Wortenia Senki – Tome 1 – Chapitre 3 – Partie 2

***

Chapitre 3 : Résolution

Partie 2

Elle n’avait donné l’ordre qu’hier soir, donc son exécution avait été rapide, même s’il était à cheval. Son expression montrait qu’elle était satisfaite du rapport de Saitou.

« Pensez-vous que nous pourrons l’arrêter à Adelpho ? »

Cet homme, Saitou, semblait avoir une vingtaine d’années. Il avait un corps mince et tempéré, et ses cheveux étaient soigneusement peignés. Il donnait l’impression d’être un digne homme de bureau. Si vous le mettiez en costume d’affaires et l’envoyiez dans le quartier des affaires, il se fondrait naturellement dans la foule. Les yeux cachés derrière ses lunettes à monture argentée brillaient d’intelligence.

« Oh ? »

Shardina écouta la question de l’homme calme avec un sourire fantaisiste.

« Ai-je déjà dit quelque chose dans ce sens ? »

« Non. C’est précisément pour ça que je vous le demande, Princesse. »

Peut-être que sa réponse ne correspondait pas à ses attentes, parce que Shardina était devenue un peu lunatique lorsqu’elle lui répondit.

« Alors, laissez-moi vous demander, mon cher et fiable Saitou. Pourrons-nous arrêter cet homme à Adelpho ? »

« Non. Ce sera très probablement impossible. »

Saitou répondit clairement.

Shardina semblait aimer cette réponse.

« Oh ? Comment ça ? », demanda-t-elle en souriant faiblement.

« Comment chercher un homme quand on ne sait pas à quoi il ressemble ? Ou bien avez-vous des informations à son sujet ? »

C’était là l’élément le plus problématique de leur recherche jusqu’à présent. Tout ce qu’ils savaient, c’était que l’homme de l’autre monde était grand, bien bâti, intelligent et de nature impitoyable. Il y avait plein de gens comme ça dans l’empire.

Ils l’avaient cherché hier en se basant sur l’hypothèse qu’il portait une armure de soldat, mais une fois qu’ils avaient quitté la porte, ils avaient perdu toute trace de lui. En tant que tel, supposer qu’il ait changé d’armure, comme Shardina l’avait signalé, était raisonnable. Mais cela signifiait aussi qu’ils n’avaient plus d’indices pour le traquer.

« C’est vrai… Héhé. Inutile d’essayer de chercher quelqu’un quand on ne sait pas à quoi il ressemble. »

« Alors, qu’est-ce qu’on fait ? »

Saitou considérait le sourire de Shardina avec une expression douteuse.

Honnêtement, la situation semblait plutôt désespérée. Cette question, cependant, avait simplement fait apparaître un sourire farceur sur les traits de Shardina.

« Eh bien, nous ne connaissons pas son visage, alors il va falloir qu’il nous le dise, n’est-ce pas ? Que c’est lui le coupable. »

Dès que Saitou entendit Shardina dire cela, une lueur vive lui remplit les yeux. Il semblait comprendre ce que pensait sa maîtresse.

« Je vois. C’est pour ça que vous avez bloqué la frontière d’Adelpho… »

« Oui… Bien que, vu nos effectifs limités, nous ne devrions probablement pas trop en attendre… »

« Ne pouvons-nous pas mobiliser les forces en garnison à Adelpho ? »

Shardina secoua la tête

« Pas possible. Déplacer la garnison créerait une ouverture à la frontière, ce qui augmenterait les chances que Xarooda attaque. On ne peut pas non plus demander de l’aide aux nobles. »

Leur voisin oriental, le royaume de Xarooda, n’était pas à la hauteur de l’empire en termes de puissance nationale. Le continent occidental était divisé en cinq régions, et parmi elles, O’ltormea était une grande puissance qui contrôlait le territoire central, et une partie du sud aussi. En comparaison, Xarooda n’avait qu’un petit territoire, représentant de la pointe occidentale à la partie orientale un tiers du continent.

Pour couronner le tout, la majeure partie du territoire de Xarooda était constituée de districts montagneux, et le terrain offrait un espace limité pour les terres agricoles ou pour soutenir sa population. Elle était inférieure à O’ltormea sur tous les fronts : force militaire, économique et main-d’œuvre.

Il était donc difficile de croire que Xarooda enverrait ses soldats de l’autre côté de la frontière, et même s’ils le faisaient, O’ltormea serait facilement en mesure de réagir à leur invasion.

Mais, pour les repousser, O’ltormea devrait être capable de mobiliser l’intégralité de sa force militaire. À l’origine, c’était un petit pays au centre du continent, et, en profitant des périodes troublées, il s’était développé en un plus grand pays, en prenant le contrôle de ses pays voisins. Mais cela a eu un coût, car O’ltormea était actuellement dans un état d’hostilités ouvertes, ou au mieux de guerre froide, avec tous ses voisins.

En outre, les nobles vivant dans les territoires proches des frontières de l’empire étaient tous des survivants des pays vaincus. Ils avaient bien juré fidélité à l’empire en surface, mais c’était uniquement pour conserver le nom et l’honneur de leur famille. Shardina n’était pas assez stupide pour présumer que leur loyauté était authentique.

En d’autres termes, l’empire d’O’ltormea était pris entre deux fronts. Le premier était leurs ennemis extérieurs, leurs voisins qui fronçaient les sourcils devant leur conquête impérialiste, et leurs ennemis intérieurs, les nobles potentiellement traîtres.

« Oui, c’est vrai… Si les nobles l’apprenaient, ils pourraient profiter de la situation pour déclencher une rébellion. »

En entendant Saitou dire cela, Shardina sourit amèrement, imaginant ce qui se passerait si les nobles et leurs pays voisins apprenaient cet incident.

« Nous devrons peut-être l’annoncer à un moment donné, mais ce n’est pas le moment. Nous devons donc être prudents avec les moyens que nous choisissons pour cela… Même s’ils nous désavantagent. »

Saitou hocha la tête silencieusement en entendant Shardina.

Quand Ryoma arriva à Melpheren, il faisait déjà nuit noire. Ayant terminé sa chasse dans la forêt, il avait finalement atteint sa destination initiale.

Il était plus de sept heures du soir. D’habitude, il faut environ trois heures pour se rendre à pied de la capitale à Melpheren. Elle se situait à une dizaine de kilomètres de la capitale, et même s’il s’était arrêté pour chasser, il était arrivé assez tard.

La porte de la ville était assez grande. Elle était déjà fermée à cause de l’heure tardive, mais après avoir payé un péage et présenté son identification de guilde, Ryoma avait été autorisé à passer.

« Ouf, j’ai enfin réussi. »

Ne posséder aucune connaissance ne devait pas être facile, et Ryoma s’était mis à parler tout seul par inadvertance. Bien qu’il n’ait été ici qu’un jour, le fait d’être jeté dans un monde totalement détaché de celui dans lequel il avait grandi avait eu des conséquences, même sur Ryoma.

Eh bien, je ne devrais pas me précipiter. Je vais faire en sorte de me rendre les choses faciles.

Melpheren se trouvait à une centaine de kilomètres de la frontière. Il fallait environ quatre heures pour parcourir cette distance à cheval. Mais à pied, à une vitesse moyenne de 3-4 kilomètres à l’heure, il faudrait marcher dix heures par jour pendant 3 jours. Cependant, Ryoma avait estimé, pour plusieurs raisons, que cela lui prendrait plus d’une semaine.

Pour l’instant, je devrais me présenter à la guilde.

Le sac de Ryoma creusait dans son flanc, rempli de tout ce qu’il avait ramassé de la chasse. Malgré les grognements de son estomac, il porta le sac et se dirigea vers la guilde.

« Par ici, s’il vous plaît. »

Ryoma arriva au comptoir de livraison situé au sous-sol de la guilde, remettant la lettre au commis assis là.

« Compris, permettez-moi de confirmer que tout est en ordre… Oui, ça a l’air bien. Le sceau est intact. »

La commis prit la lettre et la carte de Ryoma, puis après avoir confirmé que le sceau de cire n’avait pas été brisé, entra l’information dans la carte de Ryoma.

« Oui, tout semble en ordre. Je vais ajouter cela à vos points. Que voulez-vous faire pour les demandes de chasse ? Voulez-vous que je les prenne en compte maintenant ? »

« Oui, s’il vous plaît. »

Ryoma hocha la tête.

« Très bien. Cela fait donc 54 chiens sauvages, 31 abeilles sauvages et 59 lapins sauvages… Bon travail. C’est un sacré butin. »

« Oui. Les armes que j’ai achetées hier ont été émoussées par le sang… Je devrais vraiment les faire aiguiser. »

Entendant Ryoma râler en reprenant sa carte, le visage de la préposée s’était rempli de surprise.

Il en a vraiment tué autant avec une épée ? En une seule journée ? Je croyais que c’était un magicien qui utilisait un sort de destruction à grande échelle… Est-ce vraiment un aventurier de rang F... ?

Toutes les dates de réception de ces missions dataient bien d’hier.

« Y a-t-il un forgeron capable d’aiguiser des armes en ville ? », continua Ryoma, sentant son regard surpris et impressionné.

« Euh… Quittez la guilde et tournez à gauche dans la rue principale. Ça devrait être droit devant. »

« D’accord, je vérifierai plus tard. Au fait, avez-vous fini de tout comptabiliser ? »

« Ah ! »

La question de Ryoma incita la fille à se souvenir de ce qu’elle faisait.

« Mes excuses. Le total final est de quatre pièces d’argent et 23 pièces de cuivre. Vous obtenez un point par meurtre, ce qui fait un total de 144 points. Félicitations, M. Mikoshiba. Vous avez atteint le rang de Double F. »

Il ne s’est inscrit qu’hier, et il est déjà passé au rang suivant… ?

Honnêtement, Ryoma n’avait pas l’air très heureux. Mais c’était peut-être prévisible, car cela ne semblait pas trop compliqué pour lui.

« Vous n’avez pas l’air heureux de votre promotion. »

La préposée déclara tout haut ce qu’elle pensait tout bas.

« Eh bien, je le suis, c’est juste que, pour être honnête, cela ne m’a pas coûté beaucoup d’effort… »

Ryoma lui répondit directement.

« Vraiment ? Eh bien, l’une des deux choses suivantes se produit habituellement dans cette situation. Si quelqu’un a suivi une formation avant de s’inscrire, il atteint généralement le niveau E en une semaine environ. »

« Vraiment ? »

« Oui. D’un autre côté, les amateurs complets peuvent trouver que s’élever au rang de Double F est un grand effort. »

« Hmm. vraiment… »

Ryoma ne l’avait pas encore compris, mais ce qui gênait le plus les débutants, c’était le travail en groupe. Les monstres de la forêt opéraient souvent en meute, ce qui signifiait que les aventuriers devaient faire face à plusieurs ennemis à la fois pendant la chasse.

Mais même les monstres faibles pouvaient représenter une menace dans une meute. C’était pour cette raison que la guilde avait recommandé que les gens se regroupent et forment des groupes, mais naturellement, tout le monde n’était pas nécessairement accepté. Il y avait toutes sortes de raisons, comme l’écart trop grand entre les capacités de combat des individus, les différentes façons de penser ou les conflits d’intérêts. Mais quoi qu’il en soit, peu de gens avaient pris en charge seuls les demandes.

Cela signifiait aussi que les personnes qui avaient du mal à entrer dans les groupes étaient des débutants, surtout ceux qui, d’une manière ou d’une autre, n’avaient pas été formés.

« Nous, à la guilde, encourageons les vétérans à se joindre aux débutants et à les aider à grandir dans de vrai combat, mais cela peut être difficile à organiser. »

Les amateurs avaient une façon de faire des choses imprévisibles. Bien sûr, le fait d’être imprévisible ne signifiait pas nécessairement qu’ils ne pouvaient pas produire des résultats favorables, mais dans la plupart des cas, ce genre de choses avait tendance à se terminer tragiquement. C’était pourquoi les vétérans avaient tendance à hésiter quand il s’agissait d’aider à faire grandir des débutants.

Par conséquent, la plupart des débutants de la guilde avaient dû se débrouiller seuls jusqu’à ce qu’ils deviennent assez habiles, à l’exception de ceux qui avaient eu la chance de faire équipe avec d’autres novices.

Mais, une fois de plus, les monstres opéraient en meute, et c’est là que résidait le problème. Même les monstres qu’un novice pouvait tuer en un contre un étaient beaucoup plus coriaces s’ils étaient rencontrés en tant que meute dans l’environnement peu familier de la forêt. Ils devaient se battre tout en scrutant son environnement immédiat, ce qui était difficile pour les débutants. Aller trop loin pourrait entraîner la perte de sa vie.

C’est pour cette raison que la plupart des novices recherchaient des errants, des monstres individuels qui s’étaient séparés de leur meute. Les rencontrer était cependant extrêmement rare. On pouvait passer toute la journée dans la forêt et n’en rencontrer que quelques individus.

Il en résultait les deux cas décrits par la réceptionniste. Ceux qui manquaient d’habileté et ne se battaient qu’en tête-à-tête, fouillant les forêts à la recherche de bêtes errantes, et ceux qui, comme Ryoma, étaient capables de combattre de nombreux adversaires à la fois, et ils finissaient par gravir rapidement les échelons.

***

Si vous avez trouvé une faute d’orthographe, informez-nous en sélectionnant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée s’il vous plaît. Il est conseillé de se connecter sur un compte avant de le faire.

Un commentaire

  1. Merci pour le chapitre.

Laisser un commentaire