***Chapitre 19 : L’homme de justice
Une vieille maison piétinée par des monstres… Chaque fois qu’il se souvenait de ce paysage, Louis Bard se posait une question : que pouvait-il faire pour le bien des gens ?
« Oh, commandant Louis, qu’est-ce que c’est ? »
Cela s’était produit alors que Louis tenait une réunion pour organiser le camp. L’un de ses subordonnés l’interrogea avec désinvolture sur un accessoire qu’il portait.
« Ah, ça ? »
Louis sourit amèrement — la vue de son subordonné était perçante — puis tendit son poignet. Il portait un bracelet en cuir. Il était composé de plusieurs lanières de cuir tissées ensemble selon un motif particulier. Normalement, Louis ne portait pas d’accessoires. Il jouissait d’un statut élevé au sein du margraviat de Maclaurin et recevait un salaire important, mais n’avait jamais manifesté d’intérêt pour le luxe personnel. C’est pourquoi son subordonné s’intéressait à cet accessoire, même s’il était simple.
« L’autre jour, j’ai dû servir de médiateur dans une petite querelle », dit Louis.
« Vous voulez dire quand vous avez sauvé ce garçon des prairies ? »
« Oui, ça. On m’a offert cela en guise de remerciement. C’est apparemment un charme pour les habitants des prairies. »
L’incident s’était produit dans l’une des villes qu’ils avaient traversées au cours de cette expédition. Louis avait protégé un garçon des prairies qui était maltraité et veillé à ce que ses blessures soient soignées. Lorsqu’ils s’étaient séparés, le garçon avait appris que Louis menait une expédition à la tête d’une armée et lui avait donné le bracelet par souci de sécurité.
S’il s’était agi d’un simple accessoire décoratif, Louis ne l’aurait pas accepté, mais il était chargé de l’inquiétude du garçon. Louis ne manquait pas de tact au point de ne pas s’en rendre compte. Il l’avait gracieusement accepté et l’avait mis juste devant le garçon.
« Ce garçon était extrêmement reconnaissant, n’est-ce pas ? » dit un autre subordonné. Il était avec Louis à ce moment-là. Il faisait l’éloge de Louis, mais ce dernier avait l’air un peu déprimé.
« J’ai simplement fait ce qui était naturel », dit Louis, puis il soupira. « C’est tellement misérable d’opprimer un si jeune enfant, et injuste et insignifiant de persécuter les habitants des prairies. Ce sont des sujets de l’Empire, tout comme nous. »
Il s’en plaignit du fond du cœur. Les citoyens impériaux avaient tendance à dénigrer les habitants des prairies. Pour les gens qui construisaient des murs de défense autour de leurs villes afin de se protéger des monstres, les habitants des prairies, qui vivaient à l’extérieur de ces murs et allaient paître dans les dangereuses prairies, étaient extrêmement anormaux. Louis comprenait leurs sentiments, mais il ne pensait pas que c’était une raison pour les discriminer. L’actuel margrave Maclaurin, Glantri Maclaurin, l’avait élevé ainsi.
Louis Bard était originaire d’un village détruit par des monstres. L’armée provinciale de Maclaurin l’avait sauvé, lui avait donné un abri et l’avait ramené à la résidence du margrave.
Dans le cadre d’une sorte d’entreprise caritative, plusieurs autres enfants se trouvaient là et partageaient sa situation. Glantri Maclaurin leur avait donné du travail pour qu’ils puissent survivre et leur avait offert la possibilité de suivre une formation. Parmi ces enfants, Louis avait de bonnes bases et avait fourni le plus d’efforts. Cela avait attiré l’attention du margrave.
Glantri Maclaurin avait enseigné au jeune Louis que le devoir d’un noble était de guider et de protéger le peuple. Il n’y a pas de place pour la discrimination et une telle chose ne saurait être tolérée. Il faut tendre la main à tout le monde, sinon la paix véritable n’arrivera jamais.
Pour le bien du monde, ils devaient combattre le mal qui menaçait les gens et faire régner la justice. Contrairement aux grands sauveurs, ils ne possédaient pas assez de pouvoir, mais ils devaient tout de même faire tout ce qui était en leur pouvoir. C’est aussi ce que Glantri Maclaurin lui avait appris.
Pour Louis, ce sont les enseignements de son seul et unique bienfaiteur. Il ne douterait jamais de ces paroles et se sacrifierait pour de tels idéaux. Une fois qu’il eut pris cette décision, la réalité le contraria tant.
Par exemple, prenons cet homme d’âge moyen qui avait opprimé le garçon des prairies l’autre jour. C’était un responsable d’une certaine société commerciale. Louis avait parlé avec lui, mais n’avait pas réussi à le débarrasser de ses préjugés. C’était vraiment malheureux.
L’existence d’un faux sauveur était encore plus grotesque. Pourquoi les autres humains étaient-ils incapables de vivre main dans la main ? Louis ne pouvait tout simplement pas comprendre.
« Commandant Louis ! » Alors que Louis laissait échapper un profond soupir, un soldat accourait vers lui. « J’ai un rapport à vous faire, monsieur ! »
« Qu’est-ce que c’est ? »
Louis concentra immédiatement ses pensées. Il était le chef d’une armée, il ne pouvait pas rester assis à pleurer sur ce triste monde. Il se doutait qu’ils avaient rencontré des monstres ou quelque chose du genre, mais ce n’était pas ce que le soldat était venu lui dire.
« À l’instant, une demande pour une réunion en personne avec vous est arrivée. »
C’était inattendu.
« Une réunion ? Donne-moi les détails. »
« Oui, monsieur. »
Le soldat acquiesça et continua à expliquer la situation. En l’écoutant, Louis plissa les yeux.
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