Wortenia Senki – Tome 1 – Chapitre 3 – Partie 9

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Chapitre 3 : Résolution

Partie 9

Le cerveau du groupe, le marchand d’esclaves, était mort, et la surprise avait suffi à déstabiliser les gardes du corps, les laissant ouverts aux attaques et permettant aux jumelles de les terrasser facilement. Seul l’homme qui s’était précipité sur la route restait devant Ryoma.

« Hmph ! Donc tu es le seul qui reste. »

Les regards froids des filles se tournèrent sur l’homme qui restait.

« Attendez… Hey. » 

Il semblerait avoir enfin compris la position, les yeux montraient qu’il était en panique.

« Attendez, comment ? Comment pouvez-vous utiliser votre pouvoir… ? Vous ne pouvez pas l’utiliser sans un maître ! »

Les paroles du garde du corps avaient fait courber les lèvres des filles, montrant ainsi des sourires méprisants. C’était le sourire d’une bête confiante en sa victoire. Et pourtant, elles étaient restées aussi alertes et prêtes au combat qu’avant, avec leurs muscles tendus et prêts à dévier toute attaque que le garde du corps pourrait leur envoyer.

« Cet homme est notre maître ! »

Les regards des filles se tournèrent vers Ryoma.

« C’est des conneries. Les esclaves ne peuvent pas faire un pacte de sang avec quelqu’un tout seuls… »

« Nous avons appris à faire un pacte de sang quand nous étions jeunes. As-tu oublié d’où nous descendons ? Notre père nous l’a apprise. »

« Quoi !? Alors pourquoi ne l’avez-vous pas fait jusqu’à maintenant !? »

L’homme pâlit devant les paroles de Sara.

« Nous ne te devons aucune explication ! »

Alors que Laura disait ça, Ryoma s’était lentement approché de l’homme.

« Kuh. Merde ! Je ne l’oublierai pas, sales bâtards ! »

L’homme décida de faire un dernier pari. Il se retourna et partit aussi vite qu’il put.

Ce n’est pas un mauvais choix… Mais il a merdé se dit Ryoma en regardant l’homme battre en retraite.

Il ne courait pas dans la forêt, mais plutôt sur la route. Il y avait des monstres dans la forêt, et cette menace avait éliminé cette option d’évasion. Ryoma sortit alors un chakram et le jeta sans rien dire à l’arrière de la tête de l’homme. Le bruit du chakram qui coupait le vent et s’enfonçait dans le crâne de l’homme avait rempli la forêt.

« Bien. J’ai beaucoup de choses à demander, mais allons d’abord à Alue. On pourra parler ensuite. », dit Ryoma aux jumelles après avoir récupéré son chakram ensanglanté.

« « Comme vous le souhaitez. » »

Elles inclinèrent la tête et commencèrent à mettre de l’ordre dans les objets de valeur qui se trouvaient là.

Cela montrait qu’elles savaient ce qu’elles étaient censées faire.

Je voulais seulement les aider, mais on dirait que j’ai fini par perdre la tête, dit Ryoma en soupirant, tout en regardant les deux filles obéir à ses ordres.

Après avoir transporté les cadavres du marchand d’esclaves et de son entourage dans la forêt, Ryoma et les filles prirent tous les bijoux et objets de valeur qu’ils pouvaient trouver avant de se rendre à Alue. Heureusement, ils n’avaient pas rencontré d’autres bandits ou monstres, et ils y arrivèrent à 10 heures du soir. Tous les restaurants étaient déjà fermés, Ryoma décida donc de se rendre directement à l’auberge de la ville.

« Très bien, parlons pendant que nous mangeons. Allez, ne restez pas plantées là, venez ici et asseyez-vous. »

Il y avait sur la table du ragoût et du pain que l’aubergiste avait gracieusement réchauffé pour eux. Ryoma pensait qu’il leur avait fait une demande assez simple, mais les filles regardaient les chaises vers lesquelles il se dirigeait avec confusion.

« Qu’est-ce qui ne va pas ? Ça va refroidir. », demanda Ryoma aux filles d’un ton douteux alors que les jumelles échangeaient des regards.

« Il est interdit aux esclaves de manger à la même table que leur maître. Nous mangerons plus tard. »

« Hein ? », demanda Ryoma à la suite de la réponse de Laura.

« Il est interdit aux esclaves de manger avec leur maître. »

Tandis que Sara répétait les mêmes paroles, Ryoma regarda son visage attentivement.

Est-elle sérieuse ?

C’était une déclaration bien trop stupide pour y croire.

« Euh… Ce n’est pas permis, vous dites… ? Vous avez du ragoût juste devant vous. Ça va refroidir. »

« Les esclaves n’ont pas le droit de manger de la nourriture chaude. », répondit Laura comme si elle disait une vérité évidente.

Qu’est-ce qui se passe avec ces filles… ? Les esclaves se préoccupent-ils vraiment autant de ce que dit leur maître ? Mais je suis leur maître… Je suppose que cela signifie… Hé, attendez une seconde !

Ryoma, qui n’avait aucune expérience de l’asservissement des gens, trouvait que l’attitude des jumelles était trop lourde.

« Alors, si j’ai bien compris. Vous devez obéir à votre maître, n’est-ce pas ? »

« « Oui. C’est le devoir de l’esclave de servir son maître. » »

Elles avaient répondu à la question de Ryoma à l’unisson.

Il n’y avait même pas un soupçon d’hésitation dans leurs paroles. Elles le croyaient du fond du cœur.

« Et je suis votre maître, n’est-ce pas ? »

« Oui. Vous êtes le Maître avec qui nous avons conclu un pacte de sang, » déclara Laura, avec Sara hochant la tête en silence.

« C’est vrai. Dans ce cas, c’est un ordre de votre maître. Asseyez-vous et dînez avec moi ! »

« Hein !? »

Les deux échangèrent des regards étonnés.

« La nourriture n’est que moitié moins bonne si on la mange seul, voyez-vous ? En plus, je veux discuter de ce qu’on va faire ensuite. Alors, asseyez-vous ! »

En toute honnêteté, il pouvait difficilement supporter de manger seul un repas somptueux avec les jumelles qui le regardaient comme ça. C’était insupportable. Les sœurs étaient tombées dans un silence contemplatif pendant un moment.

« … Très bien. Toutes nos excuses. Viens, le Maître a parlé. Asseyons-nous. »

Laura, qui avait l’air de s’être conduite toute seule, poussa Sara à s’asseoir.

« D’accord, parlons autour d’un dîner ! »

« Comme vous voulez. »

Ryoma était d’avis que manger ensemble serait plus amusant, mais les filles semblaient mal à l’aise avec l’idée. Après avoir mangé une cuillerée ou deux de ragoût, elles déposèrent leurs ustensiles.

C’est gênant… D’après ce que j’ai entendu jusqu’ici, on dirait que les esclaves sont traités plus mal que je ne l’imaginais. Je ne vais pas les faire changer immédiatement.

Les vieilles habitudes ont la vie dure, comme on dit. Mettant cette question de côté, Ryoma décida de poser des questions sur le pacte de sang. Ce n’était peut-être pas un sujet idéal de discussion autour d’un dîner, mais Ryoma ne pouvait pas laisser les choses en suspens.

« Alors, récapitulons la situation actuelle. Je sais que je me répète en posant cette question, mais je suis devenu votre maître maintenant, non ? »

« Oui. Le pacte de sang que nous avons conclu plus tôt nous a placés dans une relation de maître et d’esclave. »

« Oui, à ce propos ! Parlez-moi de ce pacte de sang. », demanda Ryoma, fronçant ses sourcils tout en mâchant du pain.

« Le pacte de sang a deux buts. Le premier est un rituel de loyauté entre un chevalier et son seigneur. Dans ce cas, il ne s’agit que d’une simple formalité et elle n’a aucun pouvoir contraignant. L’autre se fait entre les esclaves guerriers et leurs maîtres. »

« Esclaves guerriers ? »

Ryoma remit le pain dans ses mains à sa position antérieure sur la table et regarda Laura.

« Oui, en plus des esclaves manuels et des esclaves sexuels, il existe un type unique d’esclave connu sous le nom d’esclave guerrier. Comme leur nom l’indique, ce sont des esclaves habitués aux combats, et comme ils possèdent naturellement le pouvoir de combattre, ils ont les moyens de se révolter contre leurs maîtres. En tant que tels, tous les esclaves guerriers ont un sceau apposé sur eux, leur interdisant toute hostilité sans l’autorisation explicite de leur maître. »

L’explication de Laura dégoûta le cœur de Ryoma. Celui-ci ne supportait pas l’idée que les gens violent la volonté des autres. Tout ce que Laura lui disait en ce moment n’était ni plus ni moins que l’imposition de la volonté du maître à leurs esclaves. S’ils craignaient que les esclaves se révoltent contre eux, cela signifiait simplement qu’ils les traitaient d’une manière qui les inciterait à se révolter.

« Je vois. Question suivante, alors. Comment avez-vous pu faire ce pacte ? »

Si l’explication de Laura était vraie, il n’y avait aucun moyen pour des esclaves comme elles de savoir comment faire un pacte de sang. Si tous le pouvaient, tout le système de gestion des esclaves s’effondrerait sous son propre poids. Ryoma posa cette question pour une raison simple : cela aurait pu être un piège de l’empire. Peut-être avaient-elles été envoyées à la recherche de Ryoma afin qu’il les sauve, qu’elles puissent ensuite gagner sa confiance jusqu’à ce qu’il se laisse attaquer.

« C’est… »

Sara bégayait. Il semblerait que, pour une raison quelconque, elle ne voulait pas répondre à la question de Ryoma.

Mais après avoir échangé un regard avec Laura, elle se tut.

« C’est bon, Sara. Il est normal qu’il ait des soupçons. Très bien, je vais vous le dire. Nous vous demandons seulement de garder cette histoire pour vous et de ne la raconter à personne d’autre, Maître. »

Voyant dans ses yeux une résolution inébranlable, Ryoma acquiesça d’un signe de tête vigoureux. Il n’était de toute façon pas du genre à révéler les secrets des autres.

« Notre nom de famille est Malfist. C’est le nom d’une lignée de chevaliers au service du royaume du Quift, qui existait autrefois le long de la côte occidentale du continent central. »

Une lignée de chevaliers ? Ce sont donc des nobles, issus des échelons supérieurs de la société. Elles sont vraiment jolies et raffinées, mais comment ces nobles princesses sont-elles devenues esclaves… ?

L’histoire sombre de Laura dépassa l’imagination de Ryoma.

« Ton vrai nom est Laura Malfist, c’est ça ? »

« Oui. La maison Malfist était un ancien clan de guerrier qui servit la lignée royale de Quift pendant des générations. La famille royale nous faisait grandement confiance, et notre lignée était souvent au cœur de la défense nationale. Mais cela prit fin il y a environ cinq ans. Un différend avec un voisin et partenaire commercial de longue date, Shadora, a conduit à une guerre totale, qui a conduit le royaume de Quift à la destruction. La terre de notre père était une île au large des côtes du royaume, mais même cet endroit n’était pas à l’abri de la propagation des feux de la guerre. »

Les larmes brillaient dans les yeux des filles, peut-être à cause du souvenir de ce qui s’était passé.

« Notre père s’est battu désespérément pour défendre les citoyens et le royaume. Mais quand le roi fut assassiné à cause de la trahison de la faction du Premier ministre, la guerre devint favorable à la faction de Shadora, et Père fut forcé d’abandonner nos territoires. »

« Et c’est là que vous avez toutes les deux réussi à vous échapper ? »

« Oui. »

Les jumelles hochèrent la tête.

« Il nous a affecté plusieurs soldats comme gardes et nous a envoyées à la frontière pour fuir dans un autre pays. »

« Mais s’il vous a donné des gardes, comment êtes-vous devenus esclaves ? »

« C’est parce que nous tous… y compris nous-mêmes, jugions mal le caractère des gens. »

« Laura… »

La question de Ryoma fit paraître sur le visage des filles de la colère, de l’humiliation et du regret.

« Nous n’avons pas vu à quel point le cœur des gens peut être faible. C’est arrivé un soir, alors que notre bateau, déguisé en navire de commerce, traversait la frontière vers un pays voisin. Nos gardes nous ont attachées et vendues au marchand d’esclaves d’Azoth. Bien qu’ils soient tous des chevaliers de confiance et qui nous ont bien servis pendant des années… »

Les gardes en qui elles avaient confiance les trahissaient et les mirent en esclavage. Ça avait vraiment l’air tragique. Et comme on dit, les malheurs ne venaient jamais seuls, et une mauvaise chose en entraînait une autre.

J’ai de la peine pour elles, mais je ne peux pas non plus blâmer ceux qui les ont trahis…

Cette pensée était apparue dans l’esprit de Ryoma. Les gardes du corps qui les avaient vendus essayaient de s’accrocher à leur propre vie. L’effondrement de la lignée familiale, c’était comme la faillite de votre entreprise. Si vous demandiez aux employés de s’occuper de la famille du PDG après la faillite de l’entreprise, cela n’arriverait jamais.

Ce genre de lien ne pouvait durer que tant que l’argent coulait. C’était ce que Ryoma pensait, mais il n’était pas assez stupide pour exprimer cette pensée avec des mots. Ryoma fit donc avancer la conversation.

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Un commentaire

  1. Merci pour le chapitre.

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