Genjitsushugisha no Oukokukaizouki – Tome 3 – Chapitre 4

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Chapitre 4 : Le Pacte

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Chapitre 4 : Le Pacte

Partie 1

Le congrès avait dansé à un rythme vertigineux.

« Comment s’est passée votre récolte dans l’Empire cette année ? » demandai-je.

« Heureusement, cette année, la plupart de nos cultures ont bien fonctionné, » déclara Jeanne. « Notre récolte de blé, en particulier, était très fructueuse. Comment cela s’est-il passé à Elfrieden ? J’ai entendu que vous faisiez face à une crise alimentaire. »

« Nos rendements s’améliorent régulièrement, » dis-je. « En partie parce que l’effort de replantation a commencé à temps, je ne crois pas que nous ayons à craindre une crise alimentaire. Cela dit, j’ai quelques doutes sur les réserves alimentaires. Même si la récolte était bonne cette année, si nous avions une mauvaise récolte l’an prochain, ou l’année suivante, il pourrait y avoir une rechute vers une crise alimentaire. »

« Je suis sûre que c’est un problème que tous les pays partagent, » déclara Jeanne. « Il y a peu de choses à faire qui peuvent être faites à part prier pour une bonne récolte. »

Pendant que Jeanne et moi parlions, les bureaucrates du royaume et de l’Empire s’occupaient en silence de leurs affaires, mais néanmoins activement.

Certains tenaient frénétiquement un journal des procédures. Une fois un engagement pris sur papier, un accord verbal était aussi bon qu’un contrat. Ils écoutaient attentivement, s’assurant qu’aucun mot n’ait été manqué.

D’autres vérifiaient qu’il y avait une compréhension mutuelle de ce que ces mots signifiaient, afin de s’assurer que rien n’était mal interprété. Il y avait aussi ceux qui avaient pris de l’avance sur les documents qu’ils avaient préparés, comparant les marchandises et les matériaux dont chaque nation avait un excédent ou un déficit. Parce que nous ne partagions aucune frontière terrestre, il serait difficile de faire du commerce direct, mais si les deux parties partageaient cette information, alors quelque chose pourrait être élaboré par une tierce partie.

La scène était vraiment un champ de bataille.

Hakuya examinait les documents qui lui étaient présentés, tandis que Liscia était mon aide.

Seule ma garde du corps, Aisha, se tenait debout et immobile, mais elle ne voulait probablement pas avoir à se retrouver mêlé à des chiffres. Avec le grand nombre de personnes présentes, elle était très attentive à ses devoirs de garde du corps, mais elle en avait marre.

... Ça n’a pas été comme ça depuis un moment, pensai-je.

La façon dont les choses allaient si rapidement me rappela les jours après que je venais de prendre le trône.

Normalement, dans les affaires étrangères, même si les chefs d’État ne se rencontraient que pendant dix minutes, les bureaucrates de chaque pays allaient négocier pendant des semaines, et peut-être des mois.

Les choses étaient si chargées que le royaume et l’Empire n’avaient pas eu la possibilité de discuter depuis l’apparition du Domaine du Seigneur-Démon. Incidemment, la première chose que Jeanne et moi avions acceptée était la reprise de la navette diplomatique entre l’Empire Gran Chaos et le Royaume d’Elfrieden.

« En parlant de produits alimentaires, j’ai trouvé que ces boulettes de racine de lys étaient vraiment délicieuses, » déclara Jeanne. « Je crois que l’ingrédient principal était la racine du lys envoûtant. Je voudrais bien savoir comment vous les récolter. »

« Je suis heureux de vous dire, » dis-je. « De ce que Poncho me disait, il a appris la méthode d’une tribu de montagne se trouvant à l’intérieur de l’Empire. Si vous demandez leur aide, cela devrait être simple à faire. »

« Oh Mon Dieu ! Il y avait vraiment une tribu comme ça dans l’Empire ? » demanda Jeanne. « Même si c’est mon propre pays, je dois admettre honteusement que je ne le savais pas. »

« C’est comme ça que ça se passe, » dis-je. « Il peut être difficile pour quiconque de voir ce qui se trouve à ses pieds. »

La même chose était arrivée pour notre pays. Je veux dire par là que quand j’avais lancé l’appel. « Peu importe ce que c’est, mais, si vous avez un talent particulier, venez me le montrer, » j’ai eu un certain nombre de personnes qui s’était présentées. Mais si je continuais à creuser, il y aurait probablement bien plus de personnes de ce genre.

Pour développer ce pays, il faudra que je les trouve, pensai-je pour moi-même.

En buvant le café que Serina avait préparé pour moi, j’avais regardé Jeanne. « Maintenant, puisque je vous ai donné des informations sur les boulettes de la racine de lys, je voudrais des informations en retour. »

Jeanne, qui buvait du thé noir, posa sa tasse de thé sur sa soucoupe et inclina sa tête sur le côté. « Quelle information cela pourrait-il être ? »

« Je pense que de la nourriture pour de la nourriture est un commerce équitable, » dis-je. « Y a-t-il des ingrédients utilisés dans l’Empire qui ne sont pas couramment consommés ailleurs ? »

« ... Dans ce cas, je sais juste la chose, » déclara Jeanne, un sourire malicieux sur les lèvres. Je ne savais pas trop quoi penser, mais elle semblait qu’elle avait un incroyable as dans sa manche.

Alors, Jeanne avait dit avec confiance. « La viande de monstre. »

« Pourriez-vous répéter, s’il vous plaît ? » demandai-je.

« Il est possible de manger de la viande de monstre, » répéta-t-elle.

Viande... Monstre ! Attendez ! Est-elle sérieuse ? pensai-je.

« Les monstres dont vous parlez... Est-ce ceux du Domaine du Seigneur-Démon ? Pas ceux en provenance des Donjons ? » demandai-je.

« Tout à fait, » déclara Jeanne. « Ils ont un goût étonnamment normal. »

« En avez-vous vous-même mangé !? » m’exclamai-je.

C’est plus sauvage que ce à quoi je m’attendais avec sa belle apparence, pensai-je. Mais quand même, elle a mangé des monstres du Domaine du Seigneur-Démon... Quand j’ai entendu parler du kobold qui a épargné Tomoe et les loups mystiques, je pensais que la négociation avec le Domaine du Seigneur-Démon pourrait être une option, en fonction de la situation. Oh ! Mais il y a à la fois des « monstres » et des « démons », n’est-ce pas ? Si je me souviens bien, les kobolds tombent sous la catégorie des démons.

J’avais demandé avec hésitation à Jeanne. « Avez-vous mangé... par hasard un Kobold ? »

Après que j’eus posé la question, Jeanne avait réagi en état de choc, secouant rapidement la tête. « Dieu m’en préserve ! Je n’ai mangé que des monstres ressemblant à des animaux ! Je ne voudrais pas aller manger des démons, avec leurs corps humanoïdes. »

« Non, c’est juste que je ne connais pas vraiment la distinction, » dis-je.

« ... Je vois, » déclara Jeanne. « C’est normal, car après tout, le Royaume d’Elfrieden ne partage pas de frontière avec le Domaine du Seigneur-Démon. »

Jeanne acquiesça, satisfaite. « Très bien. Ceci est quelque chose comme une parenthèse, mais permettez-moi de vous fournir les informations que notre pays possède sur le Domaine du Seigneur-Démon, ainsi que sur les Démons et des Monstres. »

Elle avait commencé lentement à expliquer tout cela pour moi.

« Tout d’abord, même dans notre pays, nous n’avons aucune information sur les raisons pour lesquelles le Domaine du Seigneur-Démon est apparu, » déclara Jeanne. « Honnêtement, tout ce que nous pouvons dire est qu’un jour, c’est sorti de nulle part. »

« Donc même l’Empire ne le sait pas... ? », demandai-je.

« Tout à fait, » déclara Jeanne. « Ainsi, dans le Domaine du Seigneur-Démon, il y a des créatures aberrantes qui forment des hordes, mais qui ne démontrent aucune intelligence, dévorant violemment toute vie qu’ils rencontrent. Il y a aussi ceux comme les kobolds, qui se comportent presque comme des armées bien ordonnées et ont peu de différences avec les races de l’humanité. Afin de distinguer les deux, nous appelons les Monstres ceux qui étaient là avant et les Démons qui sont ceux arrivés après. »

J’avais tellement entendu parler de ça de l’ancien roi, Albert.

Dans les parties les plus septentrionales du continent, une dimension appelée le « Monde des Démons » était apparue et des monstres de toutes tailles et de toutes formes s’étaient déversés, plongeant les Pays du Nord dans le chaos. Les forces de l’humanité avaient formé une alliance et organisé une force punitive à envoyer, mais la tentative s’était soldée par un échec.

Dans le monde des démons, il y avait des « monstres », qui avaient une intelligence minimale (ou, selon certains, non), ainsi que des « démons », qui étaient des combattants intelligents et puissants. Cette perte leur avait été infligée par les démons. Après cette bataille, l’humanité avait perdu les moyens de se défendre contre les monstres apparus depuis le Monde des Démons. Les pays du Nord avaient été dévastés les uns après les autres, et les monstres avaient étendu leur portée pour couvrir tout ce qui s’appelait maintenant le Domaine du Seigneur-Démon.

Après que je lui ai expliqué ce que j’avais entendu d’Albert, Jeanne hocha la tête, affichant un regard sombre. « C’est tout à fait exact. Et l’Empire Gran Chaos était celui qui dirigeait cette force punitive. Celui qui la commandait était l’ancien empereur, mon père. »

L’Empire menait donc la force punitive, pensai-je. Eh bien ! étant donné qu’elle était la plus forte parmi les nations de l’humanité, je suppose que cela aurait dû être le cas.

« Alors, cela signifie-t-il que l’Empire a pris contact avec les démons ? » demandai-je.

« Si vous voulez dire la guerre contre eux... alors oui, » répondit Jeanne. « Cependant, ma sœur et moi ayant neuf et sept ans à l’époque, nous ne les avons pas vus nous-mêmes. Cependant, avec le passage du temps, et comme nous avons analysé les déclarations de ceux qui ont été touchés par la menace du Domaine du Seigneur-Démon, la situation à l’époque est devenue claire pour nous. »

« Quelle est cette situation ? » demandai-je.

« Tout au début, lorsque de nombreux pays ont péri, d’innombrables vies ont été perdues et un nombre encore plus important de personnes ont été déplacées pour devenir des réfugiés, » répondit Jeanne. « Mais toutes ces attaques ont été faites par des monstres. »

J’avais alors dit. « Les Monstres ? Et aucun n’a été l’œuvre des Démons ? »

« Tout à fait. À ce moment-là, du moins, » Jeanne fit une pause pour prendre une gorgée de son thé, puis elle regarda dans sa tasse pendant qu’elle continua. « La première fois que les démons ont été repérés, c’est quand ils ont rencontré la force punitive lors de cette bataille. La force punitive a été anéantie par les démons. Après cela, avec notre capacité à faire la guerre qui avait diminué, l’humanité a été incapable de repousser les attaques des monstres, et nous avons été contraints de nous retirer sur une portion considérable de territoire. »

« Donc, en bref, la création du Domaine du Seigneur-Démon était un processus en deux étapes ? » demandai-je.

La première étape avait été les attaques des monstres apparus soudainement. La deuxième étape avait été quand les démons avaient détruit la force punitive, et les forces affaiblies de l’humanité avaient été attaquées par des monstres. C’était probablement arrivé un peu plus tard, mais l’attaque qui avait conduit Tomoe et les loups mystiques à devenir des réfugiés avait vraisemblablement fait lors de la deuxième étape.

Jeanne acquiesça, continuant. « Il semble que les dommages causés différaient grandement entre les monstres et les démons. Pendant les attaques de monstres dans la première étape, j’ai entendu dire que c’était un spectacle terrible à voir. Les monstres ont craché du feu, incendiant des villes, dévorant des soldats et des civils, sans se préoccuper de leur âge ou de leur sexe. J’ai entendu dire que dans les villes et les villages qu’ils ont frappés, il ne restait plus que les restes de leurs festins. »

Donc, ils étaient de véritables monstres, Hmm, pensai-je. Ces êtres monstrueux avaient envahi le pays comme des sauterelles, et même l’humanité n’était plus qu’une proie pour eux.

« Ensuite, lors de la deuxième étape, l’attaque effectuée par les démons était vraiment une guerre, » déclara Jeanne. « J’entends qu’ils ont agi de manière organisée, écrasant la force punitive avec la force écrasante de leur bras. Et aussi, même s’il n’y en a pas beaucoup, nous avons des déclarations de ceux qui prétendent que leurs villages avaient été attaqués par les démons. Ces situations varient, et dans certains cas, si la population fuyait, elle n’était plus attaquée, tandis que dans d’autres cas, les démons violaient et pillaient, exécutant des massacres. »

« ... Comme l’aurait fait l’une des races de l’humanité, n’est-ce pas ? » dis-je.

La façon dont les dommages avaient varié d’un endroit à l’autre était un point sur lequel cette similitude était particulièrement forte. Même au sein de la même armée, lorsqu’il y a à la fois des unités disciplinées et des unités indisciplinées, la situation après chaque occupation sera différente. Quand nous avions occupé Van, j’avais pris l’exemple de quelques soldats pour essayer de garder toutes mes armées en ligne, mais si je ne l’avais pas fait, je pouvais dire avec certitude qu’il y en aurait eu qui auraient abusé de leur force sur la population civile.

Monstre et Démons..., pensai-je.

« D’où pensez-vous que la différence vienne ? » demandai-je. « Les démons ont-ils évolué à partir des monstres ? »

« “Ils ont gagné la conscience en mangeant des cerveaux humains !”... Voilà ce qu’un groupe de religieux ont crié pendant un certain temps. Mais il s’agit d’une aberration..., » déclara Jeanne. « Si c’était le cas, il y aurait beaucoup plus de démons là-bas. Depuis que les lignes de front se sont enlisées dans une impasse, ce ne sont que les monstres qui nous ont attaqués. Eh bien, vous pourriez également dire que c’est pourquoi nous avons été en mesure de maintenir le statu quo. »

... En d’autres termes, nous ne savons tout simplement pas qui sont vraiment les démons et les monstres, pensai-je.

J’avais alors dit. « En y pensant, quand nous creusions un étang de sédimentation près de Parnam, nous avons trouvé beaucoup de fossiles de monstres. Ils étaient apparemment d’une strate qui aurait été à la surface il y a plusieurs milliers d’années. »

« Qu’est-ce que c’est... qu’un “Fossile” ? » demanda Jeanne.

Oh, ce n’est pas encore une connaissance commune dans ce monde ? pensai-je.

« Pour le dire simplement, ce sont des os laissés dans la terre par des créatures vivantes et qui sont mortes depuis très longtemps, » dis-je. « Il y a beaucoup de choses qui ont un effet sur le processus, mais les os se fossilisent après une longue période. Cependant, même si les os ne sont sous terre que depuis quelques milliers d’années, ils peuvent quand même être appelés fossiles. »

« Je vois... Cela signifie-t-il qu’il y a eu des monstres à la surface il y a plusieurs milliers d’années ? » Jeanne avait un regard pensif.

Je ne m’attendais pas à sa réaction si calme. Car après tout, quand j’avais dit à Liscia la même chose, elle avait été assez choquée.

« ... je m’attendais à ce que vous soyez plus surprise, » dis-je.

« Quand on y pense, avant même l’apparition du Domaine du Seigneur-Démon, il y avait des monstres qui vivaient dans des donjons, » déclara Jeanne. « Ne pouvait-il pas y avoir un donjon là-bas ? »

« Il semble que notre pays n’a aucun dossier de cela, historique ou légendaire, » répondis-je. « Cependant, étant donné que c’était il y a des milliers d’années, je ne peux pas nier qu’il est possible que ce soit assez loin en arrière pour qu’il n’y ait même pas de légendes. »

« Hmm... peut-être devrions-nous nous pencher également là-dessus dans notre territoire, » déclara Jeanne.

S’il le faisait, je ne pouvais pas demander un meilleur résultat.

« J’aimerais beaucoup que vous fassiez ça, » dis-je. « Le royaume prévoit d’effectuer des fouilles à travers le pays afin d’enquêter sur la question. »

« S’il vous plaît, dites-nous si vous apprenez quelque chose, » déclara Jeanne. « Bien sûr, nous ferons la même chose de notre côté. »

« D’accord, » dis-je en hochant la tête.

L’Empire avait beaucoup plus de territoire que le royaume. S’ils étaient disposés à enquêter, je pourrais m’attendre à d’autres découvertes. Bien sûr, j’avais toujours l’intention de poursuivre nos recherches dans le royaume.

Cela avait établi un accord formel pour le royaume et l’Empire pour l’échange des informations sur les fouilles et la recherche d’indices.

Jeanne fit une pause afin de pouvoir reprendre son souffle, terminant par la même occasion sa tasse de thé. « Maintenant, je pense que nous nous sommes fortement éloignés du sujet des monstres qui étaient comestibles. »

« Oh, c’est vrai... Nous en parlions avant ça, » j’avais également fini poliment le reste de ma tasse de café, puis j’avais demandé à Serina de revenir avec une autre tasse pour chacun d’entre nous.

Après que j’eus reçu mon café et que Jeanne avait pris son thé, nous avions repris la discussion.

« La viande que nous mangions provenait d’un serpent ailé, » déclara Jeanne.

« Un serpent ailé ? Comme un dragon ? » demandai-je,

Je me rappelais qu’il y avait un dieu nommé Quetzalcoatl en Amérique Centrale et du Sud qui était aussi un serpent ailé, mais je ne me trouvais plus sur la Terre, et elle l’avait appelé un monstre, donc il était probablement plus naturel de supposer que c’était quelque chose comme un dragon.

C’était mon hypothèse, mais Jeanne secoua négativement la tête. « Non. Ce n’était rien d’aussi impressionnant. C’était juste un serpent géant avec quatre ailes d’oiseau. »

C’est quoi ça ? pensai-je. Cela ressemble à une vraie chimère.

« Je suis étonné que vous ayez décidé de manger quelque chose comme ça..., » dis-je.

« Il goûtait vraiment comme n’importe quel serpent, » répondit Jeanne. « C’était plus comme du poisson que du poulet. C’était franchement assez savoureux. »

J’étais surpris qu’elle ait à la base mangé du serpent, mais... eh bien ! Ils étaient mangés dans certains pays sur Terre. Alors que je pensais à la viande de serpent, l’image qui me vint à l’esprit était la fausse viande de poisson de Rashomon [1] de Ryunosuke Akutagawa [2], que j’avais lu dans ma classe de littérature moderne, mais... peut-être que c’était savoureux ?

« N’êtes-vous pas censé être une princesse ? » demandai-je. « Car il s’agit d’un truc bizarre que vous avez mangé là. »

« Je suis aussi le commandant de l’armée, » répondit Jeanne. « Si nous pouvons vivre de la terre, nous aurons des rations supplémentaires. »

« C’est... bien pensé de votre part, » dis-je.

« Maintenant, quant à ce qui m’a fait penser à essayer de manger un monstre, c’était quand un de nos éclaireurs est revenu et a rapporté avoir vu “les restes d’un monstre qui semblait avoir été cuisiné par des démons.”, » déclara-t-elle.

Il y avait un autre mot là dedans qui avait attiré mon attention. « Venez-vous bien de dire “cuisiné ?” Pas simplement mangé cru ? » demandai-je.

« Tout à fait, » répondit Jeanne. « Les os semblaient avoir été coupés avec une lame, et à en juger par la tête carbonisée laissée derrière, nous pouvions déduire qu’il avait été probablement rôti en entier, puis coupé et mangé. Cela m’a fait penser que, si nous attrapions un monstre de la même variété, nous pourrions envisager d’essayer de le manger. » Jeanne avait pris l’un des petits gâteaux qu’elle avait sur son assiette, puis elle l’avait mis dans sa bouche et l’avait mangé. « Bien sûr, j’ai vérifié que ce n’était pas toxique en premier. Vous devez bien l’imaginer ? Je l’avais donné aux animaux afin de les nourrir avant que je laisse les hommes l’essayer. Puis, une fois que sa comestibilité avait été établie, nous l’avons mangé dans l’ordre du plus bas au plus haut gradé. »

« Il n’est pas facile de tester la présence de poison dans la nourriture..., » dis-je.

« Donc, quand je l’ai mangé, il avait un goût assez classique, mais rafraîchissant, » déclara Jeanne. « C’était savoureux d’une manière normale pour un tel aliment. »

« Eh bien, je ne suis pas trop préoccupé par la saveur, il y avait quelque chose de plus intéressant dans ce que vous venez de me dire, » dis-je.

Ce qu’elle avait dit à propos de Démons mangeant des monstres était beaucoup plus choquant que le fait qu’ils soient comestibles. Fondamentalement, cela signifiait que les Démons ne voyaient pas les Monstres comme étant la même race générale qu’eux.

J’aimais le poulet et le porc. Mais peu importe comment leurs visages les faisaient ressembler à des cochons ou à des vaches, je ne penserais jamais à manger des orcs ou des minotaures. Et comparé à manger quelque chose avec un corps humanoïde, même un serpent était préférable. Peut-être que les Démons avaient ressenti la même chose.

Après avoir pensé à cela, j’étais arrivé à une certaine hypothèse. « Eh, Madame Jeanne. »

« Qu’est-ce qu’il y a ? » demanda-t-elle.

« Se pourrait-il que les Démons et les Monstres soient équivalents à ce que nous appellerions “les personnes” et les “animaux” ? » demandai-je.

Au moment où je l’avais dit, l’air semblait s’être gelé. Non seulement Jeanne, mais également Liscia et Hakuya avaient ouvert grands les yeux en état de choc.

Hein !? Ai-je dit quelque chose de si surprenant ? pensai-je.

« ... Qu’est-ce qui vous incite à penser ainsi ? » demanda Jeanne, effaçant toute trace d’expression de son visage.

J’avais pensé à expliquer ma raison... puis j’avais hésité un instant. Ce que j’allais dire pourrait sembler discriminatoire, selon la manière dont mon discours était interprété. Bien sûr, je ne le pensais pas de cette façon, mais je pourrais toujours offenser, selon la façon dont les gens le prenaient.

... Peut-être que je devrais d’abord préparer le terrain, pensai-je.

« Hmm... Je préfère que ce que je vais vous dire ne soit pas entendu par un trop grand nombre de personnes, » dis-je.

« ... Très bien, » répondit-elle.

Après que Jeanne les avait regardés, les bureaucrates impériaux avaient arrêté leur travail, puis ils s’étaient déplacés discrètement hors du bureau. J’avais également fait partir mes propres bureaucrates, en demandant à Aisha de veiller à ce que personne n’écoute. Les seules personnes qui restaient dans la pièce étaient Jeanne, Liscia, Hakuya, Aisha et moi. J’avais regardé Liscia, qui était à côté de moi en train d’enregistrer le contenu des discussions.

« Liscia, je veux également que vous arrêtiez de mettre sur le papier la teneur de notre discussion, » dis-je.

« D’accord, » répondit Liscia, avant d’arrêter d’écrire avec sa plume. Maintenant, le contenu de notre réunion n’était pas couché sur le papier.

Dans cette pièce si calme que l’excitation précédente semblait un mensonge, Jeanne haussa les épaules. « Si vous devez d’abord faire vider la pièce avant ça... cela semble être quelque chose de dangereux. Alors, quel genre de déclaration explosive êtes-vous sur le point de faire tomber ? »

« Désolé, » dis-je. « C’est juste que ce que je vais dire pourrait être considéré comme discriminatoire. »

« Discriminatoire ? Dans une conversation sur les Démons et les Monstres ? » Jeanne semblait douter de ce que je venais de dire, mais j’avais choisi mes mots avec soin alors que je continuais à parler.

« Tout à fait. Vous avez demandé ce qui m’a fait penser à cela, » dis-je. « Eh bien ! C’est parce que... je ne peux pas faire la différence entre les animaux et les monstres de ce monde. Les animaux de ce monde sont plus grands que les miens, avec de gros crocs et des défenses pointues, et une apparence généralement agressive. Si les animaux de votre monde apparaissaient dans le mien, les habitants de là-bas penseraient certainement qu’ils sont des monstres. »

Surtout s’ils voyaient des choses comme le rhinosaurus. Si une créature géante comme elle apparaissait dans mon monde, cela causerait probablement une panique. Avec leurs énormes corps, ils ressemblaient à des dinosaures, ou à quelque chose provenant d’un film de monstre.

« Hmm... C’est donc ainsi ? » Jeanne inclina la tête vers le côté. Ne connaissant pas les animaux de mon monde, elle ne pouvait pas imaginer ce que je ressentais de mon côté.

« C’est comme ça, » dis-je. « Et, si je devais aller un peu plus loin, j’ai du mal à voir la différence entre les races comme les hommes-bêtes ou les dragonewts et les démons. »

Elle en avait eu le souffle coupé alors qu’elle était en état de choc. « C’est... »

J’avais levé la main afin de l’arrêter. « Oui, je sais. Si les hommes-bêtes m’entendaient dire ça, ils se fâcheraient et diraient : “Ne nous englobez pas avec eux”. Mais, quand même, pour moi, en tant que personne qui vivait d’un monde sans démons ni hommes-bêtes, il est difficile de voir la différence. »

Quand j’avais vu Kaede pour la première fois au café-chantant, la Lorelei, à Parnam, je n’avais pas été capable de faire la différence entre sa race, les renards mystiques et les loups mystiques de Tomoe.

À l’époque, j’avais demandé. « Ils sont tous deux des chiens, alors ne pouvons-nous pas les regrouper tous les deux comme des chiens mystiques ? »

Au moment où je l’avais dit, Liscia avait rétorqué ça. « Si vous dites cela, vous aurez les loups mystiques et les renards mystiques en colère. Les Kobolds sont des chiens mystiques, donc ce serait comme si l’on mélangeait les humains avec les singes, » et elle m’avait prévenu de ne pas le faire.

À l’époque, je venais d’accepter que ce fût ainsi, mais quand j’y avais réfléchi un peu plus longuement, quelle était la différence entre les loups mystiques ou les renards et les kobolds ?

« Pouvez-vous me donner la différence entre les loups mystiques ou les renards et les kobolds ? » demandai-je.

« Bien sûr que je le peux, » répondit Jeanne. « Les loups mystiques et les renards ont des oreilles et des queues, mais leurs visages et leurs corps ne sont pas très différents des humains. D’autre part, les Kobolds ont des visages de chiens. »

« Mais n’y a-t-il pas des hommes-bêtes avec des visages d’animaux ? » demandai-je.

Pour donner un exemple de mon côté, notre général de l’armée, Georg Carmine en était un. Si cet homme-lion apparaissait au Japon, tout le monde penserait qu’il était une sorte de démon.

Après que je l’ai souligné, Jeanne avait croisé les bras et avait gémi. « Quand vous le dites comme ça... cela a du sens. Hmm... Oh ! Je sais ! Les Kobolds sont couverts de fourrure. En d’autres termes, alors que les hommes-bêtes ont des traits d’animaux, peut-être que les kobolds ne sont-ils pas que des chiens qui marchent sur deux pieds en essayant de ressembler à un humain ? »

« Dans ce cas, comment distingueriez-vous les démons sans poil, ou ceux qui ont le poil court ? » demandai-je. « Avec ce raisonnement, les hommes bêtes ne seraient-ils pas comme les orcs et les minotaures, qui ont des corps semblables à des humains musclés ? »

« Argg, » s’exclama Jeanne.

Après que j’eus écrasé son argument, Jeanne y avait réfléchi un moment, puis avait dit : « J’abandonne », levant les mains en signe de reddition. « Avant aujourd’hui, je n’ai jamais pensé aussi en profondeur à la différence entre les humains et les démons. Lorsque vous l’avez souligné, pour la première fois, j’ai réalisé que je distinguais les personnes des démons de manière instinctive. »

« Vous avez raison..., » murmura Liscia. « Maintenant qu’on nous le demande directement, je ne peux pas trouver une seule différence déterminante entre les deux. »

« Je me demande pourquoi nous ne l’avons jamais remarqué avant aujourd’hui..., » murmura Hakuya.

Ils avaient tous acquiescé à ça.

C’était probablement la compréhension commune de la plupart des habitants de ce monde. En le regardant d’une autre manière, cela signifiait que les personnes de ce monde pouvaient instinctivement distinguer les personnes et les démons.

Pour expliquer d’un point de vue japonais, même parmi ceux qui aiment les palourdes dans leur soupe miso, beaucoup étaient probablement dégoûtés même en regardant simplement des mollusques terrestres comme des limaces.

Et aussi, les personnes qui allaient réagir en étant choqué face aux vidéos d’aborigènes d’Australie mangeant des larves d’insectes à l’intérieur des arbres pouvaient tout à fait manger sans problème des crevettes (crues), qui avaient la même apparence une fois décortiquée.

Il était naturel que l’environnement dans lequel nous étions élevés et nos coutumes d’avoir un effet sur la façon dont nous comprennent les choses.

Peut-être que la compréhension de ce monde vis-à-vis des démons était quelque chose comme ça ?

« Dans mon monde, les humains sont la seule race d’humanoïde pensant, » expliquai-je. « Je vivais dans un monde sans elfes, ni hommes-bêtes, ni dragons, ni démons, donc je n’ai aucun moyen qui me permet de les distinguer. À mes yeux, les démons ressemblent à l’une des races de l’humanité. »

« S-Sire ! » Aisha avait lâché ça depuis sa place debout près de la porte. « ... Est-ce que peut-être vous nous détestez, nous, les elfes sombres ? » Elle m’avait regardé comme si elle était un chiot abandonné.

J’avais souri face à ça. « Non, pas du tout. Une elfe à la peau foncée est également adorable. Bien sûr, il en va de même pour une beauté humaine plus orthodoxe. »

La première partie était destinée à Aisha, tandis que la seconde visait Liscia.

Quand elles m’avaient entendu, Aisha avait crié « Le pensez-vous vraiment ? », avec son visage débordant de joie, tandis que Liscia avait dit. « Oui, oui ! Merci, » d’une manière assez sèchement, mais avec un sourire clairement visibles sur ses lèvres qui montrait qu’elle n’était nullement dérangée par le compliment.

Jeanne les regarda avec un sourire ironique. « Je peux voir à quel point vous êtes aimé. »

« Elles sont une bien meilleure garde du corps et une meilleure fiancée que je ne pourrais mériter, » dis-je.

« Eh bien, comme c’est adorable... Ouf. » Jeanne s’affala sur sa chaise. « Je suis contente que vous ayez gardé ça entre nous. Si vous aviez dit tout cela sans vider la salle, j’aurais peut-être dû tuer les bureaucrates de mon pays. »

Les tuer !? N’est-ce pas un peu violent, alors que c’est sorti de nulle part ? Pensai-je,

« E.. Est-ce vraiment quelque chose dont vous auriez besoin pour aller si loin ? » bafouillai-je.

« Cela l’est, » répondit Jeanne. « Si la façon dont vous parliez s’était répandue, cela ne ferait pas qu’aggraver l’opinion que le peuple a de vous. Cela aurait pu causer la guerre à travers tout le continent. N’est-ce pas, Sire Hakuya ? »

« Vous avez entièrement raison, » déclara Hakuya. « J’aurais aimé pouvoir l’apprendre plus tôt. » Hakuya me regardait avec du reproche dans ses yeux.

Hein, est-il en colère contre moi ? pensai-je, surpris.

« Sire, vous devez comprendre ça, » déclara Hakuya. « Si ce que vous avez dit à propos de “Il est difficile de distinguer les démons des hommes-bêtes” se propageait, cela ne ferait que donner à un pays suprémaciste humain comme la Principauté d’Amidonia, ou les hauts-elfes du Royaume des Esprits de Garlan, qui pensent qu’ils sont le peuple choisi, un matériel parfait à utiliser pour attaquer leurs ennemis. Les hommes-bêtes et les dragonewts seraient expulsés comme s’ils étaient des démons, ou accusés de possible conspiration avec l’ennemi, et seraient soumis à une persécution indue. »

Je me rappelais que le Royaume des Esprits de Garlan était une nation insulaire au nord-ouest du continent.

Il s’agissait d’un pays composé de deux îles, une grande et une petite, mais l’île plus petite avait été abandonnée face à des attaques de monstres, et une partie de l’île plus grande était ainsi occupée. Apparemment, du moins... Je ne pouvais aller que sur ouï-dire, parce que le pays avait des politiques très isolationnistes et très peu d’informations avaient filtré hors de l’île.

Les races elfiques avaient tendance à avoir beaucoup de magnifiques hommes et femmes, et cette tendance était particulièrement forte avec les hauts elfes. Ils s’appelaient eux-mêmes le peuple élu de Dieu, méprisaient les autres races, et détestaient avoir une interaction avec eux.

Il semblait que même maintenant, avec des monstres envahissant le monde, cela n’allait pas changer.

Dans un pays comme Garlan ou Amidonia, c’était vrai, ils essaieraient probablement d’utiliser cette information pour affirmer la supériorité de leur propre race. En fait, Amidonia avait déjà réussi à fomenter la haine envers Elfrieden pour rendre leur peuple plus facile à gouverner. Il y avait des pays qui utiliseraient la haine et les préjugés.

Jeanne acquiesça. « Sire Hakuya dit vrai. De plus, ce n’est pas quelque chose que les pays multiraciaux comme le mien ou le vôtre peuvent ignorer. Si ce genre de pensée devait sévir, nous verrions les étincelles de la violence interraciale dans notre propre pays. Si nous avions un conflit interne, en plus des menaces externes auxquelles nous sommes confrontés... »

« ... Désolé, » dis-je. « Je n’avais pas pensé jusque là. »

J’avais sincèrement incliné la tête. Ils avaient tous deux fait une bonne argumentation. Il y avait des choses plus importantes en jeu que ma réputation. Je devais être plus prudent avec mes paroles.

Pendant que je réfléchissais à mes actions.

« Ce n’est pas nécessaire, » déclara Jeanne en hochant négativement la tête. « Si vous ne me l’aviez pas fait remarquer, je ne l’aurais jamais remarqué. Il s’agit d’une question épineuse, mais c’est mieux que de nous faire surprendre un jour par une telle situation. Car désormais, nous pouvons nous préparer nous-mêmes pour faire face à ça. »

« Je suis reconnaissant que vous m’ayez dit cela, » dis-je. « ... Pourtant, en ce moment, je ne peux pas penser à des contre-mesures efficaces. »

Après que j’eus dit ça, Jeanne baissa les épaules en poussant un soupir. « La Déclaration de l’Humanité dénonce la persécution des groupes minoritaires, mais c’est un accord entre les États. S’il s’agissait d’une politique nationale... si par exemple, quelqu’un dans l’administration donnait l’ordre de les persécuter..., nous pourrions intervenir, mais si ce sont des citoyens ordinaires qui le font, tout ce que nous pouvons faire, c’est appeler la responsabilité du pays. »

« D’ailleurs, il y a des pays comme le nôtre qui n’ont même pas signé la Déclaration de l’Humanité, » dis-je. « En plus de cela, si vous essayez d’intervenir dans les affaires intérieures d’autres pays, cela suscitera le mécontentement, ce qui pourrait, dans le pire des cas, conduire à la guerre. »

« Je suis d’accord avec vous, » déclara Jeanne. « De plus, nous n’avons pas à notre disposition toutes les informations pertinentes sur les Démons et les Monstres. Avec autant de facteurs incertains, il est dangereux de se précipiter vers des conclusions. »

En fin de compte, il avait été décidé que l’Empire et le Royaume continueraient à discuter de ce problème.

Nous avions rappelé les bureaucrates et la conférence s’était poursuivie jusqu’à ce que la nuit arrive. À cette heure de la journée, les personnes commençaient à avoir faim.

Notes

  • 1 Rashomon : Rashōmon est une nouvelle écrite par Akutagawa Ryūnosuke. Elle parut en 1915 dans la revue Shinshichô. Elle explore le dilemme d’un homme confronté à l’alternative « mourir de faim ou voler ».
  • 2 Ryunosuke Akutagawa : Ryūnosuke Akutagawa (芥川龍之介, Akutagawa Ryūnosuke ?), né le 1er mars 1892 à Tokyo et mort le 24 juillet 1927 à Tokyo, est un écrivain japonais.

☆☆☆

Partie 2

Jeanne était une invitée importante d’un autre pays, alors normalement j’aurais probablement dû organiser un banquet pour elle, mais le temps était précieux pour nous deux, alors j’avais décidé que nous allions manger lors de la réunion.

Cela demandait quelque chose que nous pouvions manger pendant que nous travaillions, alors j’avais décidé de servir à Jeanne et à son entourage un certain type de pain que je réfléchissais pour savoir si je devais ou non le faire répandre dans tout le pays.

Quand Jeanne avait mangé ce petit pain, sa réaction avait été...

« C’est incroyable ! » s’exclama Jeanne. « Il semble erroné de mettre un aliment de base sur un autre aliment de base, mais une fois que vous mordez dedans, les deux textures contrastées sont parfaites. Et la sauce tomate lui donne une belle saveur acidulée. De plus, en mettant un plat que vous mangiez normalement avec une assiette sur un pain, cela nous permet de le manger d’une seule main ! Je vous tire mon chapeau pour cette idée ! Quelle merveille ! »

... Elle avait loué sans retenue ma recette.

Pensiez-vous que c’était un sandwich ? Dommage. Il s’agissait d’un sandwich-spaghetti à la viande [1].

La vérité était, je voulais faire un pain yakisoba [2], mais je ne pouvais pas réussir à reproduire cette sauce épaisse. C’est pourquoi j’avais utilisé des pâtes et de la sauce tomate, qui existaient déjà dans ce monde, pour créer un pain-spaghetti. Au fait, je n’avais pas abandonné la réplication de la sauce. Poncho faisait des recherches en ce moment même.

« Quand je l’ai vu pour la première fois, j’ai remis en question votre santé mentale, mais c’est vraiment très bon, » déclara Liscia.

« Ni le pain ni les pâtes ne sont nouveaux, mais c’est une expérience assez nouvelle de les manger ensemble comme ça, » déclara Hakuya.

Liscia et Hakuya semblaient ainsi les apprécier.

Maintenant que la crise alimentaire était plus ou moins résolue, je pensais que, plutôt que des idées décalées comme du gelon udon, il serait peut-être bon d’étaler à la place quelques plats de la Terre. Développer nos traditions culinaires améliorerait le pouvoir et l’image de marque de notre pays, et pourrait également conduire à un afflux d’argent étranger.

Maintenant, en ce qui concerne Aisha, qui était la plus susceptible de creuser dans ces sortes de nouveaux plats avec brio...

« Om, Hmmm, Hmmm ! »

Même si elle se tenait derrière moi en tant que garde du corps, elle était activement en train d’engloutir des pains-spaghettis.

Heu, attendez, Aisha, pensai-je. Combien en avez-vous déjà mangé ?

Ce qui avait autrefois été une montagne de petits pains sur l’assiette avait été réduit à moins d’une légère colline. Même à une époque comme celle-ci, l’elfe sombre affamée était la même.

Une fois que nous avions fini de manger nos pains et pris une courte pause, Jeanne aborda la question qu’avait provoquée notre rencontre pour en discuter. « Hmm... Et maintenant ! Ne pensez-vous pas qu’il serait le moment opportun que nous passions au sujet de votre occupation de Van ? La position de l’Empire est que, conformément à la Déclaration de l’Humanité, nous ne pouvons pas accepter les changements de frontières provoqués par l’utilisation de la force militaire. Nous exigeons que le Royaume d’Elfrieden rende Van et la région qui l’entoure à la Principauté d’Amidonia. »

« La position du Royaume est que nous ne pouvons pas accepter cette demande, » répondis-je. « La Principauté d’Amidonia a été les agresseurs dans ce conflit. Je pense que nous sommes justifiés quant à nos actions, n’est-ce pas ? »

« Vous pourriez aussi être vu comme les ayant incités à agir, vous en rendez-vous compte ? » demanda Jeanne.

« Ils ont fait beaucoup de choses pour interférer dans nos affaires internes, » répondis-je. « Ce n’est pas juste pour eux de se plaindre dès qu’on leur retourne la situation. L’Empire est-il d’accord avec ça ? Si vous acceptez leur comportement scandaleux, les signataires et les non-signataires de la Déclaration de l’Humanité vous prendront à la légère à partir de maintenant. »

« Oui, je le sais, » répondit Jeanne. « Voilà pourquoi l’Empire est prêt à forcer Amidonia à payer des réparations appropriées. Dans cette affaire, je pense que l’Empire n’a d’autre choix que de punir les deux côtés. »

Ben oui... Je pensais que ce serait votre réponse, pensai-je.

Parce qu’Amidonia était signataire de la Déclaration de l’Humanité, l’Empire n’avait d’autre choix que de se tenir à leurs côtés et d’exiger qu’Elfrieden rende leur territoire. Mais s’ils permettaient à Amidonia de s’en tirer avec leur comportement scandaleux, ils inviteraient les autres signataires à agir en toute impunité, ce qui créerait une résistance de la part des non-signataires. Cela signifiait qu’ils devaient imposer des sanctions sévères à Amidonia, afin de garder les autres états signataires sur le droit chemin. L’Empire avait la puissance de le faire.

J’avais regardé Jeanne, comme si je voulais la tester. « Et si nous ne nous conformons pas, vous aurez recours à la force militaire ? »

« Ce n’est pas ma méthode préférée... mais si le besoin s’en fait sentir, je n’aurai pas le choix, » déclara Jeanne. « En ce moment, le nombre de troupes que l’Empire a apporté est égal à votre Armée Royale, mais je suis convaincue que nous avons le pouvoir d’anéantir les forces du royaume et de la principauté en même temps, si besoin est... »

Le Corps des Armures Anti-Magies, les escadrons de griffons et les rhinosaurus portant des canons... Je m’étais souvenu des nombreux types de troupes qu’ils possédaient et qui seraient puissants lorsqu’ils se battaient contre les murs du château. Il n’y avait aucun indice comme quoi elle se vantait dans les paroles de Jeanne.

« ... Je parie que vous pourriez, » dis-je. « Mais nous ne voulons pas nous battre. » Je posai mes coudes sur la table, croisant mes doigts devant ma bouche. « Voilà pourquoi je voudrais trier chacune de nos intentions ici. »

« Nos intentions, dites-vous ? » demanda Jeanne.

« Oui, » répondis-je. « L’Empire ne veut pas reconnaître les changements de frontières. Voilà pourquoi vous demandez que le royaume redonne Van. Est-ce correct ? »

« ... Oui. C’est bien ça, » Jeanne hocha la tête.

Après avoir eu confirmation des intentions de l’Empire, j’avais continué, « Maintenant, quant à notre intention, nous voulons réduire le pouvoir de la Principauté d’Amidonia, qui continue à s’engager dans des actions hostiles envers notre pays, afin de s’assurer qu’ils ne pourront plus influencer à nouveau notre pays. En outre, nous voulons qu’ils payent pour nous avoir envahis. Nous avons pris Van pour exiger ce coût. »

« ... Je vois, » répondit Jeanne. « Alors, vous n’avez aucun désir particulier de garder Van. En d’autres termes, un retour inconditionnel de la ville est hors de question, mais si la principauté paye un prix approprié, vous êtes prêt à leur redonner. »

C’était bon de voir qu’elle était rapide quant à comprendre mes explications. Quand j’avais hoché la tête, Jeanne avait tourné un regard dur vers moi. « Voulez-vous exiger la tête de Sire Julius ? »

« Cela ne vaut même pas autant qu’une ville entière, » dis-je.

« Est-ce... de l’argent que vous voulez ? » demanda-t-elle.

« C’est le cas, » acquiesçai-je. « Si la principauté paye des compensations à notre pays, nous leur redonnons Van. Vous avez vous-même dit que l’Empire veillerait à ce que la principauté payerait un prix convenable pour leurs actions, ce qui devrait être parfait, n’est-ce pas ? »

En regardant à long terme, retourner un territoire qui pourrait produire de la richesse indéfiniment s’il était géré correctement en échange d’un paiement unique était négatif. Cependant, parce qu’il s’agissait d’un territoire Amidonien jusqu’à tout récemment et en tenant compte des relations avec l’Empire, ce n’était pas une mauvaise décision.

En attendant, pour l’Empire, ils auront rempli leur devoir envers la principauté en assurant le retour de leurs terres, et ils pourraient avertir les autres signataires, « Si vous agissez comme Amidonia, votre territoire ne sera peut-être pas saisi, mais vous devrez payer des réparations. » Cela contribuerait également à établir la confiance avec les non-signataires.

Jeanne soupira. « Sire Julius ne l’aimera certainement pas... »

« Je n’ai pas de pitié à cause de la racine du problème, » dis-je. « Faites-le payer en monnaies impériales. Après tout, Sire Julius n’est pas très brillant quand il s’agit de l’économie. Il va probablement penser qu’il peut juste frapper des pièces de faible qualité pour les réparations. »

« Vous faites participer notre pays à cela ? » demanda Jeanne.

« Désolé de vous le dire, mais l’Empire partage une certaine responsabilité quant au comportement scandaleux d’Amidonia, » répondis-je. « Vous devrez donc au moins m’en donner autant. »

« ... Je n’ai pas de bonne réponse à ça, » après un haussement d’épaules et un sourire ironique, Jeanne se glissa soudainement dans une expression plus sérieuse. « J’ai une question pour vous. Pourquoi le Royaume d’Elfrieden ne se ralliera-t-il pas à la Déclaration de l’Humanité de ma sœur ? Si vous étiez signataire, je ne pense pas que le Royaume et l’Empire auraient fini par se regarder ainsi l’un envers l’autre. » Jeanne jeta un coup d’œil à Liscia et ajouta. « J’hésite à le dire devant la Princesse Liscia, mais quand il s’agit de savoir pourquoi le roi précédent, Sire Albert, n’a pas signé la Déclaration de l’Humanité... eh bien, je peux le comprendre. Ce n’est pas vraiment qu’il a choisi de ne pas le signer, c’est plus comme... »

« S’il ne pouvait pas décider de signer ou non, » Liscia avait fini la phrase pour elle. « Il est tellement indécis. »

Liscia avait laissé tout sortir et elle avait ainsi dit ce que Jeanne hésitait à dire. Jeanne lui adressa un regard plein d’excuses et avait dit. « C’est exactement ça, » avec un hochement de la tête.

Elle avait continué. « Cependant, dans votre cas, je pense que vous voyez la menace posée par le Domaine du Seigneur-Démon, ainsi que la nécessité pour toute l’humanité de s’unir dans la bataille contre lui. Au début, je pensais que c’était parce que vous ne pouviez pas nous faire confiance, en tant que responsables à la base de votre convocation dans ce monde. Mais, plus tôt, vous avez dit que vous ne portez aucun ressentiment envers nous sur ce que nous vous avons fait subir. Si c’est le cas, alors pourquoi n’adopteriez-vous pas la Déclaration de l’Humanité de ma sœur ? »

Quand elle m’avait regardé droit dans les yeux et avait demandé ça, elle m’avait posé une énigme.

Je ne pouvais pas lui donner maintenant la vraie réponse. Mais si je devais mentir, ou ignorer complètement la question, cela nuirait probablement aux relations avec l’Empire.

Après avoir réfléchi un moment, j’avais commencé à parler lentement et calmement. « C’est... ce que nous appelons une “légende” de mon monde. Il y a très longtemps, il y avait deux dieux, l’un à l’est et l’autre à l’ouest. »

Notes

  • 1 Sandwich-spaghetti à la viande : Une recette que vous pouvez trouver ici http://www.foodrecipeshq.com/spaghetti-burger-pasta/.
  • 2 Pain yakisoba : Combinaison d’un pain avec du yakisoba.
    Les yakisoba (焼きそば, littéralement nouilles sautées) sont originaires de Chine sous le nom chao mian (炒面, chǎo miàn, « nouilles sautées »), connues également sous le nom cantonais, chow mein, mais sont entièrement intégrées à la cuisine japonaise à l’instar des rāmen.
    Même si le terme soba (sarrasin) fait partie du mot, les yakisoba ne sont pas faites de sarrasin, mais sont similaires aux rāmen et produites à partir de farine de blé.
    Les yakisoba sont généralement accompagnées d’une sauce spéciale semblable à la sauce pour okonomiyaki.

☆☆☆

Partie 3

Le Dieu de l’Orient avait dit. « Le monde devrait être égal. Ainsi, je vous le dis, ô humains, vous devez chacun labourer les champs pendant la même durée de temps, et les récoltes doivent être partagées uniformément entre tous. »

D’un autre côté, le Dieu de l’Occident avait dit. « Le monde devrait être libre. Ainsi, je vous le dis, ô humains, chacun de vous doit labourer les champs, et ceux qui travaillent le plus durement peuvent prendre une quantité de récoltes équivalente à leurs efforts. »

Le Dieu de l’Orient avait alors dit ça au Dieu de l’Occident. « Avec tes méthodes, les riches deviennent plus riches et les pauvres s’appauvrissent. Dans un monde comme celui-ci, un conflit surgira entre les riches et les pauvres. »

Le Dieu de l’Occident avait alors dit. « Si ceux qui travaillent le plus durement reçoivent autant que ceux qui travaillent moins, ils perdront leur motivation à travailler. Si cela se produit, le montant total à partager diminuera et la société dans son ensemble sera plus pauvre. »

Et ainsi, les deux dieux s’étaient regardés l’un et l’autre. Le conflit entre ces dieux avait influencé les pays qui avaient décidé de vénérer chacun d’eux.

Alors que les pays de l’Occident et de l’Orient se regardaient les uns les autres, chacun pensant, nous avons raison, et ils ont tort, les plus troublés par tout cela furent les pays pris au milieu.

Si les pays qui croyaient à ces deux dieux déclenchaient une guerre, ils seraient les premières victimes. Leurs maisons et leurs champs seraient tous déchirés par cette guerre. Quand ils pensèrent à ça. Eh bien, qu’allons-nous faire à ce sujet ? Les pays proches de la frontière avaient eu un éclair de perspicacité.

« Je le sais ! Il peut être inévitable qu’ils se regardent les un et les autres, mais nous avons juste besoin d’établir des règles qui empêcheront une guerre de se produire ! »

Et ainsi, les pays qui vivaient près des frontières s’étaient réunis avec de nombreux pays de l’Occident et de l’Orient pour établir ces règles.

L’un d’eux avait dit. « Ne laissons pas les frontières être modifiées par la force militaire. »

Un autre avait dit. « Laissons les habitants de chaque pays prendre des décisions pour eux-mêmes. »

Un autre avait dit. « Organisons des échanges culturels entre l’Orient et l’Occident et essayons de nous entendre. »

***

« Quelle est cette histoire ? » s’écria Jeanne.

Alors que j’avais soudainement commencé à lui raconter une vieille légende, elle m’avait regardée d’un air empli de doute. Mais au fur et à mesure que l’histoire se déroulait, ses yeux s’ouvraient peu à peu dus à la surprise. Jeanne avait semblé être calme et posée jusqu’à ce point, mais cela avait maintenant disparu.

Liscia et Hakuya avaient des regards similaires clairement visibles sur leurs visages.

Jeanne avait alors fait claquer ses mains sur la table, puis elle se pencha plus près de moi. « En mettant de côté le processus, ces règles qu’ils ont décidées sont fondamentalement la Déclaration de l’Humanité ! Alors, comment s’est-il passé après ça ? »

Jeanne était impatiente d’avoir une réponse, mais j’avais doucement secoué la tête.

« Quant à ce qui est arrivé ensuite. Je ne peux pas encore vous le dire, » dis-je.

« Sire Souma ! » s’écria Jeanne.

« Mais je sais comment l’histoire s’est terminée, » dis-je.

« Est-ce que ces dirigeants... n’ont pas fait assez de choses pour empêcher la guerre ? » demanda Jeanne inquiète, mais je secouai la tête.

« Non, au moins à l’époque où ces deux dieux se regardaient mutuellement, ils étaient capables d’éviter le pire scénario qui était une guerre totale entre les deux dieux, » répondis-je. « Finalement, le Dieu de l'Orient s’est désagrégé, et parce que ce dieu avait perdu la capacité de se battre, le Dieu de l'Occident avait été soulagé et avait cessé de regarder dans cette direction. »

« Ceci ressemble à une fin heureuse, » déclara Jeanne. « Où est le problème ? »

« Eh bien ! Si c’est là où se terminait l’histoire, alors cela aurait été un “ils vécurent heureux pour toujours”, » dis-je.

« Alors, l’histoire n’est donc pas terminée ? » demanda-t-elle.

« ... C’est tout ce que je peux vous dire pour le moment, » dis-je. « Désolé, mais je ne peux pas vous révéler plus de mes cartes. »

J’avais interrompu la conversation avec un ton plus fort. Jeanne semblait vouloir continuer à me presser, mais elle avait abandonné quand elle avait vu le regard présent dans mes yeux.

J’avais alors déclaré cela à Jeanne. « Ne vous inquiétez pas. Vous le saurez assez tôt, mais je ne causerai pas de problèmes à l’Empire. »

« ... Vous m’inquiétez à me dire ça ainsi, » dit-elle.

« Je voudrais que vous me fassiez confiance, » dis-je. « Notre pays aimerait marcher à côté du vôtre. Tant que l’Impératrice Maria reste fidèle à son idéal d’unir l’humanité face à la menace du Domaine du Seigneur-Démon, je vous promets que le royaume ne deviendra jamais l’ennemi de l’Empire. »

Jeanne semblait toujours emplie de doute. « N’allez-vous pas rejoindre la Déclaration de l’Humanité ? Pourtant, vous nous demandez quand même de vous faire confiance ? »

« La Déclaration de l’Humanité n’est pas le seul pacte possible, » dis-je. « Pour certaines raisons que je dois taire pour le moment, nous ne pouvons pas participer à la Déclaration de l’Humanité, mais notre pays voudrait former une alliance indépendante avec l’Empire. Et cela en secret. »

« Une alliance secrète... dites-vous ? » demanda Jeanne.

J’avais fermement hoché la tête. « Nous avons finalement réussi à stabiliser la situation à l’intérieur de nos frontières. De là, j’ai l’intention de réformer l’armée, en créant un système qui me permettra de déplacer toutes mes forces avec une volonté unifiée. De plus, j’ai réussi à briser les crocs d’Amidonia lors de cette guerre. Notre pays est enfin libre de pouvoir déplacer ses forces. »

Jeanne n’avait rien dit.

« Alors, voici ma proposition, » dis-je. « À l’heure actuelle, l’Empire envoie des troupes pour aider l’Union des Nations de l’Est, n’est-ce pas ? »

« ... Oui, » dit-elle en hochant la tête. « Il s’agit d’un conglomérat de petits et moyens États, dont la plupart ont signé la Déclaration de l’Humanité. En tant que chef de cet accord, il est naturel que nous envoyions des troupes là-bas. »

« Oui, c’est ça, » dis-je. « Puis-je vous demander de laisser à partir de maintenant cette tâche à notre pays  ? »

« Êtes-vous sérieux en me disant ça !? » Jeanne avait haussé la voix à cause de la surprise.

Voici ma proposition :

Au centre de ce continent se trouvait l’impénétrable Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon, où vivaient de sages dragons. Si les monstres et les démons venaient au sud, ils devraient contourner ces montagnes à l’est et à l’ouest.

Si cela arrivait, je suggérais que l’Empire résiste à leur avance à l’ouest, alors que le royaume y résisterait de l’est.

En termes pratiques, cela signifiait que si l’Union des Nations de l’Est était menacée par la menace du Domaine du Seigneur-Démon, le royaume enverrait des renforts. Cependant, il y avait un processus requis.

« Dans le cas où cela se produirait, et que l’Empire, en tant que responsable de la Déclaration de l’Humanité, recevrait une demande de renforts de la part de l’Union des Nations de l’Est, vous nous feriez une demande de renforts, » dis-je. « Au moment où mon pays enverra des troupes, je veux que cela prenne la forme du fait que nous répondons à une demande de l’Empire. »

« ... Cela semble plutôt être une façon détournée de faire les choses, » déclara Jeanne. « Pourquoi ? »

« Bien que nous n’ayons pas encore la force nationale d’être appelés une grande puissance, nous sommes la deuxième plus grande nation par la masse si vous excluez le Domaine du Seigneur-Démon, » dis-je. « S’ils apprenaient que les premier et deuxième plus grands pays du continent travaillent main dans la main, il y aura des pays qui seraient automatiquement inquiets quant à ça. Ceux qui se trouvaient entre nous deux... comme la Principauté d’Amidonia, l’État mercenaire de Zem et la République de Turgis... je parle particulièrement d’eux. C’est pourquoi, autant que possible, je ne veux pas que l’on sache que l’Empire et le royaume coopèrent. »

« Je vois. D’où la raison de l’alliance secrète, » dit-elle.

Jeanne avait fait une expression pensive. Elle devait être en train de peser les avantages et les inconvénients de ce pacte. Cependant, il n’y aurait pas de désavantages pour l’Empire dans mon offre.

Ils sauveraient les fonds de guerre qui seraient allés à la défense de l’est, et ils pourraient épaissir leurs défenses sur le côté ouest de leur propre pays, où ils partageaient une frontière avec le Domaine du Seigneur-Démon. S’il y avait quelque chose dont ils pouvaient se méfier, c’était de nos intentions.

Après un certain temps, Jeanne acquiesça. « Je ne vois aucun mal à accepter votre proposition. Mais, y a-t-il le moindre mérite au fait que vous assumiez ce devoir ? »

« Si j’étais pressé de répondre, je pourrais dire que c’est afin de construire une confiance avec l’Empire, » dis-je. « Cela, et aussi parce que vu que nous participerons à la guerre, je voudrais que vous cessiez d’exiger des subventions de guerre. »

« Bien sûr, » déclara Jeanne. « Il s’agit de quelque chose que nous demandons qu’aux pays qui ne sont pas impliqués dans la guerre... Mais, êtes-vous vraiment sûr ? J’ai l’impression que ce n’est nullement assez pour vous. »

« Eh bien ! Quand l’existence même de l’humanité est en jeu, il faut penser plus loin qu’une simple analyse coût-bénéfice, » dis-je. « D’ailleurs, si nous agissons comme si ce n’était pas notre problème après que notre pays fut devenu stable, les autres pays ne le verront pas d’un bon œil. »

« Je vois..., » Jeanne croisa ses bras, gémissant alors qu’elle y pensait. « Dans ce cas, il s’agit de savoir si nous pouvons collaborer étroitement. L’Empire et le royaume sont sur les côtés opposés du continent. Cela va prendre du temps pour que nous puissions communiquer. C’est bien que nous puissions vous rediriger les demandes d’aide, mais si les renforts n’arrivent pas à temps, ça serait terrible. »

« Nous avons déjà une idée de la façon de gérer cela, » dis-je. « Hakuya, apportez-le-moi. »

« Certainement, Sire, » déclara Hakuya.

Hakuya se leva et quitta la pièce, revenant bientôt avec une boîte en bois de la taille d’un jeu de cartes. Il avait ensuite offert la boîte à Jeanne.

Jeanne accepta la boîte, la regardant d’un air dubitatif. « Qu’est-ce que ça pourrait être ? »

« Essayez de l’ouvrir, » dis-je. « Je voudrais que vous la donniez à Madame Maria. »

« Est-ce... un récepteur ? ... Ah ! » Il semblerait que Jeanne l’avait compris.

Dans la boîte il y avait un simple récepteur, comme ceux que j’avais utilisés quand j’avais lancé mon ultimatum aux trois ducs.

« Ce récepteur est réglé sur la même fréquence que l’un des joyaux détenus par notre pays, » dis-je. « Quand vous retournerez à l’Empire, je voudrais que vous m’envoyiez l’un des simples récepteurs de l’Empire. Bien sûr, il devrait être réglé à la même fréquence que l’un des joyaux détenus par l’Empire. De cette façon, nous pourrons nous contacter à tout moment. »

En d’autres termes, en utilisant des récepteurs simples et un joyau dans chaque pays, nous établirions une ligne directe entre l’Empire et le royaume. Contrairement aux joyaux, les simples récepteurs étaient facilement transportables.

Si l’un des deux pays appelait le simple récepteur du destinataire avec une demande de pourparlers, l’autre devait juste aller à l’endroit où se trouvait le joyau et ils pouvaient commencer immédiatement. Cela nous permettrait seulement de transmettre la vidéo et l’audio, donc il ne serait pas possible de signer quoi que ce soit, mais si nous avions des bureaucrates pour aller et venir avec les documents, même cela deviendrait possible.

Jeanne avait été très impressionnée par cette proposition. « Avec cela, vous pouvez facilement tenir des réunions avec ma sœur, qui ne peut pas se permettre de quitter l’Empire. Je ne sais pas quoi dire, Sire Souma. Votre créativité me fait trembler de peur. »

« Vous le faites aller hors de proportion, » dis-je. « C’était assez ordinaire d’avoir quelque chose comme ça dans mon Ancien Monde. »

« Et vous pensez que c’est parfaitement ordinaire... Euh, Sire Souma ? Je voudrais votre permission de pouvoir dire quelque chose d’un peu fou, » déclara Jeanne. « Est-ce que ça vous convient ? »

Quelque chose de fou ? Qu’est-ce qu’elle va dire par là ? me demandai-je.

« Je vais vous le permettre, » dis-je.

« Je vous remercie. Maintenant... Princesse Liscia, » déclara Jeanne.

« Hein ! Moi !? » Liscia parut surprise de voir la conversation se tourner soudainement vers elle, mais Jeanne continua.

« Envisageriez-vous la possibilité de restaurer Sire Albert sur le trône ? » demanda Jeanne. « Si vous agissiez ainsi, l’Empire vous soutiendra avec tout ce qu’il a comme pouvoir. »

Recommande-t-elle de me détrôner ? Je suis dans la pièce, avez-vous oubliée ? pensai-je.

Liscia sembla d’abord déconcertée, mais quand elle revint à elle, elle répondit avec colère, son visage devint de plus en plus rouge. « Que suggérez-vous tout d’un coup ? Je ne ferais jamais ça ! »

« Oh, où est le mal ? » demanda Jeanne. « Pour commencer, il s’agit du royaume de Sire Albert. Alors je voudrais que vous nous donniez, s’il vous plaît, le nouvellement libéré Sire Souma pour qu’il nous rejoigne ! S’il vient, je lui donnerai le poste de chancelier ou n’importe quelle autre position qu’il voudra ! Et zut ! Je suis même prête à offrir ma sœur comme un bonus supplémentaire, alors s’il vous plaît, devenez notre Empereur ! »

Non, si vous essayez d’offrir votre sœur comme une bouteille de détergent... ne traitez-vous pas un peu trop légèrement l’Impératrice ? pensai-je.

Liscia était indignée face à cette proposition. « Réalisez-vous vraiment ce que vous êtes en train de dire !? »

« Tout à fait, je suis saine d’esprit, » déclara Jeanne. « La façon dont Sire Souma réfléchit est en avance sur notre temps. Je veux voir l’Empire que ma sœur et lui créeraient en étant ensemble. Si nous avions su qu’il était ainsi, nous n’aurions jamais accepté vos subventions de guerre. Nous aurions dû insister pour que Sire Souma vienne auprès de nous. Il n’est pas trop tard, envisageriez-vous de venir maintenant dans l’Empire ? »

« Évidemment que non ! » Liscia avait fait claquer ses mains sur la table. « J’ai besoin... le royaume a besoin de Souma ! »

Liscia avait crié cela d’un ton menaçant, montrant ses dents. Ce n’était pas uniquement Liscia. Aisha derrière nous dégageait une aura grognonne. Sa main avançait également lentement vers son arme.

J’aimais qu’elles se soucient autant de moi, mais Jeanne était, techniquement, une invitée importante d’un autre pays. Je ne pouvais pas les laisser être trop hostile envers elle.

J’avais tapoté la tête de Liscia en lui disant. « Allons, allons ! Calmez-vous Liscia. Je ne vais nulle part, d’accord ? »

« ... Je suis désolée, » dit-elle. « J’ai perdu mon sang froid. »

« Aisha, arrêtez, jeune fille ! » ordonnai-je. « Ne mettez pas votre main sur cette arme ! »

« E-Est-ce que la façon dont vous me traitez n’est pas un peu indigne !? » objecta Aisha.

Ignorant cela, je me retournai pour faire face à Jeanne. « Je suis désolé, mais je ne peux pas accéder à cette demande. J’ai entendu dire que Madame Maria est charmante, mais je veux rester ici et être le roi dans ce pays où Liscia et les autres sont présentes. »

« Ouah... Je le savais, » déclara Jeanne. « Mais je pense vraiment que c’est regrettable que vous ressentiez ça. »

Puis, elle avait dit. « Merci de m’avoir permis de dire quelque chose de fou, » Jeanne inclina la tête. « Maintenant, revenons au sujet de l’alliance. C’est quelque chose de trop important pour que je puisse décider cela de ma propre initiative. Maintenant que vous m’avez fourni un merveilleux système pour que nos deux chefs d’État puissent discuter avec le Joyau de Diffusion de la Voix, je pense qu’il vaudrait mieux que vous en parliez directement avec ma sœur. Pour le moment, j’aimerais que quelques membres de votre corps diplomatique viennent dans l’Empire. Je vais également laisser quelques membres de notre bureaucratie ici, alors s’il vous plaît, ramenez-les au royaume avec vous. »

« Je vois. Cela devrait faciliter la coordination de la suite des événements, » dis-je. « Très bien... mais qu’en est-il de ça ? Que se passerait-il si nous confions à chacun le titre d’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire au représentant de notre corps diplomatique, pour ensuite établir une ambassade dans la capitale de chacun de nos deux pays ? Car après tout, il est inefficace d’aller et venir entre nos deux pays chaque fois que nous décidons de quelque chose. »

« C’est une idée de génie ! » s’exclama Jeanne. « J’examinerai immédiatement cette possibilité. Ma parole... la sagesse jaillit du Roi Souma comme l’eau d’une source chaude. »

Encore une fois, ce n’était pas comme si cela avait été mon idée. Si elle me jugeait trop bien, cela allait juste me faire me sentir plus gêné... Mais, bon, mettant cela de côté, Jeanne et moi avions continué après cela à parler de diverses choses.

Par exemple, nous avions parlé de la façon dont Madame Maria voulait abolir l’esclavage.

Depuis longtemps, Madame Maria avait apparemment voulu abolir le système, qui était un foyer pour la traite des êtres humains, mais elle cherchait maintenant à utiliser la menace imminente du Domaine du Seigneur-Démon pour le faire au nom de l’unité nationale. Même si la politique était difficile à faire passer en temps de paix, elle avait reconnu qu’elle pouvait le forcer à passer à travers maintenant, et elle avait rapidement réagi à l’occasion. Il semblait qu’elle était plus qu’une rêveuse idéaliste.

J’étais également en faveur de l’abolition, mais je sentais que c’était trop soudain, alors je leur avais demandé d’attendre. Des changements soudains, même bons, provoquaient toujours le chaos. La Révolution Française, avec son appel à « liberté, égalité et fraternité », s’était terminée par les purges du Règne de la Terreur et le mouvement du Printemps Arabe pour la démocratisation (même si je ne voulais en aucun cas condamner le mouvement lui-même). Avec mes connaissances de précédents comme ceux-là, je devais être prudent.

C’est pourquoi j’avais dit à l’Empire que l’émancipation devait être faite pas à pas. Si possible, je voulais qu’ils avancent au même rythme que le royaume.

Et, bien, avec des sujets importants comme celui qui se présentait les uns après les autres, les bureaucrates des deux nations étaient en pleine frénésie. Même tard dans la nuit, une fois la conférence terminée, ils avaient continué.

Ils seraient probablement debout toute la nuit. Avec un regard de côté vers ces bureaucrates, j’avais emmené Liscia et Jeanne jusqu’à la terrasse du bureau des affaires gouvernementales.

Parce qu’il était tard dans une nuit en automne, il faisait assez froid. J’avais demandé à Serina de nous apporter du lait chaud dans des tasses en bois, et même si ce n’était pas vraiment pour célébrer la fin des pourparlers, nous avions partagé un toast.

Liscia avait levé sa tasse. « Pour la gloire de l’Empire. »

Jeanne avait levé sa tasse. « Au développement du royaume. »

J’avais levé ma tasse. « À l’amitié entre nos deux nations. »

« « « Santé !! » » »

Nous avions entrechoqué nos tasses en bois.

Il y avait du lait chaud dans les tasses, donc après le toast, nous ne pouvions que les savourer (parce que si nous les renversions, nous nous brûlerions), mais... oh, c’était bon. Une chose que j’appréciais depuis mon arrivée dans ce monde était le délice du lait. Il était non pasteurisé (ils traitaient probablement directement dans un seau en métal, comme vous le verriez dans Nello et le chien des Flandres [1], puis il le refroidissait avec de l’eau de rivière ou de puits), de sorte que la saveur était vraiment intacte. Le compromis était que ce n’était pas totalement sûr, mais... cette texture était irrésistible !

« Ce fut une conférence très fructueuse, » déclara Jeanne alors que j’étais réchauffé par le délicieux lait chaud. « Nous avons parlé pendant assez longtemps, n’est-ce pas ? Nous sommes presque rendus à l’aube. »

« ... Maintenant que j’y pense, j’ai l’impression que nous avons parlé de beaucoup de choses aujourd’hui que nous n’avions pas vraiment à faire dès le premier jour, » dis-je.

Comme le fait que nous avions pris la peine d’organiser une ligne de communication permanente en utilisant le service du Joyau de Diffusion de la Voix, je pensais que nous aurions pu mettre de côté un certain nombre de sujets que nous avions couverts aujourd’hui pour une date ultérieure. Je me sentais mal pour les bureaucrates des deux nations dont la charge de travail avait augmenté à cause de nous.

« Peut-être parce qu’il était si tard dans la nuit, nous nous sommes étrangement excités..., » dis-je.

« Pouvez-vous vraiment nous blâmer ? » déclara Jeanne avec un sourire. « Pour ma part, j’étais ravie de trouver de nouveaux amis fiables. »

Amis... Hmm, pensai-je.

Certes, même si notre alliance était secrète, nous et l’Empire pourrions maintenant être appelés amis. Quant à l’influence que cette alliance secrète aurait sur le monde... Je ne pouvais pas encore être sûr, mais c’était rassurant de savoir que d’autres pays pourraient partager mes valeurs. L’Empire avait dû ressentir la même chose.

Jeanne afficha soudainement une expression sérieuse. « J’ai quelque chose à vous dire, à vous mon ami de l’est. »

« Qu’est-ce que c’est ? Mon ami de l’ouest, » dis-je.

« Il s’agit du Seigneur-Démon, censé habiter le Domaine du Seigneur-Démon, » dit-elle.

Le Seigneur-Démon. Si je devais utiliser ma connaissance des Jeux de Rôle, c’était l’être qui régnait sur les démons et les monstres. Bien qu’il n’ait pas été confirmé, l’ancien roi, Sire Albert, m’avait dit qu’il y avait apparemment un être comme ça dans le Domaine du Seigneur-Démon.

« Avez-vous vu le Seigneur-Démon ? » demandai-je.

« Non, » répondit Jeanne. « Mais en plus, personne n’a prétendu l’avoir vu. Ceux qui ont pénétré le plus profondément dans le Domaine du Seigneur-Démon étaient la force punitive initiale, mais elle a été presque complètement éradiquée. »

« Hein !? Alors comment savez-vous qu’il y a un Seigneur-Démon ? » demandai-je.

« Quand la force punitive a été détruite, il y avait un groupe de démons censés être capables de parler, et il y avait un mot qu’ils déclaraient souvent, » dit-elle. « Les chercheurs de mon pays ont émis l’hypothèse que ce mot pourrait être le nom du Seigneur-Démon. »

À ce moment-là, Jeanne fit une pause, puis elle prononça le mot comme si elle l’annonçait.

« Ce mot était... “Divalroi”, » déclara-t-elle.

« Divalroi... Seigneur-Démon Divalroi ? » demandai-je.

« Exact. Ils disent que c’est le nom du Seigneur-Démon, » Jeanne acquiesça d’un air sombre.

Seigneur-Démon Divalroi, euh... Hmm ? pensai-je.

« Le Seigneur-Démon Divalroi... le Seigneur-Démon Divalroi... Seigneur-Démon... Divalroi, Seigneur-Démon..., » murmurai-je.

Hein !? Qu’est-ce que c’est ça ? Je me souviens d’avoir entendu cette phrase quelque part, pensai-je. Est-ce une sensation de déjà vu ? ... Non, ce n’est pas ça. Cela me semble familier. Quelque part... Je l’ai entendu quelque part. Quelque part ailleurs qu’ici. Pas dans ce monde. Dans l’autre monde ?

Non, attends. Pourquoi penserais-je à la Terre ? Il ne devrait pas avoir de Seigneur-Démon sur Terre. Je ne connais pas de Divalroi. Du moins, je ne devrais pas..., cependant, il y a quelque chose de présent dans un coin de mon esprit.

« Qu-Qu’est-ce qui ne va pas, S-Souma ? » s’exclama Liscia.

Quand j’avais repris mes esprits, Liscia soutenait mon corps. On aurait dit que j’avais serré ma tête entre mes mains et que j’avais trébuché. Liscia et Jeanne semblaient inquiètes, alors je leur avais souri.

« Je vais bien, » dis-je. « Je viens d’être frappé par une vague soudaine de fatigue. »

« Hmm... après tout, il est si tard, » déclara Jeanne. « Que diriez-vous d’arrêter là pour cette nuit ? »

Parce que Jeanne aussi disait ça, nous avions décidé de nous revoir demain dans la salle d’audience avec Julius présent pour annoncer ce qui avait été décidé aujourd’hui, puis nous étions tous allés nous reposer.

J’avais alors demandé à Serina de montrer à Jeanne une chambre d’amis, pendant que Liscia et moi nous nous dirigions vers la chambre que Liscia utilisait. Je voulais aller dormir le plus tôt possible, mais mon lit était dans le bureau des affaires gouvernementales. Je ne pouvais pas dormir correctement avec les bureaucrates qui travaillaient juste à côté de moi, alors j’avais pensé que j’emprunterais un coin dans la chambre de Liscia.

« Souma... allez-vous vraiment bien ? » me demanda Liscia d’un air préoccupé au moment où nous avions atteint sa chambre.

« ... Je vais bien, » dis-je. « J’étais juste un peu fatigué. »

« Vous mentez ! » explosa-t-elle. « Vous êtes régulièrement resté debout pendant trois nuits d’affilée ! Je ne vais pas croire que vous soyez fatigué après être resté debout pendant seulement une nuit ! »

« Non, je pense que c’est assez mauvais et que c’est ce qui vous a mis la puce à l’oreille..., » dis-je.

Liscia soupira. « Venez ici ! »

Liscia s’était assise sur son lit, puis elle m’ordonna de m’asseoir à côté d’elle. Le fait d’être assis à côté d’une jolie fille sur son lit était une situation qui aurait dû faire battre fortement mon cœur, mais l’attitude sans fioriture de Liscia m’avait intimidé à lui obéir docilement.

Après l’avoir décidé... au moment où je m’étais assis, Liscia avait attrapé ma tête et l’avait poussée sur ses genoux. C’était mon premier oreiller de cuisses depuis longtemps. Je pouvais entendre la douce voix de Liscia au-dessus de moi.

« Je ne sais pas ce qui vous l’a causé, mais quand vous êtes fatigué, laisse-moi vous faire plaisir, » déclara Liscia tout en me frottant le front.

« ... Désolé, » dis-je. « Et merci beaucoup. »

« Hehe. Je vous en prie, » déclara Liscia.

J’avais alors fermé les yeux, laissant la tension s’éloigner de mon corps. Quand j’avais entendu le nom de « Seigneur-Démon Divalroi », j’avais ressenti une vague d’incertitude à cause du sentiment que j’avais déjà entendu le nom. Cela n’avait pas été résolu, mais le simple fait d’avoir la tête caressé ainsi avait fait que mon cœur se sentait plus léger.

Grâce à Liscia, pendant le petit moment qu’il m’aura fallu pour m’endormir, je n’avais plus à me sentir inquiet.

Notes

  • 1 Nello et le chien des Flandres : Nello et le chien des Flandres (A Dog of Flanders) est une comédie dramatique américaine réalisée en 1999 par Kevin Brodie, d’après le roman de Maria Louise Ramé.

☆☆☆

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2 commentaires

  1. Merci pour le chapitre

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