Genjitsushugisha no Oukokukaizouki – Tome 12

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Chapitre 1 : La fille du Lion

Partie 1

J’avais grandi en regardant son grand dos…

Mon père était un grand homme, mais la taille des choses qu’il portait sur ses épaules le faisait paraître encore plus grand qu’il ne l’était en réalité. Il avait porté le pays et les gens qui y vivaient sur ses épaules alors qu’il faisait face à nos ennemis, il avait servi la famille royale à un niveau supérieur au sien et à lui-même.

Père croyait qu’ils protégeraient la nation, et que protéger la nation protégerait à son tour sa propre famille. Il était maladroit et ne passait pas beaucoup de temps à la maison, mais en tant que sa fille, j’étais quand même fière de lui. Fière de son grand dos — le dos d’un homme sur lequel tout le monde comptait et qu’il respectait.

Lorsqu’il se battait pour défendre quelque chose, ses prouesses martiales écrasaient n’importe quel ennemi. J’admirais et j’aspirais moi-même à être comme ça. C’est ce désir d’être comme lui un jour qui m’avait conduite à vivre le chemin d’un guerrier. Au début, Père n’approuvait pas qu’une femme comme moi cherche la force, mais quand je lui avais demandé de m’enseigner, il avait répondu avec sincérité. Il m’avait entraînée et m’avait permis de le regarder diriger ses troupes.

Il n’avait jamais été doué pour les mots, mais j’avais l’impression qu’il m’avait raconté beaucoup d’histoires pendant nos séances d’entraînement. Au début, il me frappait, mais chaque fois qu’il se retenait un peu moins, j’avais l’impression qu’il me louait en me disant : « Tu es devenue plus forte. » Mais il ne l’avait jamais vraiment dit à voix haute…

En fin de compte, je n’avais pas réussi à le battre une seule fois, mais je pense que j’avais fini par être forte. Mais maintenant… Le père qui m’avait appris à vivre comme un guerrier n’était plus.

Il avait été capturé comme traître et était mort en prison. Père avait soulevé une rébellion contre la famille royale qu’il avait tant aimée et respectée — qu’il avait mis sa vie en danger pour la servir — et il avait été capturé dans la guerre qui avait suivi. Finalement, il s’était suicidé. La renommée qu’il avait acquise avait été perdue, et tout ce qui restait était l’infamie de cet acte de trahison.

J’étais dans un pays étranger quand j’avais appris le sort de mon père. Voyez-vous, avant d’élever sa rébellion, il nous avait reniés — sa famille — et nous avait envoyés hors du pays. C’était probablement pour que si la rébellion échouait… Non, parce qu’il savait que la rébellion échouerait, il ne voulait pas que nous soyons tenus responsables de ses actes. Peut-être Mère pouvait-elle sentir sa sinistre détermination, parce qu’elle lui avait obéi sans le laisser voir ses pleurs. J’étais prête à arrêter mon père, même si cela signifiait devoir le combattre, mais j’avais été rendue inconsciente par une attaque-surprise. Quand j’étais revenue à moi, j’étais déjà à l’étranger et je ne pouvais pas revenir.

Lorsque j’avais appris le décès de mon père, j’avais pleuré. Assez pour la part de ma mère aussi, alors qu’elle ne l’avait admirablement pas fait. Puis, après avoir pleuré de tout mon cœur, je m’étais levée. Je voulais savoir ce que mon père avait vraiment l’intention de faire. Même si la façon dont le trône avait changé de mains avait été terriblement soudaine, je ne pouvais pas imaginer que mon père, si empli de loyauté envers la famille royale, aurait déclenché une rébellion.

Je ne savais pas comment était le nouveau roi — je crois qu’il s’appelle Souma —, mais la princesse Liscia, dont mon père s’était occupé tout autant que moi, était avec lui. La princesse soutenait le roi Souma et avait envoyé plusieurs lettres à mon père pour lui demander de discuter directement avec lui. Mais Père n’avait jamais répondu. Il avait alors commencé la rébellion, et était même allé jusqu’à se faire un ennemi de la princesse.

Personne qui connaissait mon père n’aurait jamais pu l’imaginer en train de le faire. Il n’aurait jamais mis la princesse en danger. C’est pourquoi je savais qu’il devait y avoir un motif secret derrière la rébellion de mon père. Je voulais savoir ce que c’était. En tant que sa fille… La fille de Georg Carmine.

◇ ◇ ◇

Le nom du père avait résonné dans tout le pays comme un guerrier de talent supérieur. Le duché du Carmine était en grande partie constitué de terres gagnées sur le royaume d’Amidonia à l’époque où le père de la reine Elisha, le roi régnant avant le roi Souma, était au pouvoir. Ces terres saisies, toujours habitées par ses anciens citoyens, n’auraient pas pu être gouvernées par un individu sans cœur. Il va sans dire que mon père, chef de la Maison de Carmine et dirigeant élu du duché, n’était pas un homme ordinaire.

Finalement, avec le décès du roi, une crise de succession avait éclaté, se terminant avec Lady Elisha comme seule survivante de la famille royale. C’est alors que son mari, le roi Albert, avait pris le trône. Père était ami avec le roi Albert depuis longtemps, et il avait une grande confiance en lui.

Respecté par le peuple, et craint par les Amidoniens. C’était mon père, Georg Carmine.

*

— Le 6e mois, 1545e année, Calendrier continental —

*

Cela s’était produit environ un an avant la convocation du roi Souma.

Lorsque votre domaine se trouve à la frontière d’un État hostile, vous ne savez jamais quand vous pourriez être pris dans les feux de la guerre. En fait, Randel, la ville centrale du Duché de Carmine, était si proche de Van, la capitale de la Principauté d’Amidonia, qu’il était juste de dire qu’ils étaient sous le nez de l’autre. Pour cette raison, des troupes étaient stationnées en permanence à la frontière et surveillaient de près les mouvements de l’autre côté. Bien que cela ait pu contribuer à prévenir tout conflit majeur, les escarmouches à la frontière étaient encore fréquentes.

Sous le règne du roi Albert, il semblerait qu’ils aient insulté notre pays comme étant « épris de paix », mais cela ne pouvait pas être plus éloigné de la vérité. Ce jour-là, on avait signalé des affrontements à petite échelle près d’un pont situé à proximité de la frontière. Père avait pris son second, Sire Beowulf, et s’était précipité à cheval sur les lieux. Comme j’avais insisté, j’avais été autorisée à les accompagner également.

« Bien qu’il n’y ait eu aucun décès selon le rapport, la magie a été utilisée, et il y a eu des victimes. Actuellement, les forces des deux côtés se regardent de part et d’autre du pont. » Beowulf avait fait un rapport sur la situation alors que nous nous dirigions vers le site.

« Est-ce que ce sont les deux parties qui ont utilisé la magie ? » Père avait demandé.

« Oui, monsieur. » Beowulf avait fait un signe de tête. « Il semble que ce soit le cas. »

« … C’est bien, alors, » soupira mon père. « Si nos forces les attaquent trop fort, nous pourrions finir par donner à la Principauté des excuses que nous n’avons pas besoin de leur fournir. »

Personnellement, je n’avais pas été satisfaite de cette réponse.

« Père, pourquoi devons-nous faire preuve d’une telle considération envers la Principauté ? Leur pays n’a-t-il pas seulement la moitié de la puissance et des troupes que le nôtre ? » avais-je affirmé.

« Lady Mio, c’est… ! » Beowulf avait essayé de dire quelque chose, mais Père avait levé la main pour le faire taire.

« Mio, tu viens de parler du pouvoir et du total des troupes, n’est-ce pas ? » demanda mon père.

« Oui. »

« Penses-tu que ce royaume peut se permettre de combattre la Principauté maintenant ? » demanda-t-il, me regardant pour ma réponse.

« Fais-tu référence à la crise alimentaire ? Je pense que nos adversaires sont tout aussi touchés par cette crise, » répondis-je.

« Il n’y a pas que la nourriture, » avait-il réfuté. « Les blessures laissées par la crise de la succession n’ont pas encore cicatrisé. Des graines de mécontentement ont pris racine chez les membres des classes des nobles et des chevaliers. »

« Veux-tu dire que certains nous trahiraient pour rejoindre la Principauté ? » demandai-je.

C’était absurde. La principauté avait dû être frappée encore plus durement par la pénurie de nourriture — elle n’avait presque pas de terres fertiles. Il est certain que personne ne ferait défection dans un tel pays.

C’est ce que j’avais pensé en regardant mon père, mais il avait encore soupiré. « Non, ils ne peuvent pas nous trahir ouvertement. Cependant, il est tout à fait possible qu’ils hésitent à coopérer, qu’ils transmettent des informations à l’ennemi, qu’ils n’envoient pas l’aide nécessaire à nos alliés, ou qu’ils retardent délibérément leur réponse aux ordres. »

« Se livreraient-ils à ce genre de… farces enfantines ? » Je les avais réprimandés.

« Individuellement, ces petites trahisons peuvent ne pas être graves. Mais lorsque beaucoup d’entre elles se chevauchent, elles ébranlent le cadre de notre pays. Albert… Sa Majesté s’efforce désespérément de les maîtriser en ce moment, » déclara-t-il.

« … Dis-tu que le Royaume ne peut pas présenter un front uni contre la Principauté en ce moment ? » demandai-je.

Père avait fait un signe de tête et avait affirmé : « Parce que Sa Majesté a épousé dans la famille royale, il ne peut pas faire mieux que de calmer ce mécontentement. Si nous voulons que ce pays redevienne vraiment un, nous devrons compter sur la prochaine génération pour le faire. »

« La prochaine génération… Veux-tu dire la princesse Liscia ? J’ai entendu dire qu’elle est très sage, » déclarai-je.

« Elle peut être inflexible et un peu trop active par moments, » déclara Père, un sourire ironique sur son visage.

Malgré son éducation, la princesse Liscia avait été diplômée de l’école d’officiers, et elle apprenait maintenant de mon père tout au long de son service. En raison de la façon dont mon père considérait la famille royale, j’avais l’impression que son attitude envers elle était plus paternelle que tout ce qu’il m’avait montré, sa vraie fille. Il y a longtemps, j’avais été bouleversée par cette situation et j’avais soulevé la question avec ma mère. Elle en avait bien ri.

« Il est plus facile d’être ouvert à ses sentiments et de faire l’éloge de la fille d’une autre famille. Il n’y a pas dans ce cas la responsabilité d’être parent. Tu comprendras quand tu seras grande, » m’avait-elle dit.

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Partie 2

Je ne pouvais pas le comprendre à l’époque, mais à partir du lendemain, le temps que Père passait à m’entraîner s’était un peu allongé. Mère avait dû lui dire ce que je ressentais. Il n’avait jamais rien dit à ce sujet, mais il avait dû décider qu’un entraînement prolongé serait sa réponse. C’est alors que j’avais réalisé que mon père était une personne gênante.

Mais la princesse Liscia, hein ? Bien que nous apprenions tous deux de mon père, en raison de ma position d’héritier de la Maison Carmine, il ne voulait pas que je m’implique trop dans l’armée, donc j’avais peu de contacts avec elle. J’étais incroyablement jalouse qu’elle ait pu travailler à ses côtés.

« On le voit maintenant, » nous avait dit Beowulf. Ses paroles m’avaient ramenée à la raison.

Au loin, des gardes étaient postés des deux côtés du pont, se regardant mutuellement. L’ambiance était si tendue que si un soldat tirait son épée, ou même lançait une pierre, cela pouvait déclencher un nouvel affrontement.

« Ohh, Duc Carmine. »

Remarquant l’arrivée de mon père, les soldats du Royaume s’étaient séparés pour lui ouvrir un chemin. Il semblait qu’un représentant de la Principauté venait d’arriver lui aussi. Lorsque nous avions touché le sol au niveau du pont, un beau jeune homme aux yeux froids était apparu du côté de la Principauté. Il s’était approché de notre côté, flanqué de guerriers costauds.

« Vous devez être Sire Georg Carmine, » dit le jeune homme en levant les yeux vers mon père. « Je suis Julius, prince héritier d’Amidonia. Au nom de mon père, je suis venu mettre fin à ce trouble. »

S’il était prince héritier, cela faisait-il de lui le fils de Gaius VIII, l’actuel prince souverain d’Amidonia ? Il semble que, la capitale étant si proche d’ici, un membre de la famille princière soit venu s’occuper personnellement de la situation.

« En effet, je suis Georg Carmine, » répondit mon père. Il y avait une dignité solennelle à sa voix, mais Julius n’avait pas réagi.

« C’est une perte de temps, alors j’aimerais aller droit au but, » déclara Julius de manière impartiale et bureaucratique. « Notre pays n’a pas l’intention d’attaquer le vôtre en ce moment. Nous voyons cet affrontement comme le résultat de la perte de contrôle des soldats. Et vous ? »

Même si des soldats avaient été blessés des deux côtés, ses paroles étaient aussi froides que ses yeux. Pourtant, mon père n’avait pas tardé à répondre.

« … Nous sommes du même avis. »

« Puis-je alors demander que les deux parties retirent leurs troupes ? » demanda Julius.

« Très bien, » déclara Père.

« Père ! » m’étais-je exclamée. « Tu es vraiment d’accord avec ça ? Il y a des blessés. Si on ne dit pas clairement qui est responsable, alors… »

« Retire-toi, Mio. » Mon père m’avait jeté un regard perçant. J’avais avalé le reste de mes paroles.

« Hmph, » grogna Julius. « Si nous devions essayer d’attribuer le blâme, la dispute se poursuivra à l’infini. C’est une perte de temps. Les étincelles de mécontentement couvent toujours en nous, après tout. »

Il y avait une hostilité visible dans les yeux de Julius. Père s’était rapidement avancé et avait dit. « C’est vrai. Je doute qu’aucun de nous ne désire une guerre totale. »

« … ! » Son ton n’avait pas été menaçant. En fait, il avait gardé sa voix calme. Et pourtant, je pouvais dire que le poids de la présence digne de Père avait fait déglutir Julius. « Compris… Nous ferons attention à ne pas en provoquer une. »

« Oui. Nous devrions l’être tous les deux. »

Père et Julius s’étaient regardés, puis chacun avait tourné le dos à l’autre, comme pour dire que la discussion était terminée. Nous avions évité une guerre totale pour l’instant, alors les blessés des deux côtés avaient été emmenés pour être soignés.

Soudain, un jeune homme s’était précipité tout seul du côté de la Principauté.

« S’il vous plaît, attendez ! » s’écria-t-il.

L’homme, qui ne portait ni armure ni uniforme, était grand et maigre, et me donnait l’impression d’être une sorte de bureaucrate.

« Colbert. » Les sourcils de Julius s’étaient plissés en le regardant. Son visage semblait dire : « Pourquoi es-tu ici ? »

L’homme appelé Colbert se précipita vers Père et mit ses mains devant lui. « Je suis Gatsby Colbert, un fonctionnaire chargé des finances de la Principauté d’Amidonia. »

« … Hmm. » Père se retourna et regarda Colbert. « Je suis Georg Carmine. Que me voulez-vous? »

« Ah… ! »

Pendant un moment, Colbert avait semblé effrayé par l’atmosphère qui se dégageait d’un guerrier comme mon père, mais il avait rassemblé son courage et avait regardé dans les yeux de lion de mon père.

« L’attaque de votre soldat a détruit un hangar à bateaux utilisé par les habitants de notre domaine ! Nos pêcheurs en dépendent pour leur subsistance, et nous exigeons une compensation ! » déclara Colbert.

« … Sur quelle base prétendez-vous que cela a été fait par nous ? » Père demanda.

Colbert avait sorti un morceau de papier de sa poche. « Nous avons confirmé qu’il y a des lacérations causées par la magie du vent sur le site. Nos gardes-frontières peuvent contenir des personnes qui utilisent la magie du feu ou de la terre, mais nous n’avons aucun utilisateur de magie du vent. De plus, nos soldats ont attesté que des personnes de votre côté utilisaient la magie du vent. »

Le père regarda tranquillement les documents présentés, puis il s’était mis à renifler. « … Très bien. Nous allons payer pour réparer le hangar à bateaux. »

« Je vous remercie. Pouvons-nous faire une estimation du coût ? » demanda Colbert.

 

 

« Je me fie à votre jugement, » déclara Père.

« Compris. »

Après avoir échangé ces quelques mots, mon père était revenu et je lui avais demandé. « Est-ce que ça va d’admettre la faute si facilement ? »

« Il n’y avait aucune hostilité envers le Royaume dans les yeux de ce jeune homme, » dit le père, en laissant échapper un petit rire. « Il pensait simplement à ceux qui avaient été blessés. Même sous mon regard, ses yeux sont restés inébranlables. Il avait la volonté de me regarder dans les yeux. C’est la preuve qu’il n’avait rien à cacher. »

Père croisa les bras et regarda Julius et Colbert s’éloigner côte à côte.

« Le prince héritier est un souverain calculateur, capable de gérer les choses avec pragmatisme, tandis que ce bureaucrate n’a pas peur de faire connaître son opinion, même aux militaires. L’Amidonia a également produit de jeunes gens prometteurs. Il semble… que nous ne pouvons pas nous permettre de baisser nos gardes. »

C’est alors que j’avais brûlé dans mes yeux l’image de ces hommes que mon père avait regardés avec déférence.

*

« Mio, j’ai entendu dire que tu avais du mal à te concentrer sur tes leçons sur la gestion d’un domaine. » Sur le chemin du retour, Père m’avait appelée.

« Urkh... J’avoue que ce n’est pas mon meilleur sujet…, » répondis-je.

« Soupir… Mais tu n’es pas un mauvais guerrier. »

Bien que j’aie été heureuse qu’il me reconnaisse comme un guerrier, ce soupir m’avait donné l’impression d’être appelée pour mes défauts — c’était terriblement conflictuel.

« Il est difficile d’être le seigneur d’un grand domaine quand toutes tes compétences sont de type martial. Mon propre père me disait toujours cela. »

« Grand-père t’a dit ça ? »

« Oui. Il fut un temps où mes compétences étaient aussi purement martiales. Je m’appuyais sur ma femme pour me soutenir, et pendant une longue période, je m’y suis habitué, mais… il semble que mon sang coule dans tes veines. »

« … Je suis désolée. »

Mère était une femme d’une grande sagesse, et comme Père était souvent absent de la maison dans le cadre de ses fonctions, c’est elle qui s’occupait effectivement de l’aspect administratif des choses. On m’avait souvent dit que je ressemblais à ma mère quand elle était jeune, mais je n’avais apparemment pas hérité de son penchant pour les affaires domestiques.

« S’il le faut, faisons appel à un mari qui sait gérer l’administration interne ! » avais-je dit.

« … Oui, je suppose que c’est comme ça que ça va se passer. » Père regarda le ciel. « Je prie pour que ce soit un bureaucrate avec une bonne colonne vertébrale, comme ce jeune homme. »

En entendant le ton de résignation dans la voix de mon père, je n’avais rien pu dire. Et, alors que Sire Beowulf écoutait notre échange, un sourire s’était dégagé sur son visage alors qu’il réprimait un rire.

◇ ◇ ◇

Cependant, le jour où j’hériterais du duché du Carmine n’était jamais venu. Trois ans s’étaient écoulés depuis lors.

« Je m’en vais maintenant, maman, » avais-je dit, avec deux longues épées attachées à mon dos et un casque intégral tenu sous mon bras.

Ma mère m’avait jeté un regard un peu troublé. En posant une main sur sa joue, elle soupira. « Mio… Tu n’as pas besoin de te mettre en danger pour lui, tu sais ? Je suis sûre qu’il ne voudrait pas non plus que tu le fasses. »

« … Peut-être pas. Mais je ne veux pas le laisser comme ça. » J’avais mis une main sur l’épaule de ma mère alors que sa queue de lion s’affaissait. « Peu importe comment les choses ont fini, je crois que Père s’est battu avec détermination. C’est pourquoi je veux connaître la vérité. Si je découvre qu’il voulait vraiment vaincre le roi actuel, alors… »

« Mio, ton père ne voulait pas qu’on se fasse prendre… »

« Je sais cela. Mais j’ai déjà pris ma décision, » lui avais-je répondu en la regardant dans les yeux.

Avec un autre soupir, elle avait dit. « Une fois que tu t’es fixée sur quelque chose, tu ne veux pas plier. Cet entêtement doit venir de ton père. »

« Bien sûr. Je suis sa fille, après tout. »

« Je vois… » La mère avait baissé la tête. « … Dans ce cas, fais ce que tu veux. »

Elle me regarda à nouveau, maintenant avec une force étincelante dans les yeux.

« J’accepterai le résultat que ta détermination apportera. Si tu dis que l’obstination est due à son sang, alors c’est ma propre détermination. En tant qu’épouse, et en tant que mère. »

« Mère… »

J’avais senti quelque chose de chaud monter dans ma poitrine, et les larmes avaient presque commencé à couler. J’avais mis mon casque pour me protéger le visage avant de lui tourner le dos.

« Je jure que je sortirai victorieuse. Alors, mon souhait sera exaucé. »

« … S’il te plaît, ne prends pas plus que ce que tu peux supporter, Mio. »

Avec ces mots de ma mère, j’avais quitté la maison.

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Chapitre 2 : Invitation

Partie 1

— Fin du 8e mois, 1548e année, Calendrier continental — Château de Parnam —

« D’accord, Kazuha. Dis “ahhh”. » J’avais porté la petite cuillère à sa bouche. Mastication.

C’était la nuit d’une série de journées chaudes. Liscia et moi étions dans sa chambre, en train de nourrir les jumeaux. Les jouets de Kazuha étaient couverts de bave, et elle mâchouillait à peu près n’importe quoi, mais pour ce qui est de la nourriture pour bébé, elle ne mangeait que si je la mettais dans sa bouche. Une fois qu’elle l’avait mise dans sa bouche, elle souriait et la mangeait, même si elle en faisait tout un plat. Peut-être qu’elle aimait juste être nourrie. Je ne sais jamais ce que les bébés pensent… Mais ils sont mignons.

Maintenant que nous leur donnions plus de nourriture pour bébés, je pourrais même aider à nourrir les jumeaux. Bien que, selon le docteur Hilde, il était préférable de leur donner du lait maternel après qu’ils aient mangé leur nourriture pour bébé comme supplément nutritionnel, c’est pourquoi, à côté de moi, Liscia allaitait Cian.

Cela faisait environ huit mois que les jumeaux étaient nés, et ils avaient tous les deux une chevelure pleine, de la même couleur que celle de Liscia. Ils pouvaient maintenant ramper, et Kazuha en particulier allait toujours quelque part, ce qui inquiétait Liscia et Carla.

Cian, quant à lui, bien qu’ayant appris à ramper, était généralement plus détendu, jouant avec des animaux en peluche et des blocs de bois. Il s’asseyait là, les retournait, les regardait, les frappait, léchait les coins arrondis des blocs et mâchonnait légèrement les oreilles de ses peluches. Cian ne semblait pas être un bébé énergique, mais Kazuha était tout le contraire. Elle chargeait et le retournait, ou le chevauchait comme un bébé tortue sur le dos de la tortue mère. La nuit venue, ils dormaient tous les deux profondément.

Quand j’avais fini de nourrir Kazuha, j’avais demandé à Liscia. « Elle a fini de manger. Es-tu prête à échanger ? »

« Oui. Je crois que Cian a eu son compte. Faisons un échange, » répondit Liscia.

« D’accord. »

J’avais pris Cian à Liscia, puis j’avais déposé Kazuha dans ses bras en retour. Kazuha avait immédiatement commencé à téter le sein de Liscia, comme si elle avait un estomac séparé pour le lait. Pendant ce temps, Cian, qui était maintenant rassasié, commençait à somnoler.

« … Mangez bien, dormez bien et grandissez en bonne santé. »

« Hee hee, tu parles comme un vrai père, » dit Liscia en riant.

« Eh bien, oui, je suis après tout le vrai père de ces enfants. » Bien que nous partagions un moment de paix, j’avais poussé un soupir. « Mais je ne vais pas pouvoir les voir pendant un moment après ça, hein ? »

« … Tu vas dans ce pays, n’est-ce pas ? » demanda Liscia.

J’avais hoché la tête et j’avais dit. « J’ai reçu l’invitation avant le mariage. J’aurais pu refuser, mais… J’ai peur de laisser le problème sans réponse. J’ai d’autres raisons de partir aussi, donc au final… »

« J’aimerais y aller avec toi, mais je ne peux pas, n’est-ce pas ? » demanda Liscia.

« … Ouais. Quand je pense à ce qui pourrait arriver dans le pire des cas… »

« Je comprends, mais… c’est vraiment frustrant, » dit Liscia, en baissant la tête. « Pour être honnête, c’est un problème que je devrais régler. En tant que personne qui a appris sous ses ordres. »

En mettant mon bras autour d’elle, je lui avais murmuré. « Je ne peux pas t’emmener à cause des enfants. Nous prendrons toutes les précautions, bien sûr, mais c’est un pays étranger, nous ne pouvons pas être sûrs que rien ne se passera mal. »

« Bien… »

« Eh bien, je pense que cela devrait durer une semaine au plus cette fois-ci. Je ferai aussi ce que je peux pour la question qui te concerne, » déclarai-je.

« … Ne sois pas imprudent. Tu dois aussi revenir sain et sauf pour le bien des enfants, » déclara Liscia.

« Je le sais. »

Nous nous étions ensuite rapprochés l’un de l’autre pendant un certain temps.

◇ ◇ ◇

Le lendemain, au bureau des affaires gouvernementales du château de Parnam.

« Le “Grand tournoi d’arts martiaux” à Zem ? » demanda Aisha, comme si elle était la représentante de tous ceux qui y étaient réunis. Il y avait sept personnes dans la salle, dont moi, trois de mes reines, Aisha, Roroa et Naden, le Premier ministre Hakuya, mon entraîneur personnel et mon conseiller, Owen, et le père de Hal, Glaive Magna.

Mis à part Liscia, à qui j’en avais parlé hier, la raison pour laquelle Juna n’était pas là est que je l’avais envoyée à la Cité Lagune. L’État maritime situé à l’est, l’Archipel du Dragon à Neuf Têtes Union, était devenu plus actif ces derniers temps, et Excel était en train de rassembler des informations sur les raisons de cette modification.

J’aimerais pouvoir me concentrer sur l’est, mais maintenant l’ouest aussi… Pendant que je pensais à ça, Roroa avait croisé les bras et avait dit. « J’ai déjà entendu parler de ça. Tout le pays s’implique dans le tournoi. »

L’État mercenaire de Zem avait été fondé et dirigé par le commandant des mercenaires, également nommé Zem. C’était un pays robuste. Sa géographie était encore plus montagneuse que celle de la région d’Amidonia, et il disposait de forces mercenaires (qui n’était qu’un nom pour son armée nationale) capables de repousser toute attaque étrangère. Ils proclamaient leur éternelle neutralité, tout en gagnant des devises étrangères en passant des contrats avec d’autres États pour l’envoi de mercenaires. D’une certaine manière, il aurait été juste de les appeler un État militaire.

Il était encore frais dans ma mémoire que, pendant la rébellion que Georg Carmine avait mise en scène, les nobles corrompus avaient engagé des mercenaires zémishs. Cependant, aussi acculés qu’ils fussent, les meilleurs qu’ils aient pu engager étaient des mercenaires de troisième ordre qui ne valaient pas grand-chose lorsqu’on leur demandait une rançon. Hakuya m’avait dit plus tard : « Si ce sont les forces d’élite de Zem qui étaient venues, cela ne se serait pas terminé par une si petite offensive. »

« Zem n’est pas du genre à organiser des festivals année après année comme nous le faisons, alors ils doivent mettre beaucoup de passion dans ce tournoi, » poursuit Roroa. « Les commerçants seront là, et l’argent changera aussi de mains. »

« Mais tu ne devrais probablement pas nous utiliser comme base de comparaison, » déclarai-je.

Depuis que nous avions adopté toutes les religions du royaume comme religions nationales et que nous avions organisées de leurs festivals, comme le Festival de l’Annonce du Printemps, des événements majeurs, nous avions célébré beaucoup plus souvent. Il se passait toujours quelque chose, mois après mois.

Aisha avait levé la tête sur le côté et avait demandé. « Hum… Cela signifie-t-il que nous allons inscrire quelqu’un à ce tournoi ? »

« Ahh, non, non. L’actuel roi des mercenaires, Gimbal de Zem, a envoyé une invitation pour venir assister à la finale. Cependant, cette invitation est arrivée avant le mariage. » J’avais déposé la lettre que j’avais reçue devant tout le monde. « Elle a été remise à Owen et Herman qui surveillaient la frontière ouest pendant que nous étions à l’Union des Nations de l’Est. N’est-ce pas, Owen ? »

« Oui, monsieur. » Owen m’avait fait un signe de tête solennel. Le vieil homme était normalement énergique au point d’être agaçant, mais aujourd’hui il parlait peu, et sa pâleur semblait moins bonne. Je savais pourquoi, alors j’avais décidé de continuer sans aborder le sujet.

« Hakuya, que penses-tu que le roi Zem cherche à faire ici ? » demandai-je.

« Il veut renouer les relations diplomatiques avec notre pays après que nous ayons mis fin à leur contrat de mercenaires. Pour ce faire, il veut montrer la puissance de ses mercenaires. »

« Alors, c’est une démonstration de force ? » demandai-je.

« Oui. Le meilleur résultat pour lui serait de nous forcer à signer un autre contrat, mais, à défaut, il veut démontrer la force de son pays, et nous montrer à quel point ils peuvent être un ennemi terrifiant. »

« Mon chéri, tu vas dans un pays avec lequel nous n’avons même pas de relations diplomatiques, juste pour ça ? » Roroa s’était approchée, l’air insatisfait. « Ne peux-tu pas l’ignorer ? »

« Eh bien, l’ignorer complètement serait un problème, mais j’avais l’intention de décliner poliment. C’est juste que… certaines circonstances ont fait que ce n’est plus une option, » avais-je dit en affaissant mes épaules. « Tout d’abord, la personne qui a délivré l’invitation est un problème. »

« La personne ? Qui ? »

« Mio Carmine. Elle est la fille de l’ancien général de l’armée, Georg Carmine. »

« Quoi ? Lady Mio, vous dites !? » s’exclama Glaive.

Pendant la rébellion, Glaive, qui s’était tenu aux côtés de Beowulf en tant que bras droit et bras gauche de Georg, avait été envoyé pour aider à prendre les choses en main une fois la rébellion terminée. Je lui avais confié le vieux château de Georg à Randel, ainsi qu’une partie de son ancien domaine. Cependant, même après avoir reçu le château de Randel, Glaive n’avait pas choisi d’y habiter, il avait plutôt choisi de régner à partir d’un manoir dans la ville du château. J’avais pris cela comme une preuve que son respect pour son ancien commandant n’avait pas faibli.

Lorsque le nom de la fille unique de Georg était apparu, Glaive avait semblé perdre son calme. Il contourna Owen, qui avait été le premier à accepter la lettre. « Sire Owen. Êtes-vous certain que le messager était Lady Mio ? »

« … Presque certain. Le messager était une chevalière qui avait la queue qui la marquait comme une femme bête de type lion, et elle portait deux longues épées sur son dos. J’ai aussi reconnu sa façon d’agir. »

« Comment cela a-t-il pu arriver… ? » Glaive pressa une main sur son front.

Georg avait rompu les liens avec sa femme et sa fille pour éviter qu’elles ne soient tenues pour responsables de sa rébellion, et les avait fait quitter le pays. Afin d’honorer ses souhaits, je n’avais jamais cherché à les retrouver toutes les deux. Si leur emplacement était découvert, il y aurait des personnes qui voudraient s’en débarrasser ainsi que d’autres individus qui tenteraient de les utiliser à leur profit.

Mais maintenant que sa fille était supposée être à Zem, je m’étais demandé ce qui l’avait conduite là-bas, entre autres. Glaive ne pouvait pas s’empêcher de s’inquiéter pour elle. Et, malheureusement pour lui, il y avait plus d’informations préoccupantes.

« En ce qui concerne Mio, elle a apparemment gagné son chemin jusqu’à la finale du Grand Tournoi d’Arts Martiaux. »

« Elle quoi ? »

« C’est impressionnant, mais… quel est le problème ? » Naden avait mis sa tête sur le côté. « Si elle se cachait dans le pays avec une rancune contre toi… Je comprendrais que tu considères cela comme une menace, mais sa participation à un tournoi d’arts martiaux dans un autre pays ne devrait même pas être un problème, n’est-ce pas ? »

La question de Naden était prévisible. Mais les choses n’étaient pas aussi simples.

« Cela a à voir avec la situation particulière à l’intérieur de Zem, » avais-je dit. « Hakuya, explique-nous s’il te plaît. »

« Par votre volonté. » Hakuya se plaça devant la carte sur le mur, et désigna Zem. « Je crois que vous savez tous que leur pays a été fondé par Zem, qui était appelé le roi mercenaire. Pendant une période de chaos sur le continent, alors que l’empereur Manas s’élevait dans l’Empire du Gran Chaos, les dirigeants de nombreuses villes se disputaient l’hégémonie sur cette terre. »

« Alors, comme l’Union des nations de l’Est maintenant ? »

« Oui, semblable à cela. C’était une terre sujette aux conflits, de sorte que ceux qui se trouvaient dans l’incapacité de trouver du travail ou qui perdaient leur maison dans les feux de la guerre survivaient en travaillant comme mercenaires. Lorsque les différents seigneurs ont commencé à rassembler ces individus pour se battre dans leurs guerres, cela a jeté les bases de l’industrie des mercenaires. »

J’avais été impressionné par l’explication de Hakuya. C’était donc l’histoire derrière tout ça, hein ?

☆☆☆

Partie 2

« Mais… » Hakuya avait continué. « Les mercenaires de l’époque étaient comme des esclaves de combat, qu’on jetait sur un coup de tête. Les gens gémissaient sous la pression de la guerre, et les mercenaires étaient mécontents de la façon dont ils étaient traités comme des déchets. Au milieu de tout cela, Zem est apparu avec une rare aptitude à commander les gens, et des compétences martiales dont il pouvait être fier. Il a mené les mercenaires opprimés dans une rébellion, prenant les villes les unes après les autres, et il a construit un État indépendant pour tous. »

C’était une série d’événements spectaculaires qui ressemblait à l’intrigue d’un film. En fait, il y a eu une dramatisation appelée les Chroniques de Zem, et elle a apparemment été très populaire. Quand j’avais entendu cette histoire, ce qui m’était venu à l’esprit, c’était la façon dont les hommes avaient suivi Fuuga. Zem devait être un grand homme d’un calibre similaire.

Hakuya avait poursuivi en expliquant. « En raison de la façon dont le pays a été fondé, ils accordent plus d’importance à “être fort” qu’à toute autre chose. »

« Oh, hey, ce n’est pas si différent des valeurs nationales en Amidonia, hein ? » dit Roroa.

« Oui. » Hakuya avait fait un signe de tête. « Mais j’ajouterais que si Amidonia pensait : “Nous devons être plus forts que ceux qui nous ont fait du tort, afin de pouvoir nous venger”, Zem pense plutôt : “Si tu es fort, tous tes souhaits seront exaucés”. »

« Si vous êtes fort, tous vos souhaits seront exaucés ? N’est-ce pas un peu trop simpliste… ? » Aisha avait penché la tête sur le côté à l’idée, mais Hakuya avait simplement haussé les épaules et il avait continué son explication.

« Ils pensent que Zem a construit le pays sur la force, et que c’est ainsi qu’il est devenu roi. Ils devraient se concentrer sur le charisme qui lui a permis d’unir une bande de mercenaires indisciplinés, mais… eh bien, je suppose qu’il n’y a rien à faire à ce sujet. »

« Après tout, c’est la façon dont les gens eux-mêmes voient les choses, » avais-je ajouté.

Aisha semblait comprendre et elle hocha la tête. « Je vois… »

« Cette idée se manifeste tout simplement dans le prix de la victoire au Grand Tournoi d’arts martiaux, » déclara Hakuya. « Le prix est “le droit de voir son souhait exaucé”. »

Lorsqu’ils avaient appris que le prix était le droit à un souhait, tout le monde l’avait regardé d’un air absent. Quand je l’avais moi-même entendu la première fois, j’avais été stupéfait, pensant que c’était un prix terriblement vague. Mais quand j’avais entendu les détails, j’avais été choqué par le ridicule de ce pays.

« Il est évident que ce doit être un souhait qui peut être exaucé. Ils ne peuvent pas accorder des souhaits impossibles comme celui de ramener les morts à la vie. Cependant, si c’est un souhait qui peut être exaucé par les gens, ils peuvent l’exaucer. Si vous souhaitez de l’“argent”, par exemple, ils paieront le gagnant jusqu’à une limite prédéfinie. Si vous souhaitez des “femmes”, vous pouvez littéralement prendre n’importe quelle femme comme épouse, » déclara-t-il.

« « « Pas question ! » » »

Les filles avaient l’air en colère. Elles avaient dû se sentir mal pour les femmes forcées d’épouser un homme qu’elles n’aimaient pas. Mais l’inverse est également possible. Si une femme gagnait, un homme pouvait être forcé de l’épouser. Quand je regardais des femmes puissantes comme mes propres femmes, je me demandais s’il y avait beaucoup d’exemples passés de cela. Mais je ne voulais pas remuer le nid de frelons, je n’en avais pas parlé.

« L’un des souhaits possibles est aussi de “devenir roi”, » déclara le Premier ministre.

« Quoi, ils peuvent aussi être roi !? » demanda Aisha.

« Oui. Comme je viens de le dire, le pays valorise la force. Le peuple veut que le roi de Zem soit le plus puissant de tous les guerriers. À cette fin, quiconque veut devenir roi peut recevoir comme prix le droit de défier le roi actuel. S’il est capable de le vaincre, le challenger monte sur le trône en tant que nouveau roi et hérite du nom de famille Zem. »

« Incroyable… »

C’était vraiment un pays qui reconnaissait la force brute comme un moyen de changer les régimes politiques. J’avais entendu dire que leur roi actuel, Gimbal de Zem, était monté sur le trône de cette façon. Bien qu’il ait porté le nom de Zem, il n’avait aucun lien de sang avec le premier roi mercenaire.

« C’est un miracle qu’ils puissent diriger une nation de cette façon. » Glaive croisa les bras et gémit.

« Il semble que le roi ne contrôle que les affaires militaires et extérieures, alors que les affaires intérieures sont gérées par la bureaucratie, » répondit Hakuya. « Même s’il y a eu un changement de roi, les bureaucrates ne changent pas, ils sont donc capables de maintenir le bon fonctionnement des choses. »

« Mais si c’est le cas, la bureaucratie ne deviendrait-elle pas trop puissante ? » demanda Glaive.

« Parce que la force est tellement valorisée, les bureaucrates comme moi seraient les plus bas des bas, et ils les font travailler comme des esclaves. J’ai entendu des histoires où un bureaucrate était engagé dans la corruption, et le roi mercenaire est allé chez lui personnellement et l’a tué avec tous leurs subordonnés. »

Que diable ? On dirait un extrait de The Unfettered ***gun. Nan, je suppose qu’il serait le roi des mercenaires sans entraves, hein ?

« Mais que se passe-t-il si un méchant gagne ? Peut-on laisser quelqu’un comme ça être roi ? » demanda Naden.

Hakuya avait fait un signe de tête. « Oui. S’ils peuvent juste gagner, n’importe qui peut devenir roi. Cependant, s’ils sont trop méchants, ils le défont en un rien de temps. »

« Hm ? Que voulez-vous dire ? » demanda Naden.

« Parce que c’est un pays de mercenaires, les gens ont un fort sentiment d’indépendance, et les rébellions arrivent facilement. Si le roi est excessivement tyrannique, il sera rapidement destitué. Même s’il est le plus fort des guerriers, il ne peut pas faire face seul à des soulèvements répétés, » répondit Hakuya.

« Eh bien, s’ils gagnent, leur souhait peut être exaucé, dans certaines limites, de sorte que personne ne voudra avoir toutes les limitations qui viennent avec le fait d’être roi, » avais-je commenté. « Ils s’attireraient beaucoup d’ennuis. »

« Hmm, c’est un assez bon système, hein ? » répondit Naden, impressionnée.

Mais l’était-ce vraiment ? J’avais l’impression que c’était un pays qui existait en raison d’un équilibre délicat. Avec un peu d’élan, tout pourrait s’effondrer. Mais même sans cela, les temps changeants pourraient aussi finir par détruire cet équilibre. C’est ce que j’avais ressenti. Leur pays serait sûrement laissé à la traîne par le flux des âges.

Lorsque je m’étais levé, tout le monde s’était tourné vers moi.

« Donc, maintenant que vous avez tous entendu, vous pouvez voir pourquoi nous ne pouvons pas l’ignorer comme un simple tournoi. De plus, on dit que la fille de Georg, Mio, est toujours dans la course, » déclarai-je.

Tout le monde avait dégluti à l’unisson. La possibilité que la fille de Georg ait une rancune contre le Royaume, et qu’un souhait soit potentiellement exaucé était une réelle menace.

« En fonction de ce qu’elle souhaite si elle gagne, cela pourrait affecter ce pays. Si elle devenait roi alors qu’elle nourrit encore du ressentiment à l’égard du royaume… »

« Vous seriez en train de regarder un autre État ennemi. Comme nous l’étions, » déclara Roroa en soupirant. Je lui avais fait un signe de tête.

« De toute façon, on ne sait pas ce que pense Mio, et ça m’inquiète. Je dois aussi aller voir Zem pour savoir quelles sont ses intentions. » Puis, en regardant mes camarades, j’avais dit. « Maintenant, quant à savoir qui m’accompagnera, je veux limiter le plus possible le nombre de personnes dans l’intérêt de la sécurité et de la mobilité. Tout d’abord, je veux demander à Aisha et Naden. Je vais probablement compter sur elles pour me protéger. »

« D’accord. Je comprends. »

« Compris. »

Elles avaient toutes les deux fait un signe de tête. Ensuite, j’avais regardé vers Glaive et Owen.

« Je voulais amener Glaive pour sonder les intentions de Mio, car c’est une vieille connaissance. Mais nous ne pouvons pas laisser partir l’homme qui dirige la Force de défense nationale terrestre quand je serai hors du pays. À sa place, j’aimerais qu’Owen, qui la connaît aussi, m’accompagne. »

« Oui, monsieur. Je comprends. »

« … Je suppose que c’est ainsi que cela doit être. Ne voulez-vous pas prendre mon fils ou Ruby ? » Glaive me demanda, et je secouai la tête.

« Si je devais amener deux dragons avec moi, ils ne seraient probablement pas très contents. Je laisse ici Ruby pour pouvoir prendre Naden. Si c’est Hal tout seul, je ne vois pas l’intérêt de le forcer à venir. Sa première femme, Kaede, est également enceinte, donc je pense que je vais me passer de lui cette fois-ci. »

« Je vois… Sire, prenez soin de Lady Mio…, » déclara Glaive.

Je pouvais voir la tension sur son visage. Il semblait terriblement inquiet pour Mio.

« Je ferai de mon mieux pour l’envisager. »

« … Je vous en prie, faites. » Glaive déclara cela en reculant un peu.

« Ah ! » Roroa avait pris la parole. « Dans ce cas, pourquoi ne pas essayer d’amener Colbert ? »

« Colbert ? »

« Tu sais que la principauté d’Amidonia et le duché des Carmines étaient voisins, n’est-ce pas ? Avec tous les affrontements le long de la frontière, mon frère et Colbert ont dû rencontrer les Carmines à plusieurs reprises pour régler les choses. »

« Oh, oui… ? »

Des relations hostiles peuvent créer des liens inattendus, hein ? Si tout ce que j’avais, c’était des gens comme Owen, qui étaient proches des Carmines, ils la regarderaient peut-être à travers des lunettes teintées de rose. Si je voulais vraiment savoir ce que Mio pensait, il valait mieux regarder les informations sous plusieurs angles différents.

« Je comprends. J’amènerai aussi Colbert. »

« Nyahaha, je dirigerai le département des finances pendant l’absence de Colbert. » Roroa avait un sourire heureux. Son sens financier était au-dessus de tout, mais elle était encline à prendre des décisions à haut risque et à haut rendement. J’avais l’impression qu’elle était un bon équilibre avec Colbert, qui tenait plus fermement les cordons de la bourse, mais… est-ce que ça allait aller ?

« Ne fais rien de trop fou, d’accord ? » lui avais-je dit. « Ne fais pas pleurer Colbert quand il rentrera à la maison. »

« Ce n’est qu’une semaine, n’est-ce pas ? Ça va aller. »

Était-il normal de faire confiance à ce sourire innocent ? Quoi qu’il en soit, les membres de mon entourage avaient été choisis maintenant, alors…

« Et… Hakuya, » je m’étais adressé à lui.

« Oui, monsieur. »

« J’aimerais que tu te prépares pour l’autre raison pour laquelle nous allons à Zem, » déclarai-je.

« Oui, monsieur. Je comprends. » Hakuya m’avait fait un salut ample.

Tous les ordres avaient été donnés. Il ne restait plus qu’à voir ce que Zem nous lancerait… Espérons que tout cela puisse être réglé pacifiquement, d’une manière ou d’une autre. Je ne pouvais que prier pour que ce soit le cas.

☆☆☆

Chapitre 3 : L’État mercenaire de Zern

— Un jour du 9e mois, 1548e année, Calendrier continental —

« Soupir… Ce n’est vraiment que des montagnes, hein ? » avais-je dit en regardant le paysage depuis le dos de Naden.

Nous étions dans le ciel de l’État mercenaire de Zem, en route pour assister à la finale du Grand Tournoi d’arts martiaux. Une wyverne volait à nos côtés, transportant une gondole qui contenait Aisha et les autres membres de notre entourage. Naden et moi avions fait un tour en gondole au début, mais le paysage à l’extérieur était si beau que Naden avait dit qu’elle voulait aller nager dans le ciel. J’avais fini par l’accompagner pour sa petite promenade en plein air.

Notre vue était vraiment à couper le souffle. La région d’Amidonia était elle-même assez montagneuse, mais les montagnes de Zem étaient grandes, hautes, et elles brillaient de bleu quand on les regardait de loin. Il y avait des colonies éparpillées dans les clairières des montagnes, et je pouvais voir les gens élever des animaux laineux blancs qui ressemblaient à des moutons ou des lamas. Vous savez, je ne serais pas surpris de voir une certaine « Fille des Montagnes » ici.

J’avais caressé le dos de Naden en lui demandant. « Qu’en penses-tu, Naden ? Est-ce que ce genre de paysage montagneux te met plus à l’aise ? »

« Me demandes-tu cela, car la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon est entièrement composée de montagne ? » me demanda Naden.

« Oui. Les seuls qui se trouvent près de Parnam sont de taille moyenne et sont la source de notre eau, » répondis-je.

« Je n’y ai jamais pensé, tu sais… Le Dracul lui-même est plat, et après tout, je ne suis vraiment allée dans les montagnes que pour chasser, » répondit-elle.

« Oh, oui, » m’étais-je rappelé. « La viande de cerf que j’ai mangée dans ta grotte était délicieuse. »

Il n’avait pas un goût trop prononcé de gibier et la viande était molle. J’aimerais bien en manger à nouveau.

« Héhé, aimerais-tu que je te retrouve un jour à la chasse ? » demanda Naden.

« Ce serait bien. J’aimerais le manger à nouveau, en utilisant de la sauce soja et du gingembre pour me débarrasser complètement de ce caractère de gibier. Oh ! Mais ne reviens pas couverte de sang, d’accord ? Si tu provoques un tumulte dans le château, je vais avoir droit à une longue réprimande de Liscia, » répondis-je.

« Bien reçu… Je ne le sais que trop bien, » déclara Naden.

Alors que nous bavardions tranquillement, notre destination était apparue au loin. Il y avait un vieux château qui s’élevait dans les montagnes, c’était le château blanc de Zem. Soit dit en passant, l’endroit que le château surplombait s’appelait aussi la ville de Zem. C’était également là que se trouvait le Colisée où se dérouleraient les finales.

En tant que plus grand héros de leur pays, le nom de Zem avait été utilisé sur tout, de la ville elle-même aux plats qui y étaient cuisinés. En le regardant du point de vue d’un étranger, cela semblait excessif, mais cela montrait simplement à quel point les habitants de ce pays pensaient que le premier roi mercenaire Zem était grand.

« Puis-je supposer que ce château est l’endroit où nous allons ? » demanda Naden.

« Ceux de Zemish ont dit d’atterrir dans la cour, » répondis-je.

« Nous n’allons pas nous faire attaquer soudainement, n’est-ce pas ? » demanda Naden.

« Ils ne feraient probablement pas une chose aussi stupide, mais… si cela arrive, envolons-nous, » lui avais-je assuré.

Un seul cavalier sur wyverne s’était envolé vers nous depuis la direction du château. Il s’était approché de Naden, puis il avait levé sa main pour me saluer.

« Je suppose que vous devez être le roi Souma de Friedonia et son entourage ! » déclara le cavalier. « Je suis venu sur ordre du roi de Zem pour vous accueillir ! Je vais vous guider, alors suivez-moi s’il vous plaît ! »

« Compris. Passez devant, » répondis-je.

Nous avions suivi le cavalier-wyverne et avions survolé les murs du château pour atterrir dans la cour. Naturellement, les lanceurs de carreaux à répétition antiaériens ne nous avaient pas visés. Il n’y avait pas de fleurs dans la cour, juste des figures de plâtre d’hommes machos, et des colonnes de soldats qui étaient des masses musclées, essayant d’avoir l’air non moins coriaces.

J’avais sauté en bas alors que Naden reprenait sa forme humaine, et Aisha était sortie de la gondole de la Wyverne qui avait atterri avec nous et s’était précipitée vers moi. « Votre Majesté, faites attention de ne pas vous séparer de Madame Naden et moi. »

« Je sais… Je compte sur vous pour me protéger, Aisha, Naden, » déclarai-je.

« Compris. »

Nous avions combattu les mercenaires zemishs lors de la bataille contre les nobles corrompus. Rien ne garantissait qu’aucun des soldats alignés ici n’avait fait partie de ceux qui avaient été contraints de payer une rançon pour leur libération. Aussi, j’avais confié au vieil homme Owen la tâche de protéger Colbert. Nous avions aussi amené d’autres gardes, et nous avions aussi fait venir en douce un certain nombre de membres des Chats Noirs.

« Faites place ! » Une voix s’était fait entendre.

La ligne de soldats dans la place s’était scindée en deux. Une fois qu’ils l’avaient fait, un seul homme avait traversé la foule. C’était un homme grand et musclé, avec un regard acéré. Son physique était assez semblable à celui d’Owen.

L’homme se tenait devant moi, et avait écarté ses grands bras. « Il est bon que vous veniez à Zem, Sire Souma, roi de Friedonia. »

« Et vous êtes… Sire Gimbal ? » demandai-je.

« En effet. Je suis Gimbal Zem, » répondit-il.

« Merci pour l’invitation, Sire Gimbal, Roi de Zem. »

Je lui avais serré la main en tant que représentant du groupe. Si Gimbal en avait eu envie, il aurait pu facilement écraser la mienne, mais il s’était retenu et il s’était contenté d’une poignée de main un peu ferme.

J’avais présenté Aisha et Naden à Gimbal. « Sire Gimbal, voici mes femmes, Aisha et Naden. »

« C’est un honneur de vous rencontrer, Sire Gimbal. » Aisha mit la main sur sa poitrine et s’inclina.

Naden avait fait de même. « C’est un honneur de vous rencontrer. »

Gimbal semblait impressionné par elles deux, caressant sa petite barbichette. « Il semble que vos femmes soient de belles et fortes guerrières. Surtout Madame Aisha. Si vous participiez au tournoi d’arts martiaux, vous auriez peut-être une chance de gagner. Si vous pouviez gagner et qu’elles me battent, vous pourriez même devenir le roi de ce pays. »

Il avait dû trouver l’aura qu’Aisha dégageait en tant que guerrière très stimulante, car il y avait un regard quelque peu provocateur dans les yeux de Gimbal. Aisha l’avait regardé droit dans les yeux et l’avait fait face.

« C’est un honneur de vous rencontrer, mais je suis plus heureuse dans le Royaume… aux côtés de Sa Majesté, » avait-elle répondu. « Je n’ai aucun souhait à faire valoir à Zem. »

La façon dont Aisha avait pu dire cela avec tant d’audace était vraiment inspirante. Aisha pouvait être un peu décevante une fois que la nourriture était en jeu, mais en tant que guerrière, elle était toujours si vaillante et belle que je ne pouvais pas m’empêcher de tomber à la renverse pour elle.

En entendant sa réponse, Gimbal avait ri de bon cœur. « Est-ce un fait ? Eh bien, je vois qu’elle vous aime beaucoup. »

« Elle est trop bien pour moi, » déclarai-je.

« Maintenant, vous devez être fatigués en venant ici. S’il vous plaît, reposez-vous d’abord dans votre chambre, » déclara Gimbal.

« Je vous remercie, » déclarai-je.

L’homme avait tapé deux fois dans ses mains. Quand il l’avait fait, une personne en armure s’était avancée parmi les soldats et s’était agenouillée devant nous. Je ne pouvais pas voir son visage, mais la forme de l’armure indiquait que c’était une femme. Elle avait enlevé son casque, et l’avait tenu sous son bras. Elle était un peu plus âgée que moi, avec des traits bien équilibrés, et des oreilles de chat perchées sur ses cheveux blonds un peu sombrent.

« Ah ! Je le savais… ! » s’exclama Owen, qui était un peu en retrait par rapport à nous autres.

Alors, cette femme bête de type chat est-elle Mio ? Est-ce la fille de Georg, Mio Carmine ? Le dimorphisme sexuel était un trait de nombreuses races d’hommes-bêtes, mais cette femme était bien plus jolie que tout ce que j’aurais pu imaginer vu la tête de lion sévère de son père.

Gimbal avait mis la main sur son épaule et lui avait dit. « Vous pouvez passer votre temps comme vous le voulez jusqu’à la finale de demain. Si vous souhaitez visiter la ville du château, elle sera votre guide, alors, n’hésitez pas à le lui demander. Elle participe au tournoi, mais j’ai entendu dire qu’elle venait du Royaume, alors je lui ai demandé de m’aider. »

Oui, elle est certainement du Royaume…

« C’est un honneur de vous rencontrer. Je m’appelle Mio, » déclara-t-elle.

La fille avait levé la tête et m’avait regardé droit dans les yeux.

 

 

*

« Il n’y a aucun doute là-dessus. C’est bien la fille du Duc Carmine, Madame Mio, » déclara Owen avec un regard triste.

Après avoir fait visiter nos chambres à chacun, j’avais rassemblé mes compagnons clés dans la pièce qui nous avait été attribuée, à moi et à mes reines.

« Oui, c’était bien la fille de Sire Carmine. Je l’ai rencontrée à de multiples reprises, » avait convenu Colbert, qui l’avaient plus ou moins confirmé.

Mio, la fille de Georg le traître. S’il l’avait désignée comme notre guide, il était presque certain que Gimbal savait qui elle était. Il était clair que Mio complotait quelque chose en prenant part à ce tournoi. Mais quel était l’angle d’attaque de Gimbal, qui nous avait mis en contact avec elle de cette façon ? Leurs plans étaient-ils les mêmes ?

« Qu’en pensez-vous ? Colbert ? » avais-je demandé à Colbert, l’intellectuel du groupe.

Colbert porta un doigt à sa bouche pendant qu’il réfléchit. « Bien que je l’aie déjà rencontrée dans le passé, nous n’étions pas amis et je ne peux donc pas vous dire ce que pense Madame Mio. Mais… si Sire Gimbal complotait quelque chose, vous vous seriez attendu à ce qu’il réagisse lorsque vous et Madame Mio vous êtes rencontrés. »

« Réaction ? Comme un regard complice ou autre chose ? » demandai-je.

« Ou un sourire forcé, peut-être. Mais je n’ai pas non plus vu cela. Il est tout à fait possible que les intentions de Madame Mio soient tout aussi impénétrables pour Sire Gimbal. » Colbert croisa les bras et gémit. « Même si elle est la fille du Duc Carmine, Madame Mio est toujours originaire du Royaume. Aux yeux de Sire Gimbal, elle doit apparaître comme une personne suspecte qui a encore des liens avec nous. Il semble que Madame Mio ait gagné le tournoi, alors peut-être s’est-il arrangé pour que vous vous rencontriez tous les deux afin d’évaluer votre réaction ? »

« Il vérifiait si nous étions secrètement liés à Mio ? » avais-je dit avec un soupir. « Si c’est ce que c’était… ses craintes sont infondées. »

Avait-il examiné nos motivations, de la même manière que nous avions examiné les siennes ?

« Oui, tout à fait. » Colbert fit un signe de tête. « Mais cela prouve que Sire Gimbal n’a pas non plus la pleine compréhension des intentions de Mio. »

« … Donc tout se résume à ce que pense Mio, hein ? » demandai-je.

Si elle gagnait le tournoi, un vœu lui serait accordé. Mais à quoi servait sa participation ? Quel était exactement le vœu qu’elle souhaitait voir exaucer ?

« Hrm... Si elle en veut à Souma, peut-être qu’elle veut la “tête de Souma” ? » Naden avait déclaré ça si simplement que j’avais senti un frisson dans mon cou.

« Est-ce un souhait que Zem peut exaucer ? » demandai-je.,

« Je doute qu’elle puisse le demander directement. Cependant, si elle demandait “le trône de Zem” et qu’elle battait Sire Gimbal pour devenir la reine de Zem, elle pourrait déclencher une guerre avec nous chaque fois qu’elle le voudrait. Naturellement, compte tenu de la taille relative de Zem, il leur serait difficile de gagner une guerre contre nous seuls. » C’était l’analyse sobre de Colbert.

Eh bien, notre pays se coordonnait avec l’Empire et la République, donc même si elle avait forcé l’État pontifical orthodoxe lunaire à nous attaquer avec elle, nous pourrions toujours les repousser. Mais si elle n’attaquait pas directement, et qu’elle fomentait plutôt des troubles à l’intérieur du pays, prêtant des mercenaires aux dissidents et encourageant les attaques terroristes, ce serait une douleur.

« Donc si quelqu’un qui en veut au Royaume s’emparait du trône de Zem, il aurait toutes sortes de moyens de nous harceler, hein ? » Je pensais à voix haute.

« Pour commencer, Madame Mio vous en veut-elle au moins, Sire ? » demanda Aisha. « Elle avait un peu de détermination dans les yeux quand elle vous a regardé plus tôt, mais rien de tel que les émotions sombres que l’on attend de quelqu’un qui regarde l’assassin de son père. »

« Maintenant que tu le dis… tu marques un point, » déclarai-je.

S’il y avait une quelconque hostilité ou intention meurtrière, un guerrier comme Aisha n’aurait pas manqué cela. L’expression de Mio à l’époque — ses yeux, en particulier — était pleine de détermination. Je ne ressentais ni colère ni haine. Lorsque j’avais rencontré Julius à Van après la guerre avec la Principauté d’Amidonia, son dégoût pour moi était palpable. Même s’il gardait la tête froide, ce genre d’émotions n’était pas quelque chose que l’on pouvait complètement supprimer.

« C’est donc encore plus difficile à comprendre. Que veut exactement Mio ? » demandai-je.

« Madame Mio, comme le Duc Carmine, n’a qu’une idée en tête… » déclara Owen avec une expression douloureuse. « On pourrait croire qu’elle est aussi têtue et obstinée que lui avec cet esprit unique. Une fois qu’elle a une idée en tête, elle fait tout ce qu’il faut pour maintenir le cap. Même si c’est un chemin de carnage, et qu’elle peut tomber en cours de route… »

« … Ce père et cette fille sont un couple de causeurs de douleurs, » avais-je dit, en me grattant l’arrière de la tête et en essayant de trouver une solution. « Je suppose qu’il ne reste plus qu’à lui parler directement, hein ? C’est notre guide, après tout. »

« Va-t-elle se joindre à nous? » demanda Naden, et j’avais fait un signe de tête.

L’« esprit unique » dont parlait Owen et l’absence d’« émotions sombres » qu’Aisha avait détectée m’avaient amené à croire qu’elle n’allait pas me tuer dès qu’elle verrait une ouverture.

« Quel que soit le souhait de Mio, elle gagnera d’abord le tournoi, puis essaiera ouvertement de le faire réaliser. C’est pourquoi je veux essayer de lui parler autant que possible avant, » déclarai-je.

« N’est-ce pas… dangereux ? » demanda Aisha.

« Ne t’inquiète pas, Aisha. Bien sûr, je te garderai à mes côtés ainsi que Naden en tout temps pour me protéger et pouvoir nous échapper. Si Mio essaie de me faire du mal, tu l’arrêteras pour moi ? » demandai-je.

« Laissez-moi faire. » Aisha se frappa la poitrine d’une main. « Je peux voir que Madame Mio est une guerrière très compétente, mais j’ai gagné un tournoi de mon côté dans le Royaume. Je ne la laisserai pas poser un doigt sur vous ! »

« Si ça devient risqué, je te prends dans ma bouche et je m’enfuis dans le ciel. » Naden avait mis ses mains sur ses hanches et avait gonflé sa poitrine. Mes femmes étaient si fiables.

Colbert avait ouvert la bouche, un regard pensif sur son visage. « Dois-je… aussi aller un peu de mon côté ? »

« Vous, Colbert ? » demandai-je.

« Comme je viens de l’ancienne Principauté d’Amidonia, elle se méfie peut-être moins de moi que quelqu’un du Royaume. Il serait plus facile pour elle d’adresser ses plaintes à quelqu’un qui fait également partie d’une faction hostile, » répondit Colbert.

J’avais compris ce qu’il disait. Elle aurait peut-être laissé échapper une plainte.

« Je vous suis reconnaissant, mais ne vous surmenez pas trop, » avais-je dit. « Si quelque chose devait vous arriver, il n’y aurait plus personne pour contrôler Roroa, vous savez ? »

« … Je pourrais vous dire la même chose, Sire, » déclara Colbert.

En voyant le sourire ironique de Colbert, tout le monde avait acquiescé. Hein ? C’est comme ça qu’ils me voient tous ? C’était un peu gênant, alors je m’étais éclairci la gorge et j’avais continué.

« Quoi qu’il en soit, ne soyez pas négligents, » déclarai-je.

« « « Oui, sire ! » » »

☆☆☆

Chapitre 4 : Mio

Partie 1

« La ville de Zem s’est développée autour du Colisée au centre de la ville, » expliqua Mio, pointant vers l’imposant Colisée alors qu’elle ouvrait la voie.

C’était une structure massive et austère rappelant le Colisée romain — probablement plus grande que le château de Zem lui-même. Les sculptures de pierre sur les murs étaient également un spectacle à voir. Le fait que la grande majorité était constituée d’hommes portant des épées était révélateur de la croyance de ce pays en la suprématie des muscles sur tout le reste.

Aisha, Naden, Owen, Mio et moi étions tous venus dans la ville du château. Tout le monde était habillé normalement, sauf moi, mais je me démarquais si je portais mon uniforme militaire comme lorsque j’avais rencontré Sire Gimbal, alors je m’étais changé pour quelque chose de plus léger — comme ce que pourrait porter un aventurier.

Mio avait poursuivi son explication alors que nous regardions avec admiration le majestueux Colisée. « Cette structure est antérieure à l’ascension du premier roi mercenaire Zem, qui remonte au pays qui existait avant la fondation de Zem. Les mercenaires qui vivaient dans ce pays avaient un statut inférieur. Ils étaient traités comme des esclaves de guerre et risquaient leur vie pour n’importe quoi si vous aviez de l’argent. Certains mercenaires qui avaient des problèmes financiers étaient obligés de mettre leur vie en danger en tant que gladiateurs dans ce même Colisée. »

« Ils en ont fait un spectacle ? » avais-je dit : « Je ne peux pas… Je vois… Zem a rassemblé tous leurs griefs et s’est levé, hein ? Font-ils encore ce genre de massacres là-bas ? »

« Non. Il y a des spectacles où les gens combattent des animaux sauvages et des monstres des donjons que d’autres ont attrapés pour prouver leur force, mais il n’y a plus de batailles à mort entre les gens, » répondit Mio. « Le pire qui puisse arriver, c’est que quelqu’un s’emporte et tue son adversaire pendant le Grand Tournoi d’Arts Martiaux. »

Elle répondait aux questions lorsqu’elles étaient posées, comme elle était censée le faire. Je ne pouvais pas sentir d’hostilité dans ses paroles ou son attitude.

« Les combats entre les hommes et les animaux sont populaires, et les spectateurs viennent de tout le continent pour les voir. La plus populaire est la bataille entre les mercenaires et le dragon qui marche sur terre ferme. »

« Le dragon qui marche sur la terre ferme ? » demandai-je.

« C’est une sorte de wyverne qui a abandonné le ciel pour courir dans les montagnes. Ils les appellent “dragons de terre” ou “sans ailes”. Ce sont des créatures féroces qui utilisent leurs ailes pour s’équilibrer lorsqu’elles courent sur deux pattes… Vous pouvez en voir un juste là. »

J’avais regardé dans la direction indiquée par Mio, et il y avait un rhinosaurus qui tirait un wagon de marchandises. La plus grande partie du wagon de marchandises était occupée par une cage, et il y avait un énorme animal à l’intérieur.

« Est-ce un dragon terrestre… ? »

En me basant sur la description de Mio, j’avais imaginé quelque chose comme un dinosaure carnivore, mais c’était un peu plus proche d’une wyverne que cela. Il avait des cornes et était hérissé de pointes partout, donnant l’impression d’être une bête féroce. De plus, il était assez grand pour rivaliser avec Ruby et les autres membres de la race des dragons, en termes de taille.

« Hmph, ça a l’air solide. Cette chose n’est pas à la hauteur pour moi, » déclara Naden avec dédain.

Attends ! Pourquoi se sentait-elle si compétitive ?

« Apprivoisent-ils des créatures comme celle-ci à Zem ? » demandai-je.

« Non, les dragons terrestres sont féroces, donc ils ne s’attachent pas aux humains. Ils les attrapent juste pour se battre dans le Colisée. Ce sont toujours des animaux sauvages, » répondit Mio.

« … N’est-ce pas dangereux ? » demandai-je.

« J’ai entendu dire qu’il y a eu de nombreux cas d’évasion et de fuite, » déclara Mio sans passion.

Attendez, ils s’échappent !?

Je m’étais inquiété si tout allait bien, mais Mio avait haussé les épaules. « C’est bon. Les gens dans ce pays sont ridiculement bons pour se battre contre les animaux. »

« Oh, je vois. Vous parlez des chasseurs de bêtes à cheval de Zem. » Owen hocha la tête, apparemment satisfait de l’explication de Mio.

« Des chasseurs de bêtes à cheval ? » demandai-je.

« Sire, remarquez-vous quelque chose quand vous regardez les gens qui marchent dans la rue ? » demanda Owen, qui m’avait amené à regarder autour de nous.

J’avais remarqué plus tôt que beaucoup d’entre eux portaient des cuirasses, des gantelets et d’autres pièces d’armure légère par-dessus leurs vêtements. D’un seul coup d’œil, ils semblaient impossibles à distinguer des aventuriers, mais étaient-ils tous en fait des mercenaires de Zem ?

« Il y a beaucoup de gens habillés comme des aventuriers en armure légère ? » avais-je dit.

« C’est vrai aussi, mais c’est autre chose. S’il vous plaît, faites attention à leurs armes, » déclara Owen.

« … Oh ! »

Il y avait quelque chose qui les distinguait définitivement d’un aventurier typique. Ils utilisaient tous des armes comme des lances, des haches et des hallebardes. Ah, comme ils sont souvent dans des endroits étroits, les aventuriers préfèrent ne pas utiliser d’armes à long manche, m’étais-je dit, me rappelant mes propres escapades en tant que Petit Musashibo.

« Les mercenaires ici utilisent tous des armes à long manche, » avais-je commenté.

Owen m’avait fait un signe de tête satisfait et m’avait dit. « Dans l’armée, nous avons un dicton. “Si vous êtes face à un mercenaire zemish, descendez de votre cheval”. Les mercenaires zemishs utilisent des armes à poignet à long manche, et ils sont connus pour être particulièrement efficaces contre la cavalerie. »

« Ahh, et c’est pour ça qu’on les appelle des chasseurs de bêtes à cheval ? » demandai-je.

« Oui. » Mio avait fait un signe de tête. « Zem n’est pas un pays fertile, ils ne peuvent donc pas se permettre d’élever un grand nombre de chevaux, wyvernes ou autres bêtes de somme. C’est pourquoi, historiquement, ils ont supposé que seul l’autre côté aurait des montures, et ont créé et développé des tactiques qui permettent même à un fantassin de se battre contre des guerriers à cheval. »

« De plus, si un mercenaire peut prendre en tant que prisonnier une personne de haut rang comme un chevalier, il peut recevoir une rançon pour elle. C’est pourquoi les mercenaires zemishs sont super forts quand ils font face à la cavalerie. Beaucoup d’entre eux utilisent des armes à long manche pour pouvoir encercler les chevaliers et les abattre, » ajouta Owen. Il y avait donc une bonne raison à cela, hein ?

« Alors, pourquoi dites-vous aux gens de “descendre de leur cheval” ? » demandai-je.

« Comme il est difficile de faire des virages serrés à cheval, il est en fait plus difficile de combattre une ligne de soldats en combat rapproché depuis là-haut. Si tout le monde est au sol, il est également plus difficile de savoir qui est le plus haut gradé, » répondit Owen.

« Ah, je comprends. »

Il semblait que les mercenaires avaient des forces et des faiblesses extrêmes. Je n’avais pas prévu cela de cette manière, mais la façon dont nous nous étions terrés dans le fort à l’extérieur de Randel et dont nous les avions frappés à leur arrivée avait dû être l’une des situations les plus difficiles à gérer pour eux.

« Vous disiez qu’ils ne pouvaient pas élever beaucoup de wyvernes, non ? Ils n’ont donc pas beaucoup de cavaleries-wyvernes, n’est-ce pas ? Mais ils nous ont guidés quand nous avons débarqué au château de Zem. »

« La cavalerie Wyverne rend compte directement au roi de Zem, » déclara Owen. « Les forces directes du roi sont les guerriers d’élite de ce pays, et l’armée permanente. Elles ne sont pas prêtées aux autres. Parce qu’élever des wyvernes est coûteux, il y a une limite naturelle au nombre qu’ils peuvent garder. Il serait très difficile pour eux de les prêter à un autre pays et de les perdre par la suite. »

« Je vois… »

Ils avaient dû garder les soldats les plus forts en réserve. Dans ce cas, bien que les compagnies de mercenaires de Zem soient réputées pour leur force, celles qui étaient prêtées étaient en fait les plus faibles. Ce pays n’était pas à prendre à la légère.

J’avais regardé à nouveau le Colisée. « C’est donc ici qu’a lieu le Grand Tournoi d’Arts Martiaux. »

« C’est exact. » Mio hocha la tête pour confirmer, un regard pensif sur son visage. « Le Grand Tournoi d’arts martiaux est un événement majeur pour lequel tout le pays travaille ensemble. Les guerriers se battent dans un format d’élimination pour obtenir le droit de faire exaucer un vœu. Les combats se poursuivent jusqu’à ce que l’un des adversaires cède, ou soit rendu incapable de continuer à se battre. Cela peut inclure la mort. »

« Ils ont donc littéralement tout mis en jeu, hein ? … Et vous participez aussi au Grand Tournoi d’Arts Martiaux? » demandai-je.

« Oui. »

Hrm… Je m’étais dit qu’il ne fallait pas qu’elle se sente acculée si je n’étais pas obligé, j’avais donc évité d’aborder le fond du problème avant, mais il était peut-être temps de poser une question directe.

« Si vous vous battez dans le tournoi, vous devez aussi avoir un souhait que vous voulez voir réaliser, n’est-ce pas ? » avais-je demandé. « Qu’est-ce que vous voulez tellement que vous êtes prête à risquer votre vie pour l’obtenir ? »

« Cela, je ne peux pas le dire. » Mio m’avait regardé droit dans les yeux. « J’exaucerai mon souhait de ma propre force. Afin de le réaliser, je ne peux pas le dire ici. J’ai l’intention de gagner ce tournoi, alors je suis sûre que vous le découvrirez. »

Bien sûr, elle ne cracherait pas le morceau si facilement. Mio semblait avoir une volonté de fer comme Georg, donc nous ne saurions rien avant qu’elle ne gagne tout. Pendant que j’y réfléchissais, Aisha s’était avancée, s’insérant rapidement entre Mio et moi.

« Madame Mio. Je n’ai pas pu déceler de sombres émotions dans ce que vous avez dit. »

Alors qu’Aisha la regardait fixement, les yeux de Mio la regardaient en réponse, inébranlables. Aisha frappa sur la poignée de son épée avec le dos de sa main droite. Comme nous étions dans une rue très fréquentée, elle essayait de l’intimider sans même mettre la main dessus.

« Cependant, si vous avez l’intention de nuire à Sa Majesté pour venger le Duc Georg, je vous abattrai, » déclara Aisha.

« Liscia nous a demandé de le faire. Je ne me retiendrai pas non plus, » ajouta Naden, les bras croisés. Ses cheveux noirs s’étendaient et brillaient un peu.

Même face à leurs menaces, Mio n’avait montré aucun signe d’intimidation. « Je vois que vous aimez vraiment le roi Souma. »

« Il est évident qu’une femme doit se préoccuper du bien-être de son mari, » déclara Aisha.

Naden avait poursuivi en disant. « Cependant, normalement, c’est l’inverse. Oh, bien. “La bonne personne pour le bon rôle” est pratiquement une devise familiale pour nous, de toute façon. »

« La femme protège le mari ? » Après les avoir écoutées toutes les deux, Mio avait fermé les yeux en silence. « … Maintenant que j’y pense, Lady Liscia est aussi une épouse. Je me demande ce qu’elle ressent. »

« Madame Mio ? »

« Ce n’est rien. Mais surtout, il y a un endroit où j’aimerais que vous veniez tous… surtout Madame Aisha, pour m’accompagner, » déclara Mio.

☆☆☆

Partie 2

« Surtout Aisha ? » demandai-je.

Quand je lui avais demandé cela, Mio avait fait un signe de tête. Prenant l’une des longues épées qu’elle avait dans le dos, elle l’avait pointée vers la porte du Colisée et avait dit : « J’aimerais avoir un match avec Aisha dans l’arène de combat du Colisée. »

« Un match ? Pourquoi ? » demandai-je.

« Mon père a toujours cru que “nous disons plus par le combat que par les mots”. » Mio avait tendu le fourreau pour que nous puissions le voir. « Si vous voulez me connaître, Madame Aisha, nous devrions croiser le fer dans un combat d’entraînement. Je peux dire que vous avez des prouesses de guerrier considérables. Pour ma part, je pense que cela fera un bon entraînement pour la finale de demain. »

« Non, mais… » avais-je bégayé.

Avant que je ne puisse en dire plus, Aisha avait répondu. « Alors, on va parler. »

« Aisha ! »

« Laissez-moi faire. Je veux la juger de mes propres yeux. » Aisha m’avait regardé droit dans les yeux. Il semblait que nous avions aussi une volonté de fer de notre côté… Ce que je disais n’avait plus d’importance. Elle n’allait pas m’écouter.

« Bien… Mais fais attention à ne pas te blesser, » déclarai-je.

« Compris ! »

C’est ainsi que nous nous étions retrouvés avec un simulacre de bataille improvisée entre Aisha et Mio.

☆☆☆

Clang ! Clang ! Clang !

Nous étions dans une arène d’entraînement entourée de murs de pierre, avec rien d’autre qu’un sol de sable. Les bruits d’épée qui se heurtaient à une autre épée résonnaient dans l’air alors qu’Aisha et Mio échangeaient coup sur coup.

« Hahhhhhhh ! »

« Yahhhhhhh ! »

Des étincelles s’envolent alors que la grande épée d’Aisha et les deux épées longues de Mio s’entrechoquaient. Elles utilisaient toutes deux des armes d’entraînement émoussées, mais si elles entraient en contact à cette vitesse, celle qui était touchée n’allait pas s’en tirer avec seulement des blessures mineures. J’avais déjà vu Aisha et Liscia s’entraîner, mais ce n’était pas du tout le cas ici.

À l’époque, Liscia avait utilisé la technique pour esquiver, parer et neutraliser les attaques qu’Aisha lui lançait avec une force brute stupide. C’était ce que l’on pourrait appeler une bataille du dur contre le mou. Cependant, Mio, comme Aisha, était aussi très dure.

Cela avait fait de cette bataille un combat de dur contre dur. Les arts martiaux de Mio étaient impressionnants à voir, et bien qu’elle ait affronté Aisha dans un test de force brute, elle n’avait pas été repoussée.

« Urgh ! Je ne peux pas passer à travers !? »

« Comparé à la lourde épée de mon père, ce n’est rien ! »

Quand Aisha avait pris un grand élan avec son épée, Mio avait croisé ses épées longues pour la bloquer et ensuite la faire revenir. Puis elle avait fait deux frappes avec ses épées longues, avec un délai entre les deux. Aisha les bloqua tous les deux avec son épée.

« Vous êtes assez… bonne ! »

« Vous aussi, Madame Mio. »

Les deux femmes avaient échangé des mots tout en se bousculant avec les poignées de leurs armes verrouillées. Peut-être décidant que la grande épée était trop difficile à utiliser alors que son adversaire était si proche, Aisha avait tenu son épée dans sa main droite tout en effectuant un coup de poing avec sa gauche. Mio la bloqua avec son coude.

Ensuite, Mio avait lancé un coup de pied bas, mais Aisha avait levé une jambe pour protéger sa cuisse sans défense. Elles avaient continué à échanger leurs rôles d’attaquant et de défenseur comme cela pendant un certain temps. Naden, Owen et moi, qui observions le combat à distance, étions en admiration totale.

« Wow. Elles se battent avec leurs poings et leurs épées. »

« Je n’ai jamais combattu avec une épée, et même moi je peux dire à quel point leur force est anormale… » Même Naden, qui n’était pas spécialisée dans le combat sous sa forme humaine, était enchantée de la façon dont elles se battaient.

« C’est comme une collision d’âmes. Ce sont toutes les deux de bonnes guerrières, » déclara Owen. Le vieux général, qui était le même type de guerrier dur que les deux femmes, s’était ému à la vue de leur combat. « J’aimerais que vous puissiez vous battre même à un dixième de ce niveau, Sire. »

« Pas question, c’est absolument impossible ! Même si je m’entraînais pendant des années, je ne pourrais pas me battre comme ça ! »

« Il ne faut pas être si découragé. Vous avez un héritier maintenant. Ajoutons d’autres éléments à votre menu de formation. »

Urgh… Ça avait remué un nid de frelons. Mais si les spectateurs avaient pu en parler avec autant de légèreté, c’était parce que les deux combattants avaient l’air d’être égaux.

« Que pensez-vous de cela ? »

« Pas encore ! »

Au fur et à mesure qu’elles rivalisaient de force et de technique, les choses s’échauffaient de plus en plus. Elles se battaient avec des épées, des coups de poing et des coups de pied, sans jamais s’arrêter, pour empêcher leur adversaire d’avoir une ouverture pour utiliser la magie.

« … !? »

L’épée de Mio avait fait tomber la grande épée d’Aisha. Mais c’était une ruse.

« Voilà ! »

Au moment où elle avait été exposée, Aisha avait enfoncé son poing dans le ventre de Mio. Mio avait été envoyée à l’envers, mais elle avait corrigé sa position en plein vol et avait atterri sur ses pieds.

« Guh… ! »

Cependant, des dégâts avaient dû se faire, car elle avait tenu l’endroit où elle avait été frappée et avait fait une grimace. Aisha, pendant ce temps, était restée là, n’effectuant pas un suivi d’attaque.

Alors que je me demandais pourquoi, clac, la ficelle qui retenait les cheveux d’Aisha en une queue de cheval avait éclaté. Ses cheveux argentés étaient tombés.

« … On dirait que je ne vous ai manqué que d’un cheveu, » déclara Aisha.

Mio secoua la tête tout en continuant à saisir son ventre. « Vous m’avez tellement bien frappé que je n’ai pas d’autre choix que d’admettre ma défaite. »

« N’y pensez plus. C’était assez dangereux pour moi aussi. Vous êtes très forte, Madame Mio, » déclara Aisha.

« … C’est une bonne chose que vous n’ayez pas participé au tournoi de Zem, » dit Mio avec un sourire ironique.

« Avec le talent que vous avez, je suis sûre que vous obtiendrez de bons résultats dans le tournoi. » Aisha fronça les sourcils. « Mais… Madame Mio, que voulez-vous souhaiter si vous gagnez ? »

Refusant de dire quoi que ce soit, Mio avait détourné le regard.

« Votre père a dit : “Nous disons plus par le combat que par les mots”, n’est-ce pas ? Il n’y avait pas d’indécision dans votre technique, j’y ai ressenti quelque chose comme une forte conviction. Quelque chose qui n’était pas prisonnier de la rancune et de la haine. » Aisha déposa son épée d’entraînement et s’approcha de Mio. « Si vous avez une rancune contre le pays et Sa Majesté, vous ne pouvez pas avoir une opinion très positive de moi. Je suis sa femme, et je le protégerai quoiqu’il arrive. Pourtant, je ne ressens rien de tel de votre part. Pendant notre match, vous étiez presque comme un enfant, profitant de la chance de tester votre force. Qu’est-ce que vous… »

« … Cela, je ne peux pas le dire. » Mio s’était étirée et s’était tournée vers nous. « Mon souhait est une chose que je dois m’accorder. Si je ne le fais pas, je ne peux pas affronter mon père dans l’au-delà. Je suis sûre que tout deviendra clair quand je gagnerai le tournoi. »

Elle m’avait regardé avec des yeux inébranlables — ils étaient remplis de détermination. La façon dont elle ne bougeait pas une fois sa décision prise était comme Liscia. Était-ce parce qu’elles s’étaient entraînées sous les ordres du même homme ? Si oui, il n’y avait probablement aucun moyen d’obtenir une réponse de sa part.

Finalement, nous avions fini par retourner au château de Zem sans avoir pu en déduire quoi que ce soit.

Cette nuit-là…

Naden s’était retournée sur le côté dans le grand lit, puis avait poussé un soupir. « … On n’a rien trouvé, hein ? »

« Oui. Mais elle ne semblait pas avoir d’émotions négatives, » répondis-je.

Après être rentrés au château de Zem, nous avions regagné notre chambre. Aisha, Naden et moi parlions de ce qui s’était passé là-bas aujourd’hui.

« Pour l’instant, du moins, je pense que le fait qu’elle demande ma tête comme prix… semble peu probable. Elle a le même genre de personnalité bornée que Liscia, j’ai donc du mal à imaginer qu’elle nous cache délibérément ses émotions négatives, » déclarai-je.

« Oui. En fait, elle semblait mal adaptée à ce genre de performance. » Aisha, qui était assise sur une chaise, les bras croisés, était d’accord avec moi. « Dans ce cas… son souhait est-il peut-être de “Restaurer la Maison des Carmines”, ou quelque chose dans ce sens, ? »

« Si c’est tout, je pense que je pourrais probablement l’accorder, » déclarai-je.

Je ne pouvais évidemment pas lui rendre toutes leurs terres, et il faudrait qu’il y ait des conditions, mais restaurer sa maison n’était pas hors de question. Georg avait tout fait correctement en ce qui concerne la rupture des liens avec sa famille, donc Mio et sa mère n’étaient coupables d’aucun crime. Elle aurait probablement le soutien de Glaive, d’Owen et d’autres membres de l’armée, ce qui ne serait pas si difficile.

« Mais si c’était son souhait, Mio n’aurait pas besoin de participer au tournoi. Elle a dû impliquer un autre pays parce que c’est quelque chose qui ne pouvait pas être accordé dans le Royaume, » déclarai-je.

Donc c’est quelque chose que nous ne pouvons pas faire, ou peut-être quelque chose que Mio pense que nous ne pouvons pas faire… ? À quoi pense-t-elle exactement ? Pendant que je réfléchissais à ça…

« Chéri… Se pourrait-il que tu te sentes coupable envers Madame Mio ? » Aisha s’était déplacée et elle me l’avait demandé, et je n’avais pas pu me défendre quand elle avait parlé si soudainement de ça.

« Eh bien, oui… La question de Georg est un problème que je n’ai pas touché depuis que j’ai pris la couronne. Quand je pense à ma responsabilité envers les victimes… C’est compliqué, » répondis-je.

☆☆☆

Partie 3

Si le royaume était aujourd’hui stable, c’était grâce aux contributions de Georg. Je n’avais jamais oublié cela, mais en pensant que je devrais lui donner un peu de temps, j’avais fini par repousser le problème. Le fait que je sois maintenant à la merci des caprices d’une seule femme avait été le prix de mon indolence.

Aisha m’avait jeté un regard sévère. « Chéri. Même si le souhait de Madame Mio finit par être quelque chose que tu penses pouvoir réaliser, réfléchis bien au résultat avant de prendre une décision. »

« … Tu réalises que j’essaie de faire attention à ça, n’est-ce pas ? » demandai-je.

Avec un sourire ironique, Naden avait ajouté. « Mais tu n’es pas toujours logique, n’est-ce pas ? Surtout quand il s’agit de la famille. »

« Eh bien, oui… Il y a certaines choses sur lesquelles je ne peux pas faire de compromis. » J’avais regardé ailleurs.

Naden avait laissé échapper un soupir. « Liscia a étudié avec le père de Mio, et elle le respectait, n’est-ce pas ? Parce qu’elles ont toutes les deux appris sous Georg, je veux faire quelque chose pour sa fille… C’est ce que tu penses, n’est-ce pas, Souma ? »

« … Tu me comprends bien. »

« Tu es facile à comprendre, » déclara Naden en souriant. Aisha acquiesçait aussi.

« Si elle savait qu’elle était un boulet autour de ta cheville, faisant prendre de mauvaises décisions à son mari, Liscia serait triste, n’est-ce pas ? Nous assumerons ta culpabilité avec toi. Alors, s’il te plaît, prends la bonne décision. »

« J’ai compris. » J’avais fait un petit signe de tête.

Elles avaient toutes les deux raison. Si je laissais mes émotions mettre en danger les personnes que je voulais protéger, cela irait à l’encontre du but. Je devais… aller jusqu’au bout. Si elle voulait la restauration de sa maison, très bien. Sinon, la seule autre chose à laquelle je pouvais penser était… Ça pourrait être assez difficile.

Je laissais échapper un petit soupir face à la prémonition que j’avais eue.

◇ ◇ ◇

À peu près au même moment, Colbert se rendait dans une autre pièce, seul.

C’est la chambre donnée à Mio dans le château de Zem lorsqu’elle avait été désignée pour être le guide de Souma. Mio avait été choisie parce qu’elle disait être du royaume. Mais la chambre n’était que temporaire, car elle ne servait pas Gimbal personnellement.

« Excusez-moi. Madame Mio est-elle ici ? » Colbert avait frappé et avait appelé. La porte s’était immédiatement ouverte.

« … Comment puis-je vous aider ? »

« Ah ! »

 

 

Quand il avait vu l’état dans lequel se trouvait Mio, le visage de Colbert s’était figé. Depuis qu’elle était rentrée dans sa chambre, Mio avait enlevé son armure et portait un fin débardeur. Le tissu fin ne pouvait pas cacher sa silhouette comme son armure le pouvait, et ses seins s’affirmaient.

Tout en détournant ses yeux face à cette apparence, Colbert avait dit. « Je suis désolé de vous avoir dérangé pendant que vous vous relaxiez. Je suis le ministre des Finances du royaume, Colbert. Je suis venu en espérant que nous pourrions un peu parler. »

« Pas de problème. » Sur ce, Mio avait invité Colbert dans sa chambre, apparemment sans se soucier de rien.

« Hein ? Est-ce bon ? »

« Vous êtes venu pour parler, n’est-ce pas ? » demanda Mio.

« Ah, oui… Excusez-moi, » déclara Colbert.

Même s’il se sentait un peu troublé, Colbert était allé dans la chambre de Mio. La chambre était simple, avec un lit et pas grand-chose de plus. Il n’y avait pas de vrai mobilier, juste un mannequin sur lequel Mio pouvait mettre son armure et ses deux épées étaient appuyées contre le mur.

Mio avait offert une chaise à Colbert, et elle s’était assise sur le lit en face de lui. « Sire Souma vous a-t-il demandé de venir me voir ? »

« Ah ! oui. Il y a ça, mais… » Incapable de regarder Mio dans les yeux, le regard de Colbert s’égarait pendant qu’il parlait. « Je voulais revivre de vieux souvenirs, alors j’aimerais parler, même si ce n’est que pour un court instant. »

« De vieux souvenirs ? … En y repensant, vous me semblez familier. » Mio fixa le visage de Colbert. « Vous n’êtes pas de l’armée, n’est-ce pas ? Vous ressemblez plus à un bureaucrate. »

« Oui. J’étais à l’origine impliqué dans les finances de la Principauté d’Amidonia. Lorsque le duc Carmine était encore en vie, je vous rencontrais parfois avec Julius lorsque nous faisions de la médiation, après des affrontements. Bien que je ne pense pas que nous n’ayons jamais parlé plus que quelques mots l’un à l’autre. »

« Oh ! À cette époque !? » Mio avait tapé dans ses mains.

« Vous en souvenez-vous ? » demanda-t-il.

« Oui. Père a toujours fait l’éloge de vous deux. Il disait : “Il y a aussi de bons jeunes à Amidonia”. Oh, oui… Il n’y a plus de différence entre Elfrieden et Amidonia maintenant, hein ? » demanda Mio.

Peut-être parce qu’elle avait appris qu’il était une connaissance, Mio se comportait de manière beaucoup plus décontractée maintenant.

Colbert fit un signe de tête. « Techniquement, c’est un Royaume-Uni, mais oui, nous sommes devenus un seul pays. »

« C’est donc pour cela que vous servez le roi Souma ? Et Sire Julius ? » demanda Mio.

« Il s’est passé beaucoup de choses, mais il est dans le nord maintenant, et il se porte plutôt bien. Il a épousé la princesse d’un royaume où il séjournait, et il travaille dur pour sa famille, » répondit Colbert.

« Sire Julius a-t-il vraiment fait ça ? Ce type qui avait les yeux si froids ? Je ne peux même pas l’imaginer, » déclara Mio.

La conversation avait éclaté comme si c’était un couple de vieux amis. Colbert savait que même s’il essayait de creuser le sujet, Mio ne lui dirait pas ses intentions, alors il s’efforçait de comprendre comment elle était tout en faisant des badinages oiseux.

Quand il lui parlait ainsi, il ne pouvait que la voir que comme une fille normale. Son expression changeait au moindre détail et elle gloussait lorsqu’il lui racontait une histoire drôle. Il ne ressentait aucune hostilité, aucune méfiance, et elle ne semblait s’inquiéter de rien.

En fait, elle était si naturelle qu’elle ne semblait pas gênée par la provocation de la tenue qu’elle portait en ce moment, et sa poitrine se balançait chaque fois qu’elle réagissait à quelque chose. À plusieurs reprises, Colbert avait détourné le regard, gêné.

« Vous continuez à regarder ailleurs ? Pourquoi ? » demanda Mio.

Après un certain temps d’encouragement, elle était devenue méfiante, alors Colbert avait abandonné et lui avait dit. « Pourriez-vous, euh… vous mettre quelque chose sur le dos ? »

« Hm ? Je n’en ai pas besoin. Ce n’est pas comme si j’étais nue. » Mio lui avait lancé un regard vide. Parce qu’elle avait passé beaucoup de temps à s’entraîner avec des hommes costauds, elle n’avait apparemment pas beaucoup de timidité féminine. « Je suis fière de ne pas avoir beaucoup de viande en trop sur moi. »

« Eh bien, oui… Vous n’en avez pas, mais…, » balbutia Colbert.

« C’est le corps que ma mère et mon père m’ont donné. De quoi dois-je avoir honte ? » demanda Mio.

Mio était si audacieuse que Colbert avait commencé à se sentir efféminé de s’être laissé déranger. Il avait fait de son mieux pour continuer sans regarder sa poitrine.

« En parlant de votre père, vous ne lui ressemblez pas beaucoup, hein ? Le Duc Carmine était terrifiant à voir, mais vous êtes… euh… belle, » balbutia Colbert.

« Ahaha, merci. On me dit toujours que je tiens mon apparence de ma mère. Avec la plainte : “Si tu t’étais aussi occupé qu’elle des choses de l’intérieur, tu serais devenue une vraie dame”. »

« Ce n’est pas vrai…, » déclara Colbert.

« Je peux le reconnaître moi-même. Mon père m’a donné mon entêtement. » Mio avait laissé échapper un rire effacé. « Mais même si vous avez dit qu’il était terrifiant, vous n’avez pas hésité à donner votre avis à mon père, n’est-ce pas ? J’ai été impressionnée. »

« Eh bien… Le duc Carmine ne frappait pas les gens qui exprimaient leur opinion, » déclara Colbert.

« Hein ? Est-ce que quelqu’un vous a donné un coup de pied ? » demanda Mio.

« Eh bien, oui. Le Seigneur Gaius, et assez fréquemment…, » déclara Colbert.

Lorsqu’il travaillait dans la Principauté d’Amidonia, chaque fois qu’il essayait de réprimander Gaius VIII, l’homme s’était mis en colère et lui donnait des coups de pied. S’il avait pu le faire passer pour quelqu’un qui n’écoutait pas, comme Roroa l’avait fait, il aurait été bien. Mais, parce qu’il avait le malheur d’avoir une personnalité sérieuse, il s’était heurté à tous les officiers de l’armée, sauf à Julius.

« Les militaristes me détestaient parce que je parlais trop comme une mauviette selon eux, » déclara Colbert.

« Hee hee, on dirait que vous avez aussi une personnalité difficile. » Mio avait fait un petit sourire, mais avait fini par avoir une expression sérieuse. « Hé, Sire Colbert. »

« Oui ? » demanda Colbert.

« Savez-vous quelque chose sur la série d’événements qui ont conduit mon père à se rebeller ? » demanda Mio.

« Je —, » Colbert n’avait pas pu trouver de réponse immédiate face à son regard sérieux. Il ne savait pas trop comment réagir, mais sa sincérité lui avait fait penser qu’il devait néanmoins lui donner une réponse. « … Je n’ai commencé à servir le Royaume qu’après l’annexion d’Amidonia, donc on ne m’a rien dit de la rébellion du Duc Carmine, puisque cela s’est passé avant. »

Le fait est que Colbert n’avait aucune information sur la rébellion qui n’était pas de notoriété publique. Les personnes qui connaissaient la situation étaient très faibles. Seuls Souma et ses épouses, ainsi qu’un très petit nombre de leurs proches, étaient probablement au courant.

« … Ah oui ? » Les épaules de Mio s’affaissèrent dues à la déception, n’ayant senti aucun mensonge dans ses paroles.

En la regardant, Colbert avait dit. « Madame Mio, vous… »

« S’il vous plaît, ne demandez pas, Sire Colbert. » Mais Mio le repoussa gentiment. « Je suis sûre que personne ne veut ce que je souhaite. Au fond, Mère voulait probablement m’arrêter, et Père… s’il était là, il se mettrait en colère, et me dirait de m’occuper de mes affaires. »

Mio avait regardé les longues épées contre le mur.

« Mais c’est toujours la seule voie que je peux emprunter, » déclara Mio.

« Madame Mio… »

Sentant sa détermination, Colbert ne pouvait pas en dire plus.

☆☆☆

Chapitre 5 : Le grand tournoi d’arts martiaux

Partie 1

C’était un jour d’automne clair, et le grand tournoi d’arts martiaux de Zem était sur le point de commencer. Le Colisée était animé d’une grande excitation. C’était une structure massive, plus grande que les stades sous dôme du monde d’où je viens. Au centre se trouvait une arène carrée, de cinquante mètres de côté, attendant que des combats se déroulent au-dessus d’elle. Dans un certain Budokai célèbre de la variété Tenkaichi, cette arène s’appelait le Bubudai, mais je me demande si elle a un nom officiel ici ?

Dans les tribunes, le roi Gimbal de Zem s’était levé.

« Mon peuple, réuni ici ! »

Gimbal avait appelé la foule en utilisant un Joyau de Diffusion de la Voix à la place d’un mégaphone.

« Vous les verrez ! Les corps bien entraînés de ces braves guerriers, et leur technique raffinée, alors qu’ils se battent avec des armes bien maîtrisées, et s’élèvent au plus haut sommet ! Le seul et unique vainqueur verra son souhait exaucé, tant que cela sera possible ! Et, s’il le désire, il peut même s’asseoir dans le siège spécial, réservé au roi seul — qui est derrière moi maintenant ! Je ne le laisserai pas l’avoir gratuitement, bien sûr ! S’il en arrive là, il devra me vaincre et prendre mon titre royal en même temps ! »

Gimbal avait levé ses bras épais pour parler.

« Ce pays a été protégé et cultivé par les forts ! Depuis que j’ai pris le trône, j’ai attendu le jour où un plus fort que moi me vaincrait ! Si vous le souhaitez, combattez dans cette bataille, et affrontez-moi ! En mon nom ! Gimbal, roi de Zem ! »

Puis il avait pointé ses bras levés vers le ring au centre.

« Je déclare que les finales du Grand Tournoi d’arts martiaux zemish ont maintenant commencé ! »

« « « Woooooo! » » »

La foule rassemblée dans les tribunes du Colisée s’était levée d’un seul coup et avait applaudi Gimbal. Cette passion n’était pas seulement due à leur enthousiasme pour le tournoi. Parce que ce pays traitait le vainqueur du tournoi comme un héros, étant lui-même un ancien vainqueur, Gimbal avait reçu le soutien fervent de la population.

« … Ils sont assez excités, hein ? » Naden, qui portait une robe noire, déclara cela, en ayant l’air un peu bizarre.

Nous observions le Colisée depuis les tribunes avec le roi de Zem. Il y avait deux chaises opulentes au milieu des tribunes, où le roi et moi étions assis côte à côte tandis qu’un autre siège à côté de moi était occupé par Naden. Il y avait en fait deux sièges préparés pour mes reines, mais Aisha avait fermement refusé, voulant se concentrer sur son rôle de garde du corps, alors Naden était assise avec nous en tant que représentante de toutes mes reines. Aisha et Owen montaient la garde derrière nous, tout en surveillant la zone.

« C-C’est un peu tendu. On ne me regarde pas souvent comme ta reine, » déclara Naden d’une petite voix alors qu’elle se figeait.

Maintenant qu’elle l’avait mentionné, en tant que reine secondaire, elle n’était pas dans une position qui attirait beaucoup d’attention lors des cérémonies, hein ? Mais cela lui convenait très bien, car elle n’était pas douée pour agir dignement, ou de manière formelle.

« Cela me frappe maintenant que je suis la femme d’un roi, » déclara Naden.

« À l’instant même ? » demandai-je.

« Hmph. C’est de ta faute si tu n’es pas majestueux. » Naden détourna le regard avec tristesse.

Le geste n’avait même pas un soupçon de ce qui était attendu d’une reine, mais j’avais apprécié à quel point Naden était une fille normale. Alors qu’elle posait sa main sur l’accoudoir, j’avais posé la mienne sur la sienne. Elle m’avait jeté un regard, ne semblant pas du tout mécontente de la situation.

Puis la foule s’était mise à bruisser. J’avais regardé la scène, me demandant ce que cela pouvait être, et une énorme cage avait été transportée à l’intérieur. À l’intérieur de la cage se trouvait le dragon terrestre que nous avions vu en ville hier.

« À quoi ça sert ? » avais-je marmonné.

« C’est un spectacle secondaire avant le tournoi final. Afin de démontrer les prouesses martiales des mercenaires de mon pays, six guerriers choisis le combattront, » expliqua Gimbal, car nous étions clairement abasourdis.

En y repensant, quand elle expliquait le Colisée, Mio avait dit : « Les combats entre les hommes et les animaux sont populaires, et les spectateurs viennent de tout le continent pour les voir. La plus populaire est la bataille entre les mercenaires et le dragon qui marche sur la terre. » Était-ce ce que nous allions voir maintenant ?

« Sire Souma, avez-vous entendu parler des “chasseurs de bêtes à cheval” de Zem ? »

Comme Gimbal me le demandait, j’avais fait un signe de tête. « Oui. J’ai entendu dire que les mercenaires de Zem sont inégalés dans la lutte contre la cavalerie. »

« Même si vous étiez charitable, vous ne pourriez pas dire que mon pays est prospère. Nous n’avons pas les ressources nécessaires pour élever et soutenir un grand nombre de chevaux ou de chevaux de trait, nous nous sommes donc entraînés en supposant que d’autres pays déploieraient beaucoup plus de cavaleries que nous ne pourrions le faire. Cela signifiait qu’il fallait former des fantassins pour vaincre la cavalerie. Alors… » Gimbal avait pointé le dragon terrestre. « … La cavalerie qu’ils doivent vaincre comprend la cavalerie-wyverne. »

« Je vois… »

La cavalerie-wyverne ? Avaient-ils aussi l’intention d’affronter l’armée de l’air avec des fantassins ?

« Peuvent-ils faire cela ? »

« Naturellement, ils ne peuvent rien faire contre un adversaire volant. Cependant, s’ils peuvent les ramener sur terre, il y a des choses qui peuvent être faites. Nous avons rassemblé des gens qui peuvent utiliser la magie à longue portée ou tirer avec de puissants arcs, et nous avons chargé les lanceurs de carreaux à répétition antiaériens sur des chariots de guerre, en nous concentrant sur la manière de faire tomber la cavalerie-wyverne du ciel. Même s’ils survivent à la chute, ils se retrouveront rapidement encerclés par l’infanterie. »

« Faire combattre l’armée de l’air sur terre… c’est ça ? »

« Oui. Ce dragon terrestre est la doublure d’une wyverne tombée. »

D’après ce que je pouvais dire, le dragon terrestre était plus petit qu’un dragon rouge comme Ruby, mais toujours beaucoup plus grand qu’une wyverne. Il était aussi vicieux. S’ils pouvaient battre cette chose, cela signifiait qu’ils pouvaient aussi gagner contre une wyverne au sol et son cavalier, hein ?

« Mais les dragons de terre ne crachent pas de feu. S’ils le pouvaient, le public serait en danger. Mais le compromis est qu’ils sont plus forts et plus agiles qu’une wyverne sur terre, donc ça marche comme un entraînement. »

« Bien… »

Ils avaient ouvert la cage, libérant le dragon terrestre. Au même moment, six mercenaires étaient venus et l’avaient encerclé. Ils portaient tous des armes blanches. Puis…

Gyaohhhhahhhh ! Le dragon terrestre avait poussé un rugissement assourdissant et avait attaqué les mercenaires.

Le premier à être visé avait levé un bouclier et avait esquivé à la dernière minute pour éviter l’attaque. Les autres mercenaires avaient utilisé cette ouverture pour frapper de l’extérieur, là où se trouvait le dragon terrestre, en se concentrant avec des lances et d’autres armes longues, et en lui assénant des coups. En raison de sa grande taille, les dégâts qu’un seul coup pouvait causer étaient minimes.

Lorsqu’il avait tourné sa colère vers un autre mercenaire, ce dernier avait pris le relais comme leurre, et les autres avaient cherché des ouvertures pour attaquer. Même s’il s’agissait de blessures mineures, plus il y en avait, plus il perdait de sang. En répétant ce processus, ils avaient fait saigner le dragon terrestre, le privant de son endurance. Je pensais que c’était un peu comme une corrida, mais ça ressemblait à ce fameux jeu de chasse aux monstres. Après tout, ils s’attaquaient à un puissant dragon terrestre avec un groupe de compagnons. Même si ce n’était pas complètement à sens unique.

« Gwah ! » Frappe !

Un mercenaire avait été envoyé dans un vol plané avec une puissante claque de la queue et il s’était écrasé contre le mur sous les tribunes. Il s’était effondré au sol et avait cessé de bouger… Est-ce qu’il allait bien ? Même cette scène avait rendu la foule folle.

« … C’est de mauvais goût, » m’avait chuchoté Naden. J’avais aimé le fait que Naden n’était pas d’accord avec ceux qui l’entouraient et qu’elle pouvait garder sa sensibilité normale.

« Oui… Mais c’est nécessaire pour ce pays, » avais-je répondu sans détour. « C’est pour faire comprendre aux mercenaires et au peuple que les wyvernes peuvent être battues. S’ils font cela, ils ne seront pas aussi intimidés quand ils les verront sur le champ de bataille. »

« Est-ce ainsi que cela fonctionne ? » demanda Naden.

« C’est forcément ça. »

Il y avait plus d’un ensemble de valeurs dans le monde. Lorsque nous réfléchissons aux coutumes d’un pays, nous devons les examiner sous un angle multiple, en tenant compte de leur histoire, de leur culture, de leur situation et de leur environnement avant de porter un jugement.

« Mais je suis d’accord avec toi, c’est de mauvais goût. Je ne voudrais pas le faire dans notre pays, » déclarai-je.

« Tu en as le droit. Je suis contente qu’on n’ait pas amené Tomoe, » déclara Naden.

Ahh, oui, elle a raison. Si tu sais ce que ressent le dragon terrestre, c’est probablement assez déprimant. Pendant que nous parlions de ça, un des mercenaires avait profité d’une ouverture quand le dragon terrestre était tombé pour monter dessus. Il s’était tenu sur les épaules du dragon et avait enfoncé sa lance dans sa colonne vertébrale.

Gyaohhhhahhhh ! Le dragon terrestre avait poussé un dernier cri de mort, puis il était tombé sur la terre avec un grand bruit sourd. Il s’était ensuite écrasé pendant un certain temps, mais sous une autre poussée de la lance, il avait cessé de bouger. La quête est claire… Je suppose. Le mercenaire qui avait frappé le coup final avait reçu une ovation.

Quand Gimbal avait fini d’applaudir, il m’avait regardé. « Qu’est-ce que vous en pensez, de nos mercenaires ? »

« … Ils sont forts. »

Même si je sentais qu’il y avait quelque chose d’irréconciliable entre nous, j’avais décidé d’en rester là.

◇◇◇

Une fois l’arène remise en ordre, il était enfin temps que le tournoi final commence. Les mercenaires, qui s’étaient livrés à une lutte acharnée, s’étaient affrontés en utilisant leurs capacités de combat. Il s’agissait d’un tournoi par élimination, et chaque match était décidé rapidement. Mio se battait maintenant.

« Hahhh ! » En lançant un cri de guerre sur ses deux épées longues, elle avait envoyé un mercenaire dans un vol plané.

C’était la demi-finale en un rien de temps. Ce n’est pas une surprise, car elle avait pu se battre sérieusement contre Aisha, mais Mio avait écrasé tous ses adversaires jusqu’à présent sans jamais sembler menacée.

À côté de moi, Gimbal avait pris la parole. « Comment vous sentez-vous, Sire Souma, à propos des guerriers de mon pays ? »

« Ils semblent tous très forts. Je comprends pourquoi les mercenaires de Zem sont réputés pour leur puissance, » répondis-je.

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