Wortenia Senki – Tome 1 – Chapitre 4 – Partie 2

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Chapitre 4 : Le chasseur et le chassé

Partie 2

« Maîtrisé ? Maîtrisé qui… ? L’homme de l’autre monde ? »

« Oui, je pense qu’il ne fait aucun doute qu’il est de l’autre monde. Pour être exact, c’est un Japonais de la Terre. »

De retour au camp, Saitou laissa Ryoma dans une tente et, après avoir affecté quelques gardes, alla se présenter à Shardina. Son expression était pleine de fierté dans l’accomplissement de sa tâche, mêlée d’un soupçon d’anxiété.

« … Comment peux-tu dire qu’il est celui qu’on cherche ? On ne sait pas à quoi il ressemble. »

« Il vient du même pays que moi. Et il n’y a pas longtemps qu’il est venu au monde. Je l’ai vu à l’odeur. »

Saitou rencontra calmement l’expression suspecte de Shardina.

La réponse de Saitou fit naître un sourire sur le visage de Shardina.

« Je vois… Je n’oserais certainement pas douter de ta parole. Alors, qu’est-ce que tu vas faire ? »

« Sa Grâce avait ordonné de l’arrêter ou de le tuer, mais… » dit Saitou avec hésitation tandis que Shardina hochait la tête.

« Oui, l’ordre était de le tuer si nous ne pouvions pas l’arrêter. »

« Maintenant qu’on l’a, on devrait l’emmener à la capitale… »

Entendant les paroles de Saitou, Shardina regarda son visage avec surprise.

« Il y a un problème ? »

Shardina était sensible aux changements dans l’expression de Saitou.

« Oui… je suis d’avis qu’on devrait renoncer à le ramener à la capitale et s’en débarrasser ici. »

Saitou avait exprimé ses pensées après une pointe d’hésitation.

Il venait de proposer d’aller à l’encontre des ordres de l’Empereur. La pression qu’il avait dû ressentir était probablement au-delà de l’imagination.

Et en entendant ses paroles, Shardina s’effondra aussi, parce que Saitou l’avait toujours soutenue dans l’ombre. Son conseil avait toujours été sage et pertinent, et il n’avait jamais eu tort auparavant. Shardina ne pouvait pas l’ignorer totalement, mais elle ne pouvait pas non plus défier les ordres explicites de l’Empereur.

« Expose ton raisonnement… »

« Mon raisonnement… On pourrait considérer ceci comme mon intuition. »

Saitou considéra sa question avec beaucoup d’attention.

Cette fois, c’était au tour de Shardina de froncer les sourcils. Bien qu’elle ait placé une grande confiance dans les paroles de son aide, elle ne pouvait pas défier un décret impérial en se basant uniquement sur l’intuition.

« Ton intuition, hum… Même venant de toi, je ne peux pas agir uniquement sur cette base. »

« Mes excuses. Mais en lui parlant, je n’arrivais pas à me défaire du sentiment qu’il était dangereux. Il souriait en me parlant, mais je ne savais pas à quoi il pensait dans son cœur. Et puis il m’a accompagné sans aucune résistance. Même quand je l’ai menotté, en disant que c’était simplement une formalité, il n’a pas beaucoup résisté. C’était comme s’il était certain que si on l’interrogeait, il serait libéré… »

Entendre les paroles de Saitou fit frémir le cœur de Shardina.

Cela semble inquiétant. Surtout le fait qu’il n’a pas résisté… À en juger par la façon dont il a tué Gaius et allumé un feu pour échapper au palais, il devrait être un homme calme et impitoyable. Même s’il s’est résigné au fait qu’il ne peut pas s’enfuir, je ne le vois pas se rendre facilement.

« Es-tu sûr que c’est la personne que l’on cherche ? »

Shardina suggéra qu’ils avaient peut-être trouvé la mauvaise personne, mais Saitou secoua la tête.

« Il ne fait aucun doute dans mon esprit que c’est l’homme qui vient d’un autre monde. La seule question est de savoir si c’est l’assassin de Sire Gaius, mais à en juger par la situation, je suppose qu’il y a neuf chances sur dix que ce soit le cas. Je pense que nous pouvons nous débarrasser de la possibilité qu’un homme venant d’un autre monde traverse cette forêt par pure coïncidence. »

Shardina acquiesça à l’affirmation de Saitou. Il n’y avait aucune preuve, mais d’après les circonstances, il n’y avait pas beaucoup de place pour le doute.

« Alors, ça nous laisse une option. »

« Et laquelle est-ce ? »

Shardina se leva de sa chaise et marcha jusqu’au bout de la tente.

« Conduis-moi à lui. Il est clair qu’il n’y a pas d’autre choix que de lui parler directement, non ? »

Deux visiteurs entrèrent dans la tente attribuée à Ryoma.

« Mes excuses pour vous avoir fait attendre. Mon officier supérieur a demandé à vous rencontrer directement. »

Shardina fit un pas en arrière par derrière Saitou, face à Ryoma.

« Je vois. Je rencontre donc le capitaine. »

Tandis qu’ils écoutaient Ryoma parler, assis sur une chaise, le regard tourné vers eux, les deux semblaient surpris.

« Oh, qu’est-ce qui vous a fait croire que j’étais le capitaine ? Je pourrais être un autre genre d’officier supérieur. »

« Eh bien, je ne peux pas dire que je suis sûr de savoir. Mais j’ai entendu dire que la princesse Shardina avait bloqué le poste de contrôle à Adelpho. Et quiconque sait que la même princesse Shardina est la capitaine des chevaliers de la Succube en arriverait à cette conclusion. »

« Hmm, je vois. Oui, je suppose que l’on arriverait probablement à cette conclusion… », dit Saitou.

Et bien que Shardina semblait convaincue à la surface, son cœur se raidit étrangement. Certes, ce n’était pas une conclusion inhabituelle, mais est-ce que l’on penserait aussi clairement quand on était liés et confinés ?

Je crois comprendre pourquoi Saitou est ambivalent à propos de lui. Je ne me sens pas très bien à ce sujet…

Une angoisse envahit le cœur de Shardina. Saitou se tourna vers elle.

Qu’est-ce que vous en pensez ? Le regard de Saitou semblait le demander.

Shardina le regarda avec un léger signe de tête et écarta les lèvres pour parler à nouveau.

« Merci de nous avoir accordé un peu de votre temps. Je vous remercie au nom de l’Empire. »

Ces mots étaient incroyablement polis, étant donné qu’une personne de la famille royale s’adressait à un citoyen.

« Non, inutile d’insister là-dessus. Traverser la forêt et non la route faisait de moi une personne suspecte. »

En entendant la réponse naturelle et décontractée de Ryoma, un sourire apparu sur les lèvres des deux personnes

« Comme nous le pensions, Votre Majesté. »

« Oui. Je dirais que c’est bien lui. »

Les deux échangèrent un signe de tête. Cela avait éclairci leurs doutes.

« Nous vous avons enfin trouvé, chère personne de l’autre monde ! »

« Qu’est-ce que c’est que cette histoire d’autre monde ? »

Ryoma écoutait les paroles de Shardina avec calme.

« N’essaie pas de le nier. Aucun roturier au monde ne réagirait aussi calmement si une personne de la famille royale lui parlait poliment. »

En entendant Saitou dire cela, l’expression de Ryoma changea pour la première fois. C’était… logique. Dans ce monde où la monarchie était la loi, la royauté était comme un dieu pour les roturiers. Si Ryoma avait l’intention de faire semblant d’être un citoyen de ce monde, il aurait dû tenir sa langue et garder les yeux sur le sol.

L’attitude de Ryoma était polie, mais seulement selon les normes japonaises. Même si ce n’était pas considéré comme impoli dans ce monde, Ryoma ne connaissait certainement pas sa place.

« Hmm… Je vois. Je suppose que j’ai merdé sur ce point. »

Ryoma avait rapidement conclu qu’il serait vain d’essayer de s’en sortir en essayant de parler.

« Je vois que nous comprenons enfin qui parle à qui ici, » déclara Saitou.

Shardina hocha la tête, elle se tourna ensuite vers Ryoma.

« Je crois que c’est la première fois qu’on se retrouve face à face. Comme vous le savez déjà, je suis la première princesse de l’Empire d’O’ltormea, Shardina Eisenheit. Quel est votre nom, cher ami venant d’un autre monde ? »

« Moi ? C’est Mikoshiba. Ryoma Mikoshiba. »

Ryoma répondit calmement à ses paroles.

« Je vois. Donc vous êtes japonais, comme je le pensais. », dit Saitou.

« On dirait que vous aussi, Saitou. »

« Oui. Je suis dans la même position que toi. J’ai été convoqué dans ce monde il y a dix ans. », acquiesça Saitou

« Oh ? Et vous êtes devenu vice-capitaine en seulement dix ans ? »

« Eh bien, disons que la chance était de mon côté. Être un homme de l’autre monde a ses mérites. », dit Saitou en souriant amèrement.

« Est-ce dû à cette chose nommée “taux d’absorption d’énergie” ? »

« Oh, je suis surpris que vous en sachiez autant. »

Les yeux de Saitou s’élargirent de surprise.

« J’ai juste arraché quelques faits au vieil homme qui m’a convoqué. J’ai beaucoup appris de lui, » dit Ryoma, un sourire cruel sur ses lèvres.

« Vraiment ? J’ai entendu dire que le cadavre était terriblement mutilé. Avez-vous torturé Gaius ? »

Il y avait un soupçon de colère dans la voix de Shardina.

« Gaius ? Si c’est comme ça que vous appelle le type qui m’a convoqué, alors oui. Je l’ai fait parler. »

Ryoma avait tout de suite avoué la torture. Il pensait peut-être qu’il n’y avait pas de raison de le cacher.

« Dans ce cas, aussi regrettable que cela puisse être, nous devrons vous passer à l’épée. Nous ne pouvons permettre à quiconque levant la main contre notre Empire de vivre. »

« Regrettable ? Qu’est-ce que vous devez regretter ? » Ryoma écouta les paroles de Shardina avec appréhension.

« Je tiens les gens comme vous en haute estime. Même si vous avez été poussé dans la situation inhabituelle après avoir été jeté dans un autre monde, vous vous êtes échappé de la capitale, malgré le fait qu’elle ne vous était pas familière, et vous êtes arrivé jusqu’à la frontière nationale. Cela montre bien la force inhabituelle que vous possédez. Si votre intelligence et votre force étaient mises à profit par notre Empire, nous ferions un pas décisif vers la conquête du continent occidental. »

Quand Shardina finit de parler, Ryoma la regarda avec mépris.

« Vous devez sûrement plaisanter. Moi, vous servir ? Je suppose que ce serait en tant qu’esclave, non ? Épargnez-moi vos blagues stupides. »

Il avait la physionomie d’un démon enragé, se contorsionnant de colère, de haine et une envie irrépressible de tuer.

« Stupide, dites-vous ? »

« Oui, vous m’avez bien entendu. Vous me prenez pour qui, le héros d’une histoire ? Pourquoi diable vous servirais-je un jour ? »

C’était les pensées sincères et honnêtes de Ryoma. L’idée de faire docilement ce qu’on lui demandait après que quelqu’un l’ait convoquée dans un autre monde était insensée. Shardina, d’un autre côté, se moquait des paroles de Ryoma.

« N’est-il pas naturel que celui qui a été convoqué obéisse à celui qui l’a convoqué ? »

L’expression de Shardina donnait l’impression qu’elle ne faisait que souligner le bon sens. Pour les gens de ce monde, les humains qu’ils avaient convoqués n’étaient rien d’autre que des outils pratiques, et personne ne penserait à leur demander la permission avant de les utiliser.

« Ouais, je m’attendais à ce que les gens dans ce monde disent ça. »

La déclaration de Ryoma fit en sorte que Shardina plissa son front.

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2 commentaires :

  1. Ethan Nakamura

    Merci pour le chapitre.

  2. Être convoqué sans permission, passe encore pour un isekai, mais être considéré comme un esclave sans aucune reconnaissance ni récompense a la clé, la, l'Empire va s'en mordre les doigts 😈

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