***Chapitre 6 : Retour à la maison
Partie 3
À leur place, Asagi s’agenouilla aux côtés de Kojou. Elle inspira profondément pour calmer ses émotions, puis approcha doucement son visage du sien. Puis, la paume d’Asagi gifla le côté sans défense de son visage.
« Kojou, réveille-toi ! Réveille-toi, bon sang ! »
La gifle retentit dans la ville en ruines.
Asagi asséna un deuxième puis un troisième coup de paume impitoyable. Normalement, on ne traitait pas ainsi un blessé, mais si Kojou restait inconscient, tout était fini de toute façon. Ce n’était pas le moment pour elle de faire la fine bouche sur ses méthodes.
« A-Asagi ?! »
Les yeux de Yuiri s’écarquillèrent alors qu’elle fixait la scène incroyable qui se déroulait devant elle. Glenda était pétrifiée de peur. Cependant, aucune des deux filles ne fit le moindre geste pour arrêter Asagi qui ne parvenait pas à retenir les larmes qui coulaient sur son visage.
« Ouvre les yeux, Kojou ! »
La force quitta la main avec laquelle Asagi avait giflé Kojou à plusieurs reprises. Elle agrippa le col de l’uniforme de Kojou et l’appela par son nom d’une voix brisée par les sanglots. Elle resta ainsi jusqu’à ce qu’une voix faible parvienne à ses oreilles.
« … Salut… Asagi… »
La main droite ensanglantée de Kojou écarta la frange qui recouvrait la joue d’Asagi. À travers ses yeux embués, elle fixa le visage de Kojou qui lui adressait un faible sourire.
« Tu pleures encore, hein… ? »
« Hein ? De quoi parles-tu ? Je n’ai jamais pleuré devant toi, même… »
Asagi se frotta vigoureusement les yeux, mais elle ravala ses mots de réprimande à l’encontre de Kojou au milieu de sa phrase. Elle se remémora le décor d’une salle d’attente d’hôpital faiblement éclairée.
Dans cette pièce, il y avait une fille qui pleurait toute seule et un garçon un peu bête qui s’était donné la peine de lui parler. À bien y réfléchir, c’était à ce moment-là qu’Asagi avait commencé à penser souvent à Kojou.
« Mais qu’est-ce que… ? Bon sang, tu vas t’en souvenir pendant combien de temps encore ? »
Asagi essuya une fois de plus ses larmes. Son maquillage coulant devait lui donner un air affreux, mais au moins, elle et Kojou avaient tous les deux l’air mal en point. Asagi ferma doucement les yeux et posa ses lèvres sur celles de Kojou.
« A-Asagi… ? »
La réaction soudaine d’Asagi fit prendre à Kojou une expression de totale perplexité. Les auras de Yuiri et Glenda traduisaient leur propre surprise. Cependant, la plus nerveuse de toutes était Asagi elle-même. Elle ne savait pas quoi faire ensuite. Si j’avais su que ça en arriverait là, j’aurais demandé à Tanahara ou à quelqu’un d’autre une explication détaillée, étape par étape, pensa-t-elle.
« Désolée… Je ne sais vraiment pas quoi faire… Qu’est-ce qui te ferait plaisir, genre… ? Peut-être, toucher mes seins ? »
L’esprit d’Asagi tournait à toute vitesse tandis qu’elle prononçait ces mots, puis elle déboutonna son uniforme scolaire. Ensuite, elle détacha son soutien-gorge. Puis, elle força la main de Kojou à caresser sa poitrine.
« Hein… ?! »
La lumière revint dans les yeux vides de Kojou. Cela indiquait peut-être qu’il allait mieux, mais Asagi n’était pas en état d’évaluer calmement la situation.
« Eh… euh… ?! »
Yuiri, complètement déconcertée, couvrit aussitôt les yeux de Glenda.
« ?! »
La peau légèrement moite d’Asagi entra en contact avec la paume fraîche de Kojou. Elle laissa aussitôt échapper un petit cri. Ce n’était pas du tout comme elle l’avait imaginé. La main de Kojou était grande, dure et rigide, ses doigts étaient puissants et un peu effrayants. Cependant, elle ne trouvait pas désagréable d’être touchée par lui.
« Qu’est-ce que je fais… ? C’est vraiment gênant… Mon cœur bat peut-être vraiment la chamade… »
« Attends, qu’est-ce qui t’arrive, Asagi ? Pourquoi fais-tu tout ça d’un coup… ? »
« Euh… Je veux que tu boives mon sang. Ça ne me dérange pas si c’est toi, Kojou… ! »
Une fois qu’elle l’eut formulé, cela ressemblait à une confession extrêmement maladroite. Elle fut soudainement envahie par la crainte que Kojou ne l’aime plus à cause de cela. Cependant, ce n’était pas le moment de rougir.
« Je ne comprends pas grand-chose à tout ce truc de Prêtresse de Caïn, mais si tu bois mon sang, je pense que tu gagneras toi aussi le pouvoir de résister à la Purification, Kojou. C’est pour ça que… »
« Asagi… C’est donc pour ça que tu fais ça… »
Un mélange de regret et de culpabilité se refléta dans les yeux de Kojou. Asagi secoua précipitamment la tête. Ce n’était pas la raison de ses actes.
« Peut-être que tu ne veux plus le faire avec moi après tout ce temps… Mais j’ai fait de mon mieux pour que tu me trouves vraiment mignonne, Kojou… C’est pour ça que je… »
« Arrête ça. »
Kojou prononça ces deux mots laconiques de rejet. Pendant une seconde, le cœur d’Asagi s’arrêta de battre.
« … Hein ?! »
Le visage tendu, Kojou caressa doucement les cheveux d’Asagi. Ses joues, auparavant blêmes, rougirent tandis que ses yeux vacillaient, trahissant une tension palpable.
« Tu n’as pas besoin de dire des choses comme ça. Je veux dire… je te trouve mignonne… parce que tu es toi. »
« … ! »
Asagi se couvrit la bouche. D’habitude, elle aurait répondu quelque chose de désinvolte pour détourner les paroles de Kojou, mais sa voix restait coincée dans sa poitrine. À la place des mots, seules des larmes coulaient.
« A-Asagi ? »
La réaction inattendue d’Asagi rendit Kojou nerveux. Il semblait sincèrement déconcerté, comme s’il ne comprenait vraiment pas ce qui se passait.
« D-Désolée… Je suis un peu… soulagée… »

Après un faible sanglot, Asagi prononça ces mots d’une voix délicate. Kojou expira profondément, soulagé.
« Je ferai aussi doucement que possible, mais ça risque de faire un peu mal au début. »
« Oui, ça va. Je tiendrai le coup. Fais ce que tu as à faire, Kojou… »
Asagi repoussa ses cheveux en arrière, dévoilant son cou pâle. Les lèvres de Kojou se refermèrent sur son cou avec une force inattendue. La morsure se confondit avec une douleur progressive pour former une sensation unique qui se propagea dans tout le corps d’Asagi.
Les yeux de Yuiri semblaient briller tandis qu’elle observait la scène.
Les yeux toujours masqués, Glenda pencha la tête. « Hein ? » marmonna-t-elle, perplexe.
+++
Shio Hikawa se tenait sur le toit d’un bâtiment en ruines, son arc recourbé argenté levé.
« Que la lumière soit ! » déclara-t-elle en déversant le peu de pouvoir spirituel qui lui restait, puis elle décocha une flèche rituelle vers le ciel. Sa cible était un Vassal Bestial serpentiforme enveloppé d’une lueur vermillon, si gigantesque qu’il aurait fallu un effort considérable pour le manquer.
La flèche dessina un cercle magique dans le ciel qui libéra alors un tonnerre incroyable et des faisceaux de lumière.
L’objectif de Shio était d’attirer l’attaque des vassaux bestiaux aussi loin que possible de Kojou Akatsuki et des autres. Il n’était pas nécessaire d’infliger des dégâts à ces derniers. D’ailleurs, même un tir direct de Freikugel Plus n’aurait probablement pas blessé ces adversaires…
« Comme je m’y attendais, ça s’annonce difficile… »
Shio respirait difficilement tandis qu’elle comptait les quelques flèches rituelles qui lui restaient.
Shio était une Danseuse de Guerre Chamanique de l’Agence du Roi Lion, experte en malédictions et en assassinat. Attirer l’attention d’un ennemi et tirer depuis une position dissimulée faisaient partie de ses spécialités. Cependant, cela fonctionnait à condition que l’adversaire soit un humain ou un démon ordinaire. Naturellement, se servir d’elle-même comme leurre contre des vassaux bestiaux hors normes atteignant des centaines de mètres de long était une première pour elle.
Les attaques de Shio étaient inefficaces contre les vassaux bestiaux. En revanche, un simple effleurement de leurs attaques suffirait à la vaporiser sans laisser la moindre trace. La moindre erreur, même momentanée, lui serait fatale. De plus, elle faisait face à huit adversaires. Cette situation exceptionnellement difficile mettait à rude épreuve son endurance mentale et physique.
Cela dit, il serait trop cruel envers Shio d’attribuer l’accident qui mit fin au combat à un surmenage.
Un Vassal Bestial avait en effet interféré avec l’attaque d’un autre : l’attaque du serpent de Vattler était entrée en contact avec un autre serpent, courbant ainsi la trajectoire de l’attaque à près de quatre-vingt-dix degrés.
« Oh non… ! »
Shio fut incapable d’esquiver le rayon vermillon qui fonçait sur elle depuis une direction inattendue.
Chaque attaque était suffisamment puissante pour couler un énorme navire de guerre d’un seul coup. N’importe quel rayon de lumière dévié par l’interférence suffisait amplement à anéantir Shio. Tout ce qu’elle pouvait faire, c’était rester là, hébétée, le regard fixé sur la lueur vermillon qui l’enveloppait…
« Snowdrift Wolf ! »
Une petite fille enveloppée par la lumière éblouissante de l’Effet d’Oscillation Divine brandit sa lance pour protéger Shio. Des ailes transparentes formées d’essence divine s’élevaient de son dos.
Ce n’était certainement pas l’imagination de Shio : le profil de son visage, déjà si joli, semblait véritablement divin. Dans son état actuel, elle se trouvait à la frontière entre l’humanité et la divinité.
« Y-Yukina Himeragi ?! »
« Ça va, Hikawa ?! »
Yukina attendit que l’attaque du Vassal Bestial s’apaise avant de se retourner vers Shio.
« Je vais gagner du temps d’ici. Retire-toi, s’il te plaît. »
« Non, Himeragi. Cette essence divine est un effet secondaire du Schneewaltzer, n’est-ce pas ?! »
Les inquiétudes de Shio se portèrent immédiatement sur l’état physique de Yukina.
La Lance d’Assaut Exorciste de Type Sept Schneewaltzer était une puissante arme divine dont l’effet secondaire était de transformer ses utilisateurs en faux anges. C’était pour cette raison que la Schneewaltzer avait été mise sous scellés et considérée comme l’arme secrète de l’Agence du Roi Lion.
Shio et Yuiri ne l’avaient appris que récemment. Et maintenant qu’elle le savait, Shio ne pouvait pas exposer Yukina au risque de disparaître. Même si elle n’était pas aussi attachée à la jeune fille que Sayaka Kirasaka, Yukina restait sa cadette au sein de l’Agence du Roi Lion.
Cependant, Yukina continua de serrer la lance argentée tout en esquissant un petit sourire déterminé.
« Ça va. Après tout, j’ai cette bague… »
« Ce n’est pas le moment de raconter des contes de fées comme ça ! »
Le fait que Yukina exhibe la bague indigna naturellement Shio. Peut-être que cela la réconfortait, mais elle avait du mal à croire qu’une simple bague puisse empêcher l’angélification. Les grands yeux de Yukina clignèrent plusieurs fois, trahissant une légère nervosité.
« Ce… ce n’est pas un conte de fées ! Ce que j’entends par un lien entre Senpai et moi à travers cette bague, c’est un lien magique, donc… »
« Cette explication sort tout droit d’un conte de fées… Je vais te rendre service et ne pas en parler à Yuiri. »
« Hein ? Yuiri… ? » Yukina cligna des yeux et pencha la tête.
Alors qu’elles parlaient, l’un des vassaux bestiaux serpentins tourna la tête en direction du duo. Ses yeux immenses et dénués d’émotion aperçurent Shio et Yukina, et sa gueule s’ouvrit pour libérer un rayon de lumière écarlate…
Mais une fraction de seconde avant qu’il ne puisse le faire, un immense cercle magique se dessina dans le ciel, crachant d’innombrables éclairs pour aveugler le serpent.
« Une salve de sorts rituels ! Kirasaka… ?! » s’exclama Shio en réalisant qui était à l’origine de l’attaque. Les seules personnes capables de lancer des salves de sorts rituels d’une telle ampleur étaient Shio et sa camarade, la Danseuse de Guerre chamanique, Sayaka.
Le Vassal Bestial étant submergé par cette salve rituelle, son attaque fut retardée. Une femme aux magnifiques cheveux argentés profita de ce bref intervalle pour se placer devant Shio et Yukina. Shio la connaissait très bien; c’était une célébrité mondiale : la princesse d’Aldegia, la Folia Rihavein…
La belle princesse, saluée comme la seconde venue de Freya, déploya une énergie spirituelle incroyable pour ériger un rempart bleu clair devant Shio et Yukina.
« Yukina, prête-moi ta force, s’il te plaît. »
« O-Oui ! »
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