Genjitsushugisha no Oukokukaizouki – Tome 2 – Chapitre 2 – Partie 2

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Chapitre 2 : Le sort de deux nations

Partie 2

Nous nous trouvions désormais dans le Capital Royal Parnam, à la fin du mois de septembre de l’an de grâce 1546 du Calendrier Continental, dans le palais royal du Royaume d’Elfrieden, le château de Parnam.

Je me trouvais dans le bureau des affaires gouvernemental à écouter les rapports de Poncho et Tomoe.

Le premier que j’entendis fut Poncho.

Jusqu’à l’autre jour de célébration, son titre avait été celui de Ministre pour la Crise Alimentaire. Mais vu que cette affaire avait été close, il avait maintenant été nommé en tant que Ministre de l’Agriculture et des Forêts.

En plus de s’occuper de l’agriculture, des forêts et de la gestion des provisions militaires, il était aussi chargé de la construction de rizières et d’autres projets du même genre visant à implanter de nouvelles cultures au sein du pays.

La raison expliquant pourquoi il n’avait pas été aussi chargé de la pêche était que ce pays n’avait jamais mis en place le moindre système de droit de pêche. Chaque guilde de pêcheur avait leurs propres zones, et tout ce que le pays faisait était de recevoir une taxe de ces guildes afin de protéger leurs droits.

Après y avoir réfléchi, j’avais décidé de mettre quelque chose en place, mais cette réforme devra attendre que j’aie acquis le contrôle de la marine. Car afin que le pays puisse garantir le droit des pêcheurs, il nous fallait quelque chose comme une agence de sécurité maritime. Si nous décidions de changer les règles vis-à-vis des pêcheurs sans avoir une telle chose, ils ne les respecteraient jamais.

Mais il semble que le fil de mes pensées m’ait amené vers quelque chose qui était hors sujet.

J’avais alors posé la question à Poncho. « Comment cela va-t-il avec les fournitures que je vous ai demandé. Je parle des provisions militaires et des fourrages pour la cavalerie. »

« Et bien, d’une certaine manière, j’ai réussi à me les procurer, cependant... » Poncho semblait terriblement évasif, surtout après qu’il ait dit qu’il avait réussi à préparer les fournitures.

« Est-ce que quelque chose ne va pas ? » Demandai-je.

« Non... c’est que je craignais que le nombre demandé ne soit incorrect. » Répondit Poncho, essuyant la sueur de son front. « La quantité totale demandée pourrait permettre à l’Armée Interdite de tenir plus d’un mois, alors, vous voyez... Elle n’a pas été facile à réunir, alors si le nombre demandé était une erreur, nous risquons d’avoir beaucoup de pertes. »

Son inquiétude était tout à fait logique. Quand il avait regardé le nombre de soldats que je pouvais mobilisé dans l’Armée Interdite, il craignait donc que la quantité demandée soit bien trop élevée. Car après tout, je n’avais que 10 000 soldats.

« Ce n’est nullement un problème, » dis-je. « Nous avons réellement besoin de toutes ces fournitures. Et en vérité, vous pourriez même dire que ce stock massif de fournitures pourrait être ce qui décidera de si nous gagnons ou non au cours de ce qui va arriver. »

« V-Vraiment ? » Balbutia-t-il. « ... c’est une bonne chose que cette année, nous ayons eu une récolte si abondante. Si vous m’aviez demandé ça l’année dernière ou encore avant, je n’aurais jamais été capable de rassembler une telle quantité... »

« Je sais, » dis-je. « Tout ceci n’est que le fruit d’un travail acharné effectué par chacun de nous. Bien sûr, cela signifie que c’est aussi grâce à vous, Poncho. »

« V-Vous êtes bien trop gentil de me dire ça ! » Poncho, honoré par ces soudaines louanges, se tenait si droit, qu’il donnait l’impression qu’il pourrait pencher en arrière.

J’avais eu un petit sourire en coin en voyant son comportement, puis j’avais déplacé mon regard vers Tomoe. « Finalement, comment les choses se sont-elles déroulées de ton côté ? » Demandai-je à Tomoe.

« C-Correctement ! Je pense que nous aurons cinq rhinosaurus de plus qui nous aideront le moment venu. » Me répondit-elle.

Comme Tomoe avait eu le don de pouvoir parler avec les animaux et les monstres, je l’avais chargée de "recruter" quelques lézards géants, les rhinosaurus, que nous avons déjà utilisés au cours de notre mission de sauvetage dans la Forêt Protégée par Dieu.

Leur capacité de transport que nous avions utilisé lors de la construction du réseau routier était vraiment fantastique. Je voulais donc augmenter leur nombre au sein de l’Armée Interdite, mais comme il s’agissait de créature vivante, il fallait beaucoup de temps pour entraîner un seul rhinosaurus. Et si nous essayions de les déployer pour la moindre tâche sans leur avoir fait subir un substantiel entraînement, alors de mauvaises choses pourraient se produire. Ils pourraient rentrer dans une rage folle, et il ne fallait pas oublier qu’ils étaient gigantesques. Tout cela faisait qu’ils pourraient nous causer d’importants dégâts.

Donc j’en avais fait le travail de Tomoe, et comme elle était capable de parler et comprendre toutes les langues des créatures vivantes, Tomoe était allée les voir afin d’écouter leurs demandes.

Mais attention, il semblerait que les rhinosaurus ne soient pas des créatures assez intelligentes pour demander des choses plus développées que « nourriture savoureuse » et « endroit pour pouvoir pondre en toute sécurité ». Après tout, ils étaient au même niveau qu’un stégosaure qui avait un cerveau de la taille d’un poulet.

Afin de combler leurs demandes, j’avais finalement été obligé de créer un refuge de rhinosaurus au sein du royaume, mais c’était vraiment un petit prix à payer en contrepartie du fait de pouvoir posséder un moyen de transport à grande vitesse et pouvant effectuer de longs voyages. C’était quelque chose au même niveau qu’un train. De plus, ils étaient totalement loyaux et ne nécessitaient pas le moindre entraînement.

« M-Mademoiselle Tomoe, votre don est vraiment fantastique. » Déclara Poncho.

« Je suis tout à fait d’accord, » dis-je, montrant que j’étais d’accord. « Je suis content d’avoir pu la mettre en sécurité avant qu’elle ne tombe entre les mains d’un autre pays. »

« V-Vous me flattez trop... » Déclara Tomoe alors que son visage devenait d’un rouge éclatant et qu’elle regardait le sol, embarrassée.

À ce moment-là, la porte de la pièce fut ouverte et Liscia rentra dans la pièce en disant. « Souma... »

Il y a de l’inquiétude dans son expression. Pensai-je. ... Je suis un peu inquiet...

« ... Poncho, Tomoe, » dis-je. « Pourrais-je vous demander de nous laisser seuls un instant ? »

« O-Oui, d’accord. » Déclara Poncho.

« D’accord, Grand-Frère. » Répondit Tomoe.

Après avoir fait une révérence, ils quittèrent le bureau des affaires gouvernementales, me laissant ainsi seul dans la pièce avec Liscia.

Pendant un petit moment, nous restâmes tous deux silencieux, puis je me levai de mon siège avant d’aller m’asseoir sur mon lit. Une fois assis sur le lit, je fis un signe indiquant à Liscia qu’elle devrait venir s’asseoir à côté de moi.

Tout comme je le lui avais demandé, Liscia vint s’asseoir à mes côtés. Être assis ainsi sur mon lit, avec une femme magnifique à mes côtés, aurait dû être une charmante situation, mais l’atmosphère actuellement présente était si lourde et oppressante.

« ... Êtes-vous venu, car vous deviez me parler à propos d’un sujet délicat ? » Demandai-je à Liscia, incapable de garder plus longtemps le silence.

Liscia sembla finalement se résoudre et commença à parler. Les mots sortaient très lentement. « Dans la ville du château... il y a des rumeurs comme quoi vous seriez en train de lever une armée afin de faire face aux trois ducs. »

Je ne répondis rien à cela.

« Elles disent aussi qu’une confrontation avec le Duc Carmine est inévitable. » Liscia déclara cela après s’être tournée de manière à me faire face. Ses yeux tremblaient dus à l’incertitude.

... Je ne pouvais pas lui en vouloir. Pour Liscia, j’étais le Roi ainsi que son fiancé alors que le Général Georg Carmine avait été son supérieur hiérarchique lorsqu’elle était au sein de l’armée, et donc, elle le respectait profondément. Si nous devions tous deux être en conflit, Liscia se sentirait inévitablement comme écrasée des deux côtés. Afin d’éviter une telle situation, je savais déjà qu’elle avait envoyé de nombreuses lettres à Georg afin de lui demander une rencontre alors même que de son côté, il s’était isolé sur ses propres terres.

« Est... Est-ce qu’il n’y a rien d’autre que vous puissiez faire ? » Balbutia-t-elle.

Alors qu’elle me demanda ça, avec ces yeux tremblants, je voulais tant lui dire quelque chose, mais...

J’étais incapable de trouver les bons mots. Je pouvais juste hocher la tête tout en restant silencieux.

Voyant ma réaction, Liscia murmura. « Vraiment... Bien sûr... »

Après avoir dit ces mots, elle sembla s’effondrer et ses épaules s’affaissèrent.

Il s’agissait de frustration. J’avais dû prendre ce chemin, alors même que je savais que cela blesserait Liscia. Et nous étions allés trop loin, au point où ni Georg ni moi ne pouvions reculer. Dans ce cas... au minimum...

« ... Liscia. » (Souma)

« ... Quoi ? » (Liscia)

« Pourriez-vous me parler de Georg Carmine, » dis-je.

« !? » (Liscia)

Liscia leva ses yeux et me regarda.

« ... Pourquoi maintenant, alors qu’il est déjà trop tard ? » Me demanda-t-elle.

« Je veux savoir quel genre de personne il est car je vais devoir me battre contre lui. » Dis-je. « Car maintenant que j’y pense, je n’ai jamais rencontré cet homme. »

Liscia resta silencieuse pendant un moment. Elle semblait un peu déconcertée, mais après un certain temps, elle commença à parler. « Le Duc Carmine... Georg Carmine est un guerrier possédant une habilitée sans précédant. Il est un intrépide homme-bête à tête de lion et alors même qu’il n’avait pas encore une telle capacitépersonnelle au combat, on dit qu’il a quand même été placé à la tête d’une armée afin qu’il puisse montrer sa véritable valeur. Il est un grand général, capable de s’occuper sur le champ de bataille ou d’un siège aussi bien de la position offensive que défensive. Et lors qu’il servait sous les ordres du roi avant mon père, lors d’une retraite où il avait été mis à l’avant-garde des troupes, j’ai entendu dire qu’il avait quand même été capable de prendre la tête du commandant ennemi, alors même que la bataille était perdue d’avance. »

« Hehe, c’est vraiment fantastique... » Dis-je.

C’était déjà une grande réussite si vous étiez capable de garder les pertes de vos troupes au minimum lors d’une retraite, mais aller jusqu’à faire une telle réussite face à son ennemi, c’était quelque chose qu’un général célèbre de la période des Royaumes combattants aurait certainement faite. Cela me faisait me rappeler du jeune Shingen Takeda, qui avait foncé à toute vitesse alors que l’armée de son père Nobutora était en pleine retraite, saisissant ainsi un château lors d’une attaque éclair.

« C’est bien vrai qu’il est incroyable, » dit-elle. « Non seulement il avait la qualité d’un chef pouvant maintenir la cohésion et le moral d’une armée vaincue, mais en plus, il a réussi un exploit qui lui aurait été impossible sans avoir une perception inhumaine qui lui a permis de localiser l’endroit ou il pourrait affronter avec efficacité l’ennemi afin d’arracher sa petite victoire. »

Il y avait une pointe de fierté dans la voix de Liscia alors qu’elle me disait ça. Elle le respectait vraiment.

« Quand mon père a pris le trône, ce pays a changé sa façon de s’étendre, » continua-t-elle. « Avec mon père qui était, pour le meilleur ou pour le pire, un roi ordinaire qui gouvernait ce pays, nous aurions dû être des proies faciles pour les pays voisins. »

« Vous êtes terriblement sévère, même s’il s’agit de votre propre père, » commentai-je.

« Et bien, ce n’est que la vérité. Mais tout ça ne se produisit jamais. Comme le Duc Carmine a toujours eu l’œil sur l’ouest, ni Amidonia ni Turgis n’ont tenté de mettre la main sur nos terres. En dépit d’être le plus grand guerrier de sa génération, il n’avait jamais eu la moindre ambition et avait toujours servi loyalement mon père... Non, ce n’est pas ça. À la place que cela fut pour le bien de mon père, le Duc Carmine a toujours agi uniquement pour le bien de ce pays. »

« Pourquoi pour ce pays ? » Demandai-je.

« Vous ne le savez vraiment pas ? » Me demanda-t-elle à son tour. « Il y a encore beaucoup trop de pays dans ce monde qui agissent de manière discriminatoire envers les autres races. Alors même que l’Empire proclame maintenant des valeurs sur l’égalité raciale, il existe quand même encore une discrimination contre les non-humains dans certaines régions. Mais il existe aussi des lieux où c’est l’inverse. Dans le nord-ouest, il y a une île emplie de hauts elfes qui favorisent une politique de suprématie visant les hauts elfes, et ce sont les humains qui sont regardés là-bas avec dédain. »

Il semblerait que ce genre de problèmes soit aussi rencontré un peu partout dans ce monde-là.

« Mais dans ce pays, il n’existe aucune forme de discrimination. » Continua-t-elle. « Et même si elle existe temporairement, elle n’a aucune chance de s’étendre. Les races qui était contre ce genre de discrimination se sont toutes rassemblées sous les ordres du premier roi, et elles ont coopéré afin de rendre ce pays prospère. Et cela afin de ne plus jamais devoir vivre sous le joug de quelqu’un ayant une autre vision de ça. Voici comment ce pays est... et c’est pourquoi le Duc Carmine l’aime plus que n’importe quoi d’autre. »

Après ça, Liscia prit une pose pendant un petit moment avant de recommencer à parler. « Dans sa vie personnelle, Duc Carmine est un homme qui sait être poli. Il possédait une relation étroite avec mon père qui était plus que professionnel, et il offrait souvent des conseils à mon père. Il a même pris soin de moi comme si j’étais sa propre fille. Quant à moi-même... J’aime le Duc Carmine. »

Je restai silencieux.

Elle continua. « Quand je suis allée à l’Académie des Officiers, car je voulais être soldat, au départ, il s’y est opposé. Il a dit que c’était inconvenant pour une princesse de faire ça. Mais, en fin de compte, il m’a laissée suivre ma voie. Et je me souviens parfaitement qu’une fois que je fus diplômée de l’Académie, je fus placée sous ses ordres et fus utilisée afin d’encourager les troupes. Ben oui... Il ne pouvait pas simplement utiliser une princesse, un proche parent du roi, en tant que l’un de ses subordonnés. »

Même Georg, un homme aussi impressionnant qu’il était, devait avoir beaucoup de mal à faire face à l’attitude de garçon manqué de Liscia.

« Alors, il était comme un deuxième père pour vous, n’est-ce pas ? » Demandai-je.

Après que je lui ai posé la question, Liscia baissa la tête due à la tristesse. « Exacte... C’est un homme merveilleux. Alors, pourquoi il... »

Liscia commença à dire quelque chose, mais elle s’arrête, secouant la tête.

« Je ne sais pas exactement ce à quoi pense le Duc Carmine... Mais peut-être qu’il agit ainsi parce qu’il est un guerrier. »

« Parce qu’il est un guerrier !? » Demandai-je.

« Le Duc Carmine a plus de cinquante ans, » dit-elle. « La durée de vie d’un homme-bête n’est pas différente de celle d’un humain. S’il n’était qu’un simple général, il lui resterait encore de nombreuses années à vieillir dans cette fonction, mais en tant que guerrier, il a déjà atteint le sommet et tout ce qui l’attend est la dégringolade. C’est pourquoi je pense que, peut-être, il essaie de faire, en ce moment, quelque chose de grand pour son pays. »

« ... Et cela même si pour ça il doit devenir un traître ? » Demandai-je.

« Si c’est au profit du pays, alors le Duc Carmine le fera sans hésiter. » Me répondit-elle.

Il y avait une certaine confiance dans ses mots que je ne pouvais pas m’empêcher d’envier.

Puis, je me mis à parler. « Demain... je tiendrais une conférence avec les trois Ducs à l’aide du Joyau de Diffusion de la Voix. »

Il y avait quatre Joyaux de Diffusion de la Voix dans ce pays. Les trois autres étaient détenus par les trois ducs. En utilisant ce joyau, on pouvait avoir ce qui était proche d’une conférence vidéo. À cette occasion, je ferais mon dernier ultimatum aux trois ducs vis-à-vis du fait qu’ils devaient se soumettre à moi en tant que mes vassaux. Et que dans le cas où l’un d’eux refuserait, j’étais prêt à entrer en guerre avec lui. Mais, indépendamment de ce que les deux autres feraient, il n’y avait aucune chance que Georg accepte ça.

« Liscia, si c’est trop difficile pour vous... » Commençai-je.

« Je veux être présente. » Déclara-t-elle.

Elle ne me laissa même pas finir ce que je voulais lui dire.

Liscia avait ensuite fait un sourire assombri par la tristesse. « Je sais. Le Duc Carmine a déjà fait son choix depuis longtemps. Il ne changera pas d’avis maintenant. »

« Liscia... » Dis-je.

« Je veux être présente jusqu’à la fin, parce que je sais déjà ça. Je veux voir comment cet homme vit sa vie. » Liscia regarda directement dans mes yeux alors qu’elle me disait ça.

Vraiment... Je n’avais aucun mot afin de lui répondre. Et ainsi, afin de faire tout ce que je pouvais faire pour elle, je l’enlaçai étroitement, posant mes mains proches de ses épaules. Elle se mit à trembler un peu.

Je plaçai la tête de Liscia contre ma propre épaule.

Même si j’étais le roi, je ne pouvais rien faire pour elle, et ainsi, j’étais en colère contre moi-même...

***

— Le même jour, dans la Cité du Dragon Rouge.

« Bon sang. Que se passe-t-il ? » Rugis Castor.

Dans la Cité du Dragon Rouge se trouvant dans le nord du Royaume d’Elfrieden, le commandant en chef des Forces Aériennes, le Général Castor Vargas, se trouvait devant un bureau, tenant sa tête entre ses deux mains.

La Cité du Dragon Rouge était la ville centrale du Duché de Vargas, et aussi l’endroit où était situé le Château de Castor.

Il avait été construit sur une légère élévation sur une portion d’une montagne qui avait été dégagée. Cet endroit pouvait sembler un endroit peu propice pour une ville centrale, compte tenu des inconvénients liés au transport de marchandises. Mais pour le Duché de Vargas, qui était le haut lieu de l’Armée de l’Air du royaume ce n’était pas un problème, car il avait accès au transport par wyvernes qu’il pouvait utiliser pour cela en plus de les faire se battre lors des combats.

Chacune d’elle pouvait transporter autant qu’un téléphérique chargé à ras bord de fournitures, et il y avait même un genre d’autobus transporté par quatre wyvernes qui se rendait dans chaque ville, de sorte que l’éloignement du site n’avait guère d’importance.

En outre, puisque le château du Général de l’Armée de l’Air était situé dans la Cité du Dragon Rouge, les défenses de la ville étaient importantes.

Bien que l’emplacement choisi fasse de lui un château en pleine montagne, la ville était également entourée de hautes murailles.

Alors que les pentes des montagnes écartaient tout usage des béliers (la machine de guerre, pas l’animal) ainsi que vis-à-vis des tours de sièges (ainsi que ceux qui ressemblent à des véhicules avec des échelles comme des camions de pompier). Et les hautes murailles protégeaient la ville face aux assauts directs de la cavalerie et de l’infanterie.

En outre, Castor, le dirigeant actuel de la ville, était un excellent commandant. Même si Castor n’était pas si bon quant à la complexité de la politique, il avait montré une force inégalée sur le champ de bataille. Au cours des cent dernières années de guerre pour le Royaume d’Elfrieden, il avait toujours été à la tête de l’unité de wyvernes, tranchant dans les rangs de ses ennemis en tant que commandant de l’avant-garde.

Il avait commis beaucoup d’erreurs en raison de ne pas avoir réfléchi avant d’agir, mais sa largeur d’esprit, sa personnalité au sang-chaud et sa force incroyable lui avaient permis d’avoir un charisme qui charmait tous ses subordonnés. Si nous le comparions à Zhang Fei dans l’histoire chinoise, ou à Masanori Fukushima dans l’histoire japonaise, cela permettrait d’obtenir une meilleure compréhension.

Parce qu’il était ce genre de personne, il avait entièrement laissé la direction de la ville à sa femme, Accela, qui était la fille de l’Amirale Excel, ainsi qu’à Tolman, l’homme qui était son commandant en second dans l’Armée de l’Air ainsi que l’intendant de sa Maison.

Aucune bonne chose ne pourrait jamais provenir d’un pauvre gestionnaire qui se heurtait à chaque décision administrative, donc c’était probablement la meilleure chose à faire. Castor savait que le fait de foncer sur le champ de bataille lui convenait bien mieux que de s’occuper de la gestion d’une ville.

Maintenant, Castor, un homme qui était mal adapté à avoir des réflexions, faisait une fois de plus activer son cerveau afin de savoir ce qu’il fallait faire.

« Tolman ! Est-ce que Duc Carmine n’a toujours rien dit !? » S’exclama-t-il.

« ... Non, rien du tout, » l’homme vêtu et ayant les manières d’un gentleman qui se trouvait en face de lui répondit, continuant à se tenir debout comme il le faisait avant.

Cet homme était celui qui était chargé du contrôle administratif de la Cité du Dragon Rouge, l’intendant de la Maison de Vargas, Tolman.

Castor frappa des poings sur le bureau. « Et l’ultimatum du roi arrive demain ! Qu’est-ce qu’il cherche à faire en ne nous envoyant aucun message avant ? »

Tolman ne répondit rien.

Les personnes parlaient toutes à propos d’une confrontation entre le nouveau roi et les trois ducs, mais cela ne signifiait pas que les trois ducs étaient tous d’accord.

Le Général de l’Armée de Terre, Georg Carmine, avait annoncé clairement son opposition au roi, mais l’Amiral de la Marine Excel Walter avait eu une vision plutôt négative concernant la lutte contre le roi. Et finalement, pour Castor... Il manifestait une position d’opposition envers le roi, mais au fond de lui, il hésitait s’il devait maintenir cette position.

Le Général Georg était son frère d’armes, et il l’avait respecté en tant que guerrier. Mais parce que Georg était celui qui avait levé haut le drapeau de la rébellion, Castor avait donc supposé qu’il avait longuement réfléchi avant de le faire, et ainsi, Castor avait même rejeté sa propre belle-mère, Excel, afin d’accompagner Georg dans son opposition face au roi. En d’autres termes, s’il était vrai que Castor lui-même avait eu des soupçons lors du changement soudain de Roi, il avait laissé la décision finale de s’opposer ou non à ce nouveau roi à quelqu’un d’autre que lui.

L’immaturité émotionnelle de Castor avait été l’une des causes de cet acte.

Les Dragonewts tels que Castor étaient à une race qui vivait plus longtemps que les humains ou les hommes-bêtes. Mais d’un autre côté, la vitesse de leur développement émotionnel avait tendance à être inversement proportionnelle à la durée de la race. En raison de ce fait, bien que Castor ait vécu pendant plus de cent ans, son âge mental était à peine celui d’une personne de trente ans et il avait donc traité Georg qui avait quant à lui cinquante ans, en tant que son aîné.

Cependant, bien qu’il ait envoyé un certain nombre de lettres à Georg lui demandant quelle devrait être sa prochaine action, il n’avait reçu aucune réponse.

« Il doit y avoir quelque chose qui ne va pas ici ! » s’exclama Castor. « S’il avait voulu faire la paix avec le roi, il n’aurait jamais commencé à agir ainsi contre lui. D’autre part, s’il avait l’intention de se battre contre le roi, il devrait déjà être venu me voir afin de demander l’aide de mes Forces Aériennes. Alors, pourquoi ne nous dit-il rien ? Est-ce qu’il veut combattre le roi avec juste sa propre armée ? »

Tolman avait réfléchi avant de dire. « La seule chose à quoi je peux penser... serait qu’il est “gouverné par l’ambition” comme l’avait suggéré la Duchesse Walter. Maître, même si vous vous méfiez du nouveau roi Souma, vous ne voudriez pas nuire à l’ancien roi Albert, à sa femme Elisha, et même à la princesse Liscia, n’est-ce pas ? »

Blesser la famille royale.

Après que Tolman ait prononcé ces mots, Castor se mit à crier. « Bien sûr que non ! Mais le Duc Carmine à lui-même dit, “Une fois que le Roi Souma sera détrôné, je veux que le Roi Albert remonte à nouveau sur le trône, et je le soutiendrais” ! »

« Et s’il s’agissait d’un mensonge ? » Demanda Tolman. « Est-ce que, en vérité, il ne voudrait pas prendre le trône pour lui-même ? Si tel était le cas, alors la Duchesse Walter et vous, seriez certainement ses prochains adversaires. En préparation pour ce qui se passera, ne pourrait-il pas essayer de régler les choses avec ses propres forces, afin de vous empêcher d’obtenir de l’influence après la fin de la guerre ? Afin qu’il puisse abolir l’existence de ces deux maisons après la guerre ? »

« C’est absurde ! » Rugit Castor. « Il n’y a aucune chance que le duc Carmine pense à faire ça ! »

Castor l’avait nié avec force, mais comme on pouvait s’attendre de la personne chargée de l’intendance de sa Maison, Tolman avait la capacité d’analyser avec calme ce genre de choses. Il s’agissait de la conclusion à laquelle Tolman était arrivé, mettant de côté ses émotions, regardant uniquement les intérêts des personnes impliquées.

Cependant, comme Castor connaissait très bien Georg, il ne pouvait pas accepter cette analyse.

« Il n’existe pas de guerrier qui s’occupe davantage de ce pays que le Duc Carmine ! » Protesta Castor. « Il ne causerait jamais de tort à la famille royale... »

« Cependant, n’est-ce pas à cause de ses doutes concernant le duc Carmine que la duchesse Walter s’est éloignée de lui ? » Demanda Tolman. « Allant même jusqu’à faire revenir la maîtresse et le Jeune Maître Carl afin qu’ils viennent chez elle ? »

« ... » Castor était sans réponse face à ces questions.

Craignant pour la femme de Castor, Accela et leur jeune fils, Carl, qui serait tenu pour responsable en raison des lois sur les filiations lors de crime grave, Excel avait exigé qu’il divorce d’avec Accela, et elle les abritait désormais dans la Maison des Walter. Et ainsi, ils ne seraient sans doute pas entraînés dans l’affrontement entre Georg et Souma. Au moins, ce fait avait donné à Castor, une petite once de confort.

Castor reposa ses coudes sur le bureau, couvrant ses yeux avec ses mains. « ... je ne peux pas imaginer que le Duc Carmine puisse être gouverné par l’ambition. »

« Maître... » Commença Tolman.

« Je suis désolé, mais pourrais-tu me laisser seul pendant un moment ? » Demanda-t-il.

« ... Si tel est votre souhait. » Répondit Tolman avant de faire un salut et de quitter la pièce.

Laissé seul dans la pièce, Castor fit pencher en arrière sa chaise, pouvant ainsi regarder le plafond tout en restant droit sur sa chaise. Et alors...

« Carla, » commença-t-il à dire avec calme. « Tu es là, n’est-ce pas ? »

La fenêtre derrière Castor s’ouvrit, et une fille aux ailes rouges entra, affichant un regard empli d’embarras. Avec de longs cheveux roux de la même couleur que ses ailes, cette belle fille qui avait environ dix-huit ans était la seule fille de Castor, Carla. Contrairement à ce que son apparence "jolie fille" laissait entrevoir, elle avait le courage et le sens de combat qui lui permettait de mener une unité aérienne au cœur de la bataille.

« Père, tu m’avais donc remarqué, » dit-elle simplement.

« Tu aurais eu besoin de faire bien plus d’effort afin de dissimuler ta présence. Le son de tes ailes au moment où tu as atterri sur le balcon m’est parvenu très distinctement. » Déclara-t-il.

« Mais cela n’a pu que te faire soupçonner ma présence. » Carla haussa les épaules tout en disant ça. Puis elle sortit un paquet de lettres se trouvant dans l’une de ses poches.

Parce qu’il parlait à sa fille, Castor avait pris un ton moins formel. « Que sont-ils ? »

« C’est de Liscia, » dit-elle. « Liscia m’en a envoyé un grand nombre, nous demandant de faire la paix avec le Roi Souma. »

Carla considérait Liscia comme son amie. Elles s’étaient connues après que Liscia eut rejoint l’armée. Et parce que les deux avaient des personnalités sérieuses, et qu’elles s’étaient enrôlées dans l’armée bien qu’elles soient des femmes de haute naissance, elles avaient découvert beaucoup de choses en commun et étaient rapidement devenues amies.

Cependant, comme Carla était encore plus sérieuse que Liscia... ou, pour le dire avec des termes un peu moins favorable, elle était un peu trop entêtée... quand Liscia avait été fiancée avec le Roi Souma, Carla avait soupçonné la coercition, et elle était ainsi devenue hostile envers Souma. Par ce simple fait, alors même que sa mère et son frère étaient allés dans la Maison des Walter, elle était restée avec son père Castor.

Cependant, à ce stade, Carla commençait à avoir des doutes. « Je peux ressentir dans ces lettres la passion de Liscia. Ceci ne vient pas de quelqu’un qui a été forcé dans des fiançailles qu’elle ne souhaite pas. De plus, dans ses lettres, Liscia m’a mis en garde en me disant “Faites attention au Duc Carmine vis-vis de la manière dont il agit à l’heure actuelle.”. Nous sommes peut-être ceux qui se sont trompés. »

« ... Je vois, » dit Castor. « Alors la princesse Liscia ressent la même chose, n’est-ce pas ? »

Les épaules de Castor s’étaient abaissées. Puis, comme s’il se décidait sur quelque chose, sa tête se leva. « Mais Carla... Il n’est pas trop tard. Pars rejoindre Accela. Je suis le seul a avoir besoin d’être aux côtés du Duc Carmine. »

En tant que père, il lui disait qu’il voulait éviter de l’impliquer dans quelque chose qu’il faisait en raison de sa propre amitié envers un autre.

Cependant, Carla secoua la tête, ses pensées ayant déjà fait son choix.

« Après tout ça, je ne sais même pas comment je suis censé pouvoir encore montrer mon visage à Liscia, » dit-elle. « D’ailleurs, Père, crois-tu toujours que le Duc Carmine a réfléchi à cela ? Dans ce cas, gardons notre position jusqu’à la fin. Même si le Duc Carmine est vaincu et nous devenons des traîtres, si tu tombes à ses côtés, croyant à votre amitié, je doute qu’une personne puisse rire de vous pour cela. »

« Mais... alors tu seras... » (Castor)

« Je suis née au sein d’une famille de militaire, » Déclara Carla. « J’y suis donc préparée. Oh, ne t’inquiète donc pas, car après tout, nous avons encore Carl, donc au moins la maison et notre lignée de sang perdureront. C’est pourquoi, en tant que membres de la Maison des Vargas, nous laisserons derrière nous un bilan positif vis-à-vis de notre service militaire distingué. »

« ... Je vois. » (Castor)

Voyant la détermination sans faille de Carla, Castor prit sa propre décision. Il croirait en Georg Carmine jusqu’à la fin, et il était prêt à tomber pour ça.

À cette fin, il n’avait pas appelé les Forces Aériennes stationnées autour du Duché de Vargas. Cela avait été fait en considérant la situation, de sorte que même s’il entrait en conflit avec le roi après l’ultimatum de demain, il combattrait qu’avec son armée personnelle dans la Cité du Dragon Rouge n’entraînant pas le reste des Forces Aériennes dans ce conflit.

***

— Le soir du même jour, à une certaine localisation.

« Je vois... Ces deux-là sont donc résolus à le faire. » (Excel)

Quand elle avait appris les mouvements de Castor et Carla à l’aide des espions qu’elle avait envoyés à la Cité du Dragon Rouge, le beau visage de l’Amiral Excel Walter avait affiché un regard de chagrin et avait alors laissé sortir un profond soupir.

Cette beauté cornue qui, malgré avoir vécu pendant plus cinq cents ans, ne semblait avoir pas plus de vingt-cinq ans, se tenait à la fenêtre dans sa sombre chambre, regardant le ciel nocturne. Même les vêtements qu’elle portait semblaient désormais être trop lourds pour elle.

Ce soir, c’était une nuit nuageux, et elle pouvait à peine voir les étoiles.

« Castor est lui-même prêt à devenir un martyr en raison de son amitié avec Georg, » dit-elle tristement. « Et Carla est prête à le suivre jusqu’à sa fin peu importe ce que son père entreprend. Ces fous, bien qu’ils agissent de cette façon, je ne peux pas nier entièrement la validité de leurs choix. »

Excel avait alors lentement fermé les yeux, posant une main sur l’un de ses larges seins qui était évident même à travers son kimono.

À quoi pensait-elle, après avoir appris la détermination de son gendre et de sa petite fille ?

Quelques minutes s’écoulèrent avant qu’elle se décide à rouvrir ses yeux, puis fit tourner son dos vis-à-vis de la fenêtre et s’en écarta.

« En tout cas, leurs actes me donnent encore plus de raison de faire que je le dois... » Murmura-t-elle.

Même si cela voulait dire de devoir piétiner leurs déterminations.

☆☆☆

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7 commentaires

  1. Merci pour le chapitre.

  2. Merci beaucoup pour le chapitre !

  3. La conférence risque d'être bien sympa et animée =)

  4. Merci pour le chapitre.

  5. Merci pour le chapitre

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