Wortenia Senki – Tome 4 – Chapitre 3 – Partie 3

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Chapitre 3 : Clash

Partie 3

« Mais Votre Altesse ! Vous devez donner l’ordre de marcher ! »

Alors que la princesse Lupis était figée sur place, incapable de donner l’ordre de marcher sur Héraklion, Meltina l’implora. Grâce aux manigances de Ryoma, les armées nobles déployées autour d’Héraklion étaient toutes rentrées sur leur territoire.

Avec le duc Gelhart à leurs côtés, il ne restait plus qu’à vaincre le général Albrecht, les 2 500 chevaliers sous son commandement et la petite armée de mille hommes appartenant à des nobles de bas rang qui ne comprenaient pas ce que faisaient les autres et restaient derrière. Ils s’étaient terrés dans un coin d’Héraklion. Leur moral était, bien sûr, au plus bas.

En comparaison, la princesse Lupis avait 25 000 hommes sous son commandement. Il n’y avait pas si longtemps, la princesse Lupis était en position de faiblesse, mais maintenant, la situation avait complètement changé. Les chevaliers qui se tenaient devant elle attendaient tous avec impatience ses ordres. Leur nombre étant dix fois plus élevé que celui de l’ennemi, leur moral était naturellement au plus haut.

Mais le cœur de la princesse Lupis était saisi d’une émotion sombre qui était à l’opposé de l’exaltation de ses chevaliers. Elle ne pouvait pas se réjouir d’une situation où il ne serait pas étrange qu’elle virevolte de joie.

La terreur qu’elle éprouvait pour lui planait sur elle comme une ombre.

C’est donc son pouvoir… Il a renversé une telle position de faiblesse… Ryoma Mikoshiba… Il me fait peur. Son intelligence et son esprit me font peur. Son caractère impitoyable me fait peur. Son cœur, qui ne montre aucun respect pour la royauté, me fait peur… Et si nous vainquons Albrecht, cet homme quittera ce pays. C’est bien… C’est ce sur quoi nous nous étions mis d’accord dès le départ. Mais s’il se retourne contre moi… Je ne serai pas capable de l’égaler, quoi qu’il arrive… Y a-t-il au moins quelqu’un dans ce pays qui le puisse ? Même Helena admet qu’il est meilleur qu’elle… Si jamais il se retournait contre nous… Ce pays tombera dans une crise bien plus grande que celle de Gelhart ou d’Albrecht…

Elle le savait depuis le début. Non, il serait peut-être plus correct de dire qu’elle s’était trompée en pensant qu’elle le savait. L’anxiété dont elle avait pris conscience, et à laquelle elle s’était efforcée de ne pas penser, venait juste de surgir dans son cœur, alors qu’ils étaient sur le point de mettre en déroute l’armée du général Albrecht.

Elle devait cependant repousser cette peur.

Non… Je devrai y penser plus tard. Pour l’instant, je dois me débarrasser d’Albrecht !

La Princesse Lupis, en faisant un signe de tête à Meltina, fixa son regard vers l’avant.

Je ne peux rien faire d’autre… pour le moment !

« À toutes les forces, en marche ! »

Meltina fit un signe de tête à la Princesse Lupis et pointa la direction d’Héraklion. À présent, ce qui comptait, c’était de battre Albrecht.

« Ooooh ! »

En élevant la voix une fois de plus, les soldats se mirent immédiatement en route. Ils n’avaient qu’un seul but : réclamer la tête du général Albrecht.

« Maître Ryoma… En es-tu sûr ? »

Les chevaliers conduits par la princesse Lupis se dirigèrent vers Héraklion, soulevant un nuage de poussière dans leur sillage. Un groupe de personnes surplombait la marche depuis les hauteurs, située à une courte distance des chevaliers.

« Oui, notre participation à l’invasion d’Héraklion ne servirait à rien », répondit Ryoma à la question de Laura.

La centaine de mercenaires dirigés par Lione et Boltz, ainsi que les sœurs Malfists étaient présentes ici. Tout le monde était prêt à partir au front, mais leur commandant, Ryoma, ne s’était pas rendu sur le champ de bataille.

« Mais mon garçon… Tu sais que cette guerre ne se terminera pas si nous n’attaquons pas Héraklion ? »

Boltz exprima ses doutes, exprimant la question que tous les participants se posaient.

« Elle ne se terminera pas si nous n’attaquons pas la ville, hein… ? Je vois… Est-ce que vous ressentez tous cela ? »

Tout le monde acquiesça à la demande de Ryoma. Le général Albrecht n’allait pas déplacer son armée hors de la ville, la guerre ne se terminerait donc pas avant qu’ils ne prennent Héraklion. Après tout, le duc Gelhart s’était déjà tourné vers la princesse. Ryoma sourit, réalisant le sens de la question de Boltz.

« Alors, laissez-moi vous demander quelque chose à la place. En ce moment même, le général Albrecht est dans la ville avec ses chevaliers et les nobles qui n’ont pas pris la fuite à temps. Maintenant que Gelhart est du côté de la princesse, le général est le dernier ennemi qu’il nous reste. Vous me suivez jusqu’à présent ? »

Tout le monde hocha la tête. Les rumeurs que Ryoma avaient répandues sur ses soi-disant tactiques de la terre brûlée firent que les nobles ennemis avaient retiré leurs forces et s’étaient repliés chez eux. Grâce à cela, il n’y avait aucun signe de soldats dans les environs d’Héraklion. C’était ainsi que la princesse Lupis avait pu mener à bien cette bataille finale. Le duc Gelhart ayant prêté serment d’allégeance à la princesse Lupis, ses seuls adversaires restants étaient le général Albrecht et ses laquais.

« Quelle est la taille des forces de la princesse Lupis ? »

« Vingt-cinq mille hommes. »

« Comme l’a dit Sara. Et celles d’Albrecht ? »

« Trois mille, à plus ou moins cinq cents hommes ! » dit Boltz.

« Exactement. »

Ryoma regarda tout le monde.

« Ils sont pratiquement dix fois moins nombreux, alors crois-tu vraiment qu’Albrecht s’est caché à Héraklion dans cette situation ? »

Tout le monde comprit alors ce que Ryoma voulait dire.

« Alors tu dis qu’il ne se cache pas en ville, mon garçon ? », demanda Lione.

« Oui. En toute honnêteté, je dirais qu’il y a une chance sur deux… D’après ce que je sais, Albrecht est un vieil homme très hautain et désagréable, mais en même temps, il ne sait pas quand abandonner. »

« Alors, qu’est-ce que tu penses que Monsieur le Général-qui-ne-sait-donc-pas-abandonner va faire ? »

« Eh bien, pour commencer, s’il se terre à Héraklion, il ne peut pas espérer des renforts. La faction des nobles lui a tourné le dos une fois et n’enverra plus de troupes pour l’aider. Le Duc Gelhart ne l’abritera pas non plus. S’il se montre, il organisera son armée et l’enverra écraser Albrecht. Il a donc deux options : accepter la défaite ou s’enfuir… Mais je ne vois pas cette fouine choisir une défaite honorable. »

« Quoi, donc sa fuite est la seule option qui reste… Mais peut-il vraiment le faire avec un tel désavantage ? On parle d’une armée dix fois plus nombreuse ici. Dix fois plus. La fuite est plus facile à dire qu’à faire, il devra traverser le siège et échapper à la poursuite. »

Il n’acceptera pas la défaite, et tenir un siège ne fonctionnera pas. Son seul choix consistera à quitter Héraklion et à s’enfuir. Même un enfant pourrait en arriver à cette conclusion. Mais la réponse de Lione était appropriée. Elle avait vu de nombreuses batailles et savait combien une retraite pouvait être difficile.

Faire avancer une armée était relativement simple, mais une fois que l’on voulait battre en retraite, les choses devenaient soudainement beaucoup plus compliquées.

En plus de cela, les chevaliers avaient de superbes aptitudes au combat individuel, mais leurs performances chutaient lorsqu’il s’agissait de travailler en formation. Et ce qui importait le plus dans une stratégie de retraite n’était pas la force individuelle, mais spécifiquement le travail d’équipe et le travail en formation. Un groupe ne peut survivre que si tout le monde se couvre les uns les autres.

Inversement, lorsque les gens commençaient à ignorer les formations et à partir seuls, ceux qui restaient derrière ne feraient que mourir. Bien sûr, en fonction des conditions de la bataille, différentes tactiques donnaient des résultats différents, comme l’histoire l’avait montré à maintes reprises.

Ainsi, non seulement les chevaliers avaient été contraints à une bataille de retraite, à laquelle ils n’étaient pas préparés au départ, mais ils avaient dû le faire avec un désavantage numérique écrasant. Leurs chances de survie étaient pratiquement nulles.

« Oui, je pense que tu as raison. »

Ryoma fit un signe de tête face aux doutes de Lione, et poursuivit en exprimant ses propres inquiétudes.

« Eh bien, j’ai un peu modifié les choses pour en arriver là… Mais tout cela en supposant que le général Albrecht avait battu en retraite avec ses hommes… Je pense qu’au pire, il a peut-être abandonné ses chevaliers et s’est enfui seul… »

Tout le monde avait été stupéfait par la suggestion de Ryoma.

« Non, mon garçon… C’est trop. »

« Garçon ! Ce n’est pas un peu… ? »

C’était vrai, il pouvait s’échapper sans ses hommes, mais un chevalier qui arrivait au rang de général ferait-il ce choix ? Un roi ou un noble l’aurait peut-être fait, mais les chevaliers s’accrochaient obstinément à leur honneur et à leur bonne réputation. Alors, abandonner ses hommes et battre en retraite, et avant une bataille finale décisive, est-ce possible ?

Même Boltz et Lione, qui avaient vu d’innombrables batailles, avaient du mal à se souvenir de quelqu’un d’aussi effronté. Mais Ryoma envisageait toujours cette possibilité. Il savait que certaines personnes ne s’arrêteraient devant rien si cela pouvait assurer leur survie.

« Je veux dire, tout est possible jusqu’à présent… Ça ne change rien au fait que notre camp doit attaquer Héraklion. Mais une force de notre taille ne va pas influencer l’issue de cette bataille ? Alors j’ai demandé à la princesse Lupis la permission d’agir en groupe séparé. », dit Ryoma en haussant les épaules.

Je vois. Lione avait jeté un regard exaspéré sur Ryoma. Le général a donc caché ses forces dans la ville afin qu’elles servent de leurre pour attirer l’attention sur lui. Il a ordonné à ses hommes de mourir pour lui… Un vieil homme méchant jusqu’à la fin. Mais quand même, le garçon a lu les actions de cette fouine et a agi en conséquence. Bon sang…

Lione maudissait dans son cœur le vieux général. Ryoma n’avait pas fait de déclaration définitive, mais toutes les personnes présentes ne pensaient pas que c’était du 50-50 comme il l’avait dit. Ils avaient l’impression que ce qu’il avait dit allait à tous les coups se réaliser. Et il était vrai qu’avec un tel avantage, peu importait que Ryoma et son groupe participent à l’attaque d’Héraklion.

Mais si l’on considérait leur récompense après la guerre, leur décision de ne pas participer ne les avait peut-être pas désavantagés, mais cela ne les avait certainement pas aidés. Ryoma étant présent malgré cela, la probabilité qu’Albrecht tente de s’échapper était extrêmement élevée.

« Toujours pas convaincu ? » demanda Ryoma

Tout le monde se mit à secouer la tête.

Il semblerait que son explication était suffisante.

« Très bien. Maintenant, il ne nous reste plus qu’à attendre le retour de Gennou… »

« Gennou ? » demanda Laura, en regardant autour d’elle.

Bien sûr, Gennou et Sakuya n’étaient pas en vue.

« Oh, ne t’inquiète pas… Je les ai juste envoyés pour entrer en contact avec nos gens à l’intérieur de la ville… Oh ! En parlant du loup, les voilà… Comment ça s’est passé, Gennou ? »

Les mercenaires qu’il avait déguisés en marchands étaient éparpillés dans tout Héraklion, travaillant sous couverture. La plupart de leur travail consistait à faire circuler des rumeurs aux roturiers concernant Ryoma Mikoshiba, tandis que certains s’infiltraient également dans la ville elle-même et faisaient des rapports sur les mouvements de l’ennemi. Sous le couvert du Duc Gelhart, ils avaient concentré leurs enquêtes sur le Général Albrecht.

Gennou et Sakuya s’étaient faufilés à Héraklion pour leur servir de contacts, et Ryoma venait de les apercevoir s’approcher.

« Nous vous avons fait attendre, seigneur. »

« Pardonnez notre retard. »

Les deux individus baissèrent la tête devant Ryoma, s’excusant d’avoir mis trop de temps à revenir avant d’aborder le sujet principal.

« Votre supposition était exacte, seigneur… Les rapports des gens qui surveillaient le général disent qu’il a convoqué des marchands hier encore, et qu’il a apparemment négocié une sorte de marché avec eux. »

Ryoma fit un signe de tête aux paroles de Gennou.

« Des négociations, hein ? Savent-ils ce que c’était ? »

Ryoma anticipa le rapport de Gennou, mais n’avait pas encore prévu de tirer des conclusions hâtives sur les motivations du général Albrecht.

« Oui, ils ont demandé à un des marchands qui partait. Apparemment, il a vendu des vêtements et quelques titres de propriété. On dirait qu’il a liquidé ses biens à la hâte. »

« Bien… Donc ça veut dire… »

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2 commentaires :

  1. Merci, bientôt la fin de cet arc 😉

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