Genjitsushugisha no Oukokukaizouki – Tome 20 – Chapitre 2 – Partie 3

Bannière de Genjitsushugisha no Oukokukaizouki ☆☆☆

Chapitre 2 : Le « Gorille » ouvre ses portes +α1

Partie 3

« N’est-ce pas un peu long quand même ? » demanda Liscia. « Quelque chose de plus court serait plus facile à prononcer. »

« Hum… » Madame Sill prit un air pensif. « Et si on prenait les premières syllabes pour raccourcir le nom en “Driaila” ? »

« Ça ressemble beaucoup à “drill” », intervint Kuu en frappant dans ses mains. « Pourquoi ne pas utiliser le “Go” de “dragon” à la place de “Dr” ? Pour que ça reste percutant, avec trois syllabes. Donc… »

Attends. J’ai un mauvais pressentiment à ce sujet. Et j’avais raison.

« Gorilla ! Que pensez-vous de Gorilla Airways ? » suggéra fièrement Kuu.

Attends un instant ! Je le savais ! Un nom aussi ridicule, ça ne va pas le faire ! C’est du moins ce que je pensais… jusqu’à ce que je voie Madame Sill y réfléchir avec un air sérieux.

« Gorilla… Gorilla, vous dites… »

« Non, euh, c’est un peu… »

« Oui, j’aime bien la sonorité de ce nom. Gorilla. »

« Attendez, sérieusement ?! Ça vous va ?! »

Ah, c’est vrai. Il n’y a pas de gorilles dans ce monde. Lors du symposium sur les monstres, j’avais failli appeler un ogre « gorille » avant de me corriger et de dire « shoujou ». Cela signifiait que personne ici n’avait en tête l’image d’un primate géant en entendant le mot « gorille ». C’est pourquoi personne ne trouvait que c’était un nom étrange pour une compagnie aérienne. Sauf moi.

Donc, techniquement, ce n’était pas un problème. Ce n’était pas… ou ça n’aurait pas dû être un problème. « Qu’est-ce que tu grognes là-bas ? » demanda Liscia en me lançant un regard glacial alors que j’étais assis, la tête entre les mains, tandis que tout le monde félicitait chaleureusement Madame Sill d’avoir trouvé un si « bon » nom. Eh bien… Ce qui est fait est fait. Dans un monde en pleine mondialisation, il n’aurait pas été judicieux de gâcher la fête de tout le monde.

Je devrais simplement garder pour moi le fait que désormais, chaque fois que j’utiliserai le service de livraison des chevaliers dragons, j’imaginerais probablement un gorille.

C’est ainsi que Gorilla Airways ouvrit ses portes.

Une fois le sommet terminé, les dirigeants, très occupés, étaient tous rentrés dans leurs pays respectifs, mais notre groupe du Royaume de Friedonia avait reçu une invitation personnelle de Madame Sill.

Il s’agissait de moi, de Liscia, de Naden, ainsi que de nos gardes Halbert et Ruby. À l’issue de la réunion, Madame Sill nous escorta elle-même jusqu’à une salle de réception.

« Je suis désolée. Je dois aller me changer, veuillez patienter ici », dit-elle avant de quitter la pièce avec sa compagne, Pai. Nous nous étions installés sur les canapés et buvions le thé préparé par les servantes du château en attendant.

« Je me demande de quoi elle veut nous parler », déclara Liscia entre deux gorgées de thé. « Est-ce que ça concerne Gorilla Airways ? »

« Bwugh ! »

En entendant ce nom sortir de nulle part, je m’étouffai et recrachai mon thé.

Naden, assise en face de Liscia, tressaillit légèrement, puis me lança un regard réprobateur, comme pour dire : « Qu’est-ce que c’était que ça, tout d’un coup ? »

Toussant, je parvins à dire : « Ah, désolé. Je ne pense pas que ce soit ça. S’il y avait eu des ajustements à apporter aux liaisons aériennes, nous nous en serions occupés lors du sommet, en présence de tous les dirigeants. »

« Oui, c’est vrai », acquiesça Liscia.

« Je veux dire, regarde simplement qui est là », dit Naden en nous désignant, dans l’ordre : elle, moi, Hal et Ruby. « Elle a expressément demandé que Halbert et Ruby soient là aussi, non ? Si les deux chevaliers dragons du Royaume sont présents, alors ça a probablement un rapport avec la chaîne de montagnes du Dragon Étoilé. »

« Hein ? Mais je ne suis pas chevalier dragon. »

« Si Souma reste, ce serait impoli de te renvoyer chez toi sans lui, Liscia. »

« D’accord. »

Pendant que Liscia et Naden discutaient, je remarquai que Hal et Ruby avaient une conversation à part. Leur ton était détendu, mais il y avait quelque chose d’étrange.

« Ces biscuits sont délicieux. J’ai presque envie d’en ramener à Bill », dit Hal en les grignotant.

« Si je le demande à Pai, il nous en emballera peut-être quelques-uns. Je vais essayer », répondit Ruby.

« Je parie que Kaede et Velza préféreraient le thé, par contre… »

« Pas de problème. Je vais en demander aussi. »

Tout cela semblait tout à fait normal… Et pourtant, quelque chose dans leur échange m’avait paru étrange.

Alors que je me creusais la tête, madame Sill revint : « Désolée de vous avoir fait attendre. »

« “‘Hein ?!’” »

Tout le monde écarquilla les yeux en voyant comment Madame Sill était habillée.

Elle ne portait plus l’armure qu’elle arborait lors du sommet, un choix tout à fait approprié pour la reine d’une nation de chevaliers. Elle s’était changée pour enfiler une tenue ressemblant davantage à une robe d’intérieur, du genre de celles qu’on pourrait facilement confondre avec une chemise de nuit.

Cela aurait déjà été surprenant en soi, mais combiné aux traits juvéniles de Madame Sill et au fait que nous ne l’avions jamais vue autrement qu’en armure, aucun d’entre nous ne s’attendait à la voir dans une tenue aussi féminine.

Madame Sill gloussa, anticipant manifestement notre réaction.

« Excusez-moi pour cette tenue. Mes vêtements habituels commencent à être un peu serrés au niveau du ventre. »

« Le ventre ? »

« Attendez, ça veut dire que… »

Liscia sembla être la première à comprendre. Madame Sill acquiesça.

« Oui, je suis enceinte. Le père est mon compagnon, Pai. »

« M-Madame Sill… » Pai, qui avait l’air d’un otokonoko, rougit timidement.

Maintenant qu’elle le dit, son ventre commence à s’arrondir légèrement. Sérieusement… ?

Jusqu’à présent, avec Madame Sill dans son armure de chevalier et l’apparence délicate de Pai, elles ressemblaient à une version avec les genres inversés d’une princesse et de son chevalier. Mais à présent, avec Sill vêtue d’une robe légère aux côtés de sa compagne timide, l’image s’était inversée. On aurait plutôt dit un homme plus âgé sortant avec un homme plus jeune.

« Tu es encore en train de penser à des choses bizarres, n’est-ce pas ? » me lança Liscia d’un regard glacial.

« Pas du tout », répondis-je d’un ton neutre en détournant rapidement le regard.

Madame Sill prit place sur le canapé en face de nous avec Pai et sourit doucement.

« Je voulais vous parler de cette grossesse… C’est pour ça que j’ai demandé aux amies de Pai de rester ici. Il a dit qu’il voulait annoncer la nouvelle en personne à madame Naden et à madame Ruby. »

« Ah, c’est donc pour ça que nous sommes ici. »

Ce n’étaient pas tant les chevaliers dragons du Royaume qui avaient été convoqués… mais plutôt Naden et Ruby.

Hal et moi ne faisions que les accompagner, et Liscia connaissait Pai depuis leur rencontre dans la chaîne de montagnes du Dragon Étoilé.

À ce moment-là, Hal, qui avait écouté avec un air absent, revint enfin à lui.

« Euh… On dit qu’un enfant né d’un dragon et d’un humain peut être un humain, un dragonewt ou un dragon, n’est-ce pas ? Mais que se passe-t-il lorsque le parent qui donne naissance est humain, comme vous, madame Sill ? J’ai entendu dire que lorsque le parent est un dragon, le bébé naît sous forme d’œuf. »

« Tout cela est exact », répondit Madame Sill en posant une main sur son ventre. « En tant qu’humaine, je ne pourrais pas donner naissance à un œuf de dragon. Il serait bien trop gros pour moi. Cet enfant naîtra donc presque certainement sous la forme d’un humain ou d’un “dragonewt”. Mais franchement, tant que le bébé est en bonne santé, son appartenance raciale n’est qu’un détail mineur. »

« Ouais, je suppose que vous avez raison », dit Hal en hochant la tête.

Étant donné que la Maison de Magna ne comptait que des épouses non humaines, il devait très bien comprendre ce sentiment.

Moi aussi, d’ailleurs, et c’est pourquoi je lui fis une suggestion.

« Félicitations. Si vous le souhaitez, je peux faire venir un obstétricien du Royaume pour s’occuper de vous. »

« Oh, j’apprécierais vraiment cela », dit Madame Sill. « Si un médecin du Royaume, en particulier un médecin formé aux sciences médicales les plus avancées, était disposé à venir ici, je me sentirais bien plus rassurée pour l’accouchement. Je vous en prie, faites-le. »

« Considérez que c’est fait. »

Bien que nous ayons réformé le système médical du Royaume sous l’impulsion d’Hilde et de Brad, il y avait encore des gens qui s’accrochaient à la tradition et préféraient les sages-femmes aux obstétriciens. Madame Sill, en revanche, n’avait aucune hésitation de ce genre.

Pour quelqu’un vivant dans le Royaume des Chevaliers-Dragons, une nation réputée pour son attachement aux traditions, elle était remarquablement progressiste.

Eh bien… elle n’aurait probablement pas approuvé aussi facilement un nom comme « Gorilla Airways » si elle n’avait pas été aussi progressiste.

Pendant que nous parlions, Naden, Ruby et Pai discutaient entre eux.

« Quand je pense que tu vas devenir papa, Pai… J’ai encore du mal à y croire », dit Naden.

« Je ressens la même chose », dit Ruby. « Même si c’est gênant à admettre, tu as toujours été la plus féminine de nous trois. »

« Vous deux, vous avez toujours eu un caractère bien trempé et vous vous disputiez sans arrêt », répondit Pai avec un sourire ironique. « Essayez de vous mettre à ma place : je devais toujours intervenir pour vous séparer. »

« Euh, ouais… Désolée », dit Naden d’un air penaud.

« Ce n’était pas juste de notre part de te faire ça », ajouta Ruby, l’air un peu coupable.

« Vous vous êtes beaucoup adoucies depuis que vous vous êtes mariées. Est-ce grâce à vos maris ? » taquina Pai.

« Écoute-toi parler… » rétorqua Naden. « Toi et Madame Sill, vous avez vous-mêmes dû devenir plutôt intimes, hein ? »

« Naden, c’est un peu grossier, non ? » la réprimanda Ruby en fronçant les sourcils.

« Hum. Je voudrais te féliciter, mais je suis un peu frustrée que tu m’aies devancée. Moi aussi, je veux un bébé avec mon mari… Je parie que Ruby ressent la même chose, pas vraie ? »

Ruby se tut soudain, détournant le regard avec embarras des deux autres. Dès que je vis cette réaction, je compris ce qui me tracassait.

« Oh… le thé. Ruby n’en a pas bu tout à l’heure, n’est-ce pas ? »

D’habitude, Ruby se serait assise pour manger avec Hal, mais cette fois-ci, elle était simplement restée assise là, sans toucher ni à son thé ni aux biscuits. C’était donc ça, ce sentiment étrange que j’avais éprouvé en les observant.

Liscia porta une main à sa bouche et réfléchit un instant.

« Maintenant que tu en parles… La docteure Hilde m’avait dit de ne pas boire trop de thé noir quand j’étais enceinte. Même si elle avait précisé qu’un peu, ça allait. »

« Qu’est-ce que ça veut dire ? » demanda Naden en plissant les yeux.

Liscia ne tourna pas autour du pot.

« La grossesse. »

« Hein ?! »

Naden tourna brusquement la tête vers Ruby qui détourna timidement le regard et se gratta la joue. Elle ne déclara rien, mais une assurance tranquille se dégageait d’elle. De son côté, Naden avait l’air de quelqu’un à qui l’on venait d’ajouter au-dessus de la tête une bulle de bande dessinée avec l’inscription « Grrrgnash ».

« Tu m’as pris de vitesse, toi aussi ?! »

« Tu donnes l’impression que c’est une sorte de complot diabolique ! » protesta Ruby. « Je faisais juste de mon mieux… Après avoir vu Kaede jouer avec le petit Bill, il est tout naturel que je veuille un enfant. »

« Eh bien, moi aussi, j’en veux un ! »

« Alors, toi et ton mari, vous devez faire plus d’efforts ! »

Ça commençait à devenir gênant à entendre. Je me grattai la tête, ne sachant pas trop quoi répondre, avant de croiser le regard glacial que Liscia me lançait du coin de l’œil.

« Tu les as entendues, Souma. »

« Euh, ouais, mais écoute… Tu peux le dire autant que tu veux, je ne peux pas faire grand-chose tout seul… »

« Alors, parlons à Tomoe pour qu’elle accorde encore quelques tours à Naden et Aisha. Aisha veut un bébé elle aussi, tu te souviens ? Souma… tu n’as qu’à faire de ton mieux. »

« “Faire de mon mieux”, dit-elle… »

« Envoyons un messager à la Maison Panacotta pour leur demander leur recette secrète. Serina et Komain ont géré le régime de Poncho et l’ont fait travailler dur tous les soirs, et ça a porté ses fruits. »

« Ouais, et Poncho s’est retrouvé squelettique pendant un moment à cause de ça, tu sais ! »

Si ça en arrivait là, ça perturberait sans aucun doute mon travail. Je ne pouvais qu’espérer qu’elles y aillent doucement avec moi… Mais quand les reines s’unissaient pour une cause, je n’avais plus mon mot à dire.

Madame Sill gloussa tandis que je me prenais la tête entre les mains.

« Quel pays charmant que le vôtre ! »

☆☆☆

Si vous avez trouvé une faute d’orthographe, informez-nous en sélectionnant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée s’il vous plaît. Il est conseillé de se connecter sur un compte avant de le faire.

Un commentaire :

  1. merci pour le chapitre

Laisser un commentaire