’imposer ça à une Sainte. Nous avons une personne spécifique que nous aimerions inviter ici en tant qu’évêques. »

« Vous avez quelqu’un que vous voulez faire venir ici ? Qui cela pourrait-il être ? » demanda Marie.

« Mgr Souji Lester, » déclara Hakuya.

Marie était devenue silencieuse. Au moment où elle avait entendu ce nom, son front s’était un peu plissé pendant quelques secondes.

Je ne l’avais vu que pendant un instant, mais c’était un regard de répulsion. Il s’agissait de la première réaction humaine que j’avais vue d’une Marie ressemblant à une poupée.

Marie avait demandé à Hakuya avec une expression légèrement raide, « Sire Hakuya, êtes-vous... conscient de quel genre d’homme il est ? »

« Oui. J’ai entendu dire qu’il est très compétent. »

« Non, il est juste rusé, » déclara Marie. « Je ne peux pas dire... que je le recommanderais. Il extorque de grandes quantités d’argent aux croyants, boit beaucoup, joue avec des femmes et se livre à de nombreux autres comportements indécents. Normalement, en tant qu’homme d’Église, il aurait dû renoncer à de tels désirs, mais cet homme est embourbé dans la laïcité et fait ce qu’il veut. Sa Sainteté et les cardinaux considèrent son comportement comme un problème. Moi-même... le trouver aussi déplaisant. »

C’était un rejet ferme. Il semblerait qu’il s’agissait d’un homme que même cette fille-poupée détesterait. Maintenant, j’étais encore plus intéressé.

« Comment un homme comme ça est-il devenu un évêque ? » demandai-je.

Les lèvres de Marie se tendirent. Il y eut une courte pause avant qu’elle ne les rouvre pour dire, « C’est... une chose embarrassante à dire, mais nous, dans le sacerdoce, sommes soutenus par les dons de nos fidèles. Il y avait des cardinaux qui ont défendu Mgr Souji parce que, quelles que soient ses méthodes, il a pu apporter de gros dons... »

Ah... Je commençais à voir comment ça fonctionnait.

Ce Souji avait très probablement payé des pots-de-vin à un certain nombre de cardinaux. Même si leur Sainte ne l’était pas, les échelons supérieurs de l’église étaient très humains et très corrompus. C’était pourquoi même s’ils voulaient l’éjecter de là, ils ne pouvaient pas.

« Cependant, » déclara Marie à Hakuya, « il y a maintenant des voix dans l’église disant qu’il devrait être expulsé. Je crois que ce n’est qu’une question de temps avant qu’il ne soit excommunié. Voulez-vous vraiment inviter un homme comme ça ici ? »

Même si elle le regardait avec une opposition claire dans ses yeux, Hakuya ne brisa jamais son sourire calme. « Cela semble tout simplement parfait pour moi. Si vous voulez l’expulser, nous le garderons ici dans notre pays. Vous voyez, Sa Majesté est très friande quand il s’agit de rassembler du personnel talentueux et il m’a dit que s’il y a un évêque comme ça, il voudrait le rencontrer. »

Je n’avais aucun souvenir d’avoir un jour dit quelque chose comme ça. Après tout, je ne savais rien de ce Souji, et je n’avais même jamais entendu son nom avant ces derniers jours. Cependant, on m’avait dit à l’avance que ce Souji serait un joueur clé dans le complot de Hakuya, alors j’avais hoché la tête comme si c’était vrai.

Marie regarda Hakuya avec un mécontentement apparent. « S’il vient ici en tant qu’évêque, cela le placerait à la tête de tous les croyants de l’Orthodoxie Lunaire dans ce pays. Je ne peux pas voir comment il serait à l’ampleur de la tâche. »

« S’il n’était pas à la hauteur de la tâche, alors nous pourrions simplement faire venir une autre personne à une date ultérieure, » déclara Hakuya avec un regard glacial. « S’il ne respecte pas nos normes, vous ne vous opposeriez certainement pas à ce que je dispose de lui personnellement. »

Wôw... Hakuya affichait certainement un regard maléfique. Pour commencer, il avait un visage qui indiquait une grande intelligence, alors ce sourire froid lui convenait bien. Mais franchement, il était assez effrayant ainsi.

Marie avait été submergée par l’intensité du regard d’Hakuya pendant un moment, puis s’était trouvée incapable de dire plus. « ... Très bien. En toute circonstance, s’il ne peut pas réussir à venir pour une raison quelconque, je prendrai sa place. »

Hakuya inclina la tête. « Oui, si cela se produisait, veuillez le faire. »

Les deux se regardèrent l’un et l’autre, chacun essayant de comprendre les motivations de l’autre. La poupée et le méchant se regardaient, et non seulement des étincelles semblaient voler, mais un air glacial se propagea dans toute la pièce.

Cet air était rebutant pour Liscia et moi, et Aisha, qui n’était pas habituée à ce genre d’atmosphère, avait l’air un peu malade. Peu importe, car tout était réglé.

Pour résumer ce qui avait été décidé ici étaient ces trois points :

Le Royaume de Friedonia accepterait l’Orthodoxie Lunaire comme religion d’État.

L’État Pontifical Orthodoxe de Lunaria ne me nommerait pas Roi Saint.

Souji Lester serait envoyé par l’État Pontifical Orthodoxe en tant qu’évêque.

Avec l’affaire réglée, Marie nous avait dit au revoir et était partie. Elle n’avait pas été capable de me faire accepter d’être leur Roi Saint, mais elle avait été capable de faire adopter l’Orthodoxie Lunaire comme religion d’État, donc c’était un résultat décent pour elle. Je pensais qu’avec cela, elle devrait retourner tranquillement à l’État Pontifical Orthodoxe.

J’avais attendu les rapports m’indiquant qu’elle avait quitté le château, puis j’avais finalement pu me sentir un peu moins tendu.

« Ouf... Pensez-vous que nous avons été plus ou moins été capables de gérer correctement la situation ? » demandai-je.

« C’est très probablement le cas, » répondit Hakuya. « J’en suis sûr que la Sainte croit qu’elle a accompli quelque chose. »

Il avait ensuite ri.

Comme je l’avais prévu, le rire de Hakuya semblait indiqué cela.

J’avais haussé les épaules et lui avais dit : « Hakuya, vous faites toujours cet horrible visage... »

« ... Oh, pardonnez-moi, » déclara-t-il avant de reprendre son expression nonchalante habituelle.

Je lui avais alors demandé. « Alors, avez-vous effectué les préparatifs afin d’accueillir cet évêque, Souji, ou... quel que soit son nom ? »

« Tout à fait. Les Chats Noirs dirigés par Sire Kagetora ont déjà infiltré l’État Pontifical Orthodoxe. Je suis sûr qu’ils sont déjà en train d’accompagner Sire Souji à un endroit près de la frontière. Je suppose qu’ils l’auront ramené à la capitale royale dans quelques jours. »

En regardant la capacité de collecte de renseignements qu’il avait démontrée en connaissant l’évêque nommé Souji, ainsi que la précision des préparations qu’il avait démontrée en prenant des mesures pour le protéger, c’était le genre d’attention méticuleuse aux détails que je m’attendais à recevoir de notre Premier ministre à la robe noire.

« Mais aviez-vous vraiment besoin d’envoyer les Chats Noirs afin de l’escorter ? » demandai-je.

« Au vu de la réaction de la Sainte, il semblerait qu’ils hésitent à dépêcher quelqu’un qui semble susceptible d’embarrasser leur pays en tant qu’évêque, » déclara Hakuya. « Afin d’assurer notre promesse que nous reconnaîtrions l’Orthodoxie Lunaire comme notre religion d’État, elle a accepté nos conditions ici, mais une fois qu’elle sera rentrée chez elle, il y avait le risque qu’elle revienne sur elles pour une “raison quelconque”. Par exemple, on pourrait nous dire que Souji a été blessé lors d’un accident, et donc qu’ils enverraient quelqu’un d’autre... ou une autre histoire de ce genre. C’est pourquoi j’ai décidé d’envoyer les Chats Noirs et de le ramener en premier. »

Blessé dans un accident... Hmm, dans mon esprit, je pouvais parfaitement imaginer l’État Pontifical Orthodoxe le faire. Il n’y avait aucune garantie qu’il ne « disparaîtrait » pas dans une prison, ou « mourrait d’une maladie soudaine » qui était en vérité un assassinat. Si tout cela avait été pris en considération, c’était bien grâce à Hakuya et je devrais le complimenter pour ça.

« Franchement, je suis impressionné que vous puissiez planifier aussi loin, » dis-je en plaisantant.

Liscia, qui se tenait à côté de moi, m’avait fait un regard froid. « Souma, n’es-tu pas toi-même l’intrigant ? Je veux dire par là que d’une certaine manière, tu as trompé cette pauvre et innocente Sainte. »

« Ne me fais pas passer pour si méchant, » dis-je. « Je ne lui ai dit aucun mensonge. »

Il n’y avait pas eu de mensonge quand je lui avais dit que je ferais de l’Orthodoxie Lunaire une religion d’État.

« Cependant, nous pourrions travailler sous différentes définitions de ce qu’est une “religion d’État”, » avais-je ajouté.

« Honnêtement... tout est dans la façon dont tu présentes les choses, » en vue du visage exaspéré que Liscia m’avait fait, je devais moi aussi avoir un joli regard machiavélique.

☆☆☆

Partie 7

Quelques jours plus tard...

Le château royal du Royaume de Friedonia avait annoncé que toutes les fois et les religions devaient être enregistrées auprès de l’État, et que toutes les religions qui recevraient cette reconnaissance seraient considérées comme des religions d’État. En d’autres termes, la signification d’une religion d’État dans le royaume avait été changée pour être identique à une corporation religieuse.

Le Roi Souma était apparu sur le Joyau de Diffusion de la Voix pour la première fois depuis longtemps afin de s’adresser à son peuple.

« Jusqu’à maintenant, dans ce pays, chaque personne, chaque famille et chaque race adorait tous les dieux qui leur plaisaient, » avait-il annoncé. « En plus des croyances ayant le plus grand nombre de croyants tel que le Culte de la Mère-Dragon et l’Orthodoxie Lunaire, les elfes sombres adorent le dieu qui protége la Forêt Protégée par Dieu, et il y a ceux qui adorent les dieux de la mer et de la montagne. Nous venons tous de races différentes et avons grandi dans des environnements différents, il est donc tout à fait naturel que les choses se soient passées ainsi. »

Les individus qui vivaient dans les villes de l’intérieur, dans les villages de montagne et dans les villes balnéaires avaient tous hoché la tête en accord avec ses paroles. Ils vivaient dans des endroits différents, donc c’était un fait que les choses qu’ils craignaient et les choses qu’ils adoraient seraient différentes.

L’image de Souma avait continué à parler aux habitants de son pays. « Nous sommes dans un État multiracial. Dans notre nation, les coutumes de nombreux groupes différents ont fondu et se sont mélangées, créant chaque jour de nouvelles formes de culture. Je crois que la foi devrait être selon le même principe. Ce dont ce royaume a besoin n’est pas l’unité sous un seul dieu. Je pense que l’harmonie vient de la reconnaissance de la liberté des individus de choisir ce en quoi ils veulent croire. Tout comme vous avez des êtres dans lesquels vous croyez, les autres aussi en ont. Je voudrais que vous tous l’acceptiez, et s’il vous plaît, soyez tolérant. Je suis sûr que si vous agissez ainsi, les autres seront également tolérants quant à vos croyances. »

Le peuple ne croyait qu’à moitié ce que Souma avait dit.

Dans ce pays où les médias ne s’étaient pas encore développés, ils avaient une connaissance limitée des autres religions. Fondamentalement, ils n’avaient aucune idée de ce qui était enseigné dans les églises des autres religions. C’était pourquoi ils étaient emplis de doutes. La suspicion avait donné naissance à des ogres dans les endroits sombres et avait transformé l’herbe des pampas séchées en fantômes.

Même si un groupe était de simples adorateurs de leur montagne, ceux qui se méfiaient d’eux pourraient penser qu’ils étaient membres d’une organisation maléfique secrète. Souma était bien conscient de cela.

« De quoi avons-nous besoin pour cultiver cette tolérance ? » demanda Souma. « De compréhension mutuelle. Peu importe comment je vous dis d’être tolérant envers les autres religions, nous ne pouvons pas accepter les religions maléfiques qui font des choses comme sacrifier des vierges pour invoquer des démons. Je ne vous demanderai pas d’être tolérant envers de telles religions. Cependant, je suis sûr qu’il est difficile de dire si la religion d’une autre personne est bonne ou mauvaise depuis l’extérieur. »

À ce moment-là, Souma avait fait une pause, avant de se remettre à parler pour souligner un fait. « Et c’est pourquoi nous nationalisons la religion. »

Il avait continué après quelques secondes. « Je veux que les représentants de chaque organisation confessionnelle enregistrent leur religion auprès du pays. Si vous réussissez l’examen, votre religion sera reconnue comme une religion d’État, sujet toutes les quelques années à des enquêtes plus approfondies. »

« Le processus d’examen est simple. Vous devez seulement promettre de ne pas vous engager dans des activités répréhensibles telles que de tuer, de voler les biens des autres ou de vous livrer à des violences sexuelles au nom de votre religion. »

« Nuire aux individus est généralement contraire aux règles, mais certaines religions ici-bas pourraient s’engager dans l’automutilation. Pour toute question concernant les détails spécifiques, par exemple si le fait de faire un tatouage à quelqu’un constitue un préjudice, veuillez consulter les autorités locales. Je leur ai donné des directives spécifiques, comme accepter des choses quand les personnes le demandent par elles-mêmes, mais interdire les actes quand elles sont imposées aux autres qui n’en veulent pas. Alors, suivez leurs instructions et tout ira bien. »

« Si une religion ne peut pas faire cette promesse, ou refuse de s’enregistrer, elle sera traitée par les autorités comme interdites, alors s’il vous plaît soyez bien conscient de cela. Je suis sûr que nos habitants auraient du mal à dormir la nuit si des individus qui suivent des croyances aussi dangereuses étaient autorisés à vivre près d’eux. Je veux que vous compreniez bien ça. »

Après avoir dit tout cela, Souma prit une profonde respiration. Puis il continua, comme s’il parlait à chaque membre de son peuple.

« Enfin, je crois que la foi est quelque chose qui existe pour les vivants, et non pas pour les morts. Afin de ne pas traîner notre tristesse avec nous, de pouvoir supporter les souffrances de notre vie quotidienne et de vivre nos vies comme de bonnes personnes, nous devrions avoir la foi. Je prie pour que personne ne soit blessé par cette foi. »

Je prie pour que personne ne soit blessé par cette foi.

Il s’agissait de la chose que Souma avait le plus envie de dire.

Depuis que le Domaine du Seigneur-Démon était apparu, les personnes n’avaient pas arrêté d’être inquiètes quant à la situation. Dans ces moments-là, la religion était devenue plus active, car le cœur de ses personnes comptait sur elle pour les soutenir, et lorsque la religion devenait plus active, des conflits entre différentes religions et sectes surgissaient. Le soutien des personnes se transformerait alors en quelque chose qui les blessait.

Il n’y avait peut-être pas beaucoup de personnes dans le royaume qui comprenaient parfaitement ce qu’il venait de dire. Cependant, ses paroles resteraient gravées dans tous les auditeurs.

Comme s’il essayait de changer l’ambiance, Souma frappa dans ses mains. « Eh bien, passons maintenant à un sujet moins sérieux. Maintenant que toutes les religions qui s’inscrivent deviendront une religion d’État, nous avons prévu un petit événement. Roroa va vous l’expliquer. »

« Très bien. Tu n’as qu’à me laisser faire ! » s’exclama Roroa.

Quand Souma s’était légèrement écarté, une adorable fille aux cheveux attachés en deux queues était venue se tenir à côté de lui.

« Salut, je suis l’ancienne princesse d’Amidonia et la troisième fiancée de Souma, Roroa. Comment allez-vous, habitants du Royaume de Friedonia ? » déclara-t-elle.

Témoin de son inépuisable réserve de joie, le peuple d’Elfrieden fut abasourdi, tandis que le peuple d’Amidonia avait souri avec ironie tout en se disant : « Comme attendu de notre princesse ! » L’atmosphère sérieuse qui s’était accumulée jusqu’à ce moment-là avait disparu comme si tout cela avait été un mensonge, et elle n’avait jamais été là pour commencer. Même le roi Souma était stupéfait.

« ... Roroa, est-ce le ton approprié pour faire ça ? » demanda Souma.

« Chéri, c’est bon, » déclara Roroa avec confiance. « Depuis que je suis passée dans l’émission de Juna, tout le monde connaît déjà mon caractère. »

« Bien que je pense que le choix des rôles était assez forcé..., » répondit Souma.

Souma avait baissé ses épaules comme s’il était épuisé. Il ressemblait moins à son fiancé et ressemblait plus à un grand frère que sa petite sœur aurait tourné en bourrique, mais les habitants du royaume se sentaient à l’aise en les regardant agir ainsi.

Puis Roroa se tourna vers l’écran, mit ses mains sur ses hanches, et déclara. « Maintenant, nous allons faire en sorte que toutes les religions appropriées qui s’inscrivent chez nous deviennent des religions d’État, mais j’ai une petite demande pour vous tous quand vous venez vous enregistrer. Si l’un d’entre vous possède des festivals intéressants liés à vos dieux, assurez-vous de nous le dire, est-ce d’accord ? Dans le monde de mon chéri, je sais que certains événements religieux ont été transformés en festivals nationaux, et les croyants et les non-croyants les apprécient ensemble. Pourquoi ne pourrions-nous pas aussi le faire pour notre pays ? »

Roroa avait levé ses bras et le peuple avait applaudi. Il semblait que même s’ils ne comprenaient pas ce qu’elle disait, ils avaient réagi au mot « festival ». Ils étaient ravis que quelque chose d’amusant puisse ainsi se produire.

À propos de ça, juste après, Roroa avait murmuré : « D’ailleurs, si nous en faisons un festival, ça va faire bouger l’argent, et ça, cela m’excite rien qu’à y penser », mais sa voix était assez basse pour que seul Souma l’entende et lui fasse avoir un sourire ironique.

Roroa fit un clin d’œil à l’écran. « Eh bien, puisque je suis sûre que simplement en parler ne vous donne pas une idée appropriée de ce que je veux dire, je vais probablement vous donner un exemple concret. Alors, vieil homme Souji, venez ici et expliquez un peu notre projet. »

« Oh, allons, ma petite dame, m’appeler un vieil homme c’est un peu trop..., » celui qui était apparu en disant ça était un homme âgé d’une quarantaine d’années avec un corps musclé. Il parlait avec un ton ironique, frottant sa tête lisse qui était aussi bronzée que le reste de son corps. « Je suis quand même un évêque de l’Orthodoxe Lunaire. »

Maintenant qu’il l’avait mentionné, l’homme portait la tenue d’un prêtre de l’Orthodoxie Lunaire. Cela aurait été plus facile à voir s’il ne l’avait pas porté d’une manière si approximative... en vérité, c’était fait avec tant de relâchement qu’on pouvait voir qu’elle avait été modifiée à un degré presque scandaleux. Les manches longues étaient coupées court, et son pantalon et sa robe de cérémonie descendaient à peine juste au-dessous des genoux. Quand cet homme en forme et bronzé portait la tenue, il ressemblait à un samue, une tenue que les moines bouddhistes zen japonais portaient tout en se livrant à des travaux physiques.

Roroa avait exprimé une objection. « Un vieil homme est un vieil homme. D’ailleurs, je pense que c’est un peu trop osé de votre part d’appeler la troisième future reine primaire “petite dame”. »

Comme ils se bataillaient en usant de mots, l’homme avait répondu de la même manière. « Ne me mettez pas dans le même panier de crabes ! Et maintenant, écoutez-moi, ma petite dame. Vous allez bientôt être une femme mariée, alors vous feriez mieux de développer au moins un genre de sex-appeal débordant. »

« Qu-Qu’est ce que vous me dites là !? Vous n’avez qu’à observer..., » Roroa avait soudainement pris une pose et avait essayé de gémir érotiquement, mais l’homme avait simplement rigolé en réponse.

Le fait qu’il avait pu rire face à la meilleure attitude sexy qu’elle pouvait faire avait rendu Roroa en colère, et Souma avait dû se hâter de lui attraper les bras et de les lui placer dans son dos.

« Lâche-moi, mon chéri ! » cria-t-elle. « Je ne peux pas faire bouillir ce crabe comme ça ! »

« Roroa, calme-toi. Quant à moi, je trouve que tu es très mignonne, » déclara Souma tout en caressant la tête de Roroa.

La tête de Roroa se tourna afin de le regarder dans les yeux. « ... Le penses-tu vraiment ? »

« Bien sûr, je trouve que tu es vraiment mignonne, » répondit Souma.

« Hm... Eh bien, dans ce cas, je vais lui pardonner, » déclara Roroa.

C’est tout ce qu’il a fallu pour l’amadouer !? pensèrent les personnes qui observaient la scène sur les récepteurs simples. Ces personnes n’étaient pas familières avec les routines de comédie manzai du mari et de la femme, donc elles ne savaient pas exactement ce qui venait de leur être montré, mais tout le monde était soulagé que tout ait été résolu pacifiquement.

Souma avait souri ironiquement et avait dit à l’homme portant une tenue du prêtre sur mesure, « Maintenant, Monseigneur Souji, si vous pouviez vous charger du reste de l’explication. »

« D’accord, Votre Majesté Souma, » répondit Souji.

Après avoir dit ça, l’homme avait fait un pas en avant avant de déclarer. « Salutations à vous, habitants de Friedonia. Je suis l’évêque envoyé par l’État Pontifical Orthodoxe de Lunaria afin d’organiser les fidèles dans ce pays : Souji Lester. »

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