Murazukuri Game no NPC ga Namami no Ningen toshika Omoenai – Tome 1 – Section 3 – Chapitre 7

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Chapitre 7 : Sœur troublée et vieilles blessures

J’avais couru jusqu’à l’épicerie. Et quand j’y étais arrivé, j’avais le souffle coupé. Pousser des aspirateurs était une chose, mais je n’avais pas couru comme ça depuis des années ! Enfin, à part la fois où j’étais rentré chez moi durant le Jour de la Corruption.

Je pouvais voir Sayuki à travers la vitrine du magasin. À part les employés du magasin, il n’y avait personne d’autre à l’intérieur, et je ne pouvais voir aucun type d’harceleur. Sayuki m’avait repéré, son regard anxieux s’était alors légèrement détendu. En retour, son soulagement me fit me sentir un peu mieux. Je voulais aller m’assurer qu’elle allait bien, mais j’avais remarqué qu’elle désignait quelque chose dehors. J’avais sorti mon téléphone et j’avais fait semblant de passer un appel pour ne pas éveiller les soupçons, puis je m’étais retourné lentement.

Sayuki désignait le coin d’une rue. J’avais gardé mon regard dessus, mon téléphone toujours collé à mon oreille. Je pouvais juste distinguer une silhouette dans l’obscurité.

Devrais-je essayer de voir qui c’est ? Ça pourrait le rendre plus facile à gérer…

« Je suis au magasin. Tu peux te dépêcher de venir me chercher ? Il fait froid ici ! »

J’avais fait mine de me blottir contre le froid en parlant au téléphone.

Je m’étais éloigné du magasin, essayant d’apercevoir la personne qui s’y trouvait sans que cela soit évident. J’espérais qu’il penserait que je cherchais la voiture qui était censée venir me chercher.

Agit naturellement, me suis-je dit encore et encore. Juste un peu plus loin, et je devrais être capable de voir qui est ce type.

J’avais essayé de refouler l’anxiété qui montait en moi. Au moment où j’étais enfin assez près pour bien voir la silhouette, celle-ci s’était retournée et s’était enfuie.

Bon sang !

Si je courais maintenant, je pourrais peut-être encore la rattraper. Mais juste au moment où j’allais partir, mon téléphone sonna. C’était Sayuki.

« Ne le poursuis pas ! », avait-elle crié d’une voix tremblante.

Son appel me fit reprendre mes esprits. Elle avait raison. Le type était parti depuis longtemps. Je m’étais retourné afin de me rendre dans le magasin. C’était mieux ainsi, je ne voulais pas que les choses se passent comme la dernière fois que j’avais attrapé son harceleur.

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Sayuki avait été harcelée alors qu’elle était encore au collège et moi à l’université. Fou de rage, j’avais attrapé le garçon et lui avais crié dessus. C’était juste un gamin de sa classe, mais quand je l’avais trouvé en train de fouiller dans nos poubelles, c’était la goutte d’eau qui avait fait déborder le vase. Il lui faisait peur. J’avais 10 ans de plus que lui, j’avais donc pensé que je pourrais lui faire peur.

Mais je ne m’attendais pas à ce qu’il ait un couteau.

Cette lame changea tout. Le regard tordu dans ses yeux et l’éclat du tranchant m’avaient absolument terrifié.

Je m’étais recroquevillé, ne voulant rien d’autre que m’enfuir. Même avec Sayuki derrière moi, je ne pensais qu’à me sauver. Je voulais fuir et la laisser derrière moi. Je ne me souvenais plus de ce que j’avais dit, mais c’était sûr que j’étais pathétique. J’avais probablement supplié pour ma vie. Le regard en larmes de ma sœur était la seule chose dont je me souvenais clairement.

Le gamin m’avait poignardé. Je n’avais pas pu esquiver assez vite, et le couteau s’était enfoncé dans mon estomac. Je n’oublierai jamais la sensation du métal qui plongeait en moi, et la douleur atroce qui l’accompagnait.

L’instant d’après, j’étais dans un lit d’hôpital, relié à une perfusion. Et bien que j’aie perdu beaucoup de sang, aucun de mes organes n’avait été touché. Tout bien considéré, je m’étais rapidement rétabli.

L’image du visage en larmes de Sayuki m’était revenue en mémoire. À l’époque, j’avais laissé ma conscience s’éteindre sans même lui offrir un seul mot de réconfort.

*****

Si je m’en prenais à ce nouveau harceleur et qu’il me blessait, qui pourrait alors protéger Sayuki ? S’il avait un couteau, j’étais fichu, je n’avais rien pour me défendre. Ils pourraient même me tuer, et je devais m’occuper de mes villageois.

« Je ne peux pas faire la même erreur deux fois. »

La cicatrice sur mon flanc était un rappel de ne plus jamais sous-estimer personne. J’avais inconsciemment touché mes vêtements sur cet endroit. J’étais retourné vers ma sœur, qui me regardait fixement devant le magasin.

*****

« Écoute, je suis heureuse de voir que tu es venu quand j’ai appelé, mais je pensais t’avoir dit de ne pas devenir fou cette fois ! »

« Calme-toi, tu veux ? On est en plein milieu de la nuit ! », avais-je rétorqué en faisant un geste vers elle.

« Ugh ! »

Sayuki fit alors la moue et détourna le regard.

Elle faisait toujours ça quand elle était de mauvaise humeur ou qu’on la grondait, et ceci depuis qu’elle était enfant. Je me demandais combien d’autres habitudes elle conservait, toutes inaperçues parce que je faisais de mon mieux pour ne pas la regarder ces dix dernières années.

« On peut y aller ? »

« Oui, bien sûr. Et, euh… merci, Oniichan. »

« Pas de problème. »

C’était comme au bon vieux temps, mais ce n’était pas un changement d’attitude de la part de Sayuki. C’était juste qu’elle voyait l’effort que je faisais et était prête à me rencontrer à mi-chemin.

Quand j’avais essayé d’aider Sayuki avec son dernier harceleur, j’avais tout fait de travers, et je détestais penser au fait que les choses auraient pu être pires s’il s’en était pris à Sayuki au lieu de s’enfuir après m’avoir poignardé. J’avais commencé à soulever des poids après l’attaque, dans l’espoir d’acquérir la force nécessaire pour protéger Sayuki la prochaine fois, mais ce fut aussi un échec. Ces muscles ne servaient simplement à rien. J’avais oublié ma motivation première depuis longtemps, et j’avais commencé à prétendre que le temps que je passais à m’entraîner compensait en quelque sorte le fait de ne pas avoir de travail. Vraiment, c’était juste pathétique, comme tout ce qui me concernait à l’époque.

« Pourquoi soupires-tu ? », demanda Sayuki.

« Ah, ne t’inquiète pas. Ce n’est rien. »

Je pourrais m’en vouloir pour le passé plus tard, quand je serais seul. Pour l’instant, mon travail consistait à m’assurer que Sayuki se sente en sécurité. Nous avions parlé de nos deux emplois sur le chemin du retour. J’avais raconté avec ardeur du fait que Yamamoto-san et Misaki-san m’avaient mis en garde contre certaines de mes erreurs au travail. Sayuki avait alors ri de mon histoire.

Le vent était froid en cette soirée d’hiver, mais parler à ma sœur m’avait réchauffé plus que le thé dans ma main ne le pourrait jamais.

*****

Sayuki m’avait laissé prendre le premier bain, je m’étais donc empressé de me laver avant d’entrer dans la baignoire. Il n’y avait pas si longtemps, elle se plaignait de devoir utiliser l’eau de mon bain. Je savais qu’elle avait une longue journée de travail, alors j’étais sorti rapidement pour lui laisser place.

« J’ai fini ! », avais-je dit.

« Merci ! »

Ayant terminé mon bain, j’avais attrapé les boissons que j’avais achetées plus tôt et les avais montées dans ma chambre. Sur le chemin du retour, Sayuki et moi avions convenu que je viendrais la raccompagner chez elle aux heures les plus calmes de la nuit, et que si je ne pouvais pas, maman ou papa le feraient. Ils avaient accepté immédiatement, ce qui me soulagea d’un énorme poids.

Maintenant que tout était réglé, il était temps de retourner auprès de mes villageois, mais je ne m’inquiétais pas trop pour eux pour le moment. Les monstres s’étaient calmés au point qu’ils n’attaquaient généralement pas si mes villageois les rencontraient. J’avais quand même pris des nouvelles du village, mais tout le monde dormait profondément, comme il se devait à cette heure de la nuit. J’avais aussi regardé l’historique, mais c’était toujours la même vieille rengaine : Chem et Carol se battant pour Gams et Rodice et Lyra s’admirant l’une l’autre. C’était une période de paix relative, c’était donc le bon moment pour utiliser mes PdD et faire un autre miracle.

« Hm… Je pourrais faire venir plus de personnes, mais ce que je veux vraiment, c’est plus de puissance de combat. Ou peut-être que je pourrais faire apparaître un marchand pour faire le plein de ce dont nous manquons. »

J’étais inquiet du manque d’argent de mes villageois avant, mais après avoir joué un peu plus longtemps, il semblerait qu’ils pouvaient vendre certains des minerais de la grotte ou certaines parties des monstres qu’ils tuaient.

« Ce sera le marchand. Avoir les bons objets est important dans n’importe quel jeu. Attends… c’est quoi ça ? »

En faisant défiler la liste des miracles, j’en avais trouvé un surligné d’une couleur différente.

« Événement bonus à durée limitée. Terminez l’événement et vous débloquerez un objet puissant ou un allié, ou les deux. »

C’était tentant, tout vrai joueur ne laisserait pas passer une telle opportunité. J’avais vérifié la limite de temps. Je devais commencer l’événement avant la fin de la journée. Si je ne le faisais pas maintenant, je perdrais peut-être l’accès à ces objets ou alliés pour l’éternité. J’avais en plus assez de points pour commencer l’événement. Mais je m’inquiétais de ce que cela impliquerait exactement.

« Cela fait seulement deux jours depuis le Jour de la Corruption… »

Mes villageois me pardonneraient-ils si je les jetais à nouveau dans le danger si tôt ?

« Ce n’est pas n’importe quel jeu. Je dois être sûr de ça d’abord. »

Chacun de mes villageois était irremplaçable. Aussi tentante que soit l’offre, je ne pouvais pas justifier le risque.

« Merde, il est déjà si tard ? Je suppose que je vais utiliser la salle de bain et ensuite aller me coucher. »

Je ne me sentais pas très bien, j’avais fini par m’asseoir pendant un moment. Soudainement, j’avais entendu des bruits de pas et la voix de ma sœur venant de l’extérieur.

« Hey, puis-je emprunter ton ordinateur ? Je voulais regarder quelque chose, mais je n’ai plus de place sur mon téléphone. »

« Bien sûr. »

Je ne voyais pas ce que l’espace de son téléphone avait à voir avec quoi que ce soit, mais je n’avais aucun problème à ce qu’elle emprunte mon…

attends.

« Attends une seconde ! Utilise mon nouveau téléphone, d’accord ? ! Pas l’ancien ! »

J’avais crié, mais il n’y avait pas de réponse.

Et bien que j’aie brièvement mentionné ce jeu à Sayuki auparavant, je ne lui avais pas dit exactement de quoi il s’agissait. Et si elle avait accidentellement accompli un miracle coûteux ou quelque chose comme ça ?

Je m’étais rincé en un temps record avant de m’envoler de la salle de bain et d’entrer dans ma chambre. Sayuki s’était retournée lentement. Je pouvais voir la culpabilité dans ses yeux et la sueur froide se former sur son front. Cela n’avait pas l’air bon.

« Je suis désolée… Je pense que j’ai dû cliquer sur quelque chose… »

Sayuki s’était levée pour me laisser voir l’écran.

Il y avait un message dessus, écrit en grosses lettres.

« Événement bonus activé ! L’événement commencera à 10 heures après-demain. »

Pourquoi, Sayuki ?!

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