☆☆☆Chapitre 3 : Le couple royal pendant le séjour de Remus dans l’ancienne capitale de la principauté
Table des matières
- Chapitre 3 : Le couple royal pendant le séjour de Remus dans l’ancienne capitale de la principauté – Partie 1
- Chapitre 3 : Le couple royal pendant le séjour de Remus dans l’ancienne capitale de la principauté – Partie 2
- Chapitre 3 : Le couple royal pendant le séjour de Remus dans l’ancienne capitale de la principauté – Partie 3
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Chapitre 3 : Le couple royal pendant le séjour de Remus dans l’ancienne capitale de la principauté
Partie 1
Cela s’est passé peu après la réorganisation des nations de Landia…
« Vous souhaitez discuter de quelque chose ? Avec nous ? »
Ce jour-là, Liscia et moi avions reçu une demande d’audience de la part de Lombard Remus et Yomi Remus, le roi et la reine du royaume de Remus récemment restauré, et nous les avions rencontrés dans une salle de réception du château de Parnam. Cela ne faisait que quelques jours que le sommet qui avait décidé de la réorganisation du continent s’était tenu, et pourtant, tous deux avaient déjà pris la peine de venir nous voir.
Alors que je me demandais quel sujet ils allaient aborder, Sire Lombard entama la conversation en disant : « Il y a une question dont nous souhaitons discuter avec vous. »
Puis, croisant mon regard, il acquiesça et poursuivit : « Oui, je souhaite ravaler ma fierté et faire appel à votre sagesse. »
« Ma sagesse… ? Vous en faites toute une histoire. Que voulez-vous savoir ? »
« Comment, en tant que roi, doit-on régner sur ses sujets ? »
Je le regardai d’un air perplexe. « Vous êtes né dans la famille royale, n’est-ce pas ? N’êtes-vous pas roi depuis plus longtemps que moi ? »
« Peut-être, » admit-il, « mais le royaume de Remus n’était qu’un pays parmi tant d’autres au sein de l’Union des Nations de l’Est. Notre territoire s’est désormais agrandi de plus de vingt fois, ce qui nous place au même niveau que les autres nations ayant pris part au sommet… Même si, les troubles n’ayant pas encore apaisé, nous sommes une nation au vaste territoire, mais à la substance bien maigre. »
Lombard prononça cette remarque dépréciative avec un sourire pâle.
Les trois nations du nord — le Grand Royaume du Tigre de Haan, le Royaume de Remus et le Royaume de Lastania — étaient toutes nées de l’effondrement du Grand Empire du Tigre de Haan et étaient encore en pleine reconstruction.
Après l’effondrement des ambitions de Fuuga, des rébellions avaient éclaté dans toute la région, et le coup d’État de Krahe n’avait fait qu’accélérer le chaos. Une grande partie du territoire était en ruines. Il s’agissait d’un territoire autrefois connu sous le nom de « Domaine du Seigneur-Démon », déjà dévasté par des attaques incessantes de monstres; il était donc tout à fait naturel qu’il soit dans un état aussi déplorable.
Une fois Krahe mis hors d’état de nuire, les factions qui l’avaient soutenu virent leurs domaines soit confisqués, soit purement et simplement détruits. Ceux qui étaient restés neutres à l’époque avaient été contraints de se soumettre aux nouveaux États et de prouver leur loyauté.
La première des trois nations du nord à se stabiliser fut le Royaume de Lastania. C’était celle qui bénéficiait du soutien du Royaume de Friedonia. Le monde nous considérait comme les chefs de file de l’ordre d’après-guerre. En privé, on surnommait même l’Union du Continent du Sud, qui avait apporté la stabilité, le « Grand Empire de Friedonia », et on m’appelait « l’Empereur de Friedonia », moi qui avais mis fin aux ambitions de Fuuga et proposé la création de l’Union.
Je vous avoue que, entre ça et « Grand Roi », j’avais vraiment accumulé quelques titres officieux qui sonnaient bien pompeux.
Comme mon beau-frère, Julius Lastania, en était le roi, Lastania avait bénéficié d’un soutien actif de notre part, ce qui avait accéléré son redressement.
Le Grand Royaume du Tigre de Haan, bien que considérablement réduit en taille, était l’État successeur du Grand Empire du Tigre; la paix y revint donc rapidement. Il avait reçu l’aide du Royaume d’Euphoria et entretenait des échanges commerciaux fréquents avec le Royaume des Esprits de Garlan.
Il restait le Royaume de Remus, qui peinait le plus à se relever. Parmi tous les survivants du Grand Empire du Tigre, Sire Lombard était le seul apte à diriger une nation. Cependant, bon nombre des chevaliers et des nobles qui s’étaient soumis à lui après la guerre le méprisaient, estimant qu’il avait obtenu sa couronne en grande partie par chance. Ses anciens amis du Grand Royaume du Tigre de Haan contribuaient à la reconstruction, mais, étant eux-mêmes bénéficiaires d’une aide, ils ne pouvaient pas lui apporter un soutien significatif. Lors du prochain sommet, l’Union tout entière devrait vraisemblablement unir ses forces pour soutenir la reconstruction de Remus.
Cela dit, attendre une aide extérieure ne les mènerait pas loin. Sire Lombard était là parce qu’il voulait voir ce qu’il pouvait accomplir par ses propres moyens.
« Alors, quelle est votre question exacte ? » demandai-je.
« Comment gouverner des peuples aux positions et aux cultures différentes », répondit Sire Lombard. « Lorsque vous étiez roi d’Elfrieden, vous avez annexé votre voisin hostile, la principauté d’Amidonia, et vous avez régné sur son peuple sans troubles majeurs, créant ainsi une nation unique : le royaume de Friedonia. De plus, en tant que personne venue d’un autre monde, ce pays vous était étranger au départ et son peuple n’était pas le vôtre. J’ai même entendu dire qu’il y avait eu des rumeurs selon lesquelles vous auriez usurpé le trône. »
Il avait bien préparé son terrain. À sa façon de s’exprimer, je voyais bien qu’il était perspicace. Au sein du camp du Grand Empire du Tigre, un lieu regorgeant d’individus extrêmement talentueux, mais difficiles à contrôler, Sire Lombard s’était forgé une réputation de commandant fiable. Il n’était pas tape-à-l’œil, mais constant et attaché à ses principes.
Il devait être aussi indispensable que le riz, tout comme Niwa Nagahide l’avait été pour la maison Oda.
« Oui, il y en a eu. Je me souviens même d’une personne qui avait fait irruption dans le bureau des affaires gouvernementales après avoir hâtivement conclu que j’avais usurpé le trône… Pfft. »
Je jetai un coup d’œil à Liscia qui me donna un petit coup de coude silencieux dans les côtes.
Ça m’a vraiment fait mal. Je lui lançai un regard réprobateur, mais elle se contenta de détourner la tête en poussant un soupir.
Sire Lombard poursuivit calmement, comme s’il n’avait pas été témoin de cet échange :
« J’aimerais beaucoup que vous me le disiez, Sire Souma. Vous le savez sans doute, mais bien que mon royaume ait autrefois fait partie du Grand Empire du Tigre, il s’agissait à l’origine d’une région composée de nombreuses nations. De ce fait, notre peuple présente une grande diversité de cultures et de valeurs. Nous travaillons à la construction de la nation parallèlement à la reconstruction, mais toute nouvelle idée que nous introduirons risque de se heurter à des traditions bien ancrées. »
Il n’avait pas tort… Sire Lombard me regarda droit dans les yeux.
« Si nous imposons le changement, le mécontentement grandira. Mais si nous ne faisons rien, les autres pays nous laisseront à la traîne. C’est pourquoi j’espère que vous pourrez m’apprendre à gagner le soutien du peuple tout en introduisant de nouveaux éléments dans notre culture. Je vous en prie. » Il s’inclina.
« Ah ! » Yomi l’imita aussitôt. « Oui, aidez-nous, s’il vous plaît. »
Voir le souverain d’une autre nation s’incliner devant moi était un peu intimidant… S’il était prêt à faire preuve d’autant d’humilité, je me devais de lui donner le meilleur de moi-même, même si je n’avais de toute façon pas l’intention de lui dire non.
Le problème, c’est que ce n’était pas si simple. Certaines de mes politiques avaient été largement acceptées, d’autres moins, et quelques-unes avaient donné des résultats inattendus. Enseigner une « recette » pour y parvenir était plus facile à dire qu’à faire.
Alors que j’étais assis là, à gémir et à me creuser la tête, Liscia me tira par la manche. « Souma, tu compliques les choses inutilement. N’y a-t-il pas déjà quelqu’un qui se vante d’avoir appris à gouverner grâce à toi ? Tu dois bien avoir quelque chose à enseigner. »
« Quelqu’un qui a appris de moi ? Qui ? »
« Tu sais bien, le chef de la République de Turgis. »
« Ah, tu veux dire Kuu. »
Maintenant qu’elle en parlait, Kuu, qui me considérait comme son « grand frère », était resté quelque temps dans notre pays pour observer ma façon de gouverner. Ce n’est pas que je lui aie activement enseigné quoi que ce soit; il s’était contenté d’observer, d’apprendre, puis était rentré chez lui avec ses propres conclusions.
Liscia se pressa les tempes entre les doigts, essayant de se souvenir de quelque chose.
« Je discutais avec Kuu un jour et il m’a dit que pour gagner le cœur et l’esprit des habitants d’une région nouvellement acquise, il fallait leur offrir quelque chose de nouveau, quelque chose qui leur ferait ressentir un moment de vulnérabilité. Il affirmait avoir appris cela de toi. »
« Je ne me souviens pas lui avoir enseigné cela… mais je comprends en quelque sorte ce qu’il veut dire. »
« Qu’est-ce que cela signifie ? » demanda Sire Lombard avec intérêt.
Je croisai les bras en répondant : « Quand on a affaire à des gens liés par la tradition, la culture ou des valeurs bien ancrées, il n’est pas facile de les amener à accepter une nouvelle proposition. Ils se disent : “On a toujours fait comme ça, alors pourquoi changer ?” »
« Oui, exactement… Et c’est précisément le problème auquel nous sommes confrontés aujourd’hui. »
« Dans ce cas, avant de proposer quoi que ce soit, il faut d’abord leur présenter des possibilités totalement inédites. Par exemple, j’ai introduit le train de “rhinosaurus” pour améliorer la circulation des marchandises et j’ai utilisé les “joyaux de diffusion” pour toutes sortes d’émissions, alors qu’ils n’avaient jusqu’alors servi qu’aux discours du roi. On ne se contente pas de dire : “Je veux créer ça.” On le crée, on leur montre à quel point c’est extraordinaire et on suscite leur intérêt. Une fois qu’ils ont adopté l’innovation, la tradition et la culture s’adapteront naturellement pour aller à sa rencontre. »
Pour prendre un exemple tiré de mon ancien monde, lorsque le stylo a été introduit au Japon depuis l’étranger, les gens ont commencé à s’en servir, mais les pinceaux n’ont pas été totalement éliminés. Ils ont continué d’exister, tout comme les styles d’écriture traditionnels, et nous avions même développé un hybride : le « fudepen », ou stylo-pinceau. C’est cela, trouver un compromis entre tradition et innovation.
« Je pense que c’est ce que Kuu voulait dire. Si vous craignez que le Royaume de Remus soit laissé pour compte par la vague de la nouvelle ère, commencez par montrer à votre peuple ce que cette nouvelle ère a à offrir. Mettez en place un réseau de distribution et renforcez les échanges commerciaux avec vos voisins pour que votre peuple soit en contact avec les avancées des autres nations. Ou montrez-leur cela à travers des émissions télévisées, comme celles que nous produisons. La première étape consiste à susciter leur intérêt pour quelque chose de nouveau. »
« Des nouveautés, dites-vous ? » songea Sire Lombard. À ce moment-là, une idée me vint à l’esprit.
« C’est une bonne occasion. Pourquoi ne pas visiter la ville de mon pays, qui est la plus passionnée par les nouveautés ? Je ne peux pas vous servir de guide moi-même, car je suis retenu par mes obligations officielles, mais je m’occuperai de vous trouver une escorte et un guide, afin que vous et madame Yomi puissiez prendre votre temps. »
« Ma parole ! Je n’aurais pas pu rêver d’une offre plus généreuse. » Le visage de Sire Lombard s’illumina tandis que Liscia fronçait les sourcils, perplexe.
« De quelle ville parles-tu ? Parnam aime bien les nouveautés, elle aussi. »
« Non, il existe une ville encore plus avant-gardiste que celle-ci. »
« Avan… quoi ? »
« Avant-gardiste. C’est un mot de mon ancien monde qui signifie quelque chose comme “innovant”. Il vient du terme désignant l’avant-garde d’une armée, mais il a fini par désigner l’art en avance sur son temps. »
« L’art… Oh, tu veux parler de ça. »
On aurait dit que Liscia avait compris. Madame Yomi pencha la tête.
« Euh, quelle ville exactement ? »
« C’est Van, dans la région d’Amidonia. L’ancienne capitale de la principauté d’Amidonia », expliquai-je, avant d’esquisser un sourire en coin. « C’est la ville la plus avant-gardiste du pays. »
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Partie 2
La ville de Van se trouve dans la région d’Amidonia du royaume de Friedonia.
À l’époque où elle était la capitale de la principauté d’Amidonia, Van avait un caractère résolument militariste. Cependant, après que le royaume d’Elfrieden, sous le règne du roi Souma, eut pris la ville, ce dernier encouragea les arts dans le cadre de sa politique d’occupation. Libérée de son ancien militarisme, Van renaquit alors en tant que ville des arts.
Cette tendance s’est poursuivie même après l’unification d’Elfrieden et d’Amidonia au sein du Royaume de Friedonia. Les habitants ont commencé à peindre leurs toits de couleurs vives et des artistes de toutes disciplines sont venus s’y installer pour travailler. Une réserve naturelle a également été créée dans les montagnes voisines afin de protéger les shoujous qui récoltaient le lys envoûtant, ingrédient clé des boulettes aux racines de lys. Il en résulta une ville, ainsi qu’une région environnante, empreintes d’un certain chaos animé.
L’essor de Van en tant que pôle artistique influença les villes et villages voisins et bientôt, toute la région fut connue sous le nom de « région A -Van-Garde », un nom inventé par Souma lui-même.
Sur l’aire d’atterrissage des wyvernes, près des portes de Van, Lombard et Yomi descendirent de la gondole royale qu’ils avaient empruntée à Souma.
« Yomi, laisse-moi te prendre la main. »
« Merci, seigneur Lombard. »
Alors que Lombard aidait Yomi à descendre, une silhouette encore plus grande que lui s’approcha. La nouvelle venue s’arrêta devant eux, se redressa et fit un salut militaire impeccable.
« Vous êtes le roi et la reine du royaume de Remus, je présume. Je suis Margarita Wonder, chargée par Sa Majesté d’assurer votre sécurité. Merci d’être venus. »
Il s’agissait ni plus ni moins que de Margarita, l’ancienne générale amidonienne devenue chanteuse (le terme « chanteuse » désignait ici une artiste musicale qui ne se présentait pas comme une idole, à la manière des Loreleis). Souma l’avait choisie pour cette mission, car elle faisait le lien entre les mondes militaire et culturel, et parce qu’elle était originaire de l’ancienne principauté d’Amidonia.
« Nous nous en remettons à vous, madame Margarita. »
« Veuillez prendre bien soin de nous. »
Lombard et Yomi tendirent chacun la main et Margarita les serra tour à tour. Lombard jeta un coup d’œil autour de lui.
« Monsieur Souma a mentionné qu’il nous attribuerait à la fois un garde et un guide. Je suppose que vous êtes le garde. Où est le guide ? »
L’expression de Margarita se figea l’espace d’un instant. « Ah… Oui, il y a bien un guide, mais… », commença-t-elle d’un air gêné. « C’est aussi le seigneur de la ville, alors… Eh bien… »
« Hum ? Avait-il une affaire urgente à régler ? »
« Non… C’est juste que, comme nous accueillons des invités, il voulait s’occuper de la présentation. »
« La présentation ? »
Lombard et Yomi échangèrent des regards perplexes, jusqu’à ce que…
« Hahhh, ha ha ha !!! »
Un éclat de rire tonitruant résonna soudain dans les environs. Ils se tournèrent vers la source du bruit : tout en haut des remparts, un homme prenait une pose exagérée et dynamique.
« Vous devez être le couple royal du royaume de Remus ! Bienvenue dans mon domaine de Van ! En tant que seigneur de ces lieux, je vous adresse mes salutations les plus chaleureuses ! Allez-y ! »
Sur ces mots, l’homme se jeta du haut des remparts.
Lombard fut stupéfait par ce qui ressemblait à un suicide soudain, tandis que Yomi se couvrait la bouche, sous le choc. Margarita, en revanche, semblait simplement essayer de contenir sa colère.
L’homme effectua deux pirouettes dans les airs avant d’atterrir en position accroupie, le poing droit enfoncé dans le sol : l’atterrissage classique d’un héros.
« … »
Malheureusement, l’impact avait été trop violent pour ses genoux. Il resta figé dans cette posture pendant un moment qui lui parut interminable, des perles de sueur perlant sur son front. Enfin, il serra les dents, se redressa et leur adressa un sourire radieux en levant le pouce.
« Bienvenue ! Dans ma ville de Van ! »
Kaboom ! Une explosion de feu éclata derrière lui, libérant des nuages de fumée blanche.
Tout cela n’avait duré que quelques secondes, mais Lombard et Yomi avaient déjà l’air de s’être fait voler leur âme. Margarita, quant à elle, s’avança d’un pas décidé vers l’homme et lui asséna un coup de poing en pleine joue.
« Quelle “bienvenue” ! »
Smack !
« Gwagh !!! »
Il fut projeté contre le mur, y laissant un cratère qui en disait long sur la force du coup.
Alors que Lombard et Yomi commençaient à craindre qu’il ne soit réellement mort, l’homme rebondit et se remit debout.
« Aïe, aïe, aïe… Tu ne te retiens jamais, madame Margarita. »
« Tu t’amuses un peu trop avec ça. Tu vas même jusqu’à utiliser une illusion pour faire croire que tu étais enfoui dans le mur. »
L’homme grimaça, visiblement en proie à la douleur, mais par ailleurs débordant d’énergie. Tandis qu’ils parlaient, le feu, la fumée et même l’enfoncement dans le mur disparurent comme s’ils n’avaient jamais existé. Lombard et Yomi échangèrent des regards perplexes.
Margarita attrapa l’homme par l’oreille, le tira vers elle et le força à s’incliner à ses côtés.
« Je suis vraiment désolée ! Tout ce que vous venez de voir n’était qu’une illusion. Rien de tout cela n’était réel. »
« Aïe, aïe, aïe ! M-Mon oreille ! Madame Margarita, cette douleur est bien réelle ! »
« Tais-toi ! Tu nous mets dans l’embarras devant la famille royale. »
« Non, Sa Majesté m’a demandé de surprendre nos invités, alors je faisais simplement de mon mieux pour… »
« Assez d’excuses ! Va donc les saluer ! »
« D’accord ! Je vais le faire ! »
Enfin libéré de l’emprise de Margarita sur son oreille, l’homme s’éclaircit théâtralement la gorge, puis s’inclina devant Lombard et Yomi.
« Ah… Bienvenue à Van. Je suis Ivan Juniro, seigneur de la ville et des terres environnantes. Sa Majesté m’a ordonné de vous faire visiter les lieux. »
« Alors, tu en es capable quand tu t’y mets. » Margarita se pressa une main contre le front et soupira.
À ce moment-là, Yomi tira sur la manche de Lombard.
« Seigneur Lom… N’est-ce pas le monsieur qui apparaît dans Charge ! Silvan ? »
« Silvan… Oh, cette émission de héros. Maintenant que tu en parles, avant qu’il ne se transforme, on l’appelait “Grand Frère Ivan”. Je vois. Alors c’est donc vous ? »
Pendant leur séjour à Parnam, ils s’étaient souvent rendus sur la place de la fontaine pour regarder les émissions publiques. La programmation était variée, allant des concours de chant aux émissions de héros, en passant par les comédies. Au départ, ils voulaient simplement en savoir plus sur l’industrie audiovisuelle, l’une des politiques phares du Royaume de Friedonia, mais très vite, ils se mirent à regarder ces émissions uniquement pour le plaisir.
En entendant la question, Ivan esquissa un sourire.
« Si vous connaissez Silvan, ça rend les choses plus simples. Ma famille, la Maison de Juniro, est réputée pour créer des illusions comme celle que vous venez de voir. À la demande de Sa Majesté, nous avons mis ces compétences au service de l’industrie audiovisuelle. Comme Van a conservé ses rues historiques et abrite une communauté d’artistes florissante, on m’a confié la ville et ses environs pour en faire un plateau de tournage. »
Il bombait le torse de fierté.
C’était vrai. La forte concentration d’artistes à Van facilitait la préparation des décors et autres accessoires de scène. Et avec la croissance régulière de l’industrie pour « une certaine raison », la production avait été répartie entre plusieurs villes : les journaux télévisés et les émissions de variétés dans la capitale, Parnam, et les séries, les programmes éducatifs et les séries de super-héros à Van.
Ivan claqua des doigts.
« Bon, plutôt que de vous en parler longuement ici, il serait plus simple de vous montrer le plateau lui-même. Ils devraient être en train de tourner tout près d’ici en ce moment même. »
Sur ces mots, il guida Lombard, Yomi et Margarita à travers les rues.
Alors qu’ils marchaient, les toits vifs et colorés attirèrent leur attention. Certains étaient peints dans des teintes d’aspect si toxique qu’on aurait pu s’attendre à trouver des champignons vénéneux de la même couleur, mais les habitants ne semblaient pas s’en soucier le moins du monde.
« Ce sont des maisons plutôt… originales », dit Lombard, choisissant ses mots avec soin pour ne pas offenser le seigneur local.
Ivan, visiblement habitué à ce genre de remarques, rejeta la tête en arrière et éclata de rire.
« Beaucoup d’habitants ici sont des artistes. Ils sont libres de peindre leurs maisons comme bon leur semble. Mais Van ne ressemble pas entièrement à ça. Il y a des quartiers protégés que le pays conserve dans leur état d’origine pour les tournages. »
« Les vieilles rues ont donc été délibérément préservées ? »
« Oui, c’était l’idée de Sa Majesté. Selon lui, “Elles auront un jour une valeur historique, mais même aujourd’hui, elles sont utiles pour le tournage de séries historiques”. »
Souma pensait sans doute à des lieux comme le château de Himeji ou Uzumasa, qui servaient également de décors de cinéma. En tant qu’ancienne ville militaire, Van et bon nombre de villes et villages environnants possédaient encore des rues à l’ancienne, ce qui en faisait des décors parfaits pour les romans chevaleresques.
En entendant cela, Lombard croisa les bras d’un air pensif. « Nous pourrions nous inspirer de sa philosophie consistant à exploiter pleinement le potentiel des choses. »
« Je me demande ce que nous avons dans notre propre pays », songea Yomi.
« Je suppose que nous avons beaucoup de donjons inexploités. Je les ai toujours considérés comme des nuisances, mais… si nous suivions l’exemple de Sire Souma, nous pourrions peut-être en faire une sorte de projet national. »
« Hi hi, tu as raison. »
Alors qu’ils continuaient à marcher et à discuter…
« Attendez un peu ! »
Soudain, une voix de femme retentit. Yomi sursauta à ce bruit inattendu, mais Ivan fit un geste désinvolte pour lui signifier de ne pas s’en faire.
« Oh, n’y prêtez pas attention. Je vous l’avais dit, non ? Ils tournent un film dans le coin. »
Il désigna deux femmes vêtues de tenues à froufrous dans le style Lorelei, mais les leurs étaient ajustées pour faciliter les mouvements, clairement conçues pour des scènes d’action intenses.
Face à elles se tenait un homme-morse vêtu d’une tenue punk rock couverte d’épines.
L’une des femmes, une femme-animal féline, le désigna d’un air accusateur. « Le voleur fantôme Todoashikan ! Tu mijotes encore un coup, à ce que je vois ! On va te punir ! »
Sa partenaire, une femme humaine, acquiesça fermement.
« Oui ! Pour l’amour, nous nous battons. Allons-y, Pure Honey ! »
« D’accord, Pure Bunny ! »
Elles prirent une pose théâtrale.
« Les soldates de l’amour, Honey Bunny, sont arrivées !!! »
Pure Honey, la femme-chatte vêtue d’un costume jaune, garda son doigt pointé vers l’homme-morse tout en déclarant : « Voleur fantôme Todoashikan ! Comment oses-tu transformer toutes les crêpes de la crêperie préférée des enfants en calamars frits ? Je veux dire, bien sûr, j’adore les calamars frits, mais j’en ai assez de tes bêtises ! »
Pure Bunny, vêtue d’un costume blanc, se mit en position de combat.
« Les douceurs nourrissent le cœur. Le Ciel pardonnera peut-être tes crimes, mais pas nous ! Nous nous battrons tant que les enfants auront des rêves. Jusqu’à ce que notre dernière goutte de sang se soit séchée ! »
« Quelle insolence ! Attrape-les, bête démoniaque Gesogeson ! »
La voix de baryton inutilement séduisante de Todoashikan retentit tandis qu’un énorme calmar bipède — manifestement quelqu’un déguisé — surgissait derrière lui.
« Gesogeson ! »
En criant son propre nom, le calmar fit tournoyer deux tentacules comme des fouets (les six autres se balançaient simplement maladroitement au rythme des mouvements de l’acteur).
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Partie 3
Honey et Bunny l’esquivèrent, puis abattirent leurs paumes sur le torse de Gesogeson en chœur.
« Hahhhh ! »
« Geso ?! »
Sous l’effet de ce choc violent, Gesogeson fut projeté en arrière et trébucha contre Todoashikan. Les deux hommes s’effondrèrent en un tas.
« Quoi ?! Lâche-moi, Gesogeson ! »
« Ge… Gesogeso… »
Gesogeson tenta péniblement de se relever, mais ses tentacules, pratiquement immobiles, s’emmêlèrent autour de Todoashikan, les immobilisant tous les deux.
La panique semblait si authentique qu’il était difficile de dire s’il s’agissait d’un bêtisier ou d’un numéro burlesque délibéré. Quoi qu’il en soit, Honey et Bunny n’allaient pas laisser passer cette occasion.
« Euh… C’est notre chance, Honey ! »
« Je sais, Bunny ! Prête ? Un, deux… ! »
« Bâton du Cœur Pur !!! »
Elles sortirent chacune une petite baguette ornée de rubans et de motifs en forme de cœur, et la pointèrent vers les méchants à terre.
« Honey Bunny — Pure Heart Finale !!! »
Au son de leur cri unifié, une pluie de cœurs lumineux jaillit de leurs baguettes et tourbillonna autour de Todoashikan et Gesogeson.
« Grr ! Retraite ! »
Todoashikan se libéra tant bien que mal et s’enfuit. Gesogeson, quant à lui, resta pris dans la tempête de cœurs, criant « Gesogesooon ! » avant de disparaître complètement.
Lorsque le dernier cœur s’évanouit, il ne resta plus qu’un calamar frit dans une assiette. Il avait apparemment été transformé en repas… du moins selon l’intrigue de la série (le calamar frit avait été mangé par l’équipe une fois le tournage terminé).
La paix rétablie, Honey et Bunny se tapèrent dans la main d’un air triomphant.
« Coupez ! » retentit une voix sur le côté. Le tournage était officiellement terminé. Les membres de l’équipe se précipitèrent pour féliciter les deux héroïnes. Même Todoashikan, qui s’était « enfui » de manière théâtrale quelques instants plus tôt, se trouvait parmi eux, l’air tout à fait détendu.
Lombard et Yomi ne pouvaient que rester bouche bée. Cette scène étrange, mais charmante s’était déroulée si brusquement qu’ils avaient complètement cessé de réfléchir, et ils avaient assisté à toute la scène du début à la fin sans même s’en rendre compte.
Revenant à lui, Lombard regarda Ivan et demanda : « Euh, Monsieur Ivan, mais qu’est-ce que c’était que ça, tout à l’heure ? »
« Comme vous l’avez vu, ils tournaient une émission télévisée : une nouvelle série d’héroïnes pour filles intitulée “Ce sont les Honey Bunny : Pure MAX” !!! »
« Vous voulez dire que c’est spécialement destiné aux jeunes filles ? »
« Oui. L’émission dans laquelle je joue, “Charge ! Silvan” a été bien accueillie, mais son contenu s’adressait aux garçons. Cela a donné lieu à des demandes pour une série mettant en scène une héroïne mignonne destinée aux filles. Sa Majesté a approuvé l’idée et a lancé ce projet. »
Dans ce monde de magie, les différences de stature physique ne se traduisaient pas nécessairement par des différences de capacités au combat, c’est pourquoi l’armée comptait de nombreuses femmes. Liscia et Aisha en étaient les exemples parfaits. Comme les femmes servaient depuis longtemps à la défense de l’État, l’écart entre les sexes y était bien moins important que dans le monde d’origine de Souma (c’était l’une des raisons pour lesquelles bon nombre des maisons les plus influentes du royaume de Friedonia étaient dirigées par des femmes).
Ainsi, lorsqu’un programme de formation de héros destiné aux garçons était devenu populaire, il était tout à fait naturel que des voix s’élèvent pour réclamer un programme de formation d’héroïnes destiné aux filles. Et une fois que l’enthousiasme de la reine Roroa pour la vente de produits dérivés s’en est mêlé, plus rien n’a pu empêcher le projet d’entrer en production.
C’est ainsi que naquit la première émission consacrée aux héroïnes, Ce sont les Honey Bunny : Pure MAX !!!.
Après avoir entendu cette explication, Lombard acquiesça : « J-Je vois. Il y a beaucoup de femmes capables de se battre. Ma propre épouse, Yomi, en fait partie. Il va donc de soi que les garçons ne sont pas les seuls à pouvoir aspirer à devenir des héros. »
« Oui, s’il y a un combat, je te protégerai, seigneur Lom. »
Yomi, une magicienne accomplie, brandit sa baguette magique, bien réelle et pas seulement décorative.
Lombard était un combattant compétent, mais s’il se retrouvait face à Yomi qui lui lançait des sorts à distance, il aurait du mal à l’emporter. Il esquissa un sourire ironique et acquiesça.
Margarita, qui observait cet échange, éclata de rire.
« Ah ha ha ! C’est ça le bon état d’esprit. Même dans l’armée amidonienne, qui regorgeait de types en sueur, je parie que Madame Yomi aurait pu gravir les échelons et avoir des hommes sous ses ordres. »
« Je ne suis pas attirée par les types en sueur… Je préfère les hommes plus doux, comme Lord Lom. »
« Hi hi ! Elle vous aime vraiment, n’est-ce pas ? »
« Oui. » Lombard acquiesça. « C’est une bien meilleure épouse que je ne l’ai jamais mérité. »
Ces quatre personnes, qui profitaient à présent de cette conversation paisible, s’étaient retrouvées, quelques années plus tôt à peine, dans des camps opposés lors d’une guerre gigantesque qui avait scellé le sort du monde. Le temps qui passe est une chose étrange.
À ce moment-là, Ivan intervint : « Qu’est-ce que vous aimeriez faire ? Le tournage a l’air terminé, alors pourquoi ne pas aller discuter un peu avec les artistes ? »
« Oh ! » s’exclama Lombard. « Je n’aurais pas pu rêver mieux. J’aimerais beaucoup ça. »
« D’accord. Dans ce cas… Siena, Nanna, pouvez-vous nous accorder un instant ? »
Quand Ivan les appela, Honey et Bunny se tournèrent vers lui.
« Oh, grand frère. »
« Tiens, mais c’est Ivan ! Quoi de neuf ? »
Les deux filles se précipitèrent vers lui et Ivan les présenta à Lombard et Yomi : « Voici ma petite sœur, Siena, et voici Nanna, qui est elle aussi chanteuse. »
« Je m’appelle Siena Juniro. »
« Je m’appelle Nanna Kamizuki… non, Nanna Juniro. Enchantée ! »
Siena fit une révérence gracieuse tandis que Nanna salua de manière décontractée, comme si elle discutait avec une vieille amie. Nanna était issue d’une tribu nomade qui s’était finalement installée dans un village de pêcheurs, et son accent un peu rude n’avait pas disparu. Siena avait incarné Pure Bunny un peu plus tôt, tandis que Nanna était Pure Honey.
Yomi cligna des yeux en regardant Nanna.
« Je comprends pourquoi sa sœur Siena porte le nom de Juniro, mais… vous faites partie de la Maison de Juniro vous aussi ? »
« Ah… oui, c’est ma femme », expliqua Ivan, l’air un peu gêné.
« Et Ivan est mon mari ! » ajouta Nanna avec un large sourire.
Les deux s’étaient rencontrés pour la première fois lorsque Nanna chantait le générique de « Charge ! Silvan. » Sa voix était si puissante qu’elle avait même été invitée à remonter le moral (et à renforcer les pouvoirs magiques) des héros pendant la chasse aux kaijus dans l’archipel du Dragon à neuf têtes, ce qui faisait d’elle la candidate idéale pour une série de superhéros.
Lorsque la série d’héroïnes Honey Bunny entra en production, la pétillante Nanna, qui avait déjà chanté le générique d’une série de superhéros, fut choisie pour former la moitié du duo principal aux côtés de Siena. Tout comme Ivan, Siena n’avait pas besoin d’effets spéciaux grâce à sa propre magie d’illusion.
Comme Ivan participait à la production de Honey Bunny, il finit naturellement par passer plus de temps avec Nanna.
À l’époque, les voix autour de lui se faisaient de plus en plus pressantes, l’exhortant à se poser enfin et à donner un héritier à la maison de Juniro. Nanna s’était portée volontaire pour ce rôle. Elle avait apparemment appris par Siena, son amie proche, qu’Ivan traversait une période difficile. Et donc…
« J’aime bien Ivan, Siena et aussi M. Moltov. Si tu me donnes plein de poulet, ça ne me dérange pas d’être ta femme ! » avait-elle déclaré, comme si ce n’était pas grand-chose.
Selon elle, elle aimait le poisson, mais en avait marre d’en manger tout le temps et préférait donc encore plus le poulet.
Ivan avait toujours considéré Nanna comme une petite sœur, mais lorsqu’elle lui fit cette proposition, il se décida. Plus tard, il ouvrit même un grand élevage de poulets à son nom. Au lieu d’une bague de fiançailles, elle reçut un élevage de fiançailles.
Lorsque Nanna épousa Ivan, elle passa du statut de Lorelei à celui de chanteuse. Elle ajouta alors à son parcours une carrière d’actrice incarnant une héroïne capable de se métamorphoser.
À ce moment-là, le voleur fantôme Todoashikan s’approcha d’eux par-derrière, s’essuyant la sueur du front.
« Ouf… Ouf… Bonjour, monsieur Ivan. Je croyais que tu devais faire visiter les lieux à des invités aujourd’hui ? » demanda-t-il de sa voix de baryton suave.
« Oui, Morse », répondit Ivan en hochant la tête. « Voici nos invités. »
« Oh, c’est vrai. Bonjour, je m’appelle Morse Butchy. »
« Hein ? Oh… ! Euh, bonjour. Je m’appelle Lombard Remus. »
Lombard fut un instant décontenancé lorsque le voleur fantôme Todoashikan — ou plutôt Morse Butchy, un homme-morse — lui tendit la main. Il reprit rapidement ses esprits et la serra.
« Euh… C’est vous qui jouiez le monstre tout à l’heure, n’est-ce pas, monsieur Morse ? »
« Oui, je suis avant tout chanteur de métier, mais comme j’ai une voix solennelle, j’ai été choisi pour jouer le rôle d’un commandant ennemi dans une nouvelle série mettant en scène une héroïne qui se transforme. Mon apparence a été jugée plus comique qu’effrayante. Ils ont dit que si je me battais contre des filles, un ennemi à l’allure un peu loufoque serait plus efficace. »
« V-Vraiment… ? »
Morse, au visage de morse, se caressa les moustaches avec un sourire jovial.
C’était vrai; il semblait en effet assez affable quand il souriait ainsi.
Ce pays est une véritable boîte à surprises…
Lombard et Yomi n’en finissaient pas d’être stupéfaits par la nature insondable et incompréhensible du royaume.
Ce soir-là, ils furent chaleureusement accueillis par la Maison de Juniro.
« Mon vieux… mon père est absent pour le moment, je vais donc m’occuper moi-même de nos invités. Mais bon, je n’ai pas l’habitude de faire ça, alors pardonnez-moi si je fais quoi que ce soit qui puisse vous offenser. J’espère que vous passerez une bonne soirée au château de Van », dit Ivan en levant son verre lors du dîner.
Ivan, Siena, Nanna, Lombard et Yomi étaient assis à table, chacun avec une assiette de nourriture et une boisson alcoolisée devant soi. Le repas consistait en un sauté de poulet à la Van, accompagné de boulettes à la racine de lys.
Lombard leva son verre en réponse. « Rassurez-vous, vous avez déjà fait bien plus qu’il n’en faut pour que nous nous sentions les bienvenus depuis notre arrivée. »
Il parlait avec sincérité. La maison princière d’Amidonia avait autrefois régné depuis le château de Van, mais celui-ci servait désormais de siège du gouvernement du domaine de Juniro et constituait un lieu d’intérêt pour les voyageurs.
Ayant autrefois été le centre du pouvoir d’une nation militariste, le château était bien trop vaste pour qu’une seule famille noble puisse y vivre confortablement. C’est pourquoi la maison de Juniro résidait habituellement dans sa demeure située dans la ville fortifiée. Ce soir-là, cependant, elle avait choisi de dîner et de passer la nuit dans le château même, car il s’agissait d’une occasion spéciale en présence d’invités d’honneur.
« Ces navires étaient fascinants. Cette ville ne cesse de nous réserver des surprises. »
« Tu l’as dit. Ce spectacle m’a vraiment prise au dépourvu. »
Lombard et Yomi échangèrent des sourires ironiques.
Peu après leur entrée dans le château, dans la grande salle située juste après les portes, ils avaient eu droit à un véritable baptême du feu face à l’avant-gardisme dont cette ville pouvait faire preuve.
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