Genjitsushugisha no Oukokukaizouki – Tome 3 – Chapitre 4 – Partie 1

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Chapitre 4 : Le Pacte

Partie 1

Le congrès avait dansé à un rythme vertigineux.

« Comment s’est passée votre récolte dans l’Empire cette année ? » demandai-je.

« Heureusement, cette année, la plupart de nos cultures ont bien fonctionné, » déclara Jeanne. « Notre récolte de blé, en particulier, était très fructueuse. Comment cela s’est-il passé à Elfrieden ? J’ai entendu que vous faisiez face à une crise alimentaire. »

« Nos rendements s’améliorent régulièrement, » dis-je. « En partie parce que l’effort de replantation a commencé à temps, je ne crois pas que nous ayons à craindre une crise alimentaire. Cela dit, j’ai quelques doutes sur les réserves alimentaires. Même si la récolte était bonne cette année, si nous avions une mauvaise récolte l’an prochain, ou l’année suivante, il pourrait y avoir une rechute vers une crise alimentaire. »

« Je suis sûre que c’est un problème que tous les pays partagent, » déclara Jeanne. « Il y a peu de choses à faire qui peuvent être faites à part prier pour une bonne récolte. »

Pendant que Jeanne et moi parlions, les bureaucrates du royaume et de l’Empire s’occupaient en silence de leurs affaires, mais néanmoins activement.

Certains tenaient frénétiquement un journal des procédures. Une fois un engagement pris sur papier, un accord verbal était aussi bon qu’un contrat. Ils écoutaient attentivement, s’assurant qu’aucun mot n’ait été manqué.

D’autres vérifiaient qu’il y avait une compréhension mutuelle de ce que ces mots signifiaient, afin de s’assurer que rien n’était mal interprété. Il y avait aussi ceux qui avaient pris de l’avance sur les documents qu’ils avaient préparés, comparant les marchandises et les matériaux dont chaque nation avait un excédent ou un déficit. Parce que nous ne partagions aucune frontière terrestre, il serait difficile de faire du commerce direct, mais si les deux parties partageaient cette information, alors quelque chose pourrait être élaboré par une tierce partie.

La scène était vraiment un champ de bataille.

Hakuya examinait les documents qui lui étaient présentés, tandis que Liscia était mon aide.

Seule ma garde du corps, Aisha, se tenait debout et immobile, mais elle ne voulait probablement pas avoir à se retrouver mêlé à des chiffres. Avec le grand nombre de personnes présentes, elle était très attentive à ses devoirs de garde du corps, mais elle en avait marre.

... Ça n’a pas été comme ça depuis un moment, pensai-je.

La façon dont les choses allaient si rapidement me rappela les jours après que je venais de prendre le trône.

Normalement, dans les affaires étrangères, même si les chefs d’État ne se rencontraient que pendant dix minutes, les bureaucrates de chaque pays allaient négocier pendant des semaines, et peut-être des mois.

Les choses étaient si chargées que le royaume et l’Empire n’avaient pas eu la possibilité de discuter depuis l’apparition du Domaine du Seigneur-Démon. Incidemment, la première chose que Jeanne et moi avions acceptée était la reprise de la navette diplomatique entre l’Empire Gran Chaos et le Royaume d’Elfrieden.

« En parlant de produits alimentaires, j’ai trouvé que ces boulettes de racine de lys étaient vraiment délicieuses, » déclara Jeanne. « Je crois que l’ingrédient principal était la racine du lys envoûtant. Je voudrais bien savoir comment vous les récolter. »

« Je suis heureux de vous dire, » dis-je. « De ce que Poncho me disait, il a appris la méthode d’une tribu de montagne se trouvant à l’intérieur de l’Empire. Si vous demandez leur aide, cela devrait être simple à faire. »

« Oh Mon Dieu ! Il y avait vraiment une tribu comme ça dans l’Empire ? » demanda Jeanne. « Même si c’est mon propre pays, je dois admettre honteusement que je ne le savais pas. »

« C’est comme ça que ça se passe, » dis-je. « Il peut être difficile pour quiconque de voir ce qui se trouve à ses pieds. »

La même chose était arrivée pour notre pays. Je veux dire par là que quand j’avais lancé l’appel. « Peu importe ce que c’est, mais, si vous avez un talent particulier, venez me le montrer, » j’ai eu un certain nombre de personnes qui s’était présentées. Mais si je continuais à creuser, il y aurait probablement bien plus de personnes de ce genre.

Pour développer ce pays, il faudra que je les trouve, pensai-je pour moi-même.

En buvant le café que Serina avait préparé pour moi, j’avais regardé Jeanne. « Maintenant, puisque je vous ai donné des informations sur les boulettes de la racine de lys, je voudrais des informations en retour. »

Jeanne, qui buvait du thé noir, posa sa tasse de thé sur sa soucoupe et inclina sa tête sur le côté. « Quelle information cela pourrait-il être ? »

« Je pense que de la nourriture pour de la nourriture est un commerce équitable, » dis-je. « Y a-t-il des ingrédients utilisés dans l’Empire qui ne sont pas couramment consommés ailleurs ? »

« ... Dans ce cas, je sais juste la chose, » déclara Jeanne, un sourire malicieux sur les lèvres. Je ne savais pas trop quoi penser, mais elle semblait qu’elle avait un incroyable as dans sa manche.

Alors, Jeanne avait dit avec confiance. « La viande de monstre. »

« Pourriez-vous répéter, s’il vous plaît ? » demandai-je.

« Il est possible de manger de la viande de monstre, » répéta-t-elle.

Viande... Monstre ! Attendez ! Est-elle sérieuse ? pensai-je.

« Les monstres dont vous parlez... Est-ce ceux du Domaine du Seigneur-Démon ? Pas ceux en provenance des Donjons ? » demandai-je.

« Tout à fait, » déclara Jeanne. « Ils ont un goût étonnamment normal. »

« En avez-vous vous-même mangé !? » m’exclamai-je.

C’est plus sauvage que ce à quoi je m’attendais avec sa belle apparence, pensai-je. Mais quand même, elle a mangé des monstres du Domaine du Seigneur-Démon... Quand j’ai entendu parler du kobold qui a épargné Tomoe et les loups mystiques, je pensais que la négociation avec le Domaine du Seigneur-Démon pourrait être une option, en fonction de la situation. Oh ! Mais il y a à la fois des « monstres » et des « démons », n’est-ce pas ? Si je me souviens bien, les kobolds tombent sous la catégorie des démons.

J’avais demandé avec hésitation à Jeanne. « Avez-vous mangé... par hasard un Kobold ? »

Après que j’eus posé la question, Jeanne avait réagi en état de choc, secouant rapidement la tête. « Dieu m’en préserve ! Je n’ai mangé que des monstres ressemblant à des animaux ! Je ne voudrais pas aller manger des démons, avec leurs corps humanoïdes. »

« Non, c’est juste que je ne connais pas vraiment la distinction, » dis-je.

« ... Je vois, » déclara Jeanne. « C’est normal, car après tout, le Royaume d’Elfrieden ne partage pas de frontière avec le Domaine du Seigneur-Démon. »

Jeanne acquiesça, satisfaite. « Très bien. Ceci est quelque chose comme une parenthèse, mais permettez-moi de vous fournir les informations que notre pays possède sur le Domaine du Seigneur-Démon, ainsi que sur les Démons et des Monstres. »

Elle avait commencé lentement à expliquer tout cela pour moi.

« Tout d’abord, même dans notre pays, nous n’avons aucune information sur les raisons pour lesquelles le Domaine du Seigneur-Démon est apparu, » déclara Jeanne. « Honnêtement, tout ce que nous pouvons dire est qu’un jour, c’est sorti de nulle part. »

« Donc même l’Empire ne le sait pas... ? », demandai-je.

« Tout à fait, » déclara Jeanne. « Ainsi, dans le Domaine du Seigneur-Démon, il y a des créatures aberrantes qui forment des hordes, mais qui ne démontrent aucune intelligence, dévorant violemment toute vie qu’ils rencontrent. Il y a aussi ceux comme les kobolds, qui se comportent presque comme des armées bien ordonnées et ont peu de différences avec les races de l’humanité. Afin de distinguer les deux, nous appelons les Monstres ceux qui étaient là avant et les Démons qui sont ceux arrivés après. »

J’avais tellement entendu parler de ça de l’ancien roi, Albert.

Dans les parties les plus septentrionales du continent, une dimension appelée le « Monde des Démons » était apparue et des monstres de toutes tailles et de toutes formes s’étaient déversés, plongeant les Pays du Nord dans le chaos. Les forces de l’humanité avaient formé une alliance et organisé une force punitive à envoyer, mais la tentative s’était soldée par un échec.

Dans le monde des démons, il y avait des « monstres », qui avaient une intelligence minimale (ou, selon certains, non), ainsi que des « démons », qui étaient des combattants intelligents et puissants. Cette perte leur avait été infligée par les démons. Après cette bataille, l’humanité avait perdu les moyens de se défendre contre les monstres apparus depuis le Monde des Démons. Les pays du Nord avaient été dévastés les uns après les autres, et les monstres avaient étendu leur portée pour couvrir tout ce qui s’appelait maintenant le Domaine du Seigneur-Démon.

Après que je lui ai expliqué ce que j’avais entendu d’Albert, Jeanne hocha la tête, affichant un regard sombre. « C’est tout à fait exact. Et l’Empire Gran Chaos était celui qui dirigeait cette force punitive. Celui qui la commandait était l’ancien empereur, mon père. »

L’Empire menait donc la force punitive, pensai-je. Eh bien ! étant donné qu’elle était la plus forte parmi les nations de l’humanité, je suppose que cela aurait dû être le cas.

« Alors, cela signifie-t-il que l’Empire a pris contact avec les démons ? » demandai-je.

« Si vous voulez dire la guerre contre eux... alors oui, » répondit Jeanne. « Cependant, ma sœur et moi ayant neuf et sept ans à l’époque, nous ne les avons pas vus nous-mêmes. Cependant, avec le passage du temps, et comme nous avons analysé les déclarations de ceux qui ont été touchés par la menace du Domaine du Seigneur-Démon, la situation à l’époque est devenue claire pour nous. »

« Quelle est cette situation ? » demandai-je.

« Tout au début, lorsque de nombreux pays ont péri, d’innombrables vies ont été perdues et un nombre encore plus important de personnes ont été déplacées pour devenir des réfugiés, » répondit Jeanne. « Mais toutes ces attaques ont été faites par des monstres. »

J’avais alors dit. « Les Monstres ? Et aucun n’a été l’œuvre des Démons ? »

« Tout à fait. À ce moment-là, du moins, » Jeanne fit une pause pour prendre une gorgée de son thé, puis elle regarda dans sa tasse pendant qu’elle continua. « La première fois que les démons ont été repérés, c’est quand ils ont rencontré la force punitive lors de cette bataille. La force punitive a été anéantie par les démons. Après cela, avec notre capacité à faire la guerre qui avait diminué, l’humanité a été incapable de repousser les attaques des monstres, et nous avons été contraints de nous retirer sur une portion considérable de territoire. »

« Donc, en bref, la création du Domaine du Seigneur-Démon était un processus en deux étapes ? » demandai-je.

La première étape avait été les attaques des monstres apparus soudainement. La deuxième étape avait été quand les démons avaient détruit la force punitive, et les forces affaiblies de l’humanité avaient été attaquées par des monstres. C’était probablement arrivé un peu plus tard, mais l’attaque qui avait conduit Tomoe et les loups mystiques à devenir des réfugiés avait vraisemblablement fait lors de la deuxième étape.

Jeanne acquiesça, continuant. « Il semble que les dommages causés différaient grandement entre les monstres et les démons. Pendant les attaques de monstres dans la première étape, j’ai entendu dire que c’était un spectacle terrible à voir. Les monstres ont craché du feu, incendiant des villes, dévorant des soldats et des civils, sans se préoccuper de leur âge ou de leur sexe. J’ai entendu dire que dans les villes et les villages qu’ils ont frappés, il ne restait plus que les restes de leurs festins. »

Donc, ils étaient de véritables monstres, Hmm, pensai-je. Ces êtres monstrueux avaient envahi le pays comme des sauterelles, et même l’humanité n’était plus qu’une proie pour eux.

« Ensuite, lors de la deuxième étape, l’attaque effectuée par les démons était vraiment une guerre, » déclara Jeanne. « J’entends qu’ils ont agi de manière organisée, écrasant la force punitive avec la force écrasante de leur bras. Et aussi, même s’il n’y en a pas beaucoup, nous avons des déclarations de ceux qui prétendent que leurs villages avaient été attaqués par les démons. Ces situations varient, et dans certains cas, si la population fuyait, elle n’était plus attaquée, tandis que dans d’autres cas, les démons violaient et pillaient, exécutant des massacres. »

« ... Comme l’aurait fait l’une des races de l’humanité, n’est-ce pas ? » dis-je.

La façon dont les dommages avaient varié d’un endroit à l’autre était un point sur lequel cette similitude était particulièrement forte. Même au sein de la même armée, lorsqu’il y a à la fois des unités disciplinées et des unités indisciplinées, la situation après chaque occupation sera différente. Quand nous avions occupé Van, j’avais pris l’exemple de quelques soldats pour essayer de garder toutes mes armées en ligne, mais si je ne l’avais pas fait, je pouvais dire avec certitude qu’il y en aurait eu qui auraient abusé de leur force sur la population civile.

Monstre et Démons..., pensai-je.

« D’où pensez-vous que la différence vienne ? » demandai-je. « Les démons ont-ils évolué à partir des monstres ? »

« “Ils ont gagné la conscience en mangeant des cerveaux humains !”... Voilà ce qu’un groupe de religieux ont crié pendant un certain temps. Mais il s’agit d’une aberration..., » déclara Jeanne. « Si c’était le cas, il y aurait beaucoup plus de démons là-bas. Depuis que les lignes de front se sont enlisées dans une impasse, ce ne sont que les monstres qui nous ont attaqués. Eh bien, vous pourriez également dire que c’est pourquoi nous avons été en mesure de maintenir le statu quo. »

... En d’autres termes, nous ne savons tout simplement pas qui sont vraiment les démons et les monstres, pensai-je.

J’avais alors dit. « En y pensant, quand nous creusions un étang de sédimentation près de Parnam, nous avons trouvé beaucoup de fossiles de monstres. Ils étaient apparemment d’une strate qui aurait été à la surface il y a plusieurs milliers d’années. »

« Qu’est-ce que c’est... qu’un “Fossile” ? » demanda Jeanne.

Oh, ce n’est pas encore une connaissance commune dans ce monde ? pensai-je.

« Pour le dire simplement, ce sont des os laissés dans la terre par des créatures vivantes et qui sont mortes depuis très longtemps, » dis-je. « Il y a beaucoup de choses qui ont un effet sur le processus, mais les os se fossilisent après une longue période. Cependant, même si les os ne sont sous terre que depuis quelques milliers d’années, ils peuvent quand même être appelés fossiles. »

« Je vois... Cela signifie-t-il qu’il y a eu des monstres à la surface il y a plusieurs milliers d’années ? » Jeanne avait un regard pensif.

Je ne m’attendais pas à sa réaction si calme. Car après tout, quand j’avais dit à Liscia la même chose, elle avait été assez choquée.

« ... je m’attendais à ce que vous soyez plus surprise, » dis-je.

« Quand on y pense, avant même l’apparition du Domaine du Seigneur-Démon, il y avait des monstres qui vivaient dans des donjons, » déclara Jeanne. « Ne pouvait-il pas y avoir un donjon là-bas ? »

« Il semble que notre pays n’a aucun dossier de cela, historique ou légendaire, » répondis-je. « Cependant, étant donné que c’était il y a des milliers d’années, je ne peux pas nier qu’il est possible que ce soit assez loin en arrière pour qu’il n’y ait même pas de légendes. »

« Hmm... peut-être devrions-nous nous pencher également là-dessus dans notre territoire, » déclara Jeanne.

S’il le faisait, je ne pouvais pas demander un meilleur résultat.

« J’aimerais beaucoup que vous fassiez ça, » dis-je. « Le royaume prévoit d’effectuer des fouilles à travers le pays afin d’enquêter sur la question. »

« S’il vous plaît, dites-nous si vous apprenez quelque chose, » déclara Jeanne. « Bien sûr, nous ferons la même chose de notre côté. »

« D’accord, » dis-je en hochant la tête.

L’Empire avait beaucoup plus de territoire que le royaume. S’ils étaient disposés à enquêter, je pourrais m’attendre à d’autres découvertes. Bien sûr, j’avais toujours l’intention de poursuivre nos recherches dans le royaume.

Cela avait établi un accord formel pour le royaume et l’Empire pour l’échange des informations sur les fouilles et la recherche d’indices.

Jeanne fit une pause afin de pouvoir reprendre son souffle, terminant par la même occasion sa tasse de thé. « Maintenant, je pense que nous nous sommes fortement éloignés du sujet des monstres qui étaient comestibles. »

« Oh, c’est vrai... Nous en parlions avant ça, » j’avais également fini poliment le reste de ma tasse de café, puis j’avais demandé à Serina de revenir avec une autre tasse pour chacun d’entre nous.

Après que j’eus reçu mon café et que Jeanne avait pris son thé, nous avions repris la discussion.

« La viande que nous mangions provenait d’un serpent ailé, » déclara Jeanne.

« Un serpent ailé ? Comme un dragon ? » demandai-je,

Je me rappelais qu’il y avait un dieu nommé Quetzalcoatl en Amérique Centrale et du Sud qui était aussi un serpent ailé, mais je ne me trouvais plus sur la Terre, et elle l’avait appelé un monstre, donc il était probablement plus naturel de supposer que c’était quelque chose comme un dragon.

C’était mon hypothèse, mais Jeanne secoua négativement la tête. « Non. Ce n’était rien d’aussi impressionnant. C’était juste un serpent géant avec quatre ailes d’oiseau. »

C’est quoi ça ? pensai-je. Cela ressemble à une vraie chimère.

« Je suis étonné que vous ayez décidé de manger quelque chose comme ça..., » dis-je.

« Il goûtait vraiment comme n’importe quel serpent, » répondit Jeanne. « C’était plus comme du poisson que du poulet. C’était franchement assez savoureux. »

J’étais surpris qu’elle ait à la base mangé du serpent, mais... eh bien ! Ils étaient mangés dans certains pays sur Terre. Alors que je pensais à la viande de serpent, l’image qui me vint à l’esprit était la fausse viande de poisson de Rashomon [1] de Ryunosuke Akutagawa [2], que j’avais lu dans ma classe de littérature moderne, mais... peut-être que c’était savoureux ?

« N’êtes-vous pas censé être une princesse ? » demandai-je. « Car il s’agit d’un truc bizarre que vous avez mangé là. »

« Je suis aussi le commandant de l’armée, » répondit Jeanne. « Si nous pouvons vivre de la terre, nous aurons des rations supplémentaires. »

« C’est... bien pensé de votre part, » dis-je.

« Maintenant, quant à ce qui m’a fait penser à essayer de manger un monstre, c’était quand un de nos éclaireurs est revenu et a rapporté avoir vu “les restes d’un monstre qui semblait avoir été cuisiné par des démons.”, » déclara-t-elle.

Il y avait un autre mot là dedans qui avait attiré mon attention. « Venez-vous bien de dire “cuisiné ?” Pas simplement mangé cru ? » demandai-je.

« Tout à fait, » répondit Jeanne. « Les os semblaient avoir été coupés avec une lame, et à en juger par la tête carbonisée laissée derrière, nous pouvions déduire qu’il avait été probablement rôti en entier, puis coupé et mangé. Cela m’a fait penser que, si nous attrapions un monstre de la même variété, nous pourrions envisager d’essayer de le manger. » Jeanne avait pris l’un des petits gâteaux qu’elle avait sur son assiette, puis elle l’avait mis dans sa bouche et l’avait mangé. « Bien sûr, j’ai vérifié que ce n’était pas toxique en premier. Vous devez bien l’imaginer ? Je l’avais donné aux animaux afin de les nourrir avant que je laisse les hommes l’essayer. Puis, une fois que sa comestibilité avait été établie, nous l’avons mangé dans l’ordre du plus bas au plus haut gradé. »

« Il n’est pas facile de tester la présence de poison dans la nourriture..., » dis-je.

« Donc, quand je l’ai mangé, il avait un goût assez classique, mais rafraîchissant, » déclara Jeanne. « C’était savoureux d’une manière normale pour un tel aliment. »

« Eh bien, je ne suis pas trop préoccupé par la saveur, il y avait quelque chose de plus intéressant dans ce que vous venez de me dire, » dis-je.

Ce qu’elle avait dit à propos de Démons mangeant des monstres était beaucoup plus choquant que le fait qu’ils soient comestibles. Fondamentalement, cela signifiait que les Démons ne voyaient pas les Monstres comme étant la même race générale qu’eux.

J’aimais le poulet et le porc. Mais peu importe comment leurs visages les faisaient ressembler à des cochons ou à des vaches, je ne penserais jamais à manger des orcs ou des minotaures. Et comparé à manger quelque chose avec un corps humanoïde, même un serpent était préférable. Peut-être que les Démons avaient ressenti la même chose.

Après avoir pensé à cela, j’étais arrivé à une certaine hypothèse. « Eh, Madame Jeanne. »

« Qu’est-ce qu’il y a ? » demanda-t-elle.

« Se pourrait-il que les Démons et les Monstres soient équivalents à ce que nous appellerions “les personnes” et les “animaux” ? » demandai-je.

Au moment où je l’avais dit, l’air semblait s’être gelé. Non seulement Jeanne, mais également Liscia et Hakuya avaient ouvert grands les yeux en état de choc.

Hein !? Ai-je dit quelque chose de si surprenant ? pensai-je.

« ... Qu’est-ce qui vous incite à penser ainsi ? » demanda Jeanne, effaçant toute trace d’expression de son visage.

J’avais pensé à expliquer ma raison... puis j’avais hésité un instant. Ce que j’allais dire pourrait sembler discriminatoire, selon la manière dont mon discours était interprété. Bien sûr, je ne le pensais pas de cette façon, mais je pourrais toujours offenser, selon la façon dont les gens le prenaient.

... Peut-être que je devrais d’abord préparer le terrain, pensai-je.

« Hmm... Je préfère que ce que je vais vous dire ne soit pas entendu par un trop grand nombre de personnes, » dis-je.

« ... Très bien, » répondit-elle.

Après que Jeanne les avait regardés, les bureaucrates impériaux avaient arrêté leur travail, puis ils s’étaient déplacés discrètement hors du bureau. J’avais également fait partir mes propres bureaucrates, en demandant à Aisha de veiller à ce que personne n’écoute. Les seules personnes qui restaient dans la pièce étaient Jeanne, Liscia, Hakuya, Aisha et moi. J’avais regardé Liscia, qui était à côté de moi en train d’enregistrer le contenu des discussions.

« Liscia, je veux également que vous arrêtiez de mettre sur le papier la teneur de notre discussion, » dis-je.

« D’accord, » répondit Liscia, avant d’arrêter d’écrire avec sa plume. Maintenant, le contenu de notre réunion n’était pas couché sur le papier.

Dans cette pièce si calme que l’excitation précédente semblait un mensonge, Jeanne haussa les épaules. « Si vous devez d’abord faire vider la pièce avant ça... cela semble être quelque chose de dangereux. Alors, quel genre de déclaration explosive êtes-vous sur le point de faire tomber ? »

« Désolé, » dis-je. « C’est juste que ce que je vais dire pourrait être considéré comme discriminatoire. »

« Discriminatoire ? Dans une conversation sur les Démons et les Monstres ? » Jeanne semblait douter de ce que je venais de dire, mais j’avais choisi mes mots avec soin alors que je continuais à parler.

« Tout à fait. Vous avez demandé ce qui m’a fait penser à cela, » dis-je. « Eh bien ! C’est parce que... je ne peux pas faire la différence entre les animaux et les monstres de ce monde. Les animaux de ce monde sont plus grands que les miens, avec de gros crocs et des défenses pointues, et une apparence généralement agressive. Si les animaux de votre monde apparaissaient dans le mien, les habitants de là-bas penseraient certainement qu’ils sont des monstres. »

Surtout s’ils voyaient des choses comme le rhinosaurus. Si une créature géante comme elle apparaissait dans mon monde, cela causerait probablement une panique. Avec leurs énormes corps, ils ressemblaient à des dinosaures, ou à quelque chose provenant d’un film de monstre.

« Hmm... C’est donc ainsi ? » Jeanne inclina la tête vers le côté. Ne connaissant pas les animaux de mon monde, elle ne pouvait pas imaginer ce que je ressentais de mon côté.

« C’est comme ça, » dis-je. « Et, si je devais aller un peu plus loin, j’ai du mal à voir la différence entre les races comme les hommes-bêtes ou les dragonewts et les démons. »

Elle en avait eu le souffle coupé alors qu’elle était en état de choc. « C’est... »

J’avais levé la main afin de l’arrêter. « Oui, je sais. Si les hommes-bêtes m’entendaient dire ça, ils se fâcheraient et diraient : “Ne nous englobez pas avec eux”. Mais, quand même, pour moi, en tant que personne qui vivait d’un monde sans démons ni hommes-bêtes, il est difficile de voir la différence. »

Quand j’avais vu Kaede pour la première fois au café-chantant, la Lorelei, à Parnam, je n’avais pas été capable de faire la différence entre sa race, les renards mystiques et les loups mystiques de Tomoe.

À l’époque, j’avais demandé. « Ils sont tous deux des chiens, alors ne pouvons-nous pas les regrouper tous les deux comme des chiens mystiques ? »

Au moment où je l’avais dit, Liscia avait rétorqué ça. « Si vous dites cela, vous aurez les loups mystiques et les renards mystiques en colère. Les Kobolds sont des chiens mystiques, donc ce serait comme si l’on mélangeait les humains avec les singes, » et elle m’avait prévenu de ne pas le faire.

À l’époque, je venais d’accepter que ce fût ainsi, mais quand j’y avais réfléchi un peu plus longuement, quelle était la différence entre les loups mystiques ou les renards et les kobolds ?

« Pouvez-vous me donner la différence entre les loups mystiques ou les renards et les kobolds ? » demandai-je.

« Bien sûr que je le peux, » répondit Jeanne. « Les loups mystiques et les renards ont des oreilles et des queues, mais leurs visages et leurs corps ne sont pas très différents des humains. D’autre part, les Kobolds ont des visages de chiens. »

« Mais n’y a-t-il pas des hommes-bêtes avec des visages d’animaux ? » demandai-je.

Pour donner un exemple de mon côté, notre général de l’armée, Georg Carmine en était un. Si cet homme-lion apparaissait au Japon, tout le monde penserait qu’il était une sorte de démon.

Après que je l’ai souligné, Jeanne avait croisé les bras et avait gémi. « Quand vous le dites comme ça... cela a du sens. Hmm... Oh ! Je sais ! Les Kobolds sont couverts de fourrure. En d’autres termes, alors que les hommes-bêtes ont des traits d’animaux, peut-être que les kobolds ne sont-ils pas que des chiens qui marchent sur deux pieds en essayant de ressembler à un humain ? »

« Dans ce cas, comment distingueriez-vous les démons sans poil, ou ceux qui ont le poil court ? » demandai-je. « Avec ce raisonnement, les hommes bêtes ne seraient-ils pas comme les orcs et les minotaures, qui ont des corps semblables à des humains musclés ? »

« Argg, » s’exclama Jeanne.

Après que j’eus écrasé son argument, Jeanne y avait réfléchi un moment, puis avait dit : « J’abandonne », levant les mains en signe de reddition. « Avant aujourd’hui, je n’ai jamais pensé aussi en profondeur à la différence entre les humains et les démons. Lorsque vous l’avez souligné, pour la première fois, j’ai réalisé que je distinguais les personnes des démons de manière instinctive. »

« Vous avez raison..., » murmura Liscia. « Maintenant qu’on nous le demande directement, je ne peux pas trouver une seule différence déterminante entre les deux. »

« Je me demande pourquoi nous ne l’avons jamais remarqué avant aujourd’hui..., » murmura Hakuya.

Ils avaient tous acquiescé à ça.

C’était probablement la compréhension commune de la plupart des habitants de ce monde. En le regardant d’une autre manière, cela signifiait que les personnes de ce monde pouvaient instinctivement distinguer les personnes et les démons.

Pour expliquer d’un point de vue japonais, même parmi ceux qui aiment les palourdes dans leur soupe miso, beaucoup étaient probablement dégoûtés même en regardant simplement des mollusques terrestres comme des limaces.

Et aussi, les personnes qui allaient réagir en étant choqué face aux vidéos d’aborigènes d’Australie mangeant des larves d’insectes à l’intérieur des arbres pouvaient tout à fait manger sans problème des crevettes (crues), qui avaient la même apparence une fois décortiquée.

Il était naturel que l’environnement dans lequel nous étions élevés et nos coutumes d’avoir un effet sur la façon dont nous comprennent les choses.

Peut-être que la compréhension de ce monde vis-à-vis des démons était quelque chose comme ça ?

« Dans mon monde, les humains sont la seule race d’humanoïde pensant, » expliquai-je. « Je vivais dans un monde sans elfes, ni hommes-bêtes, ni dragons, ni démons, donc je n’ai aucun moyen qui me permet de les distinguer. À mes yeux, les démons ressemblent à l’une des races de l’humanité. »

« S-Sire ! » Aisha avait lâché ça depuis sa place debout près de la porte. « ... Est-ce que peut-être vous nous détestez, nous, les elfes sombres ? » Elle m’avait regardé comme si elle était un chiot abandonné.

J’avais souri face à ça. « Non, pas du tout. Une elfe à la peau foncée est également adorable. Bien sûr, il en va de même pour une beauté humaine plus orthodoxe. »

La première partie était destinée à Aisha, tandis que la seconde visait Liscia.

Quand elles m’avaient entendu, Aisha avait crié « Le pensez-vous vraiment ? », avec son visage débordant de joie, tandis que Liscia avait dit. « Oui, oui ! Merci, » d’une manière assez sèchement, mais avec un sourire clairement visibles sur ses lèvres qui montrait qu’elle n’était nullement dérangée par le compliment.

Jeanne les regarda avec un sourire ironique. « Je peux voir à quel point vous êtes aimé. »

« Elles sont une bien meilleure garde du corps et une meilleure fiancée que je ne pourrais mériter, » dis-je.

« Eh bien, comme c’est adorable... Ouf. » Jeanne s’affala sur sa chaise. « Je suis contente que vous ayez gardé ça entre nous. Si vous aviez dit tout cela sans vider la salle, j’aurais peut-être dû tuer les bureaucrates de mon pays. »

Les tuer !? N’est-ce pas un peu violent, alors que c’est sorti de nulle part ? Pensai-je,

« E.. Est-ce vraiment quelque chose dont vous auriez besoin pour aller si loin ? » bafouillai-je.

« Cela l’est, » répondit Jeanne. « Si la façon dont vous parliez s’était répandue, cela ne ferait pas qu’aggraver l’opinion que le peuple a de vous. Cela aurait pu causer la guerre à travers tout le continent. N’est-ce pas, Sire Hakuya ? »

« Vous avez entièrement raison, » déclara Hakuya. « J’aurais aimé pouvoir l’apprendre plus tôt. » Hakuya me regardait avec du reproche dans ses yeux.

Hein, est-il en colère contre moi ? pensai-je, surpris.

« Sire, vous devez comprendre ça, » déclara Hakuya. « Si ce que vous avez dit à propos de “Il est difficile de distinguer les démons des hommes-bêtes” se propageait, cela ne ferait que donner à un pays suprémaciste humain comme la Principauté d’Amidonia, ou les hauts-elfes du Royaume des Esprits de Garlan, qui pensent qu’ils sont le peuple choisi, un matériel parfait à utiliser pour attaquer leurs ennemis. Les hommes-bêtes et les dragonewts seraient expulsés comme s’ils étaient des démons, ou accusés de possible conspiration avec l’ennemi, et seraient soumis à une persécution indue. »

Je me rappelais que le Royaume des Esprits de Garlan était une nation insulaire au nord-ouest du continent.

Il s’agissait d’un pays composé de deux îles, une grande et une petite, mais l’île plus petite avait été abandonnée face à des attaques de monstres, et une partie de l’île plus grande était ainsi occupée. Apparemment, du moins... Je ne pouvais aller que sur ouï-dire, parce que le pays avait des politiques très isolationnistes et très peu d’informations avaient filtré hors de l’île.

Les races elfiques avaient tendance à avoir beaucoup de magnifiques hommes et femmes, et cette tendance était particulièrement forte avec les hauts elfes. Ils s’appelaient eux-mêmes le peuple élu de Dieu, méprisaient les autres races, et détestaient avoir une interaction avec eux.

Il semblait que même maintenant, avec des monstres envahissant le monde, cela n’allait pas changer.

Dans un pays comme Garlan ou Amidonia, c’était vrai, ils essaieraient probablement d’utiliser cette information pour affirmer la supériorité de leur propre race. En fait, Amidonia avait déjà réussi à fomenter la haine envers Elfrieden pour rendre leur peuple plus facile à gouverner. Il y avait des pays qui utiliseraient la haine et les préjugés.

Jeanne acquiesça. « Sire Hakuya dit vrai. De plus, ce n’est pas quelque chose que les pays multiraciaux comme le mien ou le vôtre peuvent ignorer. Si ce genre de pensée devait sévir, nous verrions les étincelles de la violence interraciale dans notre propre pays. Si nous avions un conflit interne, en plus des menaces externes auxquelles nous sommes confrontés... »

« ... Désolé, » dis-je. « Je n’avais pas pensé jusque là. »

J’avais sincèrement incliné la tête. Ils avaient tous deux fait une bonne argumentation. Il y avait des choses plus importantes en jeu que ma réputation. Je devais être plus prudent avec mes paroles.

Pendant que je réfléchissais à mes actions.

« Ce n’est pas nécessaire, » déclara Jeanne en hochant négativement la tête. « Si vous ne me l’aviez pas fait remarquer, je ne l’aurais jamais remarqué. Il s’agit d’une question épineuse, mais c’est mieux que de nous faire surprendre un jour par une telle situation. Car désormais, nous pouvons nous préparer nous-mêmes pour faire face à ça. »

« Je suis reconnaissant que vous m’ayez dit cela, » dis-je. « ... Pourtant, en ce moment, je ne peux pas penser à des contre-mesures efficaces. »

Après que j’eus dit ça, Jeanne baissa les épaules en poussant un soupir. « La Déclaration de l’Humanité dénonce la persécution des groupes minoritaires, mais c’est un accord entre les États. S’il s’agissait d’une politique nationale... si par exemple, quelqu’un dans l’administration donnait l’ordre de les persécuter..., nous pourrions intervenir, mais si ce sont des citoyens ordinaires qui le font, tout ce que nous pouvons faire, c’est appeler la responsabilité du pays. »

« D’ailleurs, il y a des pays comme le nôtre qui n’ont même pas signé la Déclaration de l’Humanité, » dis-je. « En plus de cela, si vous essayez d’intervenir dans les affaires intérieures d’autres pays, cela suscitera le mécontentement, ce qui pourrait, dans le pire des cas, conduire à la guerre. »

« Je suis d’accord avec vous, » déclara Jeanne. « De plus, nous n’avons pas à notre disposition toutes les informations pertinentes sur les Démons et les Monstres. Avec autant de facteurs incertains, il est dangereux de se précipiter vers des conclusions. »

En fin de compte, il avait été décidé que l’Empire et le Royaume continueraient à discuter de ce problème.

Nous avions rappelé les bureaucrates et la conférence s’était poursuivie jusqu’à ce que la nuit arrive. À cette heure de la journée, les personnes commençaient à avoir faim.

Notes

  • 1 Rashomon : Rashōmon est une nouvelle écrite par Akutagawa Ryūnosuke. Elle parut en 1915 dans la revue Shinshichô. Elle explore le dilemme d’un homme confronté à l’alternative « mourir de faim ou voler ».
  • 2 Ryunosuke Akutagawa : Ryūnosuke Akutagawa (芥川龍之介, Akutagawa Ryūnosuke ?), né le 1er mars 1892 à Tokyo et mort le 24 juillet 1927 à Tokyo, est un écrivain japonais.

☆☆☆

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5 commentaires

  1. Merci pour le chapitre.

  2. Merci pour le chapitre.

  3. L'amateur d'aéroplanes

    Merci pour le travail. Il y est assez rare que l'on parle des discriminations et de risque de guerre civile - inspiré des conflits actuels - a ce sujet aux niveaux des chefs d'États dans les LN. On a l'esclavage des Hommes Bêtes et autres dans nombres de romans, mais peut de solutions politiques pour y remédier.

  4. merci pour le chapitre

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