Genjitsushugisha no Oukokukaizouki – Tome 1 – Chapitre 2

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Chapitre 2 : Commencez à Partir de X

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Chapitre 2 : Commencez à Partir de X

Partie 1

La technologie dans ce monde était partout présente et fort généreuse.

Sur Terre, la technologie s’était déplacée de la manière suivante : de la puissance de l’homme, à la roue à eau puis au moulin à vent, à la machine à vapeur, et pour finir vers le moteur à combustion. Ce fut une série d’avancées se basant sur les précédentes.

Si vous vouliez voler librement dans les cieux, avant de pouvoir construire un avion, vous devriez d’abord découvrir le concept d’ascenseur, et un système de propulsion (le moteur à combustion interne) devrait être créé. Afin de créer ce système de propulsion, vous deviez comprendre le système derrière la façon dont les choses brûlent. Dans l’histoire de la Terre, les nouvelles technologies avaient toujours été construites sur d’autres technologies qui leur avaient donné leur fondation.

Cependant, dans ce monde, il existait des créatures mystérieuses et de la magie. Si vous vouliez voler librement, vous pouviez simplement monter sur le dos d’une wyverne. Ces personnes avaient ainsi sauté au-delà du concept des systèmes de levage et de la propulsion et s’étaient simplement envolées.

Dans un monde où vous pouviez à tout moment, créer du feu, de la glace et d’autres éléments avec de la magie, la différence entre ce qui était possible, et ce qui ne l’était pas n’était plus aussi extrêmes que sur terre.

Dans ce monde, pour par exemple le domaine du transport de marchandises, ils avaient de grandes bêtes apprivoisées qui pouvaient transporter autant qu’un camion.

Il y avait des cuirassés d’acier, uniquement tirés par de grands dragons de la mer, sans autre système de propulsion.

Il n’y avait pas d’électricité, mais les nuits dans ce pays étaient aussi illuminées que sur terre. Les lampadaires contenaient des Éponges à Lumière, qui stockaient pendant la journée, de l’énergie lumineuse et étaient phosphorescents la nuit, éclairant la ville pendant toute la durée de la nuit.

Ils n’avaient pas de gaz, ils utilisaient à la place, du bois de chauffage, des fours et de la magie du feu (ou des objets magiques) pour cuisiner.

Il n’y avait pas d’aqueducs. Cependant, tout autour de la ville, il y avait des puits avec des sorts élémentaires d’eau, gravés sur eux qui tiraient l’eau des profondeurs de la terre... et bien, ce sont que quelques exemples qui sont suffisants pour comprendre la situation.

Dans ce pays, même sans science, beaucoup de choses pouvaient se faire avec de la magie. En y pensant, si vous enleviez leurs créatures mystérieuses et la magie, la civilisation de ce pays ne serait pas aussi avancée. En le comparant à un point de l’histoire de notre propre monde, ceci serait probablement vers à la fin du Moyen Âge ou au mieux, au début de la période moderne. Le système féodal était encore intact, et la révolution industrielle était encore loin.

C’était donc le genre de pays où maintenant, j’étais leur roi.

◇◇◇

« Liscia, les réformes agricoles ne se feront pas du jour au lendemain. » Souma venait de me dire cela avant de rajouter. « Donc, pour le moment, je suppose que nous devons augmenter nos importations en provenance d’autres pays pour compenser nos manques. »

J’étais assise en face de Souma, grignotant mes toasts alors qu’il me parlait. Sur l’étroite table se trouvait un panier de pains, ainsi que des assiettes contenant des œufs brouillés, des saucisses et de la salade pour deux. C’était l’heure du petit-déjeuner.

« Mais n’avez-vous pas dit que les importations coûtent cher et que cela entraîne une baisse des dépenses des consommateurs ? » (Liscia)

« Oui, je l’ai dit. C’est pourquoi, pendant un certain temps, nous allons probablement finir par devoir faire acheter des marchandises directement via le pays, puis les revendre à un prix intérieur. Nous allons faire des pertes sur ces ventes, mais nous devrions pour le moment, être en mesure de le supporter. J’aimerais compenser le manque à gagner avec les exportations, mais tout d’abord nous devons trouver un remplacement pour notre exportation primaire actuelle, le coton. » (Kazuya)

« Ceci parait difficile... Quoi qu’il en soit, mettons cela de côté pendant un moment. » Je voulais lui poser la question qui me dérangeait depuis un petit moment maintenant. « Vous êtes le roi, alors pourquoi entre tous les lieux possibles, mangez-vous ici ? »

Nous étions dans la cafétéria du château. Et pire encore, c’était la cafétéria générale utilisée par les soldats et les servantes. Ce que nous mangions actuellement était un déjeuner complet fourni le matin. Le roi de ce pays était donc assis parmi les gardes, mangeant la même nourriture qu’eux. Il devrait y avoir des limites à la faible dignité qu’un roi devrait avoir.

« Les regards curieux et constants des gardes et des servantes commencent à déranger, le saviez-vous ! » Je protestais en lui disant cela.

« Ne laissez pas cela vous déranger. En ce moment, toutes les dépenses du château sont réduites et donc je ne peux pas me permettre des dépenses inutiles pour mes repas. » (Kazuya)

« N’avez-vous pas dit que les mesures d’austérité avaient une mauvaise influence sur l’économie ? » (Liscia)

« Oui, si simplement, vous accumulez l’argent que vous économisez. » Dit-il avant de rajouter. « Mais si l’argent économisé est utilisé correctement, cela va dynamiser l’économie. »

« Pourtant, ceci ne signifie pas que nous devions manger ici. » (Liscia)

« Eh bien, voudriez-vous dans ce cas, aller manger ces repas à la grande table royale ? Je pense qu’on se sentirait encore plus insatisfait si l’on faisait cela ainsi. » (Kazuya)

« Vous avez peut-être raison, mais quand même... » (Liscia)

Même si l’on se sentait mal de manger avec toutes ces personnes qui nous regardaient. Même si j’étais habituée avec les jours passés à l’académie des officiers, j’étais techniquement la fiancée de Souma, une personne sous une observation minutieuse provenant des masses, et donc à leurs yeux, nous étions en plein rendez-vous. Alors comment pourrais-je rester calme en pensant à ça ?

Je soupirai avant de répliquer : « Si nous réduisons les coûts alimentaires, dois-je parler avec mes parents ? Ils mangent toujours des gâteaux et autres pâtisseries à l’heure du thé. »

« Oh, c’est correct. Ce sont tous des "cadeaux" de toute façon. » (Kazuya)

« Cadeau, dites-vous ? » Demandai-je avec surprise. Notre peuple pouvait-il se permettre de faire cela ?

« Eh bien, ils proviennent de grands magasins ainsi que de magasins appartenant à la noblesse. Même avec un mec comme moi en tant que roi, être un fournisseur de la famille royale est apparemment prestigieux. Donc même avec les pénuries alimentaires, nous recevons toujours beaucoup de ces choses. » (Kazuya)

« S’il vous plaît, ne parlez pas de vous comme cela. Vous êtes maintenant le roi ! » Dis-je.

« Beaucoup de ces aliments sont doux, mais ils n’ont pas une longue durée de conservation. Puisque je n’aime pas beaucoup les gourmandises, je les donne à l’ancien couple royal ou aux servantes et je leur fais rédiger des commentaires. Ensuite, pour ceux qui ont une note élevée, je leur donne un mandat royal pour un rendez-vous. Et cela marche étonnamment bien. » (Kazuya)

« Donc c’était donc pour cela... » Murmurai-je.

Dernièrement, j’avais entendu « Tout n’est pas calme sur le front de la perte de poids. » Provenant de femmes de ménage. Il y avait même eu des rapports selon lesquels certaines servantes se joignaient aux gardes pour s’entraîner.

... Moi-même, je ferais mieux d’être prudente. Pensai-je.

Contrairement à moi, qui m’étais promis quelque chose à moi-même, Souma gardait ses distances.

« Q-Quelque chose d’important s’est-il produit ? » Demandai-je.

« Non, c’est juste que... Si le budget de la nourriture était encore plus serré, nous pourrions subsister avec un régime de gâteaux, trois fois par jour... Hahaha... J’ai presque mis en pratique la phrase "S'ils n'ont pas de pain, qu'ils mangent de la brioche" [1]. » (Kazuya)

« Si les gens ne connaissaient pas les circonstances, il pourrait y avoir une révolution en réponse à ces mots... » Dis-je.

« Vous avez l’air de bien vous amuser ! » (inconnu)

Alors que je tournai la tête dans la direction de la voix soudainement entendue, je vis un jeune homme portant une armure cannelée (sans le casque) de la Garde Royal. Il était grand avec une carrure suffisamment robuste, et derrière ses longs et raides cheveux blonds était visible un beau visage qui le rendait probablement populaire auprès des dames.

« Tiens ! Sir Ludwin ? » Demandai-je.

« Cela fait trop longtemps, ma princesse. Non... Peut-être devrais-je maintenant vous appeler ma reine. » (Ludwin)

« Hum ! Et bien... en fait, je ne suis en ce moment, aucune des deux ! » (Liscia)

En voyant notre échange, Souma affichait un visage qui disait "C’est qui cette personne ?"

« Souma, ce gentilhomme est Sir Ludwin Arc, de la Garde Royale. » Lui annonçai-je, pour ainsi le présenter.

Malgré son jeune âge, moins de trente ans, Sir Ludwin était un génie qui avait été nommé chef de la Garde Royale. En temps de paix, le chef de la Garde Royale était responsable de la sécurité dans la capitale, Parnam, ainsi qu’au Château Parnam, mais en temps de crise, il avait également le pouvoir des forces personnelles du roi, l’Armée Interdite. Cela dit, le réel contrôle militaire du pays était entre les mains des Trois Duchés.

"Les Trois Duchés" faisaient référence aux deux ducs et à une duchesse, qui contrôlaient la terre, la mer et les forces aériennes.

Les titulaires actuels des Trois Duchés étaient les suivants :

Général de l’Armée du Royaume d’Elfrieden, Le Duc Georg Carmine. Un homme-bête à la crinière de lion. Il commandait ses troupes avec l’intensité d’un feu ravageant tout, infligeant la peur dans le cœur de ses ennemis.

Amiral de la marine du Royaume d’Elfrieden, La Duchesse Excel Walter. Un serpent de mer descendant des pirates. C’était une femme incroyable, habile non seulement pour les batailles navales, mais aussi pour la politique.

Général de l’Armée de l’Air d’Elfrieden, Le Duc Castor Vargas. Un homme-dragon. Il était le roi des cieux et le chef des stars de l’armée royale, les Chevaliers Wyverns.

En échange d’une fidélité envers le royaume, leurs familles avaient été autorisées à détenir des territoires (duchés) dans le royaume, où ils avaient reçu une autonomie.

Au moment de la fondation du royaume, il avait été créé par le rassemblement de nombreuses races et donc ce système avait été mis en place pour protéger leurs races contre la friction avec les autres. Cependant, même maintenant, avec toutes ces races vivant en harmonie, le système restait quand même encore en place. En échange de ce territoire, leurs familles mettaient leurs vies en jeu pour défendre le pays qu’ils aimaient. C’était la fierté des Trois Duchés.

Cependant, à l’heure actuelle, les Trois Duchés avaient repris leurs forces militaires et s’étaient repliés sur eux-mêmes en restant dans leur propre territoire. Il semblait que ces trois là, avec leur grand amour et leur respect pour l’ancien roi, n’avaient pas encore reconnu Souma, en tant que leur chef, voyant dans sa monté sur le trône, une usurpation pure et dure. C’était la source des soucis actuels de Souma.

Si vous combiniez les Trois Duchés, ils constitueraient environ un tiers du pays. Sans leurs coopérations, les réformes de Souma seraient difficiles à accomplir.

J’avais moi-même écrit à plusieurs reprises, au Duc Carmine, qui m’aimait comme sa fille, lui demandant de rencontrer directement Souma, mais la réponse était toujours, « Pour l’instant, je ne vois aucune raison de lui faire confiance. »

Il était un homme qui était résolu dans ses convictions, mais je ne l’avais jamais su aussi têtu. Alors pourquoi était-il tellement obstiné cette fois-ci ? Pour ma part, j’espérais que dès que possible, il accepterait Souma.

Sans aucune idée de ce que je ressentais, Souma serrait la main de Sir Ludwin. « Je suis Kazuya Souma. Techniquement, je suis maintenant le roi de ce pays. »

« Je me présente, je me nomme Arcs Ludwin. J’ai entendu auprès des fonctionnaires des rumeurs vis-à-vis de votre travail acharné. » (Ludwin)

« Eh bien, vous direz de ma part à ces fonctionnaires, "Si vous avez le temps de faire des commérages, alors vous devriez travailler avec encore plus de zèle". » (Kazuya)

« Hahaha, je le ferai sans faute. Est-ce que cela vous convient si je me joins à vous pour le petit-déjeuner ? » (Ludwin)

« C’est d’accord ! » (Kazuya)

« Merci beaucoup. » (Ludwin)

Sir Ludwin alla chercher un plateau contenant son petit-déjeuner et vint s’asseoir à côté de moi.

« Alors, comment vont les choses ? Je voulais parler des réformes, Votre Majesté. » (Ludwin)

« ... Elles ne se déroulent pas si bien. » (Kazuya)

Souma se plaignait entre deux morsures de son pain grillé.

« Nous souffrons particulièrement du manque de personnes qualifiées. À l’heure actuelle, j’ai hérité des conseillers du précédent roi. En d’autres termes, les fonctionnaires qui par leurs propres inactions, ont laissé le pays pourrir jusqu’à ce qu’il finisse dans un aussi mauvais état. En mettant de côté le Premier ministre Marx, le reste est inutile. » (Kazuya)

Ce pays était un état autocratique. La volonté du roi s’était fortement reflétée dans sa politique.

Il y avait bien un Congrès du Peuple dans lequel tous les citoyens avaient le droit de voter pour ses représentants, mais c’était simplement un lieu où des « Suggestions » de lois et des politiques étaient discutés, et ces « Suggestions » étaient ensuite suggérées au roi par le Premier ministre. Pour le dire plus simplement, c’était une grosse boîte à idées, et la mise en application de ces idées dépendait entièrement du roi.

Cela dit, si le roi avait agi comme il le voulait, sans tenir compte de l’avis des autres, il aurait perdu l’amour que lui vouait son peuple et se verrait probablement déchu de son trône par les Trois Duchés...

En outre, lorsque le roi souhaitait prospecter du côté d’une politique différente, il pouvait toujours convoquer des conseillers autres que le Premier ministre pour l’aider lors de ses réflexions. Le roi s’entretenait alors avec ses conseillers, décidant ainsi si ses politiques seraient efficaces ou non. Le choix des conseillers était laissé au bon vouloir du roi. Il pouvait engager quiconque dans le royaume et autant qu’il le souhaitait.

En vérité, même avant de monter sur le trône (dans ce royaume, à partir du moment où l’on était un prince), un futur roi commençait à prospecter afin de rassembler des gens qui pourraient devenir de bons conseillers. Mais Souma, étant monté sur le trône si brusquement, n’en avait aucun.

« Des personnes qui peuvent me dire les choses que je veux savoir et qui travailleront durement aux tâches que je leur ai assignées. Voici le personnel dont j’aurais besoin. » Annonça-t-il.

« Je comprends parfaitement. Tous ceux qui se tiennent au-dessus des autres souhaitent avoir des subordonnés compétents. » Répondit Ludwin.

« Est-ce la même situation pour vous dans l’Armée Interdite ? » (Kazuya)

« Oui. La plupart des diplômés de l’Académie des Officiers demandent pour être assignés aux armées des Trois Duchés. Puisque, même si l’on nous appelle l’Armée Interdite, nous sommes uniquement la force de défense de la capitale. Ce n’est pas une affectation très populaire, n’est-ce pas, Princesse ? » (Ludwin)

« Et bien... je suppose que non. La plupart de mes camarades de promotion ont tous voulu aller dans les armées des Trois Ducs. » (Liscia)

J’étais pour ma part dans les forces terrestres, mais c’était uniquement parce que je ne pouvais pas rejoindre l’Armée Interdite, car elle existait pour protéger la famille royale.

« Et maintenant, c’est la situation actuelle. Ces jours-ci, l’Armée Interdite contient beaucoup d’inadéquations et d’excentriques. Nous avons même un scientifique fou qui nous a été transféré de la Direction du Développement des Armes. » (Ludwin)

« Oh, cela ressemble à quelqu’un que je voudrais bien rencontrer ! » Annonça Souma.

En voyant l’enthousiasme de Souma, Sir Ludwin lui répondit : « Alors, je vous le présenterai dans peu de temps. »

Il rigolait ironiquement de cela.

Après cela, nous avons tenu quelques petites conversations pendant un certain temps tout en mangeant, puis finalement, nous quittâmes la compagnie de Sir Ludwin.

Quand je serai de retour dans ma chambre, j’enverrai une autre lettre encourageant le Duc Carmine à rencontrer Souma au plus vite, pensai-je.

◇◇◇

« Nous souffrons vraiment d’un manque de personnes capable ! » Me plaignis-je.

« J-Je présume. » Me répondit Liscia.

J’essayais de persuader Liscia, mais elle avait l’air un peu déconcertée par mes propos.

Parce que j’avais énormément utilisé ma capacité, elle aurait au moins dû monter un peu plus de niveaux. Dernièrement, je pouvais l’utiliser sur quatre objets en même temps (effectivement, je pourrais faire le travail de cinq personnes), mais même avec cela, ce n’était que l’équivalent d’avoir une personne supplémentaire par rapport au départ.

Une personne qui manquait de connaissances ou de compétences que je n’avais pas non plus. Ce dont j’avais besoin, c’était des personnes ayant des connaissances que je n’avais pas.

— Et donc, j’avais décidé de les rassembler.

« Donc, étant donné cette situation, je pense que je vais utiliser le Joyau de Diffusion de la Voix. » (Kazuya)

« Le Joyau de Diffusion de la Voix ? » (Liscia)

Le Joyau de Diffusion de la Voix était un système pour la diffusion de la voix du roi dans toutes les régions du pays. Dans la salle du palais du Joyau, il y avait une gemme flottante qui devait avoir un diamètre d’environ deux mètres. On m’avait dit que la gemme était imprégnée de la magie des esprits de l’air, les sylphes et des esprits d’eau, les ondines. Il transmettait la voix du roi à tout le pays ainsi que dans les villes et si on le configurait spécifiquement, il pouvait même projeter les images d’une personne. Les rois du passé avaient apparemment utilisé le Joyau de Diffusion de la Voix pour dévoiler une nouvelle constitution nationale, ou pour déclarer la guerre à une autre nation, uniquement ce genre de chose.

« Je parie que vous serez le premier à l’utiliser pour rassembler des personnes capables, » Liscia me déclara, apparemment impressionnée.

Était-ce vraiment une idée si bizarre ? « Comment les rassemble-t-on normalement ? » Demandai-je.

« Grâce à des connexions personnelles, ou à la tenue d’examens écrits et à l’embauche de ceux qui passent. »

« Ces méthodes ne sont-elles pas trop biaisées ? Quel est le taux d’alphabétisation dans ce pays ? » (Kazuya)

« La moitié des gens peuvent lire, et trois dixièmes peuvent écrire. » (Liscia)

« Ce n’est pas bon du tout. Seulement trois dixièmes de la population peuvent donc passer les examens. » (Kazuya)

« Juste pour que vous le sachiez, c’est assez dans la moyenne dans ce monde... » Déclara-t-elle.

Hmm... Devinez ce qui se produit lorsque vous n’avez pas d’éducation obligatoire.

Je continuai mon point de vue en lui disant : « On peut apprendre à lire et à écrire. Certes, la qualité d’un candidat ne devrait pas être décidée par sa capacité à se permettre de prendre des leçons. Ce sont quand même sept dixièmes de la population. Combien de diamants peut-on envisager à tailler à partir de leur forme brute ? »

« ... Je ne peux rien dire contre ça, » Liscia déclara cela, semblant un peu honteuse.

Bien sûr, je suppose qu’elle n’est pas celle à qui j’ai besoin de le dire, hein ? Vraiment, ce pays doit être reconstruit à partir de ses fondations.

« Alors, quelles conditions allez-vous utiliser lors de cet appel ? » Demanda-t-elle.

« Je cherche encore la formulation exacte. Bien sûr, j’ai l’intention d’emprunter les mots d’un grand homme que j’admire. » (Kazuya)

« Un grand homme ? » (Liscia)

« Oui. Un héros rusé dans un pays troublé. » (Kazuya)

◇◇◇

« Si vous avez un don, je le mettrai à l’emploi ! » (Kazuya)

Aussi bien dans la capitale, les citées, les villes et les villages, la voix de Souma fit écho.

Dans la capitale, les citées, et même les grandes villes, l’image de Souma avait également été projetée. Les récepteurs se trouvaient toujours au centre de larges places. Ils libéraient un brouillard dans l’air, puis utilisaient la réfraction de la lumière pour recréer la scène qui se déroulait à l’intérieur de la salle du Joyau.

Pour le mettre en termes modernes, ils recevaient un flux vidéo du lieu du tournage et le projetaient en direct sur un écran de brouillard. La qualité était comme granuleuse, mais les gens étaient ravis d’avoir leur premier aperçu de leur nouveau roi.

Certains ont été déconcertés par sa jeunesse, d’autres par son apparence emplie de simplicité. La faute de tout cela venait surtout de Souma, qui avait jugé trop gênant de porter la tenue formelle ou même de porter sa couronne.

En voyant la princesse Liscia debout à ses côtés sans avoir l’air particulièrement tendue, la population fut ainsi rassurée. Bien qu’elle ait entendu dire qu’il n’avait pas obligé le roi à abdiquer et n’avait donc pas usurpé le trône, jusqu’à ce que les habitants du royaume ne le voient pas par eux-mêmes, ils avaient gardé une certaine incertitude au plus profond de leur cœur. Surtout que, vis-à-vis de la princesse Liscia, dont la beauté si digne en avait fait une idole pour le peuple, certains avaient exprimé leur inquiétude pour son bien-être.

Alors qu’ils vaquaient à leurs occupations, le discours de Souma continua.

« Notre pays est confronté à une crise de proportions jusqu’alors inédites ! Le problème de la crise alimentaire, ainsi que le ralentissement économique qui en découle et l’afflux de réfugiés provenant des terres saisies par le Seigneur-Démon... Déjà, l’un de ces problèmes serait déjà une grave difficulté qui menacerait ce pays. Pourtant, il n’y a pas que cela face à nous ! L’Empire a élargi son influence, et certains de nos voisins nous regardent avec impatience, prêts à bondir ! L’ancien roi, reconnaissant que cette situation était hors sa portée, a confié ce pays à une humble personne telle que moi. » (Kazuya)

Après quelques secondes, Souma poursuivit.

« Reconnaître ce qu’on ne peut pas faire, et donner sa place à celui qui peut le faire. Même quand on sait que ceci est le bon choix, ce n’est jamais un choix facile à faire. En y pensant, en temps de paix, l’ancien roi aurait eu la capacité d’être un grand chef. » (Kazuya)

Pendant un moment, la princesse Liscia pensa : "Cela lui donne beaucoup de crédits..." avec un sourire amer, mais personne ne le remarqua.

« Cependant, nous nous trouvons en une période troublée ! Dans une telle période de turbulences, nous ne cherchons pas que notre dirigeant soit une personne aux saintes vertus. Mais plutôt quelqu’un qui sera prêt à se salir les mains, disposé à faire obstinément ce qu’il faut faire pour survivre. Et non pas, un souverain qui est au-dessus de la moyenne en toutes choses, mais un souverain qui ne renonce pas à sa survie, et sur ce point j’excelle au-delà de tous les autres. Parce qu’en fin de compte, c’est ce qui protégera vos familles et vos moyens de subsistance ! C’est pourquoi l’ancien roi m’a confié ce pays ! Je suis tenace, et sur ce point je suis bien supérieur à l’ancien roi. » (Kazuya)

« À l’heure actuelle, je suis en train de lancer de nombreuses réformes. Cependant, nous sommes confrontés à un manque accablant de personnes capables d’aider à leurs mises en œuvre. Ainsi, je lance un appel aux talentueux se trouvant parmi vous. Je vous le dis à nouveau : si vous avez un don, je le mettrai à l’emploi ! » (Kazuya)

« Dans ces temps de confusions, ceux dont nous avons besoin ne sont pas ceux qui sont moyennement meilleurs que d’autres. Ce sont ceux qui, par leur capacité, se tiennent au sommet de tous les autres. Ce n’est pas la forme que le don prend qui est importante. Et ce n’est pas grave si vous n’avez pas des qualifications au-delà de ce don. S’il y a une chose à propos de laquelle vous avez la fierté de dire, "Je suis meilleur que quiconque à ce sujet," alors, venez devant moi me le présenter ! » (Kazuya)

« Éducation, âge, classe, origine, race, genre. Rien de tout cela ne me concerne. Que vous puissiez ou non lire, faire de l’arithmétique, avoir de l’argent, avoir un corps sain, être beau ou moche, ou avoir une égratignure sur votre tibia, ça n’a pas d’importance ! Si vous pouvez penser, "Je suis meilleur que quiconque à ce sujet, à cette seule chose, où je ne perdrai face à aucune autre personne dans le pays," alors, montrez-vous devant moi ! Si je décide que votre don est quelque chose dont le pays a besoin, vous serez accueillis comme un de mes conseillers personnels ! » (Kazuya)

Le discours passionné du nouveau roi brillait aux yeux de la population.

Comme ils l’avaient tous écouté, ils devaient tous être en train de se tordre les méninges pour trouver quelque chose où ils étaient plus doués que les autres. Mais en même temps, cependant, s’ils trouvaient quelque chose, la plupart d’eux penseraient qu’ils ne seraient pas embauchés si cela n’était pas utile d’une manière ou d’une autre. Quand ce sentiment de résignation serait établi, il deviendrait un barrage bloquant le flot d’enthousiasme qui résultait de son discours passionné.

Le roi cherchait des personnes capables qui pouvaient résoudre les problèmes de ce pays. Tout le monde avait du mal à imaginer que leurs propres dons seraient utiles au pays.

« Je suis sûr que parmi vous, certains sont hésitants à croire que leurs dons peuvent être utiles. » Souma déclara cela, comme s’il était conscient de l’hésitation du peuple.

« Cependant, ce n’est pas quelque chose que vous pouvez décider par vous-même ! Moi, le roi, déciderai si le pays a besoin de votre don ! Je ne me soucie pas si d’autres refusent votre don en disant qu’il est sans valeur ! Je serai le seul juge ! Donc, n’hésitez pas ! Venez et dévoilez votre don devant moi ! » (Kazuya)

Souma s’arrêta pour respirer et pour se calmer.

« Si vous êtes encore hésitant, alors voici ce que nous allons faire. Si votre don est prouvé sans comparaison dans ce pays, alors au nom du Royaume d’Elfrieden, je vous délivrerai un Certificat de Possession d’un Don Hors Pair et vous recevrez un prix en espèces sonnantes et trébuchantes. Alors, comment est-ce avec un peu plus de motivation ? » (Kazuya)

L’image de Souma leva son poing en l’air.

À ce moment-là, une grande émotion fut ressentie à travers tout le pays, dans chaque ville qui valait la peine d’être appelée une ville.

Le barrage dans le cœur des gens venait d’été brisé. C’était aussi la même chose dans la capitale.

« Oh... ! Je peux entendre les acclamations dans la ville du château depuis ici. Heureux que vous soyez tous excités, » Souma annonça cela, en entrant dans un discours un peu plus décontracté.

Debout à ses côtés, Liscia voulait tenir sa tête entre ses mains, mais personne ne semblait être du même avis.

Puis Souma continua : « Vous pouvez vous proposer ou quelqu’un d’autre peut le faire. Si la nomination est faite pour quelqu’un d’autre, les trois dixièmes du prix iront pour le candidat, et le restant ira, à la personne qui l’a amené. S’il y a des gens qui refusent de le faire et qui jouent à l’ermite quand ce pays est en pleine crise, je veux que vous alliez les chercher et que vous le fassiez venir ici. En outre, pour des dons comme "je suis plus fort que d’autres" ou "Je suis meilleur en chant", donc là où il y a une possibilité pour faire une compétition, nous mettrons les candidats en concurrences pour choisir un unique représentant pour ce don. Alors, soyez prêt pour cela. Maintenant... Je pense que j’ai dit tout ce dont j’avais besoin. »

Enfin, Souma coupa sa diffusion du Joyau de Diffusion de la Voix avec les mots suivants : « Maintenant, oh porteurs de don, venez me serrer la main dans la capitale, Parnam. »

Liscia le regarda avec rage après la diffusion. « C’était quoi cette dernière ligne ? » Demanda-t-elle.

« C’était juste une phrase dite dans le feu de l’action. » Déclara Souma avec le sourire.

Elle se demanda :

Maintenant, comment les gens réagiront-ils ? Est-ce qu’ils vont vraiment venir ? J’espère que beaucoup de personnes viendront.

◇◇◇

Notes

  • 1  Référence à une citation française souvent attribué à tort à Marie Antoinette.

☆☆☆

Partie 2

Dans l’histoire, il a toujours existé des scènes qui étaient aisément dramatisées par les générations ultérieures. Mais pour que cela arrive, il fallait certaines conditions :

Tout d’abord, l’événement devait se produire au cours du passage d’une époque à une autre.

Deuxièmement, il fallait qu’une personne possédant un certain talent soit au centre de cette scène, pour ainsi pouvoir la mettre en valeur.

Voici donc les deux conditions requises.

Dans la Période de Sengoku, ceci serait certainement la scène où Oda Nobunaga jouait avec Atsumori, une scène du théâtre juste avant la bataille d’Okehazama.

Dans la Romance des Trois Royaumes, ce serait la scène où Liu Bei recrutait Zhuge Liang après avoir effectué personnellement trois visites.

Dans l’Histoire Romaine, ce serait, sans aucun doute, la scène où César déclara "Le sort en est jeté.", alors qu’il traversait le Rubicon.

Alors, si l’on devait se demander quelle serait la scène qui aurait été le plus souvent dramatisée dans les années ultérieures, à la suite de l’époque où le roi avait abdiqué et que le trône avait été donné au nouveau roi Souma, la réponse serait probablement ce rassemblement de personnes possédant un don.

Devant Souma, qui avait cherché tous ceux ayant des dons. Cinq jeunes doués furent ainsi convoqués. Parmi eux, le roi en accueillerait un seul avec une joie sans réserve.

Du point de vue de Souma, ce fut l’une de ses plus grandes réalisations. Du point de vue d’une autre personne présente, ce sera le moment décisif dans l’histoire de sa vie qui devint comme dans le conte de fées raconté dans l’histoire de Cendrillon. Et du point de vue de "Celui qui regardait cette scène à travers des yeux différents de ceux des autres", tout cela était pour devenir, "le tournant d’une nouvelle ère".

Oui. Dans cette scène, il y avait, bel et bien, trois personnages principaux.

◇ ◇ ◇

Je m’étais inquiété de combien de personnes répondraient à l’appel, mais la réponse fut bien supérieure à ce que j’avais prévu. N’ayant pas imposé de limites au type de dons, mais le fait d’avoir offert un prix en espèces avait certainement aidé.

Actuellement, la capitale étant remplie d’une énorme quantité de monde, et nous avions donc dû imposer des restrictions concernant le nombre de personnes autorisées à accéder, en même temps, au palais. La situation était tellement écrasante que les fonctionnaires, y compris Marx, avaient couru tout au long de cet événement, telle la queue d’une vache.

Et il me semblait que trop de gens s’étaient retrouvés ici, mais apparemment, depuis que j’avais fait une telle annonce, les masses s’étaient précipitées vers la capitale pour voir quel genre de personnes attireraient l’attention du roi.

Et quand les personnes bougeaient, les choses aussi bougeaient avec elles.

Les marchands qui avaient ressenti une opportunité commerciale s’étaient rassemblés pour s’installer à proximité de là, de sorte que la ville du château avait toute l’air d’un festival. C’était un coup de pouce inattendu pour notre économie, mais, en même temps, cela signifiait encore plus de travail pour les officiels locaux.

Maintenant, en ce qui concernait le recrutement, la réponse fut : elle fut aussi massive.

Une multitude de dons, certains immédiatement utiles, d’autres n’ayant, à première vue, aucune utilisation apparente, était présentée devant la station de jugement. Là-bas, cinq officiels jugeaient si les dons des participants étaient uniques. S’ils étaient reconnus, des prix leurs étaient attribués, et cela, quel que soit le don. Liscia et moi étions dans une pièce séparée de là, lisant les rapports des juges et sélectionnant les personnes que nous aimions le plus.

Il y avait énormément de candidats, mais cela signifiait également une superposition considérable de leurs dons. La concurrence fut particulièrement féroce pour les dons tels que ceux du "Don pour les Arts Martiaux", "Don de Talent" et le "Don de la Beauté". Alors on décida d’en sélectionner qu’un seul dans chacune des catégories en utilisant un principe de compétitions qui furent installées sur d’autres sites.

Sur chacun de ces sites, nommés le "Tournoi pour le Meilleur du Royaume en Arts Martiaux", le "Tournoi pour le plus Talentueux du Royaume" et le "Grand Prix de la plus Jolie Fille d’Elfrieden", les spectateurs étaient très heureux de pouvoir observer les procédures de sélection.

... Au fait, après cet événement, à la demande de la guilde des marchands, ces tournois devinrent des événements annuels dans la capitale, Parnam, et attirèrent ainsi, chaque année, une foule de touristes venus spécialement là, pour les voir.

En outre, vis-à-vis du "Grand Concours de la plus Jolie Fille d’Elfrieden", des rumeurs se répandirent rapidement selon lesquelles, en réalité, le roi choisissait ses maîtresses lors de cet événement. En conséquence, tous les nobles qui voulaient lier leur propre lignée, à la famille royale, avaient envoyé leurs proches pour y participer, mais comme ce n’était pas pertinent pour le moment, je l’avais tout simplement laissée de côté. Cependant, un peu plus tard, lorsque Liscia avait entendu ces rumeurs, j’avais eu droit à des regards emplis de froideur pendant un bon moment...

*

Le processus de jugement avait initialement été planifié pour durer une journée, mais il dura finalement trois jours. Ceux possédant des dons qui m’avaient fait penser à "C’est bien ce que je cherchais !" avaient été amenés devant moi le quatrième jour.

J’étais assis sur le trône, avec Liscia debout à mes côtés. (Techniquement, alors même que nous étions fiancés, le mariage n’ayant pas encore eu lieu, il lui était donc interdit, à cause des lois du pays, de ne serait-ce que toucher le trône de la reine.) À un pas de nous, le Premier ministre, Marx, était placé à notre droite, tandis que le capitaine de la Garde Royale, Ludwin était à notre gauche.

Au fait, nous avions directement transporté le Joyau provenant de la salle de communications, dans la salle du trône et donc, cette scène était ainsi diffusée partout dans le royaume.

Cinq jeunes avaient été amenés devant nous :

L’une d’elles avait des cheveux argentés et des oreilles d’elfe. Une fille qui ressemblait énormément à un guerrier, avec des muscles qui se manifestaient à travers sa peau de couleur marron.

Le deuxième portait une robe noire qui couvrait l’intégralité de son corps. Un jeune homme mince affichant sur le visage, un regard quelque peu apathique.

La troisième présentait un air distingué, mais différent de Liscia. Une belle fille aux cheveux bleus avec, émanant d’elle, une aura de douceur se diffusant autour d’elle.

La quatrième possédait de petites oreilles de renard qui sortaient de sa tête, sans aucun doute, une fillette des campagnes d’environ dix ans.

Et, enfin, le dernier était un gros homme d’âge moyen, trempé de sueur.

« Votre Majesté. Les nombreux habitants doués de ce pays, qui ont daigné venir en réponse à votre convocation ont tous été inscrits dans ce grand livre. Les personnes ici présentes sont celles qui possèdent des dons particulièrement rares et utiles. » (Marx)

Alors que Marx avait annoncé ça, le gros homme se prosterna immédiatement devant moi, sautant littéralement dans les airs tel une sauterelle. La jolie fille aux cheveux bleus se prosterna elle aussi, mais tous ses mouvements étaient remplis de grâce, et la petite fille-renarde suivit maladroitement le mouvement. Le jeune homme en robe noire les regardait tous d’un air endormi, puis se prosterna en dernier, devant moi.

Quant à la dernière personne, l’elfe sombre, elle resta quant à elle debout. Toutes les personnes présentes dans les lieux en furent horriblement choquées.

« N’oubliez pas que vous êtes devant le Roi. Ne devriez-vous pas immédiatement, vous prosterner devant lui ? » Ludwin l’avait ainsi mise en garde d’une voix calme, mais emplie de force.

La fille aux oreilles d’elfe ne semblait pas s’en préoccuper le moins du monde. Et pour rajoutée à la scène dramatique qui se déroulait là, elle me regarda droit dans les yeux avant de déclarer cela :

« Je demande votre indulgence, car il s’agit d’une des coutumes ancestrales de ma tribu. Les guerriers de ma tribu ne baissent jamais la tête devant une autre personne que leur maître. Et, pour nous, les femmes de la tribu, ne pas baisser la tête devant quiconque, sauf votre mari, est la preuve de votre chasteté. » (elfe sombre)

« Malgré tout... » Ludwin voulut répliquer à cela.

« Ça ne me dérange pas. » Déclarai-je tout en tendant la main pour empêcher Ludwin de parler avec elle avant de continuer moi-même à annoncer. « Nous leur demandons d’aider le pays. Il n’est donc nullement nécessaire d’être aussi collet monté. »

« ... Si tel est votre souhait, Votre Majesté. » Déclara Ludwin, en abandonnant facilement son point de vue.

... Il a fait cela en sachant pertinemment ce qui se passerait ensuite. J’en suis sûr. Il a agi de manière à empêcher les gens de nous prendre à la légère, tout en montrant combien le roi est tolérant. C’est un acteur impressionnant. Dans ce cas, je devrai répondre aux attentes et jouer le roi tolérant. Pensai-je.

Je me levai alors de mon trône avant de me tourner vers eux.

« S’il vous plaît, ne vous prosternez pas devant moi. Comme c’est moi qui suis en position de vous demander une faveur, tout ceci ne sera pas nécessaire. Ne restez donc pas si cérémonieux. Allez-y et mettez-vous à l’aise. » (Kazuya)

Les quatre se relevèrent en réponse à mes mots, alors que moi, je regardai vers Marx, indiquant qu’il devait continuer.

Marx acquiesça, commençant juste après, à lire un rouleau de papier. « Nous allons maintenant annoncer les dons détenus par ces individus et effectuer l’attribution des prix ! Madame Aisha Udgard, elfe sombre de la Forêt Protégée par Dieu, avancez d’un pas ! »

« Oui. Monsieur ! » (Aisha)

Cette fois-ci, l’elfe obéit humblement.

Elle avait l’air d’avoir moins de vingt ans, mais j’avais entendu dire que les elfes sombres restaient jeunes pendant longtemps. Et donc leur apparence et leur âge ne correspondaient jamais. Elle avait une peau marron et une queue de cheval argentée qui lui convenait à merveille. Portant un plastron et des gantelets, elle était habillée comme un guerrier. Ses jambes minces donnaient un bref aperçu d’elles par la fente dans son tissu drapé à sa taille. Elles étaient modérément musclées et avaient l’air d’appartenir à quelqu’un en bonne santé.

Une elfe sombre, pensai-je. L’une des races minoritaires d’Elfrieden, c’est une race ayant des capacités de combat de haut niveau. Au lieu des villes, ils résident dans la Forêt Protégée par Dieu, nom donné à leur région forestière et bénéficient de l’autonomie en tant que protecteurs de cette forêt. Ils ont un fort sentiment d’unité raciale et rejettent instinctivement les étrangers... Hum !

Tout en agissant comme si rien ne sortait de l’ordinaire, je manipulai en même temps, dans une autre pièce du château, des gants que j’avais laissés là, imprégnés de ma conscience pour ainsi pouvoir feuilleter dans l’Encyclopédie pour Enfants d’Elfrieden (comme elle était destinée aux enfants, les paragraphes étaient courts, ce qui l’avait rendue indispensable lors de recherches rapides d’informations). Ceci m’avait permis d’y lire un article concernant les elfes sombres.

Les elfes sombres dans ce pays n’étaient pas des elfes déchus qui avaient perdu la bénédiction des dieux, comme on le verrait dans beaucoup de romans fantastiques. Il semblait que les elfes blonds à la peau pâle s’appelaient "Elfe Clair" et que les elfes à la peau brune et aux cheveux d’argent s’appelaient les "Elfes Sombres" pour ainsi pouvoir se distinguer entre les deux.

« Celle-ci s’est révélée remarquablement douée en capacités martiales. Elle a remporté, haut la main, la première place au Tournoi pour le Meilleur du Royaume en Arts Martiaux. Cette réussite montre à quel point, elle est vraiment apte à être appelée la plus grande combattante de ce royaume, et pour cela, nous la félicitons ! » Déclara Marx.

Hein ? Donc elle est la gagnante du tournoi d’arts martiaux. Elle doit être très solide dans ce cas. Pour ma part, il n’y avait qu’une chose qui me concernait. Alors je déclarai cela pour faire suite aux propos de Marx.

« Je fais appel à des personnes capables, qui aideront le royaume, mais est-ce que vous allez m’aider quand le moment sera venu ? J’ai lu que les elfes sombres étaient fidèles uniquement à leur propre espèce. » (Kazuya)

« ... Ce n’est plus une époque où nous pouvons survivre simplement en protégeant notre forêt. Si ce pays tombe, la forêt sera elle aussi menacée. Certaines personnes estiment que les elfes sombres doivent changer. Je suis l’une d’elles, » annonça-t-elle très clairement.

« Bien... Ceci est une déclaration plutôt libérale pour une race connue pour être plutôt conservatrice, » répondis-je.

« Oui, c’est vrai ! Je suis vue par certains comme une hérétique. Mais si nous ne faisons pas quelque chose... Roi Souma !? » (Aisha)

« Oui ? » (Kazuya)

« Je n’ai nul besoin de l’argent du prix. Au lieu de cela, je vous demande de me permettre de m’adresser directement à vous. » (Aisha)

La salle devint immédiatement en effervescence. Aisha essayait de faire un appel direct au roi. Même au Japon, faire ceci dans le passé aurait été considéré comme un crime capital. Et il semblait que ce pays ne soit pas si différent.

Les mains de Liscia et Ludwin allèrent directement se poser sur leurs épées, mais je leur intimai l’ordre de s’arrêter.

« Je vais vous le permettre. Dites ce que vous avez à me dire. » (Kazuya)

« Souma !? Ce n’est pas — ! » (Liscia)

« Elle était prête à risquer sa vie pour me dire quelque chose. Alors, en tant que le roi, je me dois de l’écouter. » (Kazuya)

« Merci beaucoup. Je vais dans ce cas parler. » Aisha bomba avec fierté son torse tout en continuant à parler.

« Récemment, nous avons subi un grand nombre d’incursions faites par d’autres races et cela, directement au sein de notre forêt sacrée. Ils récoltent des champignons et d’autres plantes sauvages comestibles, et ils chassent les bêtes de la forêt. Je comprends parfaitement que vous subissez actuellement une grave crise alimentaire. Cependant, si vous nous volez toutes la nourriture se trouvant dans notre forêt, nous serons ceux qui auront finalement faim ! Nous n’avons donc pas eu d’autre choix que de prendre les armes contre ces intrus. Même au moment où je vous parle, des affrontements se déroulent dans toute la forêt. Roi Souma, s’il vous plaît, réprimandez les contrevenants ! » (Aisha)

« Je comprends... » (Kazuya)

Fondamentalement, elle veut que j’interdise à la population qui n’a aucune nourriture et qui va donc chasser ou récolter des plantes sauvages dans la forêt. Lors d’une crise alimentaire, si vous allez dans une zone où la distribution était déjà limitée, alors la crise deviendra là-bas, encore plus grave. S’il y a une forêt à proximité contenant de nombreuses ressources, j’imagine que les gens du peuple y entreraient même si pour cela, ils doivent braver de nombreux dangers et cela même s’ils doivent subir les attaques directes des elfes sombres. (Kazuya)

« Bien sûr, vous aurez cela. En ce qui concerne la Forêt Protégée par Dieu, il existe déjà des lois limitant l’entrée, donc je ne peux pas créer de nouvelle interdiction, mais je veillerai à ce que l’aide alimentaire atteigne immédiatement les populations à proximité d’elle. Si, même après ça, il en reste encore qui ose entrer dans cette forêt, alors nous les reconnaîtrons officiellement comme étant des braconniers et nous les poursuivrons sans pitié. » (Kazuya)

« Merci beaucoup. Je vous en suis reconnaissante. » (Aisha)

À ces mots, au lieu de s’incliner, Aisha posa sa main sur sa poitrine et ferma les yeux. Je ne savais pas s’il s’agissait d’un geste de gratitude ou simplement d’une position montrant un soulagement pour avoir accompli sa tâche.

« Pourtant, Aisha, le braconnage est un crime innommable, mais si nous nous tournons vers l’avenir, ne serait-il pas plus sage, de considérer le commerce avec ceux qui sont en dehors de la forêt ? N’y a-t-il pas des biens dans le monde extérieur qui attirent votre intérêt ? » Demandai-je.

« Eh bien... bien sûr que oui, mais... Nous n’avons aucune ressource ou bien pouvant être vendu à l’extérieur. » (Aisha)

« Hmm... Et qu’en est-il du bois ? N’êtes-vous pas obligé de procéder à des éclaircissements périodiques ? » (Kazuya)

Vivant dans une forêt, ils devaient avoir plus de bois qu’ils n’en avaient besoin. D’autre part, dans le monde extérieur, la demande étant très élevée, ceci devrait donc faire du bois, une marchandise facilement vendable. C’était ce que je pensais, mais...

« Des éclaircissements périodiques... De quoi s’agit-il ? » Demanda Aisha avec un regard si sérieux affiché sur son visage que je ne pus m’empêcher pendant un moment d’être stupéfait de sa question.

Hein !? Ne me dites pas que dans ce monde, ils ne font pas de défrichage périodique de la forêt ?

« Je parle de l’abattage périodique d’un nombre déterminé d’arbres afin de protéger la forêt... » (Kazuya)

Après l’avoir déclaré, je regardai Liscia, Marx et Ludwin, mais tous me répondirent d’un non de la tête. Apparemment, c’était la première fois qu’ils entendaient parler de cela. C’était aussi pareil pour Aisha.

« Pour protéger la forêt... Vous coupez des arbres ? » (Aisha)

« Bien sûr. Si vous laissez les arbres pousser, ils vont continuer à grossir. Leurs feuilles et branches vont donc s’étaler sur une grande surface. Et ainsi, si elles bloquent totalement la lumière du soleil, les jeunes arbres ne pourront pas pousser en dessous. En outre, si le nombre de ces vieux arbres augmente trop dans une même zone, cela aura une incidence directe sur leur durée de vie et donc vous finirez par n’avoir rien d’autre que de vieux arbres qui sont minces et fragiles, tout comme des germes de soja. Ce type de forêt peut facilement être détruit par la neige ou le vent. En plus, si le soleil n’atteint plus le sous-bois, tout va se dessécher. Et ceci va certainement faire que la terre va perdre progressivement sa capacité à absorber l’eau, ce qui peut être à l’origine de glissements de terrain. Tout ceci est de notoriété publique, n’est-ce pas ? » (Kazuya)

En regardant autour de moi, tout ce que je pouvais voir était une collection de figurines qui ne pouvait que secouer leurs têtes de gauche à droite.

Aisha se prosterna brusquement devant moi avant de proclamer : « Roi Souma... non ! Votre Majesté ! »

« Qu-Quoi !? » (Kazuya)

« Je vous supplie humblement de me pardonner pour ma grossièreté de tout à l’heure ! » (Aisha)

« Heu. Je ne me souciais pas vraiment de cela, mais... attendez un instant ! Est-il normal que vous baissiez ainsi la tête ? » (Kazuya)

« Ceci ne me dérange nullement ! Parce que, dès cet instant, je m’engage à vous servir loyalement pour le restant de ma vie ! » (Aisha)

Wow, wow, halte-là. Que se passe-t-il ici... ? Je crois que j’ai loupé un épisode. Pensai-je, totalement abasourdi par les événements.

« Utilisez ma vie comme vous le désirez ! Mon corps, mon cœur et ma chasteté, je vous offre tous cela ! Si vous me dites d’aller me battre, alors j’irai me battre sans peur ! Si vous me dites de vous aimer, alors je vous aimerai de tout mon cœur ! Si vous me dites de devenir votre concubine ou votre esclave, je le ferai sans aucune hésitation ! Si vous me dites de mourir, alors je me donnerai la mort à l’instant ! » (Aisha)

« D’où vient cette folle fidélité envers moi !? Qu’est-il arrivé dans ces dernières minutes !? » (Kazuya)

« Cependant, avant de m’ordonner de mourir, je vous demande de répondre à ma dernière requête ! » (Aisha)

« Hein !? Vous m’ignoriez on dirait !? Oui, vous m’avez totalement ignorée !? » (Kazuya)

« S’il vous plaît, dès que possible, venez dans la Forêt Protégée par Dieu ! » Puis une fois de plus, elle fit plaquer sa tête fermement contre le sol, rependant un *clack* dans la salle et par la même occasion, dans tout le royaume.

À ce stade, même Liscia était complètement décontenancée par la scène.

... Cette prosternation proche de l’automutilation est pratiquement une menace pour sa vie...

« D’accord, écoutons votre histoire. Fondamentalement, vous voulez m’emmener à la Forêt Protégée par Dieu, n’est-ce pas ? » Demandai-je.

« Oui, c’est très précisément ma demande. Et, une fois là-bas, veuillez nous apprendre cet "éclaircissement périodique" ! Ces dernières années, la forêt a fait face exactement aux problèmes que vous venez de décrire, Monseigneur ! Là où les arbres étaient devenus plus denses, ils sont devenus minces et peu résistants, les jeunes arbres ne poussent plus, l’eau est boueuse, et quand le vent ou les forts orages les traversent, ils tombent, laissant le terrain mis à nu. Avec vos mots, j’ai enfin pu comprendre la cause de tous nos maux ! » (Aisha)

« La Forêt Protégée par Dieu possède une histoire remontant à des milliers d’années, n’est-ce pas ? Avant cela, est-ce que jamais personne n’avait remarqué ? » Demandai-je, mais j’eus comme réaction que Liscia et Aisha hochèrent négativement et honteusement leur tête.

« Les arbres dans la forêt sont connus pour posséder une très longue espérance de vie. C’est pourquoi, jusqu’à maintenant, quand ils atteignaient la fin de leur cycle de vie, personne ne le remarquait. » Me répondit Aisha.

« C’est vrai... Mais ce n’est pas seulement leurs problèmes. Nous ne faisons pas d’éclaircissement périodique dans les montagnes d’Elfrieden, donc la situation peut être la même partout ! » Surenchérit Liscia.

« Eh bien, peu importe l’endroit, la forêt ne doit pas être trop dense si nous voulons qu’elle puisse bien se développer. Lorsque les vieux arbres tombent, de nouveau se développent. Même si une catastrophe naturelle oblitère totalement une forêt de soya, elle se régénérera en environ dix ans. La nature fonctionne après tout, selon des cycles de ce genre. » (Kazuya)

« Ne serait-ce pas dévastateur pour les elfes sombres se trouvant dans la Forêt Protégée par Dieu ? » Demanda Liscia.

... Je parie que c’est probablement le cas. Ils vivent, après tout, directement dans la forêt elle-même. Si la forêt venait à disparaître, nous aurions instantanément un nouveau groupe de réfugiés sur les bras. Je n’avais nul besoin de plus de réfugiés, alors je ferais mieux d’agir rapidement. Pensai-je.

« Je comprends. Gardons cela en tête pour que dans un avenir proche je me déplace personnellement dans la Forêt Protégée par Dieu. » (Kazuya)

« Ohhhh ! Merci beaucoup, Votre Majesté ! » Cria littéralement Aisha.

« Cependant, lorsque je viendrai, vous devrez permettre l’entrée d’autres personnes avec moi. Il semblerait que la gestion forestière soit une tâche nécessaire pour l’ensemble du pays. Je saisirais donc cette occasion pour organiser des cours sur la façon d’établir une industrie forestière. » (Kazuya)

« Comme vous le souhaitez, Monseigneur. » Me répondit Aisha.

« Parfait alors. Ludwin. » (Kazuya)

« Monseigneur. » (Ludwin)

« On dirait qu’elle souhaite me servir. Alors j’aimerais que vous voyiez ce qu’Aisha est capable de faire. Nous connaissons sa prouesse martiale en tant qu’individus, mais il reste à savoir si elle peut être une générale dirigeant toute une troupe. Ceci reste une question encore ouverte. Si elle en possède le potentiel, alors je ferai d’elle, un général dirigeant toute une armée. Sinon, je l’engagerai comme mon garde du corps personnel. » (Kazuya)

« Oui, Votre Majesté. Je comprends ! » (Ludwin)

Beaucoup plus tard, après l’avoir testée, Ludwin m’annonça : « Elle possède le potentiel pour être une générale tout à fait décente. Cependant, sa capacité en tant que combattant en solo est largement supérieure, et ce serait un gaspillage de l’utiliser en tant que simple général. »

C’était le type de soldat polyvalent comme Lu Bu [1]. Apparemment, c’était le genre de combattant qui pourrait agir en tant que général, mais qui pourrait également être envoyé seul pour faire des ravages au sein de l’ennemi. Dès lors, je garderais Aisha à mes côtés, en tant que mon garde du corps.

C’était la fin du tour d’Aisha, mais les choses étaient devenues quelque peu intenses avec la toute première personne. J’avais eu l’intention au départ de distribuer rapidement des prix et d’appeler toutes les autres personnes qui m’avaient l’air utiles...

S’il vous plaît, dites-moi que les quatre autres ne viendront pas tous avec autant de bagages, je l’espère ?

*

« Suivant. Monsieur Kwonmin Hakuya. Un pas en avant. » Proclama Marx.

« Oui, monsieur ! » (Kwonmin)

Comme son nom avait été appelé, le jeune homme à la robe noire s’avança tranquillement.

C’était un jeune homme d’environ vingt ans, portant une tenue distinctive qui ressemblait à la combinaison d’une soutane de pasteur et du kimono traditionnel d’un kannushi [2] et qu’on aurait ensuite teint la tenue résultante en noire. Ses cheveux, eux aussi noirs, touchant ses épaules lui donnaient l’air déprimé. Il était pâle et très mince, ressemblant plus à un type qui vit cloîtré à l’intérieur. Il agissait de manière apathique, mais ses yeux endormis étaient rivés sur moi.

« Cet homme, bien que sa recommandation provienne d’un autre, a démontré le don de la sagesse ! » M’annonça Marx avant de poursuivre. « Il a réussi à mémoriser toutes les lois de ce pays, et ses connaissances et sa mémoire sont sans pareil dans cette nation ! »

Je suppose que cela devait être comme si je pouvais réciter de mémoire, l’intégralité des Six Codes [3]. Oui, ce serait vraiment génial. Hein ! S’il est ici, pour donner suite à la recommandation de quelqu’un d’autre, alors cela devrait être le fait d’un de ces proches. Je me demande bien qui cela peut être. Mais voilà que quelque chose me revint en mémoire.

« ... Votre don est vraiment splendide. » Déclarai-je. « Si vous le souhaitez, je vous recommanderais pour un poste bureaucratique au Ministère de la Justice. Qu’en pensez-vous ? »

« Non, juste la récompense en argent sera déjà bien suffisante, » déclara immédiatement Hakuya, rejetant ma proposition de recommandation. « Je ne suis venu ici que parce que mon oncle, qui s’occupe de moi, m’a dit : "À ton âge, tu dois cesser de ne rien faire, à part lire des livres et donc, tu dois aller faire quelque chose d’utile pour la société" et il a envoyé la demande sans me le demander, alors je ne souhaite nullement une récompense trop excessive. »

« Ces livres que vous mentionnez, sont-ils tous liés aux lois ? » Demandai-je.

« Non. Je ne me concentre pas sur un genre spécifique. Droit, littérature, manuels techniques, j’ai lu à propos de n’importe quel sujet. » (Kwonmin)

« Je vois ! » (Kazuya)

Je me demande pourquoi. Mais il y a quelque chose qui me dérange actuellement.

« Hmm... Dans ce cas, que diriez-vous de devenir le bibliothécaire pour les archives de ce palais ? » Demandai-je avant de poursuivre. « Il y a probablement là-dedans des livres que vous ne trouverez jamais sur le marché public, et avec votre autorité en tant que bibliothécaire, vous seriez capable de tous les lire. »

« Oh, ça a l’air intéressant. Si c’est le cas, alors, permettez-moi de le faire. » (Kwonmin)

Enfin, quelque chose que je pourrais reconnaître comme étant une expression heureuse avait traversé le visage d’Hakuya. Il semblait satisfait.

Saisir toutes les opportunités. Pensai-je. C’était probablement mieux pour moi de garder une carte intéressante comme lui dans ma main que de le laisser partir.

*

« Suivant. Madame Doma Juna. Un pas en avant. » (Marx)

« Oui, monsieur. » (Doma)

Changeant de place avec Hakuya, une très jolie fille aux cheveux bleus s’avança.

Elle avait l’air d’avoir le même âge que moi, dix-neuf ans, mais l’aura qu’elle dégageait autour d’elle, rendait cette femme bien plus mature que son âge réel. Avec ses cheveux duveteux derrière elle, elle était la photo de la beauté alors qu’elle baissa légèrement la tête. Alors que ses vêtements n’étaient pas très révélateurs, la moitié supérieure ressemblait à un dirndl [4] des Alpes, tandis que le bas était transparent et lui montrait clairement les jambes, comme vous pourriez le voir dans un sari [5] d’une danseuse indienne. Le pourtour de ses hanches était enveloppé dans un vêtement à franges.

Si je n’avais pas senti le regard perçant provenant de Liscia, j’aurais facilement pu admirer cette beauté pendant une heure entière.

« Oui. Je n’ai pas oublié mon travail, alors cessez de me foudroyer du regard. » Murmurai-je.

« Je n’ai rien fait de telle... » Répondit Liscia, montrant clairement sa colère.

Marx toussa, puis s’éclaircit la gorge avant de déclarer. « Monseigneur, cette demoiselle a démontré qu’elle était dotée d’une rare beauté et d’une capacité de chanteuse ô combien impressionnante. Avec ces dons, elle a pris la couronne de deux compétitions. Le "Grand Prix de la plus Jolie Fille d’Elfrieden" grâce à sa beauté, et le "Tournoi pour le plus Talentueux du Royaume" avec son chant. En vérité, elle est la plus belle chanteuse de cette génération. »

Une double couronnée !? C’est très impressionnant !

« Parfois, les cieux donnent deux dons, semble-t-il, » déclarai-je.

« Vous êtes bien trop gentil, » me répondit Juna, calmement et avec élégance à mes louanges quelque peu impressionnées, avant de continuer à parler. « J’ai entendu dire que la famille Doma est descendue des Loreleis. Le chant est dans mon sang. »

Loreleis. Ce sont bien des monstres marins qui utilisent leur beauté et leurs chansons pour mener les marins à leur malheur, n’est-ce pas ? Certes, sa beauté et ces cheveux bleus qui se répandaient autour d’elle me faisaient tellement penser aux Loreleis. Et c’est alors que je lui demandai : « J’aimerais beaucoup vous entendre chanter. »

Genjitsushugisha no Oukokukaizouki_Volume 01 03 Présentation de mademoiselle Juna Doma.

« Si vous le souhaitez, alors je le ferais. » (Doma)

« Bien entendu, cette scène est actuellement diffusée tout autour d’Elfrieden grâce à ce joyau. Pourriez-vous chanter une petite chanson pour animer le cœur de nos compatriotes ? » (Kazuya)

« Une chanson pour les encourager ? » Juna sembla troublée en demandant cela. « La plupart des chansons de Lorelei qui ont été transmises dans ma famille sont de belles chansons d’amour, comprenez-vous... »

« Ohh ! S’il y a une règle ou quelque chose comme çà, qui vous empêche de chanter, alors, ce n’est pas grave. » (Kazuya)

« Non, c’est juste que je ne connais rien d’autre. Si je pouvais en entendre une autre, alors je pourrais cependant tout de suite, l’apprendre. » (Doma)

« Hmm... Ha, et à propos de ça, alors ? » (Kazuya)

Je sortis donc mon téléphone intelligent. C’était l’une des rares choses que j’avais eues sur moi lorsque j’avais été convoqué en ce monde. J’ouvris mon dossier contenant des musiques, je choisis alors une chanson, la première chanson qui m’intéressait, puis j’allai à côté de Juna et lui plaçai les écouteurs sur ses oreilles.

« Qu’est-ce que cela pourrait être ? » Me demanda Doma, surprise.

« C’est quelque chose comme une machine qui est capable de jouer de la musique. Quoi qu’il en soit, je vais l’activer, alors écoutez, maintenant. » (Kazuya)

Les yeux de Juna s’élargirent.

Au moment où j’appuyai sur le bouton, le corps de Juna frémit. Elle semblait perplexe au début, mais elle s’habitua rapidement, comme si son corps capturait progressivement le rythme. Ensuite, cinq minutes plus tard, elle enleva les écouteurs.

« Je l’ai mémorisée. » (Doma)

« Déjà ? Vous pouvez vraiment la mémoriser après seulement l’avoir entendue une seule fois ? » (Kazuya)

« Oui. Maintenant, permettez-moi de la chanter pour vous. » (Doma)

Je suis ainsi retourné à mon trône et elle commença alors à chanter.

La chanson était de Masashi Sada [6] "Ganbaranba". Cette chanson joyeuse, qui avait même un Minna no Uta [7] en version courte était différente des autres chanson, à cause de l’utilisation du rap dans le dialecte de Nagasaki, mélangé avec une chanson pour enfants provenant de Kyushu "Denderaryuba". Mon grand-père était un fan de celle-ci, et donc je l’ai toujours écoutée avec lui.

Pourtant, je fus impressionné par cette Lorelei. Elle avait même réussi à chanter les parties de rap dans le dialecte de Nagasaki. C’était complètement incompréhensible pour les gens de la région de Kanto, mais elle les a chantées sans aucun problème.

Soit dit en passant, Liscia m’annonça plus tard qu’elle n’avait pas compris les paroles. Je pouvais comprendre la langue que les personnes de ce pays utilisaient, et quant à eux. Ils pouvaient comprendre mon japonais. Il semblait que c’était une partie de mon pouvoir en tant que héros. Je pouvais même écrire dans la langue du monde. Ce que j’essayai d’écrire dans ma tête était traduit dans la langue d’ici.

Ainsi, le japonais (dans le dialecte de Nagasaki) qui était sorti de la bouche de Juna était dans une langue inconnu pour les gens de ce pays. Pourtant, même sans connaître les mots, si une chanson était bonne, alors vous pouviez toujours l’apprécier. Tout le monde écouta alors cette mélodie accrocheuse et l’apprécia.

Quelques minutes plus tard, au milieu d’un tonnerre d’applaudissements, Juna acheva sa chanson puis s’inclina.

« C’était une chanson amusante. Je vous en remercie. » (Doma)

« Non, c’est moi qui vous remercie, » lui dis-je. « Votre façon de chanter était vraiment merveilleuse. »

« Si possible, j’espère que vous pourrez m’apprendre plus de chansons de votre pays, Votre Majesté. » (Doma)

« Oui, j’aimerais beaucoup que vous les chantiez. ... Ho, je sais ! Nous espérons pouvoir augmenter le nombre de joyaux à travers le pays, mais même si cela n’était pas possible, nous pourrions éventuellement convertir la salle du Joyau en un studio d’enregistrement afin que les gens puissent entendre vos chansons depuis n’importe où et en tout temps. » (Kazuya)

« Oh mon Dieu ! Ce serait comme un rêve devenu réalité, Monseigneur. » Juna portait sur son visage, un sourire de sincère bonheur. C’était un sourire si merveilleux.

« Je compte sur vous quand le moment viendra, » déclarai-je. « Vous avez, aujourd’hui, fait un excellent travail. »

Juna recula ensuite pour ainsi laisser la place à la suivante. C’était le tour de la petite fille-renarde.

« Suivante. Madame Inui Tomoe, de la mystérieuse race des hommes-loups. Un pas en avant. » (Marx)

« O-Oui ! » (Inui)

Notes

  • 1  Lu Bu : Nom d’un seigneur de guerres très connu, car il était considéré comme invincible lors des batailles et aussi connu pour avoir perpétré de nombreuses victimes dans les rangs ennemis, montés sur son cheval fétiche. Soit dit en passant, aussi connu pour ces nombreuses trahisons et meurtres de deux pères adoptifs.
  • 2  Kannushi : Un kannushi (神主« maître dieu »?, prononcé kamunushi à l’origine), aussi appelé shinshoku (神職?), est la personne responsable de l’entretien d’un sanctuaire shinto (Jinja) ainsi que du culte d’un kami donné
  • 3  Six Codes : Fais référence aux 6 codes juridiques constituant le cœur du code juridique au Japon, Corée du Nord et Taïwan. (Constitution, Code civil, Code de procédure civile, Code criminel, Code de procédure pénale et Code de commerce)
  • 4  Dirndl : Le dirndl est une robe typique basée sur le vêtement traditionnel des paysannes des Alpes. Elle est portée dans plusieurs pays voisins : le sud de l’Allemagne (particulièrement en Bavière), l’Autriche, la Suisse et le nord de l’Italie (Tyrol du Sud).
  • 5  Sari : Le sari est un des vêtements traditionnels portés par des millions de femmes en Asie du Sud (Inde, Népal, Bangladesh...)
  • 6  Masashi Sada : C’est un compositeur, chanteur, écrivain, acteur et producteur de film japonais.
  • 7  Minna no Uta (みんなのうた?), littéralement « Chansons pour chacun », est un programme radio/télévisé de cinq minutes de la NHK diffusée plusieurs fois par jour depuis 1961 au Japon. Son programme est généralement utilisé comme moyen de remplissage à la fin des programmes de la télévision ordinaire. Bien que plusieurs des épisodes visent les enfants, un grand pourcentage est destiné pour un plus large public.

☆☆☆

Partie 3

La voix brisée, la jeune fille aux oreilles d’animaux qui avait l’air d’avoir environ dix ans s’avança vers moi avec son bras droit en mouvement en même temps que sa jambe droite.

La race des hommes-loups mystiques... Pensai-je. Je suppose que ce ne sont pas des oreilles de renard, mais plutôt des oreilles de loup.

Elle était adorable avec sa peau bronzée et ses jolis petits yeux ronds. Les vêtements qu’elle portait étaient cependant quelque peu misérables. Ils étaient déchirés à différents endroits, et peut-être parce qu’elle était tendue par la situation, sa queue moelleuse qui s’écartait de sa croupe était dressée toute droite.

Oui, je veux la croquer.

« Si jeune qu’elle soit, celle-ci possède le don exceptionnellement rare de pouvoir parler aux animaux et aux bêtes. Lorsque nous l’avons amenée aux écuries, elle a réussi à tout nous dire, de l’état actuel de santé des chevaux, à leur histoire. Selon elle, les chevaux lui ont raconté toutes ces choses. En vérité, il s’agit d’une capacité divine. » (Marx)

Le don de parler aux animaux, hein ? On dirait que nous avons une étonnante petite bête devant nos yeux.

Alors que je pensais à cela, à côté de moi, Liscia murmurait discrètement, « Le pays des hommes-loups mystiques est loin vers le Nord. Il ne devrait pas en avoir dans ce pays. »

« ... Une réfugiée donc... » murmurai-je. Ha, cela expliquerait que ces vêtements soient dans un tel état, n’est-ce pas ?

Avec l’expansion du Domaine du Seigneur-Démon, un certain nombre de pays et de villages avaient été détruits. Ceux qui avaient perdu leurs terres avaient fui vers le Sud, devenant ainsi des réfugiés dans d’autres pays, et ils commençaient à mettre sous pression l’économie des pays qui les accueillaient. Les différentes nations les avaient donc traités de différentes manières. Certains les ont activement intégrés, tandis que d’autres avaient tout mis en œuvre pour les expulser. Cela dit, même quand il s’agissait des pays qui les avaient acceptés ouvertement, la plupart les obligeaient à travailler dans les mines ou les envoyaient en tant que main-d’œuvre supplémentaire pour lutter contre les démons, de sorte que ces deux types de pays étaient pour l’accueil du maximum de réfugiés.

Même dans mon royaume, les camps de réfugiés avaient commencé à prospérer partout à l’extérieur de la capitale. En ce moment, la décision sur ce qu’il fallait faire avec eux était toujours "En Attente". Si nous aidions les réfugiés alors même que nous n’avions même pas assez de nourriture pour nourrir notre propre peuple, les émeutes pourraient bien éclater. Si nous les expulsions ou les contraignions dans des travaux laborieux, nous devrions alors faire face au ressentiment des réfugiés. Et donc, s’ils se cachaient et devenaient des terroristes, ce serait terrible pour tout le royaume. Dans l’état actuel des choses, ils avaient provoqué une baisse de la sécurité publique, mais nous n’avions pas d’autre choix que de maintenir le statu quo.

Afin de pouvoir aider les autres, nous devons d’abord être dans un bon moment pour pouvoir aider, pensai-je.

« J’ai dit s’ils avaient un don, je l’utiliserais, et je n’ai pas l’intention de rompre ces paroles, » prononçai-je cela à voix haute. « Si elle possède un don, peu m’importe si elle est une étrangère ou une réfugiée. Nous ne sommes après tout, pas en mesure d’être trop regardant sur ce sujet. »

« Vous avez raison. » (Liscia)

Après avoir dit cela, la jeune fille qui venait d’être présentée ouvrit avec beaucoup hésitation, sa bouche pour me parler.

« Heu... Heu... Roi Souma... » (Inui)

« Hm ? Qu’est-ce qu’il y a ? » (Kazuya)

« Heu... Et bien... Heu, moi aussi... j’ai quelque chose que je voudrais dire... » (Inui)

Parce qu’elle était extrêmement tendue, elle parla comme si elle forçait les mots à sortir de sa petite bouche. Il était donc difficile de comprendre ce qu’elle disait.

« Avez-vous quelque chose que vous vouliez me dire ? Ça ne me dérange pas. Dans ce cas, allez-y et parlez-moi. » (Kazuya)

« O-Oui... Um...Actuellement... » (Inui)

« Hm ? Quoi ? Vous devriez parler plus fort, ou je ne pourrai pas vous entendre... » (Kazuya)

« Heu... Je... » (Inui)

Tomoe avait des larmes aux yeux. Elle était encore assez jeune pour être appelée une fillette, alors c’était douloureux de la voir avec un tel visage.

« ... Je comprends. Je vais venir à côté de vous, alors vous devriez arrêter de pleurer, » lui dis-je très doucement.

« Merci... » (Inui)

Je me dirigeai alors à côté de la jeune fille et m’accroupis devant elle, plaçant ainsi mon oreille juste en face de sa bouche. Ludwin, en tant que responsable de ma protection personnelle avait, sur son visage, un regard de désapprobation, mais je l’ignorai tout simplement.

« Maintenant, je devrais pouvoir vous entendre, » dis-je doucement. « Dites ce que vous voulez. »

« Oui. En vérité... » (Inui)

Ce qu’elle me murmura par la suite me fit douter de mes oreilles. Je me levai alors puis regardai le visage de Tomoe.

« ... Êtes-vous certaine de ça ? » (Kazuya)

« O-Oui. » (Inui)

« L’avez-vous déjà dit à quelqu’un d’autre ? » (Kazuya)

« N-Non... Personne, sauf ma maman... » (Inui)

« Je vois... » (Kazuya)

Je poussai alors un profond soupir. C’était à moitié du soulagement et à moitié de l’inquiétude quand je pensais à ce qui allait arriver, à la suite à cette révélation. C’était bien plus qu’un don rare. Cette fillette avait le potentiel d’être une "bombe" pour ce monde.

... Calme-toi. Prends de grandes respirations. Ne laisse personne remarquer à quel point tu es agité.

« Wow... Je suis quelque peu épuisé. J’aimerais faire une petite pause maintenant. » (Kazuya)

« Souma !? » (Liscia)

Après que j’annonçais cela tout en regardant autour de moi, Liscia me regarda avec douceur. Les autres avaient eu la même réaction, mais je les ignorai, haussant la voix.

« Je voudrais maintenant prendre une pause d’une trentaine de minutes. La présentation des récompenses pour ces deux, cette fille incluse, aura lieu après cela. Mademoiselle Juna ? » (Liscia)

« Qu'y a-t-il, Monseigneur ? » (Juna)

Après que j’ai appelé son nom, la belle musicienne lorelei avança vers moi.

« À l’heure actuelle, tous nos compatriotes nous regardent à l’aide du Joyau de Diffusion. Cela me dérangerait de faire attendre toutes ces personnes alors que je prends une pause. Alors, pourrais-je vous demander de les divertir à l’aide de vos chants pendant environ une demi-heure ? » (Kazuya)

« Bien sûr, Monseigneur ! Nos chansons sont la fierté de ma famille. Je vais chanter de tout mon cœur. » (Juna)

À la suite à ces mots, Juna fit une élégante révérence.

Nos yeux se rencontrèrent à cet instant. Ces yeux me donnèrent l’impression qu’ils me jaugeaient. Il y a une raison à tout cela, n’est-ce pas ? Mais, même si elle avait choisi de ne pas le demander, elle a fait comme je le lui avais répondu.

Même sans sa beauté et son chant, je voudrais avoir une personne attentionnée comme elle parmi mes subordonnés.

Alors que Juna m’avait permis de gagner du temps, je rassemblai dans le bureau des affaires gouvernementales, tous ceux dont je pouvais avoir confiance. Cela comprenait en plus de moi, Liscia, Marx, Ludwin et Tomoe. C’était tout. Quant à Aisha, qui ne voulait plus être séparée de moi maintenant qu’elle m’avait juré sa loyauté, je l’avais laissée debout devant la porte pour ainsi m’assurer que personne n’écouterait.

« Est-ce que toutes ces précautions sont-elles vraiment nécessaires ? » Me demanda Liscia, avec stupeur. Ce à quoi, je lui répondis simplement, en hochant la tête.

« Nous sommes dans une situation très critique. Est-ce que quelqu’un a entendu ce que Tomoe m’a dit un peu plus tôt ? » Vérifiai-je auprès des trois autres personnes, mais tous secouèrent négativement la tête.

« ... Je n’ai rien entendu. Sa voix était tellement faible... » (Liscia)

« Moi non plus. » (Ludwin)

« Moi de même ! » (Marx)

« ... Alors, y a-t-il un risque que les gens l’aient entendu au moyen du Joyau de Diffusion de la Voix ? » (Kazuya)

« Non, ceci devrait probablement être correct, » annonça Liscia « Il n’est pas aussi sensible. »

Dès que j’entendis ça, je sentis comme si un poids imposant avait été enlevé de mes épaules.

« Est-ce si grave ? » Me demanda-t-elle.

« Malheureusement, oui ! C’est littéralement une nouvelle information qui fera l’effet d’une bombe. » (Kazuya)

Le regard de chacun s’était alors dirigé sur Tomoe, l’amenant encore plus, à se replier sur elle même. Je pensais qu’il serait difficile de la faire parler, alors j’avais décidé de répondre en son nom.

« Elle peut converser avec des animaux. Vous avez tous entendu ça, n’est-ce pas ? » (Kazuya)

« Oui. C’est un don incroyable, n’est-ce pas ? » (Liscia)

« Apparemment, elle a déjà utilisé ce pouvoir pour parler avec un démon. » (Kazuya)

Au moment où je lâchai cette information, l’atmosphère dans la pièce devint instantanément glacée. Tout le monde devint sans voix, tous bougeant simplement leur bouche, tels de gros poissons rouges. Avant d’entrer dans les détails concernant cette affaire, il y avait certaines choses que vous devez d’abord connaître.

De ce que les habitants de ce monde pensaient quand ils parlaient de démons ou de monstres et de ce que je pensais savoir après avoir entendu les habitants de ce monde parler de démons ou de monstres. Ces deux visions étaient sans aucun doute légèrement différentes. Dans ce monde où j’étais maintenant, les monstres n’étaient pas des "personnes" ou des "plantes et des animaux", ils étaient toujours considérés comme des aberrations ou des monstres.

Cependant, dans ce monde, les mots "personne" et "animaux" avaient une définition très étendue.

Pour être plus précis, les humains, les elfes, les Hommes-Bêtes et les dragonewts étaient tous des "personnes" et appartenaient à la catégorie "humanité".

Dans la catégorie des "plantes et animaux", même avec ces quatre mètres de haut, un grizzly rouge était quand même un mammifère. Même s’il ressemblait à un dinosaure, un varan était encore un reptile. Même si elle était aussi grande qu’une personne, une fourmi géante était quand même un insecte. Et même si elle mangeait des personnes, une plante carnivore mangeuse d’hommes restaient une plante. En outre, les limons, ces créatures du genre des slimes, qui étaient composés d’une certaine matière qui leur permettait de fusionner, de se séparer, de faire fondre n’importe quel objet et plus, étaient également tombés dans la catégorie des "plantes et animaux" pour quelques étranges raisons.

En passant, les dragons et autres créatures semblables étaient surnommés les "animaux divins", et ils étaient classifiés séparément.

La raison pour laquelle aucune de ces créatures n’était appelée des "monstres" était parce qu’ils étaient tous originaires de ce monde. Parce qu’ils faisaient partie de l’écologie de ce monde depuis très longtemps, chacun d’eux avait leurs zones respectives d’habitats, loin d’où vivaient les humains. En fait, les chevaux à huit pattes se trouvant dans ce pays, seraient tous appelés des Sleipnir [1] selon les normes du monde d’où je venais, et le bétail, comme les vaches et les poulets, semblait avoir été conçu pour avoir l’air le plus monstrueux possible.

Cependant, si vous leur demandiez ce qu’étaient les monstres, alors ils vous répondraient que le terme se référait à des chimères, qui étaient un mélange de différents animaux fusionnés ensemble, ou alors à des zombies, des squelettes et d’autres types de morts-vivants, ainsi qu’aux gobelins, orcs et aux ogres, qui ressemblaient presque à des personnes. Mais personne ne les confondrait avec des êtres sensibles.

Depuis l’apparition du Monde des Démons, il y avait eu une grande explosion du nombre de ces monstres dans le nord du continent, mais même avant l’apparition de ce monde démoniaque, ils habitaient souvent dans des lieux connus sous le nom de donjons qui se trouvaient partout sur le continent.

Les donjons étaient des espaces souterrains avec un écosystème mystérieux. J’avais l’habitude de les voir dans les jeux, mais ils existaient réellement dans ce monde. Par ailleurs, j’avais entendu dire que, dans ce monde, il y avait des gens appelés "aventuriers" qui allaient explorer ce type de donjons, protéger les commerçants, éliminer les bêtes dangereuses qui détruisaient les champs et aussi tuer les monstres qui sortent des donjons.

Avant que le Monde des Démons n’apparaisse, les monstres étaient considérés comme étant dépourvus d’intelligence. En fait, les monstres dans ces donjons, même les humanoïdes comme les gobelins, et autres ne possédaient qu’une intelligence équivalente aux animaux.

Cependant, parmi les monstres du Domaine du Seigneur-Démon, il y avait ceux qui se comportaient comme s’ils étaient intelligents.

Ces monstres pouvaient agir en groupes, utilisaient des armes et de la magie, et pouvaient même mettre en place des stratégies. Ceux-ci agissaient presque comme les "personnes". Quand l’humanité avait échoué dans son invasion du Domaine du Seigneur-Démon, le manque de connaissance approfondie sur l’existence de ces monstres avait été le facteur le plus déterminant de leur défaite. L’humanité avait choisi d’appeler ces monstres intelligents, des "démons", pour les distinguer des monstres classiques, plus proches des animaux dans leurs caractéristiques.

Mais maintenant, revenons à notre histoire. Fondamentalement, Tomoe m’avait dit qu’elle avait parlé avec un de ces démons.

Apparemment, jusqu’à présent, personne n’avait réussi à parler à un démon. Avec l’apparition soudaine d’une armée qui parlait une langue étrangère, et avec en plus, de l’hostilité entre eux, réussir à se comprendre pourrait ne jamais se produire.

Liscia s’approcha de Tomoe.

« Juste de quoi avez-vous parlé et sur quoi avez-vous parlé ? » (Liscia)

« A-Avec Monsieur le Kobold. Ils sont différents de nous... Ils sont tout petit, et leurs visages entiers, et pas seulement leurs oreilles, ressemblent à ceux d’un chien... Le jour avant que notre village ne soit attaqué, il a dit : "Je ne peux pas supporter de voir ceux qui ont la même odeur que moi être attaqué. Alors, dépêche-toi et fuis." C’était un miracle que je pouvais comprendre ce que M. Kobold m’avait dit, mais... grâce à lui, nous avons pu éviter les problèmes... » (Inui)

« Donc, pour résumer... Les démons ont leur propre volonté, n’est-ce pas ? » Demande Ludwin, comme s’il gémissait.

Les habitants de ce monde considéraient que les démons étaient seulement des monstres légèrement plus intelligents. Comme les sauterelles qui grouillaient sur les terres, ou les barbares qui causaient des ravages. D’après ce que j’avais entendu, ce n’était pas une impression erronée en ce qui concerne les monstres. Toutefois... Pour les démons, peut-être qu’un autre point de vue serait nécessaire.

Si les démons avaient leur propre volonté, comme Tomoe l’avait suggéré, alors l’humanité aurait peut-être combattu dans une "guerre" contre la race des démons sans s’en rendre compte. Dans ce cas-là, une guerre sans voies diplomatiques possibles. Avec leurs familles tuées, leurs maisons rasées et leurs pays volés, l’humanité avait eu un grand ressentiment envers les monstres et les démons. S’il s’agissait réellement d’une guerre, il était possible que les démons aient les mêmes sentiments que l’humanité avait.

« Si cette connaissance s’étendait à tous les autres pays... » Commençai-je.

« ... Il y aurait partout le chaos, » Finit Liscia.

Liscia et moi nous avons tous deux abaissé nos épaules.

Je ne pensais pas que le dialogue serait possible avec chaque démon ou monstre du Domaine du Seigneur-Démon. Ceux avec qui nous pourrions parler, comme le kobold qui avait laissé échapper les hommes-loups mystiques, ne seraient qu’une minorité d’entre eux. Cependant, si les personnes devaient découvrir que certains de ces démons étaient comme ça, cela empêcherait la race des démons d’être l’ennemi commun de toute l’humanité.

Genjitsushugisha no Oukokukaizouki_Volume 01_04 Tomoe au centre des intrigues.

À l’heure actuelle, même s’il ne s’agissait que d’une alliance en surface, tous les autres pays étaient unis contre le Domaine du Seigneur-Démon. Si cette information devait se propager, que se passerait-il ? Si cela signifiait qu’ils essayaient de poursuivre pour la paix avec les démons, ce serait génial, mais il serait tout à fait surprenant que certains d’entre eux ne mettent pas d’abord les intérêts de leur propre pays, s’alliant avec les démons pour envahir d’autres pays. Si cela devait arriver, l’humanité tomberait en morceaux.

« Pensez-vous que l’Empire le sait ? » Demandai-je.

« ... Je ne suis pas sûre. » Me répondit Liscia avant de poursuivre. « Ce n’était qu’avec le don unique de Tomoe que quelqu’un pourrait enfin communiquer avec eux. Même s’ils le réalisaient, ils n’auraient aucun moyen de le vérifier. »

« Donc, pour le moment, fondamentalement, notre pays possède le monopole de cette information. Quelle joie... » Répondis-je avec amertume.

C’était vraiment une chose à me faire tomber sur les genoux.

Elle est comme une bombe. Je peux l’utiliser comme un atout, mais si je la dérange, tout pourrait exploser dans mon visage. Analysai-je avec beaucoup de sérieux.

« J-Je suis désolée... » Tomoe faisait une grimace, alors Liscia me poussa.

« Oh non ! Ne vous blâmez pas. » Répondis-je précipitamment. « En fait, je suis heureux que vous soyez venu dans ce pays. Ceci me fait frémir quand je pense à ce qui aurait pu arriver si vous étiez parti dans un autre pays. »

« Pourtant, allez-vous dissimuler ces informations ? » Me questionna Ludwin. « Si les personnes découvrent que nous avons caché une telle information vitale, n’est-il pas possible que nous soyons condamnés comme un ennemi de toute l’humanité ? »

« ... Vous marquez un point. » En répondant cela, je voulais coincer la tête entre mes mains à la suite aux faits soulignés par Ludwin. « Faire une mauvaise action en le cachant, puis avoir des personnes qui penseraient que nous avons des ambitions serait des conséquences trop lourdes et donc, ceci ne serait pas un excellent plan. En outre, si nous sommes actuellement réellement en guerre, la situation où les deux opposants combattraient jusqu’à l’extermination ne serait pas une bonne chose non plus. Afin de nous assurer que la guerre ne se poursuit pas jusqu’à ce qu’un tiers soit oblitéré, il faut que nous trouvions peu à peu des informations plus précises sur tout cela. »

Je dois me résoudre à tout cela. Je continuai à parler après cela, tout en regardant ceux qui m’entouraient. « Peut-être qu’il y a ceux parmi les démons avec lesquels nous pourrions communiquer. Nous laisserons donc fuir quelques informations aux autres pays, et ceci fera que cela ne ressemblera à rien d’autre qu’à une hypothèse. Si nous procédons ainsi, ils devraient être un peu plus prudents à l’avenir. Et au minimum, ils devraient essayer de découvrir s’il y a une vérité derrière ces rumeurs. »

« Dans le cadre de ce processus, n’est-il pas possible qu’ils acquièrent la même information que nous avons ? » (Marx)

« Ce n’est pas faux, Marx. Mais notre atout est Tomoe elle-même. » (Kazuya)

« M-Moi ? » Répondit Tomoe tout en poussant de petits cris.

Je hochai la tête avec fermeté vers Tomoe, dont les yeux montraient sa confusion. « Même si les démons ont une volonté propre, il est nécessaire d’avoir des moyens de communication pour négocier avec eux. Par exemple, quand les autres pays rechercheront toujours un moyen pour négocier avec les démons, nous, nous pourrons leur parler en utilisant Tomoe en tant que médiatrice. C’est un énorme avantage. »

Je ne savais pas si notre royaume pourrait négocier seul. Cependant, en ayant notre propre ligne de communication indépendante, nous pourrions empêcher une situation où un autre pays monopolisait le droit de négocier et nous refusait ainsi toute possibilité de dialogue. En échange, nous prendrions le fardeau sur nous-mêmes, mais c’était largement préférable que de laisser le destin de notre royaume entre les mains d’un autre pays.

« Alors, Tomoe, mon pays a besoin de tout faire pour vous protéger. » Annonçai-je.

« Me protéger, moi... !? » (Tomoe)

« Oui. Ce n’est pas exagéré de dire cela, maintenant, vous êtes beaucoup plus important qu’un gars tel que moi. Honnêtement, si cette information s’échappait, au moment où vous nous seriez enlevé, ce pays sera en ruine. » (Kazuya)

« Aucune chance... vous me faites marcher... n’est-ce pas. » Tomoe regarda autour d’elle sans relâche, mais personne ne réfuta mes mots.

Il n’était pas exagéré de dire que Tomoe tenait le destin de ce pays entre ses mains. Bien que je ne le fasse jamais moi-même, un autre pays aurait pu prétendre qu’il n’avait jamais entendu parler de cela et ce serait "occupé" d’elle. C’était exactement l’importance de l’existence de Tomoe.

« Donc, afin de vous garder avec le plus haut niveau de sécurité que nous pouvons, je veux que vous viviez ici, dans le palais. Si cela se résume à cela, nous pourrions ne pas pouvoir vous protéger dans les camps de réfugiés. » (Kazuya)

« Maisss... » Gémit Tomoe à la suite de mes mots.

« Attendez un moment. » Déclara Marx, tout en levant la main. « Si nous avons quelqu’un sans aucun sang royal qui vit dans le palais, est-ce que cela ne pourrait pas faire l’objet de questions indésirable ? »

« Hmm. Eh bien, dites-moi comment nous pourrions l’accueillir en tant que membres de la royauté dans ce cas. » Demandai-je à Marx.

« Vous dites cela, comme si c’était si facile à faire... Il existe plusieurs façons pour une personne du bas peuple pour devenir un noble. On pourrait faire que vous l’adoptiez, Monseigneur. Cependant, comme le mariage n’a pas encore eu lieu, ce n’est pas possible. Après tout, votre cérémonie de mariage prendra plus d’un an avant d’être prête. » (Marx)

« Vous avez entendu cela, Liscia, » déclarai-je.

« Hé, ne me lancez pas cela. » Répondit précipitamment Liscia, tout en détournant les yeux.

Vivre avec Liscia en tant que ma femme et Tomoe, qui a déjà environ dix ans, comme ma fille, hein... Ouais, je ne peux pas vraiment l’imaginer.

« Personne d’autre à une idée. » Demandai-je.

« Vous pourriez la prendre comme votre seconde épouse, Votre Majesté. » (Marx)

« C’est... en quelque sorte trop étrange comme possibilité. » (Kazuya)

Merde, elle était assez jeune pour être à l’école primaire. Je m’imaginais déjà tout le monde qui me regardait en disant : "Toi, le sale lolicon." [2]

Marx s’éclaircit la gorge avant de parler. « Elle est à peine dans la tranche d’âge acceptable pour un mariage politique, enfin je crois. »

« ... Souma. Dix ans est quand même un peu trop jeune... » (Liscia)

« Pourquoi me blâmez-vous moi et pas celui qui l’a proposé ? » (Kazuya)

Et maintenant, Liscia me regarde froidement. Je n’ai pas ce genre de penchants, d’accord !?

« Hé, attendez. L’ancien couple royal pourrait, tout simplement, l’adopter. » (Kazuya)

« Hmm. Je crois que cela serait acceptable. » Répondit Marx tout en riant.

Ce bâtard, il a dit toutes ces choses quand il savait que c’était possible !

« Cela sonne bien ! J’ai toujours voulu avoir une petite sœur ! » Annonça Liscia qui semblait ravie par l’idée.

« Whuwhuh ! » cria tout à coup Tomoe, en pleine confusion.

Liscia s’avança jusqu’à Tomoe et la prit dans ces bras. Tomoe se mit alors à bredouiller et à paniquer à la suite de ce développement inattendue. Quand je regardai Liscia, je la vis avec l’apparence la plus heureuse et détendue que je n’avais jamais vue jusqu’à présent.

En y pensant, puisque Liscia est ma fiancée, alors Tomoe va être ma belle-sœur. Une belle-sœur-louve et loli... C’était bien trop de chose réunie.

« Mais, mais... j’ai déjà une famille. Ma maman et mon petit frère m’attendent dans le camp. » Déclara Tomoe, en se libérant de l’étreinte excessivement vorace de sa future grande sœur.

« Ohh ! L’adoption est uniquement pour les apparences, donc vous ne devez pas vous en soucier. Si vous devenez ma belle-sœur, votre mère et votre frère seront également de la famille. Donc cela ne me dérange pas s’ils vivent aussi au palais. Nous leur fournirons de l’argent pour vivre correctement, et s’ils veulent travailler, nous leur donnerons quelque chose à faire dans le palais. » (Liscia)

« Et bien... dans ce cas... c’est d’accord. » Accepta Tomoe timidement.

Bien. Cela ne correspond pas tout à fait à ce que je voulais au départ, mais je pense que j’ai fait ce que je pouvais pour le moment. Et d’une certaine manière, j’ai gagné une belle-sœur au cours du processus, mais... et comme elle est si mignonne, tout va bien. Pensai-je.

« Maintenant, retournons dans la grande salle. » Dis-je. « Nous ne devons pas faire trop attendre Madame Juna. »

Ceci fait déjà près de trente minutes, après tout. Elle ne peut vraisemblablement pas continuer à les faire patienter encore longtemps.

« Pour l’instant, nous ne donnerons à Tomoe que le prix en argent en tant que récompense. Si l’ancien couple royal devait annoncer dès maintenant qu’il l’adoptait, cela reviendrait à dire à tout le monde que quelque chose d’étrange se déroule ici. Nous allons laisser passer un peu de temps et ensuite l’annoncer au grand jour. J’aimerais que vous tous, vous agissiez ainsi à cet égard, le comprenez-vous bien ? » (Kazuya)

« « « Oui Votre Majesté » » » (tous)

◇ ◇ ◇

Trente minutes après que le roi Souma ait appelé à une pause, la cérémonie de remise des prix repris. À l’heure actuelle, la jeune fille-louve était sur le devant et recevait toutes les félicitations.

Lorsque cette scène s’était déroulée, je m’étais retrouvé, avec les autres possesseurs de don, à regarder cela.

« Votre don est remarquable, » lui dit-il à la fille-louve. « J’espère que vous l’utiliserez pour notre pays. »

« O-Oui ! D-D’ac...cord ! » (Tomoe)

... elle n’arrêtait pas bégayer. Comme c’est adorable !

Qu’est-ce que cette adorable petite fille aurait dit au roi pour qu’il demande ainsi une pause ? Il était clair que cela avait été quelque chose d’important, mais pour le moment, il n’y avait aucun moyen pour moi de savoir ce que c’était.

Depuis que j’étais venu ici, j’avais observé le roi en question. Il avait l’air tout à fait banal. J’avais entendu dire qu’il avait été convoqué ici, en tant que le héros de ce pays, mais il ressemblait exactement à l’un des citadins. Il ne portait même pas de couronne, ne portait aucun sceptre, ne portait pas de cape, et bien que leurs conceptions soient inhabituelles, il portait des vêtements décontractés. Il ne ressemblait pas à un roi même s’il était debout devant le trône.

Si je cherchais bien, de temps en temps, ses yeux prenaient l’apparence de ceux des Hommes d’État. Il était un homme très dur à évaluer. De la manière dont il avait agi jusqu’à présent, je suppose que vous pourriez dire qu’il était un roi passable.

Avec l’appel direct de la guerrière elfe sombre, il avait montré de la magnanimité et, même sans le vouloir, il avait trouvé une solution à son problème. Et de ce qui s’était passé avec la fille-louve mystique, il semblerait qu’il avait aussi fait le nécessaire. C’était un peu gênant, mais dans ce cas, je lui donnerais la note de passage.

Cependant, son véritable examen commencera seulement, ici et maintenant.

L’homme obèse à côté de moi suait en grande quantité, bien que je ne puisse pas dire si c’était une sueur froide ou une sueur grasse. Je me tournai vers lui pour le regarder. C’était le prochain qui recevrait son prix.

Sur le chemin ici, il m’avait dit lui-même quel était son don. Et, en ce qui me concernait, c’était selon moi "le don dont ce pays avait, en ce moment, le plus besoin."

Quand il le verra, quel sera le jugement de ce jeune roi ?

Va-t-il regarder l’apparence de l’homme (un grand ventre rond et un visage bouffi), que personne n’appellerait attrayant, tout en lui disant de vaines flatteries ?

Se moquera-t-il de lui devant tout le pays ?

Et même s’il n’allait pas aussi loin, est-ce qu’il ratera l’importance du don de cet homme ?

S’il fait l’une de ces choses, je..

« Suivant, Poncho Panacotta du village de Potte, avancez d’un pas ! » Proclama Marx.

« O-Oui. Je viens. Oui ! » (Poncho)

Lorsque le Premier ministre Marx appela son nom, le gros homme appelé Poncho s’avança avec de lourds pas, son ventre rond oscillant. La manière comique avec laquelle il marchait fit que toute l’assemblée présente commença à rire de lui. Même la princesse Liscia luttait pour s’empêcher de sourire.

Quand je regardai pour voir la réaction du roi, je vis que son visage était très sérieux. Il ne souriait pas, il ne semblait pas mécontent. Il regardait tout simplement Poncho avec une expression extrêmement sérieuse affichée sur son visage.

« Le don de cette personne, comme vous l’avez peut-être supposé en le voyant, est lié au fait de manger. » Annonça Marx. « Au cours du processus d’attribution des prix pour les dons, un certain nombre de personnes ont prétendu avoir le "don d’être le plus grand mangeur du Royaume", mais aucun n’a pu le vaincre. De plus, sa poursuite des choses liée à la nourriture est inhabituelle. Il a parcouru le monde en mangeant des plats célèbres et bizarres de chacune des régions qu’il a traversées. Selon ses propres mots, "si c’est comestible, alors je l’ai mangé". Quoi qu’il en soit, on peut dire qu’il possède un don unique dans ce pays, mais... »

« Je vous aie tant attendu ! » s’exclama le roi tout en avançant vers Poncho, avant même que Marx puisse terminer sa phrase. Quand il atteignit Poncho, il prit une de ces mains avec ses deux mains, ne cachant pas le moins du monde sa joie. « Je suis tellement heureux que vous ayez répondu à mon appel ! Vous êtes le genre de personne que j’attendais ! »

« Hein... heu. Quoi ? » Les yeux de Poncho regardaient partout. Son cerveau ne pouvait pas comprendre la situation. Finalement, son esprit réussit à se stabiliser et son visage se raidit.

« Moi, Votre Majesté ? » (Poncho)

« Exactement ! Vous êtes celui que ce pays attendait ! Plus que n’importe laquelle de ces autres personnes douées, je suis content que vous soyez venu ! J’ai toujours pensé que si quelqu’un comme vous était parmi les fonctionnaires civils, cela vaudrait la peine de recommander ce qu’il avait comme idées. » (Kazuya)

« V-Vous sentez-vous intéressé par moi, n’est-ce pas ? » (Poncho)

« Oui ! Vos connaissances que vous avez eues lors de vos voyages culinaires et le fait d’avoir mangé des aliments célèbres et bizarres seront la clé pour sauver ce royaume ! » (Kazuya)

Quand le roi annonça cela, Poncho se mit à pleurer à chaudes larmes. « Je-Je... Tout le monde m’appelle le gros... Que j’étais un idiot de dépenser tout mon argent en nourriture... Quant à moi, je ne faisais que manger parce que je voulais manger, alors je pensais qu’ils avaient raison... peut-être même que ma gourmandise pourrait être utile pour ce pays ? »

Le roi tapota l’épaule d’un Poncho en pleurs. « Laissez-les dire ce qu’ils veulent. Quelque chose comme cela est si trivial, mais si vous le maîtrisez, c’est un don. Alors, soyez fier de lui ! L’appétit qui a fait que vous n’avez pas hésité à dépenser votre fortune sauvera ce pays ! S’il vous plaît, partager votre sagesse avec moi ! »

En entendant la demande sérieuse de son roi, Poncho essuyait ses larmes avec sa manche. « B-Bien sûr ! Si mes connaissances peuvent être utiles, alors utilisez-les ! » Répondit-il joyeusement.

Quand je regardai autour de moi, la plupart des spectateurs étaient là, bouche bée, incapables de digérer la situation. Au milieu de cette scène, le roi Souma retourna au trône, puis se tourna vers Marx et lui dit : « Dans ce pays, il y a bien une tradition qui permet à un roi de gratifier des serviteurs méritants, ou ceux en qui il a de grands espoirs, en leur attribuant un nouveau nom, n’est-ce pas ? »

« ... Ah oui. C’est vrai, Votre Majesté. » (Marx)

« Dans ce cas, Poncho, je vous donne le nom Ishizuka. Dans ma patrie, c’est le nom d’un "insatiable chercheur et évangéliste de la nourriture". Alors, travaillez dur, afin de ne pas faire honte à ce nom. » Proclama le roi.

« Ou... oui, Votre Majesté ! Merci, je le ferais ! » (Poncho/Ishizuka)

Ce fut le moment explosif au cours duquel naquit Poncho Ishizuka Panacotta. La première personne que le roi Souma accueillit personnellement comme étant l’un de ses conseillers. Un homme obèse ayant un vorace appétit, Monsieur Poncho.

Devant cette scène, je voulais pleurer de joie. Splendide !

Le fait qu’il engagerait ou non Poncho était l’élément clé pour ce roi. J’avais pensé que s’il ne reconnaissait pas la valeur de cet homme, mais qu’il l’engageait en se basant sur le potentiel qu’il pourrait avoir un jour, il aurait droit à la note de passage. S’il avait choisi de ne pas l’engager uniquement en fonction de son apparence, alors ceci serait un échec total. Je n’ai jamais osé imaginer qu’il l’accueillerait avec autant d’enthousiastes. C’était une énorme erreur de calcul que j’avais fait.

Et c’est alors que je fus sûr d’une chose : cet homme peut bien sauver ce pays.

Voilà ce que je ressentais au plus profond de moi en ce moment.

Il semble que je ne pourrai plus regarder plus longtemps sans agir.

« Roi Souma ! J'aimerais vous parler, si vous me le permettez. » Dis-je à haute voix.

◇ ◇ ◇

« Roi Souma ! J'aimerais vous parler, si vous me le permettez. » (Hakuya)

Avec tous les prix remis, alors que j’étais sur le point de déclarer la fin de la cérémonie, le jeune homme à la robe noire, Hakuya Kwonmin, s’avança et se mit à genoux. Maintenant, ses yeux endormis étaient grands ouverts. Juste en faisant cela, il avait, maintenant, mystérieusement un air totalement différent d’avant.

En ayant comme une sorte de prémonition, je me tournai vers Hakuya et lui demandai :

« Avez-vous quelque chose dont vous voulez vous entretenir avec moi ? » Lui demandai-je alors.

« Effectivement. Bien que je sois là sur la recommandation d’un autre, il me faut maintenant me recommander moi-même. » (Hakuya)

Une auto-recommandation. Dans ce cas, est-ce qu’il veut me vendre ses mérites ?

« Hmm... Je vous ai déjà promis le poste de bibliothécaire aux archives royales. Si vous voulez faire une auto-recommandation, cela signifie-t-il que vous n’êtes pas satisfait du poste ? Qu’est-ce que vous cherchez dans ce cas ? » (Kazuya)

« Dans tous les cas, je souhaite me mettre à votre service, Votre Majesté. » (Hakuya)

« Mais pas en tant que bibliothécaire, n’est-ce pas ? » (Kazuya)

« Correct. Avec ma sagesse, je cherche à soutenir votre suprématie. » (Hakuya)

« M-Ma suprématie !? » (Kazuya)

La suprématie est une chose audacieuse à réclamer selon moi. S’il veut soutenir cela avec sa sagesse, qu’est-ce qu’il envisage de devenir ? Un général, traitant des affaires militaires et étrangères, ou un Premier ministre qui s’occupe des affaires intérieures ?

Je regardai alors directement Hakuya. « Amusant, mais avez-vous un don assez grand pour accomplir ce que vous me dites ? »

« Je soutiens humblement que c’est bien le cas. » (Hakuya)

« Alors, dans ce cas, pouvez-vous faire plus que réciter de mémoire les textes de la loi ? » (Kazuya)

« Avec tout le respect que je vous dois, je crois que je vous l’ai déjà dit avant. "Droit, littérature, manuels techniques, je lis de tout". Je possède donc des informations sur tous les domaines d’étude stockés dans ma tête. » (Hakuya)

« Je vois... » Maintenant, je savais ce qui m’avait dérangé avant cela. Bien qu’il puisse réciter de mémoire la loi, il avait dit qu’il lisait toutes sortes de livres. Cela signifiait que sa connaissance n’était pas juste limitée aux lois. Pour lui, les lois qu’il avait mémorisées n’étaient qu’un petit fragment des connaissances diverses qu’il possédait. « Pourquoi ne l’avez-vous pas dit plus tôt ? »

« J’ai cherché simplement à juger si vous étiez un souverain digne de mes services. » (Hakuya)

« Alors, cela signifie-t-il que je sois digne de cela ? » (Kazuya)

« Je suppose qu’on pourrait dire que vous recevez la note de passage. » (Hakuya)

Quelle insolence ! pensai-je. Mais... c’est tellement amusant en même temps. Se vante-t-il, ou a-t-il la compétence nécessaire pour le soutenir... ? Quoi qu’il en soit, je suppose que tout à l’heure, je n’avais aucun moyen de savoir.

« Je vous le laisse, Marx ! » Dis-je. « Estimez le don de cette personne et donnez-lui un poste adapté. »

« Très bien, Votre Majesté. » (Marx)

« Merci beaucoup, Votre Majesté ! » (Hakuya)

Les deux s’inclinèrent respectueusement devant moi.

Quelques jours plus tard, Marx se précipiterait dans le bureau des affaires gouvernementales, en pleurant : « Votre Majesté, voulez-vous me demander d’enseigner à une wyverne à voler !? » C’était une expression idiomatique de ce monde pour dire qu’on essayait d’enseigner à quelqu’un qui en savait déjà plus que vous.

Mais en ce moment, juste après la fin de la remise des prix, je n’avais aucun moyen de savoir que ce fut mon premier rendez-vous avec l’homme qui viendrait être connu sous le surnom "Le Premier ministre à la Robe Noire".

◇ ◇ ◇

Dans l’histoire, il a toujours existé des scènes qui étaient aisément dramatisées par les générations ultérieures. Mais pour que cela arrive, il fallait certaines conditions :

Tout d’abord, l’événement devait se produire au cours du passage d’une époque à une autre.

Deuxièmement, il fallait qu’une personne possédant un certain talent soit au centre de cette scène, pour ainsi pouvoir la mettre en valeur.

Voici donc les deux conditions requises.

Dans l’histoire d’Elfrieden, la scène la plus dramatisée au cours de ces dernières années fut celle du "Rassemblement des Conseillers du Roi Souma". On avait dit qu’il y avait trois personnages principaux dans cette scène.

Du point de vue de Souma, ce fut l’une de ses plus grandes réalisations. Du point de vue de l’homme qu’on surnommait désormais "le Premier ministre à la Robe Noire", Hakuya Kwonmin, tout cela était pour devenir, "le tournant d’une nouvelle ère". Et du point de vue d’une autre personne présente, ce sera le moment décisif dans l’histoire de sa vie qui devint comme dans le conte de fées raconté dans l’histoire de Cendrillon.

Cependant, il existait différentes théories sur la personne qui est cette dernière personne.

Certains disent que c’était la Guerrière du Vent de l’Est, Aisha Udgard, qui, en dépit d’être une elfe sombre qui vivait dans la forêt, jura sa fidélité absolue envers le roi, et qui à partir de ce moment-là fut toujours à côté de lui pour le servir.

Certains disent que c’était la "Prima Lorelei", Juna Doma, qui avait été reconnue par le roi, avait appris les chansons de son pays, et avait donné naissance au concept des Loreleis, qui devint le mot signifiant une chanteuse idole en Elfrieden, et qui fut adorée par le roi et par le peuple.

Certains disent que c’était la Princesse-Louve, Tomoe Inui, qui, en dépit d’être une réfugiée, fut adorée par le Roi Souma et la Reine Liscia, et fut aimée en tant que la sœur adoptive de la Reine.

Cependant, le plus souvent présenté dans les dramatisations était sans aucun doute Poncho Ishizuka Panacotta.

Avant cela, il était moqué par tous à cause de son poids, la gloutonnerie indescriptible de cet homme lui valut le surnom du "Roi de la Recherche de Personnel", qui transforma sa vie à tout jamais. Pour les gens épuisés de leur vie quotidienne, cette histoire totalement vraie les poussa à se déplacer et cela leur redonna un regain d’énergie, et c’est ainsi que cet événement fut dramatisé à de nombreuses reprises.

Il semblait étrange d’appeler le récit d’un homme obèse comme étant identique à l’histoire de Cendrillon. Pourtant, en dépit d’être un peu étourdi, il était difficile de ne pas l’aimer. Il fut aimé par tous, et ils disaient que tout cela lui convenait parfaitement.

En outre, comme l’accueil empli d’émotions que le roi avait faites à Poncho, fut diffusé dans tout le royaume, cela eut l’effet secondaire inattendu que de nombreuses personnes douées se rassemblèrent en Elfrieden en se disant, « Si même une personne comme lui peut devenir quelqu’un d’important, alors je peux aussi le faire... » Et à partir de cet événement, quelques années plus tard, un nouveau proverbe fut ainsi créé et signifiant "Commencez avec de petites choses." Et ce proverbe était :

« Commencez à partir d’Ishizuka. »

Notes

  • 1  Sleipnir : Le Sleipnir est, dans la mythologie nordique, un cheval fabuleux à huit jambes capable de se déplacer au-dessus de la mer comme dans les airs, monture habituelle du dieu Odin.
  • 2  Lolicon : qui aime sexuellement les petites filles.

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