Strike the Blood – Tome 4 – Chapitre 4

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Chapitre 4 : Prison cachée

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Chapitre 4 : Prison cachée

Partie 1

Cette fille était née dans le donjon d’un vieux château.

Elle n’ouvrit les yeux que pour entendre des chants à la place des berceuses. Ceux qui veillaient sur sa naissance étaient des servantes homuncules. À la place des bras de sa mère qui lui donnaient de la chaleur, il n’y avait que la soupe chimique froide qui remplissait la cuve en verre.

Elle n’avait aucun souvenir avant l’âge de six ans. On lui avait accordé les connaissances minimales requises pour la vie quotidienne et le pacte avec le diable. C’est tout ce dont elle se souvenait.

Elle était née avec le corps d’un enfant de six ans, dans le donjon d’un château, seule.

… Où est ma mère ? demanda-t-elle aux servantes homuncules.

« Elle est à l’intérieur de la Barrière pénitentiaire. »

C’était la réponse des servantes.

— Barrière pénitentiaire ? Qu’est-ce que c’est ?

« C’est une prison se trouvant proche de la métropole de Tokyo, la ville d’Itogami, le sanctuaire des démons d’Extrême-Orient. C’est un lieu d’exil éternel dans une autre dimension, isolé de ce monde. L’abominable Sorcière du Vide a trahi votre mère et la garde captive dans les ténèbres. »

Les paroles des servantes tombèrent sur la petite fille qui venait de naître comme une malédiction.

« Vous êtes née pour servir d’atout à la Maîtresse Aya pour lui permettre de s’échapper de son enfermement. Vous êtes une sorcière au sang pur, ayant conclu un pacte avec un diable à la naissance. Vous êtes la Sorcière Bleue, protégée par le Chevalier Bleu. »

La fille n’avait rien compris. Tout ce qu’elle comprenait, c’était que sa mère était enfermée dans un endroit très éloigné et qu’elle avait besoin d’elle pour s’échapper de cet endroit.

Mais la fille avait encore des doutes.

Si elle était née pour lui permettre de s’évader de prison, que lui arriverait-il une fois cet objectif atteint ? Sa propre mère aurait-elle besoin d’elle une fois qu’elle ne serait plus captive… ?

« Votre corps est encore jeune. De longues années seront nécessaires avant que vous ne soyez capable d’utiliser pleinement votre énergie démoniaque. Une fois que vous aurez atteint votre seizième anniversaire, la saison des ténèbres commencera, le jour de la fête des feux de joie, vous irez au Sanctuaire des Démons et vous déchirerez la Barrière pénitentiaire. »

Les servantes n’avaient pas dissipé ses doutes. Les seuls mots qu’elles répétaient sans cesse étaient de graver dans son esprit les détails du plan de sauvetage de sa mère.

C’était aussi une malédiction que sa mère lui avait jetée. Elle était née comme un outil, une partie d’un plan complexe pour le grand sort qui allait la libérer.

« Il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Nous, de la Bibliothèque, vous apporterons notre soutien de toutes les manières possibles. Tout est comme votre mère le désire… »

Comme les servantes le lui avaient dit, son treizième anniversaire fut l’occasion pour de nombreux sorciers de visiter le château.

Ils lui avaient accordé toutes sortes de connaissances : sur l’organisation appelée LCO, sur le Sanctuaire des Démons, comment déchiffrer les grimoires, comment contrôler son Gardien, comment faire usage de ses pouvoirs de sorcière — .

Dès sa naissance, son affinité pour la sorcellerie était bien au-delà de la norme, finalement, elle avait obtenu le titre de bibliothécaire de l’organisation. Cependant, il n’y avait toujours personne pour répondre à sa question.

— Son existence avait-elle une valeur autre que son rôle dans le plan ?

Elle avait posé sa question au Gardien qui se tenait derrière son dos.

Cependant, aucune réponse n’était venue du chevalier sans visage. Il n’y avait jamais eu de réponse.

***

Partie 2

Kojou et Yukina avaient ainsi pu échapper à la foule sur la route principale et ils avaient couru dans une ruelle étroite.

Il va sans dire que Yukina en robe et tablier, ressemblant à une réfugiée d’un conte de fées, et Kojou, actuellement coincé dans le corps de Yuuma, présentait en vérité tout un spectacle lorsqu’ils étaient ensemble. Même dans une ville pleine de touristes costumés, le fait de les voir courir ensemble, sans même qu’ils ne fassent un seul coup d’œil sur le côté, les faisait vraiment ressortir, et donc, tout le monde les regardait directement. Mais alors qu’ils sortaient de l’allée et arrivaient sur une place, un groupe encore plus étrange les attendait.

Il s’agissait de flics antiémeutes portant des boucliers et des voitures blindées construites avec un blindage de couleur grise. C’était une barricade des gardes de l’île.

Kojou avait contracté ses dents de derrière en levant les yeux vers la structure géante qui les surplombait

« Ah, merde… ! Ils se sont aussi enfermés par ici ! » s’écria Kojou.

Le toit de la pyramide inversée qui était le symbole de l’île d’Itogami avait été recourt par une masse de tentacules effrayants qui semblaient venir d’un kraken. C’était le monstre que Yukina avait étiqueté de Gardien de sorcière.

La police antiémeute de la garde de l’île avait tenté de combattre ce gardien. Quatre hélicoptères de combat tourbillonnaient au-dessus du bâtiment, tirant avec des mitrailleuses et des fusées de purification dans un barrage sans merci.

Kojou était hors de lui quand il leva les yeux vers les flammes qui se répandaient.

« Bon sang, ils ont sorti l’artillerie lourde… ! » s’écria Kojou.

L’assaut avait brisé des fragments de l’édifice qui s’étaient déversés comme de la grêle tombant du ciel. Les ricochets et les balles perdues semblaient causer des dommages considérables aux bâtiments environnants. Ils avaient sans doute bouclé les environs pour empêcher les civils d’être blessés par des combats aussi féroces. Mais.

« On ne peut pas s’approcher comme ça, n’est-ce pas ? » s’était demandé Yukina à voix haute.

« Eh bien, c’est leur travail. S’il y a quoi que ce soit que nous devrions louer, c’est qu’ils ont réagi si vite, mais…, » répondit Kojou.

Yukina et Kojou murmuraient tous les deux avec des tons impatients. Quoi qu’il en soit, les gardes de l’île faisant un travail typiquement robuste pour boucler la zone, il était inutile d’essayer de percer la Porte de la Clef de Voûte pour s’y rendre. Même si Yukina était une Chamane Épéiste avec toutes les qualifications requises, ils ne les laisseraient jamais entrer sur un champ de bataille avec des hélicoptères de combat qui bourdonnaient dans le ciel.

De plus, la police antiémeute avait commencé à bombarder le toit du bâtiment depuis le sol. Il s’agissait d’un barrage de canons de défense anti-démons chargés de balles explosives anti-démons. En plus des explosions elles-mêmes, des fléchettes en alliage Argent-Elysium aux propriétés hautement purifiantes avaient frappé le corps du monstre. Mais il n’y avait aucun changement visible dans les mouvements du monstre.

« … Pas une égratignure !? » dit Kojou en s’élançant.

Yukina avait analysé la situation d’une voix posée. « Ce Gardien a probablement été renforcé par magie… Il peut très bien être imperméable aux attaques. »

Il faudrait une quantité d’énergie magique au-delà de tout bon sens pour enchanter une créature de cette taille, mais il était possible pour une sorcière avec la faveur d’un diable de réussir cela.

Ayant résisté à l’assaut avec aisance, le monstre avait commencé sa contre-offensive.

Il étendit l’un de ses tentacules marbrés comme un fouet, l’enroulant autour de l’un des hélicoptères de combat et l’arrachant du ciel en un instant. L’hélicoptère hors de contrôle avait craché des flammes en tombant vers la terre. Il heurta le sol durement, dégageant une énorme quantité de fumées à la suite de l’explosion. Le tremblement étrange du sol du Gigaflotteur et les échos de l’explosion entre les grands bâtiments donnaient l’impression qu’ils regardaient un film de monstres géants de près.

Kojou gémit lamentablement quand une odeur de brûlé se répandit dans l’air. « Argh… »

L’hélicoptère de combat n’avait pas été piloté, mais il y avait eu des blessés lors de l’explosion. Si les combats se poursuivaient ainsi, ce n’était qu’une question de temps avant que même les civils ne soient affectés par ça.

De plus, la puissance démoniaque émise par le haut de l’édifice s’intensifiait encore plus. Même si Yukina et Kojou s’étaient trouvés bloqués, Yuuma se rapprochait de la fin de son rituel magique.

Yukina s’était mordu la lèvre inférieure sans un mot. Sa lance pouvait facilement déchirer le sort qui renforçait la chair du Gardien. Malgré cela, le monstre se trouvait sur le toit d’un immeuble à plusieurs centaines de mètres de distance, bien au-delà de sa portée.

Kojou avait sorti son téléphone portable pour chercher sur sa carte. « Il doit y avoir un moyen de passer à côté d’eux… »

Dans un cas comme celui-ci, il se fichait de savoir s’il s’agissait d’un tunnel ou d’un puits d’entretien dans le Gigaflotteur, s’il pouvait seulement trouver un moyen d’atteindre la Porte de la Clef de Voûte sans être arrêté par la garde de l’île — .

Mais Kojou avait plissé les yeux avec un sentiment de tension en regardant la photo qui lui servait de fond d’écran.

« Qui diable a fait ça… !? … Est-ce Asagi ? » s’exclama Kojou.

Le visage innocemment endormi de sa camarade de classe y était exposé. Elle avait l’air plus enfantine sans maquillage, avec une légère trace de bave sur le coin de ses lèvres, mais cela ne la rendait que plus mignonne. Il avait l’impression de regarder un chaton se prélasser joyeusement au soleil.

Yukina fixa Kojou d’un regard glacial, tandis qu’il fixait l’image en état de choc, et demanda. « Senpai, où as-tu eu cette photo… ? ? »

« N-Non ! Ce n’était pas moi ! Quelqu’un a téléchargé ça sur mon tel... Attends, ah ? » s’écria Kojou.

Kojou secouait désespérément la tête quand elle avait soudain cliqué : une icône qu’il n’avait jamais vue auparavant avait été ajoutée dans le coin de l’image du papier peint. L’icône montrait la Porte de la Clef de Voûte, le texte disait, « Info Route. »

« Himeragi, par ici ! » s’écria Kojou.

« S-S-S-Senpai… ? » s’écria Yukina.

Kojou avait pris la main de Yukina et s’était mis à courir dans une direction sans aucun rapport. Yukina était encore confuse par l’action soudaine qu’elle avait suivie, presque comme si elle avait été traînée par lui. Kojou avait simplement suivi les instructions sur son écran de navigation et avait plongé dans un bâtiment inconnu.

Ce n’était pas qu’il faisait confiance à une application installée derrière son dos, mais il n’avait pas d’autres pistes pour sortir de l’impasse. Ils étaient foutus de toute façon, alors pourquoi ne pas tenter le coup ?

Mais le phénomène qui en avait résulté avait été bien au-delà des attentes de Kojou. Il avait été assailli par des étourdissements, un sentiment étrange de flottement et un léger impact. Quand sa vision avait cessé de trembler, Yukina et Kojou se trouvaient dans un centre commercial inconnu.

« Une téléportation — !? Senpai, qu’est-ce que c’est ? » demanda Yukina.

Saisissant rapidement la situation, Yukina déplaça les yeux vers Kojou alors qu’elle était en état de choc. Kojou fixa l’écran de son téléphone et secoua la tête.

« Ce programme de navigation dit que c’est la route pour se rendre à la Porte de la Clef de Voûte. Je pense qu’on arrivera à destination après un tas d’autres sauts, » répondit Kojou.

 

 

« Donc cela utilise-t-il l’ingénierie inverse des distorsions spatiales ? Qui sur terre… ? » s’exclama Yukina.

« Est-ce Asagi qui a fait ça… ? » murmura Kojou.

Il ne savait pas comment ni pourquoi, mais que Kojou pouvait accepter une telle action venant d’elle.

Sur le plan technologique, l’utilisation des instabilités momentanées causées par les distorsions spatiales pour se rendre à destination par le chemin le plus court était réalisable grâce à l’appui du réseau traversant la ville d’Itogami. Mais il faudrait un administrateur système d’un niveau de compétence incroyablement élevé pour que cela devienne une réalité. Pour Kojou, elle était la seule à pouvoir produire un tel logiciel comme celui-là en une nuit.

Cela dit, Kojou ne pensait pas qu’Asagi avait envoyé cette application sur son téléphone portable… encore moins avec la photo de son visage endormi. D’abord, elle n’aurait pas dû savoir qu’il se dirigeait vers la Porte de la Clef de Voûte. Quelqu’un était placé au-dessus de la scène et tirait les ficelles. C’était peut-être la Corporation de Management du Gigaflotteur, peut-être l’Organisation du Roi Lion… Quelqu’un utilisait Kojou et Yukina pour surmonter la situation imminente.

Mais ils n’avaient pas le temps de trouver qui était derrière tout ça.

« Bref, il faut jouer les cartes qu’on a. La prochaine est un virage à droite à une intersection à deux cents mètres par ici, » déclara Kojou.

« Oui, » répondit Yukina.

Yukina avait fidèlement suivi les instructions de Kojou et s’était mise à courir. Alors qu’ils prenaient le virage, le sentiment de flotter à nouveau s’était fait sentir. Les distorsions spatiales leur avaient causé beaucoup de chagrin depuis la veille, mais en les utilisant, ils avaient maintenant un moyen de franchir les barricades jusqu’à la Porte de la Clef de Voûte. Dès qu’ils eurent terminé leur quatrième saut, une tour d’acier familière avait bondi dans les champs de vision de Kojou et Yukina. C’était l’endroit le plus haut de l’île Itogami. Il s’agissait d’une salle d’observation vitrée au pied d’une tour de cellules, en d’autres termes, le toit de la Porte de la Clef de Voûte.

Kojou criait à pleins poumons quand il s’était rendu compte que des tentacules les avaient encerclés dès qu’ils avaient atteint le toit.

« … Ce monstre est jusqu’ici !? » s’écria Kojou.

Maintenant qu’il voyait les tentacules marbrés de près, ils avaient l’air encore plus imposants qu’il ne l’avait imaginé. La surface de la peau recouverte de mucus était étrangement noueuse, avec des veines pulsantes visibles, ressemblant à un essaim de serpents.

Les tentacules, leurs nombres apparemment sans fin, et ils s’étaient enchevêtrés dans un motif complexe alors qu’ils avaient essayé d’écraser Kojou et Yukina comme des insectes.

Un flash d’argent intense les avait découpés en tranches.

« Loup de la dérive des neiges — ! »

La lance d’argent que Yukina avait avancé avait tranché à travers les tentacules, des dizaines de centimètres d’épaisseur et de diamètres, comme s’ils étaient du papier.

Le monstre, dont les balles de trente millimètres tirées par des hélicoptères de combat et des fusées équipées d’ogives purificatrices de démons n’avaient même pas réussi à égratigner, était coupé en rubans par la lance d’une petite fille sans défense, les morceaux s’envolant tout autour d’elle. C’était la capacité de l’arme secrète de l’Organisation du Roi Lion, le « Schneewaltzer », quand il était utilisé.

« Yuuma ! » cria Kojou.

Comme la barrière de tentacules faits par le Gardien des sorcières avait été brisée, la vue de la cérémonie qui se déroulait à l’intérieur avait été exposée. C’était un cercle magique dessiné avec du sang frais. Deux sorcières se tenaient à droite et à gauche. Et au centre du cercle se tenait un jeune homme vêtu d’un costume noir formel. C’est un imperméable qui aurait fait crier n’importe qui avec le mot : Vampire ! C’était la tenue que Nagisa avait achetée à Kojou pour lui servir de costume.

« Tu es en avance, Kojou. »

Le jeune homme tourna la tête et appela Kojou par son prénom. C’était le visage mondain d’un lycéen ordinaire. La seule chose qui le caractérisait, c’était l’aspect clair de ses avant-bras dans l’obscurité, comme si le clair de lune brillait sur eux.

Là, devant eux, se tenait le corps physique de Kojou Akatsuki.

« Tu as toujours été comme ça. Tu te pointes à des endroits très importants sans aucune idée de ce qui se passe. »

Une expression angoissée s’était emparée de Kojou alors qu’il regardait son propre corps.

« Yuuma… tu es… »

Yuuma tenait une sorte de grimoire dans sa main. Et l’énorme pouvoir magique qui traînait du bout de ses doigts maintenait le grimoire actif, car il provoquait une distorsion de l’espace. Ce fait avait conduit Kojou vers le désespoir.

Jusqu’à ce qu’il le regarde en face, son cœur avait en effet gardé le faible espoir que Yuuma n’était qu’une amie d’enfance et n’était pas mêlée à cet incident, ou que si elle l’était, c’était purement comme une victime.

Mais il avait finalement accepté la vérité. Yuuma avait vraiment détourné le corps de Kojou.

Elle était la meneuse de ce cirque.

Yuuma eut un sourire doux, comme si elle consolait un Kojou qui agonisait.

« Ne t’inquiète pas. Je te rendrai ce corps bien assez tôt. N’attends-tu pas encore un peu ? Je vais la retrouver très bientôt, » déclara Yuuma.

« La trouver… trouver qui… ? » demanda Kojou.

« Ma mère. Je ne l’ai pas rencontrée une seule fois depuis ma naissance, » répondit Yuuma.

La confusion de Kojou s’alourdit encore.

« Ta… mère… ? »

Il se souvient vaguement que la jeune Yuuma vivait loin de sa mère.

***

Partie 3

Si Yuuma était une sorcière, il n’était pas exagéré de supposer que sa mère était aussi une sorcière. Les chances que la mère de Yuuma soit dans le sanctuaire des démons de l’île d’Itogami étaient assez élevées.

Kojou pouvait comprendre ça. Mais c’est tout ce qu’il avait compris.

Il n’y avait sûrement aucune raison d’organiser un tel incident pour rencontrer sa mère.

Kojou s’approcha du cercle magique, comme s’il essayait de forcer Yuuma à dissiper ses doutes. Comme pour l’en empêcher, il entendit soudain une voix qui riait. Il ne connaissait que trop bien le ton sarcastique.

« … C’est assez, Kojou. Pourriez-vous s’il vous plaît ne pas vous rapprocher d’elle ? »

Dans une incrédulité abjecte, Kojou avait déplacé son regard vers la voix.

« !? Qu’est-ce que tu fous ici… !? » s’écria Kojou.

Un jeune aristocrate blond aux yeux bleus se tenait là. Appuyé contre la tour d’acier, il avait un sourire excessivement éloquent sur son visage.

« Salut. Kojou, vous êtes devenu un peu plus mignon depuis la dernière fois que je vous ai vu. » Un frisson avait traversé Kojou face au son de la voix de Vattler… et comment il avait l’air de se lécher les lèvres.

Ce n’est pas qu’il avait peur d’un vampire de la vieille garde devant lui. Pour Kojou, le jeune aristocrate était, en un sens, un adversaire plus dangereux que le Premier Primogéniteur, le seigneur de guerre perdu, lui-même. Après tout, c’était l’homme qui avait offert son amour à Kojou, même si Kojou était lui-même un homme. Il était trop terrifié pour penser à quoi il ressemblait maintenant pour Vattler alors qu’il était coincé dans le corps de Yuuma.

Kojou avait donc changé de sujet à la hâte. « Ne me dis pas que tu es dans le coup !? »

« Non, non, non, j’attends que les dames ouvrent la Barrière pénitentiaire. »

Kojou fut abasourdi par les paroles inattendues que Vattler avait prononcées.

« La Barrière pénitentiaire… !? » s’écria Kojou.

Même Kojou avait entendu parler de la Barrière pénitentiaire, une prison cachée dans laquelle de dangereux criminels sorciers étaient enfermés. C’était une prison fantôme. Personne ne savait où elle se trouvait, ni même si elle existait vraiment.

C’était peut-être un endroit où les âmes des criminels exécutés hantaient, alors qu’ils n’arrivaient jamais à atteindre l’au-delà, c’était peut-être un autre nom pour un temple à un dieu maléfique qui avait sombré au fond de la mer. C’était l’une des légendes urbaines les plus durables de l’île d’Itogami.

« Donc ce n’était pas juste une histoire de fantômes… !? » déclara Kojou.

« Pas du tout. La Barrière pénitentiaire est une construction faite par l’homme, d’un autre monde, utilisant les lignes de ley qui coulent sous le Sanctuaire des Démons. Même les directeurs qui l’ont construite ne savent pas où elle se trouve vraiment, mais je vous assure qu’elle existe — quelque part ici dans la Ville d’Itogami. »

« Je vois, ces distorsions spatiales… Elles doivent permettre de trouver l’emplacement de la Barrière pénitentiaire…, » déclara Kojou.

Yuuma faisait plier l’espace dans toute la ville d’Itogami pour trouver une place cachée dans un virage de l’espace. Ils cherchaient la Barrière pénitentiaire cachée, un peu comme les gens utilisaient de la poussière de graphite pour mettre en évidence les impressions laissées sur un bloc-notes.

« Par ailleurs, l’ouverture du sceau de la Barrière pénitentiaire nécessite un excellent rituel de contrôle spatial et une énorme quantité d’énergie magique qui surpasse les limites de l’espace, » déclara Vattler.

Tandis que Vattler finissait d’expliquer le tour de magicien, Kojou retourna son regard vers Yuuma, debout là, sans un mot.

Maintenant, il sentait qu’il pouvait comprendre le sens de ses paroles.

Yuuma était une sorcière spécialisée dans le contrôle spatial. Cependant, peu importe la faveur qu’un diable lui avait accordée, elle n’avait pas le pouvoir magique nécessaire pour noyer les lignes de ley. Le seul ici qui en ait eu un était un ancêtre vampire dont on parlait en même temps qu’on le désignait comme une catastrophe naturelle — en d’autres termes, Kojou.

Ayant obtenu le pouvoir du quatrième Primogéniteur de façon irrégulière, Kojou était un vampire incomplet. Il était en grande partie dépourvu des capacités spéciales que possédaient ses compagnons démons, et des Vassaux Bestiaux qui habitaient dans son corps, il avait été capable d’en dompter que trois. Cependant, le corps physique de Kojou possédait certainement une quantité titanesque d’énergie démoniaque.

Pour Kojou, c’était une énergie démoniaque sans valeur qu’il n’avait aucun moyen de contrôler, mais Yuuma, bien versé dans les sorts magiques, le pouvait. C’est pourquoi elle avait besoin du corps de Kojou. « C’est donc… ce que c’est… ? »

Yuuma avait dit qu’elle cherchait sa mère. C’est pourquoi elle essayait de briser le sceau de la Barrière pénitentiaire, parce que sa mère, pour quelque raison que ce soit, se trouvait à l’intérieur de la Barrière pénitentiaire.

Une sorcière au sang pur née d’une mère enfermée en tant qu’une sorcière criminelle… C’était la vérité derrière Yuuma Tokoyogi.

Mais Kojou ne pensait pas qu’une mère forçant sa fille à la faire sortir de prison était l’acte d’un être humain sain d’esprit. De plus, la mère de Yuuma n’était probablement pas la seule criminelle enfermée dans la Barrière pénitentiaire.

« Ça va être tellement amusant… Tous ces criminels-sorciers enfermés dans un labyrinthe dans d’autres dimensions sont là. Et ils seront lâchés sur la ville d’un seul coup. Eh bien, vous pouvez dormir sur vos deux oreilles — j’en prendrai l’entière responsabilité et les recapturerais, » déclara Vattler.

Alors que Vattler murmurait d’un ton trop agréable…

« Es-tu un crétin !? Je ne peux pas dormir sur mes deux oreilles !! » cria Kojou.

Les veines de Kojou s’étaient gonflées quand il avait crié. Il comprenait maintenant parfaitement pourquoi Vattler regardait Yuuma et ses compatriotes faire leur travail : Vattler, un maniaque de la bataille de part en part, attendait que les criminels soient relâchés, uniquement pour qu’il puisse les combattre.

Après avoir apparemment dit tout ce qu’il voulait dire, Vattler s’était transformé en une brume dorée et avait disparu. Contrairement à Kojou, un vampire complet comme lui était capable d’utiliser de tels moyens pour se déplacer quand et où il le voulait.

Mais ce n’était plus le moment ni l’endroit pour s’occuper de cet homme gênant. Yuuma avait besoin du corps de Kojou pour briser la barrière de la prison. Donc, si Kojou pouvait reprendre son propre corps, ça devrait suffire à l’arrêter.

L’instant d’après, alors que Kojou regardait Yuuma avec cette pensée en tête…

« Senpai, baisse-toi ! » cria Yukina à Kojou d’une voix aiguë.

Tandis que Kojou haletait et levait les yeux, son champ de vision était enseveli sous des tentacules géants. Le Gardien des sorcières avait reçu l’ordre d’envelopper Kojou et de l’arrêter net.

« — !? »

Yukina avait fauché les tentacules effectuant un assaut, avec sa lance. Cependant, les tentacules n’avaient pas cessé de bouger. Les tentacules de remplacement se succédèrent, resserrant la pression sur Kojou et Yukina.

Les sorcières à droite et à gauche de Yuuma contrôlaient les tentacules. Contrairement à l’attitude chaleureuse de Yuuma, la violence et les ravages avaient fait tourner leurs visages dans la joie. C’était elles qui avaient fait tomber les hélicoptères de combat de la garde de l’île et avaient infligé de graves dommages aux zones urbaines.

Le front de Yukina tremblait légèrement lorsqu’elle s’était rendu compte du rituel qu’elles employaient.

« Sœurs sorcières noires et écarlates… ! Ceux de la tragédie d’Ashdown… !? » s’exclama Yukina.

Les sœurs sorcières semblaient très heureuses pour une raison ou une autre alors qu’elles faisaient des rires hautains et aigus.

« Je vois… Celle qui peut tenir tête à notre Gardien est donc une petite fille consciencieuse et instruite, » déclara la sorcière noire.

La sorcière écarlate était d’accord avec sa sœur alors qu’elle caressait le grimoire dans sa main. « — Je suppose que c’est une sorte de jeune fille de sanctuaire ? Qu’est-ce que tu veux faire, ma sœur ? »

La sorcière noire haussa les épaules dans une grande représentation théâtrale.

« Si je le pouvais, je lierais leurs mains et leurs pieds, leur arracherais le ventre et les utiliserais comme sacrifices pour notre rituel, mais nous ne pouvons pas traiter le corps de la sorcière bleue de la sorte… Traitons-les avec politesse jusqu’à ce que nous trouvions ce que nous cherchons. »

« C’est vraiment dommage. De si jolies filles, elles feraient de si beaux cadavres — . »

Le Gardien attaqua avec plus de férocité, car leurs grimoires émettaient une lueur inquiétante.

« Argh !? »

« — Himeragi !? »

Incapable de résister à la force des tentacules qui avançaient, Yukina se retira petit à petit. La lance de Yukina avait été capable de neutraliser l’aile défensive du Gardien, mais elle n’avait pas pu se défendre contre la masse du monstre matérialisé. D’une manière ou d’une autre, ses incroyables talents de lanceur avaient repoussé ses attaques, mais Yukina elle-même était une petite collégienne. Elle avait détourné et découpé les tentacules attaquants un par un, mais l’effort intense qu’il lui avait fallu pour le faire avait épuisé son endurance physique.

Et tout ce que Kojou pouvait faire, c’était rester là et regarder.

S’il avait pu utiliser les vassaux bestiaux du quatrième Primogéniteur, il aurait pu annihiler les tentacules, les racines et les branches, mais Kojou n’avait aucun moyen de les appeler maintenant qu’il avait été coupé de son corps physique. Avec sa connaissance des sorts magiques, Yuuma pouvait utiliser la magie même si elle avait été coupée de son propre corps.

Cependant, les capacités de Kojou n’étaient que la conséquence du fait qu’il était devenu un vampire. Coupé de son propre corps, Kojou n’avait pas plus de pouvoir que la moyenne des gens.

Kojou ne pouvait même pas s’approcher de Yuuma, et encore moins l’arrêter.

Tous les hélicoptères de combat de la garde de l’île avaient déjà été retirés du ciel, les bombardements du sol ne pouvaient pas briser les défenses du Gardien. L’entrée du toit avait déjà été bloquée par les tentacules, ils ne pouvaient donc pas espérer des renforts du sol.

Kojou gémit faiblement en regardant tout autour de lui.

« Merde… ! Qu’est-ce que je peux faire ici… ? » s’écria Kojou.

Il n’y avait rien qu’il pouvait utiliser comme arme. En plus, il ne pouvait pas sortir de derrière le dos de Yukina. Un faux mouvement, et il serait pris par les tentacules et cela alourdirait encore le fardeau de Yukina. Kojou ne pouvait que désespérer de son impuissance.

Comme pour se moquer de cette impuissance, un nouveau tentacule apparu derrière les deux individus. Il s’était abattu sur le plancher du toit, en décrivant des cercles pour attaquer Yukina depuis son angle mort. Naturellement, même Yukina n’avait aucun moyen de le repousser.

Quand Kojou avait levé le visage en état de choc, une fille d’un pays lointain se trouvait là, tenant un pistolet d’or, ses longs cheveux d’argent battant dans le vent. Puis, une grande fille aux cheveux longs bondit vers l’avant, soulevant une longue épée de couleur argentée en haut.

« Écaille lustrée ! »

L’épée de couleur argentée que la jeune fille utilisa trancha les innombrables tentacules sans aucun signe de résistance. C’était la première capacité de l’arme suprême de l’Organisation du Roi Lion, Der Freischötz — un effet imitant la coupure de l’espace lui-même.

« La Folia ! »

« — Sayaka !? »

Kojou et Yukina étaient plus choqués que ravis de l’arrivée soudaine et inattendue de la cavalerie.

Après tout, les environs de la Porte de la Clef de Voûte étaient encore fermés par la garde de l’île, et les couloirs menant au toit étaient fermés hermétiquement par des tentacules. Elles n’auraient pas dû pouvoir entrer.

Kojou avait posé la question évidente en voyant Sayaka et La Folia émerger avec une précision extrême. « D’où venez-vous toutes les deux… !!? »

La longue queue de cheval de Sayaka se balançait en regardant vers lui, presque comme si elle attendait qu’il le lui demande.

« Nous sommes venus te sauver, Kojou Akatsuki. Tu es vraiment très exigeant. Quand je ne suis pas là, tu ne fais que troubler Yukina…, » déclara Sayaka.

Puis, son visage s’était figé dans l’étonnement quand elle avait remarqué l’apparence de Kojou alors qu’il se tenait là. Il ne lui était sûrement jamais venu à l’esprit que ce ne serait pas Kojou qui se tiendrait à côté de Yukina dans cette situation, mais plutôt une fille qu’elle n’avait jamais vue auparavant. « Euh… qui êtes-vous ? »

Kojou se gratta maladroitement le visage en voyant la confusion de Sayaka. Il s’était rappelé tardivement que Sayaka et La Folia ne savaient toujours pas que Yuuma avait échangé des corps avec Kojou.

Yukina avait parlé pendant que Kojou hésitait sur le type de réponse à donner. « Euh… C’est Akatsuki-senpai en ce moment. Pour faire court, il est devenu une fille. »

C’était une explication assez grossière, mais les petits détails n’allaient rien changer.

La Folia déclara « Oh mon Dieu ! » alors que ses yeux s’élargissaient dût à la surprise.

Sayaka s’était figée comme si son esprit était ailleurs, puis, pour une raison quelconque, elle avait l’air presque prête à pleurer en criant…

« C’est quoi ce bordel !? »

Curieusement, c’était en grande partie le même cri qui était sorti de la bouche de Kojou une demi-journée auparavant.

***

Partie 4

L’île ouest — Thetis Mall. Motoki Yaze se tenait sur le toit du parking du centre commercial avec son téléphone portable à la main, à environ deux kilomètres de la Porte de la Clef de Voûte.

Il parlait, non pas avec un humain, mais avec une voix synthétisée d’un ton étrangement humain.

Une expression maussade était venue à Yaze à propos du ton de l’IA qui transmettait un amusement clair. « On dirait que ça a marché, hein ? »

« Bien sûr que ça a marché. Nous avons traversé un pont dangereux pour arriver ici. »

« Heh-heh… Kensei Kanase, hein ? Tu as de mauvaises fréquentations. »

Yaze tourna les yeux vers la Porte de la Clef de Voûte alors qu’il hochait la tête en silence en entendant les paroles de Mogwai.

Alors que Sayaka et La Folia émergeaient de la téléportation, une autre personne se tenait derrière eux : un homme portant un costume noir comme l’habit d’un prêtre. Kensei Kanase — ex-ingénieur sorcier royal d’Aldegia. C’est lui qui avait transporté Sayaka et la princesse chez les sœurs sorcières.

Yaze avait parlé d’un ton négligent. « Les sorcières n’ont pas de brevet sur la magie de contrôle spatial. N’importe quel sorcier de haut niveau peut téléporter et déplacer de la matière. Facile pour l’ingénieur sorcier de la cour royale d’Aldegian. »

La cause des anomalies spatiales qui enveloppent l’île d’Itogami est le rituel magique qui se déroulait à la Porte de la Clef de Voûte. Alors, détruisez le rituel. C’est la princesse La Folia qui l’avait suggéré.

Une règle de fer dans la conduite de rituels magiques de grande envergure consistait à mettre en place un service de sécurité puissant pour empêcher les intrus de s’immiscer dans la vie des gens. Mais les sorcières du LCO n’avaient pas mis en place un service capable de bloquer la magie du contrôle spatial. Ils avaient profité de cette faiblesse pour lancer une attaque-surprise par téléportation.

Elle avait présenté deux conditions pour que cela se produise.

Le premier était que Kensei Kanase, en détention pour l’incident de la Faux-Ange depuis l’autre jour, soit libéré sous caution. La princesse, dont la puissante énergie spirituelle ne servait qu’à repousser les distorsions spatiales loin de son chemin, avait absolument besoin d’un puissant sorcier capable d’utiliser un sort de téléportation.

L’autre condition était que la Garde de l’île demande que les Chevaliers aldégiens de la seconde venue participent aux combats dans la ville.

C’était une condition qui n’aurait pas dû être permise par la loi, mais le fait d’y arriver aurait permis d’inverser la tendance. C’était un sanctuaire de démons — si vous vouliez faire une omelette, vous deviez casser quelques œufs.

« Et les Chevaliers ? »

« Déjà déployé. Leurs réacteurs spirituels s’activent maintenant. Ils seront actifs dans 90 secondes. »

Yaze murmura, apparemment satisfait, mais son visage ne le montra pas. « … C’est ce que je veux dire. On dirait qu’on a toutes nos cartes prêtes à jouer. »

Une chamane épéiste et une danseuse de guerre chamanique de l’Organisation du Roi Lion avaient été déployées, ainsi que la princesse La Folia, maître spirituel à part entière. Il se demandait si les Sœurs Meyer pouvaient égaler tout cela.

Mais ils n’étaient pas la vraie menace. Le problème était que le corps de Kojou Akatsuki, le quatrième Primogéniteur, était toujours aux mains de l’ennemi. Celle qui avait volé son corps était la sorcière qui avait été la meneuse pendant tout l’incident.

Mogwai fit un rire amusé comme s’il se moquait de l’angoisse de Yaze. « C’est un vrai choc que le 4e Primogéniteur se soit transformé en nana. Qui aurait cru ça ? »

« Asagi s’évanouirait si elle l’apprenait. C’est plus choquant que de découvrir que Kojou est un vampire. » Je me donne beaucoup de mal pour vous, les gars, pensait Yaze en soupirant. Kojou avait vraiment besoin de retrouver son corps rapidement, pour son bien et celui de ses amis.

En réalité, Yaze était aussi surpris que n’importe qui.

Yaze, le vrai observateur de Kojou Akatsuki, n’avait pas pu utiliser son Paysage sonore à cause du Festival de la Veillée Funèbre. En plus de cela, le soulèvement du LCO l’avait fait travailler jusqu’à l’os depuis la veille. À cause de cela, il avait été très lent à comprendre que quelque chose était arrivé à Kojou.

« Yuuma Tokoyogi, hein ? » s’exclama Yaze. « C’est incroyable qu’elle ait utilisé son vrai nom. Une vieille amie de Kojou Akatsuki, qui vient d’obtenir le pouvoir du quatrième Primogéniteur il y a six mois, et descendante de sang de la grande bibliothécaire du LCO… C’est une coïncidence, non ? »

Aya Tokoyogi, la sorcière de Notalia. Elle avait été enfermée dix ans auparavant et tous les documents publics avaient été effacés, de sorte que la douane de la Ville d’Itogami n’avait même pas vérifié son nom de famille.

De plus, il n’y avait aucune trace de l’implication de Yuuma elle-même dans un crime de sorcier. Bien sûr, elle n’était pas sur le radar de la Corporation de Management du Gigaflotteur, mais même l’Organisation du Roi Lion ne se méfiait pas d’elle. Ainsi, Yuuma avait atterri sur l’île d’Itogami avec toutes les formalités nécessaires, capable de préparer son rituel avec désinvolture.

Cependant, l’idée qu’une personne sans casier judiciaire comme Yuuma puisse obtenir un poste de direction au LCO était étrange. Son passé avant sa rencontre avec Kojou était inconnu, mais elle n’avait été impliquée dans aucun incident digne de mention jusqu’à présent, et elle n’avait aucun motif de devenir une criminelle.

C’est tout ce qu’il y avait à dire. Yuuma Tokoyogi était une chose vide. On lui avait accordé les capacités nécessaires pour relancer cet incident… et rien de plus. Il avait l’impression qu’elle existait pour la seule raison qu’elle se préparait à faire sortir Aya Tokoyogi de prison.

Yaze regarda la surface de la mer au nord de l’île d’Itogami en parlant.

« Je n’aime pas cette sensation, mais je n’ai pas le temps d’y regarder de plus près. Ça aussi, on dirait que ça atteint ses limites. »

La cérémonie magique des sorcières enveloppait toute l’île d’Itogami d’une distorsion spatiale chatoyante. De temps en temps, vous pouviez voir quelque chose apparaître comme un mirage.

Les contours d’un bâtiment caché dans un espace dans une autre dimension devenaient visibles, comme s’ils utilisaient de la poussière de graphite pour rendre visibles les traces d’une écriture antérieure.

« La Barrière pénitentiaire, hein… ? Le jeu va s’accélérer à ce rythme, » s’était demandé l’IA.

« … Pas le choix, alors. Je dois écraser le corps de Yuuma Tokoyogi. »

Hochant la tête aux mots de Mogwai, Yaze fit un murmure angoissé comme s’il crachait les mots.

On aurait dit que Kojou Akatsuki et Yuuma Tokoyogi avaient changé de corps, mais ce n’était qu’une illusion à la surface créée par le sort magique de Yuuma.

S’il détruisait le corps de Yuuma, la source du sort, Kojou retournerait automatiquement dans son propre corps.

Yukina avait également pensé qu’elle pouvait utiliser le Loup de la dérive des neiges pour faire la même chose, mais c’était plus délicat. Par rapport à Yukina, qui s’inquiétait des séquelles du sort sur le corps de Yuuma, Yaze avait l’intention de nuire au corps de Yuuma de mauvaise foi, brisant ainsi le sort.

Bien sûr, Yuuma périrait sûrement. Mais il n’avait pas d’autre choix pour protéger la barrière pénitentiaire.

« Un tir à longue distance ? »

« Nah. La barrière des sœurs arrêtera les attaques physiques. C’est l’heure de mon Aerodyne, » déclara Yaze.

Yaze sortit une petite pilule de sa poche. C’était une drogue qui allait temporairement renforcer ses capacités d’Hyper-Adaptateur.

La défense que les Sœurs Meyer avaient déployée en utilisant le grimoire Harmonious Expectations avait bloqué presque tous les sorts, sauf la magie du contrôle spatial. Cependant, il y avait des exceptions : la lumière, la gravité et l’air, qui existaient naturellement dans le monde, de sorte que les attaques d’airs, ne les voyant pas comme une menace, n’étaient pas bloquées par leur défense.

Cela dit, il était probable que le tir d’un laser et l’envoi de gaz toxique échoueraient, car il s’agissait de choses qui n’étaient pas en harmonie avec le monde de la nature. Mais le pouvoir de Yaze était différent.

Yaze était un Hyper-Adaptateur — un médium naturel qui ne comptait pas sur la magie. Et en manipulant le flux d’air qui existait déjà à l’intérieur de la zone pour créer une rafale soudaine, il soufflerait Yuuma Tokoyogi jusqu’au sol. C’était le plan que Yaze avait choisi pour résoudre ce problème.

« Désolé, Kojou. Ça va faire un peu mal —, » alors que Yaze murmurait avec une logique commode, « Tu as l’habitude de mourir maintenant de toute façon, » il s’était jeté une pilule dans la bouche.

Détournant consciemment les yeux, moins dus à l’amertume de la pilule qu’il goûtait que de l’angoisse que souffrirait Kojou de perdre une amie, Yaze avait mordu dedans et activé son pouvoir — .

« Oups… le temps est écoulé, » Mogwai l’avait interrompu.

« Quoi!? » s’écria Yaze.

Au moment où Mogwai avait fait ce rapport, une vaste quantité inattendue d’énergie démoniaque avait jailli de la Porte de la Clef de Voûte. L’incroyable rafale de vent qui balayait simultanément la région avait noyé la capacité de Yaze.

La limite de l’immense bâtiment, destiné à être isolé dans un autre monde, avait été déchirée, l’entraînant dans l’espace normal. C’était la cause du vent violent.

« Oh, c’est génial, » murmura Yaze. Une petite île rocheuse avait émergé au-delà de la pointe nord de l’île Itogami. Une cathédrale en pierre se dressait à son apogée.

« La Barrière pénitentiaire… ! » gémit Yaze en regardant la cathédrale. Sa voix, empreinte de désespoir, s’était évanouie dans le vent sauvage et violent.

***

Partie 5

Même maintenant, juste après l’apparition de la Barrière pénitentiaire, Sayaka Kirasaka n’avait pas réussi à se remettre de son choc.

« C’est vraiment Kojou Akatsuki!? Non pas que je comprenne vraiment tout ça !? » s’écria Sayaka.

Apparemment, elle avait été secouée par la révélation que Kojou s’était transformé en fille. Tandis qu’elle regardait Yukina, dans une profonde vexation, elle semblait pratiquement en larmes.

Quelque chose comme ça s’est déjà produit avant, pensa Kojou. Outre sa propension à sauter aux conclusions, Sayaka semblait étonnamment fragile mentalement. C’était quelque chose d’évident ici. C’est probablement ainsi parce qu’en tant qu’aînée de Yukina, elle se poussait constamment à être calme au-delà des limites de la raison.

Puis, elle désigna Yuuma, qui se tenait au centre du cercle magique.

« C’est quoi le problème avec le “toi” qui se tient là !? » s’écria Sayaka.

« Ahh… Euh, comment dire ça… ? » Kojou bégayait.

« C’est un faux, » déclara La Folia, en quelque sorte très certaine. « Le vrai Kojou n’aurait pas un visage avec un air aussi galant. »

« Whoa ! » Sayaka hocha la tête avec une expression sérieuse, apparemment convaincue. « Vous avez raison, maintenant que vous le dites ! »

« C’est quoi ce “whoa” ? » se plaignait Kojou dans une bouderie apparente.

« Techniquement, ce corps est le mien, tu sais…, » déclara Kojou.

La princesse avait examiné la forme actuelle de Kojou de fond en comble, du haut de sa tête jusqu’au bout de ses ongles, les yeux reposant finalement sur l’ourlet de sa minijupe.

« Je dois dire… que ça ne va vraiment pas le faire, Sayaka, » déclara La Folia.

« Non, ça n’arrivera pas. » Sayaka acquiesça d’un signe de tête grave. Puis, réalisant ce qu’elle avait laissé échapper, elle s’était empressée de secouer la tête. « Eh !? Non, c’est pareil pour — !! »

« Je ne peux pas continuer la lignée royale dans ces conditions, » déclara La Folia.

« Hein !? Je vais vous faire savoir que je crois avoir entendu quelque chose de vraiment étrange à l’instant même !? » s’écria Sayaka.

« … »

Je vais les laisser pour l’instant, Kojou s’était décidé de ça dans son cœur, se tournant une fois de plus vers Yuuma.

Grâce aux attaques de La Folia et de Sayaka, le Gardien des sorcières avait été considérablement diminué. Il devrait pouvoir approcher Yuuma et lui arracher ce grimoire de la main.

Mais comme s’il lisait les pensées de Kojou, Yuuma le regarda et lui fit un sourire agréable.

L’instant d’après, une énergie démoniaque aussi épaisse que de la lave coulait d’elle, faisant briller le grimoire.

Avec un grondement comme si l’air lui-même grinçait, une rafale féroce les assaillit.

La rafale provenait de la surface de la mer à l’extrémité nord de l’île Itogami. De là, Kojou remarqua soudain les contours d’une île qu’il n’avait jamais vue auparavant.

C’était une petite île minuscule comme le pied d’une grande montagne. L’île n’avait même pas deux cents mètres de diamètre. Sa hauteur était de l’ordre de quatre-vingts mètres, mais la plus grande partie était occupée par une cathédrale forgée par des mains humaines.

Elle ressemblait beaucoup à une abbaye en Europe connue sous le nom de mont Saint-Michel. Historiquement, cette abbaye avait servi plus tard de forteresse et, plus tard encore, de prison où étaient détenus de nombreux ecclésiastiques et prisonniers politiques.

Kojou n’avait compris que l’homme était là qu’en entendant sa voix maussade par derrière. « Je vois… L’objectif de LCO est donc de franchir la Barrière pénitentiaire ? »

« Kensei Kanase… !? »

Le conférencier était un homme d’âge moyen vêtu d’un costume noir qui ressemblait à l’habit d’un prêtre. Kojou savait très bien qui il était.

Bien que cela ait été inattendu, ce n’était pas surprenant. Kensei Kanase, ancien ingénieur sorcier royal d’Aldegia, était une connaissance de La Folia. Il n’avait pas fallu un génie particulier pour deviner que la princesse l’avait utilisé comme son moyen d’arriver à la Porte de la Clef de Voûte.

« Voilà donc la Barrière pénitentiaire… ? » demanda Kojou.

Kensei hocha la tête. « Apparemment, ils l’ont fait à la frontière entre ce monde et celui-là. À ce stade, elle n’est pas pleinement matérialisée, mais — . »

« Donc le sceau n’a pas encore été brisé ? » demanda Kojou.

« Correct. C’est comme si nous nous trouvions devant une ruine enfoncée au fond de la mer depuis la surface de l’eau. Même si vous pouvez le voir, il faut encore plus de travail d’un ordre de grandeur supérieur à avant pour le remonter du fond de la mer. »

Les paroles de Kensei firent pâlir Kojou.

Vattler avait dit qu’une énorme quantité d’énergie magique était nécessaire pour matérialiser la Barrière pénitentiaire.

Mais c’était quelque chose que Yuuma avait déjà dans la paume de sa main. Elle avait simplement besoin de connaître son emplacement. Si elle savait dans quelle partie de la mer elle s’était enfoncée, alors — Kojou gémissait, ayant soudain l’impression que sa main droite était en feu.

« Arg... !? » s’écria Kojou.

Yukina s’était retournée, apparemment surprise.

« Senpai !? » s’écria Yukina.

Mais quand Kojou avait fléchi la main claire de Yuuma, elle n’avait pas été blessée.

La blessure était portée par le corps physique de Kojou, c’est-à-dire par le jeune homme debout au centre du cercle magique.

Le grimoire dans la main de Yuuma brûlait.

« Huhhhh… On dirait que celui-ci a atteint ses limites. »

Baignée dans l’énorme pouvoir magique du quatrième Primogéniteur, sa capacité avait finalement été dépassée. N’étant plus reconnaissable, il s’était consumé et s’était transformé en cendre.

« Aah, » crièrent en vain la sorcière noire et la sorcière écarlate.

« Le numéro 539 est… ! »

Elles étaient membres d’une organisation criminelle établie dans le but d’accumuler des grimoires. Il ne fait aucun doute que les sœurs sorcières avaient trouvé la perte d’un précieux grimoire insupportablement triste.

Mais Yuuma, un dirigeant de cette même organisation avait jeté le grimoire brûlé sans hésiter.

« Ce grimoire a déjà rempli sa fonction. Désolée, mais je dois y aller. »

La scène devant les yeux de Yuuma s’était doucement déformée. Espace plié, un peu comme une ondulation qui s’étendait à la surface de l’eau. Elle avait ouvert une porte de téléportation.

« Attendez — Sorcière bleue ! » la sorcière noire appela Yuuma en hâte. Cependant, Yuuma n’avait même pas regardé en réponse.

« Vous deux, restez ici et retenez-les, » déclara Yuuma.

Après avoir dit ça, elle semblait se fondre dans le vide et disparaître.

Kojou se tenait là où il était, impuissant devant un point à la surface de la mer.

« Yuuma… ! »

Il ne pouvait pas empêcher Yuuma de se déplacer par téléportation, mais il savait où elle allait. Elle se rendait à la prison pour briser complètement le sceau.

La Folia se tourna vers l’ingénieur sorcier en noir. « Kensei, peux-tu la suivre ? »

Kensei secoua calmement la tête. « Malheureusement, je ne peux pas. »

Contrairement à une sorcière qui pouvait contrôler l’espace à un niveau subconscient, les sorts de contrôle spatial comme celui de Kensei exigeaient un calcul minutieux des coordonnées avant un saut. La méthode n’était tout simplement pas assez flexible pour être utilisée pour suivre quelqu’un.

« Cependant, je peux ouvrir une porte près de la prison, » déclara Kensei.

« Compris. Alors, fais ça, » ordonna La Folia.

La princesse aux cheveux argentés avait tourné un sourire agréable et envoûtant vers Kojou et Yukina.

« Kojou. S’il te plaît, prends Yukina et partez vous deux. Nous nous occuperons des sorcières là-bas, » déclara-t-elle.

« Mais La Folia… »

Kojou hésita à bouger, résistant à l’idée de les abandonner face à l’ennemi. Cependant, la princesse secoua la tête d’un regard courageux.

« Il n’y a rien que Sayaka ou moi puissions faire contre une sorcière qui a obtenu le pouvoir démoniaque illimité du quatrième Primogéniteur. Seules Yukina, avec sa lance qui annule la magie, et Kojou, le vrai quatrième Primogéniteur, peuvent résister, » déclara La Folia.

« Compris. Sauver nos peaux ici, » déclara Kojou.

« Vous avez mes remerciements, La Folia, » déclara Yukina.

Kojou et Yukina exprimèrent leurs remerciements et regardèrent Kensei.

L’ingénieur sorcier en tenue noire hocha la tête sans un mot, arrosant le sol d’eau provenant d’une petite bouteille qu’il tenait dans sa main. La mare d’eau qui s’était formée à ses pieds montrait un endroit que Kojou ne connaissait pas. Apparemment, c’est là qu’ils allaient être envoyés.

En regardant de plus près, il vit que la zone autour de la mare d’eau était entourée d’un sort dense, détaillé et écrit à la craie. Apparemment, il ne pouvait pas contrôler l’espace comme si une capacité naturelle comme Yuuma ou Natsuki le pouvait, mais c’était un sort merveilleux en soi.

Mordant sa lèvre comme s’il renforçait sa détermination, Kojou plongea dans la scène affichée à la surface de l’eau.

« Argh ! »

Yukina l’avait immédiatement suivi.

Demeurant derrière, Kensei tomba à genoux, sa force apparemment épuisée. Des sorts de haut niveau comme la téléportation avaient certainement imposé un lourd fardeau, même à un sorcier accompli comme lui. Au moins, cependant, Kensei avait rempli son devoir. Le reste dépendait de Kojou et Yukina.

« Elle a dit qu’ils s’occuperaient de nous, ma sœur. »

« La fille a certainement un sens de l’humour digne d’une princesse. »

La sorcière noire et la sorcière écarlate, laissées sur le toit, regardèrent avec mépris La Folia et Sayaka pendant qu’elles parlaient. Elles ne se sentaient pas pressées, même après avoir vu de leurs propres yeux la puissance du pistolet magique de la princesse et l’épée de Sayaka.

« Nous devrions être honorés qu’elle ait fait tout son possible pour rester et devenir notre “sacrifice”. »

« Alors, comme il lui sied, les branches de notre Gardien lui arracheront les entrailles d’un trou à l’autre, ce qui fera d’elle une si belle pile de chair ! »

Les deux sorcières déclenchèrent leurs railleries, suivies d’un rire hautain à l’unisson.

« Pourquoi faites-vous ça, » demanda Sayaka, en plissant les sourcils, alors qu’elle posait son épée.

Elle, experte en malédictions et assassinats, s’adressait toujours à ses ennemis avec respect. Pour un danseur de guerre chamanique de l’Organisation du Roi Lion, les ennemis devaient être traités avec le même respect que celui utilisé pour apaiser les esprits en colère.

Pour la fastidieuse Sayaka, le comportement méprisant des sœurs sorcières envers la princesse était indigne d’une approbation, même minime. Mais la princesse fit un sourire calme et agréable et s’avança, comme pour empêcher Sayaka de s’exprimer.

« Si vous riez trop, mesdames aînées, les poches sous les yeux deviendront plus proéminentes. Ah, cela provoquera aussi des affaissements dans votre chair, petit à petit, » déclara La Folia.

L’air autour d’elles aurait aussi bien pu geler et se fissurer de façon audible. Les deux expressions des sorcières étaient crues et indignées par les paroles désinvoltes de la jeune et belle princesse.

Cependant, La Folia avait parlé comme si elle ne remarquait pas que les sorcières tremblaient de colère.

« Dans tous les cas, le fait que vos pactes avec les démons ne vous ont pas accordé une longue vie sans aucun vieillissement représente une négligence de l’essentiel, ou peut-être un manque exceptionnel de talent. J’hésite un peu à vous informer de ça, mais celles qui sont plus avancées dans leur âge ont l’air plutôt ridicules en se maquillant pour paraître jeunes. N’est-ce pas, Sayaka ? » demanda La Folia.

Le visage de Sayaka s’était mis à trembler lorsque la parole avait soudainement été donnée de son côté.

« Je suppose que oui, » répondit Sayaka.

Pour une raison ou une autre, le sourire doux de la princesse, qui ressemblait à celui d’une déesse, était étrangement effrayant. En fait, elle avait pitié des sœurs sorcières.

Un couple de sorcières de la campagne n’aurait jamais dû essayer de narguer une princesse rusée dont l’esprit avait été aiguisé par les jeux d’esprit dans un palais royal plein d’intrigues.

Sachant qu’elles ne pourraient jamais la vaincre avec des mots, les sorcières avaient jeté leur fierté au vent et hurlé.

« G-grr… Espèce de petite salope… ! »

« Sais-tu ce qu’on a traversé... Je déteste ça ! Je vais te faire de nouveaux trous ! »

Sayaka avait été encore une fois stupéfaite de la consternation des sorcières.

« Ça a vraiment marché… !? »

Apparemment, les paroles de La Folia les avaient profondément blessées sans qu’elle ait posé un seul doigt sur elles.

Soulevant son pistolet d’or, la princesse cria à Sayaka comme si de rien n’était. « Allons-y, Sayaka. »

« D-D’accord… »

Je ne sais plus qui est la vraie sorcière, pensa Sayaka en levant sa lame.

***

Partie 6

Yuuma Tokoyogi se tenait au sommet d’un pont rouillé à l’extrémité du Gigaflotteur.

La Barrière pénitentiaire était à plusieurs centaines de mètres. Un simple pont flottant reliait l’île d’Itogami à la petite île rocheuse sur laquelle reposait la cathédrale. La Barrière pénitentiaire ne s’était pas encore pleinement matérialisée.

Yuuma regarda la surface de la mer à partir de laquelle l’île surgissait et elle étendit doucement sa main droite.

L’instant d’après, l’espace derrière elle vacilla, d’où sortit la silhouette d’un chevalier bleu vêtu d’une armure. Yuuma avait nommé le chevalier bleu sans visage « Le Bleu ». Le diable familier était le Gardien de la sorcière.

La Barrière pénitentiaire était déjà sous ses yeux. Il ne lui restait plus qu’à emprunter l’énorme pouvoir magique du quatrième Primogéniteur et à entraîner la prison dans son propre monde. Ainsi le sceau final serait brisé et sa mission accomplie.

Mais avant que Yuuma puisse ordonner à son Gardien de le faire, une voix l’appela par-derrière. « Yuuma ! »

En regardant en arrière, elle avait vu un corps très familier qui se tenait là, le sien. En d’autres termes, Kojou Akatsuki, avec qui Yuuma avait changé de corps. La fille à la lance d’argent se tenait aussi à côté de lui.

Yuuma les avait appelés, honnêtement impressionnée. « M’avez-vous déjà rattrapé ? »

En ce moment, Kojou n’était qu’un être humain normal, sans aucun pouvoir. Il n’aurait pas dû avoir la possibilité de poursuivre Yuuma après qu’elle se soit déplacée par un saut dans l’espace, au moins, pas en utilisant seulement son pouvoir.

« Tu t’es fait de bons amis, Kojou. »

Kojou s’était tordu les lèvres dans l’angoisse en répondant. « — Ne dis pas ça comme si ça n’avait rien à voir avec toi. Tu es l’une d’entre eux, tu sais ? »

Yuuma avait cligné des yeux comme si elle avait été giflée et elle l’avait regardé en réponse.

« Cela me rend si heureuse. Me vois-tu toujours comme une amie ? » demanda Yuuma.

Kojou désigna à côté de lui Yukina pendant qu’il parlait.

« Je te l’ai dit, j’ai l’habitude de voir des sorcières, alors je n’en pense rien. J’ai appris à connaître un taré après l’autre en venant sur l’île, alors tu n’en es qu’une de plus. »

« C’est grossier, » se plaignait la fille qui tenait la lance d’argent en regardant Kojou en réponse, les yeux grands ouverts.

C’était naturel qu’elle ne voulût pas entendre le vampire le plus puissant du monde se plaindre qu’il apprenait à connaître des gens bizarres. Mais elle n’avait pas non plus réfuté les paroles de Kojou. Kojou était très sérieux quand il avait demandé à Yuuma…

« Pourquoi aides-tu les gens à s’évader de prison ? » demanda Kojou.

La réponse de Yuuma avait été brève. « Parce que ma mère m’a fait faire ça. »

« … Est-ce toi qui t’es fait ? » demanda Kojou.

« Ma mère est Aya Tokoyogi, ancienne directrice de l’organisation criminelle LCO. Elle a été capturée sur l’île d’Itogami et est enfermée dans la Barrière pénitentiaire depuis dix ans. Elle avait préparé un outil pour s’évader de prison — moi, » répondit Yuuma.

Yuuma avait ri à ses propres dépens en montrant du doigt son propre corps, actuellement contrôlé par Kojou.

« Je suis un bébé-éprouvette conçu pour grandir rapidement. Je suis née il y a dix ans, comme si j’avais six ans. C’était juste un peu avant que tu me rencontres, Kojou. Dès le début, ma mère m’a programmée pour briser la Barrière pénitentiaire de l’île d’Itogami, » déclara Yuuma.

L’expression de Kojou devenait grave à mesure qu’il insistait sur ce point.

« Cela faisait-il aussi partie du plan de ta mère d’apprendre à me connaître ? » demanda Kojou.

Yuuma secoua la tête sans hésitation.

« Non, Kojou. C’était le seul choix qui était le mien. Je te l’ai dit, tu es tout ce que j’ai. À part te rencontrer, il n’y a rien dans ce monde que je puisse appeler comme étant à moi. »

« Ce n’est pas… ! » s’exclama Kojou.

Yuuma avait arrêté son objection avec une main et lui avait tourné le dos.

« Le plan a un peu changé quand LCO a appris que tu avais obtenu le pouvoir du quatrième Primogéniteur. En fait, nous nous attendions à sacrifier la vie d’une centaine de milliers de résidents de l’île d’Itogami pour briser le sceau de la Barrière pénitentiaire. Mais grâce à toi, ce n’est plus nécessaire… Merci, Kojou, » déclara Yuuma.

Avant même que Yuuma n’ait fini ses paroles, Yukina se jeta sur elle, la lance brillante.

« Loup de la dérive des neiges — ! » s’écria Yukina.

Elle se déplaça à une vitesse incroyable digne du titre de Chamane Épéiste. Mais avant son arrivée, Yuuma avait déjà déformé dans l’espace pour se déplacer à un endroit distant de plusieurs dizaines de mètres. Ayant perdu sa cible, la lance de Yukina n’avait coupé que de l’air.

Le chevalier bleu sans visage flottant sur le dos de Yuuma avait levé les deux bras en l’air pendant que son armure grinçait.

Une lumière dorée émergea de l’écart entre les mains du Gardien. C’était une électricité éblouissante accompagnée d’un rugissement.

Les visages de Kojou et Yukina s’étaient figés, réalisant sans doute la vraie nature de la lumière.

C’était une énorme masse d’énergie démoniaque prenant forme physique. Un lion d’or enveloppé par la foudre…

« Regulus Aurum… !? » cria Kojou. Yukina était également sous le choc.

« Un Vassal Bestial du quatrième Primogéniteur !? Ce n’est pas… !!? » s’écria Yukina.

Yuuma sourit sous la pression de l’élan incontrôlable d’énergie magique.

« Je n’ai pas volé son droit de commander le Vassal Bestial. Je viens de déformer le temps et l’espace pour rappeler un petit morceau du passé quand Kojou a utilisé son Vassal Bestial. Tout ça pour ce bref moment…, » déclara Yuuma.

Même après avoir pris le corps de Kojou et puisé l’énergie magique contenue dans sa chair, elle ne pouvait pas appeler les Vassaux Bestiaux du Quatrième Primogéniteur, car les Vassaux bestiaux d’un vampire étaient appelés d’un autre monde avec leurs propres volontés. Il n’y avait aucun moyen que Yuuma, manquant d’autorité sur eux, puisse en contrôler un.

Cependant, en mélangeant l’énergie magique presque inépuisable du quatrième Primogéniteur avec son propre pouvoir de sorcière, elle avait réussi à en contrôler un par des moyens magiques aussi irréguliers. Elle empruntait la mémoire enfouie dans la chair de Kojou quand il avait utilisé ce Vassal Bestial dans le passé, la reliant à l’espace-temps actuel — .

Le résultat de ses efforts avait été un espace déchiré à travers lequel avait coulé en cascade un torrent incandescent.

Même le sort de Yuuma et la bénédiction du Gardien ne pouvaient soutenir un tel rituel pendant plus de quelques centièmes de seconde.

Le pouvoir d’un Vassal Bestial qui coulait à travers le rituel de Yuuma avait détruit le lien espace-temps. Le reflux de l’énergie magique avait brûlé les nerfs de Yuuma comme un contrecoup destructeur qui avait assailli le Gardien.

Finalement, la foudre avait disparu, ne laissant que Yuuma, qui s’était mise à genoux sur place alors que de la fumée s’échappait d’elle, et le chevalier bleu endommager. Le pont rouillé avait grincé, s’était fissuré et avait été enveloppé dans des flammes bleu-blanc.

« C’est vraiment un Vassal Bestial du Quatrième Primogéniteur… Même Le Bleu n’a pas pu le contrôler… mais on dirait que ce n’était pas pour rien, » déclara Yuuma.

Kojou et Yukina étaient restés là où ils se tenaient, écoutant avec stupéfaction les murmures frêles de Yuuma.

La Barrière pénitentiaire brûlait sous leurs yeux.

L’île, instable comme un mirage jusqu’à présent, s’était complètement révélée, avait brûlé et était tombée en morceaux. La matérialisation de l’île et du pont qui la reliait avait provoqué des vagues et des embruns tout autour. Le sceau de la Barrière pénitentiaire avait été brisé, ce qui l’avait ramené dans le temps et l’espace normaux.

C’est le Vassal Bestial du quatrième Primogéniteur qui avait brisé le sceau. Elle avait employé un pouvoir destructeur si violent qu’il pouvait écraser n’importe quel rituel afin de briser la puissante barri qui enveloppait l’île. C’était un acte de force brute indigne du mot spellcraft.

« La Barrière pénitentiaire… devient solide… ? »

Kojou avait gémi en levant les yeux vers la cathédrale en ruine. Au moment où les réverbérations finales de l’attaque électrique du Vassal Bestial avaient disparu, les distorsions spatiales s’étaient complètement évaporées. Tout ce qui restait était solide et réel.

C’était sans aucun doute une partie de l’île d’Itogami — un Gigaflotteur fait pour ressembler à un vieux mont rocheux.

Il pouvait voir à l’intérieur de la cathédrale depuis l’espace laissé par un mur détruit.

« Mais… c’est… »

Il n’y avait rien d’autre qu’une cavité. L’intérieur de la cathédrale était complètement creux. C’était littéralement un espace vide. Oui, juste un local vacant.

Yuuma s’approcha de la cathédrale, alors même que des morceaux du chevalier bleu blessé se dispersaient.

« On dirait que même si le sceau a été détruit, cela ne veut pas dire que la prison a été percée… cependant, c’est à tous les coups le bon endroit », déclara Yuuma.

Kojou et Yukina avaient été ébranlés par le fait qu’elle semblait être au courant du contenu de la cathédrale depuis le début. Yukina avait gardé sa lance en l’air pendant qu’elle regardait le dos sans défense de Yuuma.

À ce moment-là, Yuuma n’avait plus la force physique pour utiliser de grands sorts. Malgré tout, elle semblait perplexe quant à savoir si elle devait attaquer.

Finalement, Yuuma s’était arrêtée là où elle se tenait. Kojou et Yukina avaient bloqué leur souffle en réalisant ce qu’elle regardait.

« C’est dingue… Qu’est-ce que tu fais là-bas… ? » murmura Kojou.

À l’intérieur, il y avait une chaise.

Une chaise régulière avait été placée dans l’intérieur parfaitement creux de la cathédrale. Les accoudoirs étaient recouverts d’un velours extravagant. Il y avait une femme seule assise là, endormie, les yeux encore fermés.

Elle était belle et jeune, une sorcière au visage de poupée.

Yuuma parla poliment et avec révérence à Natsuki Minamiya, encore endormie.

« La clé de la Barrière pénitentiaire — c’est un honneur de vous rencontrer enfin, Sorcière du Vide. »

Kojou et Yukina n’avaient pu que regarder avec stupéfaction, complètement à court de mots.

***

Partie 7

Le cri de colère de Sayaka résonnait sur le toit de la Porte de la Clef de Voûte.

« Ah, bon sang ! Ces choses me tapent vraiment sur les nerfs — ! »

Son champ de vision était entouré d’une masse de tentacules effrayants et ondulants.

L’épée de Sayaka avait été capable de couper les tentacules, protégés par une puissante magie, avec facilité. Cependant, leur nombre était tout simplement trop élevé.

Avec leur pouvoir alimenté par le cercle magique presque inépuisable, Sayaka et la princesse ne pouvaient s’approcher des sorcières qui les avaient convoqués.

La Folia, aussi, avait un rare regard de mécontentement à ce sujet.

« Bien sûr, cela ne nous mène nulle part, » déclara La Folia.

Son pistolet à sorts n’avait pas pu fonctionner à son plein potentiel en raison de la magie défensive qui affectait les tentacules. Normalement, un seul coup de feu de son pistolet pénétrerait dans un char d’assaut et creuserait un cratère de plusieurs mètres de profondeur derrière lui.

Pourtant, à l’heure actuelle, elle n’était même pas capable de contre-attaquer aux tentacules qui les attaquaient. Peut-être que cela avait aussi augmenté le niveau de stress de la princesse.

La Folia murmura comme si elle se souvenait soudainement de quelque chose.

« Elles ont parlé des branches du Gardien… n’est-ce pas ? »

C’était un mot qui était sorti par hasard des lèvres des Sœurs Meyer. Elles les avaient appelés les branches de leur Gardien. Pas des tentacules, des branches.

La Folia avait ri d’un rire doux et avait souri d’un plaisir apparent. « Alors c’est une plante, pas un mollusque… Je vois. L’incident causé par les Sœurs Meyer a fait disparaître une grande forêt dans sa totalité du jour au lendemain, n’est-ce pas ? »

« La tragédie Ashdown, voulez-vous dire ? » Sayaka se souvient de l’incident de ce nom.

Plus de dix ans auparavant, les Sœurs Meyer avaient mené un mystérieux rituel magique aux abords d’Ashdown, la capitale de l’Empire de la mer du Nord dans le nord-ouest de l’Europe. Cela avait provoqué un phénomène anormal qui avait anéanti quelque trois cents hectares de forêt autour de la capitale. La ville d’Ashdown avait été détruite au cours du processus et avait été abandonnée peu après. Cet incident avait fait des Sœurs Meyer des criminels sorciers de renommée mondiale.

Mais il restait deux questions concernant l’incident jusqu’à ce jour même.

La première était : quel genre de rituel magique les sorcières noires et écarlates d’Ashdown menaient-elles dans la banlieue d’Ashdown ?

Et où était passée la forêt qui avait disparu ?

« Vous ne voulez pas dire… Alors, ce Gardien est vraiment…, » murmura Sayaka.

« Oui. Si tu imagines la forêt perdue jusqu’au dernier arbre prenant la forme d’un diable familier, cela expliquerait cette masse écrasante. C’est sans doute inutile, peu importe combien tu en réduis, » déclara La Folia.

Sayaka avait fait un gémissement profondément frustré. La Folia la regarda et haussa les épaules.

Sayaka hocha la tête, abaissant son épée en même temps. « … Je suppose que oui. »

Elle savait qu’il était inutile de continuer ses attaques.

Les sœurs sorcières se réjouirent en voyant Sayaka et La Folia comme ça.

« Oh mon Dieu. Les petites filles ont l’air de bavarder, ma sœur. »

« Oui, vraiment. Peut-être qu’elles sont prêtes à mendier pour leur vie ? Ça ne marchera pas, » dirent les sorcières en riant de voix aiguës.

La princesse aux cheveux argentés secoua la tête, semblant avoir pitié de la certitude de leur victoire.

« Non, on disait juste que votre tour est moins impressionnant qu’on ne le pensait, » déclara La Folia.

« À tous les coups. Il y a beaucoup de façons de procéder maintenant que nous savons à quoi nous avons affaire, » déclara Sayaka.

Il ne fait aucun doute que la réprimande occasionnelle de leurs ferventes railleries avait porté un coup décisif à leur fierté. Les sœurs sorcières lâchèrent des soufflets féroces de rage.

Répondant à leur colère, le Gardien augmenta la férocité de ses attaques.

Le sourire élégant qui était apparu sur La Folia resta intact alors qu’elle avançait en levant le canon d’or devant elle.

« Je te le confie, Sayaka. Je tiendrai l’avant, » déclara La Folia.

Sayaka se retira, son épée encore baissée. « C’est d’accord. »

Elles avaient changé de position, avec des tâches offensives laissées à la princesse.

La princesse n’avait pas hésité en regardant les tentacules qui poussaient, inversant la prise de son pistolet. Son pistolet orné d’or était équipé d’une baïonnette de couleur argent. La Folia l’avait mis en équilibre comme un couteau quand elle avait commencé à chanter un hymne.

« Filles des dieux qui résident en moi, destructeurs de boucliers, de grêle et de tempête, hérauts de la victoire, ceux qui portent les défunts ! » Les tentacules étranges se précipitèrent vers le corps mince de la princesse. On pourrait penser qu’elle avait été attaquée par une masse géante de serpents. Certaines de leur victoire, les lèvres des sorcières se tordirent en des sourires.

Leurs visages souriants gelèrent en un éclair face aux lumières éblouissantes des éclairs.

« Qu’est-ce que… !? »

La source de la lumière était la baïonnette de La Folia. Un feu qui scintillait d’un blanc bleuté crachait, se transformant en une épée géante. C’était une épée de lumière avec une lame qui atteignait des dizaines de mètres de long.

La lame pulvérisa l’essaim de tentacules comme autant de pain rassis.

« Sœur ! »

« Cette lumière est la bénédiction des esprits… Ça ne devrait pas être possible, mais… ! »

Les sœurs sorcières tombèrent dans la panique en voyant leur Gardien se faire faucher sans résistance.

Le laser qu’utilisait la princesse était le système Völundr des chevaliers royaux d’Aldegian. C’était un système de soutien tactique qui infusait une grande masse d’énergie spirituelle dans une arme, la transformant temporairement en une arme spirituelle de classe épée sacrée.

C’était de l’équipement qui nécessitait normalement un réacteur spirituel à grande échelle pour fournir l’énergie spirituelle, mais La Folia, un médium spirituel, était capable d’invoquer les esprits dans son propre corps pour produire l’effet à elle seule.

La lueur spirituelle, mortelle pour les démons, annulait la magie défensive du grimoire et fauchait l’essaim de tentacules. C’était une destruction écrasante, semblable à l’utilisation d’une faux pour couper les mauvaises herbes.

Et le nouveau chant de prière solennelle qu’elles avaient entendu venait de Sayaka. « Moi, Danseuse du Lion, Archer du Dieu Suprême, je vous en conjure. »

L’épée de Sayaka s’était transformée en arc à ce moment-là. C’était un arc recourbé d’allure moderne. Elle avait encoché une flèche métallique extensible. Il s’appelait Der Freischötz. C’était un prototype d’arme transformable, la fierté de l’Organisation du Roi Lion.

« Cheval flamboyant très brillant, illustre Kirin, celui qui gouverne le tonnerre céleste, transperce ces mauvais esprits de ta colère… ! » déclara Sayaka.

Sayaka avait lâché sa flèche juste au-dessus de sa tête. La flèche, volant en sifflant, émettait un son semblable à celui d’une voix gémissante.

La flèche sifflante déchaînée par l’arc magique Der Freischötz possédait une capacité auditive bien supérieure à celle des poumons humains, capable de chanter des malédictions à haute intensité. C’était la malédiction, pas la flèche, qui était la vraie attaque.

Sayaka avait libéré un hexagone malveillant qui enleva tous les sorts jetés sur le Gardien et enveloppa son corps principal dans les flammes. L’hexagone avait traversé les racines du Gardien, avec un effet mortel sur la totalité de la forêt d’Ashdown, forte de plus de trois cents hectares.

Il ne fallut même pas quelques minutes avant que les flammes purificatrices anéantissent le Gardien des Sœurs Meyer. Mis à part les vestiges d’un cercle magique brûlé, tout avait bizarrement disparu.

« La forêt… elle est partie… Comment cela peut-il… ? »

« N-Notre… Gardien d’Ashdown est… » Sachant qu’elles avaient perdu, les sœurs sorcières avaient serré leurs grimoires avec un zèle religieux alors qu’elles se précipitaient pour fuir. Cependant, leurs visages frémissaient déjà de désespoir.

Réalisant que les tentacules avaient été anéantis, les troupes de la garde insulaire en attente dans le couloir s’étaient précipitées comme une avalanche. Sans leur Gardien, les sorcières n’avaient aucun moyen de s’enfuir du haut d’un bâtiment de plus de soixante mètres de haut. Une pluie de tirs d’avertissement à leurs pieds avait fait s’effondrer les deux sorcières à ce moment-là.

Les sœurs sorcières tremblèrent et s’enlacèrent quand les gardes les avaient arrêtées.

« Sœur… !? »

« Ce n’est pas possible… Nous, capturés par des paysans comme eux… »

Des masques pour obstruer les sorts, des coiffures pour bloquer la télépathie, des bracelets adaptés aux particularités de la chair d’une sorcière — ceux qui défendaient la loi dans un sanctuaire de démons avaient beaucoup de savoir-faire en matière de capture des sorcières et avaient reçu un équipement anti sorcière de qualité. Il était essentiellement impossible pour des personnes du niveau des Sœurs Meyer de s’évader.

« … »

Malgré cela, Sayaka se tenait aux côtés de la princesse sans baisser la garde.

Bien que cela l’ait amenée au combat contre les sorcières, la mission de Sayaka était de protéger La Folia. Sayaka avait le devoir de protéger la princesse jusqu’à ce qu’elle quitte l’île d’Itogami.

La situation des anomalies spatiales enveloppant l’ensemble de l’île d’Itogami avait déjà été modifiée. Le grimoire utilisé pour déformer l’espace avait été perdu, et la possibilité d’un danger pour la princesse avait disparu. Yuuma Tokoyogi était toujours en fuite, mais La Folia n’avait plus aucune raison de la combattre.

De plus, La Folia était aussi contrainte par le devoir qu’elle détenait. Sa position de princesse l’empêchait de bouger comme elle le souhaitait. Même si elle voulait aider Kojou et Yukina, les circonstances ne lui permettaient pas de le faire.

Par conséquent, Sayaka ne pouvait pas non plus quitter cet endroit. Même si elle savait que Kojou, Yukina et la Barrière pénitentiaire étaient en danger, elle ne pouvait rien faire. Ce fait avait causé une profonde détresse interne à Sayaka.

Soudain, elles avaient entendu la voix d’un homme cordial derrière eux.

« Votre Altesse, vous allez bien ? »

Des hommes couverts de combinaisons de combat blindées descendirent d’un hélicoptère de la garde de l’île en vol stationnaire à proximité. Ils étaient membres des chevaliers d’Aldegian — les hommes de La Folia.

« C’est bien que vous soyez ici. Comment se passe la chasse ? » demanda La Folia.

La question de La Folia avait apporté des sourires reconnaissants de la part des chevaliers. Grâce à un accord secret avec la Garde de l’île, les chevaliers d’Aldegian avaient été déployés dans la ville en mission spéciale.

« Quatre groupes de la LCO ont été détruits, sept grimoires saisis. Ils seront de bons souvenirs pour Son Altesse. »

Le chef d’escouade de la nuit semblait très fier de la réussite de leur mission.

La Folia avait fait un sourire taquin en hochant la tête.

« Vraiment ? Cela semble suffisant pour excuser le fait que j’ai déplacé les chevaliers de mon propre chef. » Les chevaliers d’Aldegian aideraient à capturer les agents du LCO qui avaient débarqué sur l’île d’Itogami en échange des grimoires en leur possession. C’était la condition que La Folia avait posée.

Ce faisant, la Garde de l’île avait reçu de l’aide sur le terrain au moment où c’était le plus important, et le royaume d’Aldegia avait à son tour obtenu de précieux grimoires. C’était un accord gagnant-gagnant typique de La Folia, un négociateur chevronné.

« Nous avons confirmé que Son Altesse est aussi en sécurité. Elle est actuellement prise en charge par Misaki Sasasasaki. »

« … Misaki Sasasasaki ? La soi-disant “Lady Wizard”, une magicienne aux quatre poings ? »

« Cela semble être le cas. »

Le chef d’équipe hocha respectueusement la tête lorsque La Folia plissa ses sourcils avec une légère surprise.

Sayaka connaissait bien le titre « Magicien aux Quatre Poings ».

Il s’agissait d’un expert en combat rapproché qui avait maîtrisé la magie et les arts martiaux à un très haut niveau. L’un d’eux était employé par l’Organisation du Roi Lion comme instructeur d’arts martiaux. Même si c’était pendant leur apprentissage, Yukina et Sayaka avaient défié ce monstre simultanément — et aucune d’elles ne pouvait lever un seul doigt sur elle.

Un monstre de rang égal s’occupait de Kanon Kanase. Sachant cela, une expression de soulagement était venue sur La Folia. C’était une expression honnête avec rien de caché qui ne lui ressemblait beaucoup.

Puis, la princesse se tourna vers Sayaka, qui s’était un peu retirée.

« J’aurais aimé regarder le déroulement des événements un peu plus longtemps, mais il semble que mon temps de parole soit écoulé. Je dois quitter cette nation immédiatement, » déclara La Folia.

« Ah… oui. » Pendant un moment, la déclaration apparemment abrupte de La Folia avait jeté un regard de doute chez Sayaka, mais elle avait vite compris la véritable intention de la princesse.

Si la princesse quittait le Japon, la mission de Sayaka serait terminée. Elle pourrait se déplacer selon son propre jugement. Elle pourrait certainement aller aider Kojou et Yukina jusqu’à ce que l’Organisation du Roi Lion lui assigne une nouvelle mission.

Une expression opaque était apparue sur le visage de La Folia pendant qu’elle parlait.

« Tu as eu pas mal d’ennuis en mon nom. Je demanderai à l’Organisation du Roi Lion de t’accorder un temps de repos et de détente jusqu’à ta prochaine mission, » déclara La Folia.

C’était un sourire agréable, riche de sens, porteur d’un secret partagé par elles seules.

« Je vous remercie, princesse, » déclara Sayaka.

Sayaka fit un signe de tête fervent lorsqu’elle saisit la poignée de sa longue épée. Leur rôle dans l’incident n’était pas encore terminé.

***

Partie 8

Kojou se trouvait en ce moment vers l’intérieur de la cathédrale en ruine avec Yukina et Yuuma. Yuuma s’était téléportée alors que Kojou et Yukina avaient été frappés par de violents vertiges et jetés sur un sol dur et poussiéreux.

Yuuma ne savait pas pourquoi elle s’était téléportée non seulement elle-même, mais aussi Kojou et Yukina. Mais elle avait une vague idée.

Elle avait pensé qu’elle voulait probablement que quelqu’un voie l’instant où elle aurait atteint son objectif, l’instant où elle aurait atteint le but pour lequel elle était née dans ce monde — .

« Natsuki est… la clé de la Barrière pénitentiaire ? » demanda Kojou. Qu’est-ce que c’est censé vouloir dire ?

Natsuki Minamiya avait continué à dormir sur le fauteuil dans la grande salle de la cathédrale.

Elle portait une robe lacée et à froufrous. C’était une tenue étouffante à porter sur l’île Itogami, où l’été était présent toute l’année. Mais cela convenait à la fille qui dormait encore et qui ressemblait à une poupée, à un degré vraiment effrayant.

Il ne faisait aucun doute que l’onde de choc de Yuuma, qui avait franchi la Barrière pénitentiaire par la force, avait été transmise de l’intérieur à Natsuki. Il y avait un filet de sang frais qui coulait le long des tempes de Natsuki.

Mais Kojou ne comprenait toujours pas ce que Natsuki, qui avait disparu la veille du festival de Veillée Funèbre, faisait dans un endroit comme celui-ci. Il se demandait si le Natsuki qui dormait ici était vraiment la Natsuki que Kojou connaissait.

« — Pensez-y. Comment peut-on envoyer des prisonniers dans une prison dans un espace dans une autre dimension que même la Corporation de Management du Gigaflotteur ne peut localiser avec certitude ? » Yuuma donna à Natsuki, encore endormie, un regard glacial pendant qu’elle parlait. « Natsuki Minamiya, la Sorcière du Vide, est la gardienne, la porte et la clé de la Barrière pénitentiaire. Tout d’abord, la Barrière pénitentiaire est le nom d’un sort destiné à enfermer de vils criminels sorciers — et elle est la seule à pouvoir s’en servir. »

Kojou avait écouté l’explication de Yuuma sans un mot. Quand elle l’avait dit ainsi, la logique était assez simple.

La Barrière pénitentiaire était un sort que Natsuki avait maintenu. C’est pourquoi elle était à l’intérieur de la cathédrale. Et c’est pourquoi la brèche dans la salle avait transmis l’onde de choc directement à son corps.

« Sorcière » était un titre porté par des femmes qui avaient conclu un pacte avec un diable. Elles employaient un pouvoir identique à celui du diable par l’intermédiaire des Gardiens familiers du diable. Ce faisant, elles pouvaient retenir les corps humains tout en contrôlant des pouvoirs magiques rivalisant avec ceux des démons de haut rang, avec une habileté à lancer des sorts qui surpassait même les sorciers les plus accomplis.

Mais un pacte avec un diable avait un prix.

Le prix payé par Yuuma avait été l’installation du programme « Dissipation de la Barrière Pénitiencière ». Elle était née et avait été élevée pour accomplir seulement cet ordre, ayant obtenu en échange un pouvoir de contrôle spatial.

Il se demandait quel prix Natsuki avait payé — .

La Barrière pénitentiaire était-elle la réponse ?

Continuer à sceller cette prison géante et vide en ressentant de la solitude jusqu’au jour de sa mort — et si c’était la malédiction qui lui avait été imposée quand elle avait fait son pacte avec son diable ?

Yuuma parla en regardant autour d’elle la cathédrale faiblement éclairée. « Cette cathédrale est la maison de Natsuki Minamiya. Elle vit ici depuis le début. Elle n’est pas sortie une seule fois depuis dix ans. Elle reste endormie ici, toute seule. »

Kojou s’y était opposé. « Ça ne peut pas être vrai. Natsuki a toujours été notre professeure à l’école ! »

Natsuki Minamiya était le professeur d’anglais de l’Académie Saikai. Elle était aussi la professeure principale de Kojou. Elle avait un manoir sur un terrain de choix dans la ville d’Itogami où elle vivait avec Astarte et Kanon. Quelle raison aurait-elle de passer ses nuits dans une cathédrale nue et vide, enfermée dans un autre monde ?

Mais Yuuma fit un rire triste en secouant la tête.

« La Natsuki Minamiya que tu connais est une illusion créée par un sort. C’est juste un rêve de la fille pathétique que tu vois ici, » déclara Yuuma.

Les paroles de Yuuma avaient fait oublier à Kojou de respirer.

« Une… illusion… ? »

Il ne pouvait pas s’y opposer et dire, ce n’est pas possible. C’était certainement une question insignifiante pour une sorcière ayant le pouvoir de Natsuki de créer un clone avec une substance qui pourrait agir comme une personne normale.

Maintenant, il y avait une raison à sa jeunesse bizarre — ou plutôt, Natsuki n’ayant pas vieilli physiquement depuis sa jeunesse.

Plus important encore, Kojou n’arrivait pas à trouver une explication qu’il pouvait accepter pour expliquer comment la fille qui dormait dans la Barrière pénitentiaire, ressemblant exactement à Natsuki, pouvait être quelqu’un d’autre.

Yuuma se dirigea vers la jeune fille alors qu’elle continuait à dormir.

« Ça n’a pas de sens de briser l’une de ses illusions. C’est la raison pour laquelle LCO a agi jusqu’à aujourd’hui. Jusqu’à ce que son corps réel revienne dans notre monde pour que la Barrière pénitentiaire puisse être libérée, » déclara Yuuma.

Le chevalier bleu flottant sur son dos avait levé un poing géant comme s’il maniait un marteau. Un seul coup du Gardien contre la petite fille endormie sans défense mettrait fin à sa vie avec la plus grande facilité.

Yuuma semblait forcer sa voix à sortir de sa gorge. « Les criminels de la Barrière pénitentiaire sont retenus prisonniers dans son rêve. Si elle est tuée, les prisonniers seront libérés. »

« — après les avoir libérés, que se passera-t-il ? » demanda Kojou.

La question abrupte de Kojou avait arrêté brusquement Yuuma.

« Si tu n’es née que pour dissiper la Barrière pénitentiaire, alors que ferais-tu une fois que tu auras fini ton devoir ? Crois-tu que ta mère va te tapoter sur la tête ? » demanda Kojou.

« Kojou… »

« Non, elle ne le fera pas… C’est comme tu l’as fait avec ce grimoire qui a brûlé, elle va te jeter comme les ordures d’hier, n’est-ce pas !? Est-ce vraiment ce que tu veux, Yuuma !? » cria Kojou.

Kojou bloqua le chemin de Yuuma, lui lançant un regard noir avec Natsuki qui dormait encore derrière lui.

Elle semblait prête à éclater en larmes en souriant et en secouant la tête. « Je le sais, Kojou. Je connais mieux que quiconque que tout ce que je fais n’a pas de sens. »

« Alors — ! »

« Mais je ne peux pas combattre le programme qui l’a décidé ! C’est mon prix pour mon pacte avec mon diable ! » cria Yuuma d’une voix angoissée. Pour une raison inconnue, elle ressemblait à une petite fille, même dans le corps de Kojou.

« Le programme est tout ce que j’ai. Si j’accepte que cela n’ait pas de sens — que je suis née dans ce monde — tout ce qui me concerne n’a plus aucun sens ! » déclara Yuuma.

« Tu te trompes ! » déclara Kojou.

Kojou avait mis un pied devant lui. Sa force avait fait reculer Yuuma d’un pas.

« Tu l’as dit toi-même. Je suis là pour toi. J’accepte que ta vie ait un sens. Tu n’as pas besoin de suivre ce stupide programme ! » déclara Kojou.

Ses pouvoirs de quatrième Primogéniteur avaient été volés, sa propre chair et son propre sang avaient été volés, mais la déclaration de Kojou n’avait pourtant aucune hésitation. Pendant un instant, les yeux de Yuuma ressemblaient à un sourire en larmes.

« … On dirait que tu fais ta demande en mariage, » déclara Yuuma.

« Hein ? »

« Tu as toujours été d’accord pour dire ce genre de choses depuis le début, Kojou. Tu n’as vraiment aucune idée des problèmes que ça m’a causés… Mais merci à toi. Je suis heureuse… Vraiment, c’est…, » déclara Yuuma.

C’est assez, les lèvres de Yuuma s’étaient arrêtées. Kojou ne pouvait même pas lui crier d’arrêter.

Il ne pouvait pas, car Yuuma avait déjà disparu. Elle avait sauté dans l’espace sans prévenir, émergeant dans l’angle mort de Kojou, derrière Natsuki qui dormait encore.

Puis, le chevalier bleu, blessé de partout, avait balancé son poing d’acier pour l’écraser — .

« Argh !? »

C’était une lance rayonnante de couleur argentée qui avait carrément pris le coup du poing. La fille qui la portait, vêtue d’une robe bleue sortie tout droit d’un conte de fées, plaça sa lance au-dessus de sa tête pour empêcher le bras du chevalier géant.

« — Himeragi !? »

Le chevalier bleu était presque deux fois plus grand que la petite Yukina. Si l’on tient compte de l’armure qui l’entourait, sa masse aurait dû être dix fois supérieure à la sienne. Ce n’était pas une attaque à bloquer directement.

Mais la lance de Yukina avait facilement percé l’armure du Gardien de la sorcière et détruit ce poing.

L’expression de Yuuma s’était durcie.

« Je vois… Cette lance est une Schneewaltzer… »

C’était une lance purificatrice qui annulait tout pouvoir magique. C’était le pire match possible pour le Gardien d’une sorcière, qui était une énergie magique prenant forme physique.

« L’Organisation du Roi Lieu m’a envoyée pour veiller sur le quatrième Primogéniteur, » déclara Yukina.

La lance de Yukina avait produit un son de façon audible dans les airs pendant qu’elle la balançait. La pointe de sa lance à trois dents tournait droit vers le cœur de Yuuma. Sa position avait été exprimée avec éloquence : maintenant que les tentatives de Kojou pour persuader Yuuma avaient échoué, elle n’aurait aucune pitié.

« Je reprends le corps de Kojou Akatsuki ! » cria Yukina.

Yuuma ria sur place et jeta un coup d’œil instantané sur Kojou, qui restait là où il se tenait.

« Vous êtes trop douce… Avec le pouvoir de cette lance, si vous attaquiez mon vrai corps, vous régleriez ça tout de suite… Est-ce l’influence de Kojou qui vous en empêche ? La langue d’argent de Kojou vous a-t-elle aussi capturée ? »

Yukina avait l’air étrangement boudeuse quand elle avait riposté. « Ce n’est pas vrai ! J’ai simplement décidé que c’était mieux dans les circonstances actuelles ! Maintenant que le rituel de contrôle spatial a été détruit et qu’il y a une perspective de déchaînement du pouvoir magique du 4e Primogéniteur, je devrais donner la priorité à la récupération de son corps, une conclusion extrêmement logique ! En plus — . »

« … !? »

Avant qu’elle n’ait fini de parler, Yukina avait quitté le sol de la cathédrale. Alors qu’elle se déplaçait avec la force d’un typhon, sa lance s’avança vers l’avant, visant précisément la poitrine de Yuuma.

« … Il n’y a pas de grande différence de difficulté. »

Les mots de Yuuma n’étaient pas du bluff. À la vitesse de Yukina, assez pour secouer un homme bête sur ses talons, il n’y avait aucun moyen que Yuuma, qui n’avait aucune capacité de combat rapproché, puisse faire face. « Le Bleu ! »

Yuuma avait ordonné à son Gardien de la protéger. Cependant, la lance de Yukina avait traversé l’armure épaisse du chevalier bleu comme si c’était de l’air. Des étincelles d’un blanc bleuté se répandirent tandis que le chevalier bleu rugissait d’agonie.

Yuuma avait fait claquer sa langue et avait plié l’espace. Elle essayait d’utiliser une téléportation pour atteindre l’angle mort de Yukina. Mais.

« Ça ne sert à rien ! »

Yukina s’était retournée comme si elle savait depuis le début qu’elle allait le faire, se précipitant vers le point de destination de Yuuma. C’était sa capacité de Chamane Épéiste qui lui permettait de voir l’avenir. De simples attaques-surprises n’auraient pas fonctionné sur elle quand elle utilisait sa capacité de la Vue de l’Esprit au milieu du combat.

Le corps géant du chevalier bleu tituba alors que des fragments de son armure abîmée étaient éparpillés aux alentours.

« Tant que vous contrôlez ce corps, votre Gardien doit employer la plus grande partie de son pouvoir pour maintenir le lien spatial. Il lui reste très peu de capacité de combat, » déclara Yukina.

 

 

« Vous avez raison… Battre un Chamane Épéiste de l’Organisation du Roi Lion est un peu difficile dans ces circonstances, » déclara Yuuma.

Yuuma avait volontiers reconnu que la marée était contre elle. Une Chamane Épéiste pouvait se battre à armes égales avec un vampire primogéniteur. C’était des pros du combat anti-démon, pas des gens qu’une simple sorcière pouvait affronter sans plan.

***

Partie 9

« Mais vous avez oublié ? Je n’ai pas à me battre loyalement avec vous, vous savez — ! » déclara Yuuma.

Yuuma s’était téléportée juste après avoir parlé. Elle avait sauté dans les airs là où Yukina ne pouvait la suivre, bien au-dessus du sol de la cathédrale.

« Oh — !? » s’écria Yukina.

Le visage de Yukina s’était figé quand elle avait réalisé ce que Yuuma avait l’intention de faire. Le chevalier bleu avait activé un sort offensif. C’était un sort de boule de feu de niveau débutant, mais lorsqu’il se déclenchait avec le pouvoir magique d’une sorcière, il avait de la force au niveau d’une bombe. Et Yuuma n’avait choisi comme cible ni Yukina ni Natsuki, mais plutôt le toit en pierre de la cathédrale au-dessus de la tête encore endormie de Natsuki.

Même le Loup de la dérive des neiges, capable d’annuler toute énergie magique, était impuissant face aux chutes de pierres. Elle n’avait aucun moyen de protéger Natsuki contre plusieurs tonnes de masse obéissant à l’appel de la gravité.

Mais à l’instant où Yukina se sentait désespérée, Kojou était déjà en train de sprinter.

« Daaaaa — ! »

Kojou ramassa le petit corps de Natsuki et roula sur le sol. Un moment plus tard, des pierres tombantes écrasèrent et pulvérisèrent la chaise sur laquelle Natsuki était assise.

Les yeux de Yukina clignèrent alors qu’elle était en état de choc.

« Senpai — !? »

Kojou avait anticipé l’attaque de Yuuma plus vite qu’elle, une Chamane Épéiste, qui pouvait regarder dans le futur. Ce fait l’avait prise par surprise.

La réponse à la question qui la traînait venait des propres lèvres de Kojou.

« Désolé, Yuuma. Je n’ai pas oublié le visage que tu fais quand tu te lances dans un trois-points. »

Kojou avait fait un sourire audacieux alors qu’il soulevait son visage poussiéreux. Kojou n’avait jamais oublié la spécialité de son amie d’enfance. Depuis le début, il s’attendait à ce que Yuuma fasse un tir à distance.

Le visage de Yuuma s’était tordu d’angoisse à l’atterrissage. « Kojou… ! Comment peux-tu encore sourire comme ça !? Je t’ai trompée ! Je suis une sorcière faite pour être une criminelle dès la naissance ! J’ai détruit la ville où tu vis et blessé tes amis ! »

Kojou regarda avec étonnement le cri douloureux de sa vieille amie.

« Yuuma… »

Soudain, son champ de vision s’était teint en écarlate. Du sang frais coulait de son propre front dans ses yeux.

« Qu’est-ce que… c’est que ce… !? »

Kojou était en état de choc lorsqu’il avait réalisé qu’il saignait.

Ce n’était pas une blessure subie pendant le roulis. Il n’y avait pas eu de douleur. Mais la belle peau de Yuuma avait été déchirée à divers endroits et saignait abondamment.

Il n’y avait qu’une seule possibilité à laquelle il pouvait penser. C’était le corps de Yuuma qui criait.

Le lien forcé pour s’emparer du corps de Kojou, puisant dans le pouvoir magique du Quatrième Primogéniteur, appelant un Vassal Bestial, même pour un seul instant, les blessures de son Gardien subies dans la lutte avec Yukina, téléportation après téléportation — c’était bien au-delà même des limites d’une sorcière. Le corps de Yuuma avait commencé à s’effondrer, incapable de supporter la simple production d’énergie magique.

« Yuuma ! » La voix de Yukina trembla. « S’il vous plaît, arrêtez ça. Si vous libérez plus d’énergie magique, votre corps va — . »

« Cela n’a pas d’importance… ! » La douleur du contrecoup lui faisait tourner les lèvres, mais malgré cela, Yuuma avait fait un sourire effrayant. « Juste un peu plus et mon devoir sera terminé. Je vais enfin… être libre… »

Yukina s’était mordu la lèvre en silence. Puis, elle poussa un soupir très profond. Sans bruit, la lance d’argent tourbillonna tandis que ses cheveux brillants coulaient vers le bas. Il ne restait plus qu’un seul moyen de sauver Yuuma.

C’était pour régler le combat le plus rapidement possible.

« Moi, Vierge du Lion, Chamane Épéiste du Dieu Suprême, je vous en conjure. »

Les lèvres de Yukina tissaient un chant solennel. Elle dansait avec sa lance d’argent comme un guerrier priant les dieux pour la victoire — ou comme une prêtresse à qui l’on avait accordé un oracle annonçant la victoire à venir.

« Ô lumière purificatrice, ô divin loup de la dérive des neiges, par votre volonté divine d’acier, abattez les démons devant moi ! »

La lance d’argent émettait un éclair de lumière, l’énergie spirituelle y coulait deux fois plus qu’avant. Ce flash avait entouré Yukina pendant qu’elle faisait un sprint. Yuuma n’avait pas vu ce que Yukina faisait. Le coup porté par le Loup de la dérive des neiges visait directement Yuuma et avait traversé le cœur du corps de Kojou.

Ou cela l’aurait été, si Yukina n’avait pas arrêté son attaque. La pointe de la lance d’argent n’atteignit pas la poitrine de Kojou. Yukina avait hésité dans son attaque en un rien de temps.

Yuuma avait bougé, ne laissant pas cette minuscule ouverture se perdre.

Le poing géant du chevalier bleu avait pivoté vers le flanc de Yukina. Yukina avait de peu réussi à encaisser le coup avec sa lance. Mais elle ne pouvait pas arrêter l’inertie. Son petit corps avait été envoyé en vol, l’envoyant s’écraser sur le sol à plusieurs mètres de distance.

« Himeragi ! » cria Kojou.

Alors que Kojou se dépêchait, Yukina l’avait congédié et avait tremblé en se levant. « … Je vais bien… Ce n’est rien… »

Elle avait tendu la lance d’argent et l’avait ramassée pour la faire rouler une fois de plus sur le sol. Ses bras étaient engourdis parce qu’elle avait vraiment reçu l’attaque du chevalier bleu.

Yuuma avait parlé en regardant Yukina s’asseoir sur ses genoux. « Vous êtes une fille gentille. »

Il n’y avait pas de moquerie dans son ton. En effet, son ton était empreint d’une jalousie ouverte.

« L’arme secrète de l’Organisation du Roi-Lion, capable d’annuler tout pouvoir magique… il n’y a aucun moyen de vraiment savoir si même un vampire immortel reviendrait après s’être fait empalé avec un Schneewaltzer. C’est pour ça que vous avez arrêté. Vous ne vouliez pas tuer le corps de Kojou — . »

Yukina s’était relevée en utilisant sa lance à la place d’une canne.

« … Je ne sais pas de quoi vous parlez. C’était juste un peu d’insouciance, » déclara Yukina.

Elle n’était plus en état de se battre, et dans tous les cas, elle ne pouvait espérer quelque chose comme sa capacité de combat habituelle. De toute façon, elle ne pouvait pas saisir correctement son arme. Yuuma avait parlé comme si elle avait pitié de Yukina, blessée.

« Ça finira de la même façon, peu importe à quel point vous essayez. Vous le comprenez vous-même, n’est-ce pas ? » déclara Yuuma.

Si Yukina ne pouvait pas faire de mal au corps de Kojou, elle n’avait aucun espoir de victoire, peu importe combien de fois elle s’est relevée.

« Senpai… »

Kojou avait soutenu Yukina par-derrière alors qu’il semblait qu’elle risquait de tomber.

Il posa ses mains sur la lance d’argent pour que les deux la saisissent ensemble.

« Kojou… pourquoi… ? » Yuuma demanda, avec son expression semblant dire, Comprends-tu le corps que tu vises avec cette lance… ? Le Schneewaltzer était une lance purificatrice capable de tuer même un Primogéniteur. Kojou s’empalant avec cette lance était un suicide irréfléchi.

Kojou déclara avec un rire impétueux… « Désolé, Yuuma. Je vais te renvoyer faire tes valises et reprendre mon propre corps. Avec ce corps, je ne peux pas boire le sang de Yukina comme d’habitude. »

Les lèvres de Yukina étaient bouclées.

Retirant la lance des mains de Yukina, Kojou avait foncé droit sur Yuuma.

« Allons-y, Yuuma — à partir de maintenant, c’est mon combat. »

Le Loup de la dérive des neiges était plus lourd que prévu. Cependant, ce n’était pas trop lourd à manier pour lui. « Kojou — ! » Yuuma cria d’angoisse.

Puis, elle avait disparu. Une téléportation — !

Mais Kojou l’avait anticipé dès le début.

Yuuma ne pouvait pas attaquer Kojou — ou plutôt, son propre corps.

Si elle causait du mal à son propre corps, le sort de contrôle spatial serait rompu et la conscience de Kojou retournerait à sa propre chair et à son propre sang. Pour sa part, Yuuma retournerait à son propre corps blessé, incapable d’en faire plus. Si Kojou s’en était pris à elle avec l’intention de tuer son propre corps, Yuuma n’avait vraiment pas d’autre choix que de fuir.

Et Kojou savait où elle irait.

L’objectif de Yuuma était d’éliminer Natsuki. Kojou s’étant éloigné de Natsuki, c’était naturellement là que Yuuma allait sauter — à l’endroit où elle pouvait tuer Natsuki dans son sommeil continu.

Kojou n’avait pas attendu.

Avant même que Yuuma ne réapparaisse de sa téléportation, il lança la lance avec tout ce qu’il avait.

Quand Yuuma revint de sa téléportation, elle vit la lance d’argent voler, dirigée vers son cœur.

« Argh… ! Le Bleu — ! »

Réalisant qu’elle n’y échapperait jamais, elle avait ordonné à son propre Gardien de la défendre. Le chevalier bleu lourdement blindé croisa les bras pour bloquer la lance. Sans sa propre énergie spirituelle, le lancer de Kojou n’avait pas imprégné la Loup de la dérive des neiges de ses propriétés propres, magiques et nullificatrice. Il n’avait pas pu briser la défense du Gardien !

« Ça n’a pas marché !? » Kojou sombra dans le désespoir.

L’instant d’après, une petite fille vêtue d’une robe bleue était passée dans sa vision périphérique.

Faisant un sourire élégant, elle se retourna en l’air et lâcha un coup de pied féroce à l’arrière de la lance, coincée dans les bras du chevalier bleu…

« Non, Senpai. Cette victoire est la nôtre, » déclara Yukina.

Avant que Yukina ait fini de parler, Le Loup de la dérive des neiges avait libéré une lueur éblouissante. Elle avait utilisé un coup de pied pour insuffler de l’énergie spirituelle à la lance plutôt que ses mains engourdies.

Imprégnée d’une vague d’oscillation divine, l’arme secrète de l’Organisation du Roi Lion avait traversé les bras croisés du chevalier bleu, l’avait empalé à travers son torse blindé et s’était enfoncée profondément dans la poitrine de Kojou Akatsuki.

Yuuma semblait perdue dans ses pensées. « C’est de la folie… Pourquoi, Kojou… ? »

Son murmure s’était évanoui dans une onde de choc aiguë qui ressemblait à celle d’un éclat de verre.

Le sort de contrôle spatial avait été annulé, le recul avait fait trembler l’air lui-même.

Le corps du chevalier bleu semblait se fondre dans l’air en disparaissant.

Il ne restait plus que le corps de Kojou, qui tombait lentement, presque comme une marionnette avec ses cordes coupées.

*

Mais ce que le dos de Kojou ressentait, ce n’était pas la dure sensation du sol, mais quelque chose de doux et de souple qui s’enroulait autour de lui. Yukina avait attrapé le corps de Kojou par-derrière juste au moment où il était sur le point de toucher le sol.

Les cicatrices de la profonde blessure par lance étaient restées dans la poitrine de Kojou. Cependant, le coup avait manqué de peu le cœur. Ce n’était pas un coup fatal pour un vampire possédant un haut niveau de capacité de régénération.

C’était quand même une blessure grave. Kojou Akatsuki avait gémi avec faiblesse en appuyant sur sa poitrine ensanglantée.

« Aïe… »

Yukina poussa un soupir de soulagement en pointant son regard vers le visage du quatrième Primogéniteur.

Ce n’était ni un visage vaillant ni un visage tragique. Cela semblait un peu apathique d’une certaine façon, mais c’était le regard d’un lycéen ordinaire — c’était le visage qu’il affichait toujours, et qu’elle connaissait très bien.

Yukina posa ses mains sur ses deux oreilles, comme pour l’empêcher d’entendre, tandis qu’elle murmurait pour elle-même.

« Bon retour, Senpai — . »

***

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Claramiel

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