Genjitsushugisha no Oukokukaizouki – Tome 13

Table des matières

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Prologue : Tempête, attaque ennemie

Cette nuit-là, une île de l’archipel du Dragon à Neuf Têtes avait été assaillie par une tempête intense. Bien que moins forte qu’un typhon, l’île était quand même battue par des vents et des pluies violentes. Les habitants de l’île s’étaient réfugiés dans leurs maisons en bois, écoutant le bruit des bâtiments qui craquaient sous la pression du vent et de la pluie qui frappait à leurs portes. C’était une nuit d’insomnie où ils craignaient que leurs maisons ne s’effondrent.

« Papa, j’ai peur… »

Une famille de deux parents et de deux enfants était recroquevillée. Tenant son plus jeune enfant dans ses bras, l’homme qui était le maître de maison avait dit. « Il en faudra plus pour que le vent emporte notre maison. »

« Allons, n’ayez pas peur. Allez dormir, » dit la mère des enfants, en essayant de les mettre au lit, et c’est là que cela s’était produit.

Whoosh... Thud ! Ker-crack ! Le vent hurlait, et un bruit comme un violent fracas secoua l’île. C’était presque comme l’impact d’un bombardement par un navire de guerre.

« Quel était ce son à l’instant ? » Même l’homme était effrayé par cet impact. « Ce n’était pas un son naturel. »

« Mon cher, tu ne penses pas que c’est… ça, n’est-ce pas ? »

Le sang avait fui le visage de l’homme face à la question de sa femme, et il avait serré ses enfants plus fort, incapable de répondre. Le combat de cette famille contre la terreur allait durer jusqu’à l’aube.

La pluie et le vent s’étaient calmés à l’approche du matin. Le silence brisant leur sentiment de tension, l’homme et sa famille s’endormirent. Plus tard, alors que la lumière affluait, l’homme s’était réveillé et il était sorti pour trouver un ciel si clair que l’orage d’hier semblait n’être qu’un mensonge.

Alors qu’il se sentait encore soulagé d’avoir passé la nuit, il remarqua qu’il y avait une perturbation en bas de la côte. Se précipitant vers la plage où les gens étaient rassemblés, il trouva d’autres insulaires réunis, murmurant entre eux.

« Quelque chose s’est-il passé ? »

Alors que l’homme s’approchait, l’un des autres hommes qui étaient déjà là avait fait demi-tour. « Oh, j’ai trouvé quelque chose. Jette un coup d’œil à ça. »

Il montrait du doigt un gros morceau de pierre, qui faisait plus de deux fois la hauteur d’un homme adulte, qui sortait tout droit de la plage. L’homme avait penché sa tête sur le côté en la regardant.

« Il n’y avait rien de tel ici hier, n’est-ce pas ? »

« Mm-hm. Mm-hm. Il y a aussi des morceaux éparpillés partout. »

En regardant autour de lui, il pouvait voir d’autres morceaux faits du même type de roche gisant sur le sable. De plus, l’ornementation sur ces morceaux montrait clairement qu’il n’y avait pas que des morceaux de pierre. Ils étaient clairement fabriqués par l’homme.

L’homme avait eu l’impression de reconnaître ce morceau de roche.

« Serait-ce… un pont de pierre ? » demanda-t-il.

En regardant parmi les décombres, il avait pu distinguer ce qui semblait être les vestiges d’une structure en arche.

« Mm-hm. » L’autre homme avait fait un signe de tête. « On disait tous que ça ressemblait à un pont de pierre. »

« Mais il n’y avait rien de tel qu’un pont de pierre sur cette île, n’est-ce pas ? »

« Il n’y en a pas. Une petite île comme la nôtre n’a jamais eu besoin d’un grand et impressionnant pont. Un pont en bois suffit. »

« Alors, que fait ce pont de pierre ici ? »

« Nous ne savons pas. C’est pour ça qu’on en parlait tous. »

Si ce n’était qu’un rocher ordinaire, ils auraient peut-être imaginé qu’il avait été apporté par la tempête ou un glissement de terrain, mais que pouvaient-ils faire d’un pont de pierre, quelque chose qu’ils n’avaient pas sur cette île, poignardant leur plage ?

Les habitants de l’île s’étaient tous mis la tête sur le côté dans la confusion.

« C’est terrible ! Terrible ! » un jeune homme s’était écrasé au sol en criant.

« Oh, qu’est-ce qui est terrible maintenant ? Tu es devenu tout pâle, » lui demanda l’homme.

Le jeune homme avait repris son souffle, puis avait expliqué. « Ils disent que… 'ça' est apparu sur l’île voisine, la nuit dernière. »

« « « !? » » »

L’air s’était aussitôt figé et les habitants de l’île avaient pâli. Les habitants de l’archipel étaient si terrifiés par cet être terrible qu’il suffisait de dire le mot « ça » pour leur faire peur. Avait-il dit que c’était l’île voisine ? Est-ce que c’était l’île un peu plus grande, visible de celle-ci ?

Au milieu de la nuit, pendant la tempête, il était apparu près de cette île. Si les choses s’étaient passées un peu différemment, ils auraient peut-être été attaqués à la place.

Le jeune homme déclara. « La situation est vraiment dans le désordre là-bas. Ils disent que ça a rasé la moitié de l’île. »

« Pas possible… »

« Qu’est-ce qu’on va faire… ? »

Les habitants de l’île semblaient découragés.

« H-Hey… » l’homme, qui regardait toujours le pont, parla. Tout le monde se retourna pour le regarder. Il désigna le pont. « N’est-ce pas le pont de l’île voisine ? »

« « … » »

Ce n’est pas possible… personne n’osa le dire. Ils avaient commencé à penser que ça ressemblait au pont de l’île voisine. Mais quand même. Même si l’autre île n’était qu’à un jet de pierre, que faisait leur pont poignardant la plage de cette île ?

« Maintenant que j’y pense, il y a eu ce bruit de wooshin, et un fort impact pendant la tempête la nuit dernière », déclara l’homme, se souvenant de la nuit précédente.

Quand ils avaient réfléchi à la signification de son récit… ils avaient tous tremblé comme un seul homme.

« Me dis-tu qu’il l’a jeté ici ? »

« Ce truc énorme, au-dessus de la mer ? »

« Non, non… Je n’arrive pas à y croire… »

Cependant, aucun d’entre eux n’avait pu le nier complètement.

☆☆☆

Chapitre 1 : Colère – danger

Partie 1

Pendant ce temps, au Royaume de Friedonia, une fille qui ressemblait à une princesse sirène et un jeune homme qui ressemblait à un samouraï avec des oreilles de renard blanc s’inclinaient devant Souma.

La fille s’appelait Shabon, et elle était la fille du roi Shana, qui dirigeait l’État hostile connu sous le nom d’Union de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes, tandis que le jeune homme aux oreilles de renard blanc était son garde du corps, Kishun.

Souma ne pouvait pas croire ce que Shabon venait de lui dire.

« S’il vous plaît, utilisez-moi comme votre “outil”. »

Quoi ? Mon outil ? pensa-t-il. Pendant un instant, il n’avait même pas compris les mots. Il faisait de son mieux pour que cela ne se voie pas, mais intérieurement, il était confus. Les filles normales ne vous disent pas de les utiliser comme vos outils, n’est-ce pas ? Elle n’était probablement pas une sorte de masochiste totale, et même si elle l’était, elle ne le lui demanderait pas avec des yeux aussi ternes.

C’était une déclaration problématique venant d’une jeune fille dans la position délicate d’être la fille du Roi Dragon à neuf têtes. Qu’était-il censé faire à ce sujet ?

Il jeta un regard à Hakuya, qui l’avait regardé avec un air sérieux.

« Je compatis à ce que vous devez ressentir, mais retenez-vous pour l’instant, » c’était ce que ses yeux disaient.

***

J’avais exhalé, en essayant de me calmer, puis j’avais posé mon coude sur l’accoudoir de mon trône pour avoir l’air intimidant en demandant à Shabon. « … Qu’est-ce que cela veut dire ? »

« Je le pense littéralement. Vous pouvez m’utiliser comme vous le voulez, » répondit Shabon en plaçant sa main sur son cœur. « Mon existence devrait vous être utile, à vous qui êtes sur le point de combattre mon père… de combattre le Roi Dragon à neuf têtes. Quand vous déclarerez la guerre, quand vous le vaincrez, et quand vous aurez besoin d’administrer l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes après la guerre, je vous fournirai la justification dont vous avez besoin. J’agirai comme vous me le demanderez. Si vous ne souhaitez pas devenir un envahisseur, je vous prie de mettre ma tête sur une pique. Vous pouvez dire que je suis venue vous demander de l’aide pour combattre le Roi Dragon à Neuf Têtes. »

Je la regardais, alors que mon esprit essayait d’évaluer ce qu’elle venait de dire.

« Si vous souhaitez le trône du Roi Dragon à neuf têtes, je vous épouserai. Dans ce cas, mon corps… sera à vous pour en faire ce que vous voulez. Ce sera un mariage politique, mais… si vous souhaitez m’utiliser comme concubine, alors… »

« … Quelle est cette absurdité ? »

Non, mais franchement… qu’est-ce que cette fille dit ? Non seulement elle était soudainement arrivée dans le pays qui allait combattre le sien, mais elle parlait d’outils, de justifications, de mariages politiques et de concubines. Je n’avais pas compris… Eh bien, non, il y avait d’autres filles qui m’avaient déjà dit des choses similaires : Roroa, et la Sainte Marie de l’État papal orthodoxe lunaire.

Mais Roroa n’avait pas eu cet air tragique et même la poupée Marie l’avait fait pour ses croyances et son devoir. Leur visage ne présentait pas un regard comme si elles avaient renoncé à tout, comme Shabon ici présente l’avait fait.

« D’après ce que j’entends, il semble que vous approuviez l’invasion de votre pays par mon pays. Je m’attendais à ce que vous soyez ici pour me demander directement d’arrêter la guerre, mais ce n’est pas le cas, n’est-ce pas ? »

Shabon secoua tristement la tête. « Je suis bien consciente que la guerre est inévitable à ce stade, parce que vous avez tous dû mettre beaucoup d’efforts pour préparer les futures batailles. »

« … Qu’est-ce qui vous fait penser cela ? »

« Les actions de l’Empire du Gran Chaos, » déclara Shabon avec une tristesse évidente dans les yeux. « Récemment, nous avons reçu de nombreux envoyés de l’Empire. Lorsqu’ils rencontrent les chefs de nos îles, ils disent : “Il ne faudra pas longtemps avant que le Royaume envoie une flotte dans ce pays” et nous pressent de signer la Déclaration de l’humanité. »

… Mais je sais tout cela. C’est après tout nous qui leur avions demandé de le faire. On aurait dit que Maria avait tenu sa parole. Mais j’avais mis la main sur le menton et j’avais eu l’air pensif pour cacher le fait que je pensais à ça.

« L’Empire, vous dites… Et ? Y a-t-il des îles qui ont accepté cela ? » demandai-je.

« Non. Les chefs des îles sont souvent colériques et farouchement indépendants. Ils ne se soumettent à personne. Plus l’Empire essaie de leur faire comprendre le danger du Royaume, plus ils s’unissent pour vous résister sans l’aide de l’Empire. Ils ont envoyé des bateaux au Roi Dragon à neuf têtes. »

Tout se passe comme prévu jusqu’à présent, hein ? Je pensais cela, mais…

« Cependant, je crois qu’il y a une sorte de complot à l’œuvre. » Shabon baissa les yeux et secoua la tête. « L’Empire envoie ses émissaires sur toutes les îles qui pourraient avoir un chef, quelle que soit leur taille. La taille d’une île est le reflet de sa population, et donc de sa puissance militaire. Même si le chef d’une petite île voulait signer la Déclaration de l’humanité, ce n’est tout simplement pas possible si le chef d’une île voisine plus grande s’y oppose, parce qu’il y a le risque qu’ils soient attaqués. Fondamentalement, tenter de persuader les petites îles alors qu’elles ne peuvent pas persuader les grandes est voué à l’échec. »

Ah, donc certaines îles sont assez petites pour être gouvernées par le chef d’une autre île ?

« Malgré cela, l’Empire envoie des émissaires à chaque chef d’île en même temps. Pourquoi feraient-ils quelque chose qu’ils doivent savoir être inutile… ? À mon avis, leur but n’est pas de nous faire adhérer à la Déclaration de l’humanité, mais d’enflammer un sentiment de crise au sujet du Royaume, et de rassembler toutes les forces de l’archipel sous le Roi Dragon à neuf têtes. Et pourtant, l’Empire n’a aucun intérêt à faire cela. Si quelqu’un a quelque chose à gagner, c’est soit le roi, qui gagne plus de forces, soit… Sire Souma. C’est votre royaume, » dit Shabon en me regardant droit dans les yeux. « L’archipel du Dragon à Neuf Têtes compte de nombreuses petites îles et détroits, et une abondance d’endroits pour cacher des soldats et des navires de guerre. Même si vous deviez vaincre le roi lors de la première bataille en mer, si les forces restantes se cachaient, il faudrait du temps pour les soumettre. »

« Je vois… Et ? »

« De votre point de vue, vous voulez attraper le plus grand nombre possible de soldats et de navires lors de la première bataille, et les détruire. Peut-être avez-vous demandé à l’Empire d’aider à faire naître un sentiment de crise, afin de rassembler le plus grand nombre possible de nos forces sous les ordres du roi, parce que vous avez confiance en votre capacité à vaincre les forces accumulées. Ai-je tort ? »

« … Hmm. »

J’avais été vraiment impressionné. On aurait dit que cette princesse n’était pas une simple Pollyanna venue bêtement visiter un pays avec lequel le sien serait bientôt en guerre. Je ne pouvais pas lui donner une note parfaite pour sa réponse, mais elle avait réussi à discerner certaines de nos intentions.

Mais… cela avait rendu la chose encore moins logique.

« Si nous supposons que votre hypothèse est correcte, je suis un méchant qui cherche à piéger l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes. Pourquoi demander à un tel homme de vous utiliser comme son outil ? »

« Parce que… C’est la dernière façon à laquelle je pense pour protéger les gens. J’ai vu comment les habitants des îles ont souffert tout ce temps. » Shabon avait serré ses mains devant sa poitrine comme si elle priait. « Les prises si pauvres et l’incapacité à envoyer les bateaux, la façon dont le Roi Dragon à neuf têtes a levé les impôts, l’ombre d’une guerre imminente avec le Royaume… Toutes ces choses ont plongé le peuple dans la dépression, en particulier le manque de prises de poissons et l’incapacité à envoyer des bateaux de pêche. Notre lien avec la mer est si profond qu’on dit que nous vivons avec la mer, et que nos âmes retournent à la mer dans la mort. Aujourd’hui, nous nous trouvons coupés de la mer. La plupart d’entre nous passent leurs journées non pas remplies de colère ou de tristesse, mais de vide. »

La prise des doigts entrelacés de Shabon se resserra, comme si elle essayait de se retenir.

« Je n’ai aucun pouvoir. J’ai averti mon père à plusieurs reprises, en tant que sa fille, afin d’éviter au moins la guerre avec le Royaume, mais il ne m’a pas écoutée. Je crois que mon père… le Roi Dragon à neuf têtes va dans une direction de plus en plus mauvaise. Cependant, je n’ai pas le pouvoir de l’arrêter ni de sauver le peuple de ses souffrances. »

« … Et c’est pour cela que vous êtes venue me voir ? »

« Oui. »

Je vois… Si je comparais ce que je savais de la situation à l’intérieur de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes avec les déclarations de Shabon, je pourrais avoir une vague idée de ce qu’elle essayait d’accomplir. Elle n’avait probablement aucune arrière-pensée. Elle m’avait tout dit. Elle était venue chercher le salut… Pas pour elle-même, mais pour le peuple de son pays. Pour cela, elle était prête à devenir mon instrument. Elle était prête à être un sacrifice.

C’est vraiment… gênant. Alors même que je pensais cela, Shabon avait continué son plaidoyer.

« Je crois que l’une de vos épouses est l’ancienne princesse d’Amidonia. »

Hein ? Pourquoi parler de Roroa ?

« J’ai entendu dire qu’après avoir fait de Lady Roroa votre fiancée, vous avez pris soin de la vie des gens dans l’ancienne principauté d’Amidonia. Si ma seule vie suffit à apaiser votre colère envers l’Archipel l'union des archipels du dragon à Neuf Têtes… je m’offrirai à vous, comme l’a fait un jour Lady Roroa. »

« … Hein ? »

« Alors, s’il vous plaît… Je me fiche de ce qui m’arrive. Je voudrais que vous preniez soin des gens — mes gens… »

Que vient de dire cette fille ? Tout comme… Roroa ?

« Ne vous avisez pas de faire de ma femme un objet de dérision, » avais-je déclaré.

Shabon frissonna face à mes paroles. Même moi, j’avais été surpris par la colère que je faisais ressurgir dans ma voix. Colère… Oui, j’étais vraiment en colère.

Normalement, je ne laisserais pas mes émotions se manifester devant un public comme celui-ci, mais cela m’avait pris par surprise. Je n’avais pas pu me contrôler. Hakuya, Aisha et Kishun me regardaient avec des yeux écarquillés. Le silence dans la salle était oppressant.

« Désolée ! Je m’excuse si j’ai dit quelque chose qui vous a offensé ! » Incapable de supporter le silence, Shabon s’était agenouillée et avait baissé la tête. Kishun avait suivi l’exemple de sa maîtresse et avait fait de même.

Augh… Merde ! Ce n’était plus un environnement propice à la discussion. En ce moment, ce n’était plus approprié, car je n’avais pas encore complètement refoulé ma colère.

« Madame Shabon. »

« O-Oui. »

« Retournez dans votre pays, » dis-je, en me levant de mon trône. Lorsque Shabon leva les yeux, son visage était rempli de désespoir, comme si le sol venait de s’effondrer sous elle.

« N-Non… Sire Souma —, » déclara-t-elle.

« Nous n’avons plus rien à discuter. Vous devriez retourner dans votre pays. »

Interrompant Shabon alors qu’elle essayait de continuer, je m’étais retourné pour lui faire comprendre que cette conversation était terminée, et j’étais sorti de la salle d’audience.

« S’il vous plaît, voyez à ce que ces deux-là quittent le château, » Hakuya avait ordonné aux gardes, puis il nous avait aussi poursuivis. Lorsqu’il nous avait rattrapés dans le couloir, il avait immédiatement protesté. « Sire, il est totalement inacceptable que vous soyez aussi émotif lors d’une audience avec un dignitaire étranger. »

« … Désolé. Le sang m’est monté à la tête quand j’ai cru qu’elle insultait Roroa, » j’avais arrêté de marcher et je m’étais excusé. Je savais que j’avais perdu mon calme trop facilement là-bas.

Cela avait probablement un rapport avec mon épuisement et le manque de malice de Shabon. Si elle avait un peu de malveillance envers nous, alors peu importe combien mon sang bouillonnait, je ne l’aurais jamais laissée paraître. Même si je pensais, je jure que je t’aurai pour ça plus tard.

Mais Shabon n’avait aucune malice, elle avait simplement mal compris. C’était d’autant plus exaspérant.

Hakuya soupira et haussa les épaules. « … Cependant, je ne peux pas imaginer que le résultat aurait considérablement changé même si vous ne vous étiez pas mis en colère. »

« Ce n’était pas une proposition que nous pouvions accepter. »

« Mais il existe de meilleures façons de l’exprimer. »

« J’ai déjà reconnu que j’avais tort, d’accord ? Alors, qu’en pensez-vous ? » avais-je demandé à Hakuya. « Est-ce que ces deux-là vont retourner tranquillement dans leur pays ? »

« Cela rendrait les choses moins gênantes s’ils le faisaient, mais… j’en doute. »

« Allez comprendre… D’après l’expression de son visage, elle doit se sentir assez coincée. J’espère juste que ce qui s’est passé ne la poussera pas à faire quelque chose de bizarre…, » déclarai-je.

Comme mettre fin à sa propre vie, ou faire en sorte que cet homme aux oreilles de renard blanc commette le seppuku pour expier les indiscrétions de son maître… Si quelque chose comme ça arrivait, ça pourrait entraver nos plans.

« Hakuya, tu as les Chats Noirs qui les surveillent, n’est-ce pas ? »

« Deux individus, à tout moment. S’ils tentent de faire quelque chose d’étrange, ils seront arrêtés. Je leur parlerai personnellement et j’arrangerai aussi les choses en ce qui concerne votre colère. »

« … Désolé. »

« C’est mon travail en tant que Premier ministre de vous soutenir, Sire. Je sais que vous devez être fatigué par les préparatifs en cours. Pourquoi ne prenez-vous pas le reste de la journée ? » demanda-t-il.

« Oui… Je pense que je vais faire ça. » Avec ça, j’avais enfin pu sourire. « Je crois que c’est le tour de Roroa ce soir. Peut-être que je vais brûler cette frustration en la gâtant. »

« Ohh… Sire, c’est mon tour demain soir ! Donnez-moi un peu de ça aussi ! »

Pendant qu’Aisha et moi parlions de ça…

« … Comme vous voulez, » déclara Hakuya, qui semblait en avoir absolument fini avec nous, puis il était parti.

D’ailleurs, Roroa avait appris que je m’étais fâché en son nom et en était très heureuse ce soir-là. Elle m’avait dit « Merci, chéri, » et elle m’avait vraiment laissé la dorloter.

☆☆☆

Partie 2

« Comment ai-je pu être aussi stupide… ? »

Shabon était couchée sur le côté dans son lit, les yeux remplis de larmes, dans une chambre d’une auberge de luxe de la ville du château de Parnam. Les larmes coulaient sur son visage et cela tachait les draps blancs et propres.

Après avoir été chassés du château par les gardes, Shabon et Kishun s’affaissèrent et retournèrent à l’auberge où ils se trouvaient en ce moment. Ce logement avait été organisé pour eux par le royaume. Ils étaient venus dans la capitale en secret, pour que le Roi Dragon à neuf têtes ne l’apprenne pas, et avaient demandé une audience avec Souma. Comme il serait mauvais que des étrangers découvrent qu’ils se trouvaient dans ce pays, on leur avait assigné comme lieu d’hébergement cette auberge, qui était bien équipée pour préserver le secret.

« Je devais absolument faire en sorte que les négociations soient un succès… Afin d’éviter le pire des résultats… C’est pour cela que je suis venue dans ce pays, mais… ma remarque négligente a irrité Sire Souma… Honnêtement, je suis une telle idiote, et si impuissante… Je… »

Shabon frappa le lit en sanglotant. Comme elle devait se sentir vexée et mortifiée par sa propre impuissance. Kishun regarda la princesse Shabon avec un regard douloureux dans les yeux.

« Lady Shabon… Si c’est trop douloureux pour vous, devrions-nous retourner à l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes ? »

« … Ngh, nous ne pouvons pas faire ça. » Elle le regarda avec son visage taché de larmes. « Il n’y a plus un instant à perdre. Nous sommes venus ici pour éviter le pire. »

« Dans ce cas, tout ce que nous pouvons faire est de rencontrer le roi Souma et de lui parler une fois de plus. »

« Penses-tu… qu’il sera disposé à nous rencontrer ? »

« Cela dépendra probablement de son degré de colère. Comprenez-vous pourquoi le roi Souma était en colère, Lady Shabon ? » demanda Kishun, et Shabon secoua négativement la tête.

« Cela me gêne de l’admettre, mais je ne sais pas pourquoi il était si en colère. Je sais que j’ai dit quelque chose d’inapproprié, et c’était en référence à Lady Roroa, » avoua Shabon.

« J’ai entendu dire qu’après la guerre avec la Principauté d’Amidonia, la Reine Roroa s’est fiancée à Sire Souma en y incluant son pays afin de protéger son peuple. Ce n’est qu’une rumeur, mais on dit aussi que le roi Souma est lubrique et qu’il a envahi la principauté par désir pour elle. Cependant, d’après la façon dont il a réagi, je soupçonne que la rumeur n’est rien d’autre qu’une rumeur sans intérêt. »

« … J’ai dû faire preuve de trop peu de compréhension à l’égard de ses sentiments. L’Archipel du Dragon à Neuf Têtes est un pays isolé. J’ai laissé les rumeurs que j’ai entendues m’égarer. Et cela a mis Sire Souma en colère… Je suis vraiment… une imbécile. »

Shabon avait baissé le visage et avait serré les draps. En voyant son allure si faible, Kishun se sentit poussé à faire quelque chose, n’importe quoi pour aider.

« … Je me rendrai au château de Parnam, et je chercherai une autre audience avec le roi Souma, quoi qu’il en coûte. Lady Shabon, veuillez attendre ici. »

« Kishun ! » En entendant la résolution dans sa voix, Shabon s’était précipitée vers lui et elle l’avait saisi par les vêtements. « Tu ne vas pas risquer ta vie, n’est-ce pas ? Tu ne peux pas mourir pour moi ! »

« Si je pouvais montrer notre contrition à travers ma mort, et ainsi exaucer votre souhait, je le ferais. Cependant, je doute que cela puisse apaiser la colère de Sire Souma. Au contraire, cela aggraverait votre situation. Je ne peux que lui demander sincèrement de nous entendre. »

« Kishun… »

« Je… connais votre détermination, Lady Shabon. » Kishun posa sa main sur celle de Shabon, qui frémit de malaise. « Et j’ai juré de vous protéger. Je vous ramènerai devant le roi Souma, sans faute. »

Après cela, Kishun avait quitté la chambre de Shabon. Tout ce que Shabon pouvait faire, c’était de mettre ses mains devant sa poitrine et de prier.

 ◇ ◇

Kishun quitta l’auberge et se dirigea à nouveau vers le château de Parnam, mais en tant que préposé de Shabon venu en secret avec elle, il n’avait évidemment aucun contact dans le royaume. Il n’avait donc rien d’autre à faire que de se jeter à la merci de Souma et de ses serviteurs.

Il s’était assis au bord de la route et avait appuyé ses mains sur le sol, inclinant sa tête vers la direction du château. Il s’arrêta dans cette position, comme s’il était gelé. Les gens qui se rendaient au château le regardaient en passant, mais Kishun n’avait pas du tout bougé. Il était évident que si un individu suspect se trouvait près des portes, les gardes ne pouvaient pas le laisser tranquille. D’abord, ils lui parleraient gentiment, et si cela échouait, ils allaient avoir recours à la force. Les gardes approchaient Kishun pour lui dire de se retirer.

« Si vous avez des affaires au château, vous devez en faire la demande, puis partir pour la journée. Vous pouvez revenir si l’autorisation est accordée. »

Cependant, Kishun n’avait pas écouté.

« Je suis venu par désir de m’excuser auprès de Sa Majesté ! Je vous en prie ! S’il vous plaît, permettez-moi de le voir une seule fois ! Je suis résolu à rester ici jusqu’au jour où j’en aurai le droit ! »

Il pouvait dire cela, mais c’était le travail des gardes de protéger les portes. Normalement, quelqu’un comme ça devrait être éloigné, sans poser de questions, mais les gardes avaient apparemment des ordres d’en haut. L’un d’eux était entré dans le château pour vérifier, et était revenu quelque temps plus tard avec une autre personne.

Cette personne avait baissé la tête et avait parlé à Kishun. « Cela ne va rien faire pour améliorer l’impression qu’il a de vous. »

« … Premier ministre. »

Kishun leva les yeux pour découvrir que c’était Hakuya, le Premier ministre en robe noire. Kishun s’était empressé de poser ses paumes sur le sol et de baisser son front sur la terre.

« Je tiens à m’excuser abondamment pour l’offense que Lady Shabon a causée ! Lady Shabon a également honte de sa négligence ! Si vous souhaitez que nous assumions la responsabilité de ce que nous avons fait, laissez-moi vous offrir ma tête ! Alors, s’il vous plaît… donnez-lui une dernière chance de parler à Sire Souma ! » Kishun avait plaidé désespérément.

« Vous vous rendez compte que prendre votre tête ne nous servirait à rien, » déclara Hakuya en soupirant. « D’ailleurs, comprenez-vous au moins pourquoi Sa Majesté était si contrariée ? »

« Eh bien… »

« Une excuse n’a pas de sens si elle n’est que superficielle, » lui déclara Hakuya. Cependant, Kishun n’allait pas reculer.

« Malgré cela, la détermination de Lady Shabon est authentique. Elle est vraiment prête à s’offrir à Sire Souma pour protéger l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes et son peuple, » supplia sincèrement Kishun, en serrant la terre de ses mains.

C’était probablement vrai. Hakuya avait secoué la tête en signe de consternation.

« Cet esprit de sacrifice… peut être beau. Cependant, je pense que l’abnégation de la part de celui qui se tient au-dessus des autres peut aussi, en même temps, être un manquement au devoir. Je dirais aussi que c’est la différence réelle entre Sa Majesté, la Reine Roroa, et Madame Shabon. »

« Hein !? Qu’est-ce que vous voulez dire… ? »

Alors que Kishun restait à genoux, suppliant d’en savoir plus, Hakuya déclara doucement. « … Il y a trop d’yeux ici. S’il vous plaît, venez d’abord dans ma chambre. »

« Je le ferai. Je vous remercie beaucoup. »

Ils étaient tous les deux allés dans la chambre de Hakuya.

 ◇ ◇

« Essayez-le, s’il vous plaît. »

« Oh, comme c’est gentil de votre part… Merci. »

Hakuya avait offert du thé, et Kishun l’avait poliment accepté. Hakuya s’était assis et, après s’être détendu un moment, il déclara. « Maintenant, pour ce que je disais avant… » et il avait commencé à expliquer.

« Je crois qu’il est juste de dire que toutes les deux ont mis leur vie en danger pour leur pays. Cependant, il me semble que Madame Shabon n’est pas en mesure de faire quoi que ce soit pour remédier à la situation, et qu’elle ne fait que s’accrocher à Sa Majesté. En bref, elle a renoncé à résoudre le problème par elle-même. Ne pourrait-on pas dire qu’elle a fui sa responsabilité de fille du Roi Dragon à neuf têtes ? »

« … ! »

Kishun voulait crier « Vous avez tort ! » mais les mots n’étaient pas sortis. C’était parce qu’il pensait : « Si je change de point de vue, je peux voir comment cela pourrait ressembler à cela. » Il avait penché la tête, regardant les ondulations du thé dans sa tasse.

Hakuya poursuit sur un ton réprobateur.

« Roroa, par contre, était incroyable. Le royaume avait gagné la guerre contre la principauté d’Amidonia, et détenait un avantage écrasant. Pourtant, malgré cela, Roroa utilisa ses propres relations pour chasser du pays son adversaire politique et frère, Julius, et demanda l’annexion complète de la Principauté. »

« C’est… un leadership incroyable. C’est comme si elle commandait une armée. »

« Oui. Le Royaume tentait à l’époque d’absorber Van, la capitale de la Principauté, sans violer la Déclaration de l’Humanité, nous n’étions donc pas en mesure de rejeter sa demande. Si nous refusions, nous serions condamnés pour l’incohérence avec la manière dont nous avions traité l’annexion de Van. Sa Majesté, la Reine Roroa, s’est présentée devant Sire Souma juste après l’annexion complète de la Principauté, pour demander à Sa Majesté de la prendre comme reine. »

Il y avait un sourire amer sur le visage de Hakuya lorsqu’il s’en était souvenu.

« … Elle nous a bien eus. S’il avait refusé à ce moment-là, les habitants de la Principauté récemment acquise étaient sûrs de devenir violents. Elle a renversé le plateau de jeu. Le Royaume, qui avait été mis à profit aux dépens de la Principauté, devait au contraire garantir leur protection. Sa Majesté a elle-même dit : “Je pensais avoir battu la Principauté, mais à la fin, j’ai perdu contre Roroa”. »

Hakuya avait posé sa tasse et avait regardé Kishun dans les yeux.

« C’est la différence entre la Reine Roroa et Madame Shabon. Madame Shabon a renoncé à tout. La reine Roroa a fait le contraire. Elle a risqué sa vie pour gagner. Pourtant, Madame Shabon a dit, “tout comme Madame Roroa l’a fait autrefois”. Sa Majesté se soucie profondément de sa famille. Les paroles de Madame Shabon ont été ressenties comme une insulte envers Roroa, qui a vaincu le royaume toute seule. C’est ce qui l’a mis en colère. »

Une fois qu’il avait entendu tout ce que Hakuya avait à dire, Kishun avait serré sa tasse à thé.

« Ne vous avisez pas de prendre ma femme à la légère. »

Il venait d’apprendre ce qui avait tant contrarié Souma. C’est vrai, la résolution de Shabon et Roroa était différente. Il ne pouvait pas lui reprocher d’être en colère quand elle avait mis les deux individus sur un pied d’égalité.

Voyant Kishun complètement dégonflé, Hakuya lui avait dit. « Sa Majesté a dit : “Si Shabon ne retourne pas à l’archipel du Dragon à Neuf Têtes, je suis prêt à la rencontrer une fois de plus demain”. »

« … !? » Kishun leva les yeux, surpris, et Hakuya le regarda droit dans les yeux.

« Il a également déclaré : “Si elle se présente à nouveau à la réunion sans la bonne volonté nécessaire, je la ferai expulser cette fois-ci”. S’il vous plaît, faites comprendre à Madame Shabon ce que je viens de vous dire. »

« … Oui, monsieur ! Ce sera avec plaisir ! » Kishun s’était incliné à plusieurs reprises, puis les gardes l’avaient conduit hors du château.

Après avoir vu Kishun sortir par la porte de sa chambre, Hakuya soupira.

Je ne les vois pas faire leurs bagages et rentrer tranquillement chez eux. C’est gênant, mais nous devrons peut-être revoir nos plans pour tenir compte de Madame Shabon et de Sire Kishun…

Cela allait prendre beaucoup de considération. Hakuya se sentait découragé par ce qui allait arriver.

☆☆☆

Chapitre 2 : Cause inconnue

Partie 1

Le lendemain, après avoir pris la décision de reprendre les pourparlers avec Shabon, le même groupe de personnes que la veille s’était réuni dans la salle d’audience. S’il y avait une différence, c’était que Liscia était assise sur le trône de la reine à côté du mien. J’avais choisi de ne pas la faire participer la dernière fois parce que nous ne savions pas quelles étaient les intentions de nos invités, mais maintenant que nous étions sûrs que Shabon et Kishun n’avaient aucune intention hostile, je voulais qu’elle soit présente. Carla surveillait les enfants.

La présence de Liscia semble avoir découragé Shabon encore plus qu’auparavant. C’était probablement à cause de ce qu’elle avait dit sur le fait que je l’utiliserais comme outil et que si je voulais la couronne du Roi Dragon à neuf têtes, elle m’épouserait. Ces déclarations risquaient de bouleverser Liscia, et si elle offensait la première reine primaire qui gérait le ménage, il n’était pas difficile d’imaginer la vie compliquée qui l’attendait ici, même si je l’épousais.

Liscia avait souri à Shabon. Il s’agissait probablement de sa façon d’essayer de dire, « Vous n’avez pas à avoir si peur », mais Shabon semblait encore plus effrayée quand elle l’avait vu… Quel mal de tête !

Quoi qu’il en soit, avec toutes les personnes présentes, la réunion commença par un salut de Shabon qui s’était excusée.

« Kishun m’a relayé les paroles du Premier ministre, et j’ai appris à quel point ce que j’ai dit était inapproprié, et pourquoi cela a déplu à Sa Majesté Souma. Une telle ignorance me fait honte. Je suis terriblement désolée. »

« Non, j’ai laissé ma colère prendre le dessus et j’ai été trop dur, Madame Shabon. Je m’excuse aussi, » je m’étais excusé de mon manque de contrôle. Cela étant réglé, nous avions décidé de poursuivre la discussion qui avait été interrompue la veille.

« Maintenant… Madame Shabon, vous avez dit que vous étiez prête à être mon outil. Est-ce toujours le cas ? »

« Oui. C’est pour cela que je suis venue. »

Pas de changement d’avis, hein ? Ce n’était pas le genre de chose où elle pouvait juste dire. « Ouais, mais non, oublions que j’ai dit ça… » et les deux individus devaient être très déterminés à faire tout ce chemin, donc cela aurait probablement dû être évident.

Donc… il restait le problème de savoir comment la gérer.

« J’ai entendu parler de votre offre par Souma… Je veux dire Sa Majesté, mais êtes-vous sûre que vous êtes d’accord avec ça ? » demanda Liscia, en regardant Shabon avec inquiétude.

La question soudaine avait fait un peu sursauter Shabon, mais elle avait quand même regardé Liscia d’en bas de l’escalier et elle avait timidement hoché la tête. « … Oui. Parce que c’est le seul moyen qu’il me reste pour sauver mon peuple. »

« Je peux comprendre, en tant que membre de la famille royale, comment vous avez pu faire passer votre peuple avant vos propres sentiments. Ce qui m’a d’abord intéressé chez Sa Majesté… mon mari était qu’il avait un plus grand potentiel en tant que souverain que moi ou mon père, et je pensais qu’il serait positif pour le pays. Ensuite, comme nous nous soutenions mutuellement dans les moments difficiles, nous avons été attirés l’un par l’autre. Cela a commencé comme un engagement politique, mais je pense que mon mariage avec Souma est un mariage d’amour. Je suis sûre que les autres reines ressentent la même chose. »

Liscia regarda Aisha qui fit un grand signe de tête… C’est un peu gênant de les entendre me flatter comme ça.

Shabon avait l’air un peu désorientée. « Est-ce… que c’était vraiment ainsi ? »

« Oui. Mais d’après le regard que je vois sur votre visage, je ne peux pas vous imaginer capable de construire une relation comme la nôtre. »

« Hein !? »

Le rejet de Liscia avait fait écarquiller les yeux de tout le monde dans la salle, y compris les miens.

Ignorant notre surprise, Liscia poursuivit. « Les mariages politiques sont une réalité pour les membres de la royauté. Cependant, Madame Shabon, le sentiment de malheur dans votre expression est palpable. Je comprends que vous devez vous sentir tendue par la situation actuelle, mais si vous venez nous voir en tant que mariée comme cela, vous ne ferez que mettre mal à l’aise les gens du Royaume ainsi que les vôtres. Même s’il s’agit d’un mariage politique, en mettant de côté toute idée de romance, les personnes concernées doivent être souriantes — pour que tout le monde sache que c’est un mariage heureux. »

Shabon baissa les yeux, incapable de trouver les mots pour répondre.

« Je peux sentir votre malheur même si vous portez ce faux sourire sur votre visage. Qui, selon vous, serait heureux d’épouser quelqu’un avec une telle expression ? … Il n’y a pas de bonheur à avoir là, juste de la tristesse pour toutes les personnes concernées. Ni pour Sa Majesté, ni pour les enfants nés d’un couple sans amour, ni pour les habitants de nos deux pays… et, surtout, pas pour vous-même. »

« … Mais ! » Shabon serra ses mains devant elle en criant. « Pourtant, c’est la seule façon que j’ai ! Je suis le seul paiement que je peux vous offrir en échange du fait de sauver les habitants de l’archipel ! Je sais que je suis la fille du Roi Dragon à neuf têtes, mais quand j’agis au mépris de mon père, tout ce que j’ai, c’est… mon propre corps… »

Elle s’était battue pour faire sortir ces derniers mots. J’étais sûr qu’elle se sentait acculée, et c’était une décision qu’elle avait prise après avoir beaucoup lutté. Mais comme l’avait dit Liscia, ses méthodes allaient laisser trop de gens malheureux.

« Hé, Madame Shabon ? » demandai-je.

« … Oui ? »

« Votre histoire n’est-elle pas incomplète ? Je trouve qu’il y a quelque chose qui ne va pas avec vos paroles, » demandai-je.

Les épaules de Shabon frémirent à l’annonce de ma remarque.

« Lors de notre réunion d’hier, vous l’avez dit à plusieurs reprises : ce qui cause la souffrance des habitants de l’archipel du Dragon à Neuf Têtes, c’est “les mauvaises prises et l’incapacité à envoyer les bateaux”. Cela donne l’impression que ce sont les mauvaises prises qui les empêchent d’envoyer les bateaux, mais… ce n’est pas possible. »

Dans le monde d’où je viens, il y avait des pêcheurs qui ne pouvaient pas faire sortir leur bateau parce que revenir les mains vides signifiait qu’ils ne pouvaient pas se permettre de payer l’essence. Mais dans ce monde, les pêcheurs utilisaient des créatures marines pour tirer leurs bateaux, ou ils ramaient à la main. En d’autres termes, les mauvaises prises ne pouvaient pas conduire à une situation où ils ne pouvaient pas sortir les bateaux. On pourrait penser que, qu’il y ait quelque chose à pêcher ou non, ils devraient pouvoir sortir les bateaux quand ils le veulent.

Lorsque nous parlons de mauvaises prises, nous parlons du fait de ne pas pouvoir attraper grand-chose pendant la pêche. Si les bateaux ne pouvaient pas du tout sortir, ils ne pouvaient pas pêcher, donc il n’y avait pas de prise en soi. Maintenant, est-ce que c’est juste Shabon qui parle mal… ? Probablement pas.

« Si ce que vous m’avez dit est vrai, voici ce que cela signifie : il y a de mauvaises prises, et vous êtes incapable de faire sortir les bateaux, et ces deux choses se produisent en même temps. »

« … »

« Hakuya, montre-moi le compte-rendu des discussions d’hier, » déclarai-je.

« Oui, sire. » Hakuya s’était incliné, puis il m’avait présenté une feuille de papier. Sur celle-ci figurait ma conversation d’hier avec Shabon. Bien qu’il s’agisse d’une rencontre non officielle, nous avions tout de même gardé des traces. J’avais accepté la feuille de papier et je l’avais examinée.

« Voici ce que vous avez dit. Les pauvres prises et l’incapacité à envoyer les bateaux, la façon dont le Roi Dragon à neuf têtes a levé les impôts, l’ombre d’une guerre imminente avec le Royaume… Toutes ces choses ont plongé le peuple dans la dépression. Vous pourriez interpréter ces mots comme un appel à mon aide pour mettre fin à la tyrannie du Roi Dragon à Neuf Têtes. Cependant, il est difficile d’imaginer qu’il est responsable de tout ce que vous dites. Les mauvaises prises sont un phénomène naturel, et une telle chose ne pourrait certainement pas empêcher les gens de tout l’archipel de pouvoir sortir leurs bateaux. »

Je m’étais arrêté un instant pour casser le rythme.

« Si, comme vous le dites, les habitants de l’archipel du Dragon à Neuf Têtes ne font qu’un avec la mer et détestent en être séparés, ils résisteraient si quelqu’un essayait de les empêcher de sortir leurs bateaux. Pour commencer, chacune des îles a beaucoup d’indépendance, il n’y a donc aucune chance que les chefs des îles obéissent. En plus de cela, il y a aussi la situation des bateaux qui entrent dans les eaux du Royaume. Ils semblent venir avec des escortes militaires. » J’avais pris une grande respiration et puis, en posant mon menton sur ma paume, j’avais déclaré à Shabon ma conclusion. « Si je considère tout cela, il doit y avoir quelque chose qui se passe dans l’archipel qui fait que les gens ordinaires ne peuvent pas sortir leurs bateaux… Ou est-ce que je me trompe ? »

Shabon inclina profondément la tête. « Votre perspicacité est très impressionnante. C’est exactement comme vous le dites, Sire Souma. »

Elle avait l’air impressionnée. Perspicacité, hein ? Elle me félicitait pour cela, mais ce n’était pas vrai. J’avais agi comme si je l’avais déduit de ce qu’elle avait dit, mais je connaissais déjà la situation. Cependant, si je lui disais cela, il était possible qu’ils recherchent la source de mes informations, et cela risquait d’affecter mes projets, alors j’avais agi comme si je venais de comprendre. J’avais également déjà prévenu les autres personnes de notre côté.

En prenant soin de ne pas laisser ces pensées se refléter sur mon visage, j’avais dit. « Madame Shabon, n’est-il pas temps que vous me le disiez, ce que vous me demandez vraiment de faire ? »

« … Très bien. » Shabon leva son visage et elle me regarda droit dans les yeux. « Il y a bien quelque chose que nous ne vous avons pas encore dit, Sire Souma, mais nous ne voulions pas le cacher. Je voulais vous le dire que si vous m’acceptiez… Mais avant d’en parler, j’avais besoin de savoir dans quelle mesure ce pays était prêt à entrer en guerre contre l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes. Si vous changiez vos plans en fonction de ce que je vais vous dire… tout serait vain. »

« … Je vous écoute. »

Je connaissais plus ou moins la situation de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes. Donc, je savais que ce qu’elle disait était exact.

« Merci, » Shabon s’était inclinée, puis elle avait prononcé un nom dans le silence de la salle. « Ooyamizuchi. »

À ce moment, il y avait une hostilité évidente dans les yeux de Shabon.

« Bien que ce soit simplement le nom que nous lui avons donné, c’est la cause des troubles de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes. »

☆☆☆

Partie 2

Tout commença avant que le trône ne soit confié à Sire Souma. Les premiers changements étaient apparus dans la mer.

Un jour, le nombre de grandes créatures marines dans les eaux autour de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes baissa. Tout, des dociles dragons de mer, appréciés pour leur utilité dans la traction des navires de guerre, aux grands carnivores comme les mégalodons (requins supermassifs) et les calmars géants qui étaient les ennemis des pêcheurs en mer, avait progressivement disparu. Il est fréquent, lorsqu’un prédateur connaît une croissance massive de sa population, que ses proies déclinent rapidement. Cependant, dans le cas de ce phénomène, aucune croissance n’avait été constatée chez aucun type d’animal.

Non, tout ce qui s’est passé, c’est que le nombre de grandes créatures marines avait énormément diminué. Il n’y avait aucun signe d’autres causes concevables comme une marée rouge ou une éruption volcanique sous-marine, donc les raisons de cette diminution étaient un mystère complet. Puis, après moins de six mois, les grandes créatures marines avaient également disparu de la haute mer. Cependant, à ce moment-là, les habitants de l’île avaient encore une vision optimiste de la situation, car nous pouvions encore pêcher.

Quiconque a pêché assez longtemps dans sa vie sait qu’il y a des moments où les prises sont bonnes et d’autres où elles sont mauvaises. Mais peu importe que les prises soient mauvaises, s’ils attendaient un peu, le poisson reviendrait toujours. Les grandes créatures marines ne disparaîtraient que temporairement… du moins le pensaient-ils. En fait, certains pêcheurs s’étaient félicités de cette évolution, car il était plus sûr de pêcher sans les dangereux carnivores qui se trouvaient dans la mer… Ils ignoraient que la menace qui avait frappé les grandes créatures marines finirait par s’abattre sur eux aussi.

… Le changement suivant était apparu chez les poissons.

Ils avaient cessé de pouvoir attraper les gros poissons. Les pêcheurs étaient perplexes de constater que lorsqu’ils rentraient leurs filets, ils n’attrapaient que des petits alevins. C’est à ce moment-là que les incidents de disparition de pêcheurs en pleine mer commencèrent. Au début, ils pensèrent que c’était un accident, ou qu’ils avaient été capturés après être entrés dans le « territoire » d’une autre île. Mais au lendemain d’une tempête, les restes d’un bateau furent rejetés sur le rivage et à ce moment-là, ils finirent par perdre tout optimisme.

Il s’agissait d’un grand navire marchand, mais il avait été brisé en deux. Des signes indiquaient que cela n’était pas le résultat d’un accident ou d’une bataille. Le navire ne semblait pas avoir subi de dommages dus à une collision ou avoir été bombardé, mais il avait été écrasé avec une force incroyable. Dès qu’ils virent des dégâts qui n’auraient pas pu être causés par l’homme, les habitants de l’île commencèrent à sentir l’existence de quelque chose en mer. Dès lors, les navires envoyés par les archipels n’attrapaient que de petits alevins, et parmi eux, certains disparaissaient, de sorte que les pêcheurs ne pouvaient plus aller en mer.

C’est pourquoi j’ai parlé séparément des mauvaises prises et de l’impossibilité de sortir les bateaux. Puis, après la perte de plus d’une douzaine de bateaux, un seul survivant est apparu. Il s’agissait d’un voleur qui s’était introduit clandestinement à bord d’un navire de commerce, se cachant dans un grand tonneau pour en voler la cargaison. Lorsque le navire coula, l’homme entendit les cris de l’équipage depuis l’intérieur du tonneau, et les bruits du navire en train d’être détruit.

Finalement, réalisant que son tonneau avait atterri dans l’eau, il ouvrit le couvercle pour voir… quelque chose de la taille d’une île dévorant l’équipage.

 

 ◇ ◇

« C’est la première fois qu’une personne de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes rencontra Ooyamizuchi, » conclut Shabon, baissant tristement les yeux. « Il y a eu d’autres observations depuis lors. Le nom “Ooyamizuchi” vient d’une ancienne légende transmise dans les îles. On me dit qu’il signifie “grand dieu des ténèbres”, ou peut-être “le serpent à huit grandes têtes”… »

Ok... Alors, c’est soit Oo-yami-zuchi (grand dieu des ténèbres) soit Oo-ya-mizuchi (grand serpent d’eau), hein ?

J’avais mis la main sur le menton et j’avais demandé à Shabon. « Vous avez dit un serpent à huit têtes, mais est-ce que cette Ooyamizuchi a vraiment cette forme ? »

« Certains rapports le disent. Mais dans la plupart des cas, ils n’ont vu qu’une silhouette dans le brouillard. Elle est beaucoup trop grande pour que l’on puisse en comprendre la forme de près, de sorte qu’aucun rapport n’a eu une compréhension totale et claire de sa forme complète. Certains disent qu’elle est “comme un dragon de mer à long cou”, tandis que d’autres disent qu’elle est “comme un serpent à plusieurs têtes et à long cou”. La seule chose dont nous soyons sûrs, c’est qu’elle est “assez massive pour être confondue avec une île”. »

« Une créature de la taille d’une île… hein ? »

Dans mon ancien monde, on aurait appelé quelque chose comme ça un kaiju. Ce que disait Shabon correspondait aux informations que nous avions déjà recueillies. Nous savions qu’il y avait quelque chose de grand et d’inconnu dans l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes, mais nous ne pouvions que spéculer sur sa forme. J’avais demandé à Ichiha, notre spécialiste des monstres, de faire un certain nombre de croquis à partir des rumeurs et d’y appliquer son système d’identification des monstres, mais…

« Vous suggérez que la disparition des poissons et des grandes créatures marines est aussi la faute de cette Ooyamizuchi ? » Je l’avais demandé ainsi, et elle avait hoché la tête.

« Oui. Il a le pouvoir de casser les navires en deux. Pour Ooyamizuchi, les grandes créatures marines devaient être un moyen de lui ouvrir l’appétit. Soit elle en a consommé la plupart, soit elles ont fui son territoire. Nous pensons que c’est la raison pour laquelle nous avons cessé de voir de grandes créatures marines dans l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes. »

« C’est logique… Donc, une fois les grandes créatures marines disparues, ça s’est propagé au poisson, et même aux pêcheurs, hein ? »

D’après ce que j’avais entendu, elle était beaucoup plus grande que Naden ou Ruby sous leurs formes de dragon. Elle était peut-être même aussi grande que Lady Tiamat de la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon. Si c’est le cas, je pourrais voir comment elle pourrait manger toutes les grandes créatures marines jusqu’à l’extinction.

Puis un regard triste était venu sur le visage de Shabon. « Avec un tel être en mer, les gens ne peuvent pas sortir leurs bateaux et ne peuvent pas pêcher. C’est douloureux pour notre pays… Probablement plus que vous ne l’imaginez dans le Royaume. »

« Voulez-vous dire que le fait de ne pas pouvoir pêcher provoque une crise alimentaire ? » demanda Liscia, mais Shabon secoua la tête.

« Non. Bien que nous n’ayons pas de nourriture en abondance, personne ne meurt de faim pour l’instant. Nous cultivons des céréales et des légumes sur la terre ferme, et nous avons aussi des poulets et leurs œufs. Nous pouvons aussi pêcher de petits poissons et des coquillages dans les récifs côtiers, » répondit Shabon.

« Hein ? Alors qu’est-ce qui vous fait si mal ? » demanda Liscia.

« Nos cœurs. » Shabon plaça ses deux mains sur sa poitrine. « Les habitants de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes sont bénis par la générosité de la mer, jouent dans les eaux, et on dit que notre âme y retourne quand nous mourons. C’est dire à quel point notre lien avec l’océan est étroit. Pour la plupart d’entre nous, quand nous nous réveillons le matin, la première chose que nous voyons quand nous sortons, c’est la mer. Dès leur plus jeune âge, les enfants jouent dans l’eau près de leur maison et apprennent à s’y baigner. Une fois qu’ils sont un peu plus âgés, ils sortent avec de petits bateaux pour aller jouer sur d’autres îles. De nombreuses îles de l’archipel sont proches les unes des autres, et la mer qui les sépare ressemble davantage à une rivière. »

Les scènes descriptives de Shabon sur sa terre natale avec la mer et les îles paisibles me faisaient certainement repenser à une chanson. Elle s’appelait La fiancée de la mer intérieure de Seto, que ma grand-mère avait l’habitude de fredonner.

« Les insulaires sortent leurs bateaux lors d’occasions joyeuses comme les mariages, et lors de moments tristes comme les funérailles. Le bateau qui transporte la mariée est somptueusement décoré et fait le tour de l’île où se trouve le sanctuaire entre le matin et midi. À l’inverse, les bateaux qui transportent les morts transportent des feux et font le tour de l’île dans l’autre sens, et la nuit. Nous partageons la vie et la mort avec nos bateaux. C’est la manière de vivre dans l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes. »

« Hmm… »

C’était intéressant d’entendre parler d’autres cultures comme celle-ci. Je n’en avais pas trouvé une seule, mais il y avait probablement une culture dans le monde d’où je venais qui devait faire quelque chose de similaire.

Puis Shabon baissa les yeux de tristesse.

« Malgré cela… À cause d’Ooyamizuchi, il est difficile de sortir les bateaux et nous ne pouvons pas pêcher. Quand nous sortons en mer, nous devons amener une escorte militaire ou simplement prier pour ne pas être attaqués. La mer nous a été volée. Pour les habitants de l’île, cette situation est comme… »

« … Comme s’ils ne pouvaient pas respirer ? » avais-je proposé, mais Shabon avait secoué la tête.

« Non, je ne peux pas dire que c’est si grave. Cependant, si je devais faire une analogie… peut-être que c’est comme quand la pluie continue pendant des jours, et que vous ne pouvez plus voir le soleil. Vous regardez le ciel et vous abaissez les épaules en disant : “Oh, je suppose que je ne verrai pas non plus le soleil aujourd’hui”… Cela continue depuis des années maintenant. »

« Oui, je peux imaginer à quel point cela serait… exaspérant. »

C’était peut-être mieux que pas du tout de pluie, et trop de soleil pouvait aussi être gênant, mais ne jamais pouvoir voir le soleil à travers les nuages serait déprimant. Je pourrais en quelque sorte comprendre… Je n’aurais pas pensé qu’être incapable de sortir en mer soit si important pour ceux de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes.

« Est-ce pour cela que votre peuple fait tout ce chemin pour pêcher ? » demandai-je.

Je n’avais pas compris pourquoi les insulaires traversaient les eaux dangereuses pleines de grandes créatures marines pour pêcher près du Royaume, mais maintenant qu’elle m’avait parlé de l’importance de sortir les bateaux et de la pêche dans leur culture, je l’avais compris. Il n’y avait pas encore eu de rapport de quelqu’un du Royaume qui aurait rencontré cette Ooyamizuchi. Lorsque j’avais parlé à Maria, je n’avais pas non plus eu l’impression que l’Empire avait reçu ce genre de rapports. Cela devait signifier que le territoire d’Ooyamizuchi se trouvait dans l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes, et qu’elle ne le quittait pas. C’est pourquoi les habitants de l’île étaient venus pêcher dans des eaux plus sûres près du Royaume.

Dans les eaux plus éloignées, il n’y avait pas Ooyamizuchi qui pourrait les attaquer, mais il pouvait y avoir de grandes créatures marines. Il y avait aussi la possibilité d’être arrêté par la Force de défense navale nationale pour avoir pêché illégalement dans nos eaux. Ils étaient venus malgré ces risques. Cela démontrait l’importance de la pêche pour eux.

« Et vous dites que c’est pour ça que le Roi Dragon à neuf têtes a fourni des navires armés pour leur protection ? »

« Oui, je crois que c’est le cas. »

« Je vois… »

Quant au roi-dragon à neuf têtes, l’intervention de ses navires signifiait vraiment qu’il était même prêt à les faire pêcher illégalement ?

« Eh bien, je ne peux toujours pas approuver la situation actuelle… Donc, quand vous avez dit que vous vouliez que je vous utilise comme mon outil avant, était-ce supposé être pour vous opposer à Ooyamizuchi ? »

« Oui, » déclara Shabon d’un signe de tête. « Si le Royaume veut faire passer l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes sous sa domination, Ooyamizuchi sera inévitablement un problème pour vous. Un problème que vous devrez, je pense, régler dans un avenir pas si lointain, Sire Souma… Même maintenant, mon Père refuse obstinément d’abandonner sa position hostile à l’égard du Royaume. Si la guerre est inévitable, j’espère au moins travailler avec vous pour y mettre fin rapidement, mettre le peuple à l’aise, et ensuite utiliser le pouvoir du Royaume pour tuer Ooyamizuchi… »

« N’est-ce pas un peu commode pour vous ? N’avez-vous jamais pensé que je pourrais vous utiliser pour dominer l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes, et ensuite laisser tranquille Ooyamizuchi ? »

« J’avais déjà entendu dire que vous preniez bien soin de Lady Roroa et du peuple d’Amidonia, alors j’ai cru que vous ne tyranniseriez pas un territoire occupé en agissant ainsi », répondit-elle.

« … Dois-je être heureux que vous ayez une si haute opinion de moi ? »

« Même si je ne pouvais pas en être certaine, il était également vrai que c’était le seul moyen de faire intervenir les militaires du Royaume… »

« Vous semblez avoir de très grandes attentes à l’égard de Souma et de la flotte du Royaume, Madame Shabon. » Cette fois, c’était au tour de Liscia de poser une question. « Ne pourriez-vous pas vous en occuper avec les seuls militaires de l’archipel ? On m’a fait croire que l’Union de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes est censée être une puissance navale importante. »

« Si nous pouvions mettre toutes nos forces face à elle… peut-être. Cependant, même maintenant, à cette date tardive, l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes est toujours incapable de se rassembler, » Shabon plaça ses mains devant sa poitrine en faisant sa demande. « Les îles sont farouchement indépendantes. Les problèmes de leur île sont les leurs, les problèmes des autres îles ne le sont pas, et elles répugnent à intervenir. Ooyamizuchi est une menace incroyable, mais ce n’est pas un envahisseur qui menace l’indépendance des îles. C’est pourquoi même le Roi Dragon à neuf têtes n’a pas pu réunir toutes les îles. »

C’est pourquoi Shabon avait renoncé à sa capacité de résoudre le problème, et était prête à s’offrir à moi, ainsi que son pays, en échange de la mise à mort d’Ooyamizuchi par les militaires du Royaume, pour que, au minimum, le peuple de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes soit préservé. C’était une approche pessimiste, et il émanait d’elle un sentiment de malheur, mais elle avait eu un certain degré de détermination lorsqu’elle avait traversé les mers pour venir ici.

Alors que je me grattais maladroitement la tête, je m’étais adressé à elle. « Madame Shabon. »

« Oui. »

« Je peux vous dire dès maintenant que la décision que vous prenez vous amènera à des regrets plus tard. »

« … Je suis venue préparée à cela, » déclara Shabon en s’inclinant profondément.

Elle est vraiment gênante. J’avais jeté un coup d’œil à Liscia et Hakuya. Ils avaient tous les deux fait un signe de tête. Cela devait signifier qu’ils me laissaient la décision.

« Je comprends. Si vous insistez à ce point, alors je coopérerai avec vous. »

« Merci beaucoup ! »

« Mais je ne vous utiliserai qu’à des fins politiques, pas en tant qu’épouse ou concubine. »

« C’est… ! » Shabon avait l’air déconcertée.

Elle devait maintenant savoir à quel point mon attachement à ma famille était fort, c’est pourquoi elle voulait entrer dans la structure familiale, et même si ce n’était qu’en tant que concubine. Elle était prête à le faire même si cela signifiait donner son corps à un homme qu’elle n’aimait pas. Elle pensait que cela garantirait la protection des insulaires de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes. Mais je ne le permettrais pas.

J’avais levé la main, empêchant Shabon d’en dire plus. « Je vous promets qu’en fin de compte, je me battrai contre Ooyamizuchi. Cependant, jusque-là, vous devrez obéir à tous nos ordres. Cela vous convient-il ? »

« … Compris. » Shabon baissa la tête. J’avais hoché la tête, puis j’avais regardé Kishun.

« Alors, Kishun, c’est ça ? Puisque vous avez accompagné Madame Shabon, puis-je supposer que vous êtes d’accord pour que je vous utilise également vous et votre île ? »

Quand j’avais demandé cela, Kishun s’était agenouillé et avait rassemblé ses mains devant lui, au-dessus de sa tête. « J’ai toujours été prêt à donner ma vie pour Lady Shabon. Si elle dit qu’elle vous servira, alors ma vie et ma terre sont comme vous le souhaitez à votre disposition. »

Il s’y était préparé avant ça, hein ? C’est ainsi que j’avais gagné la princesse d’un territoire ennemi, et deux dirigeants, deux pièces qui allaient être un peu gênantes à utiliser.

☆☆☆

Chapitre 3 : Préparation politique

Partie 1

Une fois que Shabon et Kishun avaient été renvoyés à leur auberge, Liscia, Hakuya et moi, nous nous étions dirigés vers la salle de stratégie du château. Lorsque nous étions arrivés, le commandant en chef de la Force de la défense nationale, Excel, son second, Ludwin, le général de la Force de défense nationale, le père de Hal, Glaive, et enfin Castor, le capitaine du porte-avions de type insulaire Hiryuu, étaient là. Les plus hautes autorités de la Force de défense nationale du Royaume s’étaient réunies.

J’avais levé la main pour les arrêter alors qu’ils s’apprêtaient à se lever et à nous saluer, puis j’avais moi-même pris place.

« Désolé. Nous vous avons fait attendre ? » avais-je demandé.

En jouant avec son éventail, « Non, non, » Excel secoua la tête, « Je suis sûre qu’on ne pouvait pas faire autrement, vu notre invitée inattendue. Vous avez toute ma sympathie. »

« Ahaha... C’est vrai, je ne m’attendais pas à la princesse Shabon. » Je ne pouvais que rire faiblement. « C’est arrivé malgré le fait que je pensais me préparer à toute éventualité, et éliminer tous les risques quant au plan. Pourquoi y a-t-il toujours des problèmes inattendus qui surviennent… ? »

« C’est comme ça que sont les individus. Tout le monde n’agira pas comme vous le pensez. Nous avons chacun nos propres sentiments, intérêts et croyances. Ce à quoi nous accordons le plus d’importance diffère d’un individu à l’autre, donc bien sûr, il y aura des gens qui ne feront pas ce que nous espérons qu’ils feront. N’est-ce pas, Castor ? » déclara Excel.

« … S’il vous plaît, ne me faites pas répondre, duchesse Walter. »

Excel lui fit alors un sourire malicieux, alors que Castor avait l’air d’avoir mordu dans quelque chose de désagréable. Pendant la rébellion grotesque de Georg Carmine, Castor s’était opposé à nous, étant même prêt à devenir un martyr pour son ami Georg. Il avait fait tout cela malgré les tentatives d’Excel pour le persuader de ne pas le faire. C’était en partie notre faute pour l’avoir maintenu dans l’ignorance, il n’était donc pas le seul responsable de cette situation.

Excel ferma son éventail. « Maintenant, sire, qu’arrivera-t-il à notre plan ? »

« Je suis sûr qu’il faudra le peaufiner, mais les grandes lignes ne changeront pas. » Je m’étais tourné vers Excel et Castor pendant que je parlais. « Excel sera le commandant en chef de la flotte envoyée dans l’archipel du Dragon à Neuf Têtes et montera à bord de l’Albert II. Vous prendrez également le commandement dans la bataille navale prévue, je compte donc sur vous là-bas. »

« Compris. »

« Le capitaine Castor dirigera le transporteur de type insulaire Hiryuu. »

« Hein ? Ohh, il est enfin déployé dans la bataille, non ? » déclara Castor avec excitation, et je lui avais fait un signe de tête.

« Oui, car je ne pense pas qu’on puisse se permettre de se retenir. Les deuxième et troisième transporteurs, Souryuu et Unryuu, ne seront malheureusement pas prêts à temps. »

« Je suis impatient. Quel équipement devons-nous charger sur les wyvernes ? » demanda Castor.

« Nous allons les charger avec les Petits Susumu Mark V Allegé (un appareil de propulsion de type Maxwell), mais nous ne prévoyons pas de bataille aérienne. Ne les utilisez pas si vous n’en avez pas besoin, » répondis-je.

« Compris ! »

Je leur avais fait un signe de tête, puis je m’étais tourné vers Glaive. Comme il était général dans l’armée terrestre, il ne serait pas impliqué dans une bataille navale comme celle-ci. Je l’avais fait venir ici parce que j’avais une autre mission pour lui.

« Glaive. Votre fils Halbert et sa femme Ruby seront à bord de l’Hiryuu, mais je veux que vous preniez le commandement d’une force dans le nord, et que vous protégiez la frontière avec l’Union des Nations de l’Est. »

« L’Union des Nations de l’Est… Êtes-vous sûr ? Vous ne voulez pas que je le fasse vis-à-vis de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes ? »

Glaive semblait empli de doutes, mais je lui avais fait un grand signe de tête.

« Les rapports de Julius et des Chats Noirs indiquent que quelque chose de louche se trame là-bas. Il s’agit principalement de Fuuga Haan du Malmkhitan. »

« Par Fuuga Haan, vous voulez dire celui qui a repris une partie du Domaine du Seigneur-Démon ? » demanda Glaive.

« C’est bien ça. Grâce à cet accomplissement, sa renommée au sein de l’Union des Nations de l’Est semble avoir augmenté massivement…, » répondis-je.

En plus d’être un amalgame de nombreux États de petite et moyenne taille, l’Union des nations de l’Est était aussi un mélange compliqué de mariages et d’alliances. Il n’y avait aucune chance pour eux de pouvoir s’agrandir avant maintenant, mais… après que le Malmkhitan, dirigé par Fuuga, soit apparu, c’était possible. Il avait accueilli les réfugiés dans le pays qu’il avait récupéré du Domaine du Seigneur-Démon. À leur tour, les réfugiés avaient essayé de reconstruire leurs villages, villes et pays, mais il s’était avéré impossible pour eux de contrer seul les menaces du Domaine du Seigneur-Démon. Dans leur situation, ils ne pouvaient pas déclarer l’indépendance et n’avaient pas d’autre choix que de se tourner vers l’homme qui avait reconquis leur territoire afin d’obtenir sa protection.

Fondamentalement, Fuuga avait gagné les pays et les peuples dont il avait récupéré les terres en même temps que le territoire. Grâce à cela, le Malmkhitan était devenu le plus grand pays de l’Union des nations de l’Est. Quand les gens de l’Union avaient vu comment le Malmkhitan avait grandi, ils avaient été enthousiasmés. Peut-être pourraient-ils être le pays à sortir de leur position défensive et à affronter la menace du Domaine du Seigneur-Démon. Peut-être que l’Union des nations de l’Est pourrait devenir l’égale du Royaume au Sud, ou de l’Empire à l’Ouest ? Apparemment, de plus en plus de personnes au sein de l’Union des nations de l’Est pensaient de cette façon.

« Ceux de l’Union ont trouvé leur espoir en Fuuga, croyant qu’il pourrait briser le statu quo et leur ouvrir un nouveau monde, » déclarai-je.

« Et… qu’est-ce que tu en penses ? » demanda Liscia, mais je n’avais pu que hausser les épaules.

« Si tu me demandes si je pense que c’est bien ou mal… je ne sais pas. Pour des gens comme nous à l’extérieur, il se peut qu’ils donnent l’impression de projeter leurs idéaux sur lui, mais ils peuvent ressentir les choses différemment. Je doute que cela dérange Fuuga parce qu’ils prient tous pour son ascension. Avec les gens qui le poussent vers le haut, il aura l’impression que l’époque le pousse à agir, et il se mettra peut-être à penser que ses actions sont la volonté des cieux. Et ainsi, un grand homme est né. »

« Maintenant que tu en parles, la sainte de l’orthodoxe lunaire a dit : “Vivre comme les autres le veulent est merveilleux, et c’est quelque chose dont on peut être fier”… ou quelque chose comme ça, » déclara Liscia.

« Oh… Oui, elle l’a fait. Je suis impressionné que tu t’en souviennes, étant donné le temps depuis, » répondis-je.

« Eh bien, c’était le jour où nous, euh... Tu sais…, » Liscia avait arrêté sa phrase avant la fin.

Oh ! En y repensant, c’était notre première nuit ensemble. La raison pour laquelle j’avais même pu franchir le pas avec Liscia, c’était que lorsque j’avais vu Marie agir en sainte. Personnellement, je pensais que je voulais être une personne, et être aimé en tant que tel. Mais je doute que Fuuga s’inquiète de ce qu’il est.

« Alors, est-ce cet homme, Fuuga, qui agit de façon suspecte ? » demanda Glaive, avec une expression sérieuse sur son visage.

« Oh, non, » j’avais agité ma main d’avant en arrière. « Ce qui est suspect, ce sont les gens autour de lui. Hakuya, explique, s’il te plaît. »

« Comme vous le souhaitez. Selon les rapports de Sire Kagetora des Chats Noirs et de Sire Julius du Royaume de Lastania, il y a de plus en plus de personnes au sein de l’Union des Nations de l’Est qui considèrent Sire Fuuga comme dangereux. Appelons-les la faction anti-Fuuga. »

« Hm ? Mais Sa Majesté n’a-t-elle pas simplement dit que les gens là-bas le considèrent comme une sorte de grand homme ? » demanda Glaive.

« Oui, » déclara Hakuya en approuvant de la tête. « Il est vrai que Sire Fuuga est considéré comme un grand homme par certains au sein de l’Union des nations de l’Est. Cependant, c’est exactement ce qui lui a valu la colère de certains des rois et seigneurs qui font partie de l’union. Reprendre le territoire du Domaine du Seigneur-Démon est un exploit incroyable, et tout le mérite en revient à Fuuga. Ils ne peuvent pas être heureux de savoir que leurs propres sujets aiment, craignent et respectent Fuuga encore plus que leurs propres dirigeants. »

« C’est un cas de “Le clou qui dépasse appelle le marteau”. Je suppose que c’est vrai dans n’importe quel monde…, » déclarai-je.

« Est-ce un proverbe de votre monde, Sire ? Je pense que c’est assez juste, » déclara Hakuya, qui semblait impressionné, puis il était passé à autre chose. « Il est fort probable qu’à partir de maintenant, l’Union des nations de l’Est sera divisée entre ceux qui soutiennent Sire Fuuga et ceux qui s’y opposent. L’opposition utilisera les liens historiques qu’elle a tissés entre les pays et entraînera de nombreux États dans une guerre pour le contenir. »

« Je suppose que ça va être son test ultime, hein… ? »

« Oui. Inversement, si Sire Fuuga veut déclarer sa suprématie, l’état actuel de l’Union des nations de l’Est, avec son réseau complexe de mariages et d’intérêts, doit l’irriter. On pourrait dire que ces deux factions sont destinées à entrer en collision dans un avenir pas si lointain. »

« Qui a le dessus ? » demanda Liscia, mais Hakuya secoua la tête.

« Je ne saurais le dire. C’est 50-50. En termes de nombre, les rois et les seigneurs devraient avoir l’avantage en raison de leur capacité à attirer plus d’alliés, mais Sire Fuuga devrait maintenant avoir la renommée et l’élan dont il aura besoin pour surmonter cet inconvénient. »

« Donc, vous dites que l’une ou l’autre partie pourrait gagner ? Est-ce que cela ne te pose aucun problème, Souma ? » demanda Liscia.

« Eh bien… cela sera gênant quel que soit le camp qui gagne, mais c’est contre Fuuga que je ne veux pas me battre. Il a la force de faire entendre raison aux autres. Donc, si nous devons nous préparer au pire, nous devrions travailler en supposant que Fuuga va gagner. »

« Sire, allez-vous aider la faction anti-Fuuga ? » demanda Excel.

« Non. Je ne vais pas faire ça, » avais-je répondu, rejetant fermement l’idée. « Se faire un ennemi de Fuuga, c’est se faire un ennemi du peuple qui l’idolâtre. Le culte du héros est comme la religion. De la même manière que nous devons nous méfier d’une rébellion des adeptes de l’orthodoxie lunaire si nous nous battons contre l’État pontifical orthodoxe lunaire, si nous sommes hostiles à Fuuga, nous devons également nous méfier de ses adorateurs. C’est une chose s’il nous envahit, mais si nous agissons contre lui avant qu’il ne nous ait manifesté de l’hostilité, nous serons condamnés pour nous être mis en travers de la route d’un grand homme et pour avoir essayé d’effacer l’espoir de l’humanité. Si nous faisons cela, nous aurons du mal à gouverner notre propre pays. »

« Vous avez raison… Cela semble gênant. Même la différence de pouvoir entre nos pays ne semble pas pouvoir aider dans ce domaine. »

« Je le sais bien. Tant que les gens ne verront pas clairement que Fuuga est une menace pour ce pays, nous ne prendrons pas de mesures contre lui, et nous ne pouvons pas. Nous avons aussi sa petite sœur Yuriga ici. Nous devons agir avec prudence, mais de manière amicale. »

Liscia fronça les sourcils. « Souma. Si les choses se passent mal dans l’Union des nations de l’Est, le Royaume de Lastania s’en sortira-t-il ? »

Elle devait s’inquiéter pour le frère de Roroa, Julius, qui faisait partie de l’Union des nations de l’Est.

☆☆☆

Partie 2

« Julius connaît les dangers de s’opposer à Fuuga. Il ne rejoindra probablement pas la faction anti-Fuuga. Si les choses deviennent risquées, je lui ai dit de prendre la princesse Tia et ses parents, et de s’enfuir ici au Royaume. »

« Pour ma part, je suis inquiet de laisser Sire Julius revenir au Royaume, » déclara Hakuya. C’était une opinion raisonnable, mais j’avais décidé d’être égoïste ici.

« S’il tient à la princesse Tia, Julius ne nourrira aucune ambition à notre égard. »

« … Je comprends. Si vous le dites, Sire. »

« Désolé. Oh, mais on s’est bien éloigné du sujet. Donc, bref, Glaive, tu surveilleras la frontière nord. »

« Oui, sire. Considérez que c’est fait. » Glaive mit ses mains devant lui et inclina la tête. C’était plus ou moins tous les ordres.

Il ne s’agissait plus que de savoir ce que j’allais faire jusqu’au départ de la flotte.

« Vas-tu dans l’Union de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes !? » cria Roroa, incrédule.

Il s’agissait de la réaction immédiate que j’avais eue lorsque j’avais réuni mes cinq épouses, Tomoe et Ichiha, au bureau des affaires gouvernementales.

Liscia était apparemment en accord avec Roroa. Elle avait l’air inquiète.

« Je te connais, Souma, donc je suppose que tu n’es pas devenu fou, mais tu vas m’expliquer pourquoi, n’est-ce pas ? » demanda Liscia.

« Bien sûr, » avais-je répondu d’un signe de tête. « Tout le monde ici comprend la situation dans l’archipel du Dragon à Neuf Têtes, n’est-ce pas ? » avais-je demandé, en regardant chacun d’eux, et tout le monde avait hoché la tête.

Tout le monde ici savait que cette créature massive non identifiée attaquait l’archipel, et pourquoi des gens de là-bas avaient pêché illégalement dans nos eaux. J’avais pris soin de garder nos plans secrets, de sorte que seuls quelques privilégiés avaient eu accès à ces informations. Même Hal et Ruby, qui devaient être à bord de l’Hiryuu, n’avaient pas encore été informés. L’assistante de Ludwin, Kaede, était en congé de maternité, il n’y avait donc cette fois-ci aucun moyen pour eux deux de le découvrir par son intermédiaire. La grande majorité de nos soldats pensaient qu’ils ne feraient face qu’à la flotte de l’Union de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes.

« Pour être franc, il semble que cette créature massive non identifiée — je crois qu’ils l’appellent Ooyamizuchi — va poser plus de problèmes que la flotte de l’Union de l’archipel. Nous prendrons la mer dans une semaine environ. Je veux rassembler toutes les informations que je peux sur la créature d’ici là. »

« Et c’est pourquoi tu vas à l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes, Souma ? » demanda Liscia.

« Oui. Parce qu’il y a une mer entre nous, il est difficile d’obtenir des informations de leur part. Mais en regardant les actions de Shabon, il semble qu’ils aient aussi du mal à obtenir des informations sur nous. Jetez un coup d’œil à ça. » J’avais étalé une carte approximative de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes sur le bureau. « Ces deux îles qui sont les plus proches de celle que nous avons utilisée comme quai lors de la construction de l’Hiryuu sont le domaine de Kishun, qui est venu ici en tant que garde du corps de Shabon. Elles sont également les plus proches du QG de la Force de défense navale nationale à la Cité Lagune. Les négociations ont permis d’ouvrir ces îles à notre usage. »

Les deux îles, une grande et une petite, dirigée par Kishun, étaient collectivement connues sous le nom d’Îles Jumelles. La plus grande était connue sous le nom de Grande Île, et la plus petite sous le nom de Petite Île, bien que des personnes extérieures aux îles les aient appelées la Grande Île Jumelle et la Petite Île Jumelle. Ces deux îles sont suffisamment proches l’une de l’autre pour que l’on puisse nager entre elles, de sorte que le manoir de Kishun se trouvait sur la Grande Île.

« Nous utiliserons le bateau que Shabon et Kishun ont pris pour nous rendre à la Grande Île en secret, parce qu’il y a un risque que quelqu’un nous voie si nous utilisons l’un des navires du Royaume ou avec Naden. Je ne veux pas qu’on sache que je reste là-bas. J’ai l’intention d’utiliser le manoir de Kishun comme base d’opérations et de recueillir des informations sur Ooyamizuchi. Dans ce but, j’aimerais demander à Tomoe et Ichiha de m’accompagner. »

« Nous aussi ? »

« Si c’est votre ordre, je le suivrai… »

Ils semblaient tous deux perplexes.

Je leur demandais de me suivre dans un pays avec lequel nos relations se détérioraient, je ne pouvais donc pas leur en vouloir. Je ne voulais pas amener deux enfants dans un endroit aussi dangereux si je n’étais pas obligé, mais j’avais absolument besoin de leurs capacités pour enquêter sur Ooyamizuchi. La capacité de Tomoe pourrait lui permettre de comprendre les pensées d’Ooyamizuchi. Ichiha pourrait utiliser son système d’identification des monstres pour identifier les parties de corps d’Ooyamizuchi et trouver une méthode valable pour l’attaquer. Il avait déjà trouvé un certain nombre de compositions potentielles, et avec plus d’informations, elles n’en deviendraient que plus précises.

Excel était en train d’élaborer un plan basé sur eux.

« Cependant, vous vous faufileriez dans un pays avec lequel nous avons des relations qui se détériorent, n’est-ce pas ? Et puis il y a aussi ce monstre à prendre en considération. N’est-il pas dangereux ? » Aisha semblait inquiète, mais j’avais continué à imposer mon point de vue.

« Si je décide que cela devient trop dangereux, nous pouvons sauter sur le dos de Naden et rentrer à la maison. Je n’ai pas à m’inquiéter si quelqu’un me voit une fois que nous sommes en train de partir de là. On peut traverser la mer sans l’Hiryuu, n’est-ce pas, Naden ? »

« Bien sûr. Laisse-moi faire. » Naden se frappa fièrement la poitrine d’une main. Je lui avais fait un signe de tête.

« C’est pourquoi j’ai l’intention d’y aller avec un petit groupe, afin que Naden puisse facilement nous transporter en cas d’urgence. J’aimerais que Naden, Tomoe et Ichiha viennent avec moi — avec Aisha et Juna, qui en sait beaucoup sur la mer, comme gardes du corps. »

« Oui, sire. Compris. »

« … Moi aussi ? »

Aisha l’avait immédiatement accepté, mais Juna avait mis un peu plus de temps à répondre.

« Hein ? Quelque chose te dérange ? »

« Oh, non, c’est bon. Je comprends. J’irai là-bas pour te protéger. »

« Je commence à être jalouse de vous toutes. Je suis toujours coincée à m’occuper de la situation ici dans des moments comme celui-ci. » Roroa avait fait la moue, mais j’avais une autre tâche en tête pour elle.

« J’aimerais que tu restes dans la capitale et que tu gardes le contact avec Julius au Royaume de Lastania, » déclarai-je.

« Avec mon frère ? » demanda Roroa.

« Il se passe quelque chose de louche au sein de l’Union des nations de l’Est. Nous avons l’impression que les factions Fuuga et anti-Fuuga sont sur le point d’entrer en collision. J’ai demandé pour le moment à Glaive de diriger une partie de la force de défense nationale à la frontière, mais selon la situation, ils pourraient avoir besoin d’agir. »

« … Dis-tu que mon frère et ma grande sœur pourraient avoir des ennuis ? »

« Je lui ai dit de prendre la famille royale de Lastan et de s’enfuir si les choses deviennent trop risquées. Si on en arrive là, le meilleur moyen de s’assurer que les choses se passent bien est de t’avoir à ses côtés, » déclarai-je.

Après tout, Julius était déjà assez difficile à gérer pour notre pays. Il y avait certainement des gens qui s’opposeraient quant à le laisser entrer dans le pays. Afin de contenir ces voix, il était préférable de faire appel à la médiation de Roroa, la troisième reine primaire.

« OK. » Roroa avait hoché la tête, semblant comprendre. « Je dois faire ce que je peux pour ma grande sœur. Je vais rester en contact étroit avec mon frère. »

« Par tous les moyens, fais-le. Et fais-moi savoir si quelque chose arrive. Selon la situation, je peux revenir tout de suite, » déclarai-je.

« Bien reçu. »

« Hé, c’est ma — attends, tout le monde ne vole-t-il pas trop souvent ma ligne préférée !? » Naden avait objecté. C’est juste trop facile à utiliser, tu sais ?

« Mais sans toi dans le château, je n’aurai pas de travail à faire, » dit Liscia, en portant un doigt à ses lèvres avec délicatesse.

Récemment, Liscia avait été mon assistante pendant que Carla, une des autres servantes, ou parfois Lady Elisha, s’occupaient pour nous de Cian et Kazuha. Si je n’étais pas au château, elle n’avait personne pour l’assister, ce qui lui laissait beaucoup de choses à faire. Je pense qu’il serait bien qu’elle se détende et qu’elle se repose, mais aussi diligente qu’elle soit, Liscia ne supportait pas d’avoir trop de temps libre. Mais cela dit, je ne pouvais pas l’emmener.

Cian et Kazuha n’avaient encore qu’un an, nous ne pouvions donc pas les quitter des yeux. Il n’était pas possible pour moi et Liscia de les quitter pendant des jours, et il n’était pas question que je les emmène dans la dangereuse Archipel du Dragon à Neuf Têtes.

« Veux-tu peut-être emmener les enfants dans le domaine de ton père ? » demandai-je.

« Ce serait bien aussi, mais… Ne puis-je pas aller sur l’île que l’Hiryuu utilise comme port d’attache ? Avec les enfants, » demanda Liscia.

« Quoi ? Sur cette île ? » demandai-je.

« J’ai pensé qu’il serait bon de laisser les enfants expérimenter le rugissement de la mer et voir à quel point elle est grande, » répondit Liscia.

« Euh, je ne pense pas que ce soit la saison de la baignade, » répondis-je.

On n’était encore qu’en janvier, et — Hé, attends, ce sont encore des bébés, alors ils ne savent pas du tout nager, hein ? D’ailleurs, dans un monde avec des créatures marines massives comme celle-ci, l’idée de nager n’était pas si répandue que ça. Il n’y avait probablement que les gens qui vivaient au bord de l’eau qui pouvait nager librement quand ils le voulaient. Je sais que Parnam est à l’intérieur des terres, et il serait bon de leur faire ressentir l’immensité de la mer dès leur plus jeune âge. Mais quand même…

« Comme c’est l’île la plus proche des îles jumelles, tu sais qu’elle est aussi proche du rayon d’action d’Ooyamizuchi ? Je sais qu’il y a beaucoup de mers entre nous, mais nous ne pouvons pas exclure la possibilité que cette chose vienne sur nos côtes, donc je m’inquiète pour toi et les enfants qui sont là. »

En entendant mon explication, Liscia soupira d’exaspération. « De quoi parles-tu ? Cette île est celle où se rassemble la flotte que tu envoies dans l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes, n’est-ce pas ? Même si le monstre venait, la Défense nationale lui réserverait un accueil violent. »

« Eh bien… Oui, c’est vrai, mais… »

« Si cela devient dangereux, je peux m’enfuir dans une gondole de wyvernes. En outre, lorsque tu te rendras à l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes, tu emporteras une gemme de diffusion pour rester en contact avec la flotte, n’est-ce pas ? Tu dois après tout renvoyer les informations que tu as recueillies, » répondit Liscia.

« … Tu me comprends si bien, » répondis-je.

« Je suis ta femme. En outre, si je suis sur l’île, tu pourras voir le visage des enfants lorsque tu feras tes rapports réguliers, » déclara Liscia.

« Urgh... Oh, mon dieu, très bien. J’accepte, » avais-je dit en levant les mains en signe de reddition. « Vous pouvez tous aller sur l’île. Mais fais attention, veux-tu bien ? »

« Je sais. Fais en sorte de rentrer chez toi en toute sécurité, Souma. Les enfants t’attendront, » déclara Liscia.

« Bien sûr que je le ferai. »

C’est ainsi que notre politique avait été décidée. Bon, passons à l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes.

☆☆☆

Chapitre 4 : Aller de l’avant — la force motrice

Partie 1

« Mmm, la brise de mer fait du bien… c’est quelque chose que j’aurais pu dire si c’était l’été. »

« Ne trouves-tu pas qu’il fait un peu froid ? Après tout, nous sommes encore dans le premier mois de l’année. »

Nous étions à bord du navire de Kishun, Juna et moi étions proches l’un de l’autre, regardant la vaste mer autour de nous. Ouf, c’est sûr qu’il fait froid. Malgré un ciel clair, la brise de mer était forte et glaciale.

Naden, qui n’aimait pas avoir froid, s’était enfermée dans sa cabine, enveloppée dans une couverture. Il ne faisait pas aussi froid que dans la République de Turgis, mais c’était quand même trop dur pour elle. Lorsqu’une Tomoe inquiète était allée la voir, Naden l’avait traînée sous les couvertures pour en faire une bouillotte vivante. Je ne savais pas trop quoi faire pour ça, alors j’allais envoyer Aisha pour sauver Tomoe, mais elle avait été terrassée par le mal de mer. Ayant vécu dans la forêt protégée par Dieu pendant la plus grande partie de sa vie, elle n’avait jamais connu un bateau aussi chancelant. Ichiha s’occupait d’elle maintenant.

Mais quand même… Il faisait froid. J’aurais peut-être dû apporter une vraie bouillotte. Les autres n’auraient peut-être pas eu autant de mal que Naden, mais peu de gens auraient voulu passer de longues heures sur le pont dans cet air glacial. Pour moi et Juna, rester à l’intérieur pendant tout ce temps était trop ennuyeux, alors nous étions sortis pour jeter un coup d’œil. Nous avions bien l’intention de rentrer après un petit moment.

Je m’étais étiré, espérant détendre mon corps, qui était un peu rongé par le froid.

« Ungh... Je pense que ça fait un moment que je n’ai pas été sur un bateau, » avais-je dit en soupirant.

« N’as-tu pas visité plusieurs fois le Hiryuu ? » demanda Juna.

« C’est plutôt une île ou une base, ça ne ressemble pas à un navire. As-tu l’habitude de voyager en bateau comme cela ? Tu as été élevée dans une ville portuaire, n’est-ce pas ? »

« Je l’ai fait, mais… Chéri, nous sommes seuls en ce moment, tu sais ? » Juna chuchota, et j’avais un peu sursauté.

Maintenant qu’elle l’avait mentionné, je m’étais souvenu que nous avions convenu d’être un peu plus détendus et moins formels l’un envers l’autre lorsque nous étions seuls.

« Désolé pour ça… Juna. »

« Hee hee. Ne t’en fais pas, chéri. » Juna sourit avec satisfaction et se rapprocha de moi. C’était un peu gênant.

« … Euh, de toute façon, j’ai été surpris que le navire de Kishun soit un navire occidental. »

« Occidental ? »

« Ohh, c’est juste une chose de mon monde, » répondis-je.

Comme Kishun s’habillait d’une manière que j’associais au Japon, j’avais imaginé une atakebune, les grands navires de guerre utilisés par l’armée japonaise aux XVIe et XVIIe siècles, ou peut-être leur variante à coque de fer, le tekkosen. J’avais donc été surpris de constater que son navire ressemblait beaucoup à une caravelle. Il avait été conçu pour être tiré par des créatures marines, donc la partie avant n’était pas aussi pointue que celle d’un galion. Il y avait aussi des plaques de fer couvrant toutes les parties importantes pour se protéger des armes à feu. D’une certaine manière, on aurait pu appeler ce bateau un navire à coque de fer.

J’avais entendu dire que l’atakebune n’était pas adapté à la haute mer, alors peut-être était-il inévitable que son navire ait cette forme. Les rapports disaient qu’ils en avaient certains qui ressemblaient aux kohayabune, les petits navires de guerre utilisés par l’armée japonaise à la même époque, donc peut-être qu’il s’agissait simplement d’utiliser le bon navire pour la bonne tâche.

Comme ce bateau ressemblait à une caravelle, il avait des voiles, mais elles étaient pliées maintenant parce que nous étions tirés par un dragon marin. C’était assez surréaliste de voir un voilier avec ses voiles réduites, être traîné par une créature qui ressemblait à un plésiosaure comme un bœuf pourrait tirer une charrette.

« S’il doit être tiré par un dragon de mer, pourquoi même avoir des voiles ? » demandai-je.

« Elles sont destinées aux cas où il y a des problèmes avec les créatures marines, » expliqua Juna en réponse à ma question. « Si elles ne sont plus capables de tirer à la suite d’un accident ou d’une bataille, le navire ne peut pas se déplacer sans voiles ou rames en renfort. C’est pourquoi ils ont des voiles. Il est également très coûteux de nourrir les créatures marines, c’est pourquoi certains voyages sont effectués en utilisant uniquement le vent et les courants. »

« Je comprends… Mais selon cette logique, que doit faire un cuirassé de fer comme l’Albert ? Quand il y a une bataille en mer, les créatures marines peuvent être blessées, non ? Un navire de guerre sans dispositif de propulsion comme le Petit Susumu Mark V ne serait-il pas bloqué quand cela se produit ? » demandai-je.

« Tu sais, il y a aussi des équipements qui permettent de hisser des voiles sur les navires de guerre comme l’Albert, » répondit-elle.

« Hein ? Il y en a vraiment ? » demandai-je.

Comme l’Albert avait été modifié pour transporter des choses et tirer des canons sur terre pendant la bataille contre Castor, je n’avais pas une idée précise de ce que c’était avant.

« C’est seulement pour les urgences, » ajouta Juna. « Ils ne sont pas rapides, et vous dérivez à la merci du vent. Normalement, les navires de guerre ne naviguent pas seuls, donc ils seront remorqués par les navires survivants une fois la bataille terminée. Mais que ces navires soient amis ou ennemis dépend de la façon dont la bataille s’est déroulée. »

Ils seront sauvés si c’est le premier, ou capturés si c’est le second, hein ?

À ce moment, une voix avait crié. « C’est donc ici que vous étiez, Sire Souma. »

Je m’étais tourné dans la direction où j’avais entendu la voix pour trouver Shabon et Kishun qui s’approchaient.

« Cette tenue… vous va vraiment bien. Quiconque la voit penserait que vous venez de l’île de Yaeda, » déclara Kishun.

« Ce n’est pas mal d’entendre ça de la bouche d’un des locaux, » répondis-je.

Comme je partais incognito, je portais pour la première fois depuis longtemps ma tenue Kitakaze Kozou-esque avec le chapeau de paille conique et la cape de voyage. Je l’avais utilisé occasionnellement après avoir entendu que ma couleur de cheveux et les traits de mon visage ressemblaient à ceux des habitants de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes, mais si je devais détailler un peu plus, alors c’était le fait qu’une race d’humains aux cheveux noirs était la deuxième ou troisième espèce la plus répandue dans la région, et il y en avait beaucoup sur l’île de Yaeda, qui avait une importante population humaine.

Hakuya a les cheveux noirs, alors peut-être qu’il pourrait aussi aller jusqu’à l’île de Yaeda ?

Alors que je pensais à cela, Shabon avait demandé avec hésitation. « Hum… Y a-t-il peut-être quelque chose qui vous dérange ? »

« Non, je suis plutôt à l’aise. C’est agréable de voyager à bord d’un bateau de temps en temps, » avais-je dit, en souriant à une Shabon à l’air inquiet.

Son expression s’était un peu détendue. « Je suis heureuse d’entendre ça. »

« Je suppose que si j’avais une chose en tête, c’est les créatures marines qui tirent ce navire. J’ai entendu dire que les créatures qui tiraient votre navire à votre arrivée (des doldons à cornes, qui ressemblaient à des dauphins) se sont enfuies, alors nous utilisons des dragons de mer du Royaume. Les gens de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes ne trouveront-ils pas cela suspect ? » demandai-je.

« Cela devrait aller. Après tout, nous utilisons aussi des dragons de mer pour tirer les gros navires dans l’archipel, » expliqua Kishun. Alors, je suppose que tout allait bien.

« Alors, à quelle distance se trouve votre île ? » demandai-je.

« Nous pouvons déjà voir les montagnes d’une des îles de l’Archipel du Dragon à neuf têtes — la plus grande île de l’archipel, et celle gouvernée par le roi — qui est encore plus éloigné que les îles jumelles, donc je m’attends à ce qu’elles apparaissent bientôt… Ah, je viens de les apercevoir maintenant, » dit-il en pointant vers l’avant.

Quand j’avais regardé dans la direction de son doigt, j’avais pu voir quelque chose qui dépassait de la mer. Il semblait grandir à l’approche du navire, prenant finalement la forme de deux îles. Ce sont les îles jumelles, hein ?

« Quand je les regarde comme ça, ne sommes-nous pas très proche de l’île où se trouve le Roi Dragon à neuf têtes ? » demandai-je.

« Non, Sire, » Kishun secoua la tête. « Les montagnes de l’île du Dragon à neuf têtes sont assez grandes, donc même si cela peut paraître ainsi, en réalité, elles sont encore assez loin. Cela prendrait quand même plus d’une heure de bateau. »

« Je sais qu’il peut être difficile de distinguer la distance entre les îles. Un jeune homme d’une race particulièrement doué pour la natation s’en était vanté dans le passé. “Je pourrais nager jusqu’à cette île.” Il a essayé, mais a été surpris de découvrir qu’elle était plus éloignée qu’il ne le pensait, et s’est noyé… ou du moins c’est ce que dit une vieille histoire, » ajouta Shabon.

Hmm, c’est une belle histoire, avais-je pensé. Il était courant que les vieilles histoires transmises par les gens reflètent des tabous et des leçons, comme ce fut le cas pour la légende du tsunami du vieux Urup. Cette histoire possède probablement une base factuelle. Peut-être ont-ils transmis l’histoire parce que quelqu’un s’est réellement noyé comme ça ? Pour éviter que quelqu’un ne répète son erreur.

« Ah ! » s’exclama Kishun, rompant le fil de mes pensées.

« Qu’est-ce qu’il y a ? » demandai-je.

« Maintenant que nous pouvons voir les îles, faites attention. »

« Répétez un peu ? … Attendez, wouah !? » m’écriai-je.

Le navire s’était soulevé. Et puis… claquement ! Il y avait eu le bruit de quelque chose qui heurtait la quille du navire.

« Qu’est-ce que c’était ? Avons-nous heurté un rocher ? ! » demandai-je.

« Il n’y a pas de quoi s’inquiéter. Les courants de marée intenses qui règnent ici signifient que lorsque le navire traverse les vagues, le fond du navire heurte la surface de la mer, produisant un bruit fort. Il n’y a rien qui soit réellement touché ici. »

« Est-ce ainsi que cela fonctionne ? » avais-je malgré moi demandé à Juna, et elle avait hoché la tête.

« Oui. C’est quelque chose qui se produit lorsque vous dépassez une certaine vitesse dans des endroits où la marée est rapide, » répondit Juna.

« Je vois. Je suis soulagé d’entendre cela —, » déclarai-je.

Slam ! Ker-slam !

« — c’est ce que j’aimerais dire, mais je ne peux pas me sentir soulagé d’entendre ce son, » continuai-je.

« … D’accord. »

Quelques planches de bois étaient tout ce qui nous séparait d’une tombe humide. J’avais l’impression de vivre la terrible puissance de la mer.

« OK, maintenant que nous avons franchi ceci, nous ne devrions pas tarder à atteindre les îles, » déclara Kishun, comme pour nous rassurer. J’avais très envie de retourner sur la terre ferme maintenant, alors j’espérais juste qu’il ait raison.

☆☆☆

Partie 2

« Ohh, c’est le Seigneur Kishun ! »

« Tout le monde, le Seigneur Kishun est revenu ! »

« Lady Shabon est avec lui ! »

Une fois le navire arrivé au port, les insulaires nous avaient accueillis avec enthousiasme. Ceux qui avaient vu le bateau arriver avaient appelé d’autres personnes, et en un rien de temps, le port s’était rempli de monde. On dirait que les habitants de cette île aimaient vraiment Kishun et la princesse Shabon.

Je m’étais approché subtilement de Kishun. « Les habitants de l’île ne savent pas que vous êtes sous notre commandement, n’est-ce pas ? » avais-je demandé en chuchotant.

« C’est exact. Vous êtes libre d’utiliser cette île comme bon vous semble, mais c’est uniquement par ma volonté. Les habitants de l’île n’en savent rien et obéissent simplement à leur chef, » répondit-il en murmurant lui aussi.

Donc, en gros, s’ils étaient critiqués pour avoir pris le parti du Royaume plus tard, toute la responsabilité incomberait à Kishun. Il s’assurait que, si le pire devait arriver, il pourrait offrir sa propre tête, et les insulaires ne seraient pas punis. Je respectais sa résolution.

Une passerelle avait été abaissée du navire, et nous avions pu nous tenir sur la terre ferme pour la première fois depuis bien trop longtemps.

« Ohh… Même maintenant que je suis de retour sur la terre ferme, j’ai l’impression que ça se balance sous moi. »

« … Je veux juste rentrer rapidement dans une bâtisse. »

Aisha, qui avait le mal de mer, et Naden, qui avait le mal du froid, ne semblaient pas enthousiasmées par leur situation actuelle.

Je me demandais si mes deux plus forts combattants pouvaient jouer leur rôle de garde du corps dans leur état actuel, mais bon, si on en arrivait là, j’étais sûr qu’elles iraient bien. Elles feraient un excellent travail.

Pendant ce temps, Tomoe et Ichiha semblaient pleins d’énergie.

« Regarde, regarde, Ichiha. Les maisons sont serrées les unes contre les autres. »

« Tu as raison. Les ruelles sont si étroites. »

« Il est courant de voir des maisons construites comme ça sur des îles, » expliqua Juna, en mode programme éducatif, au couple curieux. « Parce qu’ils ont peu d’espace pour construire, ils sont obligés de compacter leurs affaires. Les ruelles étroites forment un labyrinthe, donc elles peuvent être amusantes à explorer. »

« « Wowwww, » » les enfants et moi avions rayonné de joie, impressionnés par la vue.

Il s’agissait d’une chose qui m’était également venue à l’esprit lorsque nous avions visité la République de Turgis, mais il était intéressant de voir comment le paysage avait façonné la culture et le mode de vie de ses habitants.

Un homme plus âgé, musclé, aux oreilles de bête, portant un bandeau tordu, un manteau Happi et un pantalon ample, s’était approché de Kishun. À en juger par sa queue, est-il un homme bête Tanuki ?

Le Tanuki avait demandé à Kishun. « Alors, chef de l’île, comment ça s’est passé ? »

« Oui, j’ai réussi à faire venir du poisson du Royaume en toute sécurité, » avait-il répondu.

Ainsi, l’histoire racontait que Kishun était allé au Royaume pour négocier avec les chevaliers et les nobles dont les domaines se trouvaient sur la côte afin de mettre la main sur du poisson. En raison de cela, le bateau de Kishun était chargé de poissons pêchés dans le Royaume… Mais l’odeur n’avait rien fait pour soulager le mal de mer d’Aisha.

L’homme tanuki avait frappé ses muscles abdominaux gonflés. « C’est excellent. »

« Oui. Je vous demande de commencer à décharger immédiatement. Emmenez aussi les dragons de mer dans la baie, si vous voulez bien. Nous ne voulons pas que l’Ooyamizuchi les renifle. »

« Laissez-nous faire ! Hé, les voyous ! On va décharger le bateau ! »

« « «D’accord ! » » » 

Après cela, un groupe d’hommes portant la même tenue que l’homme était monté à bord du navire. J’avais été surpris de voir que les seules choses qu’ils portaient en dehors de ces manteaux étaient un pagne et des chaussettes. C’était le milieu de l’hiver et ils travaillaient ici à moitié nus.

« N’ont-ils pas froid… ? »

« Bien sûr que oui. C’est pourquoi nous portons des manteaux Happi, n’est-ce pas ? » dit le Tanuki, après m’avoir entendu marmonner, avec un rire chaleureux.

Non, je ne voyais pas le port d’un happi sans rien d’autre comme une mesure pour éloigner le froid… et attends, en analysant ce que le gars vient de dire, est-ce qu’ils ne portaient même pas de happi quand il ne faisait pas froid ? Étaient-ils vraiment un groupe de machos en pagne ? Je parie qu’ils font un spectacle grandiose au milieu de la chaleur de l’été…

Pendant que je réfléchissais à cela et que je les regardais décharger le navire, un des machos avait crié à l’homme tanuki. « Hé, patron ! Il y a quelque chose de bizarre dans les bagages ? »

« Oh, qu’est-ce que c’est ? »

Les hommes avaient trouvé une boîte en bois qui était juste assez grande pour qu’un adulte ait encore du mal à y rentrer.

« Il n’y a pas d’étiquette. »

« Hmm… Une idée de ce que c’est, Chef de l’île ? »

« Non, je ne me souviens pas d’une boîte comme ça…, » déclara Kishun, me regardant pour une réponse.

Nous avions tous secoué la tête. Je ne me souvenais pas d’avoir apporté quelque chose comme ça à bord.

« Une fois que nous l’aurons ouverte, nous saurons ce qu’il en est. »

Le tanuki avait ouvert le couvercle de la boîte en bois, et…

« « « Quoi !? » » » tout le monde avait crié de surprise.

À l’intérieur de la boîte, il y avait une fille à deux queues avec des ailes comme ceux d’un corbeau.

« « Pourquoi Yuriga est-elle ici ? » » Tomoe et moi avions crié à l’unisson, mais…

« Urgh... Blech… » Yuriga venait de vomir, alors que son visage était pâle.

« … Alors, que fais-tu exactement ici ? » avais-je demandé après que Yuriga ait récupéré.

Elle avait gonflé ses joues et elle avait dit. « Quand j’ai entendu que Tomoe et Ichiha prenaient tous deux congé de l’Académie, je me suis demandé où ils allaient. Ils n’ont rien voulu me dire quand je le leur ai demandé. Alors, je me suis cachée dans les bagages de la gondole pour savoir… Je ne m’attendais pas à être embarquée sur un bateau. Quand je pense que j’ai passé tout ce temps à l’étroit dans une salle de chargement qui puait le poisson… Ulp… »

Yuriga avait placé sa main sur sa bouche, se sentant probablement encore malade, et Tomoe lui avait donné une tape dans le dos.

« Qu’as-tu mangé et bu ? » avais-je demandé.

« … J’ai emprunté quelques fruits et de l’eau de la cargaison. J’ai l’intention de les payer plus tard. »

« Bon sang. Si c’était si mauvais là-dedans, tu aurais pu sortir et te montrer, tu sais ? »

« Je ne pouvais en aucun cas le faire ! Je me suis retrouvée sur le bateau avant même de m’en rendre compte ! Un vrai passager clandestin ! J’ai entendu dire que les passagers clandestins sont généralement donnés en pâture aux grandes créatures marines. J’étais presque sûre que vous étiez aussi à bord du navire, mais je ne pouvais pas en être sûre. Je ne pouvais pas sortir avant d’être sûre que c’était sans danger… Mais j’ai fini à moitié délirante avec le mal de mer. » Yuriga frissonna en se souvenant de son séjour à bord.

Eh bien, si elle était coincée dans un espace minuscule qui sentait le poisson cru, luttant contre sa peur d’être prise, ainsi que contre le mal de mer, je ne pouvais pas lui reprocher de ne pas se sentir bien.

Le Tanuki avait regardé Yuriga. « Tu as raison. Quiconque est assez idiot pour monter à bord d’un bateau mérite d’être un de la nourriture de megalodon. »

Son ton était menaçant. Je parie que la raison pour laquelle Yuriga était devenue encore plus pâle n’est pas seulement le mal de mer. Oh, mais elle était, techniquement, une princesse d’un autre pays, donc je ne voulais pas qu’il l’effraie trop. Si quelque chose arrivait à Yuriga, Fuuga serait un cauchemar absolu à gérer.

Kishun avait frappé l’homme tanuki sur la tête avec son katana gainé.

 

 

« Tu es un adulte. N’intimide pas un enfant comme ça. »

« Oww… ! Non, patron. Je te le dis, tu dois donner une bonne leçon à des gosses comme ça. »

« C’est mon navire, donc ce n’est pas à toi de te mettre en colère. C’est une amie de mes invités, donc je ne ferai rien pour la punir. »

« Des invités, dis-tu ? » demanda le Tanuki.

Le Tanuki me regarda. J’avais abaissé mon chapeau conique.

« Je suis un commerçant qui fait du commerce dans les ports du Royaume de Friedonia. J’ai aidé à l’achat du poisson, et Sire Kishun m’a invité à venir séjourner sur cette île en guise de remerciement, » déclarai-je.

« Le royaume de Friedonia ? Vous n’êtes pas un habitant de l’île de Yaeda ? »

« Je le suis par le sang. On m’a dit que mon arrière-grand-père est venu au Royaume de là. »

C’était un mensonge, bien sûr, mais je ne pouvais pas laisser sortir qui j’étais vraiment, alors j’avais besoin d’une histoire. J’avais saisi Yuriga par la tête et je l’avais forcée à s’incliner, puis j’avais baissé la tête moi aussi.

« Je suis désolé. J’aurais dû la surveiller de plus près. Je ne manquerai pas d’en parler à ma petite sœur plus tard. »

« Attendez, petite sœur — . »

« Yuriga ! Quand tu t’excuses, fais-le correctement ! »

« Je suis désolée. »

Une fois que nous nous étions tous deux excusés, l’homme tanuki s’était maladroitement gratté la joue. « Oh, non, si elle sait qu’elle a mal agi, c’est bon. Je n’étais pas non plus aussi mature que j’aurais dû l’être. »

« Cela aide beaucoup de vous entendre dire cela, » avais-je dit.

« Pourtant, pour des frères et sœurs, vous ne vous ressemblez pas beaucoup, » déclara le tanuki.

« Nous sommes à moitié célestes. Ma petite sœur tient de notre mère, » répondis-je.

« … Vous avez une famille compliquée, hein ? Eh bien, soyez un bon frère et prenez soin de votre petite sœur. »

« Oui, je le ferai, » avais-je répondu d’un petit signe de la main.

… Ouf, on dirait que j’ai réussi à passer au travers. Une fois que le Tanuki était revenu au travail, je m’étais accroupi devant Yuriga et je l’avais regardée dans les yeux.

« Yuriga, » avais-je chuchoté.

Quand elle avait entendu son nom, ses épaules s’étaient crispées. Il semblait qu’elle essayait de défendre ses actes, mais elle ne trouvait pas les mots et elle avait fini par abandonner.

« Hum… je suis désolée, » répondit-elle, en chuchotant aussi, puis en poussant un soupir. Je n’étais peut-être pas très doué pour ce genre de choses, mais j’avais besoin de la réprimander.

« … Si une seule chose avait mal tourné, cela aurait pu se transformer en quelque chose de majeur. Cela risquait de provoquer un incident international, bien sûr, mais cela te mettait aussi en danger. J’ai entendu dire que les marins peuvent être turbulents. S’ils t’avaient surprise quand nous n’étions pas là ou si tu avais été embarquée sur un autre navire… on ne sait pas ce qu’ils auraient pu te faire, » déclarai-je.

Yuriga avait rabaissé la tête dans la défaite. Cela devait en partie venir de la façon dont l’homme tanuki l’avait intimidée. Elle pouvait jouer les dures, mais elle n’avait que quatorze ans — ou dans mon monde, elle n’était qu’en deuxième année de collège.

J’avais posé une main sur sa tête découragée. « Je vois bien que tu réfléchis à tes actions, alors je ne vais pas insister davantage, mais ne recommence plus jamais. Par ailleurs, rapporte toi-même ce qui est arrivé à Fuuga. »

« Oui… »

Après avoir donné une tape sur la tête à Yuriga quand elle avait hoché la tête, je m’étais tourné vers Kishun et lui avais dit. « Désolé pour le dérangement. Pourriez-vous nous montrer maintenant le manoir ? »

« Très bien. »

Et donc, nous avions suivi Kishun.

☆☆☆

Partie 3

« Ouah, Ichiha, les ruelles sont vraiment étroites. »

Tomoe et Ichiha, qui suivaient Souma et son groupe dans les ruelles des îles jumelles, avaient été surpris de la proximité des maisons. Elles étaient si serrées que, même au milieu de la journée, les ruelles étaient un peu sombres.

« Les écarts sont si petits que deux adultes ne pourraient pas se tenir côte à côte. Il n’y a rien de tel dans le duché de Chima ou le royaume de Friedonia. » Ichiha analysa ce qu’il voyait.

« Ce serait vraiment mauvais s’il y avait un incendie, hein ? Les murs ont l’air d’être eux aussi en bois. »

« Peut-être sont-ils en bois pour pouvoir être reconstruits rapidement en cas d’incendie ? Les maisons sont plutôt simples… Mais ça me fait plutôt réfléchir quant aux cambrioleurs. Même les portes sont en bois. »

« Je pense qu’ils seront en sécurité sur une petite île comme celle-ci, non ? Ils doivent tous se connaître ici. »

« C’est logique. Avec des maisons si rapprochées, il est facile de remarquer que quelque chose ne va pas dans la maison du voisin. »

En voyant le nouvel environnement de l’île, Tomoe et Ichiha avaient discuté de ce que devait être la vie ici. C’était leur professeur, Hakuya, qui leur avait inculqué cette idée.

« Lorsque vous regardez le paysage d’un autre pays, vous pouvez voir comment vivent les habitants de ce pays. Les choses et la culture sont nées de la nécessité. La façon dont les gens construisent leurs maisons, par exemple, nous dit assez fidèlement comment ils vivent. Si vous souhaitez élargir votre perspective sur le monde extérieur, vous pouvez commencer par observer ces détails de près. »

Ils avaient fait ce qu’on leur avait appris et ils avaient imaginé la vie des habitants de l’île en regardant autour d’eux. Chaque fois que les actions des insulaires correspondaient à leur imagination, Tomoe et Ichiha se sentaient enthousiastes, comme s’ils avaient résolu un puzzle.

« C’est comme un de ces jeux où l’on trouve les images correspondantes, hein, Ichiha ? »

« Tu as raison. Cependant, je ne suis pas sûr que nous devrions nous amuser autant lorsque nous sommes ici pour des affaires officielles. »

« Qu’en penses-tu, Yuriga ? » demanda Tomoe, se tournant vers la silencieuse Yuriga.

« … »

« Yuriga ? »

Mais Yuriga n’était présente que dans le corps. Son esprit s’était clairement égaré ailleurs.

« La façon dont Grand Frère et le vieux Tanuki se sont mis en colère contre elle la dérange-t-elle encore ? » Maintenant inquiète, Tomoe se pencha et regarda le visage de Yuriga. « Tu vas bien, Yuriga ? »

« Hein ? ! Euh, quoi ? »

La tête de Yuriga s’était agitée lorsqu’elle était soudainement revenue à la réalité. On aurait dit qu’elle n’avait pas écouté.

Tomoe la regarda avec inquiétude. « Tu étais silencieuse tout ce temps, alors je me suis inquiétée. Ce qui s’est passé tout à l’heure te dérange-t-il toujours ? »

« Pas vraiment… Mais j’y pensais. »

« À propos de quoi ? »

« Est-ce que ton frère est toujours comme ça quand il gronde quelqu’un ? » demanda maladroitement Yuriga à Tomoe. « Tu sais, la façon dont il m’a parlé et dont il a incliné la tête devant les gens que j’ai dérangés avec mes agissements. Comme ça, je veux dire. »

« Hrm... Il m’a déjà grondée auparavant. Je n’ai jamais fait quoi que ce soit qui nécessiterait de baisser la tête et de s’excuser, mais je pense que si je le faisais, Grand Frère baisserait la tête avec moi comme il l’a fait pour toi. »

« Je vois…, » répondit Yuriga, avant de se replonger dans ses pensées.

En voyant cela, Tomoe s’était penchée sur le côté et avait demandé. « Fuuga ne t’a jamais grondé ? »

« Bien sûr qu’il l’a fait ! Tu l’as même vu me frapper à la tête, n’est-ce pas ? »

« Ah, je me souviens de ça…, » déclara Tomoe, en se souvenant d’un événement similaire quand ils étaient dans l’Union des États de l’Est.

« Si c’était mon frère, je me serais fait frapper, j’en suis sûre. » Yuriga soupira. « Et je doute qu’il baisse la tête devant un simple ouvrier. J’aurais été largement puni, alors l’autre côté en serait resté là… C’est probablement comme ça que ça se passerait. »

« Ah… »

Je le vois bien faire ça, pensa Tomoe. C’était bien ce que Fuuga allait faire — la punir puis insister pour qu’elle soit pardonnée. L’autre partie serait forcée de l’accepter. En échange d’un mal de tête, Yuriga obtiendrait le pardon.

Yuriga soupira de nouveau. « J’ai toujours mal à la tête quand mon frère me frappe là. Mais quand Sire Souma m’a grondée, et que j’ai baissé la tête avec lui… il n’y a pas eu de douleur physique, mais… »

Elle semblait lutter pour les mots, mais Tomoe comprenait.

« As-tu mal dans ton cœur ? » demanda Tomoe.

« … Quelque chose comme ça. En fait, c’est bien plus dur selon moi. »

À cause de ce qu’elle avait fait, quelqu’un qui n’avait rien à voir avec cela avait été obligé de s’excuser pour elle. Ce « coup » avait été très dur. Même si quelqu’un ne se sentait pas mal pour ce qu’il avait fait, il ressentait quand même un sentiment de culpabilité. Et parce qu’au fond, Yuriga était une personne sérieuse, cela n’avait fait qu’amplifier le résultat.

« Est-ce là ce que Sire Souma entend par une différence de valeurs ? » demanda Yuriga, en se frottant la tête à l’endroit que Souma avait touché plus tôt pendant les excuses.

« Murgh… » Tomoe était devenue un peu grognon et elle avait pincé les joues de Yuriga.

« Hé… C’est quoi ça ? Qu’est-ce que tu fais ? » s’exclama Yuriga, en battant des mains.

Tomoe s’était mise à renifler avec colère. « Grand Frère est mon grand frère. Je ne te laisserai pas l’avoir. »

« Il n’est que ton frère d’honneur ! De plus, de toute façon, ce n’est pas comme si je le voulais ! Le fort et cool Fuuga est le seul grand frère pour moi ! »

« Mon grand frère aussi est cool ! »

Les deux filles se regardèrent fixement l’une et l’autre. Ichiha se plaça entre elles, avec hésitation.

« Hé, vous deux, ne vous battez pas ici. Si nous sommes séparés des autres et que nous nous perdons, nous serons encore grondés, vous savez ? »

« « Ah ! » »

Le fait d’avoir été grondé par Ichiha avait ramené Tomoe et Yuriga à la raison.

« Euh, oh ! Ils ont déjà un peu d’avance. »

« Parce que tu es lente, Yuriga. »

« N’en fais pas une affaire personnelle, petite fille ! Tu parlais aussi ! »

« Allez, vous deux ! J’ai dit que ce n’est pas le moment de se battre ! »

« Oh, c’est vrai, tu l’as fait. Quoi qu’il en soit, courons ! » dit Yuriga, en regardant Tomoe et Ichiha.

« « Roger ! » » Tomoe et Ichiha avaient fait un signe de mains, puis les trois enfants s’étaient mis à courir.

Ils avaient couru aussi vite qu’ils avaient pu et ils avaient réussi à rattraper leur retard avant que les adultes ne s’en aperçoivent.

Souma s’était retourné, pour voir leurs regards épuisés. « Hm ? Hé, vous trois, quoi de neuf ? Vous êtes à bout de souffle. »

« C-Ce n’est rien, Grand Frère. »

« Hein ? » Souma pencha sa tête sur le côté dans la confusion, puis il se tourna vers l’avant. Les trois enfants soupirèrent doucement, soulagés.

« Ouf… Je suis contente qu’on ait réussi, » déclara Tomoe.

« C’était dur avec la pente ici, hein ? Même si c’est l’hiver, j’ai quand même transpiré. »

« À qui la faute, Yuriga ? »

« Je dirais que c’est aussi la tienne, Tomoe. »

« Souffle… Souffle… » Ichiha était trop essoufflé pour faire de la médiation quant à leurs chamailleries.

Tomoe avait souri avec ironie, puis elle jeta un coup d’œil à Yuriga. Nous venons d’arriver dans les îles jumelles, et les choses sont déjà très mouvementées… pensa-t-elle.

« … Quoi ? Pourquoi me regardes-tu comme ça ? »

« Sans raison. »

Mais si Yuriga a retrouvé son esprit… Eh bien, je suppose que c’est bon. Tomoe riait en y pensant.

☆☆☆

Chapitre 5 : Rencontre – ennemis

Partie 1

En passant par la ruelle étroite et sur le chemin qui menait au plateau, on pouvait voir des murs blancs construits au sommet de la falaise. J’avais supposé que c’était le manoir de Kishun. Maintenant que j’y ai jeté un coup d’œil, je pouvais voir des semblants de château de style japonais, comme l’un de ceux du début et du milieu de la période Sengoku qui n’avait pas de tour.

Tomoe cligna des yeux à plusieurs reprises lorsqu’elle regarda le bâtiment. « Les murs sont beaucoup plus bas que ceux du château dans le Royaume, hein ? »

« C’est parce qu’ils n’ont pas à protéger la ville environnante. Comme ils sont construits si haut sur le plateau, il est difficile de les bombarder, donc ils sont probablement assez hauts, » expliqua Ichiha.

« Mais que se passera-t-il si la cavalerie-wyverne attaque ? » demanda Tomoe, en penchant sa tête sur le côté. « Je ne vois rien qui ressemble à un lance-carreaux antiaériens à répétition. »

« Ils n’ont pas besoin de ça parce qu’il n’y a pas de wyvernes dans l’archipel du Dragon à Neuf Têtes, » déclara Ichiha, en pointant vers la mer. « Les wyvernes détestent voler si loin qu’elles ne peuvent pas voir la terre. Leurs ailes finissent par se fatiguer et sans endroit où se poser, elles finissent par s’écraser dans la mer. Grâce aux hautes montagnes, les îles de l’archipel semblent plus proches les unes des autres qu’elles ne le sont en réalité. Il est difficile de voler d’île en île sur une wyverne, et il n’y a donc jamais eu assez d’avantages pour les faire venir du continent et les élever ici. »

« Argh… » Yuriga gémit.

« C’était incroyable, Ichiha, » déclara Tomoe en tapant dans ses mains. « Tu as rendu cela très facile à comprendre. »

Ichiha avait souri timidement face aux éloges.

Les enfants ont une saine envie d’apprendre, pensais-je en franchissant la porte en haut des marches de pierre. Ils doivent constamment absorber toutes sortes de nouvelles informations provenant du paysage étranger qui les entoure. C’est une bonne tendance.

Une fois que Kishun nous avait conduits dans le manoir, les serviteurs étaient arrivés dans la place et ils avaient baissé la tête à notre arrivée. Il semblait qu’on leur avait expliqué que nous étions des invités.

« Par ici, s’il vous plaît, » déclara Kishun, nous conduisant à une grande salle de tatamis.

Le bâtiment était équipé d’écrans shouji et de panneaux fusuma, ce qui lui donnait un aspect très japonais. Comme le jardin était tout proche, on avait moins l’impression d’être dans la salle de banquet d’une auberge que dans un dojo.

« Cette pièce doit être grande et facile à utiliser. J’ai déjà fait apporter dans cette pièce le matériel que nous avons préparé. S’il vous plaît, utilisez les choses et les personnes de ce manoir comme vous le souhaitez. »

« S’il vous plaît, donnez-moi aussi vos ordres, » ajouta la princesse Shabon, baissant la tête en même temps que Kishun. Il semblait qu’ils faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour nous. Cela montrait à quel point ils étaient sérieux.

En regardant dans la pièce, j’avais vu qu’il y avait des piles de papiers. Ce devait être les documents que Kishun avait mentionnés.

J’avais fait un signe de tête, puis j’avais rapidement commencé à donner des instructions à tout le monde. « OK. Mettons-nous au travail. Ichiha et moi allons examiner les informations sur Ooyamizuchi. Juna, j’aimerais que tu nous aides. »

« Compris. »

« O-Oui, monsieur ! »

Juna et Ichiha m’avaient salué.

J’avais donné des instructions aux autres. « Princesse Shabon et Kishun, je vais vous demander de m’aider à classer les documents que vous avez rassemblés ici. Vous disiez que nous pourrions “utiliser les serviteurs”, mais je préfère ne pas laisser un grand nombre de personnes entrer en contact avec des informations importantes. Pourriez-vous nous aider à la place ? »

« Très bien. Dites-nous ce qu’il faut faire, et ce sera fait. »

« Oui. Compris. »

Shabon et Kishun avaient accepté ma demande.

« D’accord. Aisha… t’es-tu rétablie ? » avais-je demandé.

Aisha s’était cogné la poitrine, bien qu’elle ait l’air un peu malade. « Oui. Le monde est encore un peu secoué, mais cela ne devrait pas poser de problème. »

« Tu n’as pas besoin de te fatiguer, mais… si tu peux le faire, monte la garde dans cette salle. »

« Oui, sire ! Compris. »

« Tomoe et Yuriga, vous pouvez faire ce que vous voulez. C’est une bonne occasion pour vous, alors allez visiter l’île. Naden, surveille les pour moi. »

« Compris. »

« Hum, Grand Frère ? J’espérais aussi aider, tu sais ? » déclara Tomoe.

Je lui avais fait signe de s’approcher, puis, en posant ma main sur sa tête, j’avais murmuré à l’une de ses petites oreilles de loup. « Je vais finir par avoir besoin de ton talent. Mais je ne pense pas qu’il soit temps pour toi de faire quoi que ce soit pour l’instant. En attendant, je veux que tu surveilles Yuriga et que tu l’empêches de faire des folies. »

« Yuriga ? »

« Oui. Regarde comment elle s’est embarquée dans l’affaire. Elle est comme un faisceau de problèmes potentiels. Si on la laisse s’ennuyer et sans personne avec qui bavarder, on ne sait pas quelles bêtises elle pourrait faire. »

« … Je vois. C’est logique. » Tomoe avait fait un salut comme pour dire : « Laisse-moi faire ! »

Mais Tomoe peut aussi parfois faire ses propres singeries. Avec Naden qui les protège, elles ne seront pas en danger. Tomoe était retournée auprès de Yuriga, qui nous avait fait un signe comme pour demander « De quoi parlent ces deux-là ? » Les regardant, j’avais tapé dans mes mains.

« Bon, tout le monde, je compte sur vous. »

« Ces documents nous ont été apportés par les espions que la princesse et moi avons envoyés, et ils comprennent des rapports de témoins d’Ooyamizuchi ainsi que des documents sur la flotte de l’Union de l’Archipel, » expliqua Kishun, en indiquant la montagne de papiers sur la table devant moi.

J’aurais dû savoir que les locaux seraient en mesure de recueillir beaucoup d’informations. Bien que nous ayons envoyé les Chats Noirs, nous n’avions pas pu en envoyer beaucoup, car cet endroit était assez éloigné et de l’autre côté de la mer. À cause de cela, ils avaient une capacité limitée à rassembler des informations, et elles arrivaient souvent en retard.

« Je vous en suis reconnaissant. Maintenant, pour aller droit au but, j’aimerais que la princesse Shabon et Kishun classaient ces documents. Divisez-les en informations sur Ooyamizuchi et tout le reste, puis apportez-nous uniquement les documents sur Ooyamizuchi. »

Quand j’avais dit cela, les yeux de Shabon s’étaient élargis sous le choc. « Cela veut-il dire… que les informations sur le Roi-Dragon à neuf têtes et la flotte ne vous importent pas ? »

… Ahh, je suppose que je l’ai mal formulé. Je comprends pourquoi cela pourrait donner l’impression que je prends à la légère le Roi Dragon à neuf têtes et la flotte de l’Union de l’Archipel. Bien qu’ils se soient séparés, elle et Kishun étaient venus nous voir par désir d’aider les habitants de l’île, il était donc naturel qu’ils éprouvent encore un peu d’affection pour leur pays. Cela devait être désagréable de me voir les ignorer en apparence.

« Désolé. Ce n’est pas ce que je voulais dire. Je ne connais pas grand-chose aux marines et aux batailles en mer, alors je veux concentrer mon attention sur Ooyamizuchi. Transmettez à Aisha les documents sur le Roi Dragon à neuf têtes et la flotte, si vous le voulez bien. Elle enverra les informations à notre experte se trouvant au Royaume (Excel), qui proposera des contre-mesures efficaces. »

« O-Oh, je vois… Excusez-moi, » dit Shabon, en baissant la tête pour s’excuser.

Cela semblait l’avoir satisfaite, alors j’étais immédiatement passé à l’examen de la tâche à accomplir.

Juna et moi avions pris les documents que Shabon et Kishun avaient classés pour nous et les avions divisés en témoignages et rapports de dommages avant de les transmettre à Ichiha. Il avait ensuite analysé les informations et réduit les formes possibles de la créature.

« C’est… ! Oh, mon Dieu… » La princesse Shabon, qui triait des papiers, s’était soudain mise à crier.

Je m’étais retourné pour voir ce qui se passait, et la princesse Shabon était venue vers moi, le visage triste, me remettant un seul document. J’avais accepté le document et l’avais examiné.

« Une île entière, détruite, hein… ? C’est affreux, » murmurai-je malgré moi.

Ce document était un rapport de dommages datant d’il y a quelques jours. Des dizaines de personnes et leur bétail avaient disparu d’une île pendant la nuit. À en juger par les destructions et les « débris » laissés derrière, il avait été déterminé qu’Ooyamizuchi devait être responsable. Si l’on regarde la date, Shabon et Kishun étaient dans le Royaume au moment où cela s’était produit. En d’autres termes, les dégâts avaient continué à s’étendre pendant leur absence.

Les images de la scène infernale qui se déroulait à l’extérieur des murs de Lastania avaient déferlé dans ma mémoire. Des choses comme ça pouvaient arriver n’importe où dans ce monde. Je devais garder cela à l’esprit à tout moment. Pour l’instant, cependant, je devais trouver comment m’occuper d’Ooyamizuchi.

« D’après les rapports des témoins, nous supposons qu’Ooyamizuchi est une créature unique. Si elle a pu dévorer tous ces gens en une nuit, elle doit être assez énorme, non ? » demanda Ichiha, et je fis un signe de tête.

« Oui. Il y a quelques divergences dans les témoignages, mais il semble que ce soit la taille d’une petite île. Son corps doit faire plus de 30 mètres de haut. »

« Environ aussi long que Naden sous sa forme de ryuuu si vous l’allongez. »

« … Je sais que c’est inapproprié, mais c’est un peu drôle d’imaginer cela, » dit Juna avec un sourire ironique. Nous utilisions après tout Naden comme une règle.

« Hé, Ichiha, si elle fait 30 mètres de haut, elle doit être encore plus longue que ça, non ? »

« Correct. Nous avons des rapports de personnes qui l’ont vu ramper comme une tortue. Si nous y pensons de cette façon, cela pourrait être deux à trois fois plus long. »

« Avec cette taille, c’est un vrai kaiju… »

Je veux dire, j’avais vu un certain nombre de créatures que l’on pourrait appeler « kaiju », y compris Naden et des dragons comme Ruby, ainsi que des rhinosaurus et des dragons de mer, mais cette Ooyamizuchi était massive même comparé à eux. La seule qui n’avait pas perdu dans une compétition de taille était la Mère Dragon, mais elle ne s’était pas immiscée dans les affaires de l’humanité quand elles ne concernaient pas les dragons, donc elle n’allait pas nous aider. Nous devions nous occuper de nos propres problèmes.

« Que savons-nous de sa forme ? Il y a eu des rapports selon lesquels c’est aussi un serpent à plusieurs têtes, n’est-ce pas ? »

Quand je lui avais demandé cela, Ichiha avait regardé les documents, en penchant un peu sa tête sur le côté.

« Ce n’est pas clair. Nombre de ces déclarations affirment qu’elles n’ont pas pu distinguer clairement sa forme à travers le brouillard depuis la distance où elles se trouvaient. Cependant, beaucoup mentionnent qu’ils ont vu quelque chose de long et de serpentant. »

« À distance, hein… ? Avons-nous des rapports de témoins directs ? » avais-je dit, en fouillant dans le tas, et Ichiha avait gémi.

« Les seules personnes qui l’ont vu de près sont les victimes. Elles ont toutes été blessées, traumatisées ou… »

« … Digéré maintenant ? »

« Cependant, nous ne pouvons pas être sûrs qu’il possède un tube digestif comme les créatures normales. »

Pas beaucoup d’espoir d’y obtenir des informations, hein ? pensais-je, quand…

« Oh, sire. Que penses-tu de cela ? » dit Juna, en me présentant un morceau de papier. « Cela ressemble à un rapport écrit du seul survivant d’une attaque d’Ooyamizuchi. Bien qu’il ait survécu, il a été gravement blessé et il a dû être déplacé sur une autre île pour être soigné. Il semble avoir été dans un état d’esprit assez instable, nous ne pouvons donc pas être sûrs de l’exactitude de son témoignage. »

« Laissez-moi voir ? » Ichiha avait pris le papier et l’avait regardé.

☆☆☆

Partie 2

– Le témoignage d’un pêcheur —

C’était un serpent. La tête d’un serpent. S’étirant dans le brouillard. Nous nous sommes cachés dans le hangar à bateaux, mais cet énorme et long serpent a déchiré le toit, et a attrapé Raishi avec sa bouche. Nous étions terrifiés, tout simplement horrifiés… On ne pouvait rien faire d’autre que regarder.

Les secondes passèrent, et puis il y a eu ce bruit sourd écœurant… On regarda dehors et il y avait Raishi, coupé en deux — sa moitié supérieure et sa moitié inférieure.

Nous étions confus, et nous nous sommes tous enfuis dans des directions différentes.

Je ne me souviens pas où j’ai couru ni comment… mais j’ai trébuché sur quelque chose, j’ai fait une chute… et j’ai dû perdre conscience, parce que quand je suis revenu à moi, c’était le matin. J’ai serré ma tête endolorie, et… et je suis parti à la recherche de mes amis, mais… je ne les ai pas trouvés.

Je suis retourné au hangar à bateaux et le corps de Raishi avait également disparu. Même si son sang était toujours là…

Où sont-ils tous allés ? ! Où... Où...

***

« C’était intense… »

Ichiha était devenu pâle en le lisant. Comme ils avaient écrit ses paroles mot pour mot, les sentiments du narrateur étaient palpables.

« … Mais il y a une chose qui m’intéresse. » Ichiha avait réussi à se forcer à dire ça après avoir pris un moment pour se remettre.

« Hm ? Qu’est-ce que c’est ? »

« La façon dont l’homme a été divisé en deux moitiés, l’une supérieure et l’autre inférieure. Juste avant cela, le témoin a déclaré que l’homme avait été soulevé par un serpent. »

« Oui, c’est ce qu’il a dit. »

« Si c’était un serpent ayant le pouvoir d’arracher le toit d’un bâtiment avec des mâchoires assez puissantes pour mordre une personne, que pensez-vous qu’il arriverait au corps de cette personne ? »

« Il le couperait en deux, non ? » avais-je demandé.

« Sire. Savez-vous comment mangent les serpents ? »

« Qu’est-ce que tu… Ah ! Ils avalent les choses en entier ! »

Il y a longtemps, j’avais vu un serpent manger dans un programme sur la nature, alors je m’étais souvenu de cette image où ils avalent leur proie en entier. Avoir un homme coupé en deux me semblait donc vraiment étrange ici.

Ichiha avait fait un signe de tête. « Je mets en doute l’affirmation selon laquelle c’était un serpent. Même si nous supposons que c’était une sorte de serpent à dents, s’il l’avait mordu par le haut, le haut de son corps aurait dû rester dans sa bouche. Seule la moitié inférieure aurait dû tomber sur le sol. De plus, si elle avait mordu son torse, compte tenu de sa taille, les bras et les jambes sectionnés auraient dû tomber séparément. »

« Il n’aurait pas dû le diviser si proprement en deux… Est-ce ce que tu dis ? »

Ichiha avait acquiescé. « C’est presque comme s’il avait été coupé avec une lame tranchante. Ce n’est pas quelque chose qui arrive quand on est mordu. »

« Alors, est-ce une erreur de dire que c’était un serpent ? »

« Je ne peux pas en dire autant, mais… C’était peut-être quelque chose qui y ressemblait. »

« Bien… » J’avais posé le papier et j’avais poussé un soupir. « Pourtant, même quelqu’un qui l’a vu de près ne pouvait pas saisir clairement à quoi ça ressemblait, hein ? Le brouillard autour doit être assez dense. Est-ce que la créature apparaît parfois sous un ciel dégagé ? »

On aurait dit un vieux film de tokusatsu. J’avais entendu dire qu’à l’époque où la CG n’était pas très développée, ils utilisaient beaucoup de scènes se déroulant la nuit pour cacher les points problématiques des techniques utilisées. C’est ce que j’avais ressenti.

« Le brouillard… Un brouillard épais… Et il est toujours là ? » Ichiha avait l’air de penser à quelque chose. « Avec tous ces récits mentionnant le brouillard… il est possible qu’il ne soit pas d’origine naturelle. Se pourrait-il qu’Ooyamizuchi produise le brouillard lui-même d’une manière ou d’une autre ? »

« Le brouillard ? Pour se cacher ? »

« Non, ça ne peut pas être ça. D’après ces rapports, il n’y a aucune trace d’une bataille sérieuse contre Ooyamizuchi. N’est-ce pas, Princesse Shabon ? » lui demanda Ichiha, Shabon fit un signe de tête.

« Oui. Ooyamizuchi se déplace dans la mer et est difficile à suivre pour un navire. Nous ne pouvons même pas le combattre correctement. Non pas que je sois convaincue que nous pourrions gagner si nous pouvions…, » Shabon avait grincé des dents de frustration.

Ichiha avait poursuivi en disant. « S’il n’y a aucune trace de batailles, cela signifie qu’Ooyamizuchi ne voit pas l’humanité comme une menace. Nous ne sommes probablement que des proies qui rampent sur le sol. Cela ne sert à rien de se cacher d’un adversaire dont on n’a pas peur, n’est-ce pas ? »

« C’est vrai. Mais alors pourquoi fait-il du brouillard ? »

« Se pourrait-il que, parce qu’il s’agit d’une créature de la mer, il y ait certaines limites à sa capacité d’opérer sur terre ? Pour vous donner un exemple… si vous laissez une pieuvre géante sur la terre ferme, elle finira par s’assécher, n’est-ce pas ? C’est peut-être la même chose pour Ooyamizuchi, et son corps s’assèche rapidement sur terre, ralentissant ses mouvements. Et c’est pourquoi elle fait du brouillard, pour l’aider à maintenir son humidité… c’est peut-être ça ? »

C’était logique. Si vous séchiez un concombre de mer, il se réduisait énormément par rapport à sa taille originale. Mais il allait vite reprendre sa taille quand on le remettait à l’eau…

« Une créature qui produit du brouillard ? Cependant, cela ne ressemble pas au bec d’une baleine… Oh ! En y repensant, il y avait une légende d’un grand monstre crustacé appelé “shen” qui produisait du brouillard… »

« Un mollusque qui produit du brouillard, vous dites… ? Je vais essayer de le dessiner, » dit Ichiha, puis il s’était mis au travail en utilisant le fusain et la planche à dessin qu’il avait apportés.

Il essayait de dessiner Ooyamizuchi en utilisant les informations fragmentaires que nous avions pu rassembler. Ichiha était le plus grand expert en monstrologie. J’étais sûr qu’il allait produire quelque chose d’encore plus précis que ce qu’il avait pu faire dans le Royaume.

Juna et moi nous étions empressés de lui fournir tout le matériel dont il avait besoin.

◇ ◇ ◇

Pendant que Souma et ses hommes examinaient les informations sur Ooyamizuchi, Shabon et Kishun triaient les matériaux qui avaient été empilés au hasard. Alors qu’ils séparaient les informations par catégorie, Shabon avait poussé un petit soupir.

« … Lady Shabon ? » Kishun demanda après qu’il l’ait remarqué, et Shabon secoua la tête.

« Je m’excuse. Je réfléchissais. »

« Quelque chose vous dérange ? »

« Ah… Oui. Sire Souma semble considérer les informations sur Ooyamizuchi comme importantes, mais il a laissé les informations sur Père et la flotte à sa subordonnée. Je sais qu’il a dit ne pas connaître la marine, mais je trouve surprenant qu’il ne soit même pas intéressé de près… »

« Vous pensez donc qu’il prend le Roi-Dragon à neuf têtes trop à la légère ? »

Shabon acquiesça. « Je lui suis reconnaissante de voir Ooyamizuchi comme une menace et de travailler sur une méthode pour y faire face. Cependant, mon père est le chef d’un archipel plein de voyous. Je ne peux pas imaginer qu’il puisse le battre sans le prendre au sérieux. »

« Sire Souma a-t-il une confiance absolue dans sa capacité à vaincre le Roi Dragon à neuf têtes ? Comme s’il avait une arme que l’on ne pourrait jamais imaginer ici, dans l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes ? »

« Il pourrait en avoir. Cependant, s’il baisse sa garde, je crains qu’il ne trébuche. Connaissant mon père, je sais à quel point il peut être un adversaire redoutable. » Elle regarda Souma et soupira. « Pourtant, tout ce que je peux faire maintenant, c’est croire en Sire Souma, parce que je me suis déjà séparée de mon père… Parce que c’est le chemin que j’ai choisi… »

« Lady Shabon…, » dit Kishun, avec de l’inquiétude dans sa voix. Shabon lui avait giflé les joues.

« Je dois aussi faire tout ce que je peux. Pour qu’il soit le plus facile possible pour les subordonnés de Sire Souma de mettre au point un plan. »

« Oui, ma dame… Ah ! Maintenant que j’y pense. »

« Hm ? Qu’y a-t-il, Kishun ? »

« Une chose a attiré mon attention pendant que nous parcourions les documents ici. »

« Quelque chose qui a attiré ton attention ? »

« Oui. Un rapport sur l’équipement militaire de l’île du Dragon à neuf têtes. »

Kishun avait remis un morceau de papier à la princesse Shabon pour qu’elle le regarde. Il s’agissait d’un rapport sur les dépenses du Roi Dragon à neuf têtes en matière d’équipement militaire pour préparer la bataille avec la flotte du Royaume. Shabon avait penché sa tête sur le côté.

« La position conflictuelle de mon père reste donc inchangée. Qu’en est-il ? »

« Ses dépenses sont inférieures à ce que je pensais. Vous vous rappelez que le roi a augmenté les impôts “pour préparer l’invasion prochaine du Royaume”. Il devrait pouvoir dépenser plus que cela. »

« Vraiment ? C’est étrange. »

Si ce que Kishun indiquait était vrai, alors la plupart des fonds collectés par les impôts n’allaient pas à l’armée.

« Lady Shabon. Le Roi Dragon à neuf têtes était-il du genre à gaspiller de l’argent ? »

« Jamais ! Père était un militariste qui n’hésiterait pas à dépenser pour l’équipement, mais il ne gaspillerait jamais de l’argent pour autre chose. Au lieu du luxe, il choisirait toujours d’avoir un bateau de plus pour sa flotte. »

« Dans ce cas, où va l’argent… ? »

« … Je ne suis pas sûre. » Les yeux de Shabon frémissaient de malaise alors qu’elle regardait en direction de l’île du Dragon à neuf têtes. « Que se passe-t-il dans ce pays dont nous ne savons rien… ? »

Kishun n’avait pas eu de réponse à donner à la question de Shabon.

☆☆☆

Partie 3

Pendant ce temps, à peu près à la même période, Naden, Tomoe, et Yuriga regardaient dans la zone autour du manoir de Kishun. Elles avaient examiné avec grand intérêt tout ce qui se trouvait dans la maison, des rouleaux suspendus dans les alcôves aux meubles étrangers.

« Hé, regardez ça. La tête de cette décoration de tigre bouge. » Yuriga avait fait cette remarque. Tomoe s’était penchée pour regarder de plus près.

« Tu as raison… C’est plutôt bien, hein ? »

Naden, enveloppée dans un épais manteau, frissonnait en les regardant. Le manteau était celui du Cerf d’Argent. Normalement, Naden allait bien avec une tenue faite de ses propres écailles transformées, mais cela ne pouvait pas la réchauffer tout seul, alors elle portait quelques couches supplémentaires.

« Argh… Si froid… Ce manoir est rempli de courants d’air. Ohh, je veux retourner au brasero dans la chambre de Souma. »

« V-Vas-tu bien, Naden ? » demanda Tomoe, l’air inquiet, et Naden la serra très fort dans ses bras.

« Wahh !? »

« … Si chaleureux. Les enfants ont une température corporelle si délicieusement élevée. »

« Tu as aussi l’air d’une enfant, tu sais ? » dit Yuriga, exaspérée que Naden ait utilisé Tomoe pour se réchauffer.

« Hé, Yuriga ! Naden est une reine ! »

« Cela ne me dérange pas. Je sais que je suis la moins royale de toutes les reines. Les gens de Parnam continuent aussi à me traiter comme une fille normale, » dit Naden avec un sourire ironique en tapotant la tête de Tomoe.

Même maintenant qu’elle était reine, Naden allait toujours en ville quand elle avait du temps libre. Les commerçantes l’adoraient et lui demandaient d’aller leur acheter des choses ou de chanter des berceuses pour leurs enfants.

« Je suis une reine, vous savez ! »… elle protestait, mais Naden leur faisait toujours ces faveurs, alors ils continuaient à compter sur elle. Si vous faisiez un sondage de popularité pour les reines, mais en le limitant au seul Parnam, les nobles et les chevaliers choisiraient Liscia, mais le vote écrasant du peuple serait probablement divisé entre Naden et Juna. Si on limite encore ce vote aux femmes, Naden avait une longueur d’avance. Elles la récompensaient avec des produits de leurs magasins, elle ramenait donc toujours des produits frais à la maison et régalait Souma avec sa cuisine maison.

« C’est pourquoi je ne me plaindrai pas de l’irrespect… Mais en échange… »

« Hein ? ! Eek!? »

Naden avait fait le tour pour arriver derrière Yuriga et l’avait attrapée par-derrière.

« Réchauffe-moi un peu avec tes ailes. »

« Quoi !? Whoa, ne touche pas mes ailes ! Elles sont sensibles ! »

« Ohhh. J’aime ton plumage. »

« N-Non… Stop… ! Ahhh ! »

Peut-être qu’à cause du froid, Naden devenait excessivement susceptible.

« Qu’est-ce que c’est que cette scène passionnante ? Peut-être que c’est une bonne chose qu’Ichiha ne soit pas là. » Tomoe avait rougi en regardant Naden accoster Yuriga.

Après avoir joué en luttant un peu, Naden avait dû un peu s’échauffer et elle avait laissé Yuriga partir. Finalement libérée, Yuriga avait jeté un regard plein de ressentiment sur Tomoe.

« Ne te contente pas de regarder ! Aide-moi ! »

« Oh, je ne pouvais pas faire ça. Je veux dire, regarde, je n’ai même pas d’ailes. »

« Tu as une queue de loup, n’est-ce pas ? Écoute, Naden, cela ne serait-il pas bien si tu pouvais câliner la queue pelucheuse de cette gamine ? »

« … Hé, tu as raison. »

Alors que Naden la fixait avec les yeux d’un prédateur, Tomoe s’était instinctivement couvert la queue avec ses mains.

« U-Um, nous devrions vraiment passer à l’étape suivante. Les domestiques disaient que l’entrepôt est plein de choses intéressantes. » Tomoe avait encouragé les deux autres filles à avancer, en essayant d’éloigner le sujet de sa queue.

L’entrepôt où elles étaient arrivées dans le coin du jardin avait des murs blancs et un toit de tuiles. Si Souma était là, il l’aurait décrit ainsi : « Le genre d’endroit où un magistrat malfaisant planquerait des pièces d’or pour être ensuite volé par les voleurs vertueux. »

Kishun leur avait déjà donné la permission d’entrer, la porte était donc grande ouverte. Lorsque les trois filles étaient entrées, l’air sentait légèrement la moisissure, et divers objets y étaient entreposés, apparemment au hasard.

« Est-ce… un outil pour l’agriculture ? Il a l’air assez vieux. »

« Yuriga, il y a un filet pour la pêche par ici. »

« Est-ce un sanglier géant taxidermié… ? Il est plus petit que ceux de la Chaîne des Montagnes de l’Étoile du Dragon. L’ont-ils attrapé dans les montagnes ici ? Oh, et ces mâchoires viennent d’un requin, n’est-ce pas ? »

On aurait dit que cet entrepôt était l’endroit où ils entreposaient les choses qui n’étaient plus utilisées. On y trouvait divers outils utilisés pour l’agriculture, la pêche et la chasse, ainsi que des trophées fabriqués à partir de ce qu’ils avaient pêché.

« … Hein ? »

Quelque chose dans l’entrepôt avait attiré l’attention de Tomoe.

« Woah !? Qu’est-ce que c’est ? C’est mignon. »

« De quoi s’agit-il ? Attends, qu’est-ce que c’est ? »

« Un chien… Non, un loup ? »

Yuriga et Naden étaient venues voir ce que Tomoe avait trouvé. C’était un objet d’environ 30 centimètres de long, ressemblant à un loup, et il était fixé à une base en bois. La bouche avait une ouverture ronde, menant à un trou cylindrique.

Curieuse, Yuriga avait essayé de le ramasser.

« Ngh... ! C’est plus lourd qu’il n’y paraît. »

Il semblait être fait de fer et pesait sur les bras élancés de Yuriga. Tomoe aurait même eu du mal à le soulever.

En regardant le loup de fer, Tomoe avait baissé la tête sur le côté. « Hmm. D’après sa forme, ça ressemble à un canon, mais… »

« Les canons ne sont-ils pas un peu plus gros que ça ? »

« C’est peut-être un petit canon ? »

Pendant que Tomoe et Yuriga se battaient pour savoir ce que c’était…

« Ne serait-il pas plus rapide de demander à quelqu’un qui sait ? »

« « Ah ! » »

Naden avait soulevé d’une main le loup de fer avec désinvolture. Étant une ryuuu, elle était forte, même sous forme humaine. Tomoe et Yuriga l’avaient regardée. La louve de fer étant dans les mains de Naden, elles retournèrent toutes les trois auprès de Souma.

À leur retour, Souma et Juna faisaient une pause, buvant le thé que Shabon leur avait préparé, tandis qu’Ichiha faisait un dessin à partir des informations qu’ils avaient rassemblées.

« As-tu un moment, Grand Frère ? »

« Hm ? Quoi de neuf, Tomoe ? »

« Nous avons trouvé cette chose dans l’entrepôt. »

Elle avait montré à Souma et aux autres le loup de fer qu’elles avaient apporté.

« Est-ce que c’est… un canon ? » Juna le regarda, mystifiée. « Nous utilisons des canons dans la marine, mais celui-ci est terriblement petit. Il a un calibre de 60 millimètres… et ne peut pas contenir beaucoup de poudre, donc il ne peut pas percer la coque d’un navire. Mais ici, dans l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes, on utilise des navires en bois avec des plaques de fer boulonnées, donc si vous visiez le bois, je pense que ce serait quand même efficace. »

Tomoe avait été impressionnée par les explications de Juna.

Pendant ce temps, Souma se disait : L’animal ressemble à un chien-lion komainu, mais pourrait-il s’agir d’un canon tigre accroupi ? Il se souvenait des unités chinoises dans un jeu de simulation de civilisation auquel il avait joué dans le monde d’où il venait qui utilisaient des armes comme celles-ci.

« C’est un canon en forme de chien-lion, » déclara Kishun. « Comme l’a expliqué Madame Juna, c’est une arme à poudre utilisée dans les batailles navales. Comme ils ne sont pas très lourds, nous pouvons les charger sur nos plus petits bateaux, et ensuite profiter de leur vitesse pour cibler les points faibles de l’ennemi. »

 

 

« Je vois… Attendez-vous à ce qu’une nation maritime dispose d’armes intéressantes. » Souma croisa les bras et gémit d’approbation.

Je suppose que c’est quelque part entre un canon et un fusil. Nous ne pouvions pas utiliser de fusils, car la faible masse des balles ne permettait pas de les enchanter, mais ce genre de canon à main pourrait être utilisable… Il serait lourd, et difficile à manœuvrer, mais peut-être que je le ferai rechercher par l’armée à mon retour au Royaume.

Pendant que Souma réfléchissait à cela…

« Souma… Euh, je veux dire, sire ! J’ai fini de dessiner ! »

Ichiha s’était approché et avait étalé son dessin sur la table. Tout le monde s’était entassé pour regarder, puis ils avaient dégluti.

« Est-ce Ooyamizuchi ? » Tomoe murmura malgré elle.

Ce n’était encore qu’une esquisse imaginative, mais elle avait le pouvoir de nous convaincre tous que ce devait être à quoi la créature ressemblait.

☆☆☆

Partie 4

Le soir, au coucher du soleil, on pouvait voir une faible ligne rouge le long de la crête de la montagne. Nous étions dans le jardin avec un feu de camp et une énorme marmite qui m’avait fait penser à une fête imoni-kai hot pot à Yamagata.

« Maintenant, mangeons tous, » déclara le Tanuki qui se tenait devant la marmite, en offrant un bol d’une main tandis que l’autre tenait une louche.

On m’avait dit que les habitants avaient utilisé les pièces excédentaires qui restaient après qu’ils aient préparé le poisson du royaume pour la conservation, et qu’ils les combinaient avec des légumes locaux pour faire une soupe, qui était proposée en ce moment même dans tout le village. Avec de la nourriture chaude à la main, nous étions montés sur la véranda pour manger.

« Ouf… Ça vous réchauffe vraiment. »

« Hee hee, c’est certainement le cas. C’est une saveur tellement réconfortante. »

Juna et moi, nous nous étions léché les lèvres avec satisfaction.

La cuisine de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes était apparemment assez proche de celle du monde d’où je venais y compris dans l’utilisation du miso. Les légumes racines trempés dans le bouillon de poisson et le miso étaient vraiment délicieux. Près de la marmite, Aisha et Naden se régalaient.

« Cela ressemble à la cuisine de Sa Majesté. Oh ! Je voudrais un autre bol, s’il vous plaît ! »

« Le goût de la cuisine de notre mari, hein ? Je vais aussi en prendre un autre bol ! »

Alors, ce n’est pas le goût de la cuisine de leur mère, hein ? Eh bien, n’ayant aucun souvenir de ma propre mère, j’avais le goût de la cuisine de ma grand-mère. Tomoe, Ichiha et Yuriga semblaient désespérés en voulant montrer qu’ils pouvaient manger autant que les deux autres gloutons.

« Cette saveur familière de miso est délicieuse. Cela se marie bien avec l’umami du poisson. »

« Oh, c’est vrai. Vous venez aussi du nord, n’est-ce pas ? Nous avons des plats similaires en Malmkhitan. »

« Comme dans le duché de Chima. Il est fascinant d’apprendre que l’Union de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes a une culture autour de la nourriture qui est similaire à celle de l’Union des Nations de l’Est. Est-ce qu’un groupe ayant cette culture a peut-être migré de l’un à l’autre… ? »

Alors qu’Ichiha réfléchissait à cela, Tomoe avait souri et lui avait donné, un tape sur la joue.

« Allez, Ichiha. Si tu continues à y penser, Aisha et Naden vont tout manger, tu sais ? »

« Oh ! Alors, c’est l’heure de manger… Aïe ! C’est chaud ! »

Il semblait que la nourriture était trop chaude pour ses tentatives précipitées de la manger. Ichiha avait sorti sa langue et l’avait éventée avec sa main. Tomoe regardait ça avec inquiétude.

« V-Vas-tu bien, Ichiha ? Je suis désolée. Je n’aurais pas dû te presser. »

« Non, je n’ai pas fait assez attention… »

« Que faites-vous tous les deux ? » demanda Yuriga en soupirant. « Bon sang. Tiens, prends un peu d’eau. »

« Désolé… » Ichiha avait accepté une louche pleine d’eau et il l’avait avalée.

Les choses semblaient aller bien, il n’était donc pas nécessaire que les adultes s’en mêlent. Alors que nous regardions les trois enfants être adorables, j’avais entendu une voix venant de quelque part au loin. J’avais tourné la tête pour écouter, et il s’est avéré que c’était une chanson.

Nous prenons notre bateau sur la mer mère.

Aux vagues riches en poissons et en vie.

Sous l’œil de l’oiseau de mer, il y a un trésor.

Si nous sommes trop lents, le géant va frapper.

Tirez les filets ! Tirez, ho ! Tirez, ho !

Que le port entende notre chant de triomphe.

« C’est… »

« Une chanson de marin. Les habitants de l’île doivent la chanter, » répondit Kishun en réponse à mes murmures. « Je suis sûr qu’ils doivent faire la fête au port aujourd’hui pour la première fois depuis bien trop longtemps. »

Kishun était venu en tenant une bouteille de saké dans ses mains, derrière lui se trouvait Shabon avec des coupes. Kishun s’était assis à côté de moi et Shabon avait pris place à côté de Juna, se mettant entre nous deux avant de distribuer les tasses.

« C’est du saké de dragon, fait avec du riz de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes », expliqua Kishun, en versant la boisson dans ma tasse. Cela sentait exactement comme le saké japonais.

« Pour vous aussi, madame. » Shabon avait essayé d’offrir à Juna du saké de dragon, mais…

« Je suis désolée. Pourrais-je demander du thé à la place ? » elle l’avait poliment refusé. Juna tenait bien l’alcool, mais elle avait dû penser qu’il valait mieux que nous ne finissions pas tous les deux en état d’ébriété en même temps.

J’avais cogné ma tasse contre celle de Kishun et j’en avais bu une gorgée… Oui, ça ressemble vraiment à du saké.

J’avais quitté le Japon avant d’avoir atteint l’âge de boire, donc le seul alcool japonais que j’avais expérimenté était le mirin, l’alcool de cuisine, mais je sentais que cela devait être la même chose que le saké japonais.

« Comment l’aimez-vous ? Le saké de notre pays convient-il à vos goûts ? » demanda Kishun et je lui répondis en hochant la tête.

« Oui, je pense que c’est bien. Il se marie bien avec les riches saveurs de la soupe. »

« Je suis heureux de l’entendre. »

Nous avions donc bu, en écoutant nos bruyants compagnons et les chants de marins provenant du port. D’après ce que je pouvais voir ici, il était difficile d’imaginer qu’il y avait un monstre appelé Ooyamizuchi dans les eaux, et que nous étions sur le point de livrer une bataille intense contre lui. En des temps plus paisibles… J’aurais peut-être pu prendre plus de plaisir à boire avec Shabon et Kishun — avec Liscia et Roroa, que nous avions laissées derrière nous dans le Royaume.

« C’est vraiment un bon alcool. »

J’avais avalé la boisson en même temps que ces sentiments amers.

Clang! Clang! Clang! Au milieu de cette nuit-là, une cloche d’alarme s’était mise à sonner.

« Il est là ! C’est ici ! »

« Hommes, dépêchez-vous d’aller voir le chef de l’île ! Femmes et enfants, ne sortez pas ! »

En entendant le brouhaha, nous nous étions précipités dans la grande salle où nous avions fait la sieste.

En regardant Kishun, il avait dit : « Sire Souma. Dirigez-vous vers la tour de guet. Vous pourrez la voir de là. »

« J’ai compris. »

Suivant sa suggestion, nous nous étions précipités vers la tour de guet du manoir. Alors que je plissais les yeux vers la mer, je pouvais apercevoir un objet massif se déplaçant près des îles jumelles à un rythme lent.

« Utilisez ceci, Votre Majesté, » dit Aisha en m’offrant un télescope.

« Merci. »

Je l’avais porté à un œil et j’avais regardé au loin. Heureusement, la lune était brillante cette nuit-là, et le reflet de la lune sur la surface de la mer m’avait donné une image complète de la créature.

En détournant le regard du télescope, j’avais demandé à Shabon. « Est-ce Ooyamizuchi ? »

« Très probablement. Il est difficile d’imaginer qu’une autre créature soit aussi massive, » avait-elle confirmé d’un signe de tête.

J’avais passé le télescope à Ichiha. Je lui avais dit. « Je savais qu’on pouvait compter sur toi. C’est exactement comme ton dessin. »

Sur la base des rapports fragmentaires des témoins, Ichiha avait fait un croquis. Il ressemblait à un dragon de mer de la tête au cou, avec une coquille bivalve sur le dos et d’épais tentacules en forme de pieuvre pour bras avec des pinces comme ceux de crustacés à l’extrémité. Le point clé ici était la théorie selon laquelle les rapports d’un « serpent à plusieurs têtes » provenaient d’une mauvaise identification des tentacules et des pinces. Les récits de victimes coupées en deux n’indiquaient pas qu’elles avaient été mordues par quelque chose avec la tête d’un serpent, mais plutôt qu’elles avaient été coupées en deux par des pinces que les témoins avaient prises pour des têtes.

En outre, l’hypothèse selon laquelle « il pourrait libérer de la brume pour garder son corps humide » avait conduit à l’idée qu’une partie de son corps pourrait être celle d’un mollusque. Les rapports selon lesquels il serait « comme une petite île », et moi, lui disant « il y a une légende selon laquelle les mirages sont créés par un monstre ressemblant à un bivalve », l’avaient amené à le dépeindre comme ayant une coquille bivalve sur le dos. Il y avait des parties qui ne correspondaient que par pur hasard, mais le fait de pouvoir le dessiner avec autant de précision à partir du peu d’informations dont nous disposions avait montré quel était le génie d’Ichiha. On dit après tout que les enfants innocents voient toujours la vérité…

« Je suis content que tu sois là, Ichiha. »

« Vous me flattez, » déclara humblement Ichiha en regardant dans le télescope.

 

J’avais posé ma main sur sa tête.

« Sois-en fier. Grâce à toi, nous pouvons préparer des contre-mesures. »

« Hein ? ! OK! » Ichiha avait répondu avec enthousiasme.

J’espère que des succès répétés comme celui-ci peuvent aider le jeune timide à développer un sentiment de confiance, avais-je pensé. Si c’était le cas, il deviendrait le genre d’individu qui pourrait aider à diriger notre pays à l’avenir.

Les autres membres du groupe s’étaient relayés avec le télescope, chacun d’entre eux déglutissant lorsqu’il le voyait.

« Il ne semble pas y avoir de brouillard en ce moment, » avait marmonné Aisha.

« C’est probablement parce qu’il n’a pas l’intention d’attaquer, » répondit Ichiha. « Peut-être devrions-nous considérer le brouillard comme quelque chose qu’il émet juste avant d’aller à terre pour attraper une proie ? »

Je lui avais posé la question la plus importante « Alors, il ne débarquera pas sur les îles jumelles ? »

« C’est exact. Vu l’absence d’alerte, je pense que c’est “juste de passage”. Mais si une petite île ou un bateau croisait son chemin, je suis sûr que ce serait quand même une catastrophe. »

« C’est énorme, après tout. Plus grand que même les plus grands navires du Royaume. »

« Même sous ma forme de ryuuu, je ne suis rien face à ça. »

Juna et Naden poussèrent des soupirs d’admiration. On pouvait dire, même de loin, qu’il était massif. Comme dans un film de kaiju. Il fallait justement que ce soit ce à quoi nous sommes confrontés, hein ?

~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ !

Il y avait un bruit comme le vent qui se précipitait entre les bâtiments, mais amplifié plusieurs fois. Était-ce le cri d’Ooyamizuchi ?

J’avais un peu reculé, puis j’avais murmuré à l’oreille de Tomoe. « Tomoe, peux-tu dire ce que pense Ooyamizuchi ? »

« Je n’ai pu en capter qu’un peu, mais…, » Tomoe avait répondu en chuchotant. « Elle cherche un “ennemi” et de la “nourriture”… c’est ce qu’elle a dit. »

« Un “ennemi” et de la “nourriture” ? » lui avais-je répondu en chuchotant, et Tomoe avait hoché la tête.

« Il semble que cela ne fasse qu’un pour Ooyamizuchi. Les grands ennemis sont de la grande bouffe, et la rendront encore plus grande… C’est un peu différent du sentiment de famine qu’avait l’homme-lézard du Royaume de Lastania. C’est comme ça que vit Ooyamizuchi… C’est du moins ce que je comprends. »

Dévorer des ennemis pour grandir… Était-ce ce qu’elle faisait tous les jours ? C’était vraiment différent des hommes-lézards et de leur famine. Cela m’avait fait penser à un drogué de bataille, obsédé par l’idée de prouver leur existence en battant de puissants rivaux.

Quand j’avais transmis à Ichiha ce qu’elle m’avait dit, il avait eu un regard pensif. « Peut-être… que c’est un monstre qui a grandi dans un espace clos comme un donjon, en mangeant d’autres monstres pour survivre ? Normalement, une fois qu’il aura grandi dans une certaine mesure, il devrait quitter le donjon de lui-même, mais pour une raison inconnue… comme peut-être parce que le donjon était sous l’eau, il a été forcé de continuer à se nourrir d’autres monstres… »

« Les monstres se sont donc nourris les uns des autres, et cette Ooyamizuchi était la dernière qui restait ? Je pense que… je comprends pourquoi cela lui fait voir les ennemis et la nourriture comme une seule et même chose… »

Bien que ce ne soit qu’une spéculation d’Ichiha, c’était exactement comme l’ancienne pratique chinoise de création de gu : ils mettaient un tas de créatures dégoûtantes dans un pot, et le dernier survivant servait d’outil de magie noire. Si Ooyamizuchi était née comme ça, cela signifiait qu’elle était une mangeuse vorace et insatiable, émergeant comme la créature la plus puissante à l’intérieur du donjon d’où elle provenait.

Ichiha fronça les sourcils et déclara. « Si la créature est née dans un donjon dont elle ne pouvait pas s’échapper, alors normalement elle serait morte à l’intérieur. Mais le donjon a été détruit, ou peut-être Ooyamizuchi a-t-elle acquis une capacité qui lui a permis de s’échapper… Quoi qu’il en soit, je crois que c’est un cas incroyablement rare de voir un tel monstre apparaître à la surface. »

« … Oui, c’est logique. »

J’avais été le témoin direct du désordre que pouvait causer un donjon non découvert dans la République de Turgis, mais on ne savait pas quand un monstre comme celui-ci pourrait apparaître.

~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ !

En sentant le cri d’Ooyamizuchi résonner au plus profond de mes tripes, j’avais pris conscience des dangers qui se cachaient dans ce monde.

☆☆☆

Chapitre 6 : Vers la bataille -la flotte-

Partie 1

Cela faisait un jour et demi que nous n’avions pas vu Ooyamizuchi. Je me tenais devant le joyau de diffusion que nous avions apporté au manoir de Kishun. Sur le récepteur simple placé un peu devant moi, était projetée une image de Liscia, qui se trouvait actuellement à l’arsenal secret sur une île près de la cité Lagune. Nous avions prévu l’un de nos appels quotidiens.

« Liscia, comment vont Cian et Kazuha ? J’aimerais voir leurs visages, » lui avais-je demandé, mais elle m’avait répondu que je n’avais pas de chance avec un haussement d’épaules.

« Ils font la sieste en ce moment. Carla s’occupe d’eux. »

« C’est dommage. J’étais là, pensant que je verrais leurs visages après bien trop longtemps. »

« Tu as quitté le Royaume il y a seulement une semaine, n’est-ce pas ? »

« Pour un père, c’est trop long. Et s’ils oublient mon visage ? »

« Tu es surprotecteur… Je commence à souhaiter que tu te dépêches d’avoir aussi des bébés avec toutes les autres. Ce serait mieux de répartir ton attention sur beaucoup plus d’enfants, » dit Liscia, qui en avait un peu marre de moi. Je ne savais pas trop comment réagir.

« Alors, leur as-tu montré la mer ? Comment ont-ils réagi ? »

« Ils n’ont pas encore vraiment compris. Ils n’étaient pas particulièrement excités ou effrayés. »

« Après tout, ils n’ont qu’un an. »

« S’ils pouvaient marcher un peu mieux, et que nous n’étions pas en plein hiver, je les aurais laissés jouer dans une piscine à marée, mais… Je pense que c’est probablement trop dangereux, alors on a juste regardé de loin pendant que je les tenais. »

« C’est logique. Quand ils seront plus âgés, j’aimerais faire des sorties à la plage en famille. »

« Hee hee, ça pourrait être bien. Mais pour cela, il faut que la mer soit sûre, non ? » dit-elle avec un sourire. Quelques secondes plus tard, son visage était devenu sérieux et elle avait demandé. « … Tu as vu Ooyamizuchi, n’est-ce pas ? De quoi avait-elle l’air ? »

« Énorme… Incroyablement… énorme. »

Pendant un moment, j’avais envisagé de prendre la situation à la légère pour ne pas effrayer Liscia, mais elle avait déjà vu les rapports, donc ça ne marchait pas. J’avais décidé d’être honnête.

« C’était comme une île en mouvement, comme l’ont dit les témoins. Cela me fait frémir de penser que quelque chose d’aussi massif pourrait apparaître plus proche du Royaume. »

« J’ai lu les rapports. Ce truc est bien plus gros que Naden ou Ruby, non ? … Peux-tu le battre ? » demanda Liscia.

« Nous devons le faire — pour assurer la sécurité en mer. Heureusement, grâce à l’analyse d’Ichiha, il devrait être facile de trouver des contre-mesures. J’ai déjà envoyé ses conclusions aux parties concernées, donc je suis sûr qu’elles trouveront quelque chose qui fonctionnera. Et dès maintenant, nous allons aussi leur faire examiner les rapports des témoins pour déterminer l’itinéraire d’Ooyamizuchi. »

« On dirait que vous allez frapper avec tout ce que vous avez. Mais n’es-tu pas trop concentré sur Ooyamizuchi ? Et la flotte de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes ? » demanda-t-elle.

« C’est le travail d’Excel. Je le laisse aux experts. »

« Cela te ressemble tellement… mais cela doit être frustrant de ne rien pouvoir faire par toi-même. »

J’avais aussi entendu dire que Liscia avait envie de s’impliquer. Si les enfants avaient été un peu plus grands, elle aurait immédiatement été sur un bateau.

J’avais fait un sourire ironique à cette mère courageuse et lui avais dit. « Liscia, occupe-toi des enfants, d’accord ? »

« … D’accord. Prends soin de toi, Souma. »

Et avec cela, nous avions mis fin à l’appel.

 

◇ ◇ ◇

Quelques jours plus tard, j’avais décidé de rassembler mes compagnons dans le salon et de leur expliquer ce qui allait se passer.

« Excel nous a envoyé une ébauche du plan, » avais-je dit, en déroulant la carte qui nous avait été envoyée.

« Qu’est-ce que c’est que cette carte marine ? »

« Même les courants sont indiqués ici. Comment le Royaume a-t-il pu avoir une carte comme celle-ci… ? »

Les yeux de Shabon et de Kishun s’étaient élargis en état de choc lorsqu’ils l’avaient vue.

La carte ne montrait qu’une partie de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes, mais avec suffisamment de détails pour montrer la route du Royaume jusqu’à l’île du Dragon à Neuf Têtes.

Avec un sourire ironique, je leur avais dit. « Cela signifie que vous n’êtes pas notre seule source d’information à l’intérieur de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes. »

« « … » »

Ils ne savaient pas quoi dire, ce qui était normal, car le fait que nous ayons une carte marine comme celle-ci prouvait que nous avions d’autres informateurs.

Je les avais ignorés et j’avais continué. « La flotte du Royaume, qui est rassemblée à la cité Lagune, se dirigera vers le sud, passant tout près à l’est des îles Parent et Enfant avant de mettre le cap sur le port situé à l’ouest de l’île du Dragon à neuf têtes. »

Les îles Parent et Enfant, au sud de la cité Lagune, étaient une paire d’îles, un peu comme les îles jumelles. L’île Enfant avait à peu près la même taille que les îles jumelles, mais l’île Parent était beaucoup plus grande. C’est ce qui avait servi d’origine à son nom.

Ensuite, j’avais montré la mer entre l’île Enfant et île du Dragon à Neuf Têtes. « C’est là qu’Excel prévoit que notre flotte affronte celle de l’archipel. »

« Hein ? ! Vous voulez dire qu’ils vont se battre là-bas ? ! » Kishun s’écria, surpris, après être revenu à la raison. Poursuivant sa réflexion, il déclara. « Il est certainement vrai que c’est la route la plus directe vers le port sur le côté ouest de l’île du Dragon à neuf têtes, mais la zone entre l’île Enfant et l’île du Dragon à neuf têtes est remplie de nombreuses petites terres inhabitées. Il sera donc difficile pour le Royaume de déployer sa flotte, dont je ne peux que supposer qu’elle contient de nombreux gros navires de guerre, tandis que les bateaux plus petits utilisés par l’archipel pourront se déplacer plus facilement… Le Roi Dragon à neuf têtes pourrait même être à l’affût. »

En raison de sa position de faiblesse, il ne pouvait pas exprimer son opinion avec trop de force, mais il semblait que Kishun voulait que nous reconsidérions notre position. Shabon le regarda avec inquiétude.

J’avais haussé les épaules devant eux deux en disant. « Mais c’est toujours le chemin le plus court, non ? Excel a dû choisir cette voie parce qu’elle a déterminé que même si la flotte de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes l’attend là-bas, elle peut s’en occuper. En tant que roi, tout ce que je peux faire, c’est faire confiance à mon commandant en chef. »

« Êtes-vous certain de ne pas sous-estimer le Roi Dragon à neuf têtes et la flotte de l’archipel ? »

« Vous dites cela, mais êtes-vous sûr de ne pas sous-estimer ma flotte ? » avais-je demandé à Kishun, qui affichait un regard comme s’il venait de mordre dans quelque chose de désagréable.

Il semblait prêt à insister sur la question, mais Shabon avait tiré sur sa manche et lui avait secoué la tête en silence. D’une voix calme, elle déclara. « Croyons en eux, Kishun. Nous avons parié sur Sire Souma et son peuple. »

« Lady Shabon… Je… Je comprends. » Kishun avait fait marche arrière.

Cela étant réglé, j’avais dit à tout le monde. « Nous avons fini de rassembler des informations. Il est maintenant temps de rencontrer la flotte. »

 

◇ ◇ ◇

À peu près au même moment…

Dans la salle principale du manoir du roi dragon à neuf têtes Shana, sur l’île du dragon à neuf têtes, les chefs des plus grandes îles s’étaient réunis pour préparer une invasion par le royaume de Friedonia. Ils étaient assis autour d’une carte de l’archipel qui avait été déroulée sur le plancher de bois — avec des froncements de sourcils sur tous les visages.

« De penser que le Royaume pourrait attaquer alors que nous sommes déjà menacés par Ooyamizuchi… »

« Il frappe quand nous sommes au plus faible. Le roi de Friedonia est une lâche canaille. »

« Il a dû être terriblement bouleversé par le fait que notre peuple pêche dans la mer près du Royaume. »

« Les pêcheurs sont désespérés. Pour ceux qui vivent avec la mer, ne pas pouvoir sortir pour pêcher, c’est comme ne pas être du tout vivant. »

« Cependant, c’est un peu trop lui demander de comprendre cela… »

Comme ils avaient chacun exprimé leurs propres opinions…

L’homme assis à la tête du groupe, qui écoutait en silence jusqu’à présent, avait dit. « Les gens, ce n’est pas vraiment ce dont nous devrions discuter maintenant. »

C’était le souverain des îles, le roi dragon à neuf têtes Shana. Il appartenait à la race des sirènes, la même que Shabon, mais contrairement à elle, il avait un corps qui rayonnait la force, un torse massif et une expression sévère. L’image d’un guerrier.

En entendant la voix du chef de l’archipel du Dragon à Neuf Têtes, les chefs de l’île s’étaient tus. Le roi Shana se tourna vers chacun d’eux avant de parler.

« Nos espions rapportent que la flotte du Royaume a déjà mis les voiles. Ils arriveront dans la semaine pour nous envahir. »

« Quel est leur objectif, à votre avis ? Prendre une île ? » demanda un jeune chef d’île, mais le roi Shana secoua la tête.

« J’en doute. Ils ne peuvent pas vouloir détenir des terres là où réside Ooyamizuchi. Il leur serait difficile de gouverner cette région si éloignée du royaume et si différente sur le plan culturel. Leur objectif le plus probable est de porter un coup à notre flotte. Après tout, nous l’utilisons pour soutenir nos pêcheurs dans les eaux proches du Royaume. Sans escorte, il leur sera impossible d’aller aussi loin. »

« Bon sang ! Ils veulent piéger nos pêcheurs ici — là où ce monstre sévit ? »

 

 

Un chef basané de l’île, qui était une montagne de muscles, avait frappé le sol. Les autres chefs de l’île avaient hoché la tête.

☆☆☆

Partie 2

« Si seulement Ooyamizuchi se déplaçait dans les eaux du Royaume. »

« Vous l’avez dit. Pourquoi reste-t-il ici ? »

« Pourquoi ne pas demander au Royaume de nous aider à tuer Ooyamizuchi ? Si nous pouvions juste nous en débarrasser, les poissons reviendraient, et nous n’aurions plus à nous chamailler pour savoir qui peut pêcher où, non ? » déclara l’un des jeunes chefs de l’île, mais un vieux chef de l’île secoua la tête.

« Pas possible. Nous ne sommes nous-mêmes même pas unis sur ce qui devrait être fait pour Ooyamizuchi. Sans cette “menace étrangère”, il n’y aurait même pas autant de chefs d’île réunis ici. »

L’esprit indépendant de chacune des îles de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes était le résultat d’une longue histoire de conflits sur la question de savoir qui régnerait sur les vagues. De ce fait, sans aucune sorte d’invasion étrangère imminente, les îles ne se battraient jamais comme une seule entité. Bien qu’Ooyamizuchi soit une menace, elle n’est pas une envahisseuse, donc chaque île s’y préparait indépendamment, ce qui faisait qu’aucune d’entre elles ne s’associait pour résoudre le problème. C’était l’une des raisons pour lesquelles Shabon était allée plaider pour que le royaume la tue.

« Nous pouvons nous rassembler contre le Royaume, mais pas contre une seule bête. Pourriez-vous demander à quelqu’un de se battre avec nous lorsque nous agissons ainsi ? »

« Nous avons aussi provoqué la colère du Royaume… »

« Cela ne veut pas dire que nous pouvons les laisser nous envahir ! »

« En effet. S’ils viennent, alors nous devons les écraser. Nous leur montrerons la puissance de notre nation maritime. »

Cela avait valu un enthousiasme « Yeah ! » de la part des chefs militaires des îles, mais ensuite un chef insulaire borgne au physique impressionnant et à la magnifique barbe noire avait parlé, « Hmm, au moins, je respecte votre enthousiasme. »

Il s’appelait Shima Katsunaga. Il était le chef de l’île de Yaezu, la deuxième ou troisième plus grande des îles de l’archipel du Dragon à Neuf Têtes. Il était également le guerrier mononofu qui était réputé comme le plus grand militaire de l’histoire de l’archipel.

« Cependant, nous sommes les défenseurs. Ne sachant pas où l’ennemi va frapper, nous sommes obligés d’agir en second. Ne pensez-vous pas que vous sous-estimez tous un peu le Royaume ? »

« Je ne m’attendais pas à entendre de telles paroles de la part du “plus grand militaire de l’archipel du Dragon à Neuf Têtes”, » se moqua un chef. « Suggérez-vous que nous perdrions une bataille en mer ? »

« La marine du Royaume possède la magistrale Excel Walter. On dit même qu’elle dirige maintenant toute leur armée. Je ne peux pas imaginer qu’elle se lance dans un combat qu’elle n’a aucune chance de gagner. Si elle vient malgré le fait qu’elle connaisse notre avantage en mer… cela ne veut-il pas dire que le Royaume a une chance ? »

Les chefs de l’île avaient dégluti face aux propos de Katsunaga, mais un jeune chef de l’île avait dissipé leurs craintes avec sa voix énergique.

« Leur nouveau roi a déjà mené une guerre terrestre, mais il ne devrait pas avoir d’expérience en matière de combat sur mer. Cela ne veut-il pas dire qu’Excel n’a pas pu arrêter la petite tête brûlée ? »

« … Entièrement possible. Mais ce n’est peut-être pas le cas. En temps de guerre, il faut toujours envisager le pire des scénarios, » répondit Katsunaga avec gravité.

Le jeune chef de l’île n’avait pas de contre-pied à ses paroles.

Le roi Shana s’était alors exprimé une fois de plus. « Nous connaissons la voie que suivra le Royaume, » déclara-t-il, en pointant la carte avec son éventail. « Leur flotte passera presque certainement entre les îles Parent et Enfant et l’île du Dragon à neuf têtes, en essayant de prendre le port du côté ouest de l’île du Dragon à neuf têtes. »

Il l’avait déclaré avec tant d’assurance que Katsunaga avait froncé les sourcils.

« Comment pouvez-vous en être aussi certain ? »

« Les courants de notre archipel sont rapides et compliqués, balayant facilement les navires de fer. Il y a aussi beaucoup de récifs. Nous pouvons y naviguer grâce à nos nombreuses années d’expérience, mais des étrangers comme ceux du Royaume ne peuvent pas en faire autant. Cela les oblige à suivre une route connue. »

« Connu ? Vous dites que le Royaume connaît une voie sûre ? » demanda Katsunaga, et le roi Shana lui fit un grand signe de tête.

« Oui. Le trajet que je viens de mentionner est après tout un chemin que je leur ai intentionnellement divulgué. »

« Quoi !? » s’était exclamé Katsunaga, puis tous les autres chefs de l’île s’étaient mis à grogner. Le roi Shana avait divulgué au royaume ce que l’on pourrait appeler le plus grand des secrets de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes, ses routes maritimes.

Le roi Shana leva la main pour les faire taire. « Je leur ai seulement donné ce trajet-là, jusqu’à l’île du dragon à neuf têtes et non pas pour les autres îles. Je suis sûr qu’ils croient qu’un initié leur a transmis cette information. »

« … Je vois. Et vous suggérez que nous pourrions leur tendre une embuscade dans une zone qui nous avantage ? » demanda Katsunaga.

« C’est exact, » déclara le roi Shana en tapant sur son genou. « La bataille se déroulera sur les récifs rocheux entre l’île du Dragon à neuf têtes et l’île de l’Enfant. Il leur sera difficile de déployer de nombreux gros navires à cause des nombreuses petites îles qui s’y trouvent, et notre flotte plus maniable aura un avantage. Notre objectif sera d’attirer la flotte du Royaume et de l’éliminer dans une bataille décisive. »

« « « Ohhh! » » »

Les chefs de l’île lancèrent un cri d’admiration, après avoir entendu les plans minutieux du roi Shana pour la bataille proche.

« Si nous connaissons la trajectoire de l’ennemi, pourquoi ne pas poser des mines dans la zone autour des récifs ? » suggéra un jeune chef d’île, mais le roi Shana secoua la tête.

« Nos mines peuvent détruire des navires en bois comme ceux que nous utilisons, mais elles n’ont pas la puissance nécessaire pour avoir un réel effet sur les navires en fer tirés par des dragons de mer. Même en mettant cela de côté, je pense qu’ils enverront des éclaireurs. Nous risquons qu’ils changent de cap s’ils apprennent que nous sommes prêts et que nous les attendons. »

« Je vois… Vous marquez un point. »

« Si nous pouvons les attirer, ils sont aussi bons que les nôtres. Si nous envoyons des navires en feu (des navires sans équipage chargés d’une grande quantité de poudre à canon qui entre en collision avec les navires ennemis et explose contre eux) depuis l’amont pour tuer leurs dragons de mer, leur flotte sera immobilisée. »

« Hmm… Ça pourrait marcher, » déclara Katsunaga en approuvant le projet. Le plus grand mononofu de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes étant satisfait, les autres étaient convaincus de la victoire.

Le roi Shana s’était levé et leur avait dit. « Nous avons le terrain de notre côté ! Maintenant, donnons-leur une leçon pour nous avoir sous-estimés ! »

« « « Ouais! » » »

Les chefs de l’île s’étaient levés, croisant les bras devant eux.

Ils étaient partis chacun de leur côté pour préparer la guerre, ne laissant que le roi Shana et Katsunaga dans la pièce. Maintenant qu’ils étaient seuls, Katsunaga avait poussé un soupir.

« Je ne l’ai pas dit devant les autres, mais n’est-ce pas inhabituellement précipité pour vous ? »

« … Je suis confiant dans la victoire de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes. »

« Je vous connais depuis longtemps. Je sais très bien que vous êtes un homme difficile à combattre, et un allié fiable. » Katsunaga avait mis une main sur son épaule, puis avait fait tourner son bras. « Je sais aussi que vous ne vous battez pas dans des batailles que vous ne pouvez pas gagner. Vous avez un autre plan en préparation, n’est-ce pas ? »

« Est-ce que j’aurais ça maintenant ? »

« Ha ha ha, je savais que vous ne me le diriez pas. Je suis après tout un guerrier, pas un diplomate. Je ne peux que vous faire confiance, mon roi, et me battre au maximum. »

« … Je vais compter sur la force du mononofu de l’île de Yaezu. »

« Et vous l’aurez, » déclara Katsunaga avant de partir.

Maintenant que le roi Shana était seul, un serviteur était venu délivrer un message.

« Seigneur Shana. La rumeur veut que tout ait été préparé sur l’île d’Ikatsuru. »

« Oui. C’est très bien. »

« Hum, n’auriez-vous pas dû le dire aux autres chefs d’île ? »

Le roi Shana sourit. « Ils disent que pour tromper vos ennemis, vous devez d’abord tromper vos amis. La victoire finale nous appartiendra. »

« Oui, sire… et que voudriez-vous que nous fassions au sujet de Lady Shabon ? »

La question du serviteur effaça le sourire du roi Shana, qui se détourna de l’homme et lui répondit : « Laissez-la partir. C’est une femme adulte maintenant. Elle assumera la responsabilité de ses propres décisions. »

« … Oui, sire ! »

Le moment de la confrontation se rapprochait d’heure en heure.

☆☆☆

Partie 3

Il faisait beau et les vagues étaient calmes alors que trente navires de guerre du royaume naviguaient sur la mer. La lumière du soleil qui se reflétait sur les navires en acier leur donnait un éclat terne. De cette flotte, l’un d’eux était nettement plus grand que les autres. L’Albert II, un modèle similaire à celui utilisé contre la Cité du Dragon Rouge, allait servir de vaisseau amiral transportant Excel et moi dans la prochaine bataille.

Naden nous avait ramenés au Royaume. Après avoir déposé les trois enfants à la Cité Lagune, nous avions revêtu nos uniformes et rejoint les navires. Excel, Castor et les marines nous avaient accueillis alors que Naden déposait la gondole sur le pont de l’Albert II.

 

 

Pliant son éventail, Excel avait souri avant de déclarer. « Bienvenue à votre flotte, Votre Majesté. »

« Oui, c’est un sacré spectacle de voir autant de navires ensemble comme ça, » avais-je répondu, en regardant autour de moi et en prenant tout cela en considération. Cela avait fait appel à mon âme masculine de les voir tous naviguer à côté de l’Albert II. Le groupe comprenait même le porte-avions de type insulaire Hiryuu.

Je m’étais tourné vers le capitaine de l’Hiryuu, Castor, et je lui avais demandé. « Je pensais vous avoir mis responsable de l’Hiryuu ? Est-ce que vous pouvez être ici ? »

Castor se redressa et répondit. « Mon commandant en second s’en occupe maintenant. Je voulais être ici pour vous voir. »

« Ah oui ? L’Hiryuu va être la vedette de cette bataille. J’ai hâte de voir votre travail. »

« Oui, monsieur. Je ferai tout mon possible pour répondre à vos attentes, Votre Majesté. » Après avoir dit ça, Castor me salua, puis retourna à l’Hiryuu.

C’était un peu raide, mais les formalités étaient importantes. En me tournant vers Excel, j’avais demandé. « Avez-vous expliqué les raisons de ce déploiement aux marines ? »

« J’ai donné des ordres écrits à chaque capitaine. Ils ont l’ordre strict de les ouvrir lorsque vous leur donnez l’ordre d’aller au combat. Je suis sûre qu’ils donneront les détails aux marins, » déclara Excel, qui m’avait ensuite fait une élégante révérence. « Cependant, avant que nous allions au combat, j’aimerais que vous fassiez un discours. Cela nous aiderait à confirmer nos objectifs et à améliorer le moral. »

« … J’ai compris. »

Un discours, hein… ? pensais-je. J’en ai fait tellement maintenant, mais je n’arrive toujours pas à m’y habituer. Du coin de l’œil, j’avais remarqué que Shabon et Kishun, que nous avions amenés ici, fixaient quelque chose avec une incrédulité à fleur de peau.

« Qu’est-ce que c’est, Kishun ? Ce bateau, de la taille d’une île… »

« … Je ne sais pas. Mais Sire Souma semble avoir une confiance absolue dans sa flotte. Si ce navire insulaire n’est pas le fruit d’un simple jeu et d’une fantaisie, quelle puissance secrète abrite-t-il… ? »

« Je trouve étonnant qu’il se déplace sans que des dragons de mer ne le tirent. Comment… ? »

Ils avaient apparemment été surpris par l’Hiryuu. N’ayant aucune idée de ce qu’était un porte-avions, ils ne pouvaient pas espérer comprendre pourquoi il avait été façonné comme ça. Cela devrait effrayer la flotte du Roi Dragon à neuf têtes.

Ensuite, ils avaient regardé un autre navire.

« Ce navire est lui aussi grand… bien qu’il ne semble pas être armé. »

« C’est peut-être un navire de transport ? Il semble qu’il puisse transporter des dizaines de milliers d’hommes. »

Ils pointaient vers un navire qui ressemblait à un énorme pétrolier. Comme Kishun l’avait deviné, c’était un navire de transport nouvellement construit. Il était surnommé le Roi Souma.

Ouaip… Il a été nommé d’après moi. J’avais déjà dit : « Je ne veux pas de mon nom sur un navire de guerre. Si vous devez donner mon nom à un navire, faites-en un vaisseau de transport. » C’était ce qu’avaient fait les ingénieurs en apposant mon nom sur un nouveau modèle de navire de transport. Dorénavant, les navires de transport de ce modèle seront appelés navires de transport de classe Souma. C’est vrai ? Eh bien, il n’y a plus aucun moyen de corriger ça maintenant… D’ailleurs, le Roi Souma utilisait un petit Susumu Mark V, et pouvait naviguer sans dragons de mer pour le tirer. Un navire de transport avait beaucoup de valeur même en temps de paix, donc nous avions donné la priorité au financement et à l’équipement du projet.

Alors que j’y pensais, le joyau du Joyau de Diffusion de la Voix avait été amené sur le pont. Excel avait levé les mains en l’air et avait commencé à recueillir une grande quantité d’eau de mer pour créer une boule massive au-dessus de l’Albert II.

« C’est un peu différent de l’utilisation de l’eau douce, mais… ça fera l’affaire. »

C’était le même genre de boule d’eau qu’elle avait montré à Altomura pendant la guerre avec la Principauté. Une fois la création terminée, Excel, qui transpirait abondamment, déclara. « Allez-y, Sire. Cela me prend beaucoup de mana, alors s’il vous plaît, soyez bref. »

« J’ai compris. »

Je me tenais devant le joyau de la diffusion, faisant tournoyer ma cape et poussant mon poing en l’air.

« Ceci est une annonce pour les soldats de la Force nationale de défense navale. Nous allons maintenant nous diriger vers l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes. »

Ma voix émanait de la boule d’eau au-dessus pour que toute la flotte puisse l’entendre.

« Nous n’avons qu’une seule mission : apporter la stabilité aux mers. En effet, il faut des eaux sûres pour que les habitants des côtes puissent pêcher et pour que le commerce avec les autres pays soit stable. Cela doit être fait pour protéger le développement de la nation et les moyens de subsistance des populations. À cette fin, nous devons atteindre deux objectifs. »

En levant le bras, j’avais levé la main avec mon index.

« Le premier est la flotte de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes. Nous allons soumettre cette flotte qui a aidé et encouragé la pêche illégale dans les eaux de notre pays, et assurer la sécurité des navires marchands de notre pays, » avais-je dit avant de lever mon second doigt. « L’autre cible est Ooyamizuchi, dont on dit qu’elle sévit dans l’archipel. Cette créature était strictement leur problème jusqu’à présent, mais nous n’avons aucune garantie qu’elle n’apparaîtra pas également dans nos propres eaux. »

En ouvrant totalement ma main, je l’avais placée devant moi.

« J’ai partagé avec vous les informations dont nous disposons sur cette Ooyamizuchi. C’est une créature bien plus massive que n’importe quel rhinosaurus ou dragon. J’aimerais la désigner non pas comme un “monstre”… mais comme un “kaiju”. Si un kaiju comme celui-ci attaquait notre royaume, on ne sait pas quels dégâts il pourrait causer. En fait, il y a même des îles dans l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes qui ont vu leur population anéantie par la créature. »

Il y avait eu des murmures de la part des marins au fur et à mesure que mes paroles leur parvenaient. Bien qu’on leur ait donné des informations sur Ooyamizuchi, ce rapport sur les dommages réels qu’elle pourrait causer avait dû les rendre tendus. J’avais continué à parler.

« Ooyamizuchi est plus dangereuse que la flotte de l’archipel. D’une certaine manière, nous devrions donner la priorité à l’abattage de la bête plutôt qu’à la défaite de la flotte. Écoutez-moi bien ! Le but de cette expédition n’est pas d’envahir l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes ! Notre mission est d’éliminer la menace causée par Ooyamizuchi, de faire sortir les bateaux de pêche illégaux des eaux du Royaume, et d’apporter la stabilité à la mer ! Qui peut qualifier nos actions d’injustes ! Je vous demande à tous de me prêter votre force, et de servir notre pays ! »

Alors que je levais mon poing en l’air, un cri de guerre s’éleva des marines de chaque navire. J’avais donné le signal à Excel, et elle avait dissipé la boule d’eau. L’image de moi qui y était projetée disparut, et la lumière qui brillait à travers la brume qu’elle laissa derrière elle forma un arc-en-ciel.

« Je pense que c’était un bon discours, Votre Majesté, » déclara Juna en venant me voir. J’avais juste secoué la tête en silence.

« … Peu importe combien j’en donne, je ne m’y habituerai jamais. »

« Hee hee, ce n’est pas vrai du tout. »

Alors que nous parlions et souriions, Shabon et Kishun étaient venus vers nous.

« Euh… Sire Souma… »

« Qu’y a-t-il, Madame Shabon ? » avais-je demandé.

Shabon me regardait avec des yeux emplis de détermination. « Est-ce vrai que ce que vous venez de dire, que “envahir l’archipel du Dragon à Neuf Têtes” n’est pas votre but ici ? »

Elle avait rompu les liens avec le Roi Dragon à neuf têtes et était venue travailler avec moi pour faire tomber Ooyamizuchi. Tuer Ooyamizuchi était conforme à ses espoirs, mais elle ne devait pas savoir que faire de mon refus d’envahir les îles. Si nos cibles étaient Ooyamizuchi et la flotte dirigée par le Roi Dragon à neuf têtes, nous ne lèverions pas la main sur les habitants de l’archipel, ce qui est exactement ce qu’elle espérait. Cependant, cela avait dû la mettre mal à l’aise, en se demandant si une telle chose était vraiment possible.

Avec un regard sérieux, je lui avais dit. « Il n’y a pas de mensonge dans ce que j’ai dit. J’aimerais que vous le croyiez. »

« … Compris, » déclara Shabon, puis elle se retira lentement.

Eh bien, c’était ma préparation complète. Maintenant… c’est juste une question de timing.

J’avais regardé la mer devant nous.

 

◇◇◇

Si vous demandez aux futurs historiens quelle bataille navale les avait le plus marqués, la bataille des îles Parent et Enfant, menée par le roi Souma et le roi Shana, ne manquera pas d’être évoqués. Cette bataille, qui porte bien d’autres noms, était tout sauf normale.

☆☆☆

Chapitre 7 : Bataille navale — porte-avions

Partie 1

— Un jour du 2e mois, 1549e année, Calendrier Continental.

Une flotte appartenant au Royaume de Friedonia, sous le commandement de Souma A. Elfrieden, avait affronté une flotte appartenant à l’Union de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes au large des îles Parent et Enfant dans une région de la mer parsemée d’îlots.

Cette bataille avait été inhabituelle dès le début. Dans une grande bataille navale, il était normal de tenter de battre l’ennemi en terrain favorable. Cependant, la flotte commandée par le roi Souma avait ralenti juste avant d’entrer dans la zone où la bataille devait avoir lieu. Selon le bon sens de la tactique navale, c’était impensable. Se déplacer lentement augmentait le risque que les éclaireurs de l’ennemi découvrent la flotte, et leur donnait le temps de se préparer. Malgré cela, pour une raison inconnue, l’experte navale Excel avait accepté la directive de Souma de ralentir, ce qui avait rendu les marines participant à l’opération très mal à l’aise.

À ce moment, cinq personnes étaient réunies dans la salle du capitaine à bord de l’Albert II, Souma, Aisha, Juna, Naden et Excel, et prenaient un peu de thé. Shabon et Kishun avaient quitté la salle après s’être excusés, incapables de supporter le sentiment de détente déplacé.

« Hee hee, Madame Shabon, Sire Kishun et les marines sont tous à cran, » déclara Excel entre de gracieuses gorgées de son thé. « Eh bien, nous allons après tout à cette vitesse lente juste avant d’entrer dans une zone où nous nous attendons à rencontrer l’ennemi. Je serais plus surprise s’ils restaient calmes. »

Souma posa sa propre tasse et hocha la tête. « Je ne les blâme pas. Tout cela se résumera à un seul stratagème. Le timing va être important. On ne peut pas se permettre d’arriver plus tôt que prévu. Il n’y a pas encore eu de rapport, n’est-ce pas ? »

« Pas du tout, » répondit Excel.

« Même quelqu’un comme moi, qui connais le plan, ne peut s’empêcher de se sentir sur les nerfs, » soupira Aisha, après nous avoir écoutés. « Comment dire ? C’est comme si je ne savais pas sur quoi insister… »

« Il ne s’agit pas seulement de battre l’ennemi, » déclara Naden, qui était d’accord avec elle.

Juna sourit avec ironie et tenta de les calmer. « Il n’y a vraiment rien que nous puissions faire. Même si cela sera plus difficile que de gagner, nous pouvons nous attendre à des résultats proportionnels. Nous devons y arriver quoiqu’il arrive. »

« Juna a raison. Je sais que cela ressemble à une corde raide, mais nous devons l’endurer pour l’instant afin d’obtenir le meilleur résultat possible, » déclaré Souma, et tout le monde avait hoché la tête.

Puis, alors que la flotte entrait dans la zone insulaire entre l’île Enfant et l’île du Dragon à neuf têtes, la flotte de l’archipel avait finalement été aperçue devant elle. C’est là que Souma avait une fois de plus fait quelque chose d’incroyable : la flotte du Royaume s’était complètement arrêtée alors qu’elle se trouvait à portée visuelle de la flotte ennemie.

Avec le cuirassé Albert II légèrement en avance sur les autres, ils avaient créé une boule d’eau géante et y avaient projeté l’image de Souma.

« Ceci est un message pour la flotte de l’Union de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes. »

Incroyable, même quelques instants avant la bataille, il utilisait le Joyau de Diffusion de la Voix pour appeler l’ennemi. L’image géante de Souma s’adressait à la force navale adverse.

« Je suis le roi Souma A. Elfrieden du Royaume-Uni d’Elfrieden et Amidonia. Ici et maintenant, j’adresse mon ultimatum au Roi Dragon à neuf têtes, ainsi qu’à votre flotte. Vous auriez dû recevoir un message vous disant de communiquer avec moi de la même manière. Montrez-vous, Sire Shana, Roi Dragon à neuf têtes ! »

Normalement, personne ne jouait avec ça… Et pourtant, de l’autre côté, un navire plus grand que les autres s’était avancé, avait manifesté une boule d’eau directement au-dessus de lui et avait projeté l’image d’un grand homme. La fille du Roi Dragon à neuf têtes, Shabon, fixa l’image du pont de l’Albert II avec des yeux écarquillés.

« Pas possible ! »

La projection était celle du Roi Dragon à neuf têtes, Shana lui-même. Soit dit en passant, bien que la boule d’eau du Royaume ait été soutenue par le seul pouvoir magique d’Excel, l’Union de l’archipel avait eu besoin de plus de dix mages de l’eau travaillant ensemble pour réussir à peine à réaliser le même exploit.

Quand elle avait vu son père projeté sur cette boule d’eau, Shabon s’était couvert la bouche, incapable de traiter ce qu’elle voyait.

« Je trouvais absurde que Souma appelle la flotte ennemie à ce stade, mais Père a répondu… Qu’est-ce qui se passe ici… ? »

« … Je ne comprends pas. Pourquoi feraient-ils cela tous les deux ? » Kishun, qui se tenait près d’elle, avait murmuré cela.

La majorité des marines des deux flottes avaient probablement ressenti la même chose. Mais les deux rois avaient poursuivi leur conversation sans se soucier des autres.

« O Roi Shana. En ma qualité de roi, je vous ai maintes fois averti de cesser de pêcher illégalement dans les eaux proches du royaume. Malgré cela, vous avez refusé de tenir compte de mes paroles et avez même envoyé des navires armés pour soutenir ces criminels. C’est arrivé à un point où plus rien ne peut être toléré. Au nom de la paix pour mon peuple et en mer, je suis venu vous frapper, vous et votre flotte. Si vous ne souhaitez pas ce résultat, je vous encourage à vous rendre rapidement ! »

Souma avait commencé en demandant à son adversaire de se rendre. Cela avait dû choquer les marines des deux côtés.

Shana n’avait pas hésité un instant avant de répondre. « Mon peuple se trouve dans une situation où il doit traverser des mers dangereuses pour pêcher dans des eaux lointaines. Vous les arrêtez et n’essayez pas de comprendre leur situation. Nous avons simplement envoyé des navires de guerre pour protéger notre propre peuple. Nous n’avons rien fait pour justifier ce genre d’invasion ! »

Lorsque Shana avait terminé, Souma avait répliqué. « Je n’ai pas l’intention d’envahir ! Si vous dites que vous n’arrêterez pas la pêche illégale, alors nous nous battrons jusqu’à ce que je domine les mers. C’est ce que nous sommes venus faire. »

« Je me fiche de ces paroles venant de quelqu’un qui vient avec une flotte ! »

« Je ne cherche plus à obtenir votre confiance ! »

Les marines avaient dégluti en regardant les deux se disputer.

Souma avait poursuivi. « Nous sommes bien conscients de l’état de votre pays, et des dégâts causés par la grande créature marine Ooyamizuchi. »

« Si vous nous envahissez en sachant cela, alors le Royaume de Friedonia ne vaut pas mieux qu’un cambrioleur qui frappe quand la maison de sa cible est en feu ! »

« Je n’ai pas l’intention de faire une telle chose ! Si Ooyamizuchi vous trouble, alors vous avez d’autant plus de raisons de vous soumettre à moi ! La flotte du Royaume s’occupera de la créature à votre place ! »

« N’essayez pas de me tromper avec des mots doux ! Si je vous prête une route maritime, vous vous emparerez d’une île ! Comment voulez-vous que je croie que si je laisse passer votre flotte, vous ne vous déplacerez pas pour occuper l’une des nôtres ? Nous pouvons tuer Ooyamizuchi sans votre aide ! »

Ils avaient ensuite échangé quelques arguments supplémentaires. Shabon avait serré sa tête pendant qu’elle regardait.

« Une guerre de mots navale ? Je ne suis même plus sûre de ce que je vois. Mais à quoi pensent Sire Souma et mon père !? »

« C’est la question, n’est-ce pas ? Pourquoi, c’est presque comme si… Hm ? »

« Qu’y a-t-il, Kishun ? » demanda Shabon, en penchant la tête.

Kishun se caressa le menton en réfléchissant à sa réponse. « Je pense que c’est comme s’ils gagnaient du temps… »

« Ils veulent gagner du temps ? Lequel fait ça, et pourquoi ? »

« Les deux, en fait. Bien que je ne puisse pas encore vous dire pourquoi… »

Alors même que Shabon et Kishun en parlaient, Souma et le Roi Dragon à neuf têtes poursuivaient leur guerre des mots. Cependant, elle semblait toucher à sa fin.

Souma secoua la tête. « Ça ne mène nulle part. Il semblerait que nous n’ayons pas d’autre choix que de régler ça dans la bataille. »

« Je vois un drôle de navire qui ressemble à une île, mais il ne faut pas croire qu’une flotte qui n’est que des apparences va pouvoir vaincre une flotte d’hommes qui vivent pour la mer. »

« … Vous verrez par vous-même si cette flotte est “en apparence”. »

Les deux images avaient disparu, et les deux flottes s’étaient préparées au combat. C’était Shana qui avait fait le premier pas.

« Détachez la moitié des navires de feu vers la flotte du Royaume, » ordonna le Roi Dragon à neuf têtes.

Ses subordonnés avaient remis en question son ordre.

« Déjà ? ! Nous sommes encore loin de la flotte du Royaume… »

« En effet. Ne serait-il pas préférable d’attendre qu’ils soient plus proches ? » Le roi secoua la tête face à ses commandants hésitants. « Je sais que je viens de dire que ce ne sont que des apparences, mais ce navire insulaire au milieu de leur flotte me préoccupe. Je veux envoyer des vaisseaux sans équipage contre eux afin d’apprendre ce que cette arme peut faire. »

« Je vois. Compris. »

C’est ainsi qu’un grand nombre de navires chargés d’explosifs avaient été mis à la dérive de la flotte principale. Les courants et le vent dans les voiles des navires de feu les porteront du côté de ceux du Royaume. Castor, qui surveillait leur approche depuis le pont du porte-avions Hiryuu, de type insulaire, ajusta son chapeau de capitaine. Si tout se passe comme le disaient les ordres écrits, alors il est fort probable que…

À l’instar du commandant en chef Excel, Castor avait immédiatement donné l’ordre suivant : « Ce sont probablement des navires de combat. Donnez l’ordre de sortie à l’équipe de la cavalerie Wyverne ! Je veux qu’ils bombardent jusqu’au dernier navire ! »

« Oui, monsieur ! Équipe de cavalerie wyverne, tous les chevaliers, décollage ! Je répète, à tous les chevaliers, décollage ! » Le commandant en second cria dans le tube. L’ordre fut donné à l’équipe de cavalerie wyverne qui attendait impatiemment son arrivée.

« OK, tout le monde, on y va ! »

☆☆☆

Partie 2

Le seul chevalier dragon du groupe, Halbert, monta sur le dos de Ruby et ordonna à la cavalerie-wyverne de le suivre. Lorsqu’ils avaient vu les wyvernes s’envoler l’une après l’autre du porte-avions de type insulaire, les officiers de la flotte de l’Union de l’archipel s’étaient mis à crier.

« Des Wyvernes en mer !? »

« Absurde ! Les Wyvernes détestent la mer ! »

« Mais ils utilisent clairement de la cavalerie-wyverne ! »

Alors que le chaos enveloppait la flotte des îles, Halbert et sa cavalerie-wyverne descendirent sur les navires de feu et larguèrent leurs explosifs tout en gardant une distance suffisante pour ne pas être prise dans l’explosion qui en résulta.

Booooooooom ! Les barils d’explosifs avaient déclenché les navires de feu, provoquant une explosion massive en mer. Comme ils dérivaient en ligne, les flammes avaient créé un mur de feu séparant les deux flottes navales.

Souma regardait droit devant lui avec un regard sévère.

« Ouf, c’était une sacrée explosion, hein ? » déclara avec excitation l’un des jeunes cavaliers wyvernes à Halbert. « Mais la flotte de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes doit être effrayée, maintenant, non ? Ne pourrait-on pas faire tomber cette flotte tout seul ? »

« … Ne sous-estimez pas l’ennemi, » déclara Halbert au jeune cavalier-wyverne, affichant clairement son calme sur son visage. « Ils connaissent ces eaux comme leur poche. Il y a beaucoup d’îles et beaucoup d’endroits pour se cacher. Si nous nous précipitons imprudemment, l’Hiryuu pourrait être pris en embuscade. Nous devons rester prudents. »

« O-Oui, monsieur ! Je suis désolé ! »

Halbert avait souri au cavalier-wyverne qui s’excusait. « Ne vous inquiétez pas. OK, on se rapproche du Hiryuu ! »

« « « Oui, Monsieur ! » » »

Avec cela, Halbert et l’équipe de cavalerie-wyvernes retournèrent à l’Hiryuu. En cours de route, Ruby gloussa d’une voix que seul Halbert pouvait entendre.

« … Qu’y a-t-il, Ruby ? »

« Hee hee, tu as appris tout ce que tu viens de dire de Kaede, non ? »

« H-Hey, tu n’es pas censée dire ça. »

Mais c’était vrai. Les mots que Halbert venait d’utiliser lui avaient été dits à l’origine par Kaede, qui était en congé de maternité.

Halbert s’était gratté la joue avec une certaine gêne. « Euh… Ne le dis à personne, d’accord ? »

« Ehe. Après tout, une femme doit faire bonne impression sur son mari. »

En voyant Ruby s’amuser à son profit, Halbert s’était vu rappeler qu’il n’était pas de taille face à ses deux femmes.

 

◇ ◇ ◇

Au moment où Halbert et ses hommes étaient retournés sur l’Hiryuu, la flotte de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes était en plein désarroi.

« C’est ridicule ! Comment le Royaume peut-il utiliser des wyvernes !? »

« C’est impossible ! Je n’ai jamais entendu parler d’un bombardement aérien en mer ! »

« Eh bien, cela ne peut pas être possible ! Ils ont brûlé nos bateaux de feu, cela n’a servi à rien ! »

« C’est mauvais ! S’ils s’en prennent à nous, nous n’avons aucun moyen de riposter ! »

Ayant été témoins pour la première fois de la puissance d’un porte-avions, les marines de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes, quel que soit leur grade, perdaient la tête. Les commandants n’avaient aucune idée des ordres à donner et les marines couraient au hasard, incapables d’attendre les ordres.

« Ne devrions-nous pas battre en retraite ? »

« Non, au contraire, nous devrions nous précipiter et transformer cela en une mêlée chaotique. Ils ne pourront pas nous bombarder à ce moment-là. »

« Nous devrions aussi faire ressortir tous les navires cachés. »

« Mais il n’y a toujours pas eu d’ordres ! »

« Bon sang ! Qu’est-ce qui prend autant de temps au Roi !? »

Alors que les choses avaient basculé dans le chaos sans que des directives soient mises en place, le navire du roi Shana avait été submergé de messages des commandants de chacune de ses flottes. Cependant, Shana les avait ignorés en disant. « Vous ne devez pas agir tant que le mur de feu n’est pas dégagé. »

Quant à ce que Shana lui-même faisait au même moment, il regardait une petite île.

« Votre Majesté… »

« Endurez cela. »

L’un de ses subordonnés inquiets avait essayé de lui parler, mais Shana l’avait fait taire d’un air sévère.

« Nous devons endurer. Jusqu’à ce que les marées changent. »

« … Oui, monsieur. »

L’autre homme baissa les yeux, et Shana continua à fixer ce point avec impatience.

 

◇ ◇ ◇

Pendant ce temps, dans la flotte du Royaume, Souma se sentait également irrité. Il était assis sur sa chaise, tapant des doigts sur l’accoudoir.

« … Excel. »

« Pas encore, » avait-elle répondu avant qu’il ne puisse poser la question. « C’est le moment de la patience, Sire. »

« Je sais, mais… ça me semble un peu gênant. »

« … Je sais, » dit Excel, en regardant la masse de feu avec inquiétude. « Une fois que ces flammes se seront éteintes, nous devrons nous résoudre à le faire. »

« Alors, il n’y aura pas d’autre choix…, » avait continué Souma.

Juna, qui se tenait à côté de Souma, avait placé sa main sur la sienne. « Croyons, sire, au don que vous avez découvert. »

Son sourire avait permis à Souma de se sentir un peu plus léger. Remarquant cela, Excel s’était couvert la bouche avec son éventail et avait souri. Elle devait penser que les hommes étaient si simples. Elle avait raison.

Peu de temps après, le mur de feu avait cessé de brûler. Les deux flottes, celle du Royaume et celle de l’Union des archipels se préparaient maintenant à passer à l’action.

— Puis c’était arrivé.

« Au rapport ! Un signal de fumée s’élève d’une île voisine ! » La voix d’un jeune marine qui surveillait les environs avait résonné sur le pont par le biais du tube parlant.

Souma se mit aussitôt debout et utilisa le tube pour vérifier auprès du marine. « Pouvez-vous le déchiffrer !? »

« Oui, monsieur. C’est le signal international de détresse. »

« D’accord. Excel ! »

« Je sais, » dit-elle, debout.

À peu près au même moment, dans la flotte de l’Union de l’archipel, Shana avait vu la fumée et il s’était lui aussi levé. Puis, à l’unisson, ils avaient prononcé exactement les mêmes mots.

« « Envoyez ce message à tous les navires ! Arrêtez tous les navires ! Je répète ! Arrêtez tous les navires. » »

Il y avait eu une certaine confusion dans les deux flottes, qui étaient sur le point d’entrer en collision, car leurs commandants leur avaient donné l’ordre de s’arrêter, mais ils l’avaient fait. Puis, quelque temps après, des boules d’eau étaient apparues au-dessus de chaque navire amiral, et Souma et Shana avaient été projetés sur eux.

« Avez-vous vu le signal de fumée, roi de Friedonia ? » demanda le roi Shana.

« Je l’ai vu. C’est un signal de détresse, non ? » Souma répondit. « Savez-vous la raison de ce signal, Roi Dragon à neuf têtes ? »

« Je le sais. Lorsqu’une île de l’archipel du Dragon à Neuf Têtes est attaquée par Ooyamizuchi, nous utilisons des signaux de fumée pour alerter les autres îles du danger. Ce qui veut dire… »

« Il y a une île qui est attaquée par Ooyamizuchi en ce moment, n’est-ce pas ? »

En voyant les deux rois, qui se disputaient quelques instants auparavant, se mettre soudain à échanger des informations sur Ooyamizuchi, les soldats des deux flottes s’étaient retrouvés dans l’agonie. Puis l’image de Souma avait regardé directement l’image de Shana qui pointait vers l’île.

« OK, Roi Dragon à neuf têtes. Il y a un signal de détresse qui monte par là. Qu’allez-vous faire ? » demanda Souma alors que les soldats des deux camps regardaient. « Des drapeaux, des signaux de fumée, des boulets de canon spéciaux… Tout navire qui voit un signal de détresse est obligé de fournir de l’aide, quel que soit le pays d’où vient l’autre et quelle que soit sa position… Est-ce tout ? Même si leurs pays sont en guerre. »

« Bien sûr. C’est le droit de la mer qui nous lie tous, » répondit Shana en croisant ses bras musclés.

C’était la règle d’or selon laquelle les marins devaient s’entraider lorsque des événements inattendus se produisaient en mer. La garantie d’aider les autres en temps de crise garantissait également qu’ils vous aideraient en cas d’urgence. Les personnes qui ignoraient un signal de détresse étaient renvoyées des ports de tous les pays.

Shana déclara. « Cependant, la loi stipule que vous pouvez ignorer un signal de détresse provenant d’une personne avec laquelle vous êtes entré en conflit. »

« Hmm. Je pourrais certainement interpréter cela comme un signal que vous avez envoyé, » dit Souma avec un haussement d’épaules. « Au fait, sommes-nous entrés en guerre ? »

« … Non, je ne crois pas que nous le soyons vraiment. Nos navires ont simplement dérivé par accident, » répondit Shana, en haussant les épaules. Souma fit un signe de tête.

« Cela semble juste. Et nous avons simplement brûlé quelques navires à la dérive qui bloquaient notre route. »

« Alors je ne pense pas que vous puissiez dire que nous sommes entrés en guerre. »

« Dans ce cas, je suppose que je ne peux pas ignorer le signal de détresse, hein ? C’est le droit de la mer. »

« … Vous avez toute ma gratitude. Roi de Friedonia. »

C’est alors que les soldats des deux flottes avaient commencé à comprendre ce qui se passait. Ils avaient aussi compris que l’ennemi qu’ils étaient censés combattre n’était pas la flotte devant eux. De plus, les soldats de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes avaient le sentiment d’une chose : ces deux rois s’étaient joués d’eux.

Cependant, cette prise de conscience n’avait pas suscité de ressentiment. C’était parce que le but des rois était de s’unir et de tuer Ooyamizuchi, ce qu’ils avaient eux-mêmes désiré ardemment. C’est ainsi que Souma et Shana avaient pris la parole.

« Conformément au droit de la mer, nous allons maintenant coopérer avec la flotte de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes… »

« Conformément au droit de la mer, nous allons maintenant coopérer avec la flotte du Royaume de Friedonie… »

« «  … et nous allons tous tuer Ooyamizuchi ! » »

Alors qu’ils l’avaient dit à l’unisson, les deux flottes s’en étaient réjouies.

 

 

◇ ◇ ◇

Plus tard, cette bataille navale sera connue sous de nombreux noms, mais le plus commun d’entre eux est la Bataille de la Farce. Soit dit en passant, les historiens de la région d’Elfrieden ne comptent même pas cette bataille parmi les guerres que Souma a menées.

☆☆☆

Chapitre 8 : Rencontre avec l’ennemi -monstre-

Partie 1

Alors que la flotte du Royaume et la flotte de l’Union des îles se regardaient à travers un mur de flammes, au loin, dans son bureau de Valois, la capitale de l’Empire du Gran Chaos, l’impératrice Marie se tenait à la fenêtre, regardant dehors.

Jeanne, la petite sœur et Générale, l’appela, « Sœur. Il est temps que les flottes du Royaume et de l’Union de l’Archipel se fassent face ? »

« Hee hee, oui, c’est ça. Je suis sûre que tout le monde sera très surpris par le résultat. »

En entendant sa réponse, Jeanne s’était tenu la tête alors qu’elle avait poussé un soupir. « Cela m’a aussi surprise lors de cette rencontre. Je n’aurais jamais cru t’entendre soutenir le roi Souma qui envoie une flotte dans l’archipel du Dragon à Neuf Têtes. L’idée que tu soutiens une invasion était insondable. »

« Oh, je ne me souviens pas que Sire Souma ou moi-même n’ayons mentionné une “invasion” ou quoi que ce soit de ce genre, tu sais ? » Maria avait fait un rire malicieux, en irritant un peu Jeanne.

« C’est certainement vrai, mais… il a dit que s’il ne s’attaquait pas à la racine du problème de la pêche illégale, il ne ferait que jouer au tape taupe, n’est-ce pas ? De la façon dont il parlait, n’est-il pas naturel de penser qu’il faisait référence à la flotte de l’Union de l’archipel comme étant la “racine du problème” ? »

« Nous avons reçu des informations selon lesquelles l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes a été perturbée par des attaques d’une créature marine massive… Je crois qu’ils l’appellent là-bas “Ooyamizuchi”. Parce qu’il empêche les pêcheurs de l’archipel d’attraper du poisson, ou même de sortir leurs bateaux dans les eaux voisines — les forçant à aller dans des régions où ils ne sont pas les bienvenus —, je pense que tu as peut-être raison. »

« Dis-tu donc que le roi Souma en avait après Ooyamizuchi depuis le début ? »

« Oui, tout comme Shana, le roi dragon à neuf têtes. » Maria avait posé sa main gantée de soie sur le rebord de la fenêtre. « C’est pourquoi il est aussi venu nous voir pour nous aider à négocier la paix. Afin de rassembler les flottes des chefs insulaires férocement indépendants, il fallait une menace extérieure. Il pensait que même s’ils ne s’unissaient pas face à Ooyamizuchi, ils devraient le faire s’ils pressentaient une invasion imminente de la flotte du Royaume. Nos appels à la paix doivent avoir contribué à susciter un sentiment d’urgence, qui les a amenés à travailler ensemble. »

« … Et tu as coopéré parce que tu avais compris tout cela, ma Sœur. »

Jeanne avait poussé un soupir mi-admiration, mi-exaspération, et Maria avait souri joyeusement.

« Oh, je n’avais pas tout vu. C’est ce que nous obtenons en croyant en la sincérité de notre allié. »

« Je pense qu’une grande partie de ce qui te rend si incroyable est ta capacité à trouver les personnes en qui tu devrais avoir confiance, et à croire en elles si sincèrement. »

« Tu es certainement en train d’accumuler les éloges à mon égard aujourd’hui, » déclara Maria en se moquant, et Jeanne avait rougi.

« Pas vraiment. J’ai toujours beaucoup de respect pour toi. C’est juste que tu as tendance à te relâcher, et puis je suis obligée de te harceler… »

« Hee hee, désolée pour ça. » Soudain, le sourire de Maria s’était évanoui. « Cependant, le vrai problème est encore à venir. Ooyamizuchi est une telle menace que Sire Souma et Sire Shana ont après tout chacun ressenti le besoin d’amener la puissance de deux nations à s’y opposer. »

« Ah… ! Tu as raison. C’est aussi une menace pour nous. Il aurait mieux valu que nous puissions aider, nous aussi. »

« Ce n’était pas une option, j’en ai peur. Si nous avions mobilisé nos forces, les chefs des îles pris entre nous seraient devenus trop prudents. Si nous ne pouvions pas coordonner nos actions lorsque le moment serait venu de nous battre ensemble, cela irait à l’encontre du but. »

« Alors je suppose que nous n’avons pas d’autre choix que de le laisser à Sire Souma et à son peuple, » déclara Jeanne, l’air frustré, et Maria sourit.

« Croyons à la victoire de nos alliés. »

◇◇◇

Au moment où les flottes du Royaume et de l’Union des îles s’étaient rejointes et étaient entrées en action sous la direction de Shana, Shabon et Kishun étaient venus nous rendre visite sur le pont.

« Sire Souma…, » déclara Shabon, affichant un regard triste.

En voyant son expression, j’avais dit à Excel. « Nous sortons pour un moment. Occupez-vous des choses en attendant. »

« Compris, sire. »

Ayant laissé Excel aux commandes, je m’étais dirigé vers les quartiers du capitaine avec tous les autres. Juna et moi, nous nous étions assis sur un canapé dans la salle de réception tandis que Shabon et Kishun étaient assis en face de nous, avec Aisha et Naden qui se tenaient à l’intérieur et à l’extérieur de la porte pour empêcher quiconque d’écouter.

Dès que nous nous étions assis, Shabon avait été la première à parler. « Vous aviez établi des liens avec mon père, n’est-ce pas, Sire Souma ? »

Compte tenu de la confiance qu’elle avait dans la façon dont elle l’avait dit, on pouvait supposer qu’elle savait déjà ce qu’il en était jusqu’à un certain point. Quand j’avais hoché la tête, elle avait l’air choquée.

« … Depuis quand ? »

« Depuis bien avant que vous n’arriviez tous les deux dans mon royaume. Je pense que c’était un peu après que nous ayons capturé l’un des navires armés de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes, ce qui le place juste avant ma cérémonie de couronnement, » répondis-je.

« Il y a si longtemps… »

L’équipage du navire que Castor avait capturé nous avait permis de découvrir Ooyamizuchi et la situation difficile dans laquelle se trouvait l’archipel. À l’époque, je n’avais toujours aucune idée des intentions du Roi Dragon à neuf têtes, mais peu après, j’avais reçu un émissaire non officiel de Shana.

« Je pensais qu’il allait exiger la restitution de son navire armé, mais au lieu de cela, son messager a présenté des excuses pour la pêche illégale de ses compatriotes, et le paiement de nos pertes. C’est alors qu’il nous a également présenté ce plan. »

« … Mon père a payé une compensation pour vos pertes ? Vraiment ? »

« Oui. C’est probablement à cela qu’a servi la hausse d’impôts dont vous avez parlé. Et le Royaume a utilisé cet argent pour indemniser nos propres pêcheurs qui avaient été lésés. Pour faire vite, Sire Shana payait le Royaume pour laisser votre peuple continuer à pêcher illégalement. »

Eh bien, quand on considère qu’il payait pour cela, je n’étais pas sûr qu’il soit plus juste de dire que c’était « illégal ». Une fois que nous avions commencé à recevoir l’argent, les patrouilleurs du Royaume avaient adopté une politique qui leur permettait de pêcher pendant ce qui leur semblait être une durée raisonnable avant de chasser les bateaux étrangers — mais seuls les hauts gradés étaient dans le coup.

Shabon me regarda avec une grande incrédulité.

« Pourquoi Père ferait-il les choses de manière aussi détournée ? »

« Je suis sûr que c’était le dernier recours de Sire Shana. Les pêcheurs de l’archipel accordent une importance particulière à la pêche en mer, il serait donc humiliant pour eux de demander à un autre pays de les laisser faire, n’est-ce pas ? Cela aurait fait sombrer leur moral déjà proche de zéro, à cause du problème persistant d’Ooyamizuchi, dans un état encore pire. De plus, s’il allait demander notre aide pour tuer le kaiju, il devait s’assurer que les pêcheurs du Royaume ne s’y opposeraient pas. C’est ainsi qu’il a choisi d’enfiler cette aiguille. »

Après avoir expliqué tout cela, j’avais soupiré et haussé les épaules.

« Je pense que vous comprenez déjà la suite, n’est-ce pas, Madame Shabon ? Afin de rassembler les flottes de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes — qui ne s’uniraient pas sans une menace étrangère —, nous avons érigé le Royaume en ennemi fictif et agité les chefs de l’île. Une fois tous les navires rassemblés dans cette région de la mer, nous avons lancé un signal de fumée et utilisé le droit de la mer, qu’aucun marin ne peut ignorer, pour rassembler tout le monde. »

« Tout était calculé… Alors pourquoi pensez-vous que Père ne m’en a pas parlé ? »

« Il ne voulait probablement pas vous impliquer. En ce moment, les soldats de la flotte de l’Union de l’archipel sont excités par le fait que leurs ennemis viennent de devenir des alliés, mais une fois qu’ils se seront calmés, certains d’entre eux auront l’impression que Sire Shana s’est joué d’eux. Afin d’apaiser ces personnes, je soupçonne que Sire Shana prévoit probablement d’abdiquer du trône une fois cette bataille terminée. »

« Père… » Shabon baissa les yeux alors que de la tristesse y était visible.

Kishun se pencha plus près et il déclara. « Alors pourquoi n’avez-vous pas dit cela à Lady Shabon !? »

« Comme si je pouvais. Le plan était en marche avant même que vous ne veniez me voir tous les deux. Je devais tenir compte des intentions de Sire Shana, même si cela signifiait que Madame Shabon en serait attristée. »

« Mais quand même… c’est… C’est tout simplement trop cruel, n’est-ce pas ? » protesta Kishun.

« … Mais vous savez, je vous avais prévenu, non ? J’ai dit que vous étiez assuré de le regretter. » Je l’avais regardé droit dans les yeux. « Je l’ai su, car c’est un regret que nous avons nous-mêmes éprouvé. »

« Vous aussi, Sir Souma ? »

« Oui, je ne peux pas entrer dans les détails, mais je sais maintenant ce que ressent Madame Shabon. Quand je pense à l’incroyable sacrifice d’un certain homme… même si tout cela était pour notre bien, je ne peux m’empêcher de le regretter. Je me demande encore s’il n’y avait pas vraiment une autre solution. Mais je suis sûr que l’homme lui-même me dirait de laisser ces sentiments contradictoires me pousser à aller de l’avant… Je ne sais pas si c’est par gentillesse ou par mépris, » avais-je dit en repensant aux larmes de Liscia ce jour-là.

Kishun se tut. Il avait dû sentir que je ne disais que la vérité.

En entendant cela, Shabon s’était exprimée. « Vous connaissiez donc Ooyamizuchi avant que je vous le dise, et vous travailliez déjà sur des contre-mesures. Cela signifie-t-il que tout ce que j’ai fait était vain ? » Elle affichait une allure pathétique.

« Ce n’est pas vrai, » avais-je répondu en secouant la tête. « Vos actions indépendantes nous ont permis, à moi et à mes serviteurs, d’entrer à l’avance dans l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes. Cela nous a permis de rassembler des informations sur Ooyamizuchi, d’affiner considérablement notre compréhension et d’améliorer nos plans. Ce n’est pas quelque chose que Sire Shana aurait pu faire avec les restrictions auxquelles il était confronté. Je pense aussi que votre appel direct envers moi sera important pour aider à tout justifier une fois la bataille terminée. Vous avez certainement été en mesure de soutenir Sire Shana. »

« J’ai… aidé Père ? » Shabon avait cligné des yeux, et je lui avais fait un signe de tête ferme.

« Tout cela est arrivé parce que chacun a essayé d’obtenir le meilleur résultat possible. Et maintenant… »

« Nous devons simplement abattre Ooyamizuchi, et faire de ce meilleur résultat une réalité, oui ? » conclut Shabon, une certaine force lui étant revenue dans les yeux.

Sa façon d’accepter les choses et de passer à autre chose en disait long sur elle en tant que princesse d’une nation. La détermination de Shana, la tristesse de Shabon, et toutes les victimes de cette créature… Nous devons tuer Ooyamizuchi pour nous assurer que tout cela n’était pas vain.

Nous nous étions ainsi préparés pour ce qui allait suivre.

☆☆☆

Partie 2

Un peu plus tôt, au moment où les flottes du Royaume et de l’Union de l’archipel étaient en vues, un groupe d’hommes de l’île voisine d’Ikatsuru portant des manteaux et des pagnes était occupé à travailler. Ils étaient habillés comme des pêcheurs, mais étaient en fait des soldats de l’île du Dragon à neuf têtes. Vu du ciel, Ikatsuru ressemblait à un croissant de lune, et il y avait une entrée à l’intérieur du croissant. Les hommes déchargeaient la cargaison d’un bateau dans cette entrée, la chargeaient sur un chariot, puis la transportaient à l’intérieur des terres.

« Aww, bon sang, cet endroit pue, » grogna l’homme qui poussait la charrette.

Comme il l’avait dit, l’île d’Ikatsuru, habituellement inhabitée, avait actuellement une odeur bizarre.

L’homme bête à face de loup à côté de lui avait fait une grimace. « Tu as la vie facile. C’est vraiment dur pour ceux d’entre nous qui ont le nez sensible. »

« Allons, c’est assez mauvais pour nous aussi. Je n’arriverai jamais à l’enlever de mes vêtements. »

« Ma femme va me faire chier quand je reviendrai… »

« Hé, moins de bavardage, plus de travail, » leur superviseur mononofu les avait mis en garde. Mais ils s’étaient tous les deux plaints.

« La puanteur du poisson et du sang nous rend fous ici ! »

« C’est déprimant, vous savez ? »

Ils regardaient tous les deux la petite montagne qui était la source de cette odeur désagréable : une montagne de poissons. C’était plus que ce que l’on pouvait pêcher dans les eaux de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes en cette époque, ce qui signifiait qu’il fallait l’avoir fait venir d’un autre pays. Le poisson était entouré d’une mare de sang de bétail fraîchement abattu, qui s’infiltrait dans la puanteur impie qui les entourait.

« C’est un tel gaspillage… Ces poissons auraient pu nourrir tant de gens. »

« Vous devez savoir à quoi sert cette opération, » répliqua le mononofu. « Si nous les mangions, rien ne changerait. Cependant, en les utilisant ici, nous pouvons résoudre le problème et changer notre destin. Après cela, nous attraperons beaucoup plus de poissons à long terme. »

« … C’est vrai. Mais seulement si nous pouvons résoudre le problème. »

Alors que les deux hommes se parlaient, la tour de guet située en hauteur avait commencé à sonner la cloche d’alarme en bois.

« Le brouillard s’est levé ! »

 « Le brouillard s’est levé ! »

  « Le brouillard s’est levé ! »

Trois hommes avaient crié l’un après l’autre, comme s’ils jouaient à un jeu de téléphone.

« … Il est enfin là, hein ? »

Le mononofu regarda dans la direction de la mer.

« Activez immédiatement le signal de fumée ! Envoyez un message d’île en île pour le Seigneur Shana ! Tous les autres, battez immédiatement en retraite! Nous allons abandonner le navire dans la crique et nous échapper dans les bateaux de l’autre côté de l’île ! » Il donna immédiatement des ordres. Alors que les hommes couraient à toute vitesse, le mononofu avait jeté un regard furieux dans le brouillard et il avait déclaré. « Continuez à venir. C’est ici que vous allez rencontrer votre fin. »

◇ ◇ ◇

C’était le problème le plus difficile lorsqu’il s’agissait de tuer Ooyamizuchi : c’était une créature amphibie. S’en occuper sur terre était une chose, mais si elle plongeait sous l’eau, les forces de l’humanité ne pouvaient rien lui faire. La magie était moins efficace en mer, et avec la poudre à canon disponible dans ce monde, même si nous construisions des grenades sous-marines, elles ne pourraient probablement pas lui faire de mal. Il n’y avait pas non plus de sous-marins ni de torpilles à tête chercheuse de chaleur dans ce monde.

Pour cette raison, le roi Shana avait cherché à attirer Ooyamizuchi à terre, puis à l’éliminer rapidement grâce à la puissance combinée des marines du Royaume et de l’Union de l’archipel.

Pour être précis : il avait placé une tonne d’appâts sur l’île d’Ikatsuru, qui se trouvait sur la route d’Ooyamizuchi, puis il avait utilisé les deux flottes pour encercler l’île. Après ça, la créature étant piégée dans un bras de mer peu profond, ils attaqueraient jusqu’à ce qu’elle soit morte.

« Le moment est enfin venu, » déclara Excel, l’air pensif en regardant la situation. Elle, Juna et moi observions les flottes du Royaume et de l’Union de l’Archipel en croisière ensemble depuis le pont de l’Albert II.

« En effet. Le timing a à peine fonctionné. J’ai vraiment sué pendant un moment… »

« Hee hee, j’en suis sûre, mais le garçon que vous avez découvert est vraiment quelque chose. Sire Ichiha, n’est-ce pas ? Il a parfaitement prédit les actions d’Ooyamizuchi. Je me réjouis de voir ce qu’il fera à l’avenir. »

« Comme vous l’avez dit. Maintenant, si seulement il avait un peu plus confiance en lui… Alors il ferait une figure de grand frère fiable pour Cian et Kazuha. »

Si je devais nommer un MVP pour cette opération, il faudrait que ce soit Ichiha. Il avait réussi à mettre au point un plan d’attaque efficace après avoir examiné les informations et vu la créature, puis il avait également déterminé son itinéraire, ce qui nous avait permis de nous installer sur l’île d’Ikatsuru comme lieu de l’opération. Tout cela avait été possible parce que nous avions pu nous rendre sur les îles à l’avance, on pouvait donc dire que les efforts de Shabon et Kishun avaient eux aussi eu une certaine importance.

Alors que je pensais à cela, Excel avait cessé de sourire et avait dit. « Mais, sire, la vraie bataille commence ici. Nous ne pouvons pas nous permettre d’échouer. »

« … Je le sais. Si nous le faisons, alors tout aura été vain. Il n’y a aucun espoir de négocier avec cet ennemi. C’est un kaiju. Nous devons nous battre jusqu’à ce qu’il soit mort, ou que nous le soyons, » répondis-je.

« Hum… tu continues à appeler Ooyamizuchi un “kaiju”, n’est-ce pas, Sire ? » Juna, qui se tenait à côté de moi, l’avait demandé avec un regard inquiet. « Peut-on battre un kaiju ? »

« Eh bien… J’ai l’impression d’être de retour dans le monde d’où je viens, ou du moins dans mon pays en particulier, la plupart des kaiju qui apparaissent dans nos histoires sont immunisés contre les armes humaines, » avais-je dit en repensant à tous les films de kaiju que j’avais regardés. « C’est sans doute parce que dans mon pays, le kaiju symbolise généralement Dieu, la nature ou une catastrophe naturelle. Comme si l’humanité était minuscule à côté de l’immensité de la nature. Oh, et certains étaient symboliques des péchés de la civilisation qui les a créés. »

Pollution, armes de destruction massive, manipulation génétique… pour n’en citer que quelques-unes. Je pense que les kaiju qui sont sortis de ce pays étaient une projection du sentiment de culpabilité des gens pour ces produits négatifs de la civilisation. Alors que les films de monstres d’autres pays avaient tendance à se terminer avec la créature cédant au pouvoir de la civilisation humaine, les kaiju de mon pays étaient si forts qu’ils ne pouvaient pas être vaincus sans le pouvoir du géant de la lumière… et ils étaient aussi tristes. J’avais l’impression que pour eux, les kaiju étaient quelque chose qui « ne devait pas être vaincu ».

Parce qu’ils croyaient que les péchés de la civilisation ne pouvaient pas être effacés, mais… j’avais secoué la tête.

« Ce ne sont pas les gens de ce monde qui ont créé Ooyamizuchi. Ce n’est pas leur péché. C’est pourquoi je crois que nous pouvons le surmonter. »

Quand j’avais dit cela, Juna avait répondu « Oui » en souriant.

◇ ◇ ◇

Au-dessus de la mer, une forme montagneuse avait rampé sur l’île d’Ikatsuru. Sa tête présentait les caractéristiques d’un dragon et d’un dragon de mer, tandis que son dos était une coquille bivalve massive ressemblant à une palourde géante. En dessous, huit tentacules épais recouverts d’une carapace de crustacé se tortillaient comme ceux d’une pieuvre en glissant vers l’avant.

Ooyamizuchi.

C’était le kaiju (ou du moins c’est ainsi que Souma l’appelait) qui tourmentait les habitants de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes. Enveloppée dans la brume provenant de la coquille bivalve qu’il portait sur le dos, Ooyamizuchi avait traversé l’île en rampant sur de longs tentacules qui se tortillaient. En raison de son poids incroyable, il y avait des tremblements de terre chaque fois qu’un de ces tentacules touchait le sol. Ooyamizuchi avait été attirée sur cette île par l’odeur intense de l’appât laissé ici.

La créature s’avançait, fauchant au passage tout arbre qui lui faisait obstacle. Une fois qu’elle avait atteint à peu près le centre de l’île, Ooyamizuchi avait repéré l’appât — une montagne de poissons et de bétail qui avait été saignée. Il n’y avait pas eu de grandes créatures dans cette zone ces derniers temps, ce qui n’allait pas suffire à apaiser l’appétit d’Ooyamizuchi, mais c’était quand même un festin. Elle avait étendu la tête pour attraper la montagne de poissons. Puis, à l’aide des pinces à crustacés au bout de ses tentacules, elle avait lancé l’un des animaux dans sa bouche.

Elle avait mis un certain temps à se mouvoir jusque là en raison de la nature de son corps, mais il avait fallu moins de cinq minutes avant qu’elle n’ait consommé tout l’appât. Sa frénésie alimentaire terminée, Ooyamizuchi avait remarqué une présence qui s’approchait de l’île. De nombreuses « odeurs de sang » s’approchaient d’elle.

Ooyamizuchi ne pouvait pas savoir que c’était l’odeur du fer, mais elle pouvait dire instinctivement que ces choses étaient une menace pour elle. Effectuant un virage en grondant, Ooyamizuchi avait repris le chemin qu’elle avait pris, mais au moment où le kaiju avait atteint les hauts-fonds, les flottes de l’Union du Royaume et de l’Archipel avaient encerclé l’île d’Ikatsuru. Au milieu de cette flotte, le capitaine de l’Hiryuu, Castor, ne pouvait s’empêcher de pousser un soupir d’admiration en voyant à quel point Ooyamizuchi était gigantesque.

« Qu’est-ce que c’est que cette chose ? C’est plus que massif. »

« C’est vraiment le cas. Les rhinosaurus ont l’air petits et mignons en comparaison, » avait convenu son commandant en second sur un ton exaspéré. « Je frissonne à l’idée qu’il y ait une bête comme ça en mer. Il va falloir beaucoup de puissance navale pour s’en occuper. »

« Je comprends pourquoi mon seigneur et le Roi Dragon à neuf têtes ont voulu travailler ensemble. Je doute que la marine d’un pays ait déjà combattu une telle créature. »

« Tuer un monstre de cette taille, c’est l’essence même des légendes, » déclara son second avec le plus grand sérieux et Castor avait souri avec ironie.

« Des légendes, hein ? Eh bien, c’est une bonne chose. Ils vont raconter notre bataille pendant longtemps. »

« … Ils le feront certainement. Je préfère que ce ne soit pas avec nous comme perdants. »

« Naturellement. Être le commandant d’une armée vaincue une fois m’a suffi. Alors… on va gagner. »

Castor ajusta son chapeau de capitaine et donna l’ordre.

« C’est un message pour tous les navires ! L’opération pour tuer Ooyamizuchi commence maintenant ! »

☆☆☆

Chapitre 9 : Duel -guerre totale-

Partie 1

Pendant ce temps, Ichiha et Tomoe se tenaient sur une plage de l’île lointaine du Royaume qui abritait un arsenal secret.

« Si la route d’Ooyamizuchi est comme je l’ai prédit, Sa Majesté et l’armée pourraient la combattre en ce moment même… J’espère que ma prédiction était juste… S’il vous plaît, qu’elle soit juste. »

« N’aie pas l’air si morose. » Tomoe avait pincé la joue d’Ichiha alors qu’il perdait peu à peu confiance en lui. « Tu es le plus grand expert en Monstrologie, et tout le monde a travaillé ensemble pour mettre au point le plan. C’est sûr que ça va marcher. Tu dois croire davantage en toi et en tous les autres. »

« Tomoe… »

« Grand Frère va certainement gagner. Je parie que Yuriga est frustrée de ne pas pouvoir regarder, » déclara Tomoe en riant.

Contrairement à Tomoe et Ichiha, qui avaient bénéficié d’un congé de l’Académie royale à la demande de Souma, Yuriga était une passagère clandestine de leur voyage, et elle avait été renvoyée directement à Parnam à leur retour. Elle avait probablement été enterrée en ce moment sous une pile de devoirs supplémentaires comme pénalité pour avoir manqué l’école.

En imaginant Yuriga traverser cela, Ichiha avait senti une partie de la tension s’échapper de ses épaules.

« Oui… Tu as raison. Ils peuvent vraiment éliminer Ooyamizuchi. »

« Ouaip ! »

Ainsi, les deux enfants avaient prié pour le succès de Souma.

 

◇ ◇ ◇

Castor plaça l’un de ses bras en avant et il ordonna. « À tous les hommes, préparez-vous au combat ! L’Hiryuu va maintenant entrer dans la première phase de l’opération. Notre première tâche est de dissiper ce brouillard gênant. Renvoyez l’équipe de cavalerie-wyverne avec des barils explosifs ! Leur cible est Ooyamizuchi et la zone qui l’entoure ! »

« Roger ! À tout le monde, préparez-vous au combat ! Équipe de cavalerie-wyverne, équipez-vous avec le matériel de bombardement ! Votre cible est Ooyamizuchi et ses environs immédiats ! Je répète ! Votre cible est Ooyamizuchi et ses environs immédiats ! Équipe de cavalerie-wyverne, équipez-vous avec le matériel de bombardement ! »

Halbert et les autres personnes présentes avaient entendu une voix par le tube parlant.

« OK, les hommes ! Allons-y ! »

« « « Yeah! » » »

L’équipe de cavalerie-wyverne, dirigée par Halbert et Ruby, avait décollé en transportant des barils explosifs. Ils volèrent en formation sous le regard des deux flottes, se dirigeant tout droit vers l’île d’Ikatsuru.

Ooyamizuchi avait également remarqué les arrivants.

Par télépathie, Ruby avait demandé à Halbert. « Cette chose a un visage de dragon. Penses-tu qu’elle puisse cracher du feu ? »

« Les hauts responsables disent : “probablement pas”. Une créature a besoin d’un certain type de torse pour cracher du feu. Mais, apparemment, cette chose a un corps aquatique, » expliqua Halbert, en revoyant mentalement le briefing.

« Elle n’a donc pas d’attaques pouvant atteindre le ciel ? »

« Je ne sais pas… Elle a une forme bizarre, donc je ne serais pas surpris si elle avait une façon inattendue de nous attaquer. »

C’est alors qu’Ooyamizuchi avait commencé pour une raison inconnue, à tendre la tête vers l’équipe de cavalerie-wyverne.

En le remarquant, Halbert avait eu un mauvais pressentiment et il avait immédiatement ordonné. « Tournez à gauche ! »

Suivant son ordre, la formation avait tenté de se dérouter vers la gauche, mais alors qu’ils l’avaient fait, Ooyamizuchi avait ouvert la bouche et avait émis un cri aigu, faisant que le côté droit de l’équipe de la cavalerie-wyverne s’était mis à voler à reculons, comme s’ils avaient été emportés par le vent. Un cinquième de l’équipe était tombé en un instant.

Les wyvernes ne montraient aucun signe de blessures externes, et Halbert pouvait voir les cavaliers qui avaient été éjectés de leurs montures.

« Capitaine ! L’aile droite est à terre ! » un cavalier-wyverne avait crié cela à Halbert, mais Halbert ne s’était pas arrêté.

« Poursuivez l’opération ! Ils ont tous des parachutes ! »

Il regarda en bas pour voir les parachutes des hommes s’ouvrir les uns après les autres. Cela étant confirmé, Halbert avait brandi sa lance et aboya des ordres. Évidemment, même s’ils pouvaient atterrir en toute sécurité, c’était dans une mer d’hiver en bas. Si les secours arrivaient trop lentement, leur vie pourrait encore être en danger. Cependant, Halbert et ses hommes ne pouvaient pas se permettre de s’arrêter pour eux.

« Laissez le fait de les sauver aux gars d’en bas ! On y va ! Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser cette opération trébucher dès la première étape ! »

« « « Oui, Monsieur ! » » »

La cavalerie-wyverne se dirigea à nouveau vers Ooyamizuchi.

D’une voix calme, Halbert demanda à Ruby. « Cette attaque à l’instant, qu’est-ce que tu crois que c’était ? »

« Une magie du vent à très grande échelle… Non, c’était peut-être une frappe d’air comprimé. Si je devais lui donner un nom, je l’appellerais un “canon à air”. »

« Peu importe comment tu l’appelles… C’est une mauvaise nouvelle qu’elle peut le faire. »

« Mais cela doit prendre beaucoup de temps pour aspirer autant d’air. »

« Nous devrions donc la bombarder avant qu’elle ne puisse effectuer une autre attaque ? »

Pendant cette conversation, l’équipe de la cavalerie-wyverne avait atteint l’île d’Ikatsuru où se trouvait Ooyamizuchi.

« OK, lâchez vos barils ! Notre mission est de dissiper le brouillard obscurcissant la zone ! Inutile de prendre des risques en essayant de frapper Ooyamizuchi ! »

Suivant les ordres de Halbert, l’équipe de la cavalerie-wyverne avait largué ses barils explosifs les uns après les autres. Les explosifs s’étaient écrasés vers le bas, explosant près du sol. Cela avait donné lieu à une chaîne de feux massifs à travers l’île, remplaçant le brouillard par une fumée noire.

~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ !!

Cela avait dû surprendre Ooyamizuchi, car elle avait poussé un cri perçant. Les cavaliers-wyvernes s’étaient tous couverts les oreilles, essayant de bloquer le son, mais Ruby et les wyvernes n’y étaient pas parvenus et ils avaient titubé devant l’assaut sonore.

Lorsque la bête avait finalement fini de rugir, Halbert avait demandé. « Ça va !? Ruby ! »

« D’une certaine manière… Ma tête bat la chamade, et pourtant… »

« Bon sang… ! Le brouillard semble s’éclaircir… »

Constatant qu’ils avaient atteint le minimum nécessaire pour que leur mission soit considérée comme un succès, Halbert donna de nouveaux ordres. « Messieurs, une fois que vous aurez largué votre charge utile, retirez-vous à toute vitesse ! Ne vous préoccupez pas de la formation ! Restez dispersés pour que nous ne soyons pas tous touchés par ce canon à air. Repliez-vous vers l’Hiryuu pour le moment ! »

« « « Roger! » » »

L’unité de cavalerie-wyverne s’était dispersée, se dirigeant vers le transporteur. Halbert attendit de voir Ooyamizuchi à travers les flammes, puis fit de même.

« Penses-tu que ces explosions ont fait des dégâts ? » Ruby le lui avait demandé par télépathie quand ils s’étaient retirés, mais Halbert avait secoué la tête.

« … Son dos semble recouvert d’un coquillage, et la carapace qui recouvre ses tentacules est incroyablement dure. Je doute qu’une explosion de poudre à canon puisse lui faire quoi que ce soit. Notre mission était de toute façon juste de dissiper le brouillard. »

« Quel monstre ! »

« Venant d’un dragon comme toi ? Ça veut dire quelque chose. Je commence à comprendre ce que signifie le mot “kaiju” utilisé par Souma. »

« … Mais nous n’allons pas perdre. »

« C’est bien vrai ! » dit Halbert avec une lueur aiguë dans les yeux, tenant ses deux lances prêtes. « On fait marche arrière maintenant, mais je jure qu’on l’aura la prochaine fois ! »

 

◇ ◇ ◇

Pendant ce temps, sur le vaisseau amiral de la flotte de l’Union de l’archipel, le Roi-Dragon à neuf têtes, Shana, avait regardé l’île d’Ikatsuru brûler alors qu’il avait les bras croisés. La forme d’Ooyamizuchi avait émergé de la fumée montante. Elle était si gigantesque qu’il pouvait en distinguer tous les détails, même à cette distance.

Vous vous montrez enfin… pensait-il.

L’un de ses subordonnés était venu lui faire un rapport.

« L’équipe de la cavalerie-wyverne du Royaume a réussi à dissiper le brouillard ! » déclara-t-il. « Cependant, il semble qu’une attaque inconnue ait fait tomber un certain nombre d’entre eux de leurs montures. »

« Ceux qui sont tombés lentement, hein ? Le Royaume possède un équipement bizarre… » Shana semblait impressionné, mais il avait immédiatement ordonné d’envoyer des bateaux rapides ! « Que ceux qui sont tombés à l’eau soient sauvés immédiatement ! Ils ne tiendront pas longtemps dans la mer d’hiver. Sauvez autant de nos camarades que vous le pouvez ! »

« Oui, monsieur ! »

Alors que l’homme se mit à courir pour faire son travail, un autre subordonné était entré en courant comme pour prendre sa place.

« Au rapport ! La flotte du Royaume envoie un message : “Passons à la deuxième étape de l’opération” ! »

« D’accord. Nous allons maintenant passer à la deuxième étape. Arrêtez Ooyamizuchi lorsqu’il tente de s’échapper de l’île. Envoyez un message à tous les navires ! Détachez tous les navires de feu restants et poussez les vers Ooyamizuchi ! »

« « « Oui, Monsieur ! » » »

Sous l’ordre de Shana, les navires de feu qui avaient été conservés pendant la bataille entre les flottes des deux nations avaient été envoyés vers Ooyamizuchi. Les navires de feu étaient une arme qui ne nécessitait qu’un petit équipage pour être contrôlée, et une fois qu’ils étaient mis sur leur trajectoire, les courants pouvaient faire le reste, de sorte que les hommes pouvaient abandonner le navire.

Reconnaissant que les deux flottes entourant l’île étaient ennemies, Ooyamizuchi avait commencé à prendre la mer pour se défendre. Le timing avait été tel qu’un grand nombre de bateaux de feu s’étaient précipités dans les hauts-fonds qui constituaient l’entrée et la sortie de l’île au moment où la créature essayait de partir.

Snap ! Crack, crack…

Les tentacules avaient écrasé un certain nombre de navires arrivants, mais il y en avait plus que ses huit pattes ne pouvaient espérer couler. Bientôt, une pile de bateaux de feu s’était accumulée de la base du cou d’Ooyamizuchi jusqu’à sa poitrine. C’est alors que les bateaux de feu, équipés du même type d’arme que les barils d’explosifs, avaient explosé.

Booooooooooom !

Il y avait eu une explosion encore plus importante que la précédente, et la tête d’Ooyamizuchi avait été repoussée. Les bateaux de feu contenaient une plus grande quantité d’explosifs que les tonneaux, et l’explosion avait frappé le flanc exposé de la créature — elle n’allait pas s’en sortir indemne cette fois.

« Ça marche ! Ça marche ! »

« Je ne peux pas croire qu’Ooyamizuchi soit blessée… »

« Subissez notre colère ! Ceci est pour tous nos amis que vous avez dévorés ! »

Ce spectacle incroyable avait fait rugir les soldats de la flotte de l’Union de l’Archipel.

Les subordonnés proches de Shana étaient eux aussi en extase.

« Votre Majesté, pensez-vous que cela pourrait fonctionner ? ! »

« … Si cela suffisait à l’arrêter, nous n’aurions pas eu à nous tourner vers le Royaume pour obtenir de l’aide. »

« Hein ? ! »

~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ !!

Le visage d’Ooyamizuchi avait émergé de l’explosion, et elle avait rugi si fort que l’air avait tremblé, comme si elle les avertissait que la bataille venait de commencer.

☆☆☆

Partie 2

Lorsque le visage d’Ooyamizuchi avait émergé des flammes, j’étais aux côtés de mes femmes et d’Excel à regarder depuis le pont de l’Albert II. J’avais déjà pensé à ça quand je l’avais vu dans le brouillard, mais bon sang, ce truc était énorme. Il a une présence écrasante, comme je l’attends d’un kaiju.

Excel, qui était à côté de moi, déclara. « Sire, nous allons maintenant entamer la troisième étape de l’opération. »

« Les hommes tombés à la mer ont-ils été sauvés ? » demandai-je, reprenant mes esprits, et Excel fit un signe de tête.

« Nous envoyons des bateaux de sauvetage. L’Union de l’archipel a également envoyé ses bateaux les plus rapides, nous pouvons donc compter sur eux pour s’en occuper. Notre flotte va maintenant avancer et resserrer l’encerclement. Est-ce acceptable ? »

« … C’est compris. Commencez. »

« Compris. » Haussant la voix, Excel ordonna. « Ceci est un message pour tous les navires ! Approchez-vous à une distance fixe, puis tournez en séquence ! »

La flotte du Royaume avait commencé à se déplacer pour suivre sa directive. Elle se déploya en arc de cercle pour fermer le bras de mer et, une fois en position, elle tourna ses flancs vers Ooyamizuchi. Ils avaient fait cela afin de concentrer la puissance de feu de la flotte.

Une fois qu’il lui avait été signalé que la flotte avait atteint la distance fixée, Excel avait donné l’ordre suivant.

« À tous les navires, ouvrez le feu ! »

« Roger. Canon principal, ouvrez le feu ! »

Juna, qui servait de commandant en second, avait crié dans le tube parlant, et puis il y avait eu une explosion que je pouvais sentir résonner dans mon estomac. L’Albert II avait commencé à tirer.

Ce fut le début d’un bombardement de toute la flotte du Royaume. Les obus utilisés n’étaient pas du type explosif, mais du type perforant qui était utilisé pour briser les murs lors des batailles de siège. L’analyse d’Ichiha avait laissé entendre que la carapace d’Ooyamizuchi ne serait pas affectée par de simples explosions de poudre à canon. Comme il n’y avait pas eu d’explosion à l’impact, je n’avais pu entendre que le bruit des canons qui tiraient, mais Ooyamizuchi était sans aucun doute en train de se faire pilonner par d’énormes masses de métal.

~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ !!

Le kaiju avait hurlé, ce qui avait montré que cela fonctionnait.

« À tous les navires, continuez à tirer et ne lâchez pas. Sire, la cible est cette masse sur le dos, n’est-ce pas ? » Excel avait vérifié avec moi après avoir ordonné à la flotte de continuer le bombardement. J’avais fait un signe de tête.

« Cette coquille sur le dos est la partie la plus dure d’Ooyamizuchi, mais nous pensons que cela signifie que les organes vitaux nécessaires pour la maintenir en vie se trouvent à l’intérieur. Peu importe l’importance des dommages causés aux tentacules, ils risquent de repousser comme la queue d’un lézard, c’est pourquoi Ichiha a dit que nous devrions donner la priorité à la destruction de la coquille. »

« C’est logique. Hee hee, vous vous êtes vraiment trouvé une bonne recrue. »

« Oui, on peut le dire. »

Puis Aisha avait fait entendre sa voix. « Sire ! Ooyamizuchi semble faire quelque chose ! »

En regardant, j’avais remarqué que les tentacules d’Ooyamizuchi se tordaient. Quelques instants plus tard, quelque chose avait volé vers nous à une vitesse incroyable. Est-ce que c’est un arbre ? Non, peut-être un rocher ? Il y avait un certain nombre d’arbres et de rochers qui venaient vers nous. On aurait dit qu’Ooyamizuchi ramassait tout ce que pouvait porter un tentacule et le lançait vers nous.

« Peut-on esquiver ça !? » demanda Excel.

« Non ! Nous devons juste prier pour que cela ne nous frappe pas ! » vint la réponse paniquée du timonier.

Splash ! Splash ! Il n’avait probablement pas visé avec précision. La grande majorité des arbres et des rochers n’avaient pas atteint nos navires, ou étaient partis dans la mauvaise direction. Cependant, peut-être parce que la flotte était disposée de manière à bloquer l’entrée, une partie avait effectivement touché quelque chose, et de la fumée s’était élevée de plusieurs navires.

Lancer tout ce qui tombait sous la main était courant pour les kaiju de l’ère Showa, mais cela avait l’air stupide et semblait inefficace. Mais maintenant que j’étais en train de recevoir une telle chose, je découvrais à quel point c’était horrible. Après tout, il y a beaucoup de masse pure qui est jetée sur nous à des vitesses incroyables.

Même Excel, aussi étonnante qu’elle soit, avait fait la grimace face à cet assaut.

« … Sire, voulez-vous vous diriger vers l’un des navires à l’arrière ? »

« Je ne pense pas que nous ayons le temps pour cela. Aisha, va pour moi sur le pont et coupe tout ce qui semble pouvoir frapper ce navire. »

« Oui, monsieur ! Compris ! » Aisha s’était précipitée sur le pont en portant son épée.

La magie du vent était affaiblie en mer, alors j’étais un peu inquiet sachant qu’Aisha ne pouvait pas utiliser sa Lame Sonique à sa puissance habituelle. Pourtant, nous ne pouvions pas abandonner l’assaut juste pour que je puisse évacuer. C’était le moment d’être agressif. Nous devons tirer jusqu’à ce que les canons fondent… du moins, c’est ce que je pensais, mais…

« Au rapport ! Il s’agit d’Ooyamizuchi ! » cria l’un des marines.

« Qu’est-ce que c’est encore ? » demanda Excel.

« Elle a tourné sa bouche vers notre flotte et elle s’est ouvert en grand ! » répondit la marine.

J’avais regardé, et Ooyamizuchi avait étendu sa tête vers la flotte, sa gueule béante. J’avais senti une sueur froide couler dans mon dos… Si c’était l’un de ces films de kaiju que je regardais dans le monde d’où je venais, ce serait le signe qu’une incroyable attaque se préparait. Ne bronche pas. L’analyse d’Ichiha a dit qu’il ne devrait pas pouvoir utiliser les attaques par le feu.

La frappe qui avait emporté certains des cavaliers-wyvernes était-elle imminent ? Du niveau de la mer, elle avait ressemblé à une soudaine explosion de vent, mais alors que la cavalerie-wyverne était facilement affectée par les rafales, allait-elle pouvoir frapper les navires de guerre en fer avec une attaque de vent ?

« … Le voici ! »

Bwiiiiiiiiiiiiiing !

Ce n’était pas du vent qu’Ooyamizuchi nous avait vomi dessus, c’était une épaisse colonne d’eau accompagnée d’un bruit semblable à celui d’un moteur à réaction en pleine action. Elle avait probablement aspiré de l’eau de mer, l’avait comprimée, puis l’avait recrachée.

Un jet d’eau, comme celui d’un gigantesque nettoyeur à pression, avait frappé la flotte de côté. Le massif Albert II s’était soulevé. Je m’étais instinctivement agrippé à la balustrade et j’avais mis ma main autour de la taille de Juna pour la soutenir alors qu’elle perdait l’équilibre.

« Tu vas bien, Juna ? »

« Merci. J’ai été négligente. »

« … J’aurais aimé que vous me souteniez aussi. Vous auriez pu vous occuper de votre belle-mère, n’est-ce pas ? » dit Excel, qui était tombé à plat ventre.

Je n’avais pas eu le temps de lui rappeler qu’elle était en fait ma belle-grand-mère.

En regardant sur le pont, il y avait d’autres marines qui étaient tombés ou dont la chaise avait été renversée. Si ce navire avait été en bois, il aurait été réduit en copeaux de bois. J’avais pensé à un nettoyeur à pression, mais à cette taille et à cette puissance, cela avait fonctionné comme une attaque à distance.

« Obtenez-moi un rapport de situation ! » criait Excel dans le tube de parole.

« Notre navire et le transporteur Hiryuu ne sont pas endommagés ! Cependant, un certain nombre de croiseurs ont été renversés par cette attaque ! Ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils ne coulent ! » répondit la vigie, sa voix s’emplit d’urgence.

Il y avait beaucoup de puissance derrière ce jet d’eau. Le jet qu’il avait déclenché pleuvait toujours sur nous comme un grain. S’il avait été touché directement, même ce navire de fer aurait pu se retourner.

J’avais pris ma décision et j’avais dit à Excel. « Je vais avec Naden pour les sauver. »

« Sire !? C’est bien trop dangereux ! »

« Comme Naden peut nager dans le ciel et la mer, elle peut peut-être remettre ces navires à la verticale par la force brute. »

Les navires renversés auraient pu perdre toute utilité pour l’opération, mais s’ils étaient remis à l’endroit, nous n’aurions pas à nous inquiéter de leur naufrage. Même s’ils ne pouvaient pas être complètement retournés, même un peu d’aide devrait faciliter leur fuite.

En me tournant vers Naden, je lui avais demandé. « Peux-tu le faire ? »

« Ils ont l’air lourds, mais je suppose que je vais devoir le faire, hein ? » Naden fit tourner ses bras en parlant. Elle semblait plus que prête à tenter le coup.

« On n’a besoin de moi ici que lorsqu’il y a des décisions politiques à prendre. Si je ne suis qu’une figure de proue, laissez-moi aller sur le terrain afin d’aider les gens. Naden sera avec moi, donc je serai en sécurité même si je tombe dans la mer. »

Excel avait semblé y réfléchir un instant, mais elle avait immédiatement pris une décision.

« Cela vous met en danger, mais vous êtes déjà en danger ici. Nous sommes également à court de sauveteurs, alors aidez-nous, s’il vous plaît. »

« Compris ! »

« D’accord. Une fois le sauvetage terminé, Naden et moi nous élèverons dans le ciel. Juna, je te laisse décider comment gérer ça. Surveille bien sûr la situation, et déploie-le si nécessaire. »

Quand je lui avais dit cela, Juna avait mis une main sur sa poitrine et avait incliné sa tête vers moi.

« Compris. S’il vous plaît, faites attention. »

« Toi aussi, Juna. »

J’avais sauté du pont et j’avais plongé dans la mer avec Naden sous sa forme de ryuuu.

☆☆☆

Partie 3

« Capitaine ! Une ryuuu noire présumée être la reine Naden a décollé de l’Albert II ! »

« Nous avons un message de la duchesse Walter ! Sa Majesté s’apprête à faire un sauvetage des navires chavirés ! »

« Est-ce tellement mauvais que nous avons même besoin que le roi vienne nous aider… ? » Castor se l’était murmuré à lui-même sans le vouloir.

Quelques secondes plus tard, un autre subordonné était venu et avait parlé. « Au rapport ! Il semble y avoir une activité provenant de la flotte de l’Union de l’archipel ! »

Cela avait pris Castor par surprise et il avait regardé vers l’est. « Que s’est-il passé ? »

« Ils naviguent en formation en passant à côté de nous ! Ils se rapprochent rapidement d’Ooyamizuchi, et semblent tenter un combat rapproché ! »

« Quoi !? C’est plus tôt que prévu, n’est-ce pas !? »

L’opération avait demandé à la flotte du Royaume de bombarder Ooyamizuchi jusqu’à ce que la carapace qui le recouvrait soit complètement détruite. Puis, une fois l’ennemi dépouillé de ses défenses, la flotte de l’Union de l’Archipel, avec sa capacité supérieure de combat rapproché, allait charger et l’achever rapidement. Cependant, la carapace d’Ooyamizuchi n’avait pas encore été pulvérisée. Il était beaucoup trop tôt pour qu’ils agissent.

« C’est probablement parce qu’ils ont vu l’attaque du jet d’eau. Contrairement à nos navires de guerre, la plupart des leurs sont en bois. Si ce jet d’eau les touchait, ils ne tiendraient pas une seconde. »

« Parce que leurs navires sont légèrement blindés… spécialisés pour la mobilité. »

« Oui. Les armes à poudre de ce pays ont également une courte portée, donc elles n’ont aucune chance dans une fusillade à longue portée. Peut-être veulent-ils agir avant qu’il n’y ait un deuxième tir ? S’ils s’approchent, alors même si les bateaux sont détruits, ils peuvent toujours aller à terre pour se battre. »

Castor avait grincé des dents en écoutant l’analyse de son subordonné.

« A-t-il accepté le fait que le naufrage de ses navires soit inévitable ? Je peux voir à quel point le Roi Dragon à neuf têtes est déterminé. » Castor avait corrigé sa posture et avait ordonné. « Envoyez ce message à la Duchesse Walter. “Je lui demande de soutenir la flotte de l’Union de l’Archipel”. »

« Oui, monsieur ! »

« Nous envoyons à nouveau l’équipe de cavalerie-wyverne ! Cette fois, leur mission est de distraire et de désorienter Ooyamizuchi ! Volez autour d’elle et attaquez-la ! Ne lui laissez pas le temps d’attaquer la flotte de l’Union de l’Archipel ! »

« « « Oui, Monsieur ! » » »

Les ordres de Castor avaient été relayés à Halbert et aux cavaliers-wyvernes, qui se tenaient prêtes dans les airs au-dessus de l’Hiryuu, utilisant des miroirs pour réfléchir la lumière. Ce fut le signal d’une nouvelle attaque.

Pendant ce temps, le commandant le plus féroce de toute l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes, Shima Katsunaga, était à bord du navire de tête de la flotte de l’Union de l’Archipel.

Alors qu’il se tenait à l’avant, fixant Ooyamizuchi, l’un de ses subalternes proches lui avait demandé : « N’allons-nous pas trop tôt ? On me l’a dit juste avant que nous partions, mais ne devions-nous pas nous approcher d’Ooyamizuchi après que sa carapace ait été détruite ? »

« L’ennemi a aussi des attaques à longue portée, donc nous n’avons pas vraiment le choix. Tu as dû voir le jet d’eau qu’il a craché retourner les navires du Royaume, non ? » dit Shima d’une voix rauque, ses bras épais et robustes croisés devant lui. « Cette attaque réduirait nos navires en miettes. C’est pourquoi le Roi Dragon à neuf têtes a l’intention de s’approcher pendant que la créature est encore distraite par le bombardement du Royaume. Bien que nos vaisseaux aient une mobilité supérieure, ils manquent de puissance de feu et de portée. »

« Je vois… »

« Mais quelle importance ? Si nous laissons le bombardement du Royaume faire tout le travail, ce serait une tache noire sur notre réputation de mononofu de la mer. Après tout ce que cette bête nous a fait subir, nous devons nous-mêmes régler les choses. Si nous ne le faisons pas, les âmes des camarades qu’elle a mangés ne pourront jamais aller de l’avant. »

« Oui, monsieur. Je suis tout à fait d’accord. »

Shima avait dégainé l’odachi du Dragon à neuf têtes qui était accroché à sa hanche.

« Le Roi Dragon à neuf têtes m’a pris pour un idiot, mais quand même, quel festin il m’a offert. Une chance d’affronter de front la détestable Ooyamizuchi. Hommes, trouvez votre courage et relevez le défi ! Cette bataille sera racontée aux générations à venir ! » Shima leva son odachi dans les airs.

« « « Ouaisssss ! » » » les hommes avaient répondu en acclamant et en tapant du pied sur le pont. Des voix et des bruits similaires se faisaient entendre de tous les navires autour d’eux.

Chaque navire devait essayer de remonter leur moral et de susciter le courage de combattre le gigantesque ennemi qui se trouvait devant eux.

Shima poussa son odachi droit devant lui et il ordonna. « Écoutez ! Lorsque nous nous approchons de la bête, nous nous occupons d’abord de ses tentacules ! Visez l’endroit où elles rencontrent le torse ! C’est là qu’ils sont les plus fragiles et que leur mouvement est le plus lent ! Passez outre les attaques de la bête et rapprochez-vous, puis concentrez vos attaques là ! »

« « « Ouiiiii ! » » »

Au milieu des acclamations bruyantes de l’équipage, l’individu d’avant se tenait à côté de Shima.

« Monseigneur… Cette méthode de lutte contre Ooyamizuchi est-elle également basée sur des informations du Royaume ? »

« Je pense que c’est le cas. Ils disent qu’ils ont après tout le plus grand expert dans l’étude de la monstrologie. »

« Après avoir vu ce grand navire de la taille d’une île, empli de wyvernes, le Royaume semble si loin de notre compréhension. Je suis vraiment heureux que nous n’ayons pas eu à les combattre ici. »

L’homme parlait avec un mélange d’admiration et de crainte, mais Shima avait répondu avec un sourire ironique.

« Eh bien, ils sont maintenant un allié fiable, donc nous allons laisser cette question en suspens. Nous devons d’abord nous concentrer sur l’ennemi en face de nous. »

« Oui, monsieur. Mais ses tentacules bougent si librement. Il ne sera pas facile de s’en approcher. »

« Et pourtant, nous devons le faire —, quel que soit le nombre de navires couler dans le processus. »

À ce moment, un autre guetteur avait signalé. « Monsieur ! La flotte du Royaume a cessé ses bombardements ! Les wyvernes volent à nouveau dans cette direction ! »

En regardant plus attentivement, ils pouvaient voir l’unité de wyvernes qui survolait la flotte de l’Union de l’archipel en direction d’Ooyamizuchi. Cette fois, ils ne semblaient pas transporter de barils d’explosifs. Ils étaient menés par un dragon rouge, beaucoup plus grand que n’importe quelle wyverne. L’équipe de wyvernes s’était rapprochée pour atteindre Ooyamizuchi en un rien de temps, et ils avaient tourné autour de la bête tout en brûlant ses tentacules avec des attaques de feu. La carapace de la créature semblait empêcher tout dommage important, mais Ooyamizuchi avait fait tourner ses tentacules en signe d’irritation, comme une vache qui essayait de frapper une mouche avec sa queue.

Certains des cavaliers-wyvernes avaient été abattus, mais les autres avaient continué à échapper aux tentacules et à attaquer. En voyant cela, Shima avait eu une prise de conscience.

« Il semble que la flotte du Royaume soutienne notre attaque. »

L’équipe de cavalerie-wyverne du Royaume attirait l’attention d’Ooyamizuchi pour que la flotte de l’Union de l’Archipel puisse se rapprocher.

« Comme c’est fiable. Nous devrons correspondre à leur esprit. »

« Oui, monsieur ! »

La flotte de l’Union de l’archipel avait commencé à se rapprocher encore plus vite d’Ooyamizuchi. Ce n’était qu’une fois qu’ils s’étaient approchés que cela leur avait rappelé à quel point la bête était massive. Il semblait nain à côté, mais Shima avait levé son odachi bien haut et avait donné des ordres.

« À toutes les équipes, ouvrez le feu ! Tirez avec les canons à chien-lion — frappez-le avec tout ce que nous avons ! Feu, feu, feu ! »

Les navires qui approchaient avaient commencé à tirer sur Ooyamizuchi les uns après les autres. Les canons le long de leurs flancs crachaient du feu, et les canons en forme de chien-lion montés sur leurs ponts n’arrêtèrent pas de tirer des morceaux de plomb de la taille d’un poing jusqu’au point sensible où les tentacules étaient reliés au corps.

C’est alors qu’Ooyamizuchi avait finalement réalisé qu’il ne s’agissait pas seulement de wyvernes autour d’elle, et elle avait fait basculer un tentacule pour briser en deux un grand navire. Les vagues et les embruns provoqués par cette attaque avaient fait faire une embardée au navire de Shima et à ses hommes à bord.

« Argh ! Ne faiblissez pas ! Envoyez les béliers ! »

Avec cela, environ huit navires de taille moyenne à proue pointue s’étaient précipités vers l’avant. Ces navires étaient spécialisés dans l’éperonnage de l’ennemi avec leurs avants pointus. Tirés par des doldons à cornes, les navires-béliers se précipitèrent vers les racines des tentacules d’Ooyamizuchi. Une fois qu’ils avaient pris de la vitesse, les doldons à cornes avaient été libérés pour pouvoir s’échapper, ne laissant que les navires avant qu’ils entrent en collision avec l’ennemi.

La partie inférieure des tentacules d’Ooyamizuchi ressemblait à celle d’une pieuvre, et les béliers en coupèrent profondément les racines. En termes humains, ce serait comme si quelqu’un vous poignardait un crayon dans l’épaule. Ce ne serait pas mortel, mais s’il y en avait suffisamment, ça ferait un mal de chien.

~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ !!

Face à cela, Ooyamizuchi avait rugi, agitant ses tentacules. Les appendices déchaînés frappèrent presque le navire sur lequel se trouvait Shima, faisant claquer son mât. Malgré cela, Shima et ses hommes avaient intensifié l’attaque. Il ne s’agissait pas seulement d’armes à poudre. Certains tiraient à l’arc, d’autres à la fronde, et quand les tentacules se rapprochaient suffisamment, ils utilisaient même des lances et des katanas. Quoi qu’il en soit, l’assaut total avait continué.

La scène ressemblait à un essaim de fourmis s’accrochant à la queue d’une vache, espérant la vaincre. Mais de la même manière que les fourmis militaristes pouvaient dépouiller de plus grandes créatures jusqu’à ne plus avoir que des os, finalement, l’un des tentacules était tombé et avait cessé de bouger. Mais les soldats n’avaient pas eu le temps de jubiler. Ils avaient simplement neutralisé l’un des huit tentacules. En regardant les sept autres, ils avaient dégluti.

Même le féroce Shima lui-même était épuisé et commençait à s’inquiéter un peu.

« Cette merde absolue… C’est un vrai monstre. Ugh, je commence à détester ça. »

Soudain, ils avaient entendu un bruit venant de la flotte du Royaume.

Nous prenons notre bateau sur la mer mère.

Aux vagues riches en poissons et en vie.

C’était une voix de femme, qui chantait une chanson de pêche de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes.

Sous l’œil de l’oiseau de mer, il y a un trésor.

Si nous sommes trop lents, le géant va frapper.

Tirez les filets ! Tirez, ho, Hisse ! Tirez, ho, Hisse !

Que le port entende notre chant de triomphe.

Alors qu’il écoutait cette belle et puissante voix, Shima regarda à nouveau Ooyamizuchi. Il ne trouverait jamais une plus grande cible que celle-ci. Trouver une prise aussi importante aurait dû être une joie sans précédent pour un homme de la mer.

Le feu était revenu dans les yeux des hommes épuisés.

« Quel homme de la mer hésiterait devant une si belle prise ! Allez, les gars ! Retournons à la pêche ! »

« « « Ouiiiiii ! » » »

Sur ordre de Shima, les hommes s’étaient ralliés pour défier Ooyamizuchi une fois de plus.

☆☆☆

Partie 4

« Ho, Hisse ! Ho, Hisse ! Que le port entende notre chant de triomphe. »

Sur le pont de l’Albert II, la Lorelei à oreilles de chat, Nanna, chantait la chanson de pêche de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes, sa patrie, devant un joyau de diffusion de la voix. Il n’y avait pas de meilleur choix pour chanter cette chanson qui allait remonter le moral et la puissance magique de la flotte de l’Union de l’Archipel. La famille de Nanna s’était installée dans un village de pêcheurs du Royaume il y a huit ans et y avait élu domicile. Elle y chantait donc cette chanson pour les hommes de la mer depuis qu’elle était toute petite.

Il y a huit ans, c’était avant que le saccage d’Ooyamizuchi ne commence, elle était donc venue au Royaume avant que la pêche dans l’archipel ne devienne si pauvre. Parce qu’ils avaient toujours vu beaucoup de conflits à petite échelle entre les îles, sa famille avait probablement été chassée pendant l’un d’eux — bien qu’elle soit probablement trop jeune pour s’en souvenir. Pour Nanna, l’archipel du Dragon à Neuf Têtes n’était qu’un lieu où elle était apparemment née, et elle n’avait aucun sentiment fort pour ou contre. Elle était ici parce qu’elle trouvait juste de rendre la pareille au roi Souma et à la reine Juna qui avait tant fait pour elle, et d’ailleurs, elle aimait de toute façon chanter la chanson.

En entendant sa voix innocente, libérée de toute forme d’obscurité, Excel, qui créait une boule d’eau dans l’air pour répandre la voix de Nanna, avait poussé un soupir. « C’est la jeunesse qui lui permet de voir sa patrie sans en devenir sentimentale, non ? »

Ayant elle-même dérivé vers le Royaume depuis l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes, bien que plusieurs siècles auparavant, les sentiments d’Excel à ce sujet étaient compliqués. C’était un pays qui avait chassé la race des serpents de mer, et elle ne pouvait pas s’empêcher d’y penser en se battant à leurs côtés. Juna, l’ayant entendue, haussa les épaules.

« Tu essaies toujours d’agir comme une jeune, n’est-ce pas ? Et cela malgré ton âge. »

« … Quand as-tu appris à parler comme ça ? » Excel lui avait fait des reproches.

« Je suis après tout la première reine secondaire de Sa Majesté, » répondit Juna avec nonchalance.

Lorsque Nanna avait terminé sa chanson, Juna avait pris le tour suivant, puis Nanna à nouveau. Excel souriait avec ironie, essuyant la sueur de son front.

« Bonté divine. Ça demande beaucoup d’effort de faire de la magie comme ça en mer. »

« … Désolé, mais continue, s’il te plaît. Nous sommes au point le plus vital de l’opération. »

« Je le sais, » avait-elle répondu en se recontractant.

Soudain, Aisha était arrivée en courant depuis la proue du navire. « Ooyamizuchi est en mouvement ! Elle semble se diriger vers l’avant ! »

Maintenant qu’elle en parle, le corps d’Ooyamizuchi semblait un peu plus gros qu’avant. Elle devait avancer lentement vers la flotte du Royaume qui était massée à la sortie de l’île.

« Ce n’est pas bon. Elle essaie de s’enfuir en mer, » déclara Excel avec mépris.

Ooyamizuchi ne semblait pas très intelligente, mais elle avait dû se rendre compte que se battre sur terre n’était pas à son avantage — soit cela, soit son instinct de survie s’était mis en marche. Si elle plongeait sous l’eau, il n’avait que peu de possibilités d’attaquer depuis la surface, et Ooyamizuchi était libre d’attaquer ou de fuir comme bon lui semblait. Il fallait à tout prix éviter que cela ne se produise.

« Envoyez un message à tous les navires ! Commencez à vous rapprocher et resserrez le filet ! Arrêtez l’avance d’Ooyamizuchi ! Tirez aussi sur le chemin d’Ooyamizuchi ! C’est seulement pour intimider — vous n’avez pas besoin de toucher ! Quoi que vous fassiez, ne frappez pas les navires de l’Union de l’Archipel qui se battent ! »

« Oui, madame ! » l’un des marines s’était mise à courir pour transmettre les ordres d’Excel.

Juna s’était précipitée aux côtés d’Excel et elle déclara. « Grand-mère, envoyons ça. Cela devrait le ralentir. »

Les sourcils d’Excel s’étaient plissés. « Par ça, tu veux dire… Ce bateau ? ! Sa Majesté ne devrait-elle pas passer cet appel ? »

Tandis qu’Excel y réfléchissait, Juna s’était rapprochée, portant une main sur sa propre poitrine.

« Lorsque Sa Majesté est partie avec Naden, il m’a laissé la responsabilité de cette tâche. Il a dit que si je décidais qu’elle devait être déployée, je pourrais le faire. »

Excel avait soudain semblé se souvenir de cet échange et avait hoché la tête.

« … C’est vrai, il l’a fait, n’est-ce pas ? Mais Sa Majesté pourra-t-elle se coordonner correctement avec lui ? »

« Si nous envoyons le navire, je suis sûre qu’il le remarquera. Je crois que nous pouvons lui faire confiance pour le reste. »

« … Très bien. » Excel fit un signe de tête ferme, en souriant à Juna. « Sa Majesté t’a confié le navire. C’est toi qui en donnes l’ordre. »

« D’accord ! »

Juna étendit le bras devant elle et elle ordonna. « Envoyez un message à tous les navires ! Le navire de transport le Roi Souma va maintenant commencer à avancer vers Ooyamizuchi. S’il vous plaît, dites à tous les autres navires de faire place ! »

 

 

◇ ◇ ◇

Pendant ce temps, au même moment, Souma et Naden s’affairaient à redresser les navires chavirés. Naden s’enroulait autour de ceux qui coulaient, comme dans une scène d’un vieux film de kaiju (bien que seulement deux fois, c’était tout ce qu’elle pouvait faire avec sa longueur), laissant sortir un voyant, « Hahhhhhh ! » alors qu’elle les forçait à se remettre dans la bonne position.

Alors que les navires projetaient de l’eau de partout, les marines qui n’avaient pas réussi à s’échapper étaient sortis en rampant. Il était difficile de savoir si tout le monde allait bien, mais Naden se sentait soulagée de voir qu’elle avait pu être d’une certaine aide.

En sortant de l’eau une fois de plus, Naden avait entendu un crachotement dans son dos. Elle s’était empressée de tourner la tête pour regarder. « Ça va, Souma ? »

« D’une certaine manière… »

Il était monté sur son dos pendant qu’elle travaillait à la fois au-dessus et au-dessous de l’eau pour sauver les navires. Son pacte avec elle en tant que chevalier dragon le protégeait du froid de la mer d’hiver, et il ne pouvait pas être jeté hors de son dos, mais il ne pouvait toujours pas respirer sous l’eau. Cela n’avait pas non plus changé le fait que l’eau qui lui arrivait dans la bouche était désagréablement salée.

« Dans des moments comme celui-ci, j’aimerais avoir des branchies comme la princesse Shabon… »

« Désolée de te faire subir cela, mais je ne pense pas que le fait de souhaiter des choses que tu n’auras jamais va t’aider, » avait-elle répondu, levant la tête pour regarder autour d’elle. « … Mais je crois que j’ai fait basculer tous les bateaux maintenant. »

« Enfin, tant que les navires flottent, il devrait être plus facile pour les gens de s’échapper… et aussi de sauver ceux qui sont tombés à la mer… »

« Mais que se passe-t-il si la section du navire dans laquelle ils sont piégés est remplie d’eau et qu’ils ne peuvent pas en sortir… ? »

« C’est tout ce que nous pouvons faire de l’extérieur. Nous devons leur faire confiance pour gérer le reste, » déclara Souma, en regardant en bas. Les soldats sur le pont des navires qui avaient été mis dans le bon sens criaient des mots de gratitude et agitaient leurs chapeaux. Ils étaient soulagés de penser qu’ils avaient au moins pu sauver un petit nombre de vies.

Naden demanda à Souma. « Et maintenant ? Veux-tu retourner à l’Albert II ? »

« Oui, je pense que… Hm ? »

Une image avait traversé l’esprit de Souma.

« Qu’est-ce qui ne va pas ? » demanda Naden, en penchant la tête sur le côté.

Souma ferma les yeux et se couvrit les deux oreilles avec ses mains, essayant de concentrer son esprit. Il essayait d’appréhender la situation en utilisant la conscience qu’il avait laissée à l’intérieur de cette chose en utilisant les Poltergeists vivants.

Après un certain temps, Souma ouvrit lentement les yeux.

« C’est vraiment émouvant… Est-ce que Juna a déplacé le bateau de transport ? … Est-ce que ça veut dire qu’Ooyamizuchi est en mouvement ? »

« En mouvement… ? Ah ! Ooyamizuchi bouge ! Elle essaie peut-être de s’échapper de l’île ! » cria Naden, l’ayant repéré au loin. Souma fit claquer sa langue de mécontentement.

« Elle essaie de s’échapper en mer, hein ? Comme si on allait la laisser s’échapper. » Souma ajusta sa posture assise sur le dos de Naden. « Naden, emmène-moi dans l’espace aérien au-dessus d’Ooyamizuchi ! »

« Compris ! »

Souma et Naden avaient ainsi dansé ensemble dans le ciel.

 

◇ ◇ ◇

L’équipe de cavalerie-wyvernes du Royaume et la flotte de l’Union de l’Archipel se battaient encore avec acharnement dans la zone autour d’Ooyamizuchi où se dirigent Souma et Naden. De son côté, Ooyamizuchi utilisait ses tentacules pour abattre les cavaliers-wyvernes ou s’enrouler autour des navires de guerre et les briser. Chaque mouvement émettait un faible sifflement, et à ce moment précis, un autre cavalier-wyverne était sur le point d’être abattu.

« Wahhhh ! »

Sur le point d’être frappé par la force d’un camion, le cavalier de la wyverne avait senti sa mort arriver, lâchant les rênes et se couvrant la tête. Il y avait eu un fort claquement, mais pour une raison inconnue, l’impact prévu n’était pas arrivé. En ouvrant les yeux avec hésitation, le cavalier avait vu un dragon rouge s’interposer entre lui et Ooyamizuchi, bloquant le tentacule.

Sur le dos du dragon, Halbert cria au cavalier hébété : « Utilisez cette chance pour vous rétablir ! »

« C-Capitaine !? Merci ! »

Lorsqu’il avait vu que l’homme s’était ressaisi et s’était retiré, Halbert avait demandé. « Ruby, ça va ? »

« Ce n’est pas grave ! » répondit Ruby, serrant le tentacule avec ses deux jambes avant, et le frappant d’une morsure pour faire bonne mesure. « Ces tentacules ont la taille de Naden ! Après toutes les fois où je me suis battue avec elle, un coup comme ça n’est rien pour moi ! »

« Tu as l’air confiante, mais ne sois pas imprudente ! Il n’y en a qu’une seule jeune Miss Naden, mais il y a plus de tentacules là-bas. »

« Oh, je le sais bien… bien ! »

Ruby lâcha le tentacule qu’elle avait saisi alors qu’un autre s’approchait d’eux par-derrière. Juste après, le nouveau tentacule s’était écrasé à l’endroit qu’elle tenait. Le bruit de deux masses qui se frappaient l’une l’autre était incroyable. L’impact avait été suffisamment fort pour qu’une partie soit arrachée, si bien que si Ruby avait été prise entre les deux, elle aurait pu se briser quelques os. Quant à Halbert, il aurait été écrasé comme une crêpe.

Une sueur froide coulait dans leurs deux dos.

« Bon sang ! Ces tentacules sont bien trop gênants ! » Halbert s’était plaint de ça.

« Mais si nous ne faisons rien pour eux, cette chose va continuer à fuir ! »

Même maintenant, Ooyamizuchi glissait sur ses tentacules. Elle se déplaçait lentement pour sa taille gargantuesque, mais progressait toujours vers les profondeurs. La flotte du Royaume avait fait des tirs de suppression le long de sa route, mais cela ne semble pas être très efficace. À ce rythme, Ooyamizuchi allait s’échapper.

Halbert s’était giflé la cuisse. « Merde ! Avons-nous quelque chose pour arrêter ça !? »

« … Hein ? ! Hal ! Regarde ça ! »

Halbert leva les yeux en réponse et il vit un navire, plus grand que les autres, se rapprocher d’Ooyamizuchi.

« C’est… le navire de transport de classe Souma ? Ne me dis pas qu’ils prévoient de l’éperonner ! »

« C’est certainement assez massif pour avoir un impact, mais je doute que cela le ralentisse beaucoup. Penses-tu qu’ils abandonneraient vraiment un nouveau navire juste pour cela ? »

« D’ailleurs, qu’est-ce que cette chose transporte ? Je pensais que ce serait une unité de l’armée pour combattre sur l’île, ou des fournitures, mais peut-être que non. »

« Des explosifs, peut-être ? Comme les bateaux de feu que l’Union de l’Archipel utilisait. »

« Non, la poudre à canon a le pouvoir de faire exploser un canon ou un navire en bois, mais pas un navire en fer. Tout ce qu’elle ferait, c’est de mettre le feu à bord. »

Alors qu’ils en parlaient, le Roi Souma s’était arrêté à quelques centaines de mètres devant Ooyamizuchi, puis une écoutille sur le pont s’était lentement ouverte. Une fois l’opération terminée, quelque chose avait bondi de là et avait atterri dans la mer en produisant un grand éclaboussement. Tout le monde s’était arrêté un moment, incertain de ce qui venait de se passer.

Alors que Halbert, Ruby, l’équipe de la cavalerie-wyverne et les soldats de la flotte de l’Union de l’archipel se tournaient dans la direction de l’éclaboussure, un objet massif s’était élevé de la mer, éparpillant l’eau partout.

« Qu’est-ce que c’est que ça !? »

« Un autre monstre ? ! Personne ne nous avait dit qu’il y aurait quelque chose comme ça ! »

Les soldats de la flotte de l’Union de l’archipel avaient paniqué face à l’apparition d’un deuxième monstre. Les soldats du Royaume, en revanche, regardaient avec incrédulité, incapables d’accepter la réalité de ce dont ils étaient témoins. L’objet massif se dressait sur le chemin d’Ooyamizuchi, sa surface brillait au soleil d’une lueur argenté. Il avait la silhouette d’un dragon, la créature la plus puissante sur terre, mais son corps était entièrement fait de machines.

« Quoi !? Le Mecadra » Halbert, le premier à retrouver la raison, s’écria avec incrédulité.

Il s’agissait de l’énorme dragon mécanique partenaire de Silvan qui était apparu dans l’émission Overman Silvan diffusée dans le Royaume. Debout sur ses pattes arrière, le Mechadra avait poussé un rugissement, puis il avait couru vers Ooyamizuchi, en produisant des vagues sur son passage.

☆☆☆

Chapitre 10 : Dragon mécanique -bataille finale-

Partie 1

Le squelette du dragon qui avait servi de base pour créer Mechadra provenait d’un spécimen beaucoup plus grand que Ruby, et il était conçu pour un mouvement bipède et non quadrupède (comme le Mech Godzilla), de sorte que le dragon mécanique semblait beaucoup plus grand que Ruby. En plus de cela, le Mechadra était armé jusqu’aux dents aujourd’hui. La masse supplémentaire de ces équipements rendait son mouvement plus lourd que d’habitude, mais le Mechadra se tenait sur le chemin d’Ooyamizuchi, bloquant la tête de la créature avec une prise solide.

Sur le plan de la taille, c’était comme la différence entre un sanglier et un Shiba Inu, mais c’était le même Mechadra qui avait le pouvoir de lancer un rhinosaurus sur Overman Silvan. Le mouvement vers l’avant d’Ooyamizuchi était manifestement en train de ralentir.

« Grand-mère, le Mechadra a pris contact avec l’ennemi ! » Juna, qui regardait depuis l’Albert II, l’avait dit à Excel. « Envoyons l’autre bateau. Nous devons l’amener jusqu’au Mechadra. »

« Parles-tu de ce bateau bizarre ? OK. »

« Oui. Envoyez un message à tous les navires ! Nous envoyons un navire par l’arrière ! S’il vous plaît, dégagez-lui la voie ! »

Avec la permission d’Excel, Juna avait donné l’ordre par le tube parlant. Une fois qu’elle eut terminé, Excel plaça une main sur l’épaule de Juna.

« Nous avons maintenant déployé tout ce qui est à notre disposition. »

« … Oui. Tout est sur la table maintenant, » dit Juna, en posant sa propre main sur celle d’Excel. « C’est vraiment notre dernier atout. »

 

◇◇◇

~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ !!

Ooyamizuchi hurla. Elle frappa le Mechadra avec ses tentacules, en essayant de repousser le dragon mécanique, mais le Mechadra n’avait pas lâché le cou de la bête. Au lieu de cela, il avait riposté avec sa morsure d’acier. Les soldats de l’Union du Royaume et de l’Archipel avaient regardé avec le souffle coupé la bataille soudaine entre la bête des mers et le dragon mécanique.

« Génial ! Merde, ce dragon argenté est cool ! »

« Qu’est-ce que c’est… ? Est-ce que c’est la réalité que je vois… ? »

« Ha, ha ! Ha, ha, ha… »

Certains avaient applaudi, d’autres étaient restés là, incrédules, et d’autres encore avaient simplement ri sèchement — leur cerveau étant incapable de suivre ce qui se passait sous leurs yeux. Les réactions avaient été diverses, mais les hommes n’avaient pas eu le temps de s’arrêter de penser trop longtemps.

« Hein ? ! Gardez les mains en mouvement ! Reprenez l’attaque ! »

« Trouvez un moyen d’achever la bête pendant que le dragon d’argent la fait patienter ! »

Les commandants du côté de l’Union de l’archipel criaient. Quand il avait vu que la flotte de l’Union de l’archipel avait repris l’attaque, Halbert avait donné des ordres à l’unité de cavaliers-wyvernes.

« Nous allons aussi recommencer à attaquer ! Je suis presque sûr que vous le savez tous, mais ce dragon d’argent, le Mechadra… est de notre côté ! Assurez-vous de ne pas le toucher ! »

« « « Oui, Monsieur ! » » »

Le Mechadra et la flotte de l’Union de l’archipel avaient pour tâche de s’occuper des attaques rapprochées tandis que l’équipe de cavalerie-wyverne allait faire diversion. Ils allaient lancer des attaques au feu, alors que la flotte du Royaume allait fournir des tirs de soutien. Peu importe la grandeur d’Ooyamizuchi, elle serait toujours blessée par cette attaque ciblée, et un certain nombre de ses tentacules ne bougeaient plus.

Ruby décida que son heure était venue de briller, et elle cracha ses flammes de toute sa force pour brûler un tentacule sur le champ.

« Ça vous a plu ? ! »

« Ne baisse pas ta garde, Ruby ! Il y a un autre tentacule qui arrive ! »

« Augh ! C’est juste l’un après l’autre ! »

Ruby se prépara à intercepter le tentacule arrivant vers elle, mais un bruit de déchirement se fit entendre alors qu’un éclair de lumière bleue le transperça. L’appendice s’était figé, en convulsant, avant de s’effondrer dans la mer. Halbert et Ruby avaient levé les yeux dans la direction d’où venait la lumière, pour voir Naden avec Souma sur le dos, flottant dans l’air tandis que des étincelles d’électricité bleu pâle jaillissaient d’elle.

« Souma !? Que fais-tu en première ligne !? C’est dangereux ici ! » cria Halbert après avoir fait voler Ruby à côté de Souma et Naden.

« Je n’avais pas vraiment le choix, » répondit Souma en pointant le Mechadra. « Le cou du Mechadra est long et le champ de vision est instable, il est donc difficile de voir les environs avec la conscience que j’y ai transférée. C’est beaucoup plus facile à contrôler si je suis dans un endroit qui me donne une perspective de haut en bas. »

« Mais tu es ici sans garde. Tu vas encore mettre tes femmes en colère contre toi, tu sais ? »

« Je me suis habitué à ça… Bref, Hal, j’avais une question à te poser, » dit Souma avec un air sérieux. « Y a-t-il un endroit où la carapace d’Ooyamizuchi semble s’affaiblir ? »

« S’affaiblir ? Veux-tu dire, quelque part où elle est endommagée ? »

« Si je me souviens bien, je pense que le bombardement du Royaume a endommagé la carapace d’Ooyamizuchi du côté opposé à celui que nous regardons — ce serait le côté droit du point de vue d’Ooyamizuchi. Cependant, c’est peu profond, et je doute que cela ait causé des dommages internes, » déclara Ruby.

« OK, » répondit Souma, en fermant les yeux pour se concentrer. Halbert avait été choqué.

« H-Hey. Pourquoi fermes-tu les yeux ? »

« Je vais utiliser l’équipement supplémentaire du Mechadra sur cette vulnérabilité pour ouvrir cette coque. »

« Du matériel supplémentaire ? »

« Désolé. Je dois me concentrer, alors soutenez-moi, voulez-vous bien ? »

En bas, le Mechadra s’était mis à distance d’Ooyamizuchi, en soulevant des vagues alors qu’il tournait vers le côté gauche d’Ooyamizuchi. Bien qu’il ait été frappé par les tentacules qui se tortillaient, le Mechadra avait forcé son passage pour se rapprocher et il s’était appuyé contre le flanc de la bête. Sa tête bougeait beaucoup, sans doute pour chercher les dégâts dont Ruby avait parlé.

« … J’ai trouvé ! Voilà l’endroit ! » déclara Souma, les yeux encore fermés. Puis le Mechadra avait tendu le bras droit (jambe avant), et il avait placé sa main près de la faiblesse. Alors que Halbert et les autres regardaient, se demandant ce qu’il essayait de faire, le dragon mécanique plaça sa main gauche sur son bras droit étendu (jambe avant).

« Hum, si je me souviens bien… Je pense que c’est comme ça que je dois faire… OK ! » Les yeux de Souma s’ouvrirent et il cria, « Gooooo — . »

Kaboom ! Le grondement d’une explosion avait couvert le cri de Souma. On aurait dit une explosion, un bruit métallique et un bruit d’écrasement qui se chevauchaient tous, et Halbert ne pouvait s’empêcher de se couvrir les oreilles.

 

 

~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ !!

Elle hurla en se tordant. Ooyamizuchi souffre-t-elle ?

« Quel était ce bruit à l’instant ? ! »

« Tiens, prends-en un autre ! Prends ça ! »

Souma cria sans s’arrêter pour répondre à la question de Halbert, et le Mechadra tendit cette fois le bras gauche (jambe avant) et posa sa main au même endroit. Puis, après avoir tenu son bras gauche avec sa main droite et fait quelque chose pour le manipuler, il y avait eu une autre explosion. Ooyamizuchi avait gémi alors qu’elle se tortillait, balançant son long et épais cou pour frapper le Mechadra, le faisant trébucher en arrière à la suite de l’impact.

Remarquant que quelque chose de pointu dépassait des bras de Mechadra, Halbert demanda. « Qu’est-ce que c’est que ces pieux de fer ? »

« C’est la première pièce d’équipement supplémentaire que nous avons conçue spécialement pour combattre Ooyamizuchi — un lance-pieux tirés par de la poudre à canon, » répondit Souma.

Permettez-moi de vous expliquer…

Comme des os de dragon étaient utilisés dans sa construction, pour des raisons diplomatiques, l’utilisation militaire du Mechadra avait été limitée, mais en pensant que le dragon mécanique serait un outil efficace contre un monstre géant, Souma avait fait appel à Genia, la Surscientifique, et à Trill, la Princesse de l’Empire, pour produire des pièces motorisées pour lui.

Cependant, si la capacité de Souma, le Poltergeist vivant, lui permettait de déplacer des poupées ou des marionnettes comme si elles étaient des êtres vivants, il ne pouvait pas manipuler les parties internes séparément. Pour donner une analogie humaine, c’était comme si vous pouviez bouger votre corps, mais que vous ne pouviez pas contrôler librement vos organes internes. Même s’ils mettaient un canon sur le Mechadra, il ne serait pas capable de le tirer, ou de le recharger. Ce genre d’armement devait être fixé à l’extérieur, pour que le Mechadra puisse lui-même le manipuler.

L’une des pièces d’équipement supplémentaires qu’ils avaient imaginées était le lance-pieux. La force explosive de la poudre à canon était utilisée pour projeter vers l’avant un énorme pieu métallique, créant ainsi une arme à courte portée qui pouvait être utilisée pour des attaques pénétrantes uniques. Elles étaient installées dans les deux bras du Mechadra, et nécessitaient que le bras opposé appuie sur un bouton pour les mettre à feu. De plus, comme le Mechadra ne pouvait pas réarmer le lance-pieux lui-même, c’était une arme qui ne pouvait être utilisée qu’une fois par sortie, pour un total de deux fois, en comptant les deux bras.

C’était une arme difficile à utiliser, mais c’était comme tirer avec un canon à bout portant, donc c’était incroyablement puissant. À première vue, la petite rupture s’était agrandie après avoir été frappée deux fois avec les pieux. Un peu plus, et cela pourrait percé jusqu’à l’intérieur.

« Juste un peu plus ! Si elle a envoyé Mechadra, ça veut dire… » Souma se retourna pour regarder la mer derrière lui.

Il y avait un bateau qui venait vers le Mechadra, coupant l’eau comme un couteau, mais aucune créature marine ne le tirait. Au lieu de cela, deux objets coniques étaient attachés à l’avant, tournant comme ils séparaient les vagues. C’est bien Juna. Son timing est impeccable.

« Qu’est-ce que c’est ? » demanda Halbert à Souma, en clignant des yeux.

« C’est un brise-glace — un navire qui brise la glace devant lui lorsqu’il avance. Le produit des souhaits de Kuu, et de la ténacité de Trill. »

Le Royaume, l’Empire et la République avaient travaillé ensemble pour mettre au point une foreuse. En appliquant son mécanisme de rotation à deux endroits, ils avaient pu concevoir un prototype de brise-glace avec des foreuses fixées à l’avant pour briser la glace, et une hélice à l’arrière pour fournir une poussée. C’était comme le Garinko de l’ancien monde de Souma, mais avec les foreuses qui dépassaient à l’avant.

« Hal, j’ai juste besoin d’un moment, alors attire l’attention d’Ooyamizuchi ! »

« D’accord. J’ai compris. OK, bande de voyous, on y va ! »

Halbert dirigea l’équipe de cavaleries-wyvernes pour attaquer Ooyamizuchi.

Pendant ce temps, Souma avait fait battre en retraite le Mechadra et s’était dirigé vers le brise-glace. Une fois qu’il s’était approché, le Mechadra s’était abaissé jusqu’à ce qu’il soit caché sous la surface de l’eau, puis le brise-glace était passé dessus. L’équipage s’était préparé à quitter le navire après avoir fini leur mission, tandis que Souma et Naden observaient de loin.

« Je n’aurais jamais deviné qu’on y installerait une perceuse… »

« Je sais que ce dragon est mort, mais je suis sûr qu’ils n’ont jamais pensé qu’ils finiraient comme ça… »

Nous avions tous les deux dû tirer notre chapeau à la ténacité de Trill. Lorsqu’elle avait vu le Mechadra pour la première fois dans l’atelier du donjon, elle avait été enthousiasmée par la taille de celui-ci.

Puis, comme le Mechadra avait été créé par Genia, qu’elle aimait et respectait, Trill avait décidé d’y ajouter sa propre création — la foreuse. Naturellement, comme il y avait des limites à ce que nous pouvions faire avec le Mechadra compte tenu de notre relation avec la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon, Genia avait hésité, mais Trill avait continué à demander. Finalement, Genia s’était apparemment aussi ralliée à l’idée, et elles avaient commencé à réfléchir aux moyens de l’équiper avec une perceuse.

Lorsque Souma leur avait demandé de l’équipement supplémentaire pour combattre Ooyamizuchi, elles avaient déjà imaginé le plan d’y attacher le brise-glace. Comme le brise-glace était encore un prototype, il ne pouvait pas voyager loin, mais le duo de scientifiques déviants était allé jusqu’à le reconcevoir comme une pièce d’équipement supplémentaire pour le Mechadra.

Une fois le brise-glace installé sur le dos du Mechadra, l’équipage avait mis en marche les foreuses et abandonné le navire, puis il avait donné le signal de fin d’alerte à Souma et aux autres. Quand il avait vu ça, Souma avait levé sa main droite vers le ciel et avait fait se lever le Mechadra.

« OK, c’est l’équipement que la volonté de Trill nous a procuré ! Voyons voir s’il peut faire un trou dans cette grosse coquille ! »

☆☆☆

Partie 2

Le Mechadra marcha vers Ooyamizuchi avec des pas lourds, portant la foreuse sur son dos. Puis, tournant autour d’Ooyamizuchi alors que la bête était distraite par l’équipe de cavalier-wyvernes, le dragon mécanique baissa la tête et il avança son épaule comme un joueur de rugby, puis il enfonça le foret tournoyant dans le point de rupture de la coquille d’Ooyamizuchi.

Un instant plus tard, il y eut un gémissement mécanique, et un bruit d’ébréchure qui ne ressemblait à rien auparavant.

~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ !!

Ooyamizuchi s’était mise à hurler d’angoisse. Des éclats de sa coquille brisée étaient tombés dans la mer avec de fortes éclaboussures. Sa coquille s’effritait progressivement.

« … Est-ce que ça va marcher ? » Souma se le murmura à lui-même.

Très vite, la rotation de la foreuse s’était progressivement ralentie, puis elle s’était complètement arrêtée. Comme il s’agissait d’une arme qui avait été faite à la hâte sans avoir eu le temps de faire un essai sur le terrain, elle avait dû tomber en panne à cause de la dureté de la carapace d’Ooyamizuchi.

Puis Ooyamizuchi avait mordu la tête du Mechadra et avait tiré. Cela avait déséquilibré le Mechadra, et il était tombé dans la mer avec un énorme éclaboussement.

« Bon sang ! On y était presque ! » Souma s’était tapé le genou de frustration.

« Regarde, Souma ! Il y a une grosse brèche dans sa coquille, et on voit la viande à l’intérieur ! » déclara Naden, en montrant la rupture avec son museau.

En regardant, Souma pouvait voir qu’il y avait un grand trou dans la coquille, et que la chair de la créature était visible à travers. Ce n’était pas une blessure mortelle, mais l’attaque du Mechadra n’avait pas encore achevé Ooyamizuchi.

Halbert avait élevé Ruby aux côtés de Souma et Naden.

« Vous disiez que ses parties les plus vitales sont à l’intérieur de la coquille, n’est-ce pas ? Concentrons notre attaque là et finissons-en pour de bon cette fois-ci ! »

« … Oui, c’est logique, Hal » Souma avait décidé de changer de rythme. « Concentrons notre puissance de feu. Je vais amener le Mechadra sur le côté gauche d’Ooyamizuchi et empêcher la bête de bouger, donc vous dirigez l’équipe de la cavalerie-wyverne pour attaquer cette section exposée. Quant à Excel… si elle a regardé ça au télescope, elle devrait aussi concentrer ses attaques sur cet endroit. »

« J’ai compris. Qu’allez-vous faire tous les deux ? Retourner à l’Albert II ? » demanda Halbert, mais Souma secoua la tête.

« Non. À partir de là, il sera plus rapide de se diriger directement vers le Roi Dragon plutôt que de revenir vers Albert II. Naden et moi allons aller voir le Roi Dragon à neuf têtes et lui demander d’attaquer aussi cette section exposée. Donne-nous un peu de ta cavalerie-wyverne comme escorte. »

« Très bien… Fais attention, tu entends ? Tes enfants sont encore jeunes. »

« Je te le rends également. Tu ne veux pas mourir avant de voir le visage de ton propre enfant, n’est-ce pas ? »

Après avoir évacué une partie de la tension avec ce badinage désinvolte, Souma et Halbert s’envolèrent chacun dans leur propre direction pour accomplir leurs prochaines tâches.

 

◇ ◇ ◇

La bataille avec Ooyamizuchi entrait enfin dans sa phase finale.

Le Mechadra tenait Ooyamizuchi en place pendant que la flotte du Royaume tirait avec ses canons, que l’Union de l’Archipel tirait ses canons à chien-lion, ses arcs et sa magie, et que l’équipe de cavalerie-wyvernes déclenchait ses attaques de feu dans la faille de la carapace, augmentant la profondeur de la blessure. C’était une offensive générale.

Le trou saignait constamment. Ses tentacules, qui se battaient autrefois, avaient perdu de leur vigueur, preuve qu’Ooyamizuchi s’affaiblissait constamment.

« Hmm. Ce doit être notre chance. »

La force des tentacules ayant disparu, les soldats pouvaient désormais escalader Ooyamizuchi. Shima Katsunaga, le féroce commandant des forces de l’Union de l’Archipel, tenait son odachi bien haut et donnait des ordres.

« Assez avec les tentacules ! Maintenant, on frappe le corps principal ! Après moi ! »

« « « Yeahhhhh! » » »

Sur ordre de Shima, les hommes de la mer s’étaient jetés sur le corps d’Ooyamizuchi. Ceux qui avaient une grande capacité de saut bondissaient sur la carapace, tandis que ceux qui n’en avaient pas avaient utilisé des grappins pour grimper. Ce style de combat était une spécialité des soldats de l’Union de l’archipel qui avaient utilisé ce genre de tactiques de type pirate lors de l’abordage de navires ennemis.

Les féroces guerriers de l’Union de l’Archipel avaient escaladé ça les uns après les autres, comme des assiégeants rivalisant pour être les premiers à franchir le mur en escaladant le dos d’Ooyamizuchi. Voyant cela, la flotte du Royaume avait cessé de tirer et avait envoyé le corps des Marines. L’équipe de cavalerie-wyverne avait soutenu l’équipe d’escalade tout en lançant ses propres attaques contre le point de rupture.

Ayant atteint le sommet en premier, Shima se dirigea vers le point de rupture et fit pivoter son odachi. Il causa une légère blessure, mais cela avait été dévié avec fracas.

« Une lame ne fera pas l’affaire, alors… ? Hey. Tu as apporté une tige de métal, n’est-ce pas ? »

« … Oui, monsieur ! La voici. »

Shima prit la tige de métal qui avait nécessité deux de ses subordonnés pour la transporter jusqu’ici, et il l’avait saisie avant de la balancer de toutes ses forces dans la carapace de la créature.

« Hahhhhhh ! »

Il y avait eu une fissure retentissante. La carapace fissurée d’Ooyamizuchi avait cédé sous la force d’une attaque qui avait laissé ses mains engourdies. Un énorme morceau s’était détaché et était tombé dans la mer. Shima essuya la sueur de son front en la regardant tomber.

« Ouf… Ga, ha, ha ! Je savais que ce serait plus efficace, » dit-il en riant.

Puis une lance de feu était descendue du ciel pour frapper le centre de la rupture à quelques dizaines de mètres de là. Au moment où elle avait frappé, la lance de feu avait éclaté, arrachant la chair et provoquant un jaillissement de fluides corporels. Cette seule attaque avait fait se tordre d’angoisse Ooyamizuchi une fois de plus, et cela avait donné l’impression d’un tremblement de terre pour Shima et ses hommes. Lorsque les tremblements s’étaient calmés, ils avaient regardé le ciel et ils avaient vu un jeune homme aux cheveux roux qui chevauchait un dragon rouge avec une lance à la main.

« … Cela semble encore plus efficace, » marmonna Shima, la mâchoire ouverte.

Pendant ce temps, Halbert tenait une lance standard avec un regard aigri présent sur son visage.

« Fuuga aurait pu le terminer d’un seul coup… »

« Ne pleurniche pas ! » Ruby le réprimanda. « Il te faut terminer ce truc avant tout ! »

Après avoir réprimandé Halbert, elle avait lancé une boule de feu extralarge sur la blessure ouverte d’Ooyamizuchi. Les flammes avaient brûlé la chair, approfondissant la blessure.

L’assaut féroce se poursuivit à partir de là, et le point de rupture s’était élargi jusqu’à devenir une blessure mortelle. Plus ils s’enfonçaient, moins ils avaient l’impression de tuer un monstre, et plus ils avaient l’impression de creuser des trous dans une grotte faite de chair, mais leurs efforts étaient finalement sur le point d’être récompensés.

 

◇ ◇ ◇

~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ !!

Lorsque les soldats de l’Union de l’Archipel avaient déclenché les barils d’explosifs placés à l’intérieur du corps de la bête, il y avait eu une projection de sang plus importante que jamais, et la tête d’Ooyamizuchi était tombée dans la mer. La bête était toujours en train de se tortiller, mais elle n’avait plus la force de résister. Ce n’était qu’une question de temps avant qu’elle ne meure.

J’étais avec Naden, qui avait repris sa forme humaine, et je l’observais depuis le vaisseau amiral de la flotte de l’Union de l’archipel, le Roi Dragon.

« C’est fait maintenant, n’est-ce pas ? »

« Ouais… C’est fini. » J’avais fait un signe de tête. Puis, en poussant un grand soupir, j’avais dit. « Je ne sais pas, c’est plus triste que ce que je m’attendais. »

Je parlais avec Shana, le roi dragon à neuf têtes, qui se tenait à côté de moi.

« Je sais que d’innombrables civils ont été tués par ce kaiju, et qu’il y a aussi eu des victimes dans cette bataille, mais… Je ne sais pas comment décrire ce que je ressens en le regardant mourir comme ça. Cependant, j’ai un sentiment d’accomplissement et de soulagement, maintenant que cet incident est enfin résolu. »

« … C’est sûrement ce que l’on ressent lorsqu’un être vivant meurt. Cette chose mangeait des gens pour vivre. Nous l’avons détruite pour vivre. C’était pour la survie. Il n’y a ni bien ni mal à cela. »

Le roi Shana avait sorti de sa poche ce qui ressemblait à un ensemble de chapelets de prière et les avait frottés entre ses mains alors qu’il faisait face à Ooyamizuchi. Prie-t-il pour la créature alors qu’elle est morte ?

L’Union de l’archipel était comme un mélange de Japon à l’époque d’Edo et de Chine sous la dynastie Tang, donc peut-être avait-elle une perspective religieuse similaire à celle du pays dans lequel je vivais. C’était la première fois que je rencontrais le roi Shana en personne, mais malgré son visage sévère, il semblait comprendre la sentimentalité.

« … Je vais aussi prier. Je ne voudrais pas être maudit par cette chose. »

J’avais rassemblé mes mains et Shana avait ri.

« Vous marquez un point. Construisons un petit sanctuaire sur cette île et effectuons-y des rites une fois par an. Ainsi, nous pourrons réprimer l’esprit violent d’Ooyamizuchi et réconforter les âmes de ceux qui sont morts au combat. »

« … Je vais mettre les fonds nécessaires à sa construction, pour que vous puissiez aussi ériger un monument à la mémoire des gens du Royaume qui sont morts. »

« Bien sûr. »

Un sanctuaire… hein ? Quand j’avais entendu ce mot, j’avais pensé au nom d’Ooyamizuchi. Le nom même de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes vient d’une créature semblable à un serpent de mer qui avait neuf têtes et qui vivait dans ces îles il y a longtemps. Les habitants en étaient venus à le vénérer comme un dieu. Ooyamizuchi avait une tête de dragon de mer, ainsi que huit tentacules avec des pinces en forme de crabe à l’extrémité. Ces tentacules avaient l’air de grands serpents à travers le brouillard. En gros, selon la façon dont on le regardait, il pouvait sembler avoir neuf têtes. Si Ooyamizuchi est apparue dans un passé lointain, et que les habitants l’ont pris pour un serpent de mer à neuf têtes, alors le nom de ce pays aurait pu venir de…

Une fois que j’avais réfléchi aussi loin, j’avais secoué la tête pour dissiper l’idée. Ce n’était qu’une supposition de ma part, et essayer de relier Ooyamizuchi au Dragon à neuf têtes qu’ils vénéraient comme un dieu ne serait pas bien accueilli par les habitants de ce pays. S’il a existé auparavant, pourrait-il y en avoir un deuxième, ou un troisième... Ce ne serait pas drôle s’il y en avait un.

« … On dirait que c’est fini, » déclara le roi Shana.

Ooyamizuchi, effondrée avait finalement cessé de bouger. Après avoir confirmé la mort de la cible, les hommes qui étaient montés sur son dos avaient acclamé et s’étaient joint leurs bras pour chanter la chanson de la pêche. Le soleil commençait à se coucher. En entendant le chant de la pêche à la fin de la longue journée que nous venions de passer, je me sentais seul, d’une certaine manière.

Au milieu de tout cela, j’avais tapé des mains contre mes joues.

« … Il est trop tôt pour se détendre. Nous n’avons pas encore fini de nettoyer. »

« Après tout, nous ne pouvons pas vraiment laisser cette chose-là, » déclara le roi Shana en croisant les bras.

« Oui, » j’avais hoché la tête. « Si vous laissez pourrir quelque chose d’aussi gros, on ne sait pas quel effet cela peut avoir sur les environs. Nous devons le démanteler rapidement. »

Dans mon ancien monde, lorsque je regardais un programme qui montrait des vidéos choquantes, l’une d’entre elles montrait une baleine morte sur la plage qui avait été laissée trop longtemps, laissant du gaz s’accumuler à l’intérieur, qui avait explosé lorsqu’ils avaient essayé de la démanteler. Si nous laissions un énorme tas de viande comme ça se décomposer, qui savait quel genre de gaz il pourrait produire ? Cela pourrait rendre les gens malades et polluer la mer. Il fallait la rendre inoffensive le plus rapidement possible, et de préférence de manière à ce qu’elle puisse être utilisée à bon escient.

« J’ai un spécialiste dans ce domaine. »

« Souma ! » cria Naden, pointant vers la flotte du Royaume.

J’avais regardé dans la direction qu’elle pointait, et il y avait de nouveau une énorme boule d’eau au-dessus de l’Albert II. Excel avait dû le faire pour une transmission. L’image d’un homme ventru se reflétait dans la sphère aqueuse.

En toussant pour s’éclaircir la gorge, l’homme avait dit. « Euh… P-Peut-on m’entendre… ? C-C’est le ministre de l’Agriculture et des forêts du Royaume de Friedonia, Poncho Ishizuka Panacotta, oui. »

☆☆☆

Chapitre 11 : Grand pot -banquet-

« Tout d’abord, laissez-moi vous féliciter d’avoir tué Ooyamizuchi, oui. Cette victoire a été possible grâce à la coopération entre Leurs Majestés, et par extension, nos deux pays. Cependant, la situation n’est pas encore totalement résolue — il ne peut y avoir de paix dans l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes si nous ne nous occupons pas après coup des restes d’Ooyamizuchi. »

Dans ses mains, Poncho tenait le dessin d’Ichiha d’Ooyamizuchi. Il le montra en expliquant les dangers qu’il y avait à laisser le corps d’Ooyamizuchi intact.

« Maintenant que la bête redoutable est vaincue, il ne reste plus qu’un tas de viande. La viande pourrit. Si nous la laissons en place, cela va engendrer des insectes dont se nourriront les animaux sauvages. En se décomposant, elle dégagera une terrible odeur, et deviendra l’hôte de diverses maladies. Si cette viande pourrie entre en contact avec l’eau, elle la contaminera. Il y a aussi le cas des restes de dragons, qui, selon certains rapports, peut aussi devenir un dragon crâne si on les laisse sans rien faire. »

Les soldats qui s’étaient réjouis, pensant que la bataille était terminée, l’écoutaient dans un silence solennel. Cette situation n’était pas encore totalement résolue.

« Comme vous pouvez le déduire, nous devons nous débarrasser des restes d’Ooyamizuchi le plus rapidement possible. Je sais que vous devez tous être épuisés, mais j’aimerais que vous vous mettiez au travail immédiatement. C’est également le souhait de Sa Majesté Souma, oui. »

Les soldats des deux camps avaient abaissé leurs épaules en apprenant qu’ils allaient être affectés à une mission de nettoyage. Tout le monde était épuisé par l’intense bataille qu’ils venaient de mener, donc la réponse était attendue. Annoncer qu’il y aurait du travail physique après le combat ne remonterait pas le moral.

Poncho avait eu des sueurs froides en poursuivant avec un sourire. « Je sais comment vous devez vous sentir, oui. Mais, tout le monde, c’est une bonne nouvelle ! Le plus grand expert en monstrologie, Sire Ichiha Chima, a étudié les différentes parties du corps d’Ooyamizuchi, et tout, sauf la coquille et la carapace, est fait de matériaux comestibles. J’ai entendu dire qu’ils sont aussi assez délicieux, oui. »

En entendant le mot « délicieux », les soldats s’étaient levés. Après une bataille aussi intense, ils étaient tous affamés. Avec le potentiel de bien manger, l’intérêt personnel avait pris le dessus, et les restes devant eux avaient soudainement commencé à ressembler à un énorme tas de trésors.

« Je vais vous expliquer comment le démanteler maintenant. Je sais que vous devez tous être fatigués, mais je vous en prie, occupez-vous-en pour nous, oui. »

Une fois que le Poncho projeté avait baissé la tête, une boule d’eau avait été créée au-dessus du Roi Dragon, et les images de Shana et Souma y étaient apparues. Chacun d’eux donna l’ordre à son propre camp.

« Vous l’avez entendu. Nous sommes des hommes de la mer ici dans l’Union de l’Archipel. Nous rendons grâce à la mer maternelle, ne gaspillant rien des poissons que nous attrapons ou des bêtes que nous chassons. C’est notre mode de vie ! »

« Nous avons fait tout ce chemin, alors allons jusqu’au bout. Une fois les disparus retrouvés et les blessés soignés, suivez les instructions de Poncho, et mettez-vous au travail ! »

Les deux rois ayant donné l’ordre, tout le monde s’était mis à l’ouvrage avec un « Yeahhhh ! »

Ce qui avait commencé comme une bataille grotesque de flottes s’était transformé en une chasse aux monstres, et il était temps de faire la cuisine avec un Kaiju. Simultanément, c’était aussi le début de la plus longue période de travail pour les soldats des deux nations.

 

◇ ◇ ◇

« D’abord, veuillez enlever la tête et les tentacules. Ils seront dans le chemin du démantèlement du corps jusqu’à ce qu’ils soient enlevés, ce qui rendra cela inefficace, donc j’aimerais que vous vous divisiez en une équipe pour la tête, huit pour les tentacules, et une pour le corps, oui » dit Poncho, en lui transmettant les instructions par le simple récepteur.

En entendant cela, Excel avait crié dans le microphone de l’Albert II : « Il dit qu’il veut qu’on lui retire la tête et les tentacules ! »

Elle devait fournir un effort considérable pour maintenir la boule d’eau, c’est pourquoi ils étaient passés à cette méthode de transmission. À présent, les soldats des deux pays s’attaquaient désespérément aux racines des tentacules d’Ooyamizuchi avec leurs épées.

« Hahhhhhhh ! » Aisha frappa en poussant un cri perçant, et son attaque créa un grand creux dans la racine du tentacule. Cependant, bien que les tentacules aient cinq mètres de diamètre aux extrémités, ils étaient deux fois plus larges à la base, et même Aisha ne pouvait pas couper à travers en une seule fois.

Sur l’un des autres tentacules, plusieurs hommes travaillaient ensemble pour y creuser un trou. Ils remplirent après ça l’espace avec de la poudre à canon, puis le dynamitèrent avant de creuser un autre trou pour répéter le processus. C’était un travail lent. Même s’ils avaient réussi à le sectionner de cette façon, c’était toujours un tentacule aussi massif que le corps de Naden. Il fallait le briser et lui arracher la carapace.

Réalisant que ce n’était pas un travail d’un ou deux jours, les soldats avaient commencé à en avoir marre.

En essuyant la sueur de son front après qu’elle ait fini de sectionner un tentacule, Aisha soupira et elle déclara. « … Ouf. Je pense que je vais faire une petite pause. »

En la remarquant, Souma s’était écrié. « Oh, hé, bon travail là-bas, Aisha. »

Il y avait plus de dix grandes casseroles sur les poêles, et Souma et Juna étaient occupés à en remuer une.

« Siiiiire, j’ai faim, » Aisha s’était plainte.

« J’ai compris. Quelle saveur veux-tu ? »

« J’aimerais un bol à amas aromatisé au miso. »

« … Tu sais, si tu manges trop de la même chose, tu vas en avoir marre. On va avoir le même genre de choses pendant des jours, » déclara Juna.

« Ce n’est qu’une préoccupation secondaire. Pour l’instant, je veux juste me mettre quelque chose dans le ventre. »

Souma grimaça un peu devant le regard affamé d’Aisha. « Ah ha ha… C’est vrai. Juna, donne-lui un bol à saveur de miso. »

« Cela arrive ! »

Juna transféra une partie du contenu de la marmite dans un bol en bois et elle le donna à Aisha, qui était ensuite allée s’asseoir sur la plage. Elle commença aussitôt à la dévorer.

Une fois son appétit quelque peu rassasié, entre deux bouchées, Aisha demanda à Souma : « Mmph… Ça a bon goût, mais quelle partie est-ce ? »

« En ce moment, nous sommes en train de faire mijoter les fragments qui se sont détachés pendant le processus de démantèlement, » expliqua Souma, qui avait pris place à côté d’Aisha. « Cela vient des tentacules et de la tête. »

En ce moment, ils ramassaient et faisaient bouillir les parties retirées des tentacules de pieuvre et de la tête de dragon de mer. On le faisait mijoter dans ces marmites avec des produits locaux de l’Union de l’Archipel, ou des légumes et du riz apportés du Royaume.

Les soldats avaient continué à le découper jusqu’à épuisement. Quand ils avaient faim, ils faisaient des pauses pour manger. Une fois qu’ils étaient rassasiés, ils reprenaient le travail. Cela se répétait. Pour éviter que cela ne devienne trop ennuyeux, ils changeaient la recette et aromatisaient la soupe avec du miso, de la sauce soja et d’autres choses du Royaume. Comme il n’y avait pas assez de cuisiniers, Souma avait également aidé.

« Nous utilisons les restes maintenant, mais les tentacules et la viande peuvent être en grande partie séchés et conservés. Dans peu de temps, nous allons surtout faire cuire les organes. Mais Poncho dit qu’ils doivent aussi être savoureux. »

« Mais Ooyamizuchi mangeait des gens, non ? » intervint Juna, assise à côté de Souma. « Est-ce qu’on peut toujours manger sans danger ? »

« Oui. C’est pourquoi nous incinérons les organes buccaux et digestifs. J’aime la langue et les tripes quand je vais faire du yakiniku, mais par contre… »

« La langue ? Tripes ? »

« Ahh, tu peux ne pas tenir compte de cela. Je parle juste de mon ancien monde. Bref, j’ai pensé à extraire quelque chose des parties que nous ne pouvions pas manger, mais vu qu’elles sont au moins partiellement composées d’humains digérer… J’ai décidé que les incinérer me semblait approprié. »

« Je comprends pourquoi… »

Pendant qu’ils discutaient, Halbert était venu avec Naden et Ruby qui le suivaient.

« Souma, on dirait que c’est à nous de jouer, » déclara Naden. « Ils veulent que tu déplaces le Mechadra. »

« … C’est vrai. Bon, je suppose que je vais alors y aller, » déclara Souma.

« Oh ! Sire. Je vais donc venir avec toi… » Aisha avait fait sa demande, se remettant rapidement sur pied.

« Ne penses-tu pas que tu as travaillé assez dur ? Tu devrais te reposer un peu plus longtemps. »

Se levant, Souma dissuada Aisha de venir comme garde du corps et il partit avec les trois autres.

 

◇ ◇ ◇

« Maintenant, en ce qui concerne le corps, je m’attends à ce que la coquille soit une gêne. »

« Avec un mollusque vivant, vous pouvez le faire bouillir ou frire pour que la coquille s’ouvre, mais selon l’analyse d’Ichiha, cette chose n’est pas conçue pour s’ouvrir. Je pense qu’il faudra un effort considérable pour le forcer. »

« C’est pourquoi nous allons commencer par coucher le corps d’Ooyamizuchi sur le côté et retirer le fond de la carapace, la partie qui ressemble au plastron d’une tortue. Le plastron et les parties charnues dont les tentacules sortants devraient pouvoir être coupés. Je pense que le Mechadra et les dragons devraient être assez grands pour accomplir cette tâche.

« Une fois que c’est fait, veuillez prélever tous les organes, oui. »

En suivant les indications de Poncho, je chevauchais sur la tête de Naden — parce que je ne voyais pas devant moi quand elle se tenait sur ses pattes arrière si j’étais sur son dos — et Halbert était sur Ruby. Simultanément, j’appelais et contrôlais aussi le Mechadra, donc il y avait maintenant une ryuuu, un dragon et un dragon mécanique aligné et s’approchant d’Ooyamizuchi. C’était un spectacle à ne pas manquer.

« Poncho disait qu’il voulait qu’on le fasse tomber sur le côté, mais ça va être assez dur, » avais-je ronchonné, et Hal avait hoché la tête.

« Cette chose est comme une montagne. Mais on doit quand même le faire, non ? »

« Bon sang. C’est nous qui faisons le vrai travail ici. »

« J’espère que tu feras quelque chose pour te rattraper plus tard. »

Naden et Ruby se plaignaient toutes deux.

« Je déplace le Mechadra, et les dragons de mer aideront aussi à tirer, d’accord, Naden ? »

« Je le sais, mais où est le mal à me laisser cajoler un peu ? »

Des chaînes s’étendaient du dos d’Ooyamizuchi vers l’eau où les dragons de mer qui tiraient auparavant les navires de guerre étaient attachés à l’autre bout. Quand on poussait, ils tiraient de l’autre côté.

En regardant en bas, j’avais vu un soldat en bas qui nous faisait signe. « On dirait que tout est bon en bas. OK, commençons. »

« Compris. »

« « Oui, monsieur ! » »

Naden, Ruby et le Mechadra avaient placé leurs pattes avant contre la carapace d’Ooyamizuchi, maintenant sans tête et sans tentacule.

« Prêt… Allez ! »

Le corps d’Ooyamizuchi avait tremblé pendant que les trois créatures s’y cramponnaient. Au même moment, les dragons de mer dans l’eau avaient commencé à tirer.

« Prêts, partez ! » Bruit sourd.

« Ho, Hisse ! » Bruit sourd.

« Donnez du pep ! » Bruit sourd.

« Une fois de plus ! » Bruit sourd.

Alors que je criais des ordres, le corps avait lentement commencé à s’incliner.

« Hein ? ! Ça tombe d’un coup ! » Je savais qu’ils avaient vérifié qu’il n’y avait personne dans le chemin, mais j’avais crié juste pour être sûr.

Bientôt, il y eut un grand bruit sourd, et le corps d’Ooyamizuchi tomba sur le côté, projetant de l’eau de mer et du sable. À cet instant, les soldats s’étaient mis à applaudir et à acclamer sans raison valable. Ils étaient probablement excités de voir cet objet gargantuesque se renverser. C’était peut-être comme quand vous avez regardé une vidéo d’une éruption volcanique massive et que vous n’avez pas pu vous empêcher de dire. « Whoa, c’était génial. »

OK, maintenant la partie qui ressemble à un plastron avait été exposée. Nous avions suivi les instructions de Poncho pour l’enlever. Elle était massive, et il faudrait une éternité pour le faire de la même manière que nous avions fait pour les tentacules, donc à la place, Naden et les autres allaient déchirer les parties charnues avec leurs griffes et ensuite l’arracher. C’est là que les griffes de Mechadra, qui avaient été aiguisées en forme de lame, étaient devenues utiles. Elles étaient encore plus efficaces que celles de Naden pour déchirer la chair.

« Le Mechadra était censé être difficile à utiliser, mais il s’avère maintenant très utile, » commenta Naden, à moitié exaspérée. Tu peux le dire encore une fois, avais-je pensé en réponse.

Une fois le plastron retiré, ils avaient déchiré la chair molle à l’intérieur et avaient retiré les organes internes. C’était un peu dur de faire en sorte que Naden et Ruby s’occupent de cette partie, alors j’avais décidé de demander au Mechadra de le faire. Ce truc était vraiment utile pour s’occuper des créatures gargantuesques. Cependant, le Mechadra avait ma propre conscience à l’intérieur, et je me sentais malade, comme si je regardais constamment des images gore. J’avais eu besoin de faire plusieurs pauses pendant que je travaillais, donc ça prenait beaucoup de temps. Quoi qu’il en soit, j’avais fini de retirer tous les organes que je pouvais.

Je m’étais effondré sur le sol et je m’étais assis là à cause du choc psychologique. Naden m’avait regardé avec inquiétude.

« Ça va, Souma ? »

« … C’est peut-être la partie la plus épuisante de toute cette bataille. »

« Tu devrais te reposer. Allez, lève-toi. »

Naden m’avait aidé à retourner dans la zone où se trouvaient les autres. J’avais pensé que le spectacle sanglant dont je venais d’être témoin me dissuaderait de regarder de la viande pendant un certain temps, mais ma tête et mon corps avaient besoin de cette nourriture, alors j’avais commencé à manger dans un bol de soupe d’Ooyamizuchi.

« Mmm ! Juna, quelle partie as-tu utilisée pour cela ? »

« Nous donnons la priorité aux organes non digestifs. On m’a dit que c’était le cœur. »

« Le cœur, hein ? … Merde, c’est bien, » avais-je dit à contrecœur. Cela ne m’avait pas coupé l’appétit.

C’est ainsi que nous avions continué. Nous travaillions, mangions, puis travaillions et mangions encore — en faisant chacun notre tour jusqu’à ce que, trois jours et trois nuits plus tard, les restes d’Ooyamizuchi aient été entièrement démantelés. À ce moment-là, j’en avais tellement marre de voir des parties d’organes que je ne voulais plus jamais les revoir. À l’exception de quelques échantillons conservés à des fins de recherche, la viande d’Ooyamizuchi avait été transformée pour être consommée, ses écailles, ses os et sa carapace avaient été transformés pour servir de matériaux de construction, et les organes avaient été soit mangés, soit leur huile avait été extraite.

Une fois tout le travail accompli, l’Union du Royaume et de l’Archipel avait organisé un banquet pour célébrer le mort d’Ooyamizuchi et les relations amicales entre les deux pays. Cependant, comme il restait encore beaucoup de viande d’organes à consommer, le menu était encore une soupe d’abats. Cette fois, cependant, de l’alcool était également servi, de sorte que les soldats ne s’étaient guère plaints.

Halbert et Ruby participaient également à la fête, assis autour d’un feu de joie sur l’île d’Ikatsuru. Ils avaient été rejoints par Shima Katsunaga et son groupe.

« Hé, tu bois là, Rouge ? » demanda Shima en frappant vigoureusement Halbert dans le dos.

« Aïe… ! Retenez-vous un peu, voulez-vous ? »

Shima devait déjà être en état d’ébriété, car il lui avait répliqué d’un rire chaleureux, alors que son visage était d’un rouge vif.

« Je regardais les exploits du dragon rouge et de son chevalier depuis le sol ! Je n’aurais jamais deviné que vous étiez un couple si jeune ! »

« … On regardait aussi. Nous avons vu combien les hommes de l’Union de l’Archipel sont virils. »

« Ga ha ha !! Vas-y, prends un autre verre ! »

« Bien, bien… »

« Hé. Ne bois pas trop, d’accord ? » avertit Ruby alors que Halbert et Shima claquaient leurs verres ensemble. « Si tu deviens fou pendant que je te regarde, je ne saurai pas quoi dire à Kaede. »

« Je le sais, d’accord ? »

« Ga ha ha ! Quoi, Rouge ? Tes femmes vont-elles te fouetter ? Si tu te dis un homme, tu dois avoir les couilles de leur dire : “Taisez-vous et suivez-moi !” »

Shima avait suivi ce commentaire par un rire chaleureux.

« Halbert. N’allez pas prendre ce qu’il vient de dire au sérieux, » déclara une voix.

En se retournant pour voir de qui venait cette soudaine interjection, Castor était venu, une tasse de saké à la main.

« Puis-je me joindre à vous ? »

« B-Bien sûr ! Allez-y. »

Castor s’était assis dans l’espace qu’Halbert lui avait dégagé, puis il avait fixé Shima du regard.

« Les mots forts ont des émotions fortes qui se cachent derrière eux. Beaucoup de ceux qui vous diront qu’ils n’ont pas peur de leur femme sont plus effrayés que quiconque. J’en ai vu ma part dans l’armée de l’air. »

« … Hmph ! Qu’est-ce qui vous fait dire ça ? »

Shima avait gonflé sa poitrine, mais Castor avait juste pointé silencieusement derrière lui.

« Vos hommes sourient, vous savez ? »

« Quoiiii !? Bande de voyous ! »

Shima se retourna, son visage était encore rouge, mais ses hommes se hâtèrent de secouer la tête dans le déni. Réalisant trop tard qu’ils ne l’avaient vraiment pas fait, Shima avait réalisé qu’il était tombé dans le piège.

« On dirait que j’avais raison, » déclara Castor d’un air suffisant.

« Tch… »

« Je viens de reconnaître quelqu’un qui a la même odeur que moi, » dit Castor sur un ton moqueur. Il était le maître de maison, ou du moins ce qui semblait l’être, mais depuis qu’Accela était partie vivre avec Excel, il n’avait plus du tout pu tenir tête à sa femme.

Ayant plus ou moins compris cela, Shima se gratta le nez avec gêne bien visible. Si Souma était là, il aurait pensé : si un illusionniste devait montrer à ces gars la chose qui leur fait le plus peur, je parie que ce serait leurs femmes.

Les hommes qui étaient courageux, sauf quand il s’agissait d’affronter leurs femmes, s’étaient tous bien entendus, et Castor et Shima avaient partagé un grand nombre de verres. Une fois libéré de la pression, Halbert avait poussé un soupir de soulagement et avait tourné la tête vers Ruby qui était à côté de lui.

« Bon sang… Ces types de l’Uniion de l’Archipellllll sont gentils et tout, mais ils se laissent trop aller, tu ne crois pas, Ruby ? »

« Oui. Mais ce genre d’atmosphère ne te convient-il pas, Hal ? »

« Ha ha ha, eh bien, oui… Mais quand ça devient comme ça, Souma se fait entraîner dedans, et… oh, attends, Souma et tous les autres ne sont pas là maintenant, hein ? »

Quand il avait dit cela, Halbert avait regardé vers l’Albert II. Ruby lui fit un signe de tête.

« Oui. Naden et les autres sont sur le bateau pour une réunion avec les membres de la Chambre de Sha. »

« Une réunion… C’est vrai. » Halbert avait posé son verre. « Je parie qu’ils ne vont pas s’amuser, festoyer et boire comme nous ? »

☆☆☆

Chapitre 12 : Négociations -la ligue océanique-

Partie 1

Le hall principal à bord de l’Albert II était décoré d’un grand tapis et il y avait certaines peintures qui recouvraient les murs. Il ressemblait à un restaurant coûteux. La seule chose qui manquait était les lustres. Comme c’était un cuirassé, donc sujet aux secousses, l’éclairage de la salle était entièrement réalisé avec des lampes.

Juna, Excel et moi étions là pour représenter le Royaume, assis à une longue table, face au roi dragon à neuf têtes Shana, un homme qui était probablement un de ses proches collaborateurs, et à sa fille, la princesse Shabon, qui représentaient l’Union de l’archipel. Au fait, bien que Shana et Shabon aient pu se retrouver ici sur le bateau, ils étaient tous deux figés, ne sachant que dire, lorsqu’ils s’étaient vus.

La fille n’avait pas compris la détermination de son père, et celui-ci avait essayé d’empêcher sa fille de s’impliquer, mais cela s’était retourné contre lui. Cela les avait amenés à se battre dans différents camps. Il y avait beaucoup de choses à déballer là-dessus.

« Père… » Shabon avait réussi à se forcer à parler dans cette situation embarrassante.

Cependant, Shana avait fait un signe de la main pour la faire taire, et avait secoué la tête.

« Je suis désolé… Il y a des choses que je dois te dire, et je suis sûr que tu as aussi beaucoup à dire. Cependant, pour le bien de la population, je veux donner pour l’instant la priorité aux discussions avec Sire Souma. Je te promets de t’accorder du temps plus tard. »

« … Oui. » Shabon avait accepté de reprendre plus tard, peut-être qu’elle comprenait ce que ressentait son père.

Je leur avais été reconnaissant de l’avoir également reporté. Je ne pouvais pas m’immiscer dans les affaires d’une nation étrangère, surtout quand il s’agissait après tout d’un père et de sa fille.

Derrière nous se trouvaient nos gardes du corps Aisha et Naden, tandis que Kishun était derrière le roi Shana. Il n’y avait pas d’hostilité ici, pas besoin de se préparer à une éventuelle violence, mais l’air dans la pièce était encore un peu chargé. Pour vous donner une analogie, c’était comme la tension dans l’air avant que quelqu’un ne fasse une présentation importante — même les verres devant nous étaient tous remplis d’eau, pas de vin.

« OK, commençons, » avais-je dit, et tout le monde avait hoché la tête.

Nous avions expliqué aux soldats à l’extérieur que c’était une rencontre amicale, mais nous discutions en fait de ce qui se passerait après la bataille. Même à la lumière des circonstances, nos flottes n’étaient qu’à un demi-pas d’aller au combat. Si quelqu’un s’était précipité pendant ma guerre de mots grotesque avec le roi Shana… J’avais peur de penser à ce qui aurait pu se passer.

Les gens étaient d’humeur amicale à la suite d’une bataille commune contre un ennemi commun, ayant transpiré ensemble pendant les travaux de nettoyage, et ayant mangé dans les mêmes pots, mais si nous avions tracé la mauvaise voie à partir d’ici, les choses pourraient redevenir tendues.

 

 

« Permettez-moi de commencer par vous demander comment vous voulez résoudre ce problème, Sire Shana. »

« Je vais assumer toute la responsabilité et donner tout le mérite à Shabon. »

Les yeux de Shabon s’élargirent. J’avais posé une question directe, et Shana m’avait donné une réponse franche.

« Père ? ! Qu’est-ce que tu… ? »

« Vous dites que vous assumerez la responsabilité d'avoir créé des tensions avec le Royaume et de nous amener au bord de la guerre, tandis que Madame Shabon s’attribue le mérite de notre front commun réussi contre Ooyamizuchi ? » avais-je demandé.

Shana acquiesça en silence. Donc, cela signifie essentiellement…

« En prenant vos responsabilités, voulez-vous donc abdiquer et faire en sorte que Madame Shabon assume le trône ? »

« Non ! Père ne devrait pas avoir à abdiquer ! Pas quand je n’ai rien pu accomplir ! » Shabon s’était couvert le visage avec ses mains.

« Ce n’est pas ça. C’était le plan depuis le début, » expliqua Shana d’une voix calme, en plaçant ses mains sur les épaules de Shabon. « Je voulais en finir sans que tu saches la moindre chose, mais tu as agi selon tes propres idées, pour le bien du pays, et tu as pris contact avec Sire Souma. Cela a permis à Sire Souma d’amener plus facilement la flotte du Royaume sur nos terres, ce qui nous a permis de combattre ensemble. Notre peuple aura désormais une attitude plus positive envers le Royaume que ce que mon propre scénario aurait produit. Je t’ai fait subir beaucoup de choses. »

« Père… » Shabon avait levé le visage, seulement pour voir Shana lui sourire.

Il est vrai que la raison initiale pour laquelle j’avais envoyé la flotte du Royaume allait être « de mettre à terre la flotte de l’Union de l’archipel pour avoir constamment défendu des navires de pêche illégaux ». Même si nous utilisions le droit de la mer pour nous forcer à faire front commun, cette justification allait laisser des traces de rancune. Mais parce que Shabon était venue me voir, nous avions pu réécrire le scénario pour dire que « le roi de Friedonia est venu à la demande de la princesse Shabon. »

Excel avait fermé son éventail pliable.

« Alors, qu’en est-il de notre scénario commun ? “Afin de sauver le peuple de l’archipel du Dragon à Neuf Têtes, la princesse Shabon a risqué sa vie pour supplier le roi Souma d’envoyer sa flotte. Inspiré par sa détermination, le roi Souma a accepté avec joie d’envoyer des troupes. Cependant, lorsque la flotte du Royaume arriva sur les îles de l’archipel, elle fut prise pour des envahisseurs. Ils ont failli combattre la flotte de l’Union de l’archipel, mais après un signal de détresse fortuit, les deux flottes ont suivi le droit de la mer et ont combattu ensemble pour éliminer Ooyamizuchi”… Je pense que cela devrait être à peu près juste. »

« Ouais… »

Si nous en faisions un conte qui glorifiait Shabon, le peuple l’accepterait plus facilement et cela aiderait à justifier son règne plus tard. Certains des soldats qui avaient pris part à l’opération pourraient penser qu’il y a quelque chose de louche dans cette histoire, mais bien que nous ayons altéré la chronologie, plus de la moitié de ce que nous leur raconterions était vrai. Comme cette version des faits n’humiliait pas l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes, personne n’était susceptible de s’y opposer.

En voyant la rapidité avec laquelle Excel a donné une réponse satisfaisante, on peut vraiment voir qu’avec l’âge vient la sagesse.

« Sire, vous pensiez à quelque chose d’étrange à l’instant ? » demanda Excel.

« … Oubliez cette pensée. » J’avais détourné les yeux du sourire intense présent sur le visage d’Excel.

« Moi, monter sur le trône du Dragon à neuf têtes… ? Suis-je au moins qualifiée pour faire ça ? » demanda Shabon, en se tenant la tête.

Ayant été dans une situation similaire, cela m’avait fait mal de savoir comment elle se sentait.

« Madame Shabon, vous êtes venue dans le royaume pour arrêter Sire Shana et pour lutter contre Ooyamizuchi, n’est-ce pas ? N’étiez-vous pas prête à prendre l’archipel du Dragon à Neuf Têtes à sa place pour ce faire ? » demandai-je.

« J’étais prête à l’époque, mais… Je n’avais pas vu les vraies intentions de mon Père… »

« L’ancien roi m’a également cédé mon trône, je peux donc comprendre ce que vous ressentez. Même si cela vous semble être un fardeau, si vous ne continuez pas à marcher, les choses laissées par les gens avant vous seront toutes gâchées. Vous devez hériter de tout cela, et poursuivre le mouvement. »

« Hériter, et poursuivre… Alors, c’est ce que je dois faire, » Shabon leva son visage, semblant avoir trouvé sa résolution. Shana la regarda avec satisfaction.

Pour l’instant, au moins, nous avions une histoire commune que nous pouvions raconter. Il était maintenant temps de négocier.

« Le Royaume a alors collaboré avec votre pays pour combattre Ooyamizuchi. À l’exception des échantillons de recherche, les éléments d’Ooyamizuchi doivent être considérés comme la propriété de l’Union de l’archipel, et utilisés pour aider à la reconstruction. Cela donne l’impression que le Royaume gère une œuvre de bienfaisance ici. Je sais que l’on peut dire que si nous laissons Ooyamizuchi pourrir, cela causera aussi du tort à notre pays, mais nous avons eu des victimes. Je risque de donner l’impression que je nous ai mis la tête sous l’eau juste pour faire une bonne action. J’aimerais éviter cela. »

J’étais venu directement au sujet et je l’avais expliqué à Shabon qui avait affiché un regard empli de doutes.

« … Essayez-vous de dire quelque chose ? »

« Je dis que je veux une sorte de profit pour le Royaume. Si je peux montrer qu’il y avait une bonne raison d’aider l’Union de l’archipel, il sera plus facile de persuader les soldats et mon peuple, et en retour, cela aidera à construire des relations amicales entre nos deux pays. »

« Le profit, c’est ça ? Cependant, mon pays n’a pas une grande marge de manœuvre financière…, » déclara Shabon.

« Je ne demanderai pas d’argent, bien sûr, qui ne ferait que nuire dans cette situation à l’opinion des gens sur le Royaume. Au contraire, je veux que vous acceptiez certaines de nos demandes. Mais je crois que j’ai déjà abordé l’une d’entre elles avec vous, n’est-ce pas, Sire Shana ? »

Je l’avais regardé, et Shana avait fait un signe de tête.

« Vous vouliez formaliser le droit de la mer et former une alliance maritime basée sur celui-ci, n’est-ce pas ? » demanda Shana.

« C’est vrai, » avais-je dit en faisant un grand signe de tête. « Lorsque nous avons résolu cette affaire, nous avons évoqué le droit de la mer pour obliger les deux flottes à travailler ensemble. Mais à l’heure actuelle, ce que nous appelons le “droit de la mer” n’est qu’un contrat oral. Il peut sembler inébranlable aux hommes de la mer, mais pour tous les autres, il est facilement rompu. J’aimerais qu’il soit officialisé sous la forme d’un traité international. »

Le droit de la mer était simplement une coutume. Si quelqu’un ne se souciait pas de sa réputation, il pouvait facilement le briser. Je voulais en faire un traité formel entre le Royaume et l’Union des archipels afin d’éviter cela. Une fois que nous aurions conclu un tel accord, nous pourrions l’utiliser comme un précédent pour convaincre d’autres pays de le reconnaître en tant que droit international. Au moins, l’Empire et la République s’y associeraient.

« L’autre raison pour laquelle les deux flottes ont pu former un front commun est que vous et moi, les chefs des deux pays, étions présents. Comment cela se serait-il passé s’il n’y avait eu que nos commandants ? Ils auraient dû nous contacter pour confirmer ce qu’il fallait faire, et cela aurait pris encore plus de temps. Nous devons partir du principe que les navires des deux pays connaîtront des incidents dont nous ne serons pas informés, et je veux que des accords soient mis en place pour les gérer. »

« Je vois. Je comprends cela maintenant, mais qu’entendez-vous par “alliance maritime” ? »

Après que Shabon me l’ait demandé, j’avais serré les doigts et je m’étais penché un peu plus près.

☆☆☆

Partie 2

« J’ai l’intention de développer à l’avenir le commerce maritime entre nos pays. Il est évident que l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes voudra aussi profiter de cette amélioration des relations commerciales. Sire Shana, sur la base de votre développement du canon et d’autres armes à poudre pour utilisation en mer, votre pays produit-il peut-être une grande quantité de salpêtre ? »

« En effet. Les îles du sud peuvent produire du salpêtre de haute qualité. »

« Du point de vue de mon pays, ce salpêtre, ainsi que votre riz de haute qualité et vos spécialités locales telles que les épées sont attrayants. Y a-t-il quelque chose du continent pour lequel vous voudriez les échanger ? »

« Il y en a. En particulier, j’ai entendu dire qu’il y a des avancées impressionnantes dans les technologies médicales sur le continent. Ayant été autonomes avec nos îles pendant tout ce temps, les choses du continent nous semblent toutes étonnantes. »

Parce que ce pays avait été fondé par ceux qui avaient été chassés du continent, la xénophobie y avait de profondes racines — un peu comme dans la société des elfes sombres à l’époque où j’avais pris le trône. En regardant Aisha à côté de moi, je m’étais dit : maintenant, ces elfes sombres sont des camarades fiables.

Pour développer notre commerce maritime, j’allais devoir établir une relation similaire avec l’Union de l’archipel.

« Si vous attendez quelque chose du continent, laissez mon pays vous servir d’intermédiaire. Nous devrons régler les détails des tarifs et autres plus tard, mais si les flottes marchandes peuvent circuler librement entre nos deux pays, je pense que nous pouvons nous attendre à des avancées économiques majeures, mais aussi culturelles. »

J’avais pointé vers la plage où se trouvent encore les os d’Ooyamizuchi.

« Cependant, une chose que cet incident a mise en lumière est que des créatures comme celles-là peuvent apparaître dans ce monde. J’ai entendu dire qu’Ooyamizuchi a empêché l’Union de l’archipel d’envoyer ses navires. C’est un coup mortel pour le commerce. Mais il ne s’agit pas que de créatures. J’imagine que les grandes tempêtes, la piraterie, ou l’ingérence et le sabotage d’autres pays pourraient également nuire au commerce. »

Tout le monde avait acquiescé. J’avais continué.

« Si nous voulons promouvoir le commerce maritime, nous devons assurer la sécurité le long des routes commerciales. C’est à cela que sert l’alliance maritime. Dans le cas où un navire d’un pays membre rencontrerait l’une des menaces que je viens de citer, les marines de chaque pays membre interviendraient rapidement pour lui porter secours… Non, en cas d’interférence humaine, l’alliance maritime sécuriserait en premier lieu les routes commerciales afin d’éviter que cela ne se produise. »

L’idéal serait un commerce qui ne nécessite pas de navires d’escorte, mais il était un peu tôt pour cela dans ce monde. Après tout, il y avait d’autres créatures géantes qu’Ooyamizuchi en haute mer. Ce serait une chose s’ils avaient quelque chose comme un sonar qui pouvait détecter les créatures dangereuses qui s’approchaient, mais ce n’était pas le cas. Néanmoins, si nous pouvions éliminer les interférences humaines, cela devait rendre le commerce plus facile qu’il ne l’est aujourd’hui.

« Si l’Union des îles participe à cette alliance, j’aimerais que la République de Turgis y participe également. Leurs forgerons sont de haut niveau. En regardant le katana du Dragon à Neuf Têtes, je vois que les forges de l’archipel sont également très avancées. Le rapprochement de deux nations qui se consacrent à l’artisanat ne contribuerait-il pas à l’éclosion de nouvelles techniques ? »

« Hmm. Ce serait merveilleux, mais… mon pays n’a pas de relations diplomatiques avec la République. Cet endroit devient après tout inaccessible quand les mers gèlent en hiver. Est-ce qu’ils seraient vraiment d’accord ? »

« Le Royaume vous servira bien entendu d’intermédiaire. Voyez-vous, nous avons des relations là-bas. »

Je n’avais rien dit à Kuu à propos de cette stratégie à cause de la nécessité de la garder secrète, mais si j’expliquais la situation, le connaissant, il mordrait à tout ce qui lui semblait intéressant. Eh bien, même s’il est hésitant, je n’ai qu’à lui montrer le profit qu’il y a à en tirer, puis à le persuader…

Shana avait croisé ses bras et il s’était courbé le dos. « Je peux en voir le bénéfice pour mon pays, mais ici, dans l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes, chaque chef d’île a son propre territoire qu’il contrôle en mer. Il faudrait qu’ils soient tous d’accord. »

« Je dois vous laisser gérer cela, mais ne pensez-vous pas que vous pouvez utiliser la situation actuelle ? »

Je m’étais tourné vers la plage. On pouvait entendre d’ici le bon temps bruyant qu’ils passaient.

« Ayant tout juste combattu ensemble pour vaincre un ennemi puissant, les soldats ressentent probablement un sens plus fort que jamais envers un objectif commun. De plus, l’apparition d’Ooyamizuchi a dû démontrer l’importance de surmonter les frontières entre les îles afin de combattre ensemble. »

« En effet, si nous profitons du climat actuel, nous pouvons probablement trouver la volonté d’unifier, mais si cela doit se produire, c’est une raison de plus pour que je me retire maintenant. Shabon est aimée par les habitants des îles et a travaillé en leur nom, elle fera un souverain plus approprié pour l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes. »

« Père… Je comprends, » dit Shabon, en serrant les deux mains devant sa poitrine. « Je protégerai de ma vie les îles de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes et leur lien avec le Royaume. »

Il semblait que Shabon avait pris sa décision.

Elle s’était retournée pour me regarder et elle m’avait dit. « Cela étant décidé, j’ai quelque chose à vous demander, Sire Souma. »

« Hm ? Qu’est-ce que c’est ? » demandai-je.

« Pour une jeune femme comme moi qui va diriger l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes, je suis sûre qu’il me faudra plus que l’aide de mon père. Pour que cette alliance devienne réalité, j’aimerais également avoir votre soutien, Sire Souma. »

« Hmm… Que voulez-vous exactement de moi ? » demandai-je.

« Former des relations familiales par le biais d’un mariage. »

Mes yeux s’étaient élargis face à ses paroles. Le mariage… Sommes-nous revenus au début ?

« N’allez-vous pas jouer le rôle de la reine du dragon à neuf têtes ? »

« Oui. Ce n’est bien sûr pas moi qui vais me marier, » déclara-t-elle.

Sur ce, Shabon avait souri.

« Une fois que je serai la reine du dragon à neuf têtes, j’ai l’intention d’avoir un enfant. J’espère approfondir les liens entre nos pays en faisant en sorte que cet enfant épouse l’un des vôtres, Sire Souma. Je crois que vous avez eu un fils et une fille. Si mon enfant est une fille, je souhaite vous l’envoyer comme épouse de votre prince, et si mon enfant est un garçon, je voudrais accueillir votre princesse dans notre famille comme son épouse. »

Des mariages pour Cian et Kazuha !? m’étais-je exclamé mentalement. Ce ne sont encore que des enfants !

Nous n’étions pas les seuls à être stupéfaits, Shana et Kishun semblaient également abasourdis. Excel était la seule qui semblait penser : Oh, ça alors, c’est intéressant, car elle avait caché un sourire derrière son éventail.

Il m’avait fallu un certain temps pour m’en remettre, mais une fois que je l’avais fait, j’avais dit à Shabon. « … Il est clairement un peu tôt pour cela. Je ne peux pas décider tout seul. »

Oups, dans ma confusion, j’avais juste laissé échapper ce à quoi je pensais. Pourtant, même si j’avais évité de lui donner une réponse immédiate, Shabon avait dit « Oui, » en souriant toujours lorsqu’elle avait hoché la tête. « Pour l’instant, c’est bien. L’enfant n’est même pas encore né. Cependant, le simple fait de savoir que nous avons discuté de la question tous les deux me soutiendra. »

« … Ha ha ha, vous êtes vraiment quelque chose, vous savez ça ? » J’avais été honnêtement impressionné.

Lorsqu’elle n’avait pas de chance, je la voyais comme une princesse tragique, mais elle avait aussi ce côté dur et nerveux. Non, elle avait peut-être progressé en entrant en contact avec toutes les différentes personnes et intentions impliquées dans cet incident. Quoi qu’il en soit, elle pourrait faire une étonnamment bonne dirigeante.

Je m’étais éclairci la gorge en essayant de changer de rythme. « Maintenant, Sire Shana, puis-je supposer que vous allez sérieusement envisager l’alliance maritime ? »

« Oui. Vous pouvez. »

« Quant à l’autre demande du Royaume, nous voudrions une île. »

« Une île… vous dites ? » Shana avait plissé son front.

« Je suis peut-être le roi de l’archipel, mais je ne suis pas libre de faire que ce qui me plaît avec l’île du Dragon à neuf têtes et les petites îles qui l’entourent. Je n’ai aucune autorité pour céder l’île d’un autre chef d’île. »

« Oui, bien sûr. L’île que je demande ne vous appartient pas encore, mais c’est une des îles proches de la vôtre. Je pense que nous devrions pouvoir négocier la question ici, » déclarai-je.

« … Quelle est cette île ? » demanda Shana, et je regardai Kishun qui se tenait derrière eux.

« J’aimerais avoir la Petite Île, des îles jumelles que dirige Sire Kishun, » déclarai-je.

La Petite Île Jumelle était l’île située en face de Grande Île Jumelle où nous avions séjourné.

Pendant notre séjour à la Grande Île, j’avais entendu des rumeurs selon lesquelles des navires militaires étaient amarrés à la Petite Île, et que si les îles étaient attaquées par une force trop importante pour défendre la Grande Île, elles pourraient toujours tenir sur la Petite Île. Ils disaient que, comme elle était plus petite, moins de troupes pouvaient y débarquer, ce qui facilitait la défense.

Shana avait affiché un regard empli de doute. « La Petite Île Jumelle ? Voulez-vous cette petite chose ? »

« Oui. C’est près de l’île du Dragon à neuf têtes et sur la route de la Cité Lagune, donc je ne pouvais pas demander un meilleur endroit pour installer un dépôt de ravitaillement. Afin de sécuriser les voies maritimes et d’encourager le commerce, j’aimerais y établir une base et y stationner de façon permanente une partie de la flotte du Royaume. »

« Une station permanente pour la flotte du Royaume ? Ce serait… »

Juste au moment où Shana avait commencé à froncer les sourcils, Shabon avait claqué ses mains sur la table et s’était levée.

« Attendez un instant ! Le chef des Îles Jumelles est Kishun. Même si vous êtes le Roi Dragon à neuf têtes, il est inacceptable que vous passiez un accord impliquant l’île de quelqu’un d’autre ! Ne pouvez-vous pas à la place prendre une des îles rattachées à l’île du Dragon à neuf têtes ! »

« … S’il vous plaît, calmez-vous, Madame Shabon, » avais-je dit pour apaiser Shabon qui s’énervait un peu. « Ce serait bien pour le Royaume. Notre objectif est de stabiliser les voies maritimes et le commerce. »

« Dans ce cas… »

« Mais que comptez-vous faire après cela, Kishun ? » avais-je demandé.

Kishun avait affiché une expression tendue. Shabon s’était retournée, puis elle avait cligné des yeux quand elle l’avait vu.

« Kishun ? »

« … »

Kishun ne lui avait pas répondu, il avait juste regardé en bas, serrant les poings. Cela devait être parce qu’il savait ce qui allait arriver. Shabon, pendant ce temps, semblait ne pas savoir.

☆☆☆

Partie 3

Avec un soupir, j’avais dit. « Madame Shabon, vous deviendrez la reine du dragon à neuf têtes. Une fois que vous le serez, vous serez basée sur l’île du dragon à neuf têtes, ce qui limitera votre capacité à vous déplacer aussi librement qu’auparavant. Vous comprenez cela, n’est-ce pas ? »

« … Oui. Je suis préparée à cela. »

« Si Kishun continue à être le chef des îles jumelles, il ne pourra plus vous rencontrer aussi facilement et aussi fréquemment qu’auparavant. Le travail de Kishun consiste à diriger les îles jumelles et à protéger ces habitants, mais il est aussi l’homme qui vous a accompagné dans ce que tout le monde aurait dû conclure comme étant un voyage imprudent vers le Royaume. Il doit avoir des sentiments très forts pour vous, n’est-ce pas ? »

Je ne savais pas si ces sentiments étaient de loyauté ou d’amour, mais quand Shabon m’avait mis en colère auparavant, c’était Kishun qui était venu s’agenouiller et s’excuser pour essayer d’arranger les choses. Vous savez, maintenant que j’y pense, il aurait pu être abattu par les gardes pour cela, hein ? Tout ce qu’il avait fait, il l’avait fait pour Shabon.

En clignant des yeux sur ce que je venais de dire, Shabon regarda à nouveau Kishun.

« Je me disais que lorsque Kishun vous verra vous débattre en tant que reine du dragon à neuf têtes, il ne pourrait pas vous laisser seule… et que peut-être, il pourrait laisser son île sans surveillance. Ou bien ai-je tort ? »

« Eh bien… Je veux soutenir Lady Shabon, mais les habitants de l’île comptent sur moi pour être leur chef. Je ne pourrais pas les abandonner…, » répondit-il, avec un air peiné sur son visage.

« Alors, pourquoi ne pas nommer un parent comme magistrat ? C’est ce que font les chefs de nombreuses petites îles lorsqu’ils viennent sur l’île du Dragon à neuf têtes, » suggéra Shana, mais Kishun secoua faiblement la tête.

« Je n’ai pas de parents… et je ne pouvais pas laisser le travail à un étranger… »

« Hm… Dans ce cas, et si je le faisais ? »

« Hein ? Vous, Sire ? »

Shana se leva et posa une main sur l’épaule de Kishun.

« Je sais très bien à quel point tu es dévoué à Shabon. Si un mononobu comme toi était à ses côtés pour la soutenir, en tant que père, cela m’apporterait un bonheur inattendu. Je suis sûr que tu ferais un bon mari. »

« P-Père ! »

« Non… Je ne mérite pas de telles paroles. »

« Si possible, j’aimerais que tu continues à soutenir Shabon. Comme je vais abdiquer de mon trône, je serais dans l’embarras si je restais trop près d’elle. Pourquoi ne pas me confier ton peuple en tant que magistrat ? Bien que, de ton point de vue, nous ferions du commerce là où nous gouvernons. »

Quand Shana avait dit cela, Kishun s’était agenouillé et avait placé ses mains ensemble au-dessus de sa tête.

« Oui. Vous, je pourrais vous faire confiance, Seigneur Shana. J’ai l’intention de donner tout ce que j’ai pour la princesse Shabon à partir de maintenant. »

« Père… Kishun… » Les yeux de Shabon étaient larmoyants. Il semblait que le groupe de l’Union de l’Archipel avait pris une décision.

Une fois qu’ils étaient tous revenus à leurs positions initiales, je toussai poliment pour essayer de revenir à la discussion en cours.

« Maintenant, à propos de la Petite île jumelle… »

« Je laisse la décision à Sa Majesté, » déclara Kishun, et Shana avait fait un signe de tête.

« Très bien. Au vu de la grande aide que votre pays nous a apportée à cette occasion, je pense que nous pouvons accepter votre demande, » déclara Shana. « Cependant, si les gens considèrent que l’une des îles de l’archipel du Dragon à Neuf Têtes est “prise”, les autres chefs d’île s’y opposeront probablement. Notre peuple déteste l’ingérence extérieure, voyez-vous. C’est le problème ici. »

C’était vrai. Les habitants de ce pays étaient comme les samouraïs d’autrefois qui se battaient pour protéger un seul morceau de terre sur lequel ils comptaient pour leur subsistance. Même si ce n’était qu’une petite île, ils ne pouvaient pas accepter qu’une partie de la terre pour laquelle qu’ils avaient combattu pour la protéger tombe entre les mains d’un étranger… Mais, bon, j’avais anticipé cette réaction.

« Alors, pourquoi ne pas l’installer sur le principe que nous échangeons des bases ? »

« … Échangeons ? »

« Oui. Juna, trouve-nous une carte. »

« Tenez, sire. »

Juna avait déroulé la carte que nous avions préparée auparavant sur la table devant nous. Puis, alors que tout le monde la regardait, j’avais indiqué un endroit un peu à l’est de Venetinova, le long de la côte.

« C’est petit, mais il y a un port militaire ici. Et si nous vous le “prêtions” en compensation du “prêt” de la base de la Petite Île Jumelle ? En gros, c’est un échange de bases navales. Naturellement, les mêmes conditions s’appliqueraient ici, et nous vous autoriserions à stationner en permanence une flotte dans le port sous le drapeau du Roi ou de la Reine Dragon à neuf têtes. Je suis sûr que vous voudrez aussi des dépôts de ravitaillement pour vos marchandises d’échange. »

« Hmm, je pense que ça satisferait les chefs des îles, mais… est-ce que c’est ce que vous voulez ? Vous réalisez que nous stationnerions nos navires de guerre à l’intérieur du Royaume. »

« Si ce n’est que dans ce seul port, alors ce type d’échange de bases nécessitera un certain degré de relations amicales entre les deux pays. Si l’une des parties trahit la confiance de l’autre, ces bases devront immédiatement être abandonnées, j’en suis sûr. Si vous comprenez vraiment l’importance du commerce maritime, vous verrez pourquoi nous ne devons jamais nous trahir l’un et l’autre. J’ai l’intention de faire cette même proposition à la République. »

« … Je vois. Alors c’est lié à l’alliance maritime et au renforcement des relations dont vous parliez tout à l’heure. »

Shana avait croisé les bras en grognant, puis m’avait regardé.

« C’est un plan facile à mettre en œuvre, sans pertes pour nous. J’apprécie que vous preniez notre situation en considération, mais… cela me permet aussi de voir à quel point tout cela a été planifié avec soin. Si l’on met de côté la question de savoir quelle île vous avez choisie, le plan général n’est pas quelque chose que vous avez élaboré hier. Avez-vous prévu de me demander cela comme paiement depuis que je suis venu vous voir pour la première fois au sujet des combats que nous menons ensemble ? »

« … Je laisse cela à votre imagination. »

En fait, c’était quelque chose d’autre qui m’avait amené à penser à cette alliance maritime, mais je n’avais pas besoin d’en parler ici.

Soupirant, Shana déclara. « Votre pays constitue un adversaire plus redoutable que je ne l’avais imaginé. »

« Mais je ne pense pas que ce soit vrai ? Nous honorons nos alliances. »

« C’est ce qui rend effrayante l’idée de faire de vous un ennemi, » dit Shana, puis se tourna vers Shabon. « Qu’en dis-tu, Shabon ? C’est un homme avec lequel tu vas devoir composer à partir de maintenant. »

« Je voudrais lui faire confiance… Je doute que Sire Souma nous trahisse tant que nous ne le trahirons pas. »

« Hmm… Alors, joins tes mains avec lui. »

« Oui. »

Sur ce, Shabon s’était levée. Je m’étais aussi levé, et nous avions chacun tendu la main droite.

« Dans l’intérêt du développement de mon propre pays, je prendrai cette alliance en considération, Roi Souma. »

« J’attendrai une réponse positive, Reine Shabon. »

Nous avions échangé une poignée de main ferme.

Les détails devaient encore être réglés, de sorte que l’alliance ne pouvait pas être conclue ici et maintenant, mais c’était suffisant pour l’instant que nous ayons partagé nos intentions de renforcer les liens à l’avenir.

En m’adressant à tout le monde, j’avais dit. « Et avec ça… Je pense qu’il est temps de célébrer quelque chose qui aurait dû être fait depuis longtemps. Nous nous excusions auprès des soldats sur la plage, mais nous allons servir autre chose que des plats d’abats ici sur ce navire. »

« Ga ha ha ! Bien. J’en avais assez de la soupe d’abats, vous savez, » dit Shana en riant.

… Oui, j’en ai sérieusement marre de la soupe d’abats.

« Je pourrais manger des quantités infinies de tout ce que Sa Majesté cuisine, » déclara Aisha.

« Je suis sûr que tu pourrais, Aisha, mais je veux du poisson. »

« Les fruits et légumes crus me manquent. »

Aisha, Naden et même Shabon en parlèrent. Pendant ce temps…

« Pour moi, tout est question d’alcool, » déclara Excel. « J’aimerais essayer toutes sortes de plats pour voir ce qui se marie le mieux avec le saké de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes, et ce qui se marie le mieux avec le vin du Royaume. »

« Permettez-moi de vous préparer le meilleur saké de l’archipel. »

« Ga ha ha ! Le saké du Dragon à neuf têtes se marie bien avec la viande ou le poisson ! »

Excel, Kishun et Shana en parlaient entre eux. Ils avaient été proprement répartis entre l’équipe chargée de la nourriture et celle chargée de l’alcool. J’avais décidé d’entamer une conversation avec Juna qui regardait de loin.

« Qu’attends-tu de plus, l’alcool ou la nourriture ? »

« Eh bien… vu que je ne peux pas boire pour le moment, je suppose que je devrais dire la nourriture. »

« Hm ? Maintenant que j’y pense, tu ne buvais pas non plus quand nous étions aux îles jumelles, n’est-ce pas ? Il n’y a pas besoin d’être sur les nerfs maintenant, alors pourquoi ne pas se détendre avec les autres ? »

Juna s’était empressée de secouer la tête. « Oh, non, ce n’est pas ça ! Je m’abstiens pour le moment. »

« Hein ? Je pensais cependant que tu pouvais bien tenir l’alcool, » déclarai-je.

« Je peux, mais… Le Dr Hilde m’a dit d’arrêter tout de suite. » En disant cela, Juna se couvrit le ventre de honte.

La mention du Dr Hilde, le fait qu’elle se couvrait le ventre, et l’expression timide de Juna m’avaient permis de comprendre pourquoi elle ne pouvait pas boire en ce moment.

« Eh… ? Euh, quand l’as-tu découvert ? » demandai-je.

« Je suppose que c’était un peu avant que nous arrivions à l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes. »

« Pourquoi t’es-tu tue pendant tout ce temps ? »

« Parce que si je te l’avais dit, tu ne m’aurais jamais laissé venir, n’est-ce pas ? » Juna se mit à rire d’elle-même alors qu’elle l’expliqua. « Mon état était stable, et je ne voulais pas laisser passer une chance d’être utile. »

Je m’étais agrippé à la tête, ne sachant même pas quoi dire. Tant d’émotions me traversaient l’esprit, et je ne savais pas par où commencer. Alors, pour l’instant, j’avais décidé d’exprimer la plus grande d’entre elles…

« Aww, géniallllll ! »

Tout le monde avait été choqué par mon soudain débordement d’émotions, mais je n’avais pas fait attention à eux, car j’avais crié dans la joie et j’avais pris Juna dans mes bras.

Oh, Cian et Kazuha, qui attendent dans le Royaume. Vous allez bientôt être un grand frère et une grande sœur.

☆☆☆

Épilogue : Retour -Je suis de retour-

« … J’ai mal à la tête. »

« Bon sang, qu’est-ce que tu fais là-bas ? »

C’était le matin suivant notre banquet de célébration, et je soignais une gueule de bois alors que Liscia me regardait avec exaspération. J’utilisais le joyau à bord de l’Hiryuu pour lui parler alors qu’elle se trouvait à l’arsenal secret du Royaume. Entre les joies jumelles d’avoir tué Ooyamizuchi et de découvrir que Juna était enceinte, je m’étais excité, je m’étais laissé aller et j’avais un peu trop bu. J’ai dû m’évanouir quelque part en cours de route…

Quand j’avais repris mes esprits, j’étais au lit, toujours en uniforme militaire, avec Aisha et Naden, qui avaient dû me porter là, toutes deux me serrant dans leurs bras. Il est clair qu’elles avaient aussi bu leur part et qu’elles dormaient profondément. Juna avait apparemment pris congé très tôt lorsque la fête était devenue mouvementée. Une bonne décision.

Quand j’avais parlé à Liscia de la grossesse de Juna, sa réponse avait été. « Bien sûr… »

« Tu le savais, Liscia ? »

« J’avais un pressentiment. En me basant sur les changements de son comportement, j’ai pensé qu’elle pourrait l’être. »

« Je n’en avais pas la moindre idée… Ça me donne l’impression que j’ai encore un long chemin à parcourir en tant que mari et père. »

« Eh bien, je pense que c’est juste le manque d’expérience ici. » Liscia avait gonflé sa poitrine avec fierté et avait souri.

Oui, je ne peux pas battre ça, pensais-je, puis j’avais répondu. « Mais… oh, je ne l’ai jamais dit à Juna, mais peut-être que je n’aurais pas dû la laisser venir. J’ai des frissons en pensant à ce qui aurait pu lui arriver. »

« Je comprends ce sentiment, mais même si je l’avais su, je n’aurais pas pu l’arrêter. »

« Pourquoi pas ? »

« Parce que si j’étais à sa place, je l’aurais aussi cachée pour pouvoir y aller avec toi. Oui… Si je n’avais pas été en mauvaise santé quand tu es allé en République, je peux à peu près garantir que je t’aurais accompagné là-bas. J’étais inquiète, tu sais ? » déclara Liscia.

«  Tu as si peu confiance en moi… J’avais Aisha et les autres pour me protéger, tu sais ? »

J’avais fait un sourire ironique, et Liscia avait ri.

« C’est assez irritant, d’être la seule à être laissé derrière, là où c’est sûr. En outre, une fois que son ventre aura un peu grossi, elle ne pourra plus se déplacer aussi librement, il est donc naturel qu’elle veuille faire tout ce qu’elle peut maintenant. »

« … C’est juste. J’apprécie le sentiment, mais cela m’inquiète quand même. »

« Hee hee, rentre vite à la maison, d’accord ? Je veux revoir ton visage, en personne. »

« Ha ha ha, nous rentrerons tous à la maison quand tout sera nettoyé… Oh, bien sûr. Pourrais-je te demander d’appeler Kuu à la Cité Lagune ? Tu pourras probablement le contacter plus rapidement de là-bas, » avais-je dit, et l’expression de Liscia était devenue sérieuse en réponse.

« Il s’agit de cette alliance maritime, n’est-ce pas ? »

« Oui, je veux que ce soit réglé avant que l’atmosphère généralement amicale que nous avons créée en ayant combattu ensemble ne s’estompe. Plus vite ce sera réglé, mieux ce sera. »

« Je comprends. Mais tu sembles terriblement pressé, » à ce moment, Liscia semblait réaliser quelque chose, et mit sa main devant sa bouche. « Attends… Serait-ce la vraie raison pour laquelle tu as envoyé des troupes ? »

« … Qu’est-ce qui te fait penser cela ? » demandai-je.

« Je pensais juste qu’une alliance maritime et des échanges de bases semblaient faibles en compensation du soutien que tu leur apportes. Puisque tu n’as pas demandé quelque chose de concret comme une île ou de l’argent, je suppose que tu voulais vraiment cacher ce que tu voulais vraiment leur demander. Ce n’est qu’une intuition née de la longue période depuis que je t’ai connu. »

« Tu m’as percé à jour, » j’avais abandonné, et j’avais haussé les épaules en signe de résignation. Ma femme est plutôt intelligente, hein ?

« Il est vrai que ma principale motivation pour coopérer était de garantir cette alliance maritime. Ce n’était pas une mesure purement humanitaire, j’avais aussi calculé que si je pouvais m’approprier l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes, je pourrais faire en sorte que cette alliance se réalise. »

« Tu as vraiment pensé si loin en avance… Alors, est-ce si important que ça ? » demanda Liscia.

« Évidemment, puisqu’elle affectera l’avenir du Royaume. »

« Est-ce si important ? » demanda Liscia d’une voix emplie de doutes, et je fis un signe de tête.

« Je l’ai déjà dit à Hakuya et Excel, mais le Royaume s’efforcera de stimuler son commerce maritime et ses prouesses navales à l’avenir. Dans mon monde, nous l’appelions la puissance maritime. »

« “Puissance maritime”… Je ne comprends pas vraiment. J’étais après tout dans l’armée de terre. »

« Eh bien, lorsque vous êtes une puissance continentale, la plupart de vos champs de bataille et de vos routes commerciales se trouveront sur terre. »

Je ne pouvais pas reprocher à Liscia de penser comme elle l’avait fait. Dans le Royaume, le rôle de la Marine avait été de se préparer à faire face à des incursions ou à une invasion pure et simple de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes. Leur principal ennemi, la Principauté d’Amidonia, partageait avec eux une frontière terrestre et, lorsqu’il s’agissait de la République de Turgis, qui avait tenté par le passé de s’étendre vers le nord, leurs mers gelaient, si bien qu’ils ne disposaient pas d’une véritable marine.

De ce fait, ils pensaient que les batailles importantes se déroulaient sur terre, et ne comprenaient pas vraiment l’importance des prouesses navales. Cela semblait également être le cas pour d’autres pays. Malgré leur grande taille, l’Empire du Gran Chaos ne disposait pas d’une marine florissante. La puissance terrestre sur la puissance maritime — telle était l’opinion commune sur ce continent. Fuuga, qui vivait dans les steppes, pensait de la même façon, c’est exactement pour cela que je m’étais concentré sur ce sujet.

« La liberté de naviguer sur les mers est directement liée à la force d’un État. Penses-y. Notre pays dispose d’un transporteur de type insulaire. Si rien n’entrave sa navigation, nous pouvons bombarder à loisir n’importe quel endroit de la côte. De plus, si nous utilisons le Roroa Maru, nous pouvons même envoyer des troupes à travers la mer gelée. »

« Quand tu le dis comme ça, oui, je le vois bien. Donc nous sommes maintenant une vraie menace pour les autres pays, hein ? » Liscia avait fait un grognement impressionnant.

J’avais fait un signe de tête. « Il est évident que ce n’est pas parce que nous pouvons faire quelque chose que nous allons déclarer tout un tas de guerres et nous faire des ennemis. Je ne veux pas être désigné comme un ennemi de l’humanité. »

« Tu as bien raison. »

« En outre, il y a aussi des raisons économiques de le faire. Cependant, si nous augmentons notre puissance maritime de cette manière, il sera difficile pour quiconque de vraiment en saisir les résultats. C’est pourquoi nous pourrons le faire discrètement, sans alerter les autres nations. Je pense que seule une nation maritime comme l’Union de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes comprendra correctement la menace. »

Le royaume des esprits de Garlan était également une nation insulaire, mais ils étaient tellement xénophobes qu’ils avaient fermé leur pays. C’est bien ainsi. De toute façon, ils ne semblaient pas recevoir beaucoup d’informations de l’extérieur.

Soudain, Liscia avait claqué des mains. « J’ai compris. C’est pourquoi tu les as fait entrer dans l’alliance. Si les pays qui comprennent la menace sont nos alliés, il est plus difficile pour eux de nous voir comme un danger. »

« Tu l’as bien saisi — et si nous pouvons nous déplacer librement dans leurs eaux, il sera encore plus facile de se coordonner avec l’Empire. Cela signifie que nous pouvons faire circuler des fournitures et des personnes dans les deux sens. »

Je n’en avais pas parlé avant puisque l’occasion ne s’était pas présentée, mais ce monde était probablement un globe, comme la Terre. Comme l’Empire était à l’ouest de nous par voie terrestre, on pouvait aussi les atteindre en traversant la mer à l’est de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes. Les habitants de ce monde, avec leur capacité à voler sur les wyvernes, l’avaient probablement compris très tôt. Après tout, la courbure de l’horizon serait visible depuis les airs.

La raison pour laquelle je dis probablement, c’est que, bien que le monde ait été traversé d’est en ouest, il n’en avait pas été de même du nord au sud. Le continent de glace que j’avais vu au sud de la République de Turgis était un territoire non confirmé, donc il n’était pas inclus sur les cartes, et nous en savions encore moins sur le Grand Nord.

Quand je pense au fait que le nord du continent est une terre désolée, où le Domaine du Seigneur-Démon était apparu pour la première fois, notre continent semblait être dans l’hémisphère sud. C’est pourquoi, pour les gens de ce monde, ils pensaient apparemment qu’il avait la forme d’une carte enroulée de sorte que les côtés est et ouest se touchaient, presque comme un cylindre. Il y avait encore beaucoup de choses que je ne connaissais pas sur ce monde. Le fait d’y réfléchir aggravait ma gueule de bois, alors je m’étais tapé les tempes et j’avais poussé un soupir.

« … On dirait que Fuuga s’étend régulièrement vers le nord. »

« Le type dont tu te méfies, n’est-ce pas ? »

« Oui. On dirait qu’il y a aussi une résistance qui se forme contre lui. Je m’attends à ce que les camps pros et anti-Fuuga se heurtent dans un avenir pas si lointain. Le résultat de ce conflit pourrait ébranler le continent. Nous devons nous y préparer. »

« Je vois… Penses-tu que Fuuga va gagner ? » demanda Liscia, et je haussais les épaules.

« Ça, je ne sais pas. C’est vrai que je ne peux pas l’imaginer perdre. Le fait est que le résultat le moins souhaitable pour notre pays serait que Fuuga gagne, puis devienne une figure héroïque dans laquelle les gens investissent leurs espoirs et leurs rêves. Si cela se produit, il est certain que des étincelles jailliront également entre les pays voisins. »

« Je n’ai jamais rencontré ce Fuuga, mais… il a l’air effrayant. Nous devrons faire tout notre possible pour protéger notre pays. Pour le bien des enfants. »

« Oui. Pour Cian, Kazuha, et tous les enfants à naître. »

Liscia et moi avions fait un signe de tête. Puis Liscia m’avait souri.

« Tout cela mis à part, reviens en un seul morceau, d’accord ? »

« Oui, mais c’est peut-être un retour un peu flashy. »

« … Complotes-tu encore quelque chose ? »

« Héhé, il suffit d’attendre et de voir. » Je souriais alors que Liscia me lançait un regard d’exaspération.

 

◇ ◇ ◇

– 15e jour, 2e mois, 1549e année, Calendrier Continental

« Sire, c’est presque l’heure, » me déclara Juna, qui était à mes côtés, et j’avais fait un signe de tête.

« OK… Alors, commençons ! » Je criais cela, en levant ma main droite pour que les gens sur le pont puissent voir. Quand j’avais fait ça, des clairons avaient sonné et des signaux de drapeau avaient été envoyés de l’avant et de l’arrière du navire. Peu après, d’innombrables clairons avaient retenti de tous les côtés.

J’avais regardé les flottes combinées du Royaume et de l’Union de l’Archipel, il y avait au total plus de soixante navires de guerre. Ils battaient tous côte à côte les pavillons du Royaume de Friedonia et de l’Archipel l'union des archipels du dragon à Neuf Têtes. Lorsque les clairons s’étaient arrêtés, le navire devant nous avait tiré une salve à blanc d’artillerie — c’était le signal pour les deux flottes de se déplacer.

L’Albert II avait commencé à avancer lentement. J’avais mis ma main sur le bas du dos de Juna pour qu’elle ne tombe pas.

« Merci, sire, » dit-elle en souriant légèrement.

« Pas de problème. Mais j’aimerais que tu restes à l’intérieur, où il fait chaud. »

« Je ne veux pas. Après tout, on ne voit pas un grand spectacle comme celui-ci tous les jours, » répondit Juna en regardant autour d’elle. « Je n’ai jamais vu une flotte aussi importante. C’est à couper le souffle. »

Les flottes des deux pays naviguaient en formation.

« Ce plan a été élaboré sur un coup de tête, mais ils parviennent à se coordonner. »

« Bien sûr qu’ils le font. Les flottes des deux pays sont bien formées. »

« Nous devons remercier Excel pour cela du côté du Royaume. Grâce à elle, nous aurons une grande revue navale. »

C’est l’idée que j’avais eue : une revue navale — essentiellement un défilé militaire pour les flottes — avec les flottes du Royaume et de l’Union des îles.

Les deux flottes navigueraient ensemble à proximité des îles, et :

1) Déclarer que la menace d’Ooyamizuchi a disparu.

2) Expliquez que c’est le travail de l’Union du Royaume et de l’Archipel qui ont agi ensemble.

3) Montrer que l’Union du Royaume et celui de l’Archipel ont formé une alliance maritime.

4) Démontrer que les relations entre les deux pays sont bonnes.

Chaque île avait déjà reçu des messagers kuis relatant toutes ces informations, mais voir les deux flottes se déplacer en tandem le leur ferait mieux comprendre. Alors qu’il s’agissait de contribuer à l’unification des peuples au sein de l’Union de l’archipel, notre pays avait été érigé en ennemi virtuel des leurs, de sorte que le simple fait de voir que nous avions maintenant des « relations cordiales » sous forme imprimée ne serait pas terriblement convaincant. Voir, c’est croire, disent-ils.

Afin d’en accroître la crédibilité, le Hiryuu avait mené la procession avec ses navires d’escorte. Le crâne d’Ooyamizuchi, dont la mâchoire inférieure avait été enlevée, était exposé sur le pont. Comme toute la viande avait été retirée du crâne pour éviter la décomposition, et que l’Hiryuu avait été modelé selon la forme d’une île, cela donnait un spectacle assez surréaliste.

« Selon ton point de vue, cela aurait pu ressembler à un nouveau type de monstre, » avais-je mentionné, et Juna avait gloussé.

« Vu d’en haut, je suis sûre que tu as raison, mais vu d’en bas, c’est évidemment un navire. »

Ces actions avaient été entreprises pour montrer aux habitants de l’île qu’Ooyamizuchi avait été tuée et que la menace avait maintenant disparu, mais j’avais des émotions compliquées à ce sujet. J’avais l’impression de parader dans la rue avec la tête de quelqu’un sur une pique — même si, d’habitude, on faisait défiler les prisonniers avant leur exécution. Cela me rappelait le calice crânien fabriqué par Oda Nobunaga. Je ne voulais pas être maudit, alors j’allais présenter mes respects à Sire Shana une fois cette revue navale terminée.

« Quoi qu’il en soit, une fois que cela sera fait, nous pourrons enfin retourner au Royaume. »

« Ouais… »

Ensuite, les deux flottes feraient le tour de l’archipel, puis se dirigeraient vers le Royaume. Ensuite, elles se rendaient de la Cité Lagune jusqu’à Venetinova pour annoncer la fin des combats. Enfin, la flotte se disperserait à Venetinova, et elle retournerait à l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes.

« … Il faudra que je parle des enfants à Liscia quand nous reviendrons. »

Je n’en avais pas parlé pendant l’appel, mais je devais expliquer à Liscia l’offre de fiançailles de la princesse Shabon pour Cian et Kazuha. Ce n’était pas encore décidé, mais en tant que membres de la famille royale, on ne pouvait pas éviter de parler de mariage avec d’autres membres de famille royale, donc Liscia devrait comprendre. Mais, honnêtement, je ne voulais rien faire qui puisse la rendre un tant soit peu triste.

Juna avait posé sa main doucement sur la mienne. « Maintenant que je suis enceinte de mon propre enfant, je peux comprendre mieux que moi ce que tu ressens pour la famille, sire. »

« Juna… »

« Il reste à voir si la fille de Madame Shabon viendra épouser Cian, ou si tu envoies Kazuha épouser son fils, mais il est vital que nous maintenions des relations positives entre nos pays afin que le mariage ne devienne pas une source de chagrin. À l’inverse, tant que nos relations restent bonnes, leur mariage ne peut pas se terminer trop mal. »

« Tu as certainement raison… »

Si les relations entre les pays étaient amicales, alors que nous recevions une mariée ou en envoyions une, les deux pays en prendraient bien soin. De même, si le mariage était contraire aux intentions des parties concernées, alors si les relations étaient bonnes, il serait facile de rompre les fiançailles. Donc, en gros…

« C’est à nous de faire en sorte que ça marche. »

« C’est vrai. Tu dois faire de ton mieux pour les enfants, papa. »

J’avais fait un grand signe de tête en réponse au doux sourire de Juna et j’avais regardé la mer.

☆☆☆

Histoire postérieure 1 : Retour victorieux -bienvenue-

Partie 1

Dans une salle de classe de l’Académie royale de Parnam…

« Je suis crevée, » gémit Yuriga, s’effondrant sur le bureau.

Ayant été renvoyée à l’Académie royale avant la bataille avec Ooyamizuchi, Yuriga avait été soumise à deux heures de cours supplémentaires avec son professeur en guise de punition pour avoir séché les cours. En outre, bien que la semaine de huit jours comprenne normalement deux jours de congé, elle était obligée de venir étudier pendant ses jours de congé.

« Cette femme à lunettes est impitoyable. Elle m’a même fait écrire une lettre d’excuses. »

« Ha ha, tu as l’air très fatiguée là, » déclara Lucy avec un sourire ironique alors que Yuriga ronchonnait.

Lucy, la fille qui ressemblait à une Roroa miniature, avait pris une bouteille remplie de toutes sortes de choses rondes et colorées dans son sac.

« Tu as travaillé dur. Tiens, veux-tu un bonbon ? »

« Donne-m’en un. J’ai vraiment besoin de quelque chose de sucré en ce moment. »

Yuriga avait ouvert la bouche comme un bébé oiseau, et Lucy avait jeté les bonbons dedans. Au même moment, leur amie, la jeune elfe noire Velza, avait poussé un soupir.

« Tu es trop gentille, Lucy. Yuriga doit réfléchir davantage à ses actions. »

« Je l’ai fait, d’accord ? J’ai même écrit cette lettre. »

« Bien sûr que si. Je dis que tu dois réfléchir davantage. Maintenant, écoute-moi bien. » Velza avait poussé un doigt vers Yuriga. « Ils ont seulement contesté ton absence, mais tu as aussi fait une escale et es entrée illégalement dans un autre pays, n’est-ce pas ? Normalement, ce serait un incident majeur. »

« Argh… »

« Je doute qu’aucun autre étudiant n’ait jamais auparavant été aussi près de déclencher un incident international. L’école doit être stricte avec toi. Normalement, tu serais immédiatement expulsée. Je suis sûre que la seule raison pour laquelle tu as été renvoyée avec seulement des leçons supplémentaires est que Sa Majesté a fait preuve de clémence envers toi. »

« Eh bien… Ouais. »

Le fait est que la seule raison pour laquelle elle était montée à bord du navire et était entrée illégalement dans l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes n’avait pas également entraîné de problèmes, c’est parce qu’elle avait été dissimulée par Souma et son peuple. Si Yuriga, que Fuuga leur avait confiée, était expulsée de l’école, cela pourrait dégénérer en conflit entre nations. Velza et les autres connaissaient les détails parce que Yuriga leur en avait parlé, mais l’école elle-même restait dans l’ignorance à ce sujet.

« Tu devrais être plus consciente de l’ampleur des problèmes que tu as causés pour tout le monde. »

« … J’y réfléchis, d’accord ? Sire Souma s’est vraiment énervé, » déclara Yuriga, déprimée cette fois.

Il semblerait qu’elle ait vraiment compris la gravité de ses actes. Il y avait un silence oppressant dans la pièce… Puis, Lucy l’avait brisé en lançant aussi un bonbon dans la bouche de Velza.

« Mmph… C’est doux. »

« C’est notre tout dernier produit. Ils sont faits avec du gingembre et du miel, donc ils sont aussi bons pour la gorge. De toute façon, Yuriga semble vraiment désolée, alors si on laissait faire pour l’instant ? »

« … Très bien. Je suis désolée. J’ai reporté ma frustration sur elle. »

« Frustration ? »

« Pour le dire honnêtement… Je voulais aussi aller à l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes, » dit Velza, l’air légèrement dégonflé.

Yuriga avait cligné des yeux. « Tu voulais le faire ? Pourquoi ? »

« Euh… Ooyamizuchi, c’est ça ? Quelqu’un d’important pour moi prenait part à la mission pour tuer cette créature. Je suis bien consciente que ma présence n’aurait pas du tout aidé, mais… j’étais inquiète… »

« Oh ! C’est à propos de ce Hal que tu aimes bien, Velie ? » demanda Lucy, l’air excité.

Lors du récent événement costumé, ils avaient vu comment Velza avait agi avec fanatisme devant Halbert. Il était facile de voir qu’elle avait des sentiments pour lui.

« Chien rusé. » Lucy lui avait donné un coup de coude dans les côtes en jouant. « Tu es séduisante, et j’ai entendu dire que tu reçois toutes sortes d’offres de la part des fils de chevaliers et de nobles, mais que tu les rejettes tous, en disant que tu as déjà quelqu’un en tête. »

« Argh… Les gens parlent de ça… ? »

« Tu dois vraiment être folle de lui, hein ? »

« Oh, absolument. Il est tellement fort et cool. » Velza avait serré ses mains devant sa poitrine, imaginant l’image de Hal pendant qu’elle parlait. « Il tient une lance dans chaque main, les enveloppant dans les flammes, alors qu’il affronte sans peur des hordes d’ennemis. Ce bandeau de cornes doit rappeler à ses ennemis son surnom. Il convient parfaitement à l’“Oni rouge” qui chevauche son partenaire, le dragon rouge, dans la bataille. »

« O-Okay... ? » Lucy semblait un peu bizarre alors que Velza faisait de la poésie sur ses intentions. Certes, Lucy aurait eu la même voix si elle avait parlé de Roroa…

« Il est si fort, et pourtant si doux d’habitude. Quand je vais jouer avec lui pendant mes jours de congé, il prend le temps de me faire des cadeaux… Bien que cela soit seulement comme si j’étais sa petite sœur. »

Soudain, Velza semblait déprimée. Elle était sujette à d’intenses sautes d’humeur là où son intention était impliquée. L’écart entre cette situation et la froideur habituelle de Velza avait fait ricaner Lucy.

« Tu es une vraie jeune fille dans l’âme, tu sais ça, Velie ? Tiens, prends un autre bonbon. »

« Nom, nom. »

Hal l’Oni rouge, hein… ? En écoutant, Yuriga s’était rappelé des événements d’il n’y a pas si longtemps. « C’est un guerrier fort et courageux. Son dragon rouge était aussi un dur à cuire. »

« Oh, as-tu vu Hal se battre, Yuriga ? »

« Oui, quand l’Union des nations de l’Est faisait face à la vague démoniaque. Il était vraiment fort. »

« N’est-ce pas ? »

Pour une raison inconnue, Velza s’était gonflé la poitrine, ses narines s’ouvrant avec fierté. Son attitude énervait Yuriga, qui avait un penchant pour la compétition, dans le mauvais sens.

« Eh bien, quoi qu’il en soit, mon frère est fort — wha !? »

Yuriga était sur le point de se lancer dans une de ses vantardises habituelles à propos de son frère, comme elle le faisait toujours autour de Tomoe, mais l’éclair de pure intention meurtrière qui lui était venu de Velza l’avait arrêtée net.

Quoi ? ! C’est un peu effrayant, tu sais !? Yuriga avait crié en elle-même. Sentant instinctivement qu’il était dangereux de continuer sur ce sujet, elle avait dit. « Je pense aussi que mon frère est fort, mais Halbert est un bon combattant. Ouais… »

« Ah. Héhé, bien sûr qu’il l’est, » sourit Velza, en continuant comme si rien ne s’était passé.

Yuriga se tourna vers Lucy, qui semblait aussi déconcertée qu’elle, et elle lui chuchota à l’oreille. « J’ai entendu dire que la deuxième reine primaire, Madame Aisha, a tendance à perdre son calme quand le roi Souma est lui aussi impliqué. Tomoe m’en a parlé, mais… j’avais oublié. »

« … On dit que l’amour peut rendre une personne aveugle. Ça doit être ça. »

Alors que les deux filles recevaient une leçon sur la terreur causée par une elfe sombre amoureuse, un visage familier était apparu.

« Oh, te voilà, Yuriga. »

« … Hein ? Tomoe ? »

Tomoe se précipita vers elles. Elle n’était pas en uniforme, mais portait une des tenues artisanales de Souma.

Yuriga avait placé la tête sur le côté et avait demandé. « Qu’est-ce qui se passe ? N’as-tu pas fini l’école aujourd’hui ? »

« Je suis venue te chercher. Je me suis dit que tes leçons supplémentaires allaient se terminer maintenant, » avait-elle expliqué en tendant la main à Yuriga.

« Pour venir me chercher ? »

« Oui, j’ai pensé que tu voudrais voir ce qui s’est passé après, même si ce n’est que le résultat final. »

« Après ? Le résultat ? De quoi parles-tu ? »

« Ce n’est pas grave. Je me suis assurée d’obtenir la permission de la Grande Soeur et de l’école. Viens, on y va. »

Tomoe avait pris Yuriga par la main sans attendre de réponse.

« Hein ? Attends une seconde ! » Yuriga protesta.

« À plus tard, Lu, Vel. » En guise d’adieu, Tomoe avait fait sortir Yuriga de la classe.

« … Nos amies sont vraiment des esprits libres, hein ? »

« … C’est sûr. »

Lucy et Velza avaient regardé avec surprise le duo les quitter.

☆☆☆

Partie 2

Le lendemain matin, la gondole à wyverne transportant les enfants avait décollé de Parnam dans la soirée, et après plusieurs arrêts pour se reposer dans les villes situées le long du trajet, elle était arrivée près de la Cité Lagune.

« Nous sommes presque à la Cité Lagune. »

« Nnghhhh, on y est ? »

Réveillée par Ichiha, Yuriga, qui dormait dans la gondole, avait poussé un grand bâillement.

« Mmph… Oui, on dirait bien, » répondit Tomoe en frottant ses yeux endormis.

Le vol avait été long, alors ils avaient tous fait la sieste. Et puis… Bang !

« Eek ! »

« Tomoe !? »

On aurait dit que la gondole s’était posée. L’impact avait fait tomber Tomoe dans les bras d’Ichiha.

« V-Vas-tu bien ? »

« Merci, Ichiha. »

Yuriga les regardait avec exaspération.

« Que faites-vous ? Tu es toujours aussi lente. »

« Murgh… Ce n’est pas vrai. »

« Allez, arrêtez de vous battre vous deux, et sortez de la gondole, » insista Ichiha.

Alors que les enfants sortaient, la brise de mer leur chatouillait le nez. La gondole avait été posée sur une plage à côté de la Cité Lagune. En débarquant de la gondole, ils avaient réalisé qu’ils n’étaient pas les premiers à arriver. Autour d’eux se trouvaient des gardes, des nobles bien habillés. Une femme en uniforme militaire rouge et une dragonewt en robe de bonne étaient là aussi, chacune tenant un bébé.

« Oh ! Liscia. On dirait que Tomoe et les autres enfants sont ici, » dit Carla, en hochant la tête vers la gondole.

« Tu as raison. Je suis contente qu’ils aient réussi. »

Liscia et Carla leur avaient fait signe, et le trio s’était précipité vers elles.

« Grande Soeur ! Le bateau est-il là !? »

« Pas encore. Mais je pense qu’il devrait bientôt être en vue, » déclara Liscia, et les épaules de Tomoe s’étaient détendues.

« Le navire… ? Oh, j’ai compris maintenant, » commenta Yuriga. « C’est le jour du retour de Sire Souma, hein ? »

Souma était parti avec la flotte du Royaume pour une expédition dans l’archipel l'union des archipels du dragon à Neuf Têtes. La nouvelle s’était déjà répandue que le kaiju Ooyamizuchi, qui avait attaqué l’Union de l’archipel, avait été récemment abattu par un assaut combiné des flottes du Royaume et de l’Union de l’archipel. Cependant, le nettoyage après la bataille — qui consistait principalement à dépecer les restes d’Ooyamizuchi — s’était éternisé, empêchant le retour de Souma. Aujourd’hui, il revenait.

Lorsque Tomoe avait parlé de « ce qui s’est passé après », elle faisait référence à la bataille de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes. Yuriga avait pu voir Ooyamizuchi, mais avait été déplacée avant la bataille elle-même, elle était donc curieuse de savoir ce qui s’était passé ensuite.

Tomoe avait cligné des yeux à plusieurs reprises. « Hein ? Ne l’ai-je pas dit ? »

« Non, tu ne l’as pas fait ! J’aurais bien aimé le savoir avant ! » s’exclama Yuriga avant de tirer sur les joues de Tomoe.

« Shtop, shela faish mashl ! » Tomoe protesta.

Liscia avait regardé les deux enfants s’y mettre en riant un peu. « Je vois que vous vous entendez bien, Yuriga. »

« Hein ? ! O-Oui. Nous sommes, Reine Liscia… Votre Majesté, » répondit Yuriga avec tension après avoir libéré Tomoe.

« Juste Liscia, c’est bien. Tu es toi-même une princesse, n’est-ce pas ? »

« Je… ne pense pas que je puisse faire ça. »

« … Est-ce que le fait d’être près de moi te rend tendue ? Suis-je si intimidante ? » Liscia pencha la tête sur le côté en posant des questions, et Yuriga secoua vigoureusement la tête en signe de déni.

« N-Non… Je ressens une certaine ressemblance avec vous, Lady Liscia. C’est comme si vous pouviez voir à travers moi. Comment dire… ? Je n’ai pas de grande sœur, mais je suppose… que je me sens comme une petite sœur quand je suis en face de vous… ? »

Liscia avait été une princesse garçon manqué comme Yuriga, et elles partageaient certains traits de personnalité, comme une tendance à l’obstination qui était améliorée par une pensée souple. Le fait de partager beaucoup de choses en commun avait mis Yuriga quelque peu sur les nerfs.

Tomoe, qui regardait cet échange, s’était gonflé les joues avec colère. « La grande sœur est ma grande sœur ! »

« Je ne disais pas que je voulais devenir sa petite sœur. »

« Oh, pourquoi pas ? Je parie que Père serait ravi d’avoir une autre fille, » déclara Liscia en souriant.

« S’il vous plaît, ne me taquinez pas ! »

 

 

On dit que les femmes sont bruyantes, et c’est pourquoi. Ichiha, qui, étant un homme, sentait qu’il ne pouvait pas suivre la conversation alors qu’il regardait vers la mer. Il avait vu quelque chose s’élever au-dessus de l’horizon et l’avait fait remarquer.

Yuriga loucha dans cette direction. « Est-ce une montagne ? Non, une île ? »

« Héhé, c’est le transporteur de type insulaire Hiryuu. Souma et les autres sont de retour, » déclara Liscia à Yuriga.

Une fois que la chose qui s’élevait au-dessus de l’horizon s’était approchée, Yuriga avait pu dire que c’était un navire en forme d’île. C’était la première fois qu’elle voyait l’Hiryuu, et elle était abasourdie par sa forme. Les autres navires de guerre qui entouraient l’Hiryuu avaient également été aperçus. La splendeur des navires donnait l’impression d’une « grande flotte ». Certains d’entre eux étaient des navires en fer tirés par des dragons de mer, tandis que d’autres étaient en bois renforcé de fer et tiré par des doldons à cornes. Ils étaient de tailles différentes, c’était donc comme une foire de modèles de bateaux. En regardant les drapeaux, certains arboraient l’étendard du Royaume de Friedonia, tandis que d’autres portaient celui de l’Union de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes. D’après le nombre de navires, la quasi-totalité des flottes des deux pays devait être réunie ici.

Yuriga regarda attentivement le spectacle qui s’offrait à elle. Son esprit était en ce moment un tourbillon de points d’interrogation.

La grande flotte qu’elle voyait devant elle était quelque chose que Yuriga, la seule qui n’avait pas été informée de la série d’événements qui se déroulaient dans l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes, ne pouvait pas comprendre. Tout d’abord, elle avait compris que les relations entre les deux pays avaient été orageuses. Elle avait été témoin de la menace connue sous le nom d’Ooyamizuchi, mais elle pensait que la situation diplomatique était une véritable poudrière. C’est pourquoi elle avait supposé que la raison pour laquelle Souma avait envoyé la flotte n’était pas seulement pour tuer Ooyamizuchi, mais pour détruire la flotte de l’Union de l’archipel et prendre le contrôle de la mer. Mais maintenant, sous ses yeux, les flottes du Royaume et de l’Union des îles naviguaient ensemble comme si elles étaient des alliées de longue date. Yuriga était confuse.

Quoi ? Comment les choses ont-elles fini comme ça ? pensa-t-elle. C’était comme si on nous présentait un problème de maths, puis qu’on nous montrait la solution. Elle ne s’attendait pas non plus à la réponse. Yuriga n’avait aucune idée du type d’arithmétique qui pouvait mener au résultat qu’elle voyait. Et… qu’est-ce que c’est que ça ?

Yuriga avait regardé le porte-avions Hiryuu, de type insulaire, au milieu du groupe qui dirige la flotte. C’était la première fois qu’elle le voyait. Pourquoi ont-ils construit un cuirassé géant en forme d’île ? Comment se déplace-t-il sans qu’aucune créature ne le tire ? Des questions auxquelles Liscia et tous les autres avaient depuis longtemps trouvé des réponses lui étaient venues à l’esprit, la plus importante étant…

« Qu’est-ce que c’est que ces os ? »

Un crâne massif occupait l’avant même de l’Hiryuu. Le porteur avait déjà l’air assez étrange avec sa forme d’île, mais cela ne faisait que le rendre encore plus bizarre.

« Je ne sais pas quoi dire… On dirait un nouveau genre de monstre. »

« C’est comme si l’Hiryuu était une grande île et un Kaiju »

Même Liscia et Tomoe, qui connaissaient bien Souma, étaient un peu abasourdies par le crâne gargantuesque qui se trouvait au sommet de l’Hiryuu. Ichiha, un spécialiste du système d’identification des monstres, savait cependant exactement quelles étaient les intentions de Souma.

« C’est le crâne d’Ooyamizuchi, » avait-il dit. « Il est massif, mais sa forme correspond à celle des dragons de mer. Il l’a probablement monté là pour montrer qu’Ooyamizuchi a été tuée avec succès. »

« Je le savais, mais… ça va forcément déclencher des rumeurs bizarres, » Liscia avait affaissée ses épaules d’exaspération.

Il y avait eu beaucoup de rumeurs étranges, comme « l’aventurier kigurumi » (Petit Musashibo), et « la grande ombre noire qui descend sur le château la nuit » (Naden), en raison de Souma et de ses complices. Liscia donnait toujours une remontrance à Souma lorsque cela se produisait, mais ce grand kaiju de type insulaire pourrait en susciter une autre. Il portait aussi des nageoires ressemblant à celles d’un kaiju.

« Ton père ne peut pas s’en empêcher, n’est-ce pas… ? » Liscia avait souri avec ironie et elle l’avait dit à Kazuha, qui tendait la main et roucoulait joyeusement. En regardant à côté d’elle, elle remarqua que Yuriga se serrait la tête. « Qu’est-ce qui ne va pas, Yuriga ? »

« … Je ne sais pas comment je suis censée signaler ce que je vois à mon frère. »

« Hm ? Nous n’avons mis aucune limite à ta capacité d’envoyer des lettres, n’est-ce pas ? » dit Liscia, en lui lançant un regard vide.

Personne n’avait interdit à Yuriga de contacter Fuuga. Ils l’avaient tenu à l’écart des endroits où se trouvaient des informations classifiées et avaient décidé que laisser Fuuga voir le royaume à travers ses yeux lui permettrait de se mettre en échec sans qu’il se sente menacé. La raison pour laquelle elle était autorisée à voir l’Hiryuu, qui lui avait été caché jusqu’à présent, était qu’il avait cessé d’être un secret lorsqu’il fut déployé dans l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes. Même s’ils ne le montraient pas à Yuriga ici, Fuuga finirait par entendre des rumeurs, alors ils avaient décidé qu’il valait mieux qu’elle le voie correctement et qu’elle fasse un rapport précis. De cette façon, les choses ne seraient pas exagérées.

Yuriga avait laissé échapper un petit soupir. « Je le sais, mais… Je n’ai pas l’impression de pouvoir l’expliquer… »

Fuuga serait-il capable de le comprendre correctement alors que la personne qui se tient ici ne le peut pas ? On pourrait poser la même question à propos des deux flottes qui se déplacent ensemble. Il semblait probable qu’il y ait eu une sorte de négociation complexe au-delà de Souma et de son peuple, simplement se battre et gagner, qui avait conduit à cette situation. Est-ce que Fuuga et le Malmkhitan, l’État des steppes, qui avaient à maintes reprises soumis leurs ennemis, seraient capables de combattre et de vaincre un adversaire en utilisant d’autres options ?

Je ne peux pas imaginer que mon frère perde contre le roi Souma, mais… Je pense qu’il serait préférable de ne pas combattre ce pays. Je ne sais pas si je peux transmettre ça, mais je dois le mettre en garde…

C’est ce que Yuriga, qui était une penseuse plus sage et plus souple que Fuuga, avait décidé de faire.

☆☆☆

Histoire postérieure 2 : Vagues -nouveau chapitre-

Partie 1

– Fin du 2e mois, 1549e année, Calendrier Continental – Capitale Impériale, Valois

L’impératrice Maria Euphoria se tenait devant un joyau de Joyau de Diffusion de la Voix. Le récepteur simple placé à proximité montrait l’image du roi Souma A. Elfrieden du royaume de Friedonia.

« Roi Souma, d’abord, permettez-moi de vous féliciter, » dit Maria, en baissant légèrement la tête vers lui. « J’ai entendu dire que vous aviez abattu un grand monstre dans l’archipel du Dragon à Neuf Têtes. Je m’incline devant vous. »

« Non, non, cela n’a été possible qu’avec l’aide de l’Empire. Grâce à vous qui avez fait connaître le danger que représente le Royaume, les îles de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes se sont unifiées, et nous avons pu les entraîner dans une épreuve de force finale avec Ooyamizuchi. Vous avez toute ma gratitude, » déclara Souma en baissant la tête.

Maria avait souri. « Jeanne boude à ce sujet, vous savez ? Elle a dit des choses comme : “S’ils envoyaient leur flotte dans l’archipel du Dragon à Neuf Têtes pour tuer un monstre, j’aurais aimé qu’ils me le disent”, et “J’ai l’air d’une idiote pour avoir laissé entendre qu’ils allaient les envahir”. »

Lors des négociations à Zem, contrairement à sa sœur Maria, Jeanne s’était montrée furieuse de son incapacité à discerner les intentions de Souma à partir des informations limitées dont elle disposait. Cependant, sa colère était plus dirigée contre elle-même que contre Souma. De toute évidence, si les choses s’étaient passées ainsi, ce n’est pas parce que Jeanne avait des lacunes, mais parce que Maria était tout simplement incroyable.

« Il n’y avait juste… aucun moyen de vous le dire à ce moment-là. J’avais besoin de faire du Royaume un ennemi potentiel. Si l’information avait été divulguée, toute la préparation que le Roi Dragon à Neuf Têtes et moi avions faite n’aurait servi à rien. En ce sens, je vous suis vraiment reconnaissant d’avoir compris ce qui se passait. »

« Hee hee, pensez-vous que j’ai pu montrer ma dignité de grande sœur ? Mais je sais que Jeanne a boudé à ce sujet à l’époque. Si je me souviens bien, Sire Hakuya a dû la consoler, n’est-ce pas ? »

« Dans ce cas, je dirai à Hakuya de laisser Madame Jeanne lui faire part de ses plaintes à nouveau à l’avenir. »

« Je vous en prie, faites-le. »

Maria avait décidé de passer à autre chose et de changer de sujet.

« En laissant tout cela de côté, je veux entendre parler de cette Ooyamizuchi qui a attaqué l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes. On dit qu’elle était grosse comme une montagne. On dirait presque un monstre sorti des livres d’histoire. Comment était-elle en réalité ? J’aimerais bien l’entendre. »

« Ah, ha ha… C’est vrai, hein ? Ooyamizuchi était… »

Les yeux de Maria brillaient comme ceux d’une petite fille qui demandait qu’on lui lise un livre d’images. Souriant avec ironie, Souma décrivit ce qu’il avait vu d’Ooyamizuchi, et raconta l’histoire de la confusion des flottes du Royaume et de l’Union de l’Archipel dans la bataille. Maria écoutait attentivement avec des réactions d’émerveillement enfantines lorsqu’elle avait entendu comment la créature avait tiré de l’eau de sa bouche pour faire chavirer plusieurs navires, et avait giflé les navires et la cavalerie wyverne avec ses tentacules tordus.

« Ouf. » Maria avait mis sa main sur ses joues et avait expiré. « C’est un grand monde dehors. Je n’ai jamais imaginé qu’il y avait une créature comme ça. Dangereuse et gargantuesque… Je crois que votre mot pour eux était “kaiju”, Sire Souma ? Je sais que tout cela a dû vous causer beaucoup d’ennuis, mais j’aurais aimé la voir avant qu’elle ne soit tuée. »

« … Je peux comprendre. J’ai eu l’impression d’assister à l’une des merveilles de ce monde. Je pense qu’Ichiha va bientôt rédiger un rapport illustré pour l’encyclopédie, je vous le ferai donc parvenir dès qu’il sera terminé. »

« J’attends cela avec impatience. » Maria souriait joyeusement. En la voyant ainsi, elle était comme une femme joyeuse que l’on pouvait trouver n’importe où. Cependant, une beauté comme la sienne était tout sauf banale. « Pendant que nous sommes sur le sujet, nos informateurs m’ont dit que vous avez utilisé un vaisseau semblable à une île, et contrôlé un dragon mécanique. J’aimerais aussi bien voir ça. »

Maria avait évoqué ces choses comme s’il s’agissait d’un prolongement occasionnel de la conversation précédente, mais Souma s’était raidi dès qu’il l’avait entendue. Hiryuu et Mechadra, hein ? pensa-t-il. Il s’agissait d’armes que le Royaume ne voulait pas encore complètement révéler. Ayant utilisé ces armes de manière aussi voyante, il s’était préparé à ce que d’autres pays les découvrent à temps, mais il comptait sur l’Empire — ou plutôt sur Maria — pour qu’il soit en mesure de recueillir des renseignements.

Souma abaissa ses épaules en signe de résignation. « … Elles sont encore secrètes. Ce sont nos petits tigres, pourrait-on dire. »

« Oh, vous élevez des tigres, Sire Souma ? »

« Non, c’est Fuuga qui a un tigre. C’est une figure de style du monde d’où je viens… Ça veut dire une arme secrète. »

« Une arme secrète, hm ? Ça a l’air passionnant. Mais notre marine est certainement très inquiète. »

« Inquiètes… vous dites ? » demanda Souma, et Maria laissa échapper un léger rire.

« Vous avez utilisé la cavalerie-wyverne en mer, n’est-ce pas ? Je ne suis pas une experte en combat naval, mais à en juger par la panique qui règne dans la marine, je dois supposer que c’est révolutionnaire. Ils s’affairent à mettre au point des contre-mesures comme “Nous devons charger des lance-carreaux antiaériens à répétition sur tous nos navires en même temps !” »

Contre une arme folle comme un transporteur de type insulaire, c’était probablement la seule chose qu’ils pouvaient faire pour le moment.

« Ils pensent ça, hein… ? » répondit Souma, en se grattant maladroitement la joue. « Eh bien, s’ils proposent des contre-mesures, on va juste contrer leurs contre-mesures. »

« Je suis sûre que vous le ferez. Je peux croire que le Royaume n’envahira pas soudainement mon pays, mais les gens qui me servent n’ont pas ce luxe. Si le fait de travailler sur des contre-mesures les aide à se mettre à l’aise, je pense que c’est très bien. »

« Oui. Je n’ai pas l’intention de les utiliser pour envahir d’autres pays, évidemment, mais je pense que notre pays doit préparer son équipement militaire afin de pouvoir répondre au changement prévu de la situation dans le nord. »

« … Il s’agit de Sire Fuuga Haan, n’est-ce pas ? » Maria s’était arrêtée de sourire et avait regardé Souma. Il avait fait un signe de tête.

« Il a augmenté le territoire sous son contrôle en découpant régulièrement des terres du Domaine du Seigneur-Démon. Il laisse les réfugiés revenir, tout en devenant leur protecteur. De plus en plus de gens le félicitent pour ses grandes réalisations. »

« J’en suis consciente. Un certain nombre de mes serviteurs me demandent instamment de reprendre également les terres du Domaine du Seigneur-Démon. Ils craignent que les actions de Sire Fuuga ébranlent l’impression que les gens ont de moi en tant que Sainte, et que ce serait terrible si cela arrivait. »

« … Je sens que vous n’êtes pas enthousiaste à ce sujet. »

« L’Empire est déjà trop grand pour que je puisse le gérer, » dit Maria en riant un peu à ses dépens. « Ce ne serait qu’un territoire de plus que je ne pourrais pas superviser. »

« Je comprends ce sentiment, mais… cela satisfera-t-il vos serviteurs ? »

Contrairement au Royaume, où de nombreux employés talentueux travaillaient pour soutenir le pays, le charisme de Maria avait été un facteur majeur dans la façon dont l’Empire du Gran Chaos contrôlait son vaste domaine. Ses serviteurs avaient dû craindre que ce charisme ne s’estompe. C’est pourquoi il ne sera pas facile de les convaincre… Pensa Souma.

Maria avait baissé les yeux et avait répondu calmement. « Si je ne peux pas les satisfaire, c’est que je n’ai jamais été aussi spéciale. »

Souma ne savait pas quoi dire. Peut-être était-ce le poids de ce qu’elle portait sur ses épaules, mais Maria avait une aura d’illumination sur elle qui démentait son âge.

Puis, comme pour effacer tout le pessimisme, Maria avait tapé dans ses mains. « En y repensant, j’ai entendu dire que vous aviez conclu une alliance maritime avec l’Union de l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes. »

« … On entend beaucoup de choses. J’ai aussi l’intention de l’apporter à la République, » répondit Souma.

« Oh, bonté divine, et vous n’allez pas l’offrir à mon pays ? » dit Maria avec malice, et Souma haussa les épaules.

« Vous dites cela alors que vous devez déjà savoir que l’Empire ne peut pas se joindre à vous, n’est-ce pas ? Si nous devions ajouter le principal signataire de la Déclaration de l’humanité à l’alliance maritime, cela serait considéré comme un prolongement pratique de la Déclaration. Afin de garder nos liens forts secrets, nous ne pouvons pas encore laisser l’Empire nous rejoindre. »

« Pas encore… vous dites. Je m’y attendais, mais c’est quand même malheureux. Si possible, j’aurais aimé que vous deveniez le chef de toutes les nations de l’humanité, Sire Souma. »

« … S’il vous plaît, ne me faites pas porter le fardeau de l’Empire. » Souma soupira, puis regarda Maria avec une expression sérieuse. « L’alliance maritime a été organisée pour être un cadre différent de la Déclaration de l’Humanité, qui est principalement basée sur la terre. Si nous les laissons penser qu’il s’agit d’une autre faction en opposition à l’Empire, alors les nations tierces ne seront pas aussi méfiantes. »

« Oui. Je comprends cela. »

« De plus, même si nous sommes dans des factions différentes, je pense que le Royaume et l’Empire peuvent toujours travailler ensemble quand il le faut, et exercer un pouvoir considérable. »

« C’est vrai. Je suppose que c’est une raison de plus pour maintenir la Déclaration de l’humanité. »Maria fit un signe de tête.

« Quelle est la situation quant à la Déclaration de l’humanité à ce stade ? » lui demanda Souma. « Je sais que nous sommes en partie responsables de cela, mais… Je pense que vous avez perdu des membres après l’annexion de la Principauté d’Amidonia. Cela a-t-il affecté votre influence de quelque manière que ce soit ? »

« Hee hee, vous n’avez pas besoin de vous inquiéter. Il est vrai qu’avec le retrait de la Principauté d’Amidonia, l’adhésion à la Déclaration s’est réduite à mon pays et à ses deux vassaux, à l’État mercenaire de Zem, et à un certain nombre de pays de l’Union des Nations de l’Est, » déclara Maria sans paraître préoccupée. « Cependant, pendant la vague démoniaque, vous avez envoyé des renforts à l’Union des nations de l’Est “à la demande de l’Empire”. Cela a été interprété comme la reconnaissance par le Royaume de Friedonia de la validité de la Déclaration de l’humanité, même si vous ne vous y joindrez pas vous-mêmes. Cela a contribué à garantir ma position de leader de l’alliance. »

« … Je vois. Je suis alors heureux d’avoir été utile. »

« Oui, je suis aussi contente. »

Puis nous avions tous les deux ri.

Une fois qu’elle avait eu fini, Maria avait dit. « Mais avec deux grands camps qui se sont formés comme ça, il est probable que cela va semer la confusion dans les pays qui appartiennent à l’une ou l’autre de nos factions. Je ne m’attends pas à ce que cela affecte le Royaume de l’Esprit de Garlan ou le Royaume des Chevaliers Dragons de Nothung en raison de leur nature fermée, mais il y a l’État papal de l’orthodoxe lunaire, les pays de l’Union des Nations de l’Est qui ne font pas partie de la Déclaration de l’Humanité, et… »

« Et le Malmkhitan, qui étend son influence sous Fuuga. » Souma avait terminé sa pensée.

« Oui. Cela va secouer ces pays. »

De quel côté seraient-ils ? Ou bien ne se rangeraient-ils du côté d’aucun des deux ? S’ils voulaient rester indépendants des deux, ils devraient se donner les moyens de le faire. Ils trembleraient sous l’influence de nombreuses intentions croisées.

Souma avait laissé échapper un petit soupir. « Il est terriblement ironique que ce soit le fait de rester prudent face aux actions de Fuuga et de se préparer qui le stimule à agir… »

Maria avait acquiescé en silence.

☆☆☆

Partie 2

Dans le même temps, dans une région sèche du nord…

Ce jour-là, les forces de Malmkhitan dirigées par Fuuga avaient repris une ville fortifiée. La ville avait prospéré grâce à une oasis qui se trouvait au centre. Les murs étaient un peu bas, ils servaient peut-être moins à protéger des attaquants qu’à empêcher les tempêtes de sable les jours de vent. Fuuga et ses hommes avaient balayé en un rien de temps les monstres qui infestaient la ville. La bataille pour la reprendre avait été moins un siège qu’une extermination de certains monstres qui erraient dans les maisons abandonnées.

Comme l’avait prédit Fuuga, il semblerait que les démons qui avaient brisé la puissance combinée de l’humanité n’étaient qu’au fond du Domaine du Seigneur-Démon. Ses forces avaient déjà repris un certain nombre de villes et de villages de cette envergure auparavant. Elles installaient les réfugiés qui voulaient rester dans les villes et villages, puis, après avoir sécurisé leurs lignes de ravitaillement vers l’Union des Nations de l’Est, se dirigeaient vers la prochaine colonie pour répéter le processus. Il en résulta une marche plutôt détendue.

Bien qu’ils aient repris les terres qui faisaient partie du Domaine du Seigneur-Démon, ils ne contrôlaient pas tant le territoire que des points à l’intérieur de celui-ci, reliés par des lignes de ravitaillement. Ces villes et villages n’étaient pas encore en état de subvenir à leurs besoins, et Fuuga et ses hommes avaient dû utiliser une partie de leurs propres effectifs pour garder les lignes de ravitaillement, ils étaient donc sous la protection de Malmkhitan. La cavalerie de temsbock, très mobile, était vitale pour soutenir ces lignes de ravitaillement. Grâce à tout cela, on pouvait voir les villes et villages repris comme étant effectivement sous le contrôle de Fuuga.

« … Ouf. »

Fuuga était assis sur le bord des murs d’une de ces villes reconquises, regardant le ciel du soir. À cette heure, ils seraient sans doute en train de préparer un festin près de l’oasis pour célébrer la reprise de la ville. Fuuga était l’acteur principal de la reconquête, mais il s’était retrouvé épuisé par le fait d’être constamment entouré de gens ces derniers temps. Il ne voyait pas ses camarades comme une nuisance, mais il voulait parfois un endroit tranquille où il pouvait se détendre seul.

« Est-ce ici que tu es allé, Seigneur Fuuga ? »

« … Oh, c’est toi, Mutsumi, » lui répondit-il.

« Cela inquiète tes partisans quand tu t’éloignes comme ça, » se plaignit Mutsumi alors qu’elle était assise à côté de lui, et Fuuga se gratta la tête.

« Même moi, je veux du temps pour moi. »

« Oh, mon Dieu. J’aurais donc dû te laisser seul ? »

« Tu es différente. T’avoir à mes côtés m’aide à me détendre… Puis-je t’emprunter ta cuisse ? »

« Vas-y. »

Fuuga avait retiré son casque et s’était allongé, en posant sa tête sur la cuisse de Mutsumi.

« C’est assez difficile de répondre aux attentes des autres, hein ? »

« Parce que vous allez toujours au-delà de ce que l’on imagine, Seigneur Fuuga. Cela doit être difficile, vu l’ampleur de leurs attentes. »

« … Pourrais-tu parler normalement quand nous sommes seuls ? »

« Oh, es-tu sûr ? J’aime bien me comporter comme une épouse vertueuse. » Mutsumi avait caressé les cheveux légèrement hérissés de Fuuga avec un petit rire.

Lorsque ses partisans ne pouvaient pas les voir, Mutsumi parlait avec Fuuga de manière plus décontractée. Elle était une figure importante avec qui il pouvait être lui-même.

« Tes disciples m’appellent respectueusement “Ma Dame”. Ils s’inclinent aussi quand je passe. Cela me donne l’impression d’être devenue la reine d’un grand pays. »

« Cela finira bien par arriver. »

« Tu es sûr de toi. C’est pourtant l’un de tes points forts. »

« Je suis plus qu’un simple discours. Le Malmkhitan se développe de jour en jour. » Fuuga avait sorti un livre de son sac en s’asseyant à côté d’eux. « … C’est un peu contrariant que ce qui soutient le contrôle de Malmkhitan, c’est ce livre que Souma nous a envoyé. J’ai l’impression que je lui suis redevable. »

« L’encyclopédie des monstres, n’est-ce pas ? »

Le livre que Fuuga tenait en main avait été co-écrit par Ichiha Chima, le frère cadet de Mutsumi, et Hakuya, le Premier ministre du Royaume de Friedonia. Souma et Maria soupçonnaient que les démons et les monstres étaient différents. Pour cette raison, Souma avait rendu public le contenu de cette encyclopédie et s’employait à la diffuser afin que les pays voisins du Domaine du Seigneur-Démon ne confondent pas les deux lorsqu’ils prenaient contact avec eux. Il en avait notamment envoyé une copie à l’Empire du Gran Chaos, au Malmkhitan et au Royaume de Lastania où se trouvait Julius.

Fuuga grogna en feuilletant l’Encyclopédie des monstres. « C’est sûr que c’est bien monté. En plus, avec ce livre, nous ne devons pas seulement compter sur les lignes de ravitaillement des villes que nous avons reprises, nous sommes aussi capables de collecter de la viande comestible et des composants utilisables des monstres que nous tuons. »

Parce que c’était le Domaine du Seigneur-Démon, il grouillait de monstres qu’il fallait chasser pour protéger les lignes de ravitaillement. Grâce à la possibilité de se procurer de la nourriture et des composants, les marchands qui voulaient des composants de monstres envoyaient des aventuriers le long des lignes de ravitaillement, et cela constituait une source précieuse de ressources et de financement pour rendre aux villes reconquises leur ancien mode de vie. Au fond, il n’était pas exagéré de dire que le territoire de Fuuga était soutenu par l’encyclopédie.

« J’ai été surpris d’apprendre que ce truc a été écrit par ton petit frère que Souma a ramené avec lui. »

« Moi aussi. Je pensais qu’il voyait les choses différemment des autres, mais même moi, sa sœur, je ne me doutais pas qu’il avait un tel don. Hee hee, Père doit être hors de lui et frustré en ce moment. »

Souma avait rendu publique l’Encyclopédie des Monstres pour atteindre un objectif plus vaste, mais il aurait pu faire fortune en vendant les informations qu’elle contenait au coup par coup. En d’autres termes, Ichiha, que beaucoup avaient supposé être le seul des frères et sœurs sans talent, avait en fait été une oie d’or. Le duc Chima serait mortifié de savoir qu’il l’avait laissé filer — même s’il n’avait jamais découvert lui-même le don du garçon.

« Même une fois qu’il sera diplômé, je doute qu’Ichiha retourne dans le duché de Chima. Je suis sûre qu’il sera aussi plus heureux de cette façon. »

Quand elle avait dit cela, Fuuga avait éclaté de rire.

« Je lui réserverai un accueil chaleureux s’il vient chez nous. Mais s’il est avec quelqu’un qui publiera cette information au lieu de la cacher, alors c’est suffisant. Mais quand même… L’œil de Souma pour les gens est effrayant. » Le sourire de Fuuga s’était effacé et son expression était devenue sérieuse. « C’est comme s’il voyait des choses que je ne peux pas voir. »

« C’est vrai. En tant que sœur, je lui suis reconnaissante d’avoir évalué avec précision la valeur d’Ichiha. »

« Hé, maintenant, tu es ma femme, d’accord ? »

« Oui, mais je suis aussi la sœur d’Ichiha. »

« Soupir… Oui, j’ai juste l’impression que Souma et moi, on ne s’entend pas. »

De la même manière que Souma se méfiait de Fuuga, Fuuga se méfiait de quelque chose qu’il trouve impénétrable chez Souma.

« … L’autre jour, j’ai reçu un rapport de Yuriga sur les activités de Souma. »

« Et que fait-il ? »

« Apparemment, il a envoyé une flotte jusqu’à l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes, » répondit Fuuga

Mutsumi avait cligné des yeux. « Veux-tu dire que le Royaume est entré en guerre avec l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes ? »

« Non, ce n’est pas ça. On dirait que la raison pour laquelle il a envoyé la flotte était pour qu’ils puissent coopérer avec l’Union de l’Archipel pour tuer un monstre massif. Elle dit que c’était de la taille d’une montagne. »

« … Pour tuer un monstre ? Alors, ce n’était pas une guerre. »

« Oui. Le Royaume ne s’est pas emparé de la moindre île. Tu penses qu’un gars comme lui travaillerait gratuitement comme ça ? Et puis il y a aussi ce “navire-île” et ce “dragon mécanique” dans le rapport de Yuriga. Elle n’a pas vu le dragon mécanique elle-même, mais il y a des rumeurs. Honnêtement… Je ne comprends rien à tout ça. »

Fuuga avait laissé échapper un grand bâillement.

« Le Malmkhitan est un pays de steppes. Je n’avais jamais vu la mer jusqu’à tout récemment. Je pensais que c’était bien. Mon but était de rendre le Malmkhitan assez fort pour devenir la puissance dominante sur ce continent, c’est pourquoi je ne me suis pas intéressé au monde de l’au-delà, mais… si Souma va activement en mer, cela a retenu mon attention. Non pas que cela fasse une différence. Nous ne savons rien de la mer. Ça ne m’intéresse pas non plus. »

Comme Souma l’avait espéré, Fuuga n’accordait pas beaucoup d’importance à l’activité navale. Il pouvait penser qu’il était suspect que Souma se lance en mer, mais les pays du continent étant reliés par voie terrestre, il s’imaginait qu’une armée supérieure le laisserait dominer le continent.

Fuuga avait regardé le ciel, formant sa main en un poing, et il avait déclaré. « Je crois que ceux qui peuvent le mieux courir sur cette terre domineront cette époque. C’est pourquoi j’utiliserai toutes mes forces pour courir aussi loin que possible. »

« Oui. C’est pourquoi tout le monde te suit. Moi y compris, bien sûr. »

« C’est bien vrai ! … Mais, bon, laisse-moi me reposer un peu pour l’instant, veux-tu bien ? »

Ainsi, la tête reposant sur la cuisse de Mutsumi, Fuuga avait fermé les yeux.

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Illustrations

Fin du tome 13.

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6 commentaires :

  1. Merci pour tout ses tomes. J’attends le suite du tome 13 avec impatience.

  2. Merci pour votre travail.
    Hâte d'avoir la suite des chapitres!

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