Genjitsushugisha no Oukokukaizouki – Tome 14

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Prologue : L’éveil du jeune tigre

– Été de la 1543e année, calendrier continental —

Environ trois ans avant que Souma ne soit appelé dans ce monde, dans les steppes au nord-est de l’Union des Nations de l’Est…

Au-dessus du large ciel bleu et des imposants cumulonimbus, sous le vaste tapis d’herbe qui semblait s’étendre à l’infini. Il n’y avait pas de grandes montagnes, seulement de douces collines, et en regardant longuement, on pouvait voir au loin. Quatre chevaliers à cheval couraient comme le vent à travers ces steppes.

Les quatre chevaliers portaient tous des armes et des armures. Les montures au pelage orange qu’ils montaient ressemblaient à un croisement entre une chèvre de montagne et un oryx. Ces animaux étaient appelés temsbocks, et ils étaient élevés pour servir en remplacement des chevaux de guerre. Un temsbock pouvait bondir à de grandes hauteurs avec un cavalier sur son dos, donnant naissance à la cavalerie bondissante, un type de troupe qui n’existait que dans ces steppes. En tête du groupe se trouvait un grand homme d’un peu plus de vingt ans.

Le grand homme se retourna pour crier. « Ha ha ha ! Tu es à la traîne, Kasen ! »

« Accroche-toi ! » Le plus jeune du groupe, le garçon qui chevauchait à l’arrière, cria pratiquement en réponse. « Lord Fuugaaa ! »

Celui qui dirigeait le groupe était Fuuga Haan. Il était le fils de vingt-deux ans de Raiga Haan — l’unificateur des steppes. C’était avant sa rencontre avec Durga le tigre volant, il chevauchait donc un temsbock comme les autres. Mais même à cette époque, il avait déjà l’apparence d’un général.

Le garçon à l’arrière, qui portait un carquois et une sacoche à arc sur son dos, était Kasen Shuri. À treize ans, il était le plus jeune des cohortes de Fuuga, mais ses compétences en tant qu’archer monté étaient suffisamment bonnes pour laisser n’importe qui sans voix.

« Bwa ha ha ha ha ! Si tu continues à pleurnicher, on va te laisser derrière, Kasen, » dit un homme au milieu du groupe. Il était monté sur une selle dont les décorations auraient pu rivaliser avec celles des hussards polonais ailés.

Kasen fronça les sourcils. « La façon dont ces ailes s’entrechoquent est trop bruyante, Gaten ! »

« Ha ha ! Dommage ! Ces ailes sont ma marque de fabrique ! »

Son nom était Gaten Bahr. Il était le seul humain présent, n’ayant donc pas d’ailes. Il était vaniteux et superficiel, mais c’était un commandant talentueux qui utilisait le fouet de fer qu’il gardait à la taille pour se battre en utilisant un style de combat très variable.

« Heh heh, le Seigneur Fuuga n’a pas besoin que des traînards le suivent. »

« C’est ce que tu as dit quand tu as laissé Moumei derrière toi… »

Kasen avait jeté un regard plein de ressentiment à Gaten qui avait haussé les épaules.

« Il n’y avait rien d’autre à faire pour Moumei. Il chevauchait un yack des steppes. »

Moumei Ryoku, l’homme dont ils parlaient, était encore plus grand que Fuuga. C’était un puissant guerrier qui maniait un grand marteau. Cependant, en raison de sa taille massive, il était incapable de monter un temsbock. À la place, il chevauchait un yak des steppes — une grande créature laineuse ressemblant à une vache, élevée dans les steppes. Il ne pouvait donc pas suivre Fuuga et son groupe, il devrait donc les rattraper à son propre rythme plus tard…

« Si vous continuez à blablater tous les deux, vous allez vous mordre la langue, » avertit Shuukin Tan, l’ami d’enfance de Fuuga. Ayant le même âge que Fuuga, il était un superbe guerrier et stratège. On s’attendait à ce qu’il devienne le plus proche assistant de Fuuga le jour où ce dernier prendrait la place de son père en tant que roi.

Shuukin avait amené son temsbock à côté de celui de Fuuga.

« Quoi qu’il en soit, Fuuga, jusqu’où comptes-tu aller ? »

« Autant que je le peux. »

« Hein ? »

« Ne crois-tu pas que ce serait amusant de continuer jusqu’à ce que nous n’ayons plus de terre devant nous ? » dit Fuuga, en regardant l’horizon en riant.

Shuukin pressa ses doigts sur son front, secouant la tête avec consternation. « Nous nous dirigeons vers le nord en ce moment. Si nous continuons, nous finirons dans le domaine du Seigneur-Démon, tu sais ? »

« Alors ? Nous ferons aussi du domaine du Seigneur-Démon une partie de notre domaine. »

« Tu es fou !? Même ton grand-père a été poussé à ses limites pour unifier les steppes, » dit Shuukin, mais il y avait une lueur dans les yeux de Fuuga.

« Mon vieux père a dû commencer avec une seule tribu. C’est pourquoi unifier notre patrie dans la seule nation de Malmkhitan était tout ce qu’il pouvait faire. Mais je commence avec le Malmkhitan. Shuukin, mon ami, penses-tu que je sois un commandant moins important que mon père ? »

« Non… Tu es plus grand que lui. »

Connaissant Fuuga mieux que quiconque, ces mots n’étaient pas de simples flatteries, mais quelque chose qu’il croyait sincèrement. Prouesses martiales, stratégie, commandement — Fuuga ne manquait de rien face au roi Raiga — et il avait un charisme supérieur qui attirait les autres vers lui.

Fuuga avait affiché un large sourire et avait tendu son poing vers les cieux.

« Je vais courir depuis cette steppe et aller aussi loin que possible. Les routes que nous prendrons deviendront nos routes, les choses que nous verrons deviendront nos terres. Nous étendrons notre pays jusqu’aux limites les plus extrêmes ! »

« … »

C’était une affirmation audacieuse. Et pourtant, Shuukin ne pensait pas que c’était impossible. Même depuis l’apparition du Domaine du Seigneur-Démon, les habitants du continent avaient tendance à baisser les yeux. Ils avaient cessé d’espérer que les choses s’améliorent, et priaient plutôt pour que le lendemain ne soit pas pire qu’aujourd’hui. Malgré cela, Fuuga avait les yeux fixés sur un avenir brillant et lointain. C’est ainsi que doit être un leader.

« Seigneur Fuuga ! Je te suivrai partout ! » dit Kasen.

« Ha ha ha ! C’est après tout amusant de courir après le commandant ! » convient Gaten.

Les deux avaient écouté leur conversation.

Fuuga et Shuukin s’étaient regardés et avaient ri de leur réaction.

« Bien sûr. Je serai aussi avec toi, mon ami ! »

« Ouais, Shuukin ! Viens avec moi dans ce voyage sans fin ! »

Les deux hommes avaient poussé leurs temsbocks à courir encore plus vite.

◇ ◇ ◇

Cependant, cet hiver-là, le moment du destin était arrivé : Raiga Haan, fondateur de la nation des steppes Malmkhitan, décéda soudainement.

La cause en était une maladie épidémique, mais sa mort était survenue si soudainement que des rumeurs s’étaient répandues disant que c’était l’œuvre d’une faction politique opposée. Le fait que chaque tribu ait commencé à faire des mouvements inquiétants peu après n’avait fait que jeter de l’huile sur le feu.

Le jour des funérailles de Raiga arriva. La tradition de sa tribu était de creuser un trou dans la steppe ouverte, de déposer le corps et les accessoires funéraires, puis enfin d’abattre un cheval et de l’enterrer avec le défunt. Raiga avait demandé ce genre d’enterrement traditionnel lorsqu’il était encore vivant.

Vieil homme… Est-ce le plus loin où tu peux aller… ? Fuuga avait pensé ça en regardant son père étendu sur le sol. Tu as unifié les steppes et tu es devenu roi. Toi, un homme comme aucun autre, libéré des traditions. Et pourtant… tu as choisi d’être enterré selon les anciennes coutumes. Que vais-je faire ? Y aura-t-il un moment où je me confierai moi aussi à nos coutumes ? Je veux vivre une vie plus glorieuse et rencontrer une fin dont je puisse être satisfait…

Alors que Fuuga réfléchissait, sa sœur Yuriga, âgée de dix ans, s’était accrochée à son côté. Il posa une main sur son épaule, l’attirant encore plus près…

Soudain, un messager était arrivé en criant. « J’apporte un message ! Les tribus hostiles à Raiga se sont regroupées et se dirigent vers nous maintenant ! »

Au vu de leurs propos, il était probable qu’un autre messager se précipite avant la fin des funérailles.

« Merde ! Ils doivent voir le décès du Seigneur Raiga comme une chance de frapper ! » dit Shuukin, la voix pleine de dégoût.

Yuriga avait serré Fuuga avec force. « Grand frère… »

« Ne t’inquiète pas, Yuriga… » Fuuga avait doucement posé une main sur son épaule pour la repousser, puis avait appelé un vieux soldat musclé aux oreilles de loup à proximité. « Gaifuku ! »

Le nom de l’homme était Gaifuku Kiin. Il était de la race des loups mystiques, mais contrairement à Tomoe, il n’était pas parti comme réfugié, ayant servi la Maison des Haan sous Raiga.

Gaifuku avait croisé les bras et avait dit. « Monsieur ! »

« Rassemble les hommes tout de suite. Juste ceux qui peuvent venir. »

« Oui, Monsieur. Dois-je également lancer l’appel à nos tribus alliées ? »

« Pas besoin. Ils voudront rester en dehors de ça jusqu’à ce qu’un vainqueur soit désigné. Je suis sûr qu’ils attendent de voir si je suis un digne héritier de Raiga Haan. Et c’est exactement ce que je vais leur montrer. »

Ensuite, Fuuga s’était tourné vers ses jeunes amis.

« Shuukin, Moumei, Gaten, Kasen ! »

« « « «  Oui, monsieur ! » » » »

« Rassemblez les hommes que vous avez entraînés pour ce jour. Nous allons montrer nos prouesses. Ceux qui s’opposent à nous et ceux qui choisissent d’attendre et de voir viendront s’agenouiller devant mes pieds. »

« « « « Ouais ! » » » »

L’ennemi avait rassemblé environ trois mille hommes. Les forces personnelles de Fuuga en comptaient un millier. Et pourtant, cela n’avait rien fait pour effacer son sourire indomptable.

« Gaten, prends une centaine de cavaliers pour attaquer leur flanc droit ! Fais du bruit et attire donc leur attention ! »

« Compris, commandant. »

« Kasen, prends une centaine d’archers montés pour tirer sur leur flanc gauche. Qu’ils rompent leur formation ! »

« Oui, monsieur ! »

Ayant reçu leurs ordres, Gaten et Kasen étaient partis à l’assaut des flancs. Profitant de leurs temsbocks rapides, ils s’en tenaient à des tactiques qui blesserait l’ennemi tout en limitant leurs propres pertes. C’était comme des mouches qui essaimaient autour de la masse d’ennemis qui se précipitaient tous vers eux en un seul groupe.

L’ennemi qui avait tenté de les submerger par le nombre avait été pris au dépourvu et avait rompu sa formation.

Voyant cela, Fuuga avait mis son casque, et avait dit à Shuukin. « OK, Shuukin! Nous allons directement à l’intérieur. »

« Pour perturber l’ennemi et semer le chaos, non ? »

« Exactement, » répondit-il. Fuuga se retourna et appela un homme énorme monté sur un yack des steppes : « Moumei ! Tu prends l’infanterie. Une fois l’ennemi désorienté, charge ! »

« Bien ! Compris ! » Moumei hurla, se frappant la poitrine d’une main tandis que l’autre tenait son grand marteau. Fuuga acquiesça.

« Je te laisse la défense ici, Gaifuku. Prends soin de tout le monde. »

« Laisse-moi faire, jeune maître — non, mon seigneur ! » dit Gaifuku en croisant les bras devant lui.

Se tournant une fois de plus vers l’avant, Fuuga donna l’ordre. « Très bien, allons-y, Shuukin ! »

« Ouais ! »

Tous deux avaient mené la cavalerie bondissante au milieu de l’ennemi.

En s’approchant de la ligne de front de l’ennemi, ils sautèrent par-dessus les soldats qui tenaient leurs boucliers prêts, franchissant facilement la ligne défensive pour attaquer les archers derrière eux. Les archers, qui avaient relâché leur garde, pensant qu’ils étaient en sécurité derrière les porteurs de boucliers, furent abattus par la lame de Fuuga et de ses hommes.

« Nous avons l’avantage numérique ! Regroupez-vous ! » Un commandant dans une armure particulièrement impressionnante avait essayé de se remettre du chaos, mais…

« Vous êtes sur le chemin ! »

« Qu… ! »

D’un coup de Zanganto, la lame qui brise la roche, Fuuga sépara la tête de l’homme de ses épaules. L’homme devait être un commandant majeur de la force ennemie, car le chaos s’accéléra. Lorsque Moumei arriva avec l’infanterie, l’ennemi s’était complètement effondré. La cavalerie bondissante poursuivit l’ennemi en fuite et ne fit pas de quartier.

Quand tout fut terminé, les steppes étaient couvertes du sang de leurs ennemis. Fuuga et ses hommes avaient vaincu leurs attaquants malgré leur supériorité numérique.

Avec cette victoire, Fuuga avait prouvé qu’il était un digne successeur de Raiga. Non… En fait, il avait prouvé qu’il pouvait être encore plus grand. Les tribus des steppes s’étaient toutes soumises à lui. Même les tribus que Raiga n’avait été capable d’amener sous son emprise qu’en tant qu’alliée s’étaient soumises, faisant de Fuuga le véritable roi des steppes.

La route du jeune tigre vers l’hégémonie avait commencé ici.

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Chapitre 1 : Les États vacillants

Partie 1

— Début de la 1549e année, calendrier continental — Souma vainc le monstre marin géant, Ooyamizuchi —

Le rapport sur les efforts conjoints du Royaume de Friedonia et de l’Union de l’Archipel pour tuer le monstre qui terrorisait l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes avait été accueilli avec une grande excitation dans leurs patries respectives.

L’une des raisons de cette excitation dans le Royaume était que c’était la première fois que le héros invoqué, Souma, avait fait quelque chose d’aussi héroïque. Avant cela, les seules campagnes victorieuses de Souma avaient été la guerre contre Amidonia et l’expédition vers l’Union des nations de l’Est.

La guerre avec la Principauté d’Amidonia avait fait mal aux deux parties, et tous les gains avaient presque été annulés. Ce n’est que grâce aux efforts d’une certaine Roroa Amidonia que le Royaume et la Principauté avaient pu s’unir pacifiquement, et aucun des deux pays n’avait été déclaré vainqueur ou perdant. Quant à l’expédition vers l’Union des Nations de l’Est, il avait fait grand cas du fait qu’elle avait été faite à la demande de l’Empire du Gran Chaos. Bien qu’Ichiha les ait rejoints là-bas, ainsi que d’autres personnes qui rendraient le pays plus fort, c’était difficile à voir pour les gens ordinaires. Beaucoup d’entre eux pensaient que c’était beaucoup d’efforts pour rien. Cependant, avec la prise de conscience de l’importance d’Ichiha, la clairvoyance de Souma avait été prouvée. Pourtant, ce qu’il avait fait n’était pas considéré comme un acte particulièrement héroïque.

Néanmoins, cette fois, Souma avait envoyé la flotte dans l’archipel du Dragon à neuf têtes, tuant le kaiju Ooyamizuchi qui avait fait des ravages sur terre. C’était une preuve évidente de prouesse militaire. Et pour couronner le tout, il avait ramené la flotte de l’Union de l’Archipel, jusqu’alors considérée comme une nation hostile. Pour le commun des mortels, qui n’était pas au courant de ce qui se passait en coulisses, il semblait que « Souma avait vaincu le monstre qui tourmentait l’Union de l’Archipel, et les avait obligés à se soumettre à lui par admiration ». Ces rumeurs avaient rendu le peuple enthousiaste à propos de la glorieuse victoire de Souma.

Pendant ce temps, dans l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes, ils avaient une estime accrue pour le Royaume de Friedonia qui les avait aidés à vaincre Ooyamizuchi, et le Roi Souma et la Princesse Shabon étaient loués pour les rôles clés qu’ils avaient joués dans cette victoire.

Souma était maintenant loué par la population de deux nations, mais la nouvelle de ses exploits n’avait pas encore atteint le peuple des autres états (à l’exception des souverains et des autres personnes importantes). Cela était dû à un autre accomplissement, plus important.

Fuuga de Malmkhitan a repris une partie du domaine du Seigneur-Démon !

La reconquête était l’objectif de l’humanité depuis plus d’une décennie, et elle avait rehaussé le profil de Fuuga et du Malmkhitan à l’intérieur et à l’extérieur de l’Union des Nations de l’Est. La ferveur des personnes à l’intérieur était particulièrement intense. Les voix appelant à la réorganisation de l’Union pour faire de Fuuga leur chef suprême — ou un état unifié avec Fuuga comme roi — augmentaient de jour en jour.

L’Union des nations de l’Est avait toujours vu ses nombreux États de taille petite ou moyenne s’annexer les uns aux autres et se séparer. Toute la région était un fouillis d’alliances familiales. Il avait toujours été difficile pour un État de se démarquer au milieu de tout cela. Même si le Royaume de Friedonia, à la frontière sud, gagnait progressivement en puissance, cet État était resté inchangé.

Le peuple avait attendu de longues années que quelqu’un vienne briser l’impasse. Mais maintenant, Fuuga était arrivé, le grand homme qu’ils avaient attendu.

Ils avaient vu la lumière de l’espoir dans la façon dont Fuuga avait foncé aveuglément vers ses ambitions.

 

◇ ◇ ◇

Cependant… Plus la lumière est forte, plus les ombres qu’elle projette sont profondes.

Alors que ses admirateurs augmentaient en nombre, le nombre de personnes qui considéraient Fuuga comme une menace augmentait également. Mathew Chima, père d’Ichiha et de Mutsumi, et dirigeant du Duché de Chima, était l’un d’entre eux.

« C’est mauvais… très mauvais…, » murmura Mathew pour lui-même en faisant les cent pas dans le bureau.

Un homme d’une vingtaine d’années au regard vif l’observait.

« Père. Qu’est-ce qui t’agite autant ? »

En réponse à la question de l’homme à l’œil vif…

Blam !

« Tu sais quoi, Hashim ! Fuuga Haan ! » cria Mathew en frappant de ses mains sur un bureau voisin.

L’homme qu’il appelait Hashim était son fils aîné, Hashim Chima. C’est lui qui avait le plus fortement hérité du talent de Mathew pour les intrigues.

Lors de la récente vague de démons (une épidémie de monstres), Mathew avait mis au point un plan peu orthodoxe pour s’assurer des alliés et accroître sa propre influence. Il avait offert ses célèbres enfants talentueux, à l’exception d’Hashim, l’aîné, et d’Ichiha, le plus jeune, comme récompense à ceux qui leur viendraient en aide.

Comme Hashim était l’héritier de la Maison Chima, il n’avait pas été inclus dans les récompenses. Cependant, si vous deviez demander à quelqu’un — du moins, quelqu’un qui n’avait pas de critères uniques comme Souma — qui était le plus talentueux de la fratrie, alors même la fratrie elle-même vous dirait que c’était Hashim.

Mathew déclara à Hashim. « Ces derniers temps, il ne se passe pas un jour sans que j’entende le nom de cet homme. »

« C’est normal. Il réclame le domaine du Seigneur-Démon, même si ce n’est qu’une partie. Même l’Empire ne pourrait pas faire ça. Il n’est pas surprenant que le peuple le soutienne avec ferveur. »

« Je te dis que c’est un problème ! » Mathew lança un regard noir à son fils distant. « Si cela continue, sa voix au sein de l’Union va devenir trop forte. Certains réclament déjà qu’il devienne le roi de toute l’Union. »

« Je vois… Mais n’est-ce pas inévitable ? Son charisme doit être assez puissant pour attirer tous ces gens vers lui, » dit froidement Hashim, ce à quoi Mathew laissa échapper un grognement de colère.

« Les masses ignorantes ne connaissent pas le danger de cet homme ! Ses yeux sont fixés loin dans le lointain, au-delà du domaine du Seigneur-Démon. Reprendre ce terrain vague ne sera probablement pas suffisant pour lui. Je suis sûr qu’il va avaler tous les états de l’Union. »

« Crois-tu qu’il cherche à unifier l’Union des nations de l’Est ? » demanda Hashim, mais Mathew secoua la tête.

« Je pourrais être encore pire. Ce genre d’homme n’est pas satisfait s’il n’est pas le premier en tout. Il pourrait même chercher à concurrencer le Royaume de Friedonia au sud et l’Empire du Gran Chaos à l’ouest. »

Ce commentaire avait poussé Hashim à se caresser le menton d’un air pensif.

« Une Union des Nations de l’Est qui peut rivaliser avec le Royaume et l’Empire pour l’hégémonie… J’aimerais bien voir ça. »

« Ne sois pas stupide. Toute l’organisation et la structure de l’Union des Nations de l’Est auront disparu à ce moment-là. Tout ce qui restera sera un pays d’adorateurs de Fuuga, » cracha Mathew, dégorgeant pratiquement les mots avec dégoût. « Il va tout détruire. Les liens du sang construits entre nos pays, et le réseau diplomatique que notre maison a travaillé si dur pour créer… Si cet homme les voit comme un obstacle, il les éradiquera. Si nous ne l’arrêtons pas avant qu’il ne se développe au maximum… il sera trop tard. »

« S’il te plaît, père… Ne me dis pas que tu veux rejoindre la faction anti-Fuuga. Monsieur Fuuga est marié à Mutsumi, tu te souviens ? »

Le regard de reproche que lui lançait Hashim avait fait soupirer Mathew.

« J’ai accueilli leur mariage en raison de l’homme extraordinaire qu’il était, mais… cet homme était bien trop extraordinaire. Si seulement Mutsumi pouvait le garder sous contrôle… non, si on en arrive là, le tuer… »

« Père ! »

« Mutsumi… Elle semble adorer Fuuga. Je doute qu’elle fasse quoi que ce soit pour l’arrêter. C’est pourquoi je dois prendre l’initiative ! » Mathew avait l’air résolu en parlant. « C’est le moment. Déjà un tiers des pays de l’Union des nations de l’Est jurent fidélité à Fuuga. Le reste est soit méfiant à son égard, soit confus. Il doit être arrêté avant que sa faction ne s’agrandisse et que la faction anti-Fuuga ne subisse de nouvelles pertes. »

« … »

Pour Mathew Chima, ou plutôt pour les petites nations comme le Duché de Chima, Fuuga était une menace pour le réseau de liens diplomatiques qu’ils avaient travaillé si durs à construire. Maintenir l’équilibre au sein de l’Union par la diplomatie était la façon dont les anciens ducs de Chima avaient survécu. C’est pourquoi Mathew ne pouvait pas supporter l’existence de Fuuga.

Mathew s’était levé et s’était dirigé vers la porte.

« Je dois contacter mes enfants dispersés à travers les nations. Ce serait rassurant si nous pouvions recevoir le soutien du Royaume de Friedonia où se trouve Ichiha, mais j’ai entendu dire que la jeune sœur de Fuuga est également avec le Roi Souma. Si Fuuga l’a envoyée avec l’intention d’en faire l’épouse du roi Souma, il serait peut-être plus dangereux de faire appel aux forces du Royaume… » Il avait quitté la pièce en se parlant à lui-même comme ça.

Alors qu’Hashim regardait son père partir…

« Je vais devoir le mettre en garde contre des actions irréfléchies et délirantes, » s’était-il dit d’une voix calme.

 

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Partie 2

Au moment où Mathew Chima prenait contact avec la faction anti-Fuuga…

Loin du Duché de Chima, dans le bureau des affaires gouvernementales du château de Parnam du Royaume de Friedonia, Souma lisait un rapport des Chats Noirs, ainsi qu’une mise à jour de routine de Julius. Les deux disaient essentiellement : « La faction anti-Fuuga au sein de l’Union des Nations de l’Est est plus active que jamais. Dans un avenir pas trop lointain, la faction anti-Fuuga prendra des mesures contre la faction pro-Fuuga. »

« Ouf… »

Lorsque Souma eut fini de lire les rapports, il les posa sur son bureau, s’adossant à sa chaise avec un soupir en regardant la pièce. Les seules personnes présentes dans le bureau à part lui étaient Liscia, la première reine primaire, Hakuya, le Premier ministre, et Kagetora, qui lui avait apporté le rapport des Chats Noirs.

Souma leur déclara : « Les Chats Noirs et Julius sont d’accord pour dire que la faction anti-Fuuga va bientôt agir. Julius note que la faction anti-Fuuga a maintenu le contact entre eux dans une large zone de l’Union des Nations de l’Est. Malgré cela, cela a été fait d’une manière qui permet de cacher le meneur. On peut supposer que quelqu’un d’assez intelligent est en mouvement. »

« Oui, sire, » approuva Kagetora. « Mes hommes n’ont pas non plus réussi à trouver celui qui dirige la faction anti-Fuuga. »

Souma avait acquiescé. « Je ne peux pas les blâmer. Ce pays entier est après tout un fouillis d’alliances conjugales. Leur capacité à coordonner leurs actions en interne est incroyable, mais ils sont fermés à l’extérieur. Même pour les Chats Noirs, cela doit rendre difficile la collecte d’informations. »

« En effet… »

« Alors, combien de personnes sont dans cette faction anti-Fuuga ? » Liscia demanda, et Souma vérifia le rapport de Julius pour la réponse.

« Apparemment, au moins deux fois plus que la faction pro-Fuuga. »

« C’est étonnamment grand. Ne s’est-il pas fait un nom en reprenant une partie du domaine du Seigneur-Démon ? »

« Au sein du peuple de l’Union, oui. Mais ceux qui commandent les troupes sont les dirigeants qui se tiennent au-dessus de ce peuple. En ce qui les concerne, la façon dont Fuuga a concentré les attentes du public sur lui-même est intolérable. Si leur propre peuple veut être gouverné par Fuuga, cela rend après tout leur propre position plutôt précaire. »

« Je vois… Donc, même si le peuple soutient le Seigneur Fuuga, il y a beaucoup d’états qui sont contre lui, » dit Liscia, en frappant ses mains ensemble comme elle avait compris. Souma acquiesça.

« Et plus le pays est grand, plus cette tendance est forte. Le Malmkhitan est une région de steppes qui a été unifiée pour la première fois en tant que nation sous le prédécesseur de Fuuga, Raiga. Le fait d’être obligé de jouer les seconds rôles pour une nation nouvelle comme celle-là va froisser beaucoup de gens. Plus leurs traditions sont anciennes et plus ils sont fiers de leur position de pays puissant au sein de l’Union, plus ils vont s’y opposer. En fait, la nation la plus puissante au sein de l’Union des nations de l’Est, le Royaume de Sharn, a déjà déclaré faire partie de la faction anti-Fuuga. »

Le Royaume de Sharn était un État de taille moyenne possédant le plus grand territoire et la plus grande puissance au sein de l’Union des nations de l’Est. Il fournissait également le plus grand nombre de troupes à l’armée de l’Union, une armée composée de forces fournies par tous les États membres, ce qui lui donnait le plus grand poids dans cette organisation.

Ils avaient également fourni des renforts au Duché de Chima pendant la vague démoniaque, et (en raison du retrait de Souma) avaient été reconnus comme ayant apporté la deuxième plus grande contribution après Fuuga et Malmkhitan. Pour cela, ils avaient reçu le deuxième fils musclé de la Maison de Chima, Nata.

L’actuel roi de Sharn était Shamour Sharn. Si vous deviez le comparer à quelqu’un du Royaume de Friedonia, il était un vieux guerrier musclé comme Owen ou Herman. Le pays valorisait la force d’une manière similaire à l’État mercenaire de Zem, aussi Shamour avait-il accueilli Nata, qui pouvait manier une grande hache, comme son propre fils.

Liscia pencha la tête sur le côté et demanda : « Alors le roi Shamour est à la tête de la faction anti-Fuuga ? »

« Non… “En regardant le secret dans la façon dont la faction anti-Fuuga communique, je ne peux pas imaginer que le roi Shamour les dirige”, c’est la lecture de la situation par Julius. »

De la même manière que l’armée de l’Ouest à la bataille de Sekigahara avait Mouri Terumoto comme commandant suprême et Ishida Mitsunari comme planificateur opérationnel, il se pourrait qu’un autre homme tire les ficelles derrière le membre le plus puissant de la faction. L’armée occidentale à Sekigahara… Lorsque cette pensée avait traversé son esprit, le visage d’un homme qui excellait probablement dans ce genre de manigances l’avait fait aussi. Ne me dites pas que c’est lui… Ce n’était personne d’autre que Mathew, qu’il avait considéré comme similaire à Sanada Masayuki, un homme supposé avoir deux visages. Mais Souma n’avait rien dit.

C’était juste une spéculation sans fondement. De plus, considérant que Mathew avait envoyé sa fille Mutsumi pour épouser Fuuga, Souma ne pouvait pas être sûr qu’il était dans la faction anti-Fuuga. Évidemment, ce n’était pas par souci pour sa fille. Si Fuuga arrivait au sommet, Mathew avait déjà un lien marital avec lui, aussi Souma avait-il supposé qu’il était peu probable qu’il rejoigne la faction anti-Fuuga. Cependant, la lecture de la situation par Souma pourrait être incorrecte. En raison de son refus d’utiliser sa famille comme outil politique, Souma avait écarté de son esprit le fait qu’il y avait des gens qui pouvaient le faire. S’il s’était rendu compte de la machination de Mathew à ce stade, Souma aurait certainement essayé de l’arrêter — qu’il en soit capable ou non. Parce que tout ce qu’il faisait, c’était de nourrir le tigre qu’ils appelaient un grand homme.

« La faction anti-Fuuga est plus nombreuse que prévu. Assez pour qu’il soit possible que la faction pro-Fuuga perde. »

« Mais vous ne le croyez pas vraiment, n’est-ce pas, Sire ? » demanda Hakuya, l’air certain, et Souma hocha la tête.

« Si Fuuga était un adversaire qu’ils pouvaient battre avec de simples chiffres, je ne le verrais pas comme une menace. Même si Fuuga s’emparait de toute l’Union des nations de l’Est, il aurait toujours moins de terres et de puissance que nous. Ce qui rend Fuuga dangereux, ce n’est pas la supériorité numérique ou la puissance de sa nation, c’est qu’il suit le cours des choses. »

« Le cours des choses, vous dites ? »

« Ouais. De l’époque… Le flux de l’époque dans laquelle nous vivons, on pourrait dire. Ceux qui rejoignent un grand homme comme Fuuga sont considérés comme justes, et ceux qui s’opposent à lui sont mauvais. C’est un flux qui attribue naturellement les rôles comme ça. »

Dans la phase finale de la période des États combattants, les actions de grands hommes comme Oda Nobunaga, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, étaient largement approuvées, ou du moins tolérées. C’est comme si les gens défendaient Le Prince de Machiavel en disant : « On ne peut pas en voir la vraie valeur sans comprendre d’abord la nature complotiste de la péninsule italienne à son époque ». Les maisons Asakura, Azai et Takeda, qui s’étaient opposées à la conquête d’Oda Nobunaga, avaient été détruites, car elles étaient considérées comme des imbéciles obstinés qui ne pouvaient pas s’adapter à la nouvelle ère. C’était particulièrement vrai pour les personnes qui ne voyaient en eux que les gagnants et les perdants décrits dans les manuels scolaires.

À moins d’être un vrai passionné d’histoire, on ne se promenait pas en pensant à la situation de ce genre de maisons détruites. Souma sentait que Fuuga était le même genre de grand homme.

« Il y a des gens qui louent Fuuga comme une sorte de sauveur. Ceux qui se mettent en travers de son chemin seront considérés comme des idiots, et s’ils essaient de lui faire du mal, ils seront traités d’ennemis de l’humanité. Quelle que soit la puissance du pays, cela serait difficile à renverser. »

« De la même manière que les gens de l’Empire vénèrent Madame Maria comme une sainte ? » demanda Hakuya, et Souma hocha profondément la tête.

« Oui, c’est vrai. La faction anti-Fuuga ne doit pas comprendre cela. »

« Il est à ce point un problème, hein…, » Liscia déclara ça avec un soupir.

Kagetora s’était avancé discrètement. « S’il trouble tant votre cœur, mon seigneur, alors peut-être devrions-nous… »

« Absolument pas ! » cria Souma, coupant court à la suggestion d’assassinat de Kagetora.

« Fuuga est dangereux parce qu’il est dans l’air du temps. On pourrait appeler ses intentions la volonté de l’époque elle-même. Et… on le dit souvent, mais on ne peut pas changer l’époque avec des assassinats et du terrorisme, » dit Souma en se penchant en arrière sur sa chaise, les bras croisés. « Les grands hommes sont des monstres qui donnent naissance à des époques. Cette ère de confusion se languit des grandes avancées d’un homme comme Fuuga. Ainsi, même si quelqu’un parvenait à l’assassiner, le prochain Fuuga apparaîtrait simplement pour suivre ses traces. Non, en fait, après avoir vu ce qui est arrivé à Fuuga, le prochain sera encore pire. »

Même après la mort d’Oda Nobunaga lors de la trahison de Honnouji, Hashiba Hideyoshi avait immédiatement pris la tête de la tentative d’unification du pays. Cela n’avait pas conduit à un retour à une ère de rivalités entre seigneurs de la guerre. Et lorsque Hideyoshi était tombé, Tokugawa Ieyasu avait pris sa place. Si l’on considère la transition d’une ère de seigneurs de la guerre rivaux à celle d’une grande puissance unique, on peut dire que si les dirigeants avaient changé, le déroulement de l’ère était resté inchangé. Les grands hommes créent des époques. Pour voir les choses autrement, on pourrait aussi dire que les époques choisissent et donnent naissance aux grands hommes. C’est le sentiment que Souma avait acquis en étudiant l’histoire dans le monde d’où il venait.

Par exemple, dans le monde d’où venait Souma, il y avait un dictateur dont le nom était synonyme de mal. Le dictateur avait été confronté à de nombreux complots d’assassinat et tentatives de coup d’État tout au long de sa vie, mais si l’un d’eux avait réussi, l’histoire qui avait suivi aurait-elle changé d’une manière ou d’une autre ? Cela avait été dit maintes fois, mais c’est le peuple de l’époque qui avait créé le dictateur. Tant que la volonté du peuple et la situation dans laquelle il se trouve ne changent pas, un autre dictateur similaire — ou peut-être un parti politique — se hissera tout simplement au sommet. Et le nouveau dictateur ne cherchera-t-il pas à faire ce qu’il pense que le défunt aurait dû faire ? D’une manière plus extrême.

Sima Qian se plaignait, dans les Archives du Grand Historien, que parfois d’excellents hommes meurent injustement à cause du flux de l’époque en disant : « Le pouvoir du Ciel est petit ». Mais si le « Ciel » dont il parlait est le flux de l’époque, alors je dois dire que ce qui est vraiment petit, c’est le pouvoir de l’homme, pensa Souma.

Machiavel parlait du concept de Fortuna, la déesse du hasard, en opposition à la virtù, ou initiative individuelle, comme du destin qui ne pouvait être changé. Ou qui pouvait, peut-être, voir son cours adouci, ne serait-ce que légèrement, par la virtù.

En ce moment, Fuuga devait être l’homme le plus aimé de Fortuna.

Quiconque le confrontait directement s’exposait à un monde de souffrances. C’est pourquoi Souma avait dit : « Si les temps ont choisi Fuuga, ce n’est pas lui qu’il faut changer, mais les temps eux-mêmes. Si les temps n’ont pas besoin de Fuuga, alors les hommes comme lui cesseront de naître. »

« Désolé… C’était un peu trop abstrait pour que je comprenne, » s’excusa Liscia. « Que penses-tu exactement que nous devrions faire ? »

« Je ne sais toujours pas… Mais j’ai la clé. »

Souma se leva et s’avança pour se placer devant la carte de ce continent, claquant sa main sur le nord de celle-ci.

« C’est le Domaine du Seigneur-Démon. Le malaise de la majorité des gens vient maintenant de l’existence du Domaine du Seigneur-Démon dans le nord. Si ce problème peut être résolu, les grands hommes comme Fuuga ne seront plus nécessaires comme ils le sont maintenant. »

« Hein ? Mais Fuuga n’est-il pas en train de rassembler des soutiens en faisant quelque chose à propos du Domaine du Seigneur-Démon ? N’est-ce pas une contradiction ? » demanda Liscia.

« Oui, » répondit Souma en hochant la tête. « Cela ressemble à une contradiction. Mais je pense que c’est l’essence même de ce qu’est un grand homme. On a besoin d’eux en temps de chaos, mais pas en temps de paix. Lorsque le grand homme court pour mettre fin aux temps de chaos, il se dirige vers le monde où l’on n’aura plus besoin de lui. »

Le grand homme créé par l’époque transforme l’époque par son propre pouvoir, puis disparaît. Ou, en raison de l’évolution des temps, l’époque choisit un nouveau leader, et le grand homme est mis de côté. C’est l’un des aspects les plus tragiques du grand homme.

Puis Hakuya déclara à Souma : « Donc, pour résumer, ce que vous dites est que nous devrions éviter de nous opposer au Seigneur Fuuga pour le moment, Sire ? »

« Oui. Nous n’avons pas d’autre choix que d’éviter de combattre Fuuga tout en trouvant comment gérer le Domaine du Seigneur-Démon, et aussi en renforçant le pays en vue du conflit… Je vois un petit espoir en ce qui concerne le Domaine du Seigneur-Démon. »

Alors qu’il se trouvait dans la chaîne de montagnes des étoiles du Dragon, il avait rencontré un mystérieux cube. Il l’avait entendu lui demander « d’aller vers le nord ».

Si Souma pouvait rencontrer le Seigneur-Démon avec suffisamment de préparation, il pourrait obtenir quelque chose qui lui permettrait de déplacer l’ère. Il y avait un léger espoir pour cela.

« Et si Fuuga nous attaque avec l’Union des nations de l’Est d’ici là ? » demande Liscia.

« C’est facile à gérer, » répondit Hakuya, plutôt que Souma. « Le nouveau pays de la faction Fuuga n’aura personne qui ait l’expérience de la gestion d’un État d’une telle taille. Il manquera aussi de bureaucrates, donc si nous nous contentons d’en faire une guerre d’usure, ce sont nos adversaires qui se dépenseront en premier… Cela dit, le sieur Fuuga doit le savoir, il ne fera pas un geste contre nous tant qu’il n’aura pas l’avantage écrasant, ou qu’il ne se trouvera pas dans une situation désespérée. »

« Quel adversaire difficile… ! »

« Oui, tu l’as dit. » Souma devait être d’accord.

Je vais devoir dire à Julius de rester en dehors de la faction Anti-Fuuga, pensa Souma en regardant la carte de l’Union des Nations de l’Est. Et aussi, si on en arrive là, il devrait fuir au Royaume avec la famille royale de Lastanian.

☆☆☆

Chapitre 2 : Assassin et Ondulations

Partie 1

– Début du 5e mois, 1549e année, Calendrier Continental —

Fuuga menait une procession militaire de Malmkhitan alors qu’elle avançait à travers les ruines au nord de l’Union des nations de l’Est, au sud-est du domaine du Seigneur-Démon. Ils marchaient en une longue colonne sans défense, semblable à un serpent, comme pour se vanter qu’aucun ennemi ne pourrait les vaincre. En fait, les monstres qui infestaient depuis longtemps cette région avaient déjà été exterminés par Malmkhitan. La route empruntée par les troupes était maintenant suffisamment stable pour que les marchands itinérants puissent l’emprunter.

Ici, dans ce pays où il ne neigeait jamais, ils avaient pu se battre correctement même en hiver, mais la chaleur estivale rendait les combats difficiles pendant longtemps. À cette fin, la bataille pour récupérer le domaine du Seigneur-Démon devrait faire une pause pendant les septièmes et huitièmes mois de l’année, lorsque la région était la plus chaude. Cependant, afin de rester sur l’offensive jusqu’à ce point, Fuuga avait décidé qu’ils devaient laisser les troupes se reposer. Il les ramenait actuellement dans la zone de sécurité.

Au milieu de la colonne se dressait le grand tigre blanc, Durga. Fuuga était allongé sur le dos du tigre, son armure enlevée. Il profitait de cette occasion pour faire une sieste pendant que Durga marchait à un rythme détendu.

«Zzz…»

Des ronflements audibles pouvaient être entendus. Bien qu’ils soient retournés en territoire sûr, il y avait encore des créatures violentes qui vivaient dans la région, et il était entouré de soldats armés. Qu’il puisse dormir dans cette situation témoignait de la force de Fuuga et de la personnalité audacieuse sous-jacente à cette force.

Un monteur de temsbock tout seul s’était approché de Fuuga.

«S’il vous plaît, réveillez-vous, Seigneur Fuuga!»

«Hum…? Qu’est-ce que c’est?»

Se réveillant au son de son nom, Fuuga s’assit et se gratta la tête.

Remarquant que c’était Shuukin qui l’avait tiré de son sommeil, il demanda: «Quoi de neuf, Shuukin? Quelque chose est-il arrivé?»

«Non, rien de particulier. Nous sommes sur le point d’arriver.»

«Hmm? Oh, nous y sommes enfin, hein?» déclara Fuuga en s’étirant. «Voyager avec une armée est toujours aussi lent. J’aurais pu être ici avec Durga en un rien de temps.»

«Vous êtes notre commandant en chef. Qui pourrait diriger les hommes si ce n’est vous?»

«Chic. Plus l’armée grandit, plus les gens se soucient de choses comme le grade. Même toi, tu as pris l’habitude de m’appeler “Seigneur Fuuga” maintenant.»

 

 

En raison de leur âge proche, Fuuga et Shuukin s’étaient autrefois traités avec désinvolture, comme des amis. Et ce n’était pas seulement Shuukin; il y en avait beaucoup d’autres dans l’armée comme Moumei, Gaten et Kasen, qui avaient longtemps été ses complices. Depuis que Fuuga avait pris le trône, cependant, Shuukin avait commencé à lui montrer le respect approprié en tant que serviteur afin d’empêcher ses autres sujets de lui manquer de respect. Cela avait dû faire que Fuuga se sente un peu seul.

Shuukin haussa les épaules avec un air exaspéré sur le visage.

«Vous êtes le souverain d’une nation. Bien sûr, je vous rendrai hommage. Quoi qu’il en soit, nous sommes en marche, alors s’il vous plaît, portez votre armure et votre casque. Vous donnez le mauvais exemple aux troupes, et plus important encore, c’est imprudent.»

«Ne sois pas si raide. Nous avons pratiquement éliminé tous les monstres par ici, n’est-ce pas?»

Shuukin secoua la tête, un air sévère sur le visage. «Vous avez raison, nous ne verrons pas d’attaque de monstres. Cependant, certains n’ont pas apprécié votre profil croissant au sein de l’Union des nations de l’Est. Il pourrait y avoir des assassins le long de la route, Seigneur Fuuga. J’ai envoyé des éclaireurs, bien sûr, mais…»

«La jalousie humaine est plus effrayante que n’importe quel monstre, hein? Quelle nuisance», avait déclaré Fuuga, en retirant la cire de ses oreilles en écoutant.

Shuukin fronça les sourcils devant l’imprudence de son seigneur. «Comment pouvez-vous parler comme ça n’a rien à voir avec vous? Votre vie est en danger.»

«Hé, Shuukin… Ne dirais-tu pas que notre pays a grandi?» demanda Fuuga, changeant soudainement de sujet.

«Hum? Je suppose qu’il a…» Shuukin pencha la tête sur le côté d’un air interrogateur. «Nous nous sommes développés en dehors des steppes et nous avons beaucoup de protectorats. Il est juste de dire que nous avons le plus grand élan de tous les pays de l’Union des nations de l’Est.»

«Oui. C’est comme si c’était le destin. S’il y a une volonté du ciel, c’est apparemment de notre côté», répondit Fuuga, d’un ton étrangement calme.

«Ne me dites pas… vous dites que parce que les cieux sont de notre côté, nous n’avons pas à nous soucier des assassins?»

Shuukin lui lança un regard aiguisé, comme pour dire, ce n’est pas comme ça que les choses fonctionnent. Fuuga secoua la tête avec un sourire ironique, levant les yeux vers le ciel.

«Nous avons surmonté toutes les épreuves auxquelles nous avons été confrontés pour faire grandir notre pays. Alors, c’est peut-être pour ça que… quand les choses se passent trop bien, ça me met en fait plus mal à l’aise. Est-ce que j’avance de ma propre volonté? Ou y a-t-il une force invisible qui me pousse?»

«Seigneur Fuuga…» murmura Shuukin, entendant ses mots sentimentaux.

«Eh bien, ce n’est pas un mauvais sentiment. Si je continue à surfer sur ce courant, il me mènera plus loin, plus haut. Et si je tombe en cours de route, je pourrai accepter que cela signifie que je n’ai jamais été fait pour autre chose que ça. C’est épanouissant, d’une certaine manière.»

«Vous ne devriez pas parler de tomber comme ça… C’est de mauvais augure.»

«Ga ha ha! Tout va bien, Sire Shuukin!» dit un guerrier aux oreilles de loup en s’approchant.

C’était Gaifuku de la race des loups mystique. Il fléchit ses pectoraux et ses biceps, prenant la pose alors qu’il leur lançait un sourire autoritaire. Il était encore une masse musculaire malgré le fait d’avoir dépassé l’âge mûr.

«Si un ignoble assassin s’approche de mon seigneur, mon corps bien tonique sera votre bouclier! J’ai construit ce dos solide et ces abdos pour la Maison de Haan!»

““.........””

Ha! Ha! Gaifuku avait continué à prendre des poses comme un bodybuilder pendant qu’il parlait. Il était en sueur et la température autour de lui avait probablement augmenté de cinq bons degrés Celsius par rapport à la chaleur de son corps.

Fuuga et Shuukin firent de leur mieux pour ne pas le regarder et continuèrent à parler.

«Au fait, où est Mutsumi? Je ne la vois pas autour.»

«Si vous cherchez Lady Mutsumi, elle a continué avec l’avant-garde jusqu’à la ville où nous resterons à partir d’aujourd’hui… Je crois qu’elle s’ennuyait autant que vous de la lenteur du voyage, Lord Fuuga.»

«Elle est un esprit tellement libre. Je suis jaloux.»

«Vous feriez mieux de ne pas disparaître tous les deux en même temps,» déclara Shuukin exaspéré, ce qui lui avait valu un haussement d’épaules de Fuuga. Puis…

«Voyez ces biceps rugissants…» Thock!

«Argh?!»

«“…!?”»

Alors que Gaifuku s’approchait pour leur montrer de plus près ses muscles, quelque chose avait soudainement jailli de son bras. En y regardant de plus près, il s’agissait d’une flèche. Si Gaifuku n’avait pas levé le bras à ce moment-là, la flèche aurait volé droit sur Fuuga.

Ils avaient immédiatement saisi leurs armes, regardant autour de la zone.

«N’étiez-vous pas censé faire attention?»

«Nous le faisons sur une vaste zone. Nous avons utilisé votre portée efficace comme ligne directrice.»

«Ce qui signifie qu’ils tirent de l’extérieur. Ce doit être quelqu’un de compétent.»

Faire un tir aussi précis au-delà de la portée de leur cortège n’était pas une mince affaire.

«Gaifuku! Tu vas bien?» demanda Fuuga.

«Ce n’est rien. Si je pouvais vous servir de bouclier, je ne pourrais rien demander de plus», avait déclaré Gaifuku, arrachant la flèche de son bras avec un grognement de douleur. La blessure était moins profonde qu’ils ne l’avaient pensé, faisant un peu sourire Fuuga.

«Oui, tu m’as sauvé. Elle pourrait être empoisonnée. Consulte un médecin immédiatement.»

«Sûrement pas, l’ennemi doit toujours vous viser,» protesta Gaifuku.

«Ne t’en fais pas. Tu as empêché leur attaque surprise. Et sans l’effet de surprise…!»

Whoosh... Smack! Une autre flèche avait volé, seulement pour être déviée par le Zanganto de Fuuga.

«C’est comme ça que ça va se passer. Si je sais que la flèche arrive, alors la couper est facile. Et cette flèche vient de me dire à peu près où il est. Shuukin, les soldats qui ont remarqué l’assassin commencent à faire des histoires. Fais-les se calmer.»

«Ne me dites pas que vous avez l’intention de vous en prendre vous-même au tireur d’élite! C’est trop dangereux!» Shuukin l’avait prévenu, mais Fuuga n’en avait rien à faire.

«L’ennemi est à une bonne distance. Sans la vitesse de Durga, il sera difficile de le rattraper.»

«Mais cela ne veut pas dire…»

«En plus, je vais lui faire payer pour avoir blessé un de mes hommes. Personnellement.»

Avec de la férocité dans ses yeux, Fuuga avait conduit Durga en avant. Ayant perdu la volonté de discuter plus après avoir vu ces yeux, Shuukin ne pouvait rien faire pour l’empêcher de partir.

Puis, une fois que Durga avait sauté dans le ciel, Fuuga avait placé une main sur le dos du tigre volant et avait dit: «Je sais que tu peux sentir l’ennemi, partenaire. Conduis-moi à lui, veux-tu?»

«Gworghhhh !» Durga avait rugi et ils accélérèrent.

Alors qu’ils le faisaient, Fuuga repéra une silhouette au sommet d’une colline lointaine, au milieu d’un épais bosquet d’arbres morts. Cette découverte était pour lui assez excitante. Si quelqu’un pouvait lui tirer dessus de si loin, le monde avait encore des surprises à lui réserver.

Puis une autre flèche était venue voler. Ouf!

«Ah!»

Parce qu’il était plus proche maintenant, la flèche était arrivée plus vite, et Fuuga s’était éloigné de son chemin plutôt que d’essayer de la couper. Plus il s’approchait, plus vite il arriverait. Malgré le danger croissant, Fuuga souriait toujours.

«J’aime ça! C’est tendu! Cela faisait longtemps que je n’avais pas ressenti cette poussée!»

Il réduisit bientôt la distance à son ennemi. Ni l’un ni l’autre ne manquerait à cette distance.

Fuuga sauta du dos de Durga et déploya ses ailes pour planer, visant son ennemi dans la cime des arbres. L’ennemi faisait de même. Il avait tiré avant lui. Son objectif était mortel, fonçant droit vers le centre de son visage.

«Écoutez…!»

Fuuga tourna instinctivement la tête sur le côté, mais ne parvint pas à s’écarter complètement, et cela heurta l’espace entre son casque et sa joue. La flèche avait dû être magiquement améliorée; il la sentit déchirer la chair de sa joue à l’intérieur du casque. Mais malgré la sensation de son propre sang éclabousser à l’intérieur du casque, ses yeux n’avaient jamais quitté l’ennemi.

Prends ça! Fuuga avait lâché une flèche de son propre grand arc. Il vola droit, empalant le sniper à travers la poitrine. Il tomba la tête la première, comme une marionnette aux ficelles coupées.

À ce moment-là, l’un ou l’autre aurait pu tomber. Le facteur décisif devait être l’endroit où ils avaient visé. Le sniper, confiant en ses propres capacités, avait visé la tête, certain qu’il tuerait. Pendant ce temps, Fuuga savait que même s’il ratait le tir, il pouvait toujours gagner s’il comblait l’écart, et avait donc visé le centre de masse.

«Urgh... Tch!» Fuuga arracha la flèche de son casque alors qu’il touchait le sol.

Ayant échappé à la menace qui pesait sur sa vie, et avec l’adrénaline de tuer un ennemi puissant s’estompant, la gouge dans sa joue avait commencé à palpiter de douleur. Fuuga enleva son casque et se dirigea vers le tireur d’élite. C’était un jeune homme, pas moins de vingt ans. La flèche tirée par Fuuga l’avait touché en plein cœur.

Hum? Ce type est… Fuuga avait l’impression qu’il connaissait l’homme, mais ne se souvenait pas d’où.

Peu de temps après, Shuukin et les cavaliers temsbocks l’avaient rattrapé.

«Seigneur Fuuga, allez-vous bien?» demanda Shuukin, l’air inquiet.

☆☆☆

Partie 2

« Je vais bien, » répondit-il avec un signe de la main. « J’ai pris une blessure mineure, c’est tout. »

« Vous saignez ! S’il vous plaît, ne soyez pas si imprudent ! »

« Je serai plus prudent la prochaine fois. Nous avons des choses plus importantes à discuter maintenant. » Fuuga essuya le sang qui coulait sur sa joue, indiquant le sniper avec son menton. « C’était le tireur d’élite. Je pense l’avoir déjà vu quelque part. »

« Hein… !? Mais c’est… ! »

« Le connais-tu ? »

« Vous devriez aussi. Cet homme est Gauche Chima. Le frère cadet de Lady Mutsumi. »

« Quoi ? » Les yeux de Fuuga s’écarquillèrent alors qu’il regardait le cadavre de Gauche. Il avait vu Gauche à la cérémonie de remise des prix, mais n’avait d’yeux que pour Mutsumi, et donc il ne se souvenait pas de lui.

« Mon beau-frère a essayé de me tuer, et je l’ai frappé… ? »

Gauche avait été un guerrier simple. Cela ne pouvait pas être quelque chose qu’il avait décidé de faire tout seul. Quelqu’un avait dû lui demander de prendre la vie de Fuuga.

L’image d’un homme lui traversa l’esprit. C’était le visage de l’homme qui était le père de sa femme chérie, et qui avait toujours semblé méfiant. C’est ce qui se passe au moment où je commence à avancer vers mon ambition, hein ? Son emprise sur Zanganto se resserrant, Fuuga leva les yeux vers le ciel.

À un moment donné, des gouttes de pluie avaient commencé à tomber.

Je suppose… Je vais devoir en parler à Mutsumi… Pensa Fuuga avant de retourner à Durga, un sentiment d’hésitation serrant son cœur.

◇ ◇ ◇

C’était une nuit silencieuse.

Mutsumi était assise à la fenêtre d’une pièce faiblement éclairée, regardant paresseusement l’extérieur. La pluie précédente avait cessé et une lune blanche et ronde avait montré son visage à travers une brèche dans les nuages.

Je me demande quel genre de visage je dois faire en ce moment… pensa Mutsumi paresseusement.

Elle avait certainement été choquée lorsqu’elle avait appris la mort de son frère Gauche, et que Fuuga avait été celui qui l’avait tué. Pourtant, malgré cela, elle n’était pas aussi déchirée qu’elle s’y attendait. Cela l’avait troublée. Dès le moment où elle avait décidé de rejoindre Fuuga sur sa route vers la domination, elle avait su que c’était une possibilité. Elle avait senti que son père intrigant pourrait essayer quelque chose. C’était peut-être la raison. Ce n’était pas qu’elle ne ressentait pas de tristesse et de colère, mais qu’à un moment donné elle s’était résignée à ce qui se passait.

Elle ne voulait plus se voir dans le miroir maintenant. Parce que, probablement, son visage n’était pas celui d’une sœur aînée pleurant la perte de son jeune frère.

Alors qu’elle regardait vaguement par la fenêtre, on frappa à sa porte. C’était Fuuga.

« … Puis-je entrer ? »

Normalement, il serait entré sans demander, mais cette fois il l’avait fait. Prenant note de la considération qu’il lui montrait, Mutsumi sourit un peu.

« Oui, s’il te plaît, chéri. »

« Ouais… je le ferai. »

Fuuga ferma la porte derrière lui et se dirigea vers Mutsumi.

« Désolé, » avait-il poursuivi, « de t’avoir enfermé dans ta chambre comme ça. »

« Est-ce que j’ai été enfermé ici… ? Vraiment ? » Mutsumi pencha un peu la tête sur le côté. « Il n’y a pas de gardes. Et la porte n’était pas verrouillée. »

« C’est juste une mesure temporaire de toute façon. Mes serviteurs savent tous comment tu es. Ils savent que tu ne ferais pas quelque chose par colère. Mais certains des nouveaux arrivants craignent que tu tentes de venger ton frère. Essaie simplement de penser à cela comme si nous te protégeons contre leurs actions malveillantes. »

« Oui. Je comprends, » déclara Mutsumi, se pressant fermement contre Fuuga. Quand elle le fit, son corps se raidit un peu. « Tu penses… que j’essaierais de venger Gauche, mon chéri ? »

« Non, pas vraiment, mais… je suis prêt à accepter ta colère et ton chagrin. Je suis prêt à recevoir une gifle… non, un coup de poing pour ce que j’ai fait. Je vais rester ici et prendre pour dix ou vingt coups. »

« Si je devais frapper ton corps musclé autant de fois, je pense que mes mains seraient bien pires que toi. »

Mutsumi sourit un peu, mais ce fut de courte durée.

« J’étais en train de réfléchir. Que ferais-je maintenant si c’était toi qui tombais ? Je doute que je serais presque aussi calme. » Elle caressa la blessure fraîche sur la joue de Fuuga alors qu’elle continuait. « Si la flèche avait été un peu plus près, je t’aurais peut-être perdu. Si tu étais mort, je ne pense pas que j’aurais pu pardonner à Gauche ou à mon père qui a sans doute été l’instigateur de cela. Je suis certaine que j’aurais cherché à me venger. »

« C’est assez intense. Cependant, j’aime ça chez toi. »

« Et pourtant, je ne peux même pas t’en vouloir pour ce que tu as fait. Quand je pense à quel point mon lien avec la Maison Chima signifiait peu pour moi, je ressens un sentiment de solitude. »

Sa maison avait survécu dans l’Union des nations de l’Est avec son désordre d’États de petite et moyenne taille grâce à des subterfuges. Dans leur histoire, ils avaient à plusieurs reprises profité de leurs propres parents, frères et sœurs et enfants. C’était en partie pourquoi Mutsumi se sentait un peu déconnectée avec Mathew, évidemment, mais aussi avec ses propres frères et sœurs. Les jumeaux, Yomi et Sami, étaient proches, mais les autres frères et sœurs avaient tous leurs propres domaines d’expertise, et cela leur laissait peu de points communs.

Mutsumi s’était vraiment souciée de son plus jeune frère, Ichiha, qui avait été considéré comme sans talent à l’époque. Si c’était lui qui avait été tué, elle aurait peut-être hurlé. Ichiha l’avait quittée pour se rendre à Friedonia, où son don avait eu la chance de s’épanouir. La seule place de Mutsumi était maintenant ici avec son mari Fuuga, entouré des hommes de l’armée de Malmkhitan.

« Je sais que tu viens de dire qu’il en a été l’instigateur, mais…, » demanda Fuuga et Mutsumi hocha la tête.

« Cela a dû l’être. Bien que le plan semble trop bâclé pour être celui de mon père. »

À la lumière de la nature aléatoire du plan, Mutsumi soupçonnait que quelque chose s’était passé différemment de la façon dont Mathew l’avait envisagé.

« Nata et Gauche avaient toutes les deux tendance à surestimer leur propre force et capacité. Il a peut-être frappé avant que mon père ne l’ait voulu. »

« Oh oui...? »

« Je suis une femme froide, n’est-ce pas… ? Analyser calmement la mort de mon propre frère comme ça. »

« Non, je peux dire à quel point tu es blessée », avait déclaré Fuuga, la serrant dans ses bras par derrière. « Tu as été trahie par ta propre famille. Il n’y a aucune chance que tu ne sois pas triste. Tu t’es juste dit que c’était inévitable à cause du genre de maison dans laquelle tu es née. »

« Chéri...? »

« Oui c’est vrai. Je suis ton mari chéri. Ta famille. Tch, ce genre de répliques va mieux à ce type… Bon, peu importe, juste pour aujourd’hui, je vais les dire. En tant que ton mari, j’accepterai toute la tristesse et la colère que tu ressens envers ta famille. »

Mutsumi enfouit son visage dans la poitrine de Fuuga, serrant ses vêtements.

« Je… ne peux pas pardonner à mon père. »

« Oui. »

« Je ne peux pas pardonner la façon dont il nous utilise pour la stabilité de la maison, puis nous jette de côté pour la même raison. Je-je ne peux pas lui permettre d’obstruer ton chemin, mon chéri. »

« Oui. »

« Je veux pleurer ! Je n’ai jamais voulu en arriver là ! »

« Vas-y et pleure. Tu n’as pas besoin de tout retenir. »

Mutsumi laissa échapper un petit sanglot, puis un gémissement beaucoup plus fort. Ses sentiments complexes l’avaient laissée incapable de pleurer, mais maintenant elle le faisait enfin. Les larmes coulaient sans cesse comme un barrage s’était rompu.

Fuuga bouillonnait de colère alors qu’il tenait Mutsumi hurlante.

Tu l’as fait pleurer, Mathew Chima. Tu as fait pleurer Mutsumi.

Ses bras se resserrèrent autour de Mutsumi.

Tu as fait pleurer ma femme ! Ça va te coûter cher !

Ce jour-là, Fuuga avait décidé que Mathew était son ennemi.

 

 

◇ ◇ ◇

Pendant ce temps…

Clac ! En entendant le rapport de la mort de Gauche, Mathew Chima avait renversé la chaise du bureau dans son bureau.

« Pourquoi !? Pourquoi Gauche est-il mort !? »

Il venait d’apprendre que Gauche avait tenté d’assassiner Fuuga, ce qui avait entraîné sa mort. Alors que Mathew faisait une crise, son fils aîné, Hashim, le regardait avec un regard impassible sur son visage.

« N’était-ce pas ton plan, père… ? »

« Non ! Lorsque nous avons réuni les rois de la faction anti-Fuuga pour une conférence, nous avons parlé d’un plan pour assassiner Fuuga alors qu’il revenait de sa campagne. Nous avons supposé qu’après avoir éliminé les monstres, il baisserait sa garde et qu’il serait possible de le tuer. »

Mathew avait claqué ses mains sur la table voisine.

« Mais je n’ai jamais rien proposé d’aussi bâclé ! Les compétences de Gauche étaient adaptées à la tâche, j’ai donc discuté d’un plan d’assassinat centré autour de lui. Mais l’idée a été rejetée, car, si nous échouions, cela mettrait Fuuga en état d’alerte. »

« Pourtant, Gauche a exécuté le plan d’assassinat, » souligna Hashim.

« Et je ne sais pas pourquoi ! Qu’est-ce que Gauche faisait là tout seul en premier lieu !? » Mathew se serra la tête. « L’opération proposée l’a amené à diriger une unité, ou peut-être une force encore plus grande, n’entrant pas seul. Cela aurait réduit le risque de fuite de Fuuga. Et pourtant Gauche a essayé de l’assassiner tout seul. »

Il lâcha ses mains et leva la tête.

« C’est aussi étrange qu’il soit resté là et qu’il se soit laissé tuer. Compte tenu de sa longue portée, Fuuga n’aurait pas dû être en mesure de localiser l’emplacement de Gauche après le premier tir. S’il avait couru et s’était caché lorsque sa première tentative avait échoué, il aurait dû pouvoir s’échapper. »

Mathew avait l’air complètement déconcerté. Hashim soupira.

« Je ne peux penser qu’à une seule possibilité. Gauche agissait de sa propre initiative. »

« Quoi !? »

« De tous mes frères et sœurs, Nata et Gauche ont toujours été les plus confiants en leurs capacités. Trop confiant, pourrait-on dire. Et il attendait une chance de mettre ces compétences à profit et de se faire un nom. »

« N-Non… » Les yeux de Mathew s’écarquillèrent de surprise. Hashim hocha la tête.

« Il semble probable que Gauche ait entendu parler du plan d’embuscade par le roi de Gabi, qu’il servait. Il pensa alors qu’avec son habileté au tir à l’arc, il pourrait à tous les coups tuer Fuuga… S’il s’agissait bien de Gauche agissant de sa propre initiative, cela expliquerait pourquoi il n’avait emmené personne. Connaissant sa personnalité, il aurait pensé qu’un grand groupe augmentait le risque qu’il soit retrouvé, et ils ne feraient que se mettre en travers de son chemin. »

Hashim soupira alors que la mâchoire de Mathew s’ouvrait.

« Et donc, » continua Hashim, « la raison pour laquelle il ne s’est pas enfui après avoir raté son premier tir est qu’il savait qu’il en aurait plusieurs autres alors que Fuuga se rapprochait de sa position. Il n’avait besoin que de l’un d’eux pour frapper, et était donc certain de pouvoir tuer Fuuga. C’est à quel point il surestimait ses propres capacités. »

« Ce fou ! » Mathew avait de nouveau frappé la table. « Ce foutu imbécile trop confiant ! »

Hashim regarda son père enragé avec des yeux froids.

C’est toi qui l’as élevé comme ça, pensa-t-il, mais il ne l’avait pas dit à voix haute. Tu as vanté nos capacités bien plus que nous ne le méritions afin de nous faire connaître à l’étranger. C’est ce qui rends Nata et Gauche arrogants, et ils en vinrent à mépriser ceux qui n’ont pas de talent. Ils étaient particulièrement durs envers Ichiha et nos sœurs les détestaient.

Nata et Gauche avaient rabaissé et tourmenté Ichiha, car, à l’époque, on le croyait sans mérite. Leur sœur cadette, Mutsumi, avait pris sa défense, mais Hashim s’était désintéressé de leurs querelles. Plus tard, quand Ichiha développa un talent inhabituel dans le royaume de Friedonia, Mathew et les autres dirigeants de l’Union avaient profondément regretté de l’avoir laissé partir.

Si nous considérons cet outrage le plus récent, je pense qu’il est clair de voir qui était vraiment le sans talent, pensait Hashim alors que Mathew levait soudainement les yeux, comme s’il réalisait quelque chose.

« C’est mauvais. La colère de Fuuga se tournera vers nous et le Royaume de Gabi. Nous ne pouvons pas nous permettre de rester assis. Nous devons unir la faction anti-Fuuga avant qu’il ne passe à l’action ! » dit Mathew en se précipitant hors du bureau.

Avec un air froid sur son visage, Hashim renifla en regardant Mathew partir.

« Je l’ai mis en garde contre une action imprudente, mais il s’en va et s’embarrasse comme ça, trop confiant dans ses propres capacités. » Croisant les bras, Hashim se caressa le menton en y réfléchissant. « Pourtant, ce Fuuga Haan… Il a réussi à échapper à Gauche, n’est-ce pas ? Peu importe à quel point un homme est excellent, sans l’amour du ciel, il disparaîtra trop facilement. Je suppose que cela signifie qu’il a l’étoffe d’un grand homme, aimé des cieux. Dans quel cas… »

Hashim eut un sourire narquois.

☆☆☆

Chapitre 3 : Les nations hésitantes

Partie 1

La tentative ratée d’assassinat de Fuuga avait brisé l’Union des Nations de l’Est. Bien qu’il y ait eu des signes avant-coureurs, l’assassinat raté avait rendu les forces anti-Fuuga plus proactives, ce qui avait entraîné une division claire en deux camps. En termes de nombre de personnes, il n’y avait pratiquement aucune différence numérique entre les factions pro et anti-Fuuga. Cependant, si l’on considère le nombre d’États, la faction anti-Fuuga comptait presque deux fois plus de nations. Cela s’expliquait par le fait que même si un individu soutenait Fuuga, si les dirigeants de l’État auquel il appartenait faisaient partie de la faction anti-Fuuga, ils étaient obligés d’être également anti-Fuuga. En fait, plus le peuple d’un état était pro-Fuuga, plus ses dirigeants étaient susceptibles de rejoindre la faction anti-Fuuga. Ils détestaient que leur propre pouvoir diminue et que cela affecte leur capacité à gouverner.

Tout cela signifiait que les dirigeants des pays qui avaient confiance dans la puissance de leur armée et de leur nation avaient tendance à s’opposer à Fuuga, alimentant ainsi la croissance de la faction anti-Fuuga. La faction anti-Fuuga avait trois leaders : le roi Shamour Sharn du royaume de Sharn, la plus grande nation de l’Union des Nations de l’Est, Mathew Chima du duché de Chima, et Bito Gabi du royaume de Gabi.

Shamour, en particulier, était bien conscient que son pays était le plus puissant de l’Union des Nations de l’Est, et il ne pouvait pas laisser perdurer une situation où seuls les accomplissements de Fuuga étaient reconnus. Ce n’était pas seulement la décision de Shamour, mais aussi la volonté du peuple du royaume de Sharn. Le peuple de Sharn se considérait comme le centre de l’Union des Nations de l’Est. Ils n’étaient pas heureux de voir les forces de la faction Fuuga réussir, et ils avaient soutenu le roi Shamour dans son opposition à ces forces. Même si Shamour n’avait pas eu l’intention de s’opposer à Fuuga, les gens en dessous de lui auraient pu le forcer à le faire de toute façon.

Le duc Chima et le roi Gabi, d’autre part, avaient pris des mesures proactives en raison de leur lien avec Gauche Chima, l’homme qui avait tenté d’assassiner Fuuga. Mathew était le père de Gauche, tandis que Bito était le maître que Gauche avait servi. Ils avaient tous deux été supposés avoir été impliqués dans le complot. En ce qui concerne cette affaire, chacun avait publié une déclaration disant, « Gauche a agi seul. Il n’a pas reçu d’ordre d’agir. » C’était partiellement vrai, car Gauche avait pris de l’avance sur le plan, mais maintenant que Fuuga avait déterminé qu’ils étaient ses ennemis, la vérité de la question n’était plus un problème.

Une fois la confrontation avec Fuuga inévitable, Mathew avait agi de manière proactive, utilisant son réseau de relations diplomatiques pour développer et unir la faction anti-Fuuga. Cependant, dans une tournure d’événements surprenante, de tous les pays où les enfants de Mathew étaient allés servir, les seuls qui avaient ouvertement rejoint la faction anti-Fuuga étaient le royaume de Shamour, où son deuxième fils Nata servait, et le royaume de Gabi, où son troisième fils Gauche servait.

 

◇ ◇ ◇

Au sud de l’Union des nations de l’Est, près de la frontière avec le Royaume de Friedonia, se trouvait un petit État connu sous le nom de royaume de Roth.

Dans un château de la capitale de Roth, le roi Heinrant Roth caressait sa barbe blanche alors qu’il tenait une réunion avec le roi Lombard Remus, le jeune monarque du royaume voisin de Remus. Heinrant était d’un tempérament doux, tandis que Lombard était jeune et plein de promesses pour l’avenir.

Deux filles avaient rejoint les rois à la table. Hormis le fait qu’elles attachaient leurs cheveux sur des côtés opposés, les filles étaient presque identiques. À côté de Lombard se trouvait Yomi. Elle était un excellent mage, et une fille lettrée avec une abondance de connaissances. Du côté d’Heinrant se trouvait Sami. Comme sa sœur aînée, elle était également une excellente mage et une amoureuse des livres, et elle excellait également en arithmétique.

Ces sœurs jumelles avaient été gagnées par Lombard et Heinrant lors de la cérémonie de remise des prix. L’aînée des deux, Yomi, avait reçu une proposition de Lombard peu après avoir offert ses services au royaume de Remus. Bien qu’elles ne se soient pas encore mariées, elle était sa fiancée. Le roi Heinrant, quant à lui, s’était pris d’affection pour la jeune sœur, Sami, et l’avait adoptée comme sa fille. Aujourd’hui, ils étaient tous les quatre assis autour d’une table, discutant de ce qu’ils allaient faire à l’avenir.

« Mais est-ce vraiment bien ? » commença Lombard. « Le duc Chima est dans la faction anti-Fuuga, non ? Ne devrions-nous pas nous ranger de son côté… ? »

« « Absolument pas, » » Yomi et Sami l’avaient dit à l’unisson, ce qui avait fait écarquiller les yeux d’Heinrant, surpris.

« C’est votre père, n’est-ce pas ? Vous n’êtes pas en conflit à ce sujet ? »

« « Nous nous sentons en conflit. Mais la réponse est toujours non, » » Yomi et Sami avaient parlé comme un seul homme, leurs visages sérieux.

« J’ai reçu une lettre de Grand Frère Hashim. »

« Elle disait : "Tu n’as pas besoin de suivre les souhaits de ton père." Et… »

Puis, parlant à nouveau à l’unisson, elles avaient dit : « « Rejoignez la faction de Fuuga si vous le pouvez, mais sinon, restez au moins neutre. » »

« Quoi !? Alors, Sire Hashim soutient Sire Fuuga !? » dit Lombard avec surprise, mais il secoua rapidement la tête. « Non, mais Sire Hashim est le fils aîné du duc Chima. Il doit travailler avec lui en ce moment même. Je ne peux pas croire qu’il nous dise de rejoindre le seigneur Fuuga malgré cela. »

« Se pourrait-il que Sire Hashim ait un plan en tête ? » demanda Heinrant, mais Yomi et Sami secouèrent simultanément la tête.

« « Nous ne savons pas. » »

« Le grand frère Hashim est le plus prudent de tous les frères et sœurs. »

« On ne peut pas prédire ce qu’il pense. C’est ce qui le rend si effrayant. »

Les regards de Yomi et Sami avaient indiqué à Lombard et Heinrant que leur frère Hashim n’était pas un personnage ordinaire. À la lumière de cette connaissance, Heinrant avait demandé, « Mais Sire Fuuga a tué votre frère, Gauche. Ne le détestez-vous pas ? »

« « Ne vous inquiétez pas de nos sentiments. Nous n’étions pas si proches, » » Yomi et Sami l’avaient encore dit à l’unisson.

« Grand frère Nata et Grand frère Gauche étaient fiers de leur force. Ils nous regardaient de haut parce que nous étions des rats de bibliothèque. »

« Ils m’ont dit que les maths étaient un hobby déprimant. »

« Ils ont été particulièrement durs avec notre plus jeune frère, Ichiha. Nous ne voulions pas être impliqués, alors nous sommes restées en dehors de ça. »

« Mutsumi le défendait toujours. J’aime bien Mutsumi. »

« Le Seigneur Ichiha qui est allé au Royaume de Friedonia, hein… ? » dit Lombard avec un soupir.

L’Union des Nations de l’Est avait été informée des réalisations d’Ichiha au Royaume de Friedonia. Il avait écrit l’Encyclopédie des Monstres avec le Premier ministre à la robe noire, se distinguant ainsi comme le plus grand expert dans l’étude des monstres. Grâce à Ichiha, ils étaient devenus plus efficaces dans la collecte et l’utilisation des parties de monstres, ce qui avait produit une richesse inestimable pour le Royaume. Mais ce n’était que des rumeurs, alors tout cela pouvait être quelque peu exagéré. Le fait qu’Ichiha, autrefois connu comme le seul membre de la fratrie Chima sans aucun talent, ait subi une transformation aussi radicale avait dû consterner toutes les élites qui avaient assisté à la cérémonie de remise des prix ce jour-là.

« C’est une honte d’avoir laissé filer une ressource aussi précieuse…, » se lamenta Lombard.

« On dit que c’est la jeune sœur du Roi Souma qui l’a recommandé. Nous devrions louer sa perspicacité. »

« Je suppose qu’elle fait honneur à son autre nom, la princesse Loup Sage. »

Quand elles avaient entendu les deux rois parler de cela, les sœurs avaient gonflé leurs joues.

« Lord Lom, regrettes-tu de m’avoir choisie ? »

« Père, aurais-tu préféré adopter Ichiha ? »

Voyant la colère des filles, Lombard et Heinrant avaient tous deux souri ironiquement.

« Bien sûr que non. Je ne pourrais pas m’imaginer épouser quelqu’un d’autre que toi, Yomi. Même si j’avais la possibilité de choisir à nouveau, je suis sûr que c’est toi que je choisirais, » dit Lombard en passant son bras autour de son épaule.

« Je ressens la même chose, Sami. Avoir une fille comme toi, à mon âge, c’est le plus grand bonheur que j’aie jamais connu, » dit Heinrant en la tapotant sur la tête.

Yomi et Sami avaient pris des airs satisfaits, comme des chatons qui venaient de se faire gratter sous le menton. Elles s’étaient toutes détendues pendant un petit moment avant que Lombard ne retrouve sa détermination et dise. « Si tu peux l’accepter, Yomi, je voudrais me ranger du côté de Sire Fuuga. C’est un homme d’un calibre rare. J’aspire à lui ressembler, non pas en tant que roi, mais en tant que guerrier. J’aimerais me battre à ses côtés. »

« Je l’accepte. Fais ce qui te semble juste, Lord Lom. »

Lombard acquiesça et déclara. « Merci. »

Pendant ce temps, Heinrant avait déclaré. « Je pense… Je vais rester neutre. Nous avons des relations avec de nombreux états et maisons qui appartiennent à la faction anti-Fuuga. Je n’ai moi-même pas l’intention de m’opposer à lui, mais je ne peux pas les attaquer. Ha ha ha… Je dois me faire vieux. Si j’avais seulement dix ans de moins, j’aurais peut-être été capable de prendre une décision comme la vôtre, Sire Lombard… »

Alors qu’il laissait échapper un rire d’autodérision, Sami avait pris ses mains dans les siennes.

« Je pense que c’est bien. J’aime ce côté de toi, mon père. »

« Parce qu’il est si différent de notre vrai père ? » avait demandé Yomi sur un ton taquin, et Sami avait ri.

« Tu as bien compris. »

Ainsi, le royaume de Roth avait choisi de rester neutre, et le royaume de Remus se rangea du côté de Malmkhitan. Mathew était intensément déçu de constater que, bien qu’il ait envoyé ses filles servir là-bas, il n’avait pas pu en faire des alliées. Alors que le nombre d’États de la faction anti-Fuuga augmentait, les refus répétés de sa propre famille avaient fait ressentir au duc Chima un sentiment d’urgence, et il avait même envoyé une lettre à son cadet, Ichiha.

Cependant, Ichiha n’était pas le seul enfant à être passé de l’Union des Nations de l’Est au Royaume. La jeune sœur de Fuuga, Yuriga, y séjournait également en tant qu’étudiante internationale. Et Fuuga lui avait aussi envoyé une lettre.

☆☆☆

Partie 2

Le temps était instable depuis quelques jours. J’étais dans le bureau des affaires gouvernementales avec Liscia et Hakuya lorsque nous avions fait venir les trois enfants, Tomoe, Yuriga et Ichiha. Une fois qu’ils étaient arrivés, j’avais informé Yuriga et Ichiha qu’ils avaient reçu des lettres de leurs maisons.

D’abord, dans la lettre de Fuuga à Yuriga il était dit :

« Le troisième fils du Duc Chima, Gauche, est venu pour prendre ma vie, et je l’ai tué. »

Il était direct et précis. De plus, il avait également écrit :

« Dans un avenir proche, je vais lever des troupes pour vaincre le Royaume de Gabi et le Duché de Chima qui ont tenté de me tuer. Les choses dans l’Union des Nations de l’Est sont sur le point de devenir violentes, alors ne rentre pas chez toi. Parle à Souma et demande-lui de te protéger de tout élément anti-Fuuga à l’intérieur du Royaume qui pourrait te prendre en otage. »

Après avoir lu la lettre, j’avais soupiré et regardé Yuriga.

« C’est tellement le genre de Fuuga de n’écrire que les faits, et sur son souci de ton bien-être. Normalement, tu t’attendrais à ce qu’il te demande d’enquêter pour savoir si j’allais intervenir ou non. »

« Il n’écrirait jamais quelque chose comme ça dans une lettre que vous êtes clairement destiné à lire… » répondit Yuriga. « Si vous aviez l’intention d’agir, j’avais l’intention de lui envoyer le message subtilement — d’une manière que vous ne remarqueriez pas. Je suis sûre que mon frère comptait là-dessus quand il a envoyé ce genre de lettre inoffensive. »

« Tu sais, je crois que cette fille me plaît, » dit Liscia, apparemment impressionnée par la franchise de Yuriga.

Elles avaient des personnalités similaires, donc elle avait dû ressentir une certaine sympathie pour Yuriga. Si leurs positions étaient inversées, Liscia aurait probablement fait les mêmes choses.

« Un message subtil ? Allais-tu envoyer à ton frère un sac de haricots noué par les deux bouts ? »

« Hein ? Qu’est-ce que ça veut dire ? »

« Oh, rien. Je me parle à moi-même… »

Une légende raconte qu’avant la bataille de Kanegasaki, la petite sœur de Nobunaga, Oichi, lui avait envoyé un sac de haricots rouges noués aux deux extrémités pour l’informer subtilement que la maison d’Azai, dans laquelle elle s’était mariée, avait l’intention de le trahir. Eh bien, dans ce monde, il n’y avait pas la bataille d’Azukizaka, à laquelle le sac de haricots rouges faisait allusion, donc il n’y avait aucune chance qu’elle le fasse. De plus, si Yuriga était Oichi dans cette analogie, alors en tant que personnes qui s’accrochaient à elle, nous finirions par être détruits…

Pour en revenir au sujet, j’avais lu la lettre de Mathew à Ichiha. Elle disait :

« La tentative d’assassinat de Fuuga a été faite par Gauche qui a agi tout seul. Fuuga a commencé à faire des démarches pour utiliser la tentative d’assassinat comme un prétexte pour purger les éléments anti-Fuuga dans l’Union des Nations de l’Est. Cet homme révèle enfin ses ambitions cachées. Nous allons unir la faction anti-Fuuga autour du Royaume de Sharn, la plus grande nation de l’Union, et abattre les ambitions de Fuuga avant qu’elles ne nous engloutissent entièrement. Nos forces sont maintenant trois fois supérieures à celles de Fuuga. »

C’était probablement une exagération, mais il avait augmenté considérablement le nombre d’alliés de son côté. Cela montrait juste combien de souverains se sentaient menacés et offensés par Fuuga.

Et à la fin de sa lettre, il était dit :

« Une fois que l’ambition de Fuuga aura couvert l’ensemble de l’Union, il tournera sans doute ses crocs vers le Royaume de Friedonia. C’est dire à quel point il est un homme dangereux. Lorsque nous aurons éradiqué la faction Fuuga de l’Union, nous souhaiterions former une alliance cordiale avec le Royaume. »

En gros, il disait, je suppose : « Nous serions ravis que vous vous joigniez à nous, mais ne vous mettez pas du côté de Fuuga ». J’étais d’accord pour dire que les ambitions de Fuuga ne s’arrêteraient pas à l’unification de l’Union, mais quand même…

« Il t’a écrit cette lettre, n’est-ce pas ? N’est-il pas inquiet pour son fils ? »

« C’est comme ça que mon père est… » dit Ichiha avec un soupir.

Hakuya avait pris les deux lettres.

« Entre ces deux éléments et les informations que nous avons recueillies nous-mêmes, je peux plus ou moins voir ce qui s’est passé. Très probablement, le duc Chima et le roi Shamour travaillaient secrètement pour rassembler la faction anti-Fuuga contre Fuuga. Toutefois, le troisième fils du duc Chima, Gauche, était trop avide de gloire, et a agi seul dans une tentative ratée d’assassiner Fuuga. Au lieu de cela, il a été tué. Fuuga décida de se venger de la faction anti-Fuuga, forçant le Duc Chima à accélérer ses plans… »

« Tu as probablement raison, » avais-je convenu. Les choses allaient plus vite que je ne l’avais prévu, et cela me donnait mal à la tête. Ce gars Gauche avait vraiment fait avancer l’horloge de cette ère d’une manière importante.

Les deux destinataires de la lettre n’avaient pas répondu. Ils étaient restés silencieux, absorbant l’information.

« Yuriga, Ichiha… » Tomoe les avait regardés tous les deux, les yeux pleins d’inquiétude.

En parlant de maux de tête, j’avais dû réfléchir à la façon dont cela allait affecter la relation entre ces deux-là.

Le frère de Yuriga avait tué le frère d’Ichiha. Mais cela avait été provoqué par la tentative de Gauche d’assassiner Fuuga, et contrairement à mes attentes, le père d’Ichiha, le Duc de Chima, était impliqué. En plus de cela, la personne qu’Ichiha aimait le plus, sa grande sœur Mutsumi, était la femme de Fuuga. Si elle ne l’avait pas encore quitté, cela signifiait que Mutsumi soutenait Fuuga.

Collectivement, la situation était un vrai désordre… Avec toutes les relations familiales et hostiles qui s’entrecroisaient, ils ne devaient pas savoir comment agir les uns envers les autres.

« Aussi longtemps que vous serez dans ce pays, je garantirai votre sécurité à tous les deux, » avais-je dit, rompant la tension.

Ils m’avaient tous deux regardé avec surprise.

« Il a déjà été décidé qu’Ichiha servirait ici. Quant à Yuriga, elle nous a été confiée par Fuuga. C’est pourquoi je veux que votre sécurité soit notre priorité absolue, » avais-je dit. « Avec cela en tête, je veux entendre vos pensées à tous les deux. Avez-vous de l’hostilité ou du ressentiment l’un envers l’autre ? »

« Je… » Ichiha avait été le premier à parler. « … n’en veux pas à Fuuga. Gauche ne m’a jamais bien traité… Quand vous m’avez dit qu’il était mort, j’ai senti que ça n’avait rien à voir avec moi. Si quoi que ce soit, j’en veux plus à mon père. La façon dont il n’a pas hésité à attaquer l’homme que la Grande Soeur Mutsumi a épousé… C’est juste horrible. »

« Je vois… Et toi, Yuriga ? »

« Je ne peux pas pardonner à ce Gauche ou au Duc de Chima d’avoir essayé d’assassiner mon frère, » dit-elle en croisant les bras et en regardant ailleurs. « Mais je ne ressens rien envers Ichiha. Mon frère s’en est bien sorti, et la Grande Sœur Mutsumi, qui aime bien Ichiha, est toujours du côté de mon frère. S’il dit qu’il n’en veut pas à mon frère d’avoir tué Gauche, alors je ne vais rien dire à ce sujet. »

Bien qu’elle l’ait dit de cette façon, j’avais eu l’impression de détecter un soupçon d’entêtement.

« Liscia. Comment interpréterais-tu ce que Yuriga vient de dire ? »

« “Je ne savais pas comment agir envers Ichiha après avoir entendu que mon frère avait tué le sien. Je suis soulagé d’entendre qu’il n’est pas rancunier…” Ça me semble correct. »

Cela avait fait mouche, et Yuriga avait rougi. « H-Hey ! »

Bien joué, Liscia, avais-je pensé. Tu la comprends parce que vous êtes si semblables.

« Dieu merci… »

Tomoe, qui avait observé tranquillement le déroulement des événements, s’était mise à pleurer. Elle avait dû s’inquiéter pour ses deux amis proches pendant tout ce temps.

« Je suis si heureuse, » dit-elle entre deux sanglots, « vous ne vous détestez pas… »

« Je ne vais pas finir par vous détester tous les deux ! » avait balbutié Yuriga.

« Oui, » Ichiha s’était aussi inquiété. « Tout va bien se passer, alors s’il te plaît, ne pleure pas. »

 

 

Yuriga et Ichiha avaient paniqué en essayant de consoler Tomoe qui pleurait. Tomoe avait vraiment eu la chance d’avoir de si bons amis.

Alors que j’étais occupé à être heureux pour elle en tant que membre de sa famille, Hakuya avait dit : « Maintenant, Sire. Que voulez-vous faire à ce sujet ? »

« Qu’est-ce que je veux faire ? Nous allons nous en tenir à notre politique initiale et ne pas nous impliquer. »

Non, je suppose que ça ne suffira pas, hein ?

« Cependant, le complot d’assassinat qui a été la cause de tout cela. C’était un acte de terrorisme, et il doit être décrié. Je veux faire une déclaration disant que nous ne pouvons pas accepter des changements du statu quo provoqués par le terrorisme. »

« Est-ce que ça va ? N’allez-vous pas passer pour un pro-Fuuga ? » demande Liscia, l’air inquiet, mais je secouais la tête.

« Nous devons le faire. Parce que cet incident a commencé par un acte de terrorisme, que le duc de Chima et son peuple aient voulu que cela se produise ou non, nous ne pouvons pas justifier les actions de Gauche. Que Fuuga gagne ou perde finalement, cela reste inchangé. »

Si je devais plier mes principes sur ce point par crainte de Fuuga, cela aurait un effet durable sur ma capacité à gouverner.

« C’est comme ça, Ichiha. Es-tu d’accord avec ça ? »

« Ah ! Oui. Je ne peux pas non plus approuver ce que le grand frère Gauche a fait. »

Avec Ichiha à bord, nous avions procédé comme nous l’avions prévu. Mais si… un jour, le Royaume de Friedonia était détruit par Fuuga, je pourrais regretter cette décision. Je pourrais penser, « Si seulement je m’étais allié avec le Duc de Chima et les autres pour le détruire… » Mais ce n’était qu’une possibilité parmi tant d’autres.

Vu du passé, l’avenir est toujours une série de coïncidences.

Vu de l’avenir, le passé a toujours l’air d’être inévitable.

Alors qu’en est-il du présent ?

Pour cela… nous devions juste avoir confiance en nos propres choix.

☆☆☆

Chapitre 4 : Une famille divisée

Partie 1

Le Royaume de Friedonia avait publié une déclaration dénonçant la tentative d’assassinat. Cela avait provoqué un énorme choc dans l’Union des Nations de l’Est.

Les partisans de Fuuga avaient clamé haut et fort que « le royaume de Friedonia a reconnu la légitimité de nos revendications » et avaient ajouté que « le roi Souma est notre allié ».

En réponse à cela, les pays de la faction anti-Fuuga avaient déclaré : « Le Roi Souma dénonce la tentative d’assassinat, mais n’a pas déclaré son soutien à l’un ou l’autre camp » et « Le Royaume de Friedonia reste neutre. »

De ces deux affirmations, celle de la faction anti-Fuuga était plus proche de la vérité. Il est vrai que la déclaration de Souma ne soutenait directement aucune des deux factions. Cependant, les affirmations de la faction pro-Fuuga avaient un effet plus important.

Entre « Souma est pro-Fuuga ! » et « Souma ne soutient pas nécessairement Fuuga ! » Si l’on regarde laquelle de ces affirmations est la plus puissante, c’est évidemment la première. Même si l’interprétation est exagérée, ils l’ont déclaré de manière sûre, ce qui permet de toucher facilement les gens.

La dernière affirmation, « Souma ne soutient pas nécessairement Fuuga ! », laisse les intentions de Souma dans le flou. C’est parce qu’ils ne pouvaient pas dire, « Souma ne soutient pas Fuuga. » ou « Souma est anti-Fuuga. »

Le résultat était quelque chose que Souma avait prédit. La phrase de Machiavel, « Si vous choisissez de rester neutre, vous échouerez la plupart du temps, » lui était restée en tête, aussi avait-il hésité à rester neutre face à Fuuga. C’est pourquoi il avait choisi une méthode qui donnait indirectement l’impression qu’il soutenait Fuuga. Mais Souma se méfiait toujours de lui.

Dans le même temps, il envoya une lettre à Julius qui, en raison de l’alliance du Royaume de Lastania avec le Royaume des Chevaliers-Dragons de Nothung, était obligé de rester neutre. Elle disait : « Si cela devient nécessaire, notre pays vous abritera, alors fuyez vers le Royaume de Friedonia avec la Princesse Tia et tous les autres. »

Hakuya, le Premier ministre à la robe noire, avait mis en garde contre les dangers d’accueillir un ancien ennemi comme Julius, mais c’était strictement un avertissement. Il n’avait jamais pensé que Souma ferait quelque chose qui attristerait Roroa comme le ferait l’abandon de Julius et de la princesse Tia. Hakuya était persuadé que tant que Julius s’occuperait de la princesse Tia, il ne redeviendrait pas ambitieux, mais il devait soulever la plainte pour que Souma garde toujours cette possibilité dans un coin de sa tête.

La publication d’une déclaration dénonçant la tentative d’assassinat avait également fait stagner les tentatives du duc Chima et de la faction anti-Fuuga de recruter des États neutres à leur cause. Si, au final, la faction anti-Fuuga était devenue trois fois plus importante que la faction pro-Fuuga, elle n’avait pas été en mesure de rassembler d’autres alliés. Les actions du Royaume de Friedonia étaient plus que suffisantes pour décevoir Mathew.

Mathew était au château de Wedan, dans le duché de Chima, en train de se plaindre à son fils aîné Hashim.

« Le roi Souma n’avait pas à faire ça. S’il n’avait pas l’intention de prendre parti pour l’un de nous, il aurait dû se taire. Je ne m’attendais pas à ce qu’il nous dénonce. »

« Calmez-vous, père, » dit Hashim à Mathew en ronchonnant. « Le royaume de Friedonia ne devait pas être intéressé par une intervention dans le conflit depuis le début. Il est important que nous ayons pu confirmer que le roi Souma n’enverra pas de renforts à Fuuga et restera en dehors de ce combat. »

« Eh bien, oui, mais… » Mathew ne semblait toujours pas convaincu. « De tous les enfants que j’ai envoyé à l’étranger, les seuls à rejoindre la faction anti-Fuuga étaient Nata dans le Royaume de Sharn, et Gauche qui est allé au Royaume de Gabi. Les autres sont tous soit pro-Fuuga ou neutre. Pourquoi ai-je envoyé mes enfants à l’étranger ? »

« Les actions irréfléchies de Gauche ont attiré des regards sévères sur l’ensemble de la Maison de Chima… Toutefois, bien que l’état où nous l’avons envoyé a rejoint la faction Fuuga, Nike nous est revenu, » déclara Hashim dans une tentative d’apaiser Mathew.

Il est vrai que le quatrième fils de Mathew, le beau garçon qui était un maître de la lance, Nike, avait été renvoyé du pays où il avait été envoyé quand ils avaient rejoint la faction Fuuga. Ils avaient dû avoir peur d’abriter un parent de Gauche, même s’il était aussi un parent de la femme de Fuuga, Mutsumi.

« Un seul guerrier puissant qui nous revient n’aura pas un grand effet sur le tableau d’ensemble, » déclara Mathew, en affaissant ses épaules et en posant les deux mains sur son bureau. « Nos négociations ont augmenté le nombre de pays de la faction anti-Fuuga. Cependant, cela ne signifie pas que tous leurs peuples sont maintenant opposés à Fuuga. Il y aura ceux qui iront rejoindre les partisans de Fuuga, et d’autres qui détourneront des fournitures vers eux à tous les niveaux de la société. Même si nous nous y opposons, ils risqueront leur vie pour le rejoindre. C’est comme traiter avec des fanatiques. Fuuga est pratiquement le fondateur d’une nouvelle religion appelée le Fuugaisme. »

« Cela doit être le potentiel de Fuuga Haan, » dit Hashim après une pause. Mathew avait reniflé.

« C’est une abomination. Dans l’état actuel des choses, nous ne pouvons pas utiliser notre nombre pour l’encercler stratégiquement jusqu’à ce qu’il soit à court de provisions. Plus nous prenons de temps, plus de pays changeront de camp pour rejoindre la faction pro-Fuuga… Il semble que nous n’ayons vraiment pas d’autre choix que de mettre fin à tout cela dans une bataille décisive. »

Mathew s’était redressé et s’était dirigé vers la porte.

« Heureusement, nous avons un avantage numérique écrasant. Maintenant, il s’agit simplement de savoir comment nous invitons Fuuga sur le champ de bataille. Ce serait une nuisance s’il se terrait à l’intérieur du château et nous forçait à livrer une bataille d’usure… » marmonna-t-il en quittant le bureau.

Hashim laissa échapper un soupir exaspéré en regardant Mathew partir. Puis, une fois son père parti, un jeune homme svelte et séduisant entra pour prendre sa place.

« Nike ? »

« Frère. Je suis passé à côté de Père qui marmonnait tout seul dans le hall, » dit le quatrième fils de la Maison de Chima à Hashim, en appuyant sa lance contre son épaule. « Il semble plutôt agité. »

« Il l’est. L’excès de zèle de Gauche a dû gâcher tous ses plans. »

« Et pourtant… as-tu toujours l’intention de le suivre quand il agit comme ça ? » demanda Nike, la suspicion dans les yeux.

« Que veux-tu dire… ? »

« Ce que je veux dire, c’est que jouer à un tel jeu ne te convient pas. Le frère que je connais n’accepte pas les paris perdants, ni même les paris à chances égales. »

Hashim avait haussé les épaules à ce sujet.

« Qui peut le dire ? N’es-tu pas comme moi ? » répondit Hashim en regardant Nike droit dans les yeux. « Bien que, même si tu as été renvoyé par ton maître, je m’attendais à ce que tu ailles plutôt voir Mutsumi. Tu l’aimes plus que Père, n’est-ce pas ? »

Cette fois, c’est au tour de Nike de hausser les épaules. « Eh bien, oui, mais… J’avais mes propres raisons de venir. Je suis ici de mon plein gré, d’accord ? »

Hashim avait regardé Nike pendant un moment, mais Nike avait toujours été distant, et Hashim ne pouvait pas lire dans ses pensées. Il serait plus juste de dire que Nike ne lui permettait pas de le faire. Hashim avait abandonné.

« Cela me convient… Comme je l’ai écrit dans ma lettre, tant que tu t’abstiens de toute action irréfléchie. »

« Je comprends, mon frère. Je vais y aller maintenant, » répondit Nike et quitta le bureau. En traversant les couloirs du château de Wedan, Nike avait soupiré. Il avait senti quelque chose d’inquiétant chez Hashim. Notre frère a quelque chose en tête… Grande soeur Mutsumi.

Comme l’avait dit Hashim, Mutsumi était la seule personne de la maison Chima avec laquelle Nike avait des affinités. Jusqu’à ce qu’Ichiha soit né et qu’il soit considéré comme le sans talent, c’était Nike qui avait été la cible de l’intimidation de Nata et Gauche. Mutsumi était la seule à le protéger alors.

Avec le temps, lorsque Nike avait découvert son don pour la lance et que ses capacités avaient augmenté, Nata et Gauche avaient cessé de s’occuper de lui. Au lieu de cela, ils étaient passés à tourmenter Ichiha. C’est pourquoi Nike n’avait aucun attachement à la Maison de Chima. S’il est revenu ici, c’est à cause d’une demande de Mutsumi. Une requête qu’elle avait gardée secrète, même pour son mari bien-aimé Fuuga. Notre maison est vraiment divisée, hein… ?

Mathew et les huit frères et sœurs agissaient chacun à leur propre fin. Leurs cœurs étaient si éloignés qu’ils devaient chacun prendre leurs propres décisions. Un des résultats de cela avait été la tentative de Gauche d’assassiner Fuuga. Même leur plus jeune frère, Ichiha, avait trouvé une place pour lui-même dans le Royaume de Friedonia où il prenait de l’importance.

Je suis heureux qu’Ichiha soit allé au Royaume. Mutsumi aurait été dévastée s’il avait été pris dans tout ça. De tous ses frères et sœurs, en un sens, Mutsumi était la seule qui avait essayé de rester en contact avec lui. Nike voulait au moins respecter ces sentiments.

☆☆☆

Partie 2

Les états anti-Fuuga à l’est de l’Union des Nations de l’Est avaient été les premiers à se soulever. La force principale que Fuuga dirigeait pour reprendre le Domaine du Seigneur-Démon était au nord de l’Union des Nations de l’Est. Ils formaient un coin qui séparait cette force principale de la base de Fuuga à Malmkhitan. Fuuga avait laissé la moitié de ses soldats d’élite derrière lui pour défendre son pays natal. La faction anti-Fuuga pensait qu’en empêchant ces élites de rejoindre la force principale, elle réduirait la force des armes de Fuuga.

En outre, le planificateur opérationnel de la faction anti-Fuuga, Mathew Chima, avait étudié de près la guerre Elfriedenian-Amidonian de 1546.

Le roi (alors provisoire) d’Elfrieden, Souma Kazuya, avait fait mine d’attaquer la capitale de la Principauté, Van. Cela lui avait permis d’attirer les forces de la Principauté dirigées par le prince souverain Gaius VIII sur un champ de bataille favorable où il les avait détruites. Mathew avait décidé d’utiliser ces événements comme référence. En utilisant la patrie de Fuuga, les steppes, comme appât, il empêcherait Fuuga de s’installer pour un siège, et réglerait plutôt les choses par une bataille courte et décisive sur un terrain favorable alors qu’ils avaient encore l’avantage numérique.

Les partisans de Fuuga étant répartis dans tous les pays, il leur était impossible d’encercler la compagnie de Fuuga et de couper son approvisionnement. Et plus ils mettaient de temps, plus de nations passeraient du côté de Fuuga. Cela exigeait une victoire rapide et décisive dans la bataille. En fait, Mathew avait déjà reçu des rapports indiquant que les forces de Fuuga marchaient vers Malmkhitan. Avec le Royaume de Sharn en leur centre, les forces de la faction anti-Fuuga s’étaient dirigées vers la région productrice de céréales, les Plaines de Sebal, où elles avaient établi leur ligne défensive. Cette région faisait partie du Royaume de Gabi.

C’était comme si un tigre se dirigeait vers de nombreuses couches de pièges.

À l’approche de l’affrontement final avec Fuuga, à l’intérieur du château de Gabi, qui dominait les plaines de Sebal, Mathew se trouvait dans la chambre qui lui avait été attribuée, prenant un verre seul. Pendant qu’il le faisait, son quatrième fils, Nike, était venu lui rendre visite.

Quand Nike était entré et avait vu le verre dans la main de Mathew, il avait froncé les sourcils. « Père… Est-ce vraiment le moment de boire ? »

« C’est exactement le moment de boire. J’ai déjà fait tout ce que je pouvais. Maintenant, nous attendons simplement de voir de quel côté les cieux sont favorables. Si tout ce que je fais est d’attendre, quoi de mieux qu’un verre ? »

Le calme dans la voix de Mathew avait mis Nike mal à l’aise, et il avait inconsciemment serré les poings. Mathew avait semblé souffrir d’intenses changements d’humeur ces derniers temps, mais maintenant il semblait terriblement calme. Nike avait pensé qu’il montrerait plus d’excitation ou d’inquiétude avant le combat contre Fuuga. Il n’avait pas non plus l’impression d’utiliser l’alcool comme échappatoire.

« La bataille contre Fuuga… avec le mari de Mutsumi est presque sur nous. Ça ne te fait rien ? » Nike demanda, sa colère transparaissant légèrement dans son ton.

Et pourtant, Mathew n’avait pas sourcillé.

« Il y a longtemps que je n’ai plus d’hésitation, » dit Mathew d’un ton détendu en regardant son verre de vin rouge. « Regarde l’histoire de notre pays, de notre maison. Ici, sur cette terre où tant de nations sont nées puis ont péri, comment se fait-il que notre petit État ait maintenu son indépendance en utilisant tous les moyens à sa disposition ? C’était uniquement pour maintenir notre lignée. Afin de maintenir l’indépendance de la Maison Chima, il y a même eu des moments où nous avons dû nous battre contre notre propre famille. Un seul côté devait survivre. »

Mathew avait fait une pause, prenant une autre gorgée de son vin avant de continuer.

« Nous nous battions entre nous, et après la guerre, les vainqueurs plaidaient pour que les perdants soient épargnés. Si cela n’était pas accordé, ils étaient mis de côté… Nous nous tenons au sommet de nombreux sacrifices de ce genre. Toi et moi. »

En entendant les paroles de son père, Nike avait eu l’impression que ses pieds se dérobaient sous lui. Je suis intimidé ? Moi ? Par son père ? Nike était sûr que, sur le plan purement martial, il avait dépassé son père depuis longtemps. En fait, s’ils devaient se battre ici, Nike aurait sûrement gagné. Mathew n’aurait pas eu la moindre chance de gagner. Pourtant, malgré cela, et bien que Mathew n’ait pas particulièrement insisté sur ses paroles, Nike avait été bouleversé par son discours.

« Et maintenant, c’est mon tour de me battre contre ma sœur, dis-tu ? » Nike s’était forcé à demander. Même lui trouvait qu’il avait l’air d’un enfant irascible.

Mathew s’était moqué de lui-même avec mépris. « Après l’imprudence de Gauche, c’est devenu inévitable. »

« Et n’est-ce pas ta faute s’il a agi si imprudemment, père ? »

« Afin de vous répandre dans de nombreux pays, comme moyen de préserver notre lignée, j’ai trop parlé de vos dons. Planter les graines de l’arrogance qui allait le détruire était certainement mon propre échec. »

Tu as l’air si détaché de tout ça, Nike avait failli le dire. Mais il ne l’avait pas fait. Quoi qu’il en soit, Mathew semblait être conscient de ce qu’il disait ici. Grâce à cette conversation avec son père, Nike avait appris que c’était ainsi que leur maison avait préservé leur lignée.

« Si nous gagnons cette bataille, alors même dans le pire des cas, la Maison de Chima ne perdra que Mutsumi, » dit Mathew à Nike, désormais silencieux. « Le royaume de Remus, où Yomi est fiancée au roi, fait partie de la faction Fuuga, mais ils sont loin de la force principale de Fuuga et de Malmkhitan, donc ils se concentreront sur la défense de leurs propres frontières. Ils ne seront pas directement impliqués dans cette guerre. Même Mutsumi, à condition qu’elle ne meure pas au combat, pourrait être en mesure d’être sauvée après la guerre. »

« Cependant, connaissant Mutsumi, je pense qu’elle suivra Fuuga jusqu’au bout… »

« C’est sa décision. Si elle choisit la vie, il y a encore des moyens de la sauver. »

« … »

« À l’inverse, si nous sommes vaincus ici, je suis le seul à devoir mourir. »

« Qu’est-ce que c’est ? » Les yeux de Nike s’écarquillent sous le choc. Mathew, cependant, parlait toujours d’un ton détendu.

« Mets tout le blâme sur moi. Si tu dis que tu n’as fait que suivre mes ordres, je suis sûr que Mutsumi plaidera pour ta vie. Il semble que Hashim soit aussi bien considéré par Fuuga. Je suis sûr qu’il gérera bien la maison de Chima. »

« Père ! Qu’est-ce que tu dis ? Ne tiens-tu pas à ta propre vie !? » Nike avait protesté, et Mathew avait légèrement souri.

« Je fais seulement ce que notre famille fait depuis tout ce temps. Au moins, notre lignée continuera à vivre. »

Une fois qu’il eut dit cela, Mathew vida le reste de son vin.

« Cet homme… va tout entraîner. Il détruira tous les liens que notre maison a créés, nous avalant tout entier. Si jamais nous nous mettons de son côté, la vie de tout notre clan sera entre ses mains. En tant que chef de la maison Chima, je ne pourrais pas le supporter. »

« Père… »

« Si tu y penses, le départ d’Ichiha pour le Royaume a peut-être été une divine providence. Maintenant, peu importe à quel point l’Union des Nations de l’Est devient chaotique, notre sang survivra. »

« La divine providence… ? Ça ne te ressemble pas de dire ça, père. »

Il était censé être plus calculateur. Prévoir toutes les éventualités, faire tout ce qui était nécessaire pour éviter le pire, c’était ainsi que Mathew — la Maison Chima — était censé fonctionner. C’était presque comme si Mathew avait décidé que sa propre mort n’était pas la pire des issues.

« Non, mon père… Ne me dis pas que tu… » Nike avait commencé à le dire, mais n’avait pas terminé. Mathew avait gloussé.

« Tu as peut-être raison. Alors, Nike, mon garçon… Ne gâche pas ta vie. »

« J’aurais aimé que tu me le dises plus tôt, et d’une autre manière…, » Nike s’était tourné pour partir, incapable de faire face à son père plus longtemps. « Grande sœur Mutsumi comprend probablement mieux que quiconque ce que tu ressens, père. C’est pourquoi… Je ne voulais pas que vous finissiez par vous opposer l’un à l’autre. »

« Je vois… »

« Je n’ai pas besoin que tu me dises de ne pas gâcher ma vie. J’agirai… selon ma propre volonté. »

Sur ce, Nike avait pris congé.

Seul dans la pièce une fois de plus, Mathew se versa un nouveau verre et le sirota lentement.

☆☆☆

Chapitre 5 : Bataille des plaines de Sebal

Partie 1

— 15e jour, 6e mois, 1549e année, calendrier continental —

Ce jour-là, une force de 7 000 hommes dirigée par Fuuga était entrée dans les plaines de Sebal — une région céréalière située dans une vallée entourée de montagnes à l'intérieur du royaume de Gabi. Surplombant les plaines se trouvait le château de Gabi, où réside leur roi.

Une fois qu'ils avaient traversé les plaines de Sebal, ils étaient entrés dans une zone qui était un mélange sauvage de groupes pro- et anti-Fuuga. La faction anti-Fuuga n'avait nulle part où rassembler ses troupes, elle voulait donc désespérément forcer Fuuga à une confrontation finale ici. D'autre part, les forces de Fuuga seraient en mesure de rejoindre le reste des troupes dans leur pays d'origine s'ils pouvaient juste traverser les plaines. C'est pourquoi une force unie de groupes de la faction anti-Fuuga (ci-après la Force unie) était arrivée en premier et attendait Fuuga à son arrivée.

La Force Unie avait vu ce que les guerriers d'élite de Malmkhitan pouvaient faire pendant la vague de démons et avait réalisé qu'ils seraient vaincus en détail s'ils ne combattaient pas avec cohésion. À cette fin, ils ne s'étaient pas livrés à des manœuvres dilatoires inutiles le long de la route — au lieu de cela, ils avaient concentré leurs effectifs dans les plaines de Sebal où ils allaient affronter la force principale de Fuuga.

Fuuga et ses hommes connaissaient les intentions de la Force Unie, mais ils avaient osé tomber dans le piège, y voyant une bonne occasion d'anéantir tous ceux qui s'opposaient à eux. Sans que personne ne l'ait prévu, les deux forces avaient décidé que c'était le lieu de leur affrontement final.

 

◇ ◇ ◇

Le premier ordre de Fuuga était de prendre le fort de Sebal à l'entrée des plaines de Sebal.

« Nous ne pouvons pas prendre beaucoup de temps. Nous allons le prendre rapidement avec une offensive totale. Moumei ! »

« Oui, Monseigneur. Je suis ici. »

« Menez les fantassins à la charge ! »

« Compris ! Allons-y ! »

Moumei, l'homme géant avec un énorme marteau, arriva sur son yak des steppes, et les hommes le poursuivirent à pied. Une fois qu'il eut fini de les regarder partir, Fuuga donna des ordres aux troupes restantes.

« Shuukin, Gaten. Faites courir votre cavalerie et désorganisez l'ennemi ! Kasen, tes archers soutiendront les autres forces ! Ils ne peuvent avoir qu'un nombre limité d'hommes terrés dans un fort de cette taille. Écrasez-les rapidement ! »

« « « Oui, monsieur ! » » »

Maintenant qu'ils avaient leurs ordres, les commandants passèrent à l'action.

Les groupes de Shuukin et de Gaten tournaient autour de la forteresse, faisant croire qu'ils allaient attaquer des points faiblement gardés, forçant les défenseurs à se disperser. Pendant ce temps, tous les archers ennemis qui se penchaient pour les viser étaient abattus par les archers de Kasen. Tout cela avait réduit la pression sur l'infanterie de Moumei qui attaquait à l'avant.

« C'est notre chance ! Allons-y ! »

Moumei tenait son bouclier face aux flèches qui lui tombaient dessus depuis la forteresse alors que l'infanterie arrivait devant la porte principale. Descendant de son yak de steppe, Moumei s'était servi de son énorme marteau et il l'avait enfoncé dans la porte faite d'épais rondins.

« Haaah ! »

Crac ! Deux des rondins s'étaient cassés en deux, créant un vide.

« Je n'ai pas encore fini ! »

Un deuxième, puis un troisième coup avaient creusé l'écart. Voyant cela, le chef des défenseurs avait décidé qu'il était impossible pour eux de résister plus longtemps.

« Nous n'en pouvons plus... Retraite ! Battez en retraite ! »

Les défenseurs descendirent des échelles de corde des murs, se dispersant dans toutes les directions. Il y avait 500 hommes dans le fort de Sebal, mais c'était loin d'être suffisant pour le défendre contre une armée de 7000 hommes. Le duc Chima leur avait également demandé d'abandonner rapidement la forteresse afin d'attirer les forces de Fuuga plus profondément. Pour cette raison, les défenseurs avaient battu en retraite sans opposer une résistance appropriée.

Ayant pris la forteresse sans pertes significatives, Fuuga y avait stationné 500 troupes et le commandant Gaifuku pour la défendre. Gaifuku ne s'était pas complètement remis de la blessure qu'il avait reçue en protégeant Fuuga lors de la tentative d'assassinat,

Et ainsi, la bataille préliminaire avait été gagnée par les forces de Fuuga.

 

◇ ◇ ◇

Après s'être réorganisée, la force de Fuuga, composée de 6 500 hommes, se dirigea vers les plaines de Sebal.

« C'est chaud...,» Fuuga marmonna pour lui-même alors qu'il chevauchait le dos de Durga, avançant sur la route avec ses troupes. « J'ai l'impression que la chaleur n'a fait qu'augmenter depuis que nous sommes entrés dans les plaines. »

« C'est comme ça que sont ces bassins de montagne, » dit Mutsumi, qui chevauchait à côté de lui, en montrant les montagnes. « Le vent chaud souffle depuis les montagnes. Je suppose que vous ne verriez pas beaucoup de ce genre de terrain dans les steppes de Malmkhitan. »

« Exact, je ne suis pas familier avec ça. Le désert de pierres était déjà trop chaud à mon goût, mais l'humidité ici rend la chose encore pire. La chaleur sèche du désert me manque presque, » grommela Fuuga en desserrant son col.

« Oh, mon dieu, » gloussa Mutsumi. « Tu n'hésiterais pas à affronter des milliers de soldats, et pourtant une petite chaleur comme celle-ci suffit à te faire pleurer ? »

« Ha ha ha ! Je ne peux pas après tout changer le temps avec la force brute. »

« Pourrais-tu, s'il te plaît, te montrer un peu plus conscients du danger que nous courons... ? »

Shuukin arriva à côté d'eux pour se plaindre de la façon dont ils se chamaillaient au milieu de ce qui allait devenir le site de la bataille finale. Il montra du doigt la route dans la direction de leurs forces.

« Même à cette distance, on peut le voir. L'ennemi a l'intention de nous rencontrer ici. »

Sur la route devant eux, ils pouvaient voir les bannières de la faction anti-Fuuga. À vue d'œil, ils devaient être entre dix et quinze mille à attendre impatiemment Fuuga et ses hommes.

Si les forces de Fuuga parvenaient à passer le château de Gabi et pouvaient rejoindre les troupes d'élite de sa patrie, il ne serait pas facile de les abattre. Une fois cela fait, avec le soutien des états pro-Fuuga, il dévorerait les pays anti-Fuuga de l'Union des Nations de l'Est en commençant par l'est.

C'est pourquoi la condition de victoire de la Force Unie était : ne laisser pas l'armée de Fuuga franchir le château de Gabi.

Même s'ils laissaient Fuuga lui-même s'échapper, tant qu'ils parvenaient à chasser son armée vers le nord, cela tuerait l'inertie de la faction pro-Fuuga. Si les gens qui l'adulaient voyaient Fuuga subir une défaite cuisante, ils pourraient être désillusionnés et quitter son camp. Si cela arrivait, ce serait le moment pour le Duc de Chima de briller. Il utiliserait toutes les astuces diplomatiques disponibles pour démanteler la faction pro-Fuuga.

Pendant ce temps, la Force Unie pensait que la condition de victoire de la faction pro-Fuuga était la suivante : faire passer Fuuga par le château de Gabi et le ramener dans son pays, quel qu'en soit le prix.

Ils n'avaient pas nécessairement besoin d'éliminer la Force Unie dans cette bataille. Si Fuuga pouvait juste briser l'encerclement de la Force Unie, il serait capable de gagner à long terme. Ils pensaient qu'en tant que plus petite force, l'armée de Fuuga se dirigerait directement vers leur condition de victoire et tenterait imprudemment une attaque par leur centre.

C'est pourquoi, sur les 14 000 soldats — y compris les mercenaires zemishs — que la Force unie avait rassemblés, 6 000 avaient été placés au centre pour bloquer le passage vers la fin des plaines de Sebal, tandis que le reste avait été divisé en 4 000 sur chaque flanc afin d'encercler Fuuga.

Il était clair qu'ils avaient l'intention d'empêcher les forces de Fuuga d'attaquer par le milieu, puis de le prendre à revers par les côtés. Si les deux factions avaient suivi les tactiques établies, c'est sans doute ainsi que les choses se seraient passées. Cependant, Fuuga ne se battrait jamais en utilisant des tactiques établies. Il détestait que les gens essaient de le forcer à entrer dans une boîte. La Force Unie avait mal interprété ses intentions.

D'un geste du bras, Fuuga avait donné les ordres.

« Placez un millier d'hommes sur nos flancs droit et gauche. Nous leur ferons frapper l'opposition gauche et droite de l'ennemi. Shuukin et Gaten prendront la droite, tandis que Moumei et Kasen commanderont la gauche. »

Les tactiques établies disaient que la plus petite force devait garder sa force de combat concentrée. Cependant, Fuuga avait choisi une formation qui semblait défier la faction anti-Fuuga de front.

 

◇ ◇ ◇

« Sont-ils devenus fous ? » Le roi Shamour Sharn s'étonna que l'armée de Fuuga se mette en formation au loin. Il avait observé la situation depuis le camp principal de la Force Unie. Comme le Royaume de Sharn avait fourni la plus grande partie de la force de combat de la Force Unie, Shamour était leur commandant en chef. « Ils veulent nous combattre de front alors qu'ils ne sont que la moitié de nos effectifs ? »

« Est-ce que cela montre à quel point ils sont confiants dans leur propre force ? » Le roi Gabi, qui était devenu vice-commandant, avait penché la tête sur le côté.

« Non, leur armée est une force mixte, » cracha Shamour. « Les propres hommes de Fuuga ne peuvent même pas représenter deux mille de cette masse. Le reste doit être composé de mercenaires, de volontaires et de réfugiés. C'est une insulte qu'ils pensent pouvoir nous affronter de front comme ça. »

« Calmez-vous, Roi Sharn. Et vous aussi, Roi Gabi, » Le Duc de Chima, qui se tenait à leurs côtés, avait tenté de les apaiser.

Mathew était resté proche de Shamour en tant que conseiller de la Force Unie.

Il désigna les flancs de l'armée de Fuuga. « D'après ce que je vois, Fuuga a séparé mille hommes sur chaque flanc, mais cela laisse plus de quatre mille au centre. Notre propre centre compte six mille soldats. Il a probablement l'intention d'utiliser les deux mille sur les flancs pour nous empêcher de l'encercler, puis de percer le centre où la différence de force n'est pas si grande. »

« Je vois. Les armées sur ses flancs sont donc des sacrifices, » répondit le roi Gabi et Mathew hocha la tête.

« C'est un plan sans coeur, mais, je suppose, efficace. Ils n'ont après tout besoin que de leur force principale pour nous dépasser. »

« Et ce ne sont pas les fanatiques qui manquent pour sacrifier leur vie pour Fuuga, hein ? Hmm... Son armée a toujours été incroyable pour charger l'ennemi, » dit Shamour, se rappelant comment les soldats de Malmkhitan avaient à plusieurs reprises déchiré des hordes de monstres pendant la vague démoniaque.

Si les forces unies l'affrontaient de front, elles subiraient sans aucun doute des pertes considérables dans leur propre camp.

Après un certain temps à caresser sa barbichette, Shamour avait finalement pris une décision. « Très bien. Nous allons rappeler mille hommes de chaque flanc afin de renforcer notre centre. Quoi qu'il arrive, nous ne pouvons pas permettre à Fuuga de nous franchir. »

« Je crois que c'est une bonne idée. » Mathew avait hoché la tête en signe d'accord.

Et avec cela, la formation de chaque armée avait été décidée.

☆☆☆

Partie 2

« Chaaarge ! »

« «  « Ouiiiiiiiiiiiiii ! » » »

Finalement, l’armée de Fuuga est entrée en collision avec la Force unie.

Les planificateurs de la Force unie pensaient qu’en tant que force la plus petite, l’armée de Fuuga concentrerait sa puissance au centre et tenterait une percée. Ils avaient renforcé leur propre centre, anticipant que les 4 500 soldats du centre de l’armée de Fuuga chargeraient désespérément les 8 000 soldats de la leur. Cependant, contrairement à leurs attentes, les 4 500 soldats du centre de l’armée de Fuuga avaient avancé plus lentement que les deux flancs, et s’étaient même arrêtés avant ceux de la Force unie.

Puis, suivant les tactiques établies, ils avaient commencé leur attaque en utilisant des attaques à distance avec des flèches et de la magie. Pas une seule unité n’avait chargé le centre de la Force unie. Au lieu de cela, il y avait eu une série d’attaques à distance lorsque la Force unie avait riposté.

Alors qu’ils observaient la situation depuis le camp principal de la Force unie, Shamour et Mathew étaient devenus suspicieux.

« Que se passe-t-il ? » demande Shamour. « Ne prévoient-ils pas d’essayer d’attaquer par le centre ? »

« Ils se sont complètement arrêtés. Bien que ce soit ce que la tactique établie dicterait… »

« Ils ne peuvent pas être sains d’esprit, nous défier de front avec un nombre inférieur de soldats. »

Mathew avait acquiescé. « Je suis d’accord. La force de Malmkhitan réside dans la mobilité et la force de pénétration qu’ils ont en tant que peuple des steppes. Je me souviens très bien à quel point leurs charges étaient redoutables lors de la vague démoniaque. C’est pourquoi nous avons fait plus que nécessaire pour nous y préparer… »

En disant cela, Mathew regarda vers le lanceur de carreaux à répétition anti-aérien. Ils l’avaient transporté du château de Gabi et l’avaient installé ici en préparation d’une charge de l’armée de Fuuga. Si l’on considère le courage téméraire de Fuuga, il était tout à fait possible qu’il se précipite seul sur le dos de Durga, c’était donc une mesure contre cela. Pourtant, malgré leur préparation minutieuse, il n’y avait pas eu de charge de l’armée de Fuuga, laissant Mathew et les autres déçus.

« Il semblerait que Fuuga n’ait pas concentré sa force au centre…, » dit Shamour en désignant le côté gauche du champ de bataille.

C’est là que 1 000 hommes de Fuuga affrontaient 3 000 hommes de la Force unie. Bien qu’ils soient trois fois plus nombreux, l’armée de Fuuga avait mis la Force unie en échec.

En plissant un peu plus les yeux, ils pouvaient voir quelque chose qui sautait comme des puces sur le champ de bataille. C’était la cavalerie bondissante de Malmkhitan.

« Si nous pouvons voir autant d’individus de la cavalerie bondissante, ce millier doit être la force la plus puissante de Fuuga. Et… bien que ce soit trop loin pour que nous puissions le voir d’ici, ils doivent également avoir arrêté notre attaque sur le côté droit. Les mille sur le flanc gauche de Fuuga doivent aussi être des guerriers d’élite. »

« Cela signifie que Fuuga a placé ses forces les plus puissantes sur les flancs, alors… »

Shamour hocha la tête en accord avec Mathew, en caressant sa barbichette. « Alors, son objectif n’était-il pas de percer le centre ? Veut-il vaincre nos flancs et nous encercler sur trois côtés ? Ou peut-être veut-il écraser l’une des armées sur nos flancs, puis attaquer par le côté… ? »

« L’attaque latérale semble la plus probable, mais… s’il faisait ça, il aurait concentré sa force sur un seul flanc. C’est ce que je ferais. La réussite d’un encerclement ou d’une attaque latérale dépendrait de la rapidité avec laquelle vous pouvez vaincre votre adversaire. »

« Je suis d’accord. S’il prend trop de temps, des renforts vont arriver du centre… Bien, envoyez un message aux unités à l’arrière du centre ! »

Shamour ordonna à ses hommes de prendre 1 000 hommes du centre vers chacun des flancs à cause de la fusillade prolongée. Maintenant qu’ils savaient que les élites de Fuuga étaient sur leurs flancs, il n’y avait plus de raison de rendre leur propre centre inutilement épais.

Mathew se caressa le menton en regardant. « Il se pourrait que l’objectif de Fuuga… soit d’attaquer nos flancs aujourd’hui afin d’affaiblir le centre. Puis, demain ou plus tard, une fois que nous serons prédisposés à croire que la majorité de sa force se trouve sur ses flancs, il placera ses élites au centre, et tentera une percée rapide. »

« Hmm… Dans ce cas, nous devons simplement être prudents dans nos déploiements de troupes, comme aujourd’hui. Le plus gros problème sera de savoir s’il a un autre plan en tête, » dit Shamour en regardant le château derrière eux. « Le château de Gabi n’a presque plus de défenseurs. Fuuga a laissé cinq cents hommes au fort de Sebal, près de l’entrée des plaines, non ? Que pensez-vous d’un plan visant à déplacer secrètement ces cinq cents hommes pour prendre le château de Gabi ? »

« S’ils viennent au château de Gabi… ça rend les choses plus faciles, » dit Mathew avec un sourire en coin. « En fait, nous devrions laisser entrer toute l’armée de Fuuga. »

« Quoi ? »

« J’ai dit aux défenseurs de mettre le feu à leurs provisions si le château semble devoir tomber. C’est un territoire ennemi pour Fuuga. S’il tente de s’installer ici pour un siège sans ravitaillement ni renfort, combien de temps pourra-t-il tenir ? Nous, en revanche, nous continuerons à recevoir des provisions tant que nous tiendrons la sortie sud-est vers les plaines de Sebal. »

« Je vois. Ce serait plus facile si nous leur donnions le château, oui, » approuva Shamour de bon cœur, en faisant claquer l’épée à sa taille. Mathew avait souri ironiquement.

« Eh bien, étant donné la nature sauvage de Fuuga et son flair pour le danger, je doute qu’il se laisse prendre à un tel stratagème. Je pense qu’il est préférable d’essayer de lui faire baisser sa garde et de tenter un assaut par le centre. »

« Alors c’est une bataille d’endurance aujourd’hui… Quel mal de tête ! »

Tous les deux avaient regardé la bataille s’enliser dans une impasse.

 

◇ ◇ ◇

Dans le coin sud-ouest du champ de bataille que Shamour et Mathew avaient observé, les commandants de Fuuga, Shuukin et Gaten, se déchaînaient avec leur cavalerie bondissante.

En comparaison avec le sage et courageux Shuukin, Gaten était timide et ne cherchait pas à attirer l’attention, mais il pouvait faire preuve d’ingéniosité dans les situations difficiles, et était un bon commandant capable de penser de manière flexible.

« Haaah ! »

Alors que son temsbock bondissant touchait le sol, Gaten fit claquer ses deux fouets de fer, en enroulant l’un autour du cou d’un homme et le brisant, tandis que la pointe de l’autre transperçait la gorge d’un autre homme. Son style de combat polyvalent et le bruit de ses fouets terrifiaient les soldats qui l’entouraient.

« Qu’est-ce que c’est ? Aucun d’entre vous n’ose m’approcher ? Mais vous vous êtes opposés au Seigneur Fuuga. Et j’avais aussi tellement hâte de voir quels braves généraux la Force unie avait ! »

Malgré ses railleries, les soldats de la Force unie avaient trop peur pour s’approcher des fouets de Gaten.

« Honnêtement… Vous ne valez même pas la peine que je perde mon temps. Je passe à autre chose… »

Une fois qu’il eut confirmé que personne ne viendrait à lui, Gaten commença à regarder attentivement la zone. À une courte distance, il vit Shuukin couper les bras d’un soldat à cheval et empaler la gorge de l’homme. Gaten s’était précipité à ses côtés.

« C’est irritant, de devoir rester au même endroit pendant le combat. N’êtes-vous pas d’accord, Seigneur Shuukin, bras droit de notre seigneur ? »

« Gaten. Il n’y a pas de temps pour les bavardages inutiles sur le champ de bataille, » dit Shuukin sans même le regarder. Gaten haussa les épaules.

« Je ne vois pas pourquoi. Nous passons un moment assez facile. Si, au lieu de cette force mixte de cinq cents cavaliers et cinq cents cavaliers bondissants, nous pouvions appeler Moumei ou Kasen du côté nord et réunir un groupe de mille cavaliers bondissants, nous pourrions briser ces pitoyables soldats avec facilité. »

« Nos ordres étaient de les retarder…, » dit Shuukin en abattant sa lame sur un soldat ennemi qui s’approchait de lui. « Je suis sûr que le Seigneur Fuuga a une idée en tête. Nous devons juste faire confiance à notre seigneur, et mettre nos prouesses martiales au travail. Ou bien ai-je tort ? »

« Non, vous n’avez pas tort, » dit Gaten en faisant claquer son fouet. Crac ! Il traça un arc bas, envoyant trois fantassins ennemis voler d’un coup.

Puis, attrapant le bout de son fouet lorsqu’il revient, Gaten gloussa.

« Pour moi, il a été surprenant de voir notre seigneur commencer à nous donner des ordres aussi précis. Il a toujours été meilleur pour charger et écraser ses ennemis. »

« Il a dû se rendre compte que ce n’était pas suffisant, n’est-ce pas ? Seigneur… Fuuga Haan a les yeux fixés sur quelque chose qui dépasse ce genre de conflit interne, une conquête plus lointaine. » En disant cela, Shuukin leva les yeux vers un ciel jaune à cause de la poussière soulevée.

Jusqu’où Fuuga pourrait-il grimper à partir d’ici ? L’endroit où il allait n’avait pas d’importance. La distance n’avait pas d’importance. Ils voulaient le suivre. Ils voulaient poursuivre le rêve de Fuuga ensemble. C’était ce que tous les disciples de Fuuga souhaitaient.

Soudainement… Le temsbock de Gaten avait fait un bond. Ce faisant, l’herbe haute où se trouvait Gaten fut instantanément fauchée à moins de la moitié de sa hauteur précédente. S’il était resté au sol, Gaten aurait perdu ses pieds et la moitié inférieure de son temsbock.

« Hé ! Belle esquive ! » Un grand homme portant une énorme hache marchait vers eux à pas lourds. « Je n’en attendais pas moins de l’un des commandants de Fuuga. Vous êtes bien entraînés. »

Surpris, Shuukin demanda : « Qui va là… ? ? »

« Nata Chima, commandant du Royaume de Sharn, » se présenta l’homme à la grande hache.

Il était le deuxième fils de la Maison de Chima. Bien qu’il soit plus jeune qu’Hashim, le fils aîné, son expression sévère le faisait paraître plus âgé qu’Hashim qui avait une vingtaine d’années.

Levant sa hache, Nata semblait les jauger tous les deux en parlant. « D’après le combat terne qui se déroule au centre, il semble que Fuuga ne soit pas là. J’espérais pouvoir le combattre si je venais de ce côté, mais… il n’est pas là, hein ? »

« Nous n’avons aucune raison de vous dire ça ! » cria Gaten en envoyant son temsbock dans un grand saut.

Puis, balançant les deux fouets, il avait essayé de percer le cou de Nata des deux côtés. Cependant, Nata avait laissé tomber sa hache au sol, attrapant les deux fouets dans ses mains.

« Quoi !? » Gaten s’écria de surprise. Nata avait souri.

« Un tour intéressant ! Mais je l’ai vu venir ! »

Nata tira sur les extrémités des fouets qu’il tenait, faisant tourner son corps comme s’il faisait un lancer de marteau. Gaten avait été envoyé en l’air avec son temsbock, mais il avait lâché ses fouets en plein vol et avait utilisé les rênes pour atterrir tant bien que mal.

☆☆☆

Partie 3

« Argh… Maudite soit votre force d’idiot ! » Gaten peinait à trouver une réponse à l’incroyable force qui l’avait projeté, lui et sa monture.

Alors que Nata brandissait sa hache et s’apprêtait à achever Gaten une fois pour toutes…

« Ha ! »

« Argh ! »

Shuukin avait foncé sur lui, prenant Nata par surprise. L’épée de Shuukin visait à lui couper le torse, mais Nata l’avait bloqué avec le manche de sa hache.

Clac ! Le son du métal frappant le métal résonna.

« Guh ! Ne vous mettez pas en travers de mon chemin ! »

« Wôw ! »

Avec un puissant coup de hache, Nata avait envoyé Shuukin voler à plusieurs mètres, avec son temsbock. Shuukin s’était rétabli en plein vol, et avait posé son temsbock.

Alors qu’il le faisait, Gaten se précipita vers lui, ayant repris ses fouets.

« Il a un sacré lancer. »

« Ouais. Moumei est probablement le seul de notre camp à pouvoir l’égaler en force pure. »

« C’est un problème… Travaillons ensemble pour en finir rapidement avec lui. Je vais faire une ouverture… »

« Tiens bon, Gaten, » dit Shuukin, en tendant son épée pour empêcher Gaten de se précipiter à nouveau. « Notre mission est de maintenir le combat dans une impasse ici. Nous n’avons pas le temps de combattre ce sauvage. Laissons-le ici et dirigeons-nous vers le prochain endroit. »

« Mais… »

« Oh, allez ! Vous vous enfuyez ? Vous êtes censés être les hommes de Fuuga. » Nata avait essayé de les provoquer, mais Shuukin n’y avait pas prêté attention.

« J’ai vu votre force. Oui, vous êtes bien plus fort qu’un homme ordinaire, mais… vous n’êtes toujours pas à la hauteur de notre seigneur. »

« Qu’est-ce que vous avez dit ? » Nata grogna. Shuukin pouvait sentir sa colère.

Même si cet homme se présentait devant Fuuga, leur seigneur ne le verrait pas comme une menace comparable à celle du roi Souma. La force de Nata était simple, elle reposait uniquement sur ses prouesses martiales.

« Allons-y, Gaten ! »

« Bien ! »

Les deux hommes avaient quitté Nata et s’étaient précipités pour trouver le prochain endroit où leurs alliés étaient en difficulté.

« Qu… ! Merde ! »

Laissé pour compte, Nata grinça des dents, frappant le sol avec sa hache géante en signe de frustration. Il creusa une ornière dans un coin du champ de bataille.

 

◇ ◇ ◇

Pendant ce temps, au même moment…

« Ne poussez pas trop fort ! Faites monter la ligne lentement et régulièrement ! »

Dans l’armée centrale, Hashim, le fils aîné de la Maison de Chima, commandait soigneusement ses troupes. Pendant qu’il le faisait, le quatrième fils, Nike, s’était approché de lui.

« Grand Frère Hashim… Le Grand Frère Nata semble s’être précipité de lui-même vers le côté gauche du champ de bataille. »

« Laisse-le partir. Le seul remède à la stupidité est la mort. »

Nike n’avait pas réfuté les paroles de son frère aîné.

En ce premier jour de combat, ils avaient tous gardé leurs intentions cachées. Rien n’avait été conclu, et les deux armées s’étaient retirées dans leurs camps avec le soleil couchant.

 

◇ ◇ ◇

Cette nuit-là, une fois que les combats de leur premier jour sur les plaines de Sebal furent terminés, Shamour, roi de Sharn, invita ses commandants au camp principal pour un conseil de guerre. Parmi eux se trouvaient son conseiller, le Duc Mathew, ainsi que le Roi Gabi.

« Nous avons subi de lourds dommages sur nos deux flancs, » dit Shamour en désignant les côtés de la Force Unie sur la carte étalée sur la table autour de laquelle se tenaient les commandants. « Fuuga avait la plupart de ses forces sur les flancs, comme nous le soupçonnions. Nous avons pu repousser leurs attaques avec les renforts que nous avons envoyés, mais nous avons subi des pertes considérables dans l’intervalle. »

« Hmph ! Comme c’est irritant, » cracha le roi Gabi.

« Mais nous avons dû abattre la principale force de combat de Fuuga en retour. Si vous regardez le nombre de pertes, nos forces ont en effet eu le pire. Cependant, nous avons un avantage géographique ici, » dit Mathew d’un ton calme. « C’est le royaume de Gabi. Nous pouvons retirer nos blessés et leur donner le temps de récupérer, en remplissant les places vacantes avec des troupes fraîches. L’armée de Fuuga, par contre, ne peut pas contacter sa patrie tant que la sortie sud-ouest des plaines de Sebal reste fermée. Ils ne peuvent pas faire reposer leurs hommes ou les remplacer par de nouveaux. »

« Hmm… Vous avez raison. L’ennemi ne peut pas obtenir de renforts, » dit Shamour.

« Oui. » Mathew acquiesça. « Et ces troupes qui rapportent directement à Fuuga sont actuellement le noyau de son armée. Si nous les réduisons, il ne pourra pas les remplacer immédiatement. Si des batailles comme celle d’aujourd’hui continuent, l’armée de Fuuga mourra de mille coups. »

« « « Ouais ! » » » Les commandants réunis avaient applaudi l’analyse de Mathew.

Satisfait d’avoir compris que son camp avait le dessus, Shamour s’était assis sur un tabouret de camp et avait croisé ses gros bras.

« Je comprends notre avantage, mais alors pourquoi Fuuga se bat-il comme il le fait ? C’est une bataille d’usure. »

« En effet. Je ne comprends pas pourquoi l’armée de Fuuga, en infériorité numérique, a choisi de se battre de cette façon. »

Lorsque l’un des commandants avait partagé la même opinion, Mathew avait porté une main à son menton et avait pris un air pensif.

« Je me suis moi-même posé la question. Si nous essayons d’expliquer leurs actions logiquement, ce serait pour nous convaincre que, “Fuuga placera ses meilleures forces sur les flancs à nouveau aujourd’hui”, afin que nous concentrions également nos forces là dès le début. Ensuite, il placerait plutôt sa force principale au centre, et briserait rapidement la nôtre… »

« Hmm. Dans ce cas, nous devons simplement continuer à nous battre comme nous l’avons fait aujourd’hui, » avait conclu Shamour.

« Vous avez tout à fait raison, » Mathew acquiesce. « Si nous savons constamment où se trouve la force principale de Fuuga et que nous positionnons un nombre approprié de troupes en réponse, nous ne devrions pas avoir de problème. Mais… »

« Mais quoi ? » demanda Shamour, en réponse au ton incertain de Mathew.

Mathew sembla hésiter pendant un moment, mais trouva sa résolution et répondit, « C’est juste que… ce n’est pas le style de combat préféré de Fuuga. »

Fuuga n’était pas aussi tactique. Si un ennemi se dressait devant lui, peu importe qui il était ou l’importance de la menace, il continuait à avancer. Et cette position était partagée par son armée. Mathew se demandait si Fuuga allait vraiment adopter ce genre de déploiement de troupes réfléchi.

« Avec les réfugiés qui l’élèvent comme une sorte de grand homme, et une grande armée qui se rassemble sous ses ordres, peut-être a-t-il changé ? Quelle impertinence, » dit Shamour avec dédain.

« Oui, ça pourrait être ça… » Mathew hocha la tête. « Quoi qu’il en soit, si Fuuga veut se joindre à nous dans une bataille d’attrition, nous ne pourrions demander mieux. Je vous demande juste de rester prudents. »

Les commandants avaient tous acquiescé.

 

◇ ◇ ◇

– 16e jour, 6e mois, 1549e année, calendrier continental —

Alors que la bataille entrait dans son deuxième jour, les mouvements qu’ils faisaient étaient exactement les mêmes que lors du premier jour.

L’armée de Fuuga avait positionné ses combattants les plus forts sur les flancs, et la Force Unie avait envoyé des renforts sur ses propres flancs, amenant le combat à une impasse. Cependant, contrairement à la Force Unie qui pouvait se permettre de changer ses unités latérales, les forces de Fuuga étaient encore épuisées par les combats de la veille et se trouvaient un peu sous pression.

Quant au centre, il était engagé dans un affrontement de tirs comme la veille, et il n’y a pas eu d’affrontements intenses ce jour-là non plus.

« Tch… »

Fuuga observait depuis son camp principal avec un regard aigre. Il était assis sur un tabouret de camp, tapant du pied à plusieurs reprises. Il avait laissé une empreinte claire de son pied dans le sol.

Mutsumi, qui était à côté de lui, avait laissé échapper un soupir. « Pourquoi ne pas te calmer un peu, chéri ? S’énerver ici ne nous apportera pas la victoire. »

« Je sais. Je le sais, mais… ça fait mal de rester ici dans le camp principal alors que tout le monde est dehors à se battre. »

Mutsumi soupira une fois de plus et haussa les épaules. « C’est ce que signifie être commandant en chef. »

« Rester assis comme ça ne me convient pas. Se déchaîner de toutes nos forces, faire la course, et saisir la victoire de nos propres mains, c’est ainsi que nous nous sommes toujours battus jusqu’à présent. »

« Mais tu sais qu’ils vont prendre ta tête en un rien de temps si tu fais ça, n’est-ce pas ? »

La réprimande de Mutsumi avait laissé Fuuga sans voix.

« Si tu veux prendre l’hégémonie sur ce continent, tu dois changer ta façon simpliste de combattre. L’Empire du Gran Chaos est massif, et les lettres de Yuriga t’ont prévenu de ne pas prendre le Royaume de Friedonia à la légère, n’est-ce pas ? Si tu comptes affronter ces nations à armes égales, ton armée doit évoluer encore plus. »

« Je sais… C’est pourquoi je ne bouge pas maintenant, n’est-ce pas ? » répondit Fuuga, qui n’avait pas l’air de s’amuser.

Mutsumi avait souri face à l’air aigre du visage de Fuuga.

« Je crois que le Sieur Souma ferait confiance à ses disciples pour gérer les choses dans un moment comme celui-ci, tu sais ? »

« Oui, je parie qu’il le ferait… »

Souma comprenait qu’il n’avait pas de prouesses martiales ni de don pour commander des troupes, aussi faisait-il confiance à ses subordonnés pour gérer les choses dans des moments comme celui-ci. Comme il était du genre à préférer ne pas être en première ligne, il pouvait rester assis dans le camp principal sans s’agiter comme Fuuga.

Parce qu’il pouvait l’imaginer si facilement, Fuuga avait arrêté de taper du pied.

« Croire en mon peuple et attendre ? Ça m’énerve qu’il puisse faire ça et pas moi. »

« Hee hee. C’est vrai. Ayons confiance dans les personnes qui poursuivent ton rêve avec toi. »

Sur ce, Mutsumi avait fait le tour derrière Fuuga et avait posé ses mains sur ses épaules.

☆☆☆

Chapitre 6 : Le tournant de l’histoire

Partie 1

– Plaines de Sebal — Nuit après le deuxième jour de la bataille —

La bataille était restée dans l’impasse tout au long du deuxième jour, et après une réunion avec les autres commandants, Mathew avait reçu la visite de son fils aîné, Hashim.

« Père. »

« Hashim… ? Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Je voulais connaître ton opinion sur la façon dont les forces de Fuuga se battent. »

« Hmm. Alors, tu trouves aussi ça bizarre ? » demanda Mathew en croisant les bras. « Ils ont suivi notre bataille d’usure, comme le premier jour. Fuuga n’est pas du genre à se battre comme ça. Je ne comprends pas pourquoi. »

« A-t-il une sorte de plan… ? »

« Soit il a acquis la capacité de commander une grande armée, soit ses hommes ont gonflé son ego au point qu’il croit agir stratégiquement… »

« Si c’est le dernier, alors cela nous facilitera la vie. »

« Quoi qu’il en soit, c’est déstabilisant de ne pas pouvoir lire notre adversaire. Surtout que Fuuga ne s’est pas montré sur le champ de bataille… »

« C’est inquiétant, oui… Alors, pourquoi ne pas essayer de lui donner un coup de pied aux fesses ? » suggéra Hashim alors que Mathew réfléchissait.

Mathew leva les yeux au ciel. « As-tu une idée ? »

« Nos éclaireurs rapportent que la forteresse près de l’entrée sud-ouest des plaines est maintenant défendue par cinq cents hommes de Fuuga. Nous l’attaquerons furtivement pour que sa force principale ne s’en aperçoive pas. Avec la prise du fort, sa retraite sera bloquée. Une fois que nous aurons allumé un feu dans son dos, Fuuga n’aura plus que deux choix : battre en retraite ou essayer de forcer le passage. »

« Je vois… Nous nous préparons minutieusement et attendons, puis s’il tente une percée, nous le prenons en tenaille avec les troupes du fort de Sebal, et s’il bat en retraite, nous lançons simplement une poursuite. »

Mathew avait fait quelques calculs mentaux rapides et avait décidé que le plan fonctionnerait.

Cette bataille ressemble beaucoup à la bataille de Nagashino de l’ancien monde de Souma où, avant la bataille finale de Shitaragahara, une unité dirigée par Sakai Tadatsugu avait pris Tobigasuyama aux Takeda. La perte de la forteresse avait menacé la retraite des Takeda, qui avaient perdu de nombreux vassaux importants lors de leur retrait. Ce fut la cause décisive de leur défaite. Le plan d’Hashim avait des similitudes avec celui-ci.

Ayant obtenu une réponse positive, Hashim continua son explication, « Nous enverrons cinq cents de nos propres hommes, et emprunterons au roi Gabi un millier d’hommes connaissant la zone locale. S’ils voyagent à travers les montagnes depuis le château de Gabi, ils ne seront pas découverts. »

« Hmm… Mais tu réalises que je ne peux pas quitter le camp principal tant que nous nous occupons de Fuuga, oui ? »

« Bien sûr. C’est pourquoi je vais mener ce raid. J’emmènerai aussi Nata et Nike. Tu restas avec le roi Shamour, père. »

« Quand l’exécuteras-tu ? »

« Cette nuit même. J’ai déjà fait la proposition au roi Gabi, et il était d’accord. »

« Héhé, tu bouges vite. » Mathew se mit à rire. Hashim avait baissé les yeux et s’était aussi mis à rire.

« Je suis ton fils, après tout. »

« Bon vent, alors… Ne gâche pas tout. »

« Oui. Toi aussi, père. »

Sur ces mots, Hashim avait fait demi-tour et avait quitté le camp principal.

Mathew avait regardé son fils partir en silence.

 

◇ ◇ ◇

– 17e jour, 6e mois, 1549e année, calendrier continental —

Le troisième matin après le début des combats dans les plaines de Sebal, Mathew avait reçu un rapport indiquant qu’une force combinée Chima-Gabi de 1 500 hommes avait repris le fort de Sebal.

« Hashim l’a fait alors, n’est-ce pas ? »

Mathew laissa échapper un soupir, ému par le succès de son fils. Le rapport indiquait que très peu des 500 soldats présents s’étaient échappés, mais ceux qui l’avaient fait s’étaient probablement précipités vers Fuuga pour lui signaler que le fort de Sebal était tombé. Si Fuuga envoyait des soldats pour reprendre le fort de Sebal, la Force Unie lancerait une offensive totale contre sa force principale affaiblie. Ils pourraient certainement l’écraser par leur nombre.

Mathew était resté aux côtés du commandant en chef Shamour toute la nuit, surveillant de près les forces de Fuuga.

Et pourtant… l’aube était venue sans aucun mouvement.

« Est-ce qu’ils ont l’intention de ne rien faire même après avoir perdu le fort de Sebal ? » Shamour avait croisé les bras en gémissant.

« Ils ne peuvent pas bouger, » répondit Mathew. « Parce que s’ils le font, on va leur tomber dessus. »

« Hmm… Quoi qu’il en soit, nous avons allumé un feu sous eux maintenant. La chute du fort de Sebal a complètement coupé les lignes d’approvisionnement de Fuuga. S’ils se battent comme ils l’ont fait hier, nous n’avons qu’à attendre que leurs provisions se tarissent. Ou plutôt, si nous les pressons encore plus tôt, certains des fidèles de Fuuga fuiront. Son armée s’effondrera en voyant la légende lui être enlevée. »

« En effet. C’est pourquoi nous devons en finir aujourd’hui. » Mathew avait regardé les camps tranquilles des forces de Fuuga. « Il a deux options à sa disposition. Fuuga peut tenter de percer la Force Unie pour atteindre Malmkhitan, ou se retirer au nord pour se réorganiser. Cependant, s’il choisit cette dernière option, il devra faire face à un mouvement en tenaille de notre part et des soldats du fort de Sebal. »

« Héhé ! Peu importe la puissance de ses hommes, ils exposeront leur dos vulnérable en battant en retraite. Nos hommes vont les massacrer. »

Shamour avait les yeux affamés d’un guerrier. Mathew hocha la tête.

« Oui. C’est pourquoi je m’attends à ce que notre ennemi choisisse l’option de la percée, où il y a encore un espoir de victoire… Mais quand je me rappelle la façon illogique dont ses forces ont combattu hier et avant-hier, je dois considérer qu’il pourrait ne pas prendre la décision directe. »

« Cela ne fait aucune différence. S’ils viennent vers nous, nous les encerclons et les écrasons. S’ils fuient, nous les poursuivons et les dévorons. Notre avantage restera le même. C’est simple et facile à comprendre. »

« Oui, je suppose que c’est… »

Contrairement au sourire optimiste de Shamour, Mathew sentait un subtil malaise s’installer dans son cœur. C’est parce que malgré la chute supposée du fort de Sebal, le camp de Fuuga était trop calme. À quoi penses-tu, Fuuga… ? pensa-t-il. Il jeta un regard à l’armée de Fuuga, mais il ne trouva aucune réponse.

Afin de se préparer à une tentative de percée, les Forces unies avaient renforcé ses défenses, sans envoyer ses flancs en avant comme hier. Si l’ennemi devait charger imprudemment, il n’était pas nécessaire de l’encercler, et donc d’affaiblir son propre centre. Si les Forces Unies gardaient ses défenses dures pour absorber la charge, elle serait libre de frapper par le côté ou par-derrière après. Vas-y, Fuuga, semblait dire les Forces unies en attendant avec impatience.

Cependant, quant à ce que les forces de Fuuga avaient choisi de faire…

« Je suis porteur d’un message ! Les forces de Fuuga ont commencé à battre en retraite ! » Le messager s’était précipité dans le camp principal des Forces Unies pour faire son rapport.

Les yeux de Shamour s’étaient écarquillés après avoir entendu le message, et il a mis de côté son tabouret de camp en se levant. En regardant dehors, le message était vrai. Les forces de Fuuga se retiraient précipitamment le long de la route au nord-ouest.

« Sont-ils fous !? Même s’ils se retirent ici… pensent-ils qu’ils peuvent se rétablir dans le nord !? »

« Peut-être qu’ils peuvent…, » dit Mathew en fronçant les sourcils. « Si leur seul but est d’éloigner Fuuga de ce champ de bataille, il y a une certaine logique à fuir vers le nord-ouest où nous avons moins de troupes. Mais en même temps, cela signifie faire payer à ses hommes un lourd tribut en pertes… Que voulez-vous faire ? »

« Il n’y a pas de question, » répondit Shamour en dégainant son épée et en la pointant vers l’armée de Fuuga. « Nous les poursuivons ! Fuuga peut s’échapper, mais nous devons abattre autant de ceux qui le suivent que possible. C’est la bataille décisive, messieurs ! Ici, nous éliminons toute chance de récupération de Fuuga ! »

« « « Yeahhhhh ! » » » les soldats des Forces Unies acclamèrent en réponse au discours de Shamour. Les cors avaient été sonnés pour signaler une avancée, et les troupes des Forces Unies s’étaient déplacées pour chasser les forces de Fuuga.

Alors que Shamour montait sur son cheval pour rejoindre la marche, il déclara à Mathew qui s’approchait : « Tu n’es pas fait pour la violence. Je te laisse la défense du camp principal. »

« Oui. Bonne chance, » dit Mathew en plaçant ses mains jointes devant lui. Shamour avait hoché la tête avant de partir.

Mathew avait regardé le champ de bataille en le regardant partir. L’important est que le sang et le nom des Chima perdurent. Alors… ne gaspillez pas vos vies en vain.

 

◇ ◇ ◇

Normalement, lors d’une retraite, une armée laissait des arrière-gardes derrière elle. Les troupes choisies pour l’arrière-garde étaient des élites, et elles devaient être dirigées par un commandant loyal. Plus l’arrière-garde retenait longtemps la poursuite de l’ennemi, plus les chances de survie de leur seigneur, et par extension du reste de leurs alliés, étaient élevées. En bref, l’arrière-garde devait être anéantie. Cela vous montre à quel point il est étonnant que Kinoshita Toukichirou ait dirigé l’arrière-garde lors de la retraite de la bataille de Kanegasaki et qu’il soit revenu vivant.

Et pourtant, chose étrange, les forces de Fuuga n’avaient pas d’arrière-garde. Malgré la poursuite féroce des Forces Unies, les unités arrière de l’armée de Fuuga semblaient fuir dans le chaos.

« Gwah ! »

« Tch… Fuugahhh !! »

Alors qu’il abattait les soldats en fuite, Shamour cria : « Je t’ai mal jugé, Fuuga Haan ! Quelle est cette disgrâce ? Tu abandonnes tes hommes et tu t’enfuis ? Comment es-tu censé être le grand homme de l’Union des Nations de l’Est !? Comment es-tu l’espoir de l’humanité !? »

Pour Shamour, qui s’attendait à une bataille passionnante, ce massacre unilatéral l’avait irrité.

Passant outre les simples soldats sur lesquels il évacuait ses frustrations, Shamour vit que les forces de Fuuga passaient déjà au pied du fort de Sebal. L’avant-garde était beaucoup plus rapide que la populace désordonnée à l’arrière. L’armée de Fuuga avait dû placer ses meilleurs combattants en tête lors de la retraite.

Si c’est le cas, Fuuga peut s’échapper… pensa-t-il. En supposant que Fuuga ait ses meilleurs hommes au front, leur capacité à percer serait considérable. Le plan prévoyait que les hommes ayant pris le fort de Sebal scellent la sortie vers les plaines, mais il est difficile de retarder l’ennemi, et ils pourraient être en mesure de percer. Alors, laissez-moi enterrer autant d’idiots qui ont suivi Fuuga ici que possible ! Sans ses partisans, Fuuga sera un homme avec ses bras et ses jambes arrachés !

Se déplaçant puissamment en tranchant les soldats ennemis, Shamour regarda devant lui.

☆☆☆

Partie 2

Pendant ce temps, à l’autre bout de ce regard, Fuuga serra les poings alors qu’il chevauchait le dos de Durga, le tigre volant. Il serra les dents en entendant les faibles cris d’agonie de ses propres hommes derrière lui dans le vent, et ses épaules tremblèrent.

« Chéri… » Mutsumi, qui l’accompagnait, parla d’une voix pleine de compassion.

Fuuga ouvrit son poing serré et tendit la main ouverte vers elle.

« Je sais, Mutsumi. » Fuuga avait mis sa main sur le dos de Durga. « Je ne peux plus m’arrêter. Ou faire demi-tour. Seulement courir dans la direction où Durga fait face. »

« Chéri… Non, Seigneur Fuuga. Je te suivrai où que tu ailles. »

Et ainsi, Fuuga et son peuple s’échappèrent des plaines de Sebal.

◇ ◇ ◇

Cela s’est passé alors que les forces unies poursuivaient l’armée de Fuuga au pied du fort de Sebal.

C’est étrange… pensait Shamour, sentant que quelque chose n’allait pas. Pourquoi tous ceux qui sont tombés ici sont-ils des soldats ennemis ?

La plupart des soldats gisant le long de la route étaient des hommes de Fuuga. Normalement, l’absence de ses propres camarades morts serait une chose à saluer, mais ils subissaient beaucoup trop peu de pertes. Le plan prévoyait une force combinée de 1500 hommes de la Maison de Chima et du royaume de Gabi pour bloquer la retraite de Fuuga. Ces forces, qui devaient entrer en collision directe avec l’avant-garde de Fuuga, auraient dû subir des pertes considérables. Et pourtant, il n’y avait aucun cadavre de cette force combinée le long de la route.

Ont-ils abandonné la tentative de bloquer les forces de Fuuga par peur ? Ils devront rendre des comptes à ce sujet plus tard.

Alors que Shamour réfléchissait, ses propres poursuivants s’étaient soudainement arrêtés.

« Pourquoi ? Pourquoi t’es-tu arrêté ? Tu vas laisser Fuuga s’échapper ! »

Un messager courut vers lui et dit : « Je porte un message ! L’armée de Fuuga s’est arrêtée à l’extérieur des plaines de Sebal ! »

« Quoi !? » s’exclama Shamour.

En réponse, le messager relaya des informations encore plus surprenantes : « De plus, l’armée de Fuuga s’est divisée sur les côtés, révélant que sa cavalerie marchait en formation au centre. À leur tête, un tigre massif ! »

« Fuuga Haan !? Alors, c’est sa force principale de deux mille hommes ! »

Pourquoi faire demi-tour ici ? Leur but n’était-il pas de laisser Fuuga et ses plus puissants guerriers s’échapper ? Alors que Shamour se demandait cela, il remarqua le terrain autour d’eux. C’était la vallée qui menait aux plaines de Sebal. C’était une route étroite entourée de part et d’autre par des montagnes, attirant les 13 000 hommes de la Force Unie en une longue file. Non, ce n’est pas possible ! Est-ce qu’on nous a attirés ?

Au moment où Shamour évalua correctement la menace et s’apprêtait à ordonner à ses troupes de s’arrêter, un messager se précipita vers lui par-derrière, à bout de souffle…

« Je suis porteur d’un message ! Les forces du royaume de Gabi et du duché de Chima fort de Sebal… »

« Quoi ? Et eux ? » demanda Shamour.

« Ils semblent s’être retournés contre nous ! Ils scellent l’entrée des plaines de Sebal ! »

Shamour était abasourdi par les paroles du messager. Ses troupes étaient étendues le long de l’étroite vallée. Leur retraite était maintenant coupée, et les forces de Fuuga s’étaient retournées pour leur faire face. Je comprends maintenant… C’est ce que tu visais depuis le début, Fuuga. Nous avions supposé que vous vouliez rejoindre le reste de vos forces, mais dès le début, vous aviez l’intention de régler les choses ici.

 

+++

Fuuga se tenait à l’avant de son armée, regardant fixement la Force Unie.

« Enfin… Enfin, je peux me lâcher. »

« Oui. Les choses se sont déroulées exactement comme le Grand Frère Hashim l’avait prévu, » Mutsumi, qui se tenait à ses côtés, était d’accord.

Son visage était l’image même du calme, mais ses bras tremblaient un peu lorsqu’elle tenait les rênes. Pour Fuuga, c’était la chance de sa vie. Pour elle, cependant, cette situation était la preuve irréfutable que son frère aîné Hashim avait trahi leur père Mathew. Bien qu’elle ne le dirait jamais, cela avait dû la secouer énormément. Mais elle faisait de son mieux pour le cacher. Dans ce cas, Fuuga avait choisi de faire semblant de ne pas le remarquer par égard pour elle.

Fuuga dirigea Zanganto vers la Force Unie.

« Je t’ai fait endurer beaucoup de choses ! Mais ça s’arrête maintenant ! Ils ont formé une petite ligne bien nette, attendant qu’on les abatte tous ! Allez, les gars ! Abattez-les, laissez-les saigner et continuez votre course ! Ce que vous voyez là est la route vers notre époque ! »

« « « Yeahhhhhhh ! » » »

Les hommes qui avaient été forcés d’endurer jusqu’à présent avaient poussé un cri qui avait évacué toutes leurs frustrations jusqu’à ce point. C’était un rugissement qui semblait secouer la terre elle-même.

Puis, tenant Zanganto prêt, Fuuga donna l’ordre…

« Chaaarge ! »

 

◇ ◇ ◇

« Archers, lâchez vos flèches ! » Bito, le roi de Gabi avait donné l’ordre, et les célèbres archers de Gabi avaient fait pleuvoir des flèches magiques sur l’arrière de la Force Unie de la faction anti-Fuuga.

« Qu-Quoi ? »

« Une attaque par l’arrière… !? Gah ! »

La pluie soudaine de flèches venant de l’arrière avait fait passer les soldats de la Force unie de la confiance en leur victoire assurée à une confusion fébrile. Dans leur désarroi, certains avaient essayé de fuir dans la direction opposée aux flèches, mais pour une raison inconnue, les troupes qui les précédaient avaient cessé d’avancer, ce qui avait provoqué un engorgement. Ils ne pouvaient pas s’enfuir.

« Maudit sois-tu, Roi Gabi ! Misérable traître ! »

Les soldats qui avaient appris la trahison étaient enragés, et des hommes furent envoyés pour s’occuper de ces exaspérants archers. Cependant, ils furent bloqués par l’infanterie du royaume de Gabi, du duché de Chima, et les 500 hommes de l’armée de Fuuga qui tenaient le fort.

Avec l’infanterie lourde scellant le passage étroit, les soldats de la Force unie ne pouvaient pas percer, et pendant ce temps une pluie de flèches les faisait tomber comme des mouches.

Au milieu de l’infanterie qui tentait désespérément de retenir les forces unies…

« Hahhh ! » Seule la section menée par Nata balayait les soldats comme s’ils n’étaient rien. Reposant sur son épaule la grande hache qu’il balançait, Nata fit claquer sa langue en signe d’irritation. « Tch ! J’ai pris ce parti parce que mon frère m’a dit de le faire, mais tout ce que j’ai à combattre ici, c’est du menu fretin. »

Nata, qui avait été au service du royaume de Sharn, avait fini par trahir son père Mathew et son lieutenant Shamour grâce à la persuasion d’Hashim. À l’origine, il attendait avec impatience son combat contre Fuuga, considéré comme le plus puissant de l’Union.

Hashim lui avait dit : « Même si tu restes dans le royaume de Sharn, tu ne rencontreras jamais que des ennemis de l’Union des nations de l’Est. Tu pourrais peut-être apprécier une bataille unique avec Fuuga sous le commandement de Sire Shamour. Mais ne veux-tu pas combattre les guerriers de l’extérieur de ce pays ? Ne veux-tu pas combattre des pays plus grands que n’importe quelle nation de l’Union ? »

Puis, Hashim avait lancé l’invitation : « Nata, viens aux côtés de Sire Fuuga avec moi. Son ambition est trop grande pour que l’Union puisse la contenir. Il te montrera des batailles comme tu n’en as jamais vu. »

L’attrait irrésistible de ces mots avait amené Nata dans le camp de Fuuga. Cependant, en l’état actuel des choses, il n’était pas rassasié.

Comme pour évacuer sa frustration, d’un coup de sa grande hache, Nata s’écria : « Tu ferais mieux de ne pas m’ennuyer, mon frère ! Ou je vais te démolir, toi et Fuuga aussi ! »

Dans un endroit un peu plus éloigné de la ligne de front, les autres fils Chima, Hashim et Nike, l’observaient.

« Il est comme une bête sauvage, » dit Hashim de son frère. « Il demande beaucoup d’entretien, mais il est tout aussi facile à manipuler. »

« Mon frère… Je vois que tu tiens vraiment de notre père, » dit Nike avec une certaine dureté dans le regard, mais Hashim sourit faiblement.

« Héhé ! Je vais prendre ça comme un compliment. »

Il n’y avait pas de sarcasme dans son ton. Même s’il s’était séparé de son père, il n’était pas entièrement mécontent d’être comparé à lui.

« Grand frère Nata est simple, donc je peux le comprendre, mais… comment as-tu convaincu le roi Gabi ? » demanda Nike en secouant la tête.

« C’était facile. La raison pour laquelle le roi Gabi est au centre de la faction anti-Fuuga maintenant est que les gens croient qu’il a organisé l’assassinat manqué. » Hashim avait laissé échapper un petit rire guttural. « Il pensait que, avec la suspicion d’être celui qui est derrière l’attaque de Gauche, même s’il a rejoint la faction pro-Fuuga, il ne serait jamais pardonné. Je lui ai révélé que j’avais des liens avec Sire Fuuga, et lui ai dit que s’il trahissait la Force Unie et se distinguait au combat, il ne serait pas tenu responsable de l’assassinat manqué. Une fois que je lui ai montré une promesse écrite à cet effet de la part de Sire Fuuga, il a été facile de le pousser à aller dans ce sens. »

« Tout s’est fait comme ça ? Qu’aurais-tu fait s’il n’avait pas accepté ? »

« Si la persuasion n’était pas une option, j’aurais simplement travaillé avec les forces de Fuuga pour l’éliminer lors de l’attaque du Fort de Sebal. Cela aurait été un peu plus compliqué, mais c’est pour une autre fois. »

« C’est vrai… » Nike ressentait une peur nouvelle devant la facilité avec laquelle Hashim pouvait dire des choses aussi incroyables.

« J’ai pensé que les ordres semblaient hors du caractère de Fuuga. Donc, c’était ton plan, mon frère. »

« Afin d’effacer tous les éléments anti-Fuuga de l’Union avec cette seule bataille, j’avais besoin que les événements se déroulent ainsi. Le test était de savoir si oui ou non Fuuga pouvait se contrôler jusqu’à maintenant… et, comme je l’avais prévu, il est apte à gouverner. Même si ses propres camarades ont été sacrifiés, il a enduré et fait ce que je lui avais conseillé. Il mérite chaque once de sagesse avec laquelle je peux le soutenir. »

L’étincelle dans les yeux d’Hashim avait dit à Nike tout ce qu’il devait savoir. Nata n’était pas le seul à avoir attendu le moment où il prendrait son envol. Hashim aussi avait cherché à se débarrasser de la petite cage à oiseaux de l’Union pour trouver un endroit où ses talents pourraient être mis à profit, et un maître qui les utiliserait.

Hashim avait fixé Nike.

« Mais tout ne s’est pas passé comme prévu. J’étais sûr que, même si ton maître pro-Fuuga te chassait, tu irais du côté de Mutsumi. »

Nike avait regardé Hashim droit dans les yeux.

« Tu ne peux pas compter sur tout le monde pour bouger comme tu l’attends, mon frère. Je suis un humain en chair et en os. J’agirai selon ma propre volonté. Alors, maintenant… » Nike avait brandi sa lance. « À bientôt, mon frère, je vais prendre congé. »

Lorsqu’il avait entendu cela, sans aucun changement d’expression, Hashim avait placé sa main sur la poignée de l’épée à sa taille.

« J’apprécie ta coopération dans ce plan. Cependant, si tu as l’intention de sauver notre père à ce stade avancé… »

« Peux-tu m’abattre, mon frère ? » demanda Nike, en regardant Hashim.

Si l’on devait simplement comparer leurs capacités martiales, Nike avait l’avantage, mais Hashim était un guerrier supérieur à la moyenne et, selon la façon dont il appliquait ses compétences, il pouvait encore l’emporter.

L’air s’était tendu un instant, mais Nike avait fait un geste de la main pour montrer qu’il n’avait aucune intention hostile.

« Ne t’inquiète pas. Je n’ai pas l’intention d’aller voir notre père. »

En fait, j’ai l’impression qu’il ne voudrait pas que je le fasse… D’après leur conversation de l’autre jour, Mathew semblait avoir accepté la situation actuelle. Si Nike allait le sauver, il ne ferait que se mettre en colère et le faire fuir, il en était sûr.

« Je vais m’échapper en suivant le marais vers le sud-ouest. J’ai… quelques objectifs personnels que je veux accomplir. Ah ! Si tu dis aux soldats de Fuuga que le quatrième fils de la maison Chima est de leur côté, et qu’ils devraient me laisser partir, cela serait d’une grande aide. »

« Je vois… » Hashim avait retiré sa main de la poignée de son épée. « C’est regrettable. J’avais espéré que tu te joindrais à moi pour soutenir le Seigneur Fuuga. Si possible, je te demanderais d’éviter de devenir son ennemi à l’avenir. Cela attristerait Mutsumi, j’en suis sûr. »

« Je n’ai aucune envie de devenir l’ennemi de Grande Soeur Mutsumi… »

Non pas que j’aie envie de travailler avec le grand frère Hashim ou le grand frère Nata… Nike avait l’impression que Hashim et lui étaient incompatibles. C’est peut-être comme ce qu’il avait ressenti pour son père Mathew.

Tout en gardant ces sentiments cachés, Nike avait baissé la tête. « Eh bien, mon frère… Je vais prier pour ton succès. »

« Ouais. Et je prierai pour ta sécurité. »

Et avec ça, Nike avait quitté le champ de bataille sans se retourner.

☆☆☆

Partie 3

Pendant ce temps, Shamour avait trouvé Fuuga sur le dos de Durga devant la Force Unie, écrasant les soldats sous les pattes du tigre volant.

Descendant de sa monture, il s’écria : « Je suppose que tu es Fuuga Haan ! Je te provoque en duel ! »

En l’entendant, l’avance de Fuuga ralentit. Puis il se tourna vers Shuukin et Kasen qui étaient avec lui et il déclara : « Shuukin ! Kasen ! Tu diriges la cavalerie pour continuer à écraser la Force Unie ! Je m’occupe de ce type ! »

« Hein !? Seigneur Fuuga !? » Kasen était confus.

« Seigneur Fuuga ! Si vous l’ignorez simplement, quelqu’un d’autre le frappera ! » dit Shuukin avec un regard dur, mais Fuuga avait un sourire féroce.

« Leur commandant en chef a choisi de descendre de son cheval et de me faire face plutôt que de s’enfuir ! Il ne serait pas juste de laisser un simple soldat le tuer. Je vais l’abattre moi-même et sceller notre victoire. »

« Mais… »

« Allez-y. C’est un ordre. »

« Ah… ! Oui, Monsieur. Allons-y, Kasen ! »

« Hein ? Es-tu sûr !? »Kasen avait l’air surpris.

« On ne peut pas le raisonner quand il est comme ça, » expliqua Shuukin, son visage se déformant en une grimace. « Nous n’avons pas le temps pour le moment. Si nous tergiversons, les meneurs de la faction anti-Fuuga pourraient s’échapper. »

« C-Compris. Suivez-nous, messieurs ! »

Le duo avait mené une unité de cavalerie mixte composée de cavaliers et de temsbock pour frapper les rangs débordés de la Force Unie par les extrémités, les écraser sous le pied et récolter leurs vies. Shuukin abattit un soldat en fuite, tandis qu’un autre qui tenait bon — espérant porter au moins un coup avant de tomber — reçut une flèche dans la gorge de Kasen et s’effondra. C’était comme une avalanche, qui balayait tout.

La Force Unie tomba dans un état de panique, incapable d’avancer ou de reculer, beaucoup d’entre eux étant piétinés par leurs propres camarades. Au milieu de tout cela, alors que la victoire était plus ou moins certaine, Fuuga s’approcha de Shamour et sauta du dos de Durga.

« Shamour, Roi de Sharn ! Ce serait une honte de piétiner une telle détermination sous les pattes de Durga ! Je prendrai ta tête moi-même ! »

« Alors, viens la chercher, petit morveux ! »

Le combat de Fuuga et Shamour avait commencé. Initialement, Fuuga était entièrement sur la défensive.

Clang ! Clang ! Clang ! Fuuga avait utilisé le Zanganto pour bloquer à plusieurs reprises les coups de Shamour.

« Ça fait du bien et c’est lourd… Vraiment l’épée d’un homme qui a un royaume sur ses épaules. »

« Quelle absurdité ! As-tu presque autant de détermination que moi, Fuuga Haan !? »

« Bien sûr ! » Sur ce, le Zanganto de Fuuga se mit à clignoter, tranchant le bras droit levé de Shamour sous le coude. Voyant le regard choqué de Shamour, Fuuga lui déclara : « Je suis prêt à porter ce poids et plus encore. »

« Tu es, es-tu… ? »

L’expression calme de Shamour rendait difficile de croire qu’il avait perdu son bras droit et une quantité considérable de sang alors qu’il s’asseyait sur place.

« Penser qu’un homme comme toi puisse naître dans ces terres… Ces terres où il y a trop de nations, toutes de taille moyenne ou plus petite, aucune capable d’élever sa tête et ses épaules au-dessus du reste… » Shamour leva les yeux vers Fuuga, riant à ses propres dépens. « Qu’est-ce que tu en penses ? De moi… ? Étais-je un ennemi qui t’a fait lutter… ? »

« Oui… Ce n’est pas un petit nombre de mes hommes qui sont morts pour payer cette victoire. »

En entendant les mots de Fuuga, Shamour avait souri malgré la douleur dans son bras droit.

« Heheheh… Si j’ai bloqué ton chemin, même un peu… Je ne pourrais pas demander plus. »

« Oh, oui… ? Depuis longtemps. Tu étais le premier grand mur sur mon chemin. »

Avec cela, un éclair de Zanganto sépara la tête de Shamour de son corps. Son visage ne montrait aucun signe de peur alors qu’il mourait. Il était parti pour l’autre monde sans angoisse ni regret.

Fuuga ferma les yeux et offrit un instant de silence, puis éleva la voix pour déclarer : « Moi, Fuuga Haan, j’ai tué le commandant ennemi, Shamour Sharn ! »

 

◇ ◇ ◇

La mort de Shamour provoqua un chaos encore plus grand au sein de la force anti-Fuuga qui, incapable d’avancer ou de reculer, perdit de nombreux hommes lors d’une autre charge de la cavalerie de Fuuga. Même s’ils avaient échappé à la charge, l’infanterie récupérée était venue se venger, ajoutant au tas de cadavres. Ainsi, au moment où les forces de Fuuga avaient complètement dominé la Force Unie, Shuukin et Kasen se précipitaient sur la route à travers les plaines de Sebal. Leur objectif était le camp principal de la Force Unie.

Maintenant que le roi Gabi avait trahi, on pouvait supposer que le château Gabi était déjà entre les mains de Fuuga. Il ne restait plus qu’à prendre le camp principal, faiblement gardé, et à capturer le cerveau restant, Mathew Chima, mettant ainsi fin à la guerre.

« Kasen ! Tu diriges la cavalerie et tu pourchasses les membres de la Force Unie en fuite. Je dirigerai une unité pour prendre le camp principal de l’ennemi. »

« Compris ! Soyez prudent, Seigneur Shuukin. »

« Bien. Toi aussi. »

Chacun souhaitant à l’autre de réussir dans la bataille, le duo se sépara. Lorsque Shuukin quitta la poursuite pour foncer dans le camp principal de l’ennemi, il le trouva étrangement désert.

« C’est bizarre… Les défenseurs ont-ils déjà fui ? »

Passant devant les chevaux de bât, Shuukin et ses hommes avancèrent prudemment plus profondément dans le camp principal. Là, ils avaient trouvé un seul homme à l’intérieur des rideaux où l’ancien commandant en chef, Shamour, s’était trouvé.

« Êtes-vous… le Duc Chima ? » demanda Shuukin en le reconnaissant, et Mathew croisa les bras et baissa la tête.

« En effet, je le suis. Je suppose que vous êtes un commandant d’une certaine renommée. »

« Je suis le subordonné du seigneur Fuuga, Shuukin Tan. »

« Un proche associé de Fuuga, alors… C’est bien. »

L’expression froide de Mathew avait rendu Shuukin suspicieux.

« Qu’est-ce que vous voulez dire par là ? »

« Oh, rien. Je voulais juste avoir une petite discussion avant d’assumer la responsabilité de mes actes en tant que commandant de l’armée vaincue. Et si c’était les simples soldats qui avaient chargé ici, je suis sûr qu’ils m’auraient décapité avant que je puisse dire un mot de plus. »

Ces mots, « Avant que je prenne mes responsabilités ». Shuukin avait compris que Mathew était prêt à mourir.

En tant que guerrier, il pouvait abattre sans pitié les hommes qui s’opposaient à lui, ou ceux qui tournaient le dos et s’enfuyaient. Cependant, lorsqu’il rencontrait quelqu’un qui avait accepté la mort, il était dans sa nature de guerrier de vouloir lui rendre hommage.

Shuukin descendit de cheval et se tint devant Mathew, qui sourit ironiquement devant la franchise de Shuukin.

« Alors ? De quoi vouliez-vous parler ? »

« Asseyez-vous d’abord… » Mathew avait fait un geste vers les tabourets du camp.

Shuukin avait pris un siège, et Mathew s’était assis en face de lui.

« Êtes-vous le seul dans le camp principal maintenant, Duc Chima ? » Shuukin avait demandé et Mathew avait hoché la tête.

« Oui. Quand ils ont vu le gros des troupes brisé, les défenseurs se sont précipités pour fuir. Mais c’est le domaine du roi Gabi. Maintenant qu’il s’est rangé du côté de Fuuga, je ne pense pas qu’ils iront bien loin… »

« Et c’est pour ça que vous n’avez pas fui ? Parce que ce serait inutile ? » demanda Shuukin et Mathew gloussa un peu en réponse.

« Je dois prendre mes responsabilités en tant que celui qui a commencé cette guerre. D’ailleurs, j’avais quelque chose à vous laisser. Je l’ai préparé en attendant que vous arriviez. »

« Quelque chose à me laisser ? »

À ce moment-là, Mathew avait sorti deux lettres de sa poche.

« L’une est pour la femme de Fuuga, Mutsumi. L’autre est pour Hashim, qui vous a rejoint. Vous pouvez vérifier le contenu, mais c’est une sorte de testament. »

« Un testament… Et vous voulez aussi le donner à Hashim ? Après qu’il vous ait poignardé dans le dos ? »

C’était Hashim qui avait correspondu avec Fuuga et avait fait échouer la stratégie de Mathew. Shuukin, qui avait supposé que Mathew lui en voudrait pour cela, avait trouvé cette demande suspecte.

« Vous pensez que je lui en voudrais ? Ha ha ha ! » Mathew rit à cette idée. « Pourquoi le ferais-je ? Il a démontré plus qu’assez de talent dans cette guerre. Il n’y a aucun doute qu’il est apte à reprendre la maison Chima. »

Puis, son expression se détendit, Mathew continua.

« Ici, dans ce pays, où tant de pouvoirs s’élèvent et s’effondrent, il y a des moments où une petite nation doit faire des choses discutables pour survivre. Ce qu’Hashim a fait ici, c’est ce que notre famille a toujours fait depuis tout ce temps, et ce que j’ai moi-même aussi fait. Il a vraiment hérité de mon sang. »

Ses yeux ne montraient aucune indécision, il croyait pleinement à ses paroles.

« Je ne peux pas comprendre…, » répondit Shuukin.

« Bien sûr que non. Vous n’êtes pas un membre de notre maison, après tout. » Cela dit, Mathew avait demandé à Shuukin : « Au fait, que sont devenus Nata et Nike qui ont participé à la bataille ? »

« Je crois que Sire Nata a rejoint notre camp avec Sire Hashim. Sire Nike a coopéré avec Sire Hashim pendant un certain temps, mais j’ai reçu des rapports indiquant qu’il s’est retiré du champ de bataille. »

« Hmm. Si nous avons déclenché une guerre de cette ampleur, et que je suis le seul Chima qui doit perdre sa vie pour cela, alors c’est un excellent résultat. »

Il parlait comme si sa propre vie ne signifiait rien. Cela montrait combien de temps sa famille avait fait des calculs avec sa propre vie, décidant qui vivrait et qui mourrait.

Pourtant, Shuukin ne pouvait s’empêcher de demander. « Duc Chima… N’avez-vous pas l’intention de vous rendre ? Il n’est pas trop tard. Vous êtes le père de Dame Mutsumi. Cela fait de vous le beau-père du seigneur Fuuga. Je suis sûr que même mon seigneur doit respecter votre capacité à avoir rassemblé autant de personnes contre lui… »

« Je ne peux pas, » refusa fermement Mathew. « Si je m’accrochais sans vergogne à la vie, cela affaiblirait la position de Mutsumi et diminuerait la valeur d’Hashim en tant qu’homme qui a même abandonné son propre père pour rejoindre Sire Fuuga. C’est la seule chose que je ne peux pas faire, en tant que chef de la maison Chima. »

Sur ce, Mathew s’était levé de son siège et avait remis les deux lettres à Shuukin.

« Je suis satisfait. Hashim a grandi au point de pouvoir porter la Maison de Chima, et j’ai pu affronter un grand homme dans une grande bataille à la toute fin. C’est dommage que je n’aie pas pu gagner, mais je n’ai pas de regrets. »

« Duc Chima… »

Mathew avait tourné le dos à Shuukin, et s’était assis sur le sol.

« Maintenant, ramenez ma tête avec vous. Je compte sur vous pour remettre ces lettres. »

« Je jure que ce sera fait. »

Shuukin se leva et dégaina son épée. Il la leva haut, puis la balança vers le bas.

Le sournois Mathew Chima. Un homme qui avait souffert l’ignominie, donnant tout pour préserver sa maison et sa lignée, était mort d’une mort bien plus noble que la vie qu’il avait vécue.

☆☆☆

Partie 4

Une bataille s’était terminée. La vallée menant aux plaines de Sebal était jonchée des cadavres des soldats de la Force Unie, et la rivière était coloriée du rouge de leur sang. Les survivants fuyaient dans toutes les directions, ou se rendaient et étaient faits prisonniers. On peut supposer que 80 % des factions anti-Fuuga de l’Union des nations de l’Est avaient été éliminées ce jour-là.

Alors que les forces de Fuuga nettoyaient après la bataille au milieu des plaines de Sebal, trois individus étaient venus à sa tente dans le camp principal et s’étaient prosternés devant lui. Ils étaient ceux qui avaient changé de camp au milieu de la bataille : Le Roi Gabi, Hashim Chima, et Nata Chima. Shuukin et Mutsumi se tenaient de chaque côté de Fuuga.

« Je suppose que je devrais dire, bien joué, » dit Fuuga, les regardant du haut du tabouret de camp sur lequel il était assis. « Voulez-vous me jurer fidélité maintenant ? »

« Oui, Monsieur ! » dit le roi Gabi, s’inclinant si bas que son front avait presque raclé la terre. « Alors que Gauche a agi seul, c’est ma faute que je n’ai pas été en mesure de garder un de mes sujets sous contrôle. J’ai également pris le mauvais chemin et rejoint la faction anti-Fuuga. Pourtant, vous m’avez accepté, mon seigneur, même si je me suis opposé à vous. Afin de rembourser cette dette de gratitude, j’ai l’intention de travailler jusqu’à l’os en votre nom. »

« Nous pensons la même chose que le roi Gabi, » dit Hashim en inclinant la tête.

Fuuga se leva de son tabouret de camp, prit son Zanganto à Shuukin, et posa la lame contre le côté du cou de Hashim. Le regard de Fuuga donna des sueurs froides au roi Gabi.

« Vous avez mes remerciements pour ce que vous avez fait, mais je n’ai aucun amour pour ceux qui poignardent les autres dans le dos, » dit Fuuga en regardant Hashim. La lame froide toucha le cou d’Hashim.

Si Fuuga le tirait juste un peu, le Zanganto tranchant trancherait sa chair, et une pluie cramoisie jaillirait.

 

 

Un long silence s’était installé entre eux. Il était si calme que les cœurs qui s’emballaient de tous ceux qui assistaient au déroulement de cette scène tendue semblaient bruyants.

Une fois le douloureux silence passé, Fuuga retira sa lame du cou d’Hashim, puis, s’asseyant à nouveau, il frappa le pommeau du Zanganto sur le sol.

« Cela ne doit pas se reproduire ! Je veux que vous vous en souveniez tous les trois ! »

« « « Oui, monsieur ! » » » Les trois hommes inclinèrent leur tête à l’unisson.

Fuuga continua. « Hashim, reste. Les deux autres, partez. Et les autres personnes ici, sortez. »

Nata et Gabi prirent congé à son commandement. Une fois qu’ils eurent quitté la tente, un court moment s’écoula, puis Fuuga rendit son Zanganto à Shuukin avant de poser ses mains sur ses genoux.

« Était-ce bon, Hashim ? »

« Oui, Monsieur. Une performance admirable, » dit Hashim en levant la tête avec une expression nonchalante sur son visage. Fuuga avait souri ironiquement quand il l’avait vu.

« Tu étais de notre côté depuis le début. En fait, nous suivions un plan que tu as imaginé. Je n’ai jamais pensé que je devrais t’appeler un traître. »

Comme Fuuga l’avait dit, bien qu’il soit resté avec Mathew et la Force Unie, Hashim avait divulgué des informations à Fuuga. C’est également lui qui avait suggéré d’utiliser une fausse retraite pour attirer leurs ennemis dans la vallée étroite où ils pourraient les éradiquer par une contre-attaque. Cette guerre pouvait largement être considérée comme la victoire stratégique d’Hashim.

Hashim avait souri. « Les autres commandants entendront parler de votre regard lorsque vous m’avez demandé de ne plus jamais vous trahir de la part du roi Gabi. Cela leur donnera l’impression que si vous êtes assez généreux pour accueillir vos anciens ennemis, vous êtes aussi effroyablement impitoyable envers ceux qui s’opposent à vous. »

Hashim ne pouvait pas le savoir, mais ce qu’il disait était remarquablement similaire au chapitre 18 du livre préféré de Souma, Le Prince, ­­­­­qui disait : « Il est nécessaire pour un prince de comprendre comment se servir de la bête et de l’homme. »

La loi doit être utilisée avec les hommes, et la force avec les bêtes. En effet, dans le monde réel, un dirigeant doit parfois faire face à des hommes qui abandonnent leurs croyances comme des bêtes sauvages, et à ce moment-là, le dirigeant ne doit pas hésiter à utiliser la force pour les faire se soumettre comme le font les bêtes. La leçon est qu’un dirigeant doit avoir deux visages.

Hashim poursuivit : « De plus, si nous créons l’impression que j’étais le chef de ceux qui ont changé de camp pour vous rejoindre, alors chaque fois que vous reconnaîtrez l’une de mes réalisations, vous aurez l’air d’un grand homme qui n’a pas de préjugés à l’égard des gens en raison de leurs origines. La plupart des soldats capturés dans cette bataille ne faisaient que suivre les ordres. S’ils me voient être bien traité, ils se sentiront en sécurité en vous rejoignant. »

« Je vois… »

« Dans le même temps, si quelqu’un espère conspirer contre vous à l’avenir, il tentera d’abord de me gagner à sa cause. Quand ils le feront, leurs plans seront exposés, et nous pourrons nous occuper de la rébellion avant même qu’elle ne commence. »

« Ha ha ha ! Merveilleux ! » Fuuga s’était tapé le genou en gloussant. « J’ai toujours voulu un homme comme toi — quelqu’un qui pense toujours avec deux pas d’avance. Mes disciples sont tous forts, mais ils ne sont qu’à un ou deux pas des barbares qui pensent qu’on peut résoudre n’importe quel problème en se battant. Seuls Shuukin, Mutsumi et Kasen seraient utiles pour les négociations politiques. Bien que, avec le jeune âge de Kasen, personne ne le suivrait. »

« Tu n’as sûrement pas besoin de rabaisser tes propres adeptes… » Shuukin le réprimanda avec un soupir.

« C’est la vérité. Quand je pense à ce qui nous attend, je sais que nous devrons rassembler des personnes ayant des capacités différentes de celles que nous avons, et les mettre au travail. Heureusement, il y a quelqu’un qui nous a donné un exemple de la façon de le faire. »

Fuuga avait parlé en pensant à Souma. Il était convaincu qu’il ne perdrait jamais face à Souma en matière de prouesses martiales ou de charisme, mais lorsqu’il s’agissait de connaissances et de la capacité à utiliser les gens, Fuuga devait reconnaître qu’il n’était pas de taille.

« C’est une bonne façon de penser. » Hashim acquiesça. « À cette fin, nous devons prendre rapidement le contrôle de l’Union des nations de l’Est et trouver les talents qui s’y cachent. En particulier, notre manque de bureaucrates pour gérer les affaires intérieures pourrait s’avérer mortel. Si nous voulons étendre notre territoire, nous devrons rassembler suffisamment d’administrateurs pour gérer tout cela. »

« Savoir que c’est la vérité rend la chose plus douloureuse à entendre… » Fuuga avait haussé les épaules en signe d’exaspération. « Mais bien sûr. J’ai l’intention de faire venir plus de gens et d’agrandir ma suite. Tu les dirigeras, Hashim. À tes yeux, cependant… le roi Gabi est-il quelqu’un que nous pouvons utiliser ? »

Hashim sourit légèrement. « Mon frère Nata se bat comme une bête sauvage, et c’est tout ce qu’il a dans la tête, il est donc facile à manipuler. Le roi Gabi, en revanche, est le genre de personne qui fait passer sa propre préservation avant le bénéfice du groupe dans son ensemble. Il y a un risque élevé qu’il se transforme à nouveau, donc nous ne pouvons lui confier une tâche importante. »

« Je savais qu’il n’était pas digne de confiance… Alors, que penses-tu que nous devrions faire de lui ? »

« À partir de maintenant, vous allez sans doute travailler à éponger les derniers éléments anti-Fuuga, Seigneur Fuuga. Il y aura éventuellement une bataille difficile, et quand ce sera le cas, il devrait être placé sur les lignes de front avec l’ordre de “garder nos pertes au minimum”. Ensuite, après, nous pourrons le tenir responsable de ses mauvaises performances. Ses archers sont puissants, alors plaçons-les sous votre commandement direct lorsque ce sera fait. »

Il y avait une froideur dans les yeux d’Hashim, et le regard de l’honnête Shuukin montrait clairement qu’il n’aimait pas ça. Fuuga, cependant, avait ri de manière rauque.

« Eh bien ! On dirait que je vais avoir besoin de gars capables de faire ce genre de suggestions à partir de maintenant… Tu vas m’aider, bien sûr, n’est-ce pas ? »

« C’était mon intention depuis le début. S’il vous plaît, continuez à avancer vers la lumière du jour, Seigneur Fuuga. » Les mots d’Hashim montraient sa détermination à être celui qui s’occuperait de tout le travail dans l’ombre.

Alors qu’il regardait Hashim, Fuuga avait demandé quelque chose qui le tracassait. « Dis-moi une dernière chose. N’as-tu pas hésité à trahir le Duc Chima... Mathew Chima ? »

Cette question avait fait frémir un peu Mutsumi, qui était restée silencieuse tout ce temps. Elle devait avoir ses propres pensées sur son frère qui avait trahi leur père pour les rejoindre.

Ici, pour la première fois, les yeux de Hashim étaient devenus durs. Il regarda directement Fuuga, presque comme s’il le fixait.

« Personne, pas même vous, Seigneur Fuuga, ne pourrait comprendre ce qu’il y avait entre nous, père et fils. »

« Oh… ? »

« C’est père lui-même qui m’a élevé pour devenir le genre de commandant capable de prendre une telle décision. Vous êtes un grand homme, connu dans le monde entier, et j’ai déterminé que vous seriez en mesure de mettre mes talents — des talents qui ont été gaspillés ici dans la cage qu’est l’Union des nations de l’Est — à profit. Si mon père avait été plus jeune, et moins contraint par sa position, je suis sûr qu’il aurait pris le même chemin que moi. Je suis sûr que mon père a compris mes actions, tout comme je l’ai compris. »

Fuuga avait été accablé pendant un moment, mais avait rapidement laissé échapper un soupir.

« Vous étiez vraiment père et fils… Shuukin. »

« Oui, monsieur. » Shuukin marcha devant Hashim et tomba à genoux, sortant de sa poche une lettre qu’il lui offrit. « Je suis celui qui a abattu Sire Mathew. J’étais là pour ses derniers instants. »

« Je vois… »

« Voici la lettre que Sire Mathew m’a demandé de vous remettre. Il y en avait une autre, celle-là adressée à Madame Mutsumi. »

Lorsque Hashim accepta la lettre, Shuukin inclina la tête puis reprit sa position initiale.

Mutsumi avait sorti sa propre lettre pour qu’Hashim puisse la voir.

« Dans le mien, il s’excusait de s’être opposé au seigneur Fuuga, aggravant ainsi ma position, et disait qu’il était satisfait de sa vie. Il a également écrit que je ne devais pas t’en vouloir. Il semble… qu’il te comprenait aussi bien que tu le disais. »

Mutsumi avait baissé les yeux en signe de tristesse. Hashim avait fermé les siens.

Après un certain temps, Fuuga avait parlé, « J’ai regardé sa lettre pour toi. Tu devrais la lire. »

« Oui, monsieur… Si c’est ce que vous souhaitez. »

Hashim avait ouvert la lettre, l’avait parcourue, puis…

« Hein !? »

Ses yeux s’étaient écarquillés.

Contrairement à la lettre de Mutsumi, il n’y avait pas un seul mot d’excuse, pas une seule demande de pardon, et encore moins un mot de doléance. Elle disait seulement comment les choses devaient être gérées après sa mort. Elle incluait une liste de noms, et les pays auxquels ces personnes étaient actuellement rattachées. Alors qu’Hashim traitait le tout, il avait tenu le papier si fort qu’il s’était froissé. C’était une liste de toutes les ressources humaines auxquelles Mathew pouvait penser.

Lorsque l’unité principale de la Force Unie fut détruite, Mathew avait passé tout le temps qui lui restait avant que la mort ne vienne le chercher à écrire les noms des personnes qu’ils pourraient engager pour soutenir la domination de Fuuga. Il n’y avait pas un seul mot inutile. Cependant, cela montrait que Mathew reconnaissait les capacités d’Hashim, et il était parti dans l’au-delà en sachant que la famille était entre de bonnes mains.

« Qu’est-il arrivé… aux restes de mon père ? »

« Ils ont été soigneusement conservés, et personne ne les touchera. Mutsumi organisera des funérailles pour lui plus tard. »

« Je vois… » Hashim baissa la tête, ne levant pas les yeux pendant un certain temps.

Des larmes avaient coulé sur les joues de Mutsumi alors qu’elle le regardait, presque comme si elle pleurait parce qu’il ne pouvait pas.

En voyant les larmes sur ses joues, Fuuga pensa, Tu l’as fait pleurer deux fois… Espèce d’imbécile, en pensant à feu Mathew Chima.

☆☆☆

Chapitre 7 : Travail de fond

Partie 1

Lors de la bataille des plaines de Sebal, la faction anti-Fuuga avait été grandement affaiblie par la perte de la majorité de sa force de combat, ainsi que de ses figures centrales, Shamour Sharn et Mathew Chima. Les États anti-Fuuga avaient été détruits les uns après les autres par Fuuga, les États qui le soutenaient, et même les rébellions des partisans de Fuuga parmi leurs propres citoyens.

Au fur et à mesure, il y avait ceux qui, comme Hashim Chima, menaient une armée et se distinguaient au combat, gagnant rapidement sa place de conseiller de Fuuga, ainsi que ceux qui travaillaient dur par désespoir pour prouver leur loyauté, comme Bito Gabi. Parmi ceux qui avaient juré fidélité à Fuuga après la guerre, certains avaient été chassés pour n’avoir pas répondu aux attentes, tandis que d’autres avaient été découverts en train de comploter contre lui et avaient été abattus.

Il y avait ceux qui s’étaient élevés pendant le chaos, ceux qui avaient été détruits, et ceux qui n’avaient pu que regarder tout cela se produire. Au milieu de toutes ces émotions contradictoires, le sang avait coulé partout dans l’Union des nations de l’Est.

 

◇ ◇ ◇

– Trois mois après la bataille des plaines de Sebal —

L’Union des Nations de l’Est était en train d’être réorganisée avec Fuuga comme seule puissance. Avec tant de forces différentes, il avait été difficile pour un pays de se démarquer dans l’Union des Nations de l’Est auparavant, mais une centralisation autour de Fuuga était en cours — C’était le rapport que je venais d’entendre de Hakuya dans le bureau des affaires gouvernementales du château de Parnam.

« Il se déplace plus vite que je ne le pensais…, » avais-je dit, en donnant ma réaction honnête. « J’avais peur de son potentiel de grand homme, et du charisme qui attire les gens vers lui alors qu’il poursuit aveuglément son rêve. La façon dont il semble si innocent, sans aucun côté sombre, et ne fais que grandir de plus en plus. »

« Oui, je suis d’accord… »

« Mais d’un autre côté, parce qu’il n’a pas de côté sombre, il y a une certaine naïveté en lui. En raison de sa grande générosité, il accueillait même au bercail des étrangers qui ne pouvaient pas partager son rêve. Je pensais que cela finirait par causer des frictions et des discordes qui lui couperaient l’herbe sous le pied. »

Si Fuuga avait le genre de charisme qui attirait tout le monde vers lui, et une volonté d’accepter n’importe qui, alors cela inclurait ceux qui n’étaient intéressés que par la préservation d’eux-mêmes, ou qui nourrissaient secrètement de l’hostilité envers lui. Les grands hommes de l’histoire se sont souvent fait piéger par des commandants médiocres qui ne pouvaient pas apprécier leur vision, et par ceux qui se sont rebellés contre eux. Je pensais que Fuuga serait pareil.

« Mais la façon dont il a traité ceux qui étaient en retard pour le rejoindre n’est pas comme Fuuga. En gros, il les a brutalisés et chassés, ou les a piégés et tués. Il n’était pas du genre à faire ça. »

« Parfois, un souverain doit être prêt à faire à la fois le bien et le mal. Le seigneur Fuuga doit avoir trouvé quelqu’un qui peut le conseiller quand il est temps d’être mauvais, » répondit Hakuya, la méfiance s’insinuant dans sa voix. « Son traitement de la faction anti-Fuuga a été logique et cruel. Son conseiller doit être bon. »

« Veux-tu parler de Hashim Chima de ton rapport ? »

« Je le crois. L’homme semble avoir hérité d’une grande partie de l’aptitude du Duc Chima pour la diplomatie et l’intrigue. »

« C’est gênant. C’est le genre de personne que j’aimerais le moins avoir à ses côtés. » Je laissais échapper un soupir en me tapotant la tempe. « Je suppose que je dois supposer que Fuuga a quelqu’un près de lui qui peut opérer au même niveau que toi, hein ? Hakuya, si tu servais Fuuga, quel serait ton prochain plan ? »

« Un travail de fond supplémentaire, bien sûr. Avec les nombreux membres de la faction neutre qui restent, nous ne pouvons pas encore dire que nous avons pris le contrôle de l’Union des nations de l’Est. »

« Les neutres, hein… ? » Je m’étais levé et étais allé me placer près de la porte vitrée qui donnait sur le balcon. « Connaissant Fuuga, il essaiera d’amener les neutres de son côté. Il a le charisme pour le faire, après tout. Ce serait le moyen le plus rapide de rassembler l’Union des nations de l’Est, et cela lui éviterait de s’attirer beaucoup d’inimitiés inutiles. »

« Mais cela affaiblirait leur unité interne. S’il fait appel à des personnes dont la position est incertaine, cela ne fera que lui nuire à long terme. Si on regarde les choses de façon pratique, il ne devrait pas le faire… Si j’étais son conseiller, je lui dirais cela. »

« Alors je suis sûr que Hashim fera de même. Et nous avons vu que Fuuga est capable d’écouter les conseils… Nous verrons encore du sang couler. On dirait qu’il ne faut pas s’attendre à ce que toutes les nouvelles soient bonnes. »

Dans ce cas, la bonne nouvelle était que Roroa avait découvert qu’elle était enceinte il y a quelques mois.

« Maintenant, je vais être une maman aussi ! Continue à me traiter comme il faut, chéri. »

Je m’étais souvenu de l’expression joyeuse, mais un peu timide sur son visage quand elle me l’avait dit. Avant cela, j’étais généralement à l’étranger lorsque j’apprenais ce genre de choses, mais cette fois, j’étais au château et nous avions pu organiser une grande fête de famille. Juna devait bientôt accoucher aussi, alors j’avais savouré les joies de la famille.

En parlant de famille… J’avais regardé le ciel à travers les vitres. Lastania était neutre aussi. Est-ce que Julius et la princesse Tia vont s’en sortir ?

 

◇ ◇ ◇

– Pendant ce temps, à Lastania —

Dans le manoir royal où vit la famille royale, le vassal du roi, Julius, était assis aux côtés de sa femme, la princesse Tia, dont les cheveux avaient un peu poussé, et en face de ses parents, le couple royal.

Il avait présenté deux lettres au roi.

« Père, je voudrais que tu emmènes mère et Tia avec toi pour une mission diplomatique. »

« Seigneur Julius ! » cria Tia, bouche bée devant ce qu’il venait de proposer.

Cependant, Julius n’avait pas fait attention à elle, continuant à dire, « D’abord tu rendras visite à la Reine Sill du Royaume des Chevaliers Dragons de Nothung, et tu remettras cette lettre. Ensuite, je veux que tu te rendes au Royaume de Friedonia avec une escorte du Royaume des Chevaliers-Dragons où tu rencontreras le Roi Souma et lui remettras cette lettre. Avec une escorte de chevaliers dragons, je suis sûr que vous devriez pouvoir passer par la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon. »

« Tu nous demandes de quitter le pays… ? » demanda le roi Lastania, en regardant Julius dans les yeux. Julius avait hoché la tête. Puis il ouvrit une autre lettre et la montra aux trois autres.

« C’est une lettre de Fuuga Haan. Ou plutôt une invitation. Il organise un banquet pour tous les souverains qui ne l’ont ni soutenu ni opposé. C’est pour apprendre à nous connaître et gagner notre soutien. Mais… »

Après avoir dit cela, Julius avait rétréci ses yeux. Ils étaient si froids qu’ils avaient fait sursauter la princesse Tia. C’était presque comme s’il était redevenu l’homme qu’il était quand il vivait à Amidonia.

« … C’est seulement pour le public qu’il dit ça. »

« Alors, il y a autre chose ? » Le roi Lastania demanda et Julius hocha la tête.

« C’est la façon dont il traite ceux qui ont été lents à le rejoindre. Les punir pour donner l’exemple aux autres est en contradiction avec la façon dont Fuuga a toujours été avant maintenant. C’est très pragmatique, le genre de chose qu’un homme comme moi préférerait. »

« Non… »

Son père Gaius lui avait dit un jour que leur famille royale avait le sang de serpents venimeux dans les veines. Et un serpent sait comment un serpent pense.

« C’est probablement un plan de ce nouveau venu, Hashim. Ce qui fait qu’il est fort probable que ce banquet soit aussi son idée. »

« Si c’est le cas, le fait de ne pas y assister ne va-t-il pas aggraver notre position ? »

« Oui. Il considérera probablement que quiconque n’y va pas a l’intention de s’opposer à lui, et utilisera cela comme un prétexte pour attaquer. Que nous y allions ou pas, seule la ruine nous attend. »

« Alors on va fuir… ? »

Julius hocha de nouveau la tête. « Si Fuuga attaque avec toute la puissance de l’Union des nations de l’Est, alors même notre alliance avec le Royaume des chevaliers dragons de Nothung ne pourra pas nous protéger. Même si nous parvenons à les repousser pendant un certain temps, les terres seront ruinées et le pays ne sera plus en mesure de subvenir à ses besoins. »

« Mais un roi ne doit pas abandonner son peuple… »

« Mon plus grand souci est que le peuple abandonne son roi. » Julius avait forcé le bon vivant roi de Lastania à regarder la réalité en face. « Il y a beaucoup de gens dans notre propre pays qui aimeraient se voir sous la protection de Fuuga. Après toutes les souffrances qu’ils ont subies lors de la récente vague de démons, il est quelque peu naturel qu’ils cherchent quelqu’un de fort pour défendre leurs vies et leurs biens. Pour ces personnes, l’ancienne famille royale ne fera qu’entraver le chemin. »

Julius avait déjà vécu cela une fois auparavant. Lorsque le peuple d’Amidonia n’avait que Gaius à qui se raccrocher, il était loyal. Cependant, en raison du régime libéral qu’ils avaient connu sous l’occupation de Van par Souma, et de la mort de Gaius au combat, le peuple avait rapidement accepté la domination du Royaume. Même lorsque Julius avait repris le pouvoir, une grande partie du peuple avait soutenu Roroa, qui était plus proche de Souma par son tempérament, et ils avaient jeté Julius dehors.

Le roi Lastania n’avait aucun contre-argument à ces paroles nées de son expérience personnelle. Au lieu de cela, Tia s’était rapprochée de Julius.

« Tout à l’heure, tu as dit que nous devions partir tous les trois. Veux-tu rester ici, seigneur Julius ? »

Voyant l’expression d’inquiétude sur son visage, Julius avait doucement caressé les cheveux de Tia.

« Je dois gagner du temps pour que notre fuite passe inaperçue… De plus, bien que j’aie dit que beaucoup voulaient être protégés par Fuuga, Jirukoma et Lauren aiment et respectent également la famille royale. Je dois organiser leur fuite. »

« Alors je vais aussi rester ! »

« Tia… » Julius l’avait regardée droit dans les yeux. « Je vais m’en sortir. Je ne manquerai pas le bon moment pour m’échapper. En fait, l’inquiétude causée par ton séjour rendrait plus difficile ma concentration sur ma tâche. »

« Seigneur Julius… »

« De plus, ton ventre grossit de jour en jour. »

« Ah… ! » Tia avait subtilement posé une main sur son propre ventre.

À l’intérieur, une nouvelle vie grandissait. Un enfant portant le sang des familles royales de Lastania et d’Amidonia. Julius avait attiré Tia, qui portait maintenant son enfant, et serait bientôt une mère, près de lui, caressant doucement ses cheveux.

« Tu comprends, n’est-ce pas, Tia ? Ce que nous devons défendre avant tout. »

« Notre enfant… »

 

 

« Bien sûr. Je ne vais pas gâcher ma vie avant de savoir si c’est une fille ou un garçon. »

Julius avait regardé le couple royal.

« Alors, père, mère, je vous demande de vous occuper de Tia. »

« D’accord… Nous ferons tout comme tu le dis, beau-fils. »

« Sire Julius, reste en sécurité. »

Le lendemain, le couple royal lastanien et la princesse Tia se sont discrètement échappés du pays avec une escorte du royaume des chevaliers dragons de Nothung. On leur avait dit qu’ils étaient en voyage diplomatique pour améliorer les relations avec le Royaume de Friedonia.

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