Le manuel du prince génial pour sortir une nation de l’endettement – Tome 1 – Chapitre 4 – Partie 5

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Chapitre 4 : Mon cœur

Partie 5

« Vous me dites qu’ils ont échoué ? » demanda Draghwood.

Le rapport du messager avait vidé le visage de Draghwood de toutes ses couleurs.

« Oui… Ils ont suivi les ordres d’attendre à l’extérieur de la grotte. Lorsque quelques dizaines de soldats de Natra en sortirent, ils suivirent l’ordre du capitaine Anglyru de poursuivre la fuite dans les tunnels intérieurs, mais… »

« Mais quoi ? Crache le morceau ! » s’écria Draghwood.

« … il s’est effondré. Le tunnel leur est tombé dessus : Le capitaine Anglyru et une centaine d’autres ont été écrasés sur le coup, » annonça le messager.

« … » Les lèvres de Draghwood tremblaient. Le bol en bois qu’il tenait dans la main s’était brisé en mille morceaux. « VOUS ÊTES —, DES PORCS, DES BÊTES, DE STUPIDES IDIOTS ! »

Incapable de contenir sa rage plus longtemps, il avait attrapé la chaise et l’avait frappée avec ses poings. « COMMENT CES CHIENS GALEUX ET PAÏENS OSENT-ILS ME RIDICULISER… ! »

« Général, essayez de vous calmer. »

« Oui, oui, » tenta d’apaiser un commandant. « Nous comprenons que perdre Anglyru est énorme. Mais nous n’avons perdu que cent soldats. Pas plus de cent hommes sur des milliers. »

Il avait raison sur ce point. Même avec tous les morts et les blessés depuis le début de la guerre, ils avaient encore beaucoup de soldats — plus de vingt mille. Cent hommes ne feraient pas une grande différence.

« Ces Natra sont sans doute en train de se lancer dans un banquet de victoire, mais cette supposée “victoire” n’est rien de plus qu’un malentendu. Nous sommes les vrais gagnants : nos hommes ont fermé leur voie d’évasion. »

Les entendre bavarder encore et encore avait aidé Draghwood à retrouver son sang-froid. Il avait poussé un grand soupir et avait pris la chaise tombée au sol.

« … Vous savez quoi ? Vous avez raison. Cent personnes. Il n’y en a que cent, » déclara Draghwood en se tournant vers le messager. « Est-il possible de réparer l’effondrement ? »

« D’après les rapports, ça prendrait un ou deux mois, » répondit le messager.

« C’est comme si c’était une impasse dans cette bataille…, » conclut le général brusquement, regardant au-dessus des tentes et observant le sommet au-delà d’elles. « Amusez-vous bien, sauvages. Cette petite blessure n’a eu aucun effet sur nous… ! »

 

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« Pour être honnête, ça les affecte beaucoup, » Wein riait avec désinvolture dans une tente au sommet de la montagne.

« Vraiment ? Même si nous n’en avons pris que cent sur trente mille ? » Ninym l’interrogea.

Les deux individus étaient seuls, donc ils n’avaient pas pris la peine de masquer les mots.

« Tu as raison de dire que nous avons à peine réussi à endommager leurs troupes. Nous les avons attirés aussi loin que possible pour les piéger, mais le tunnel était très étroit. Même si les mineurs ont fait un travail impressionnant pour déclencher le piège, on ne peut pas s’attendre à beaucoup plus. Mais notre cible n’était pas les soldats, » déclara Wein.

Elle avait incliné la tête. « Alors qui ? »

Il tapota légèrement sa poitrine avec son pouce. « Le cœur des chefs qui contrôlent l’armée. C’est ce que j’essayais de comprendre. »

À ce moment-là, elle s’était souvenue de quelque chose. « Est-ce la raison pourquoi tu m’as demandée de faire des recherches si détaillées sur leur commandant suprême. »

« Ouaip. Bref, Draghwood fait partie de l’élite de Stella et suit avec dévouement les enseignements de Levetia, ce qui signifie essentiellement qu’il nous voit comme un groupe hétéroclite de barbares, » répondit Wein.

« … Il a dû être très stressé, car il n’a pas pu progresser dans cette bataille contre nous, des sauvages, » déclara Ninym.

« C’est à ce moment-là que l’information sur les tunnels a flotté vers lui comme un canot de sauvetage. Une chance de guérison. Mais Draghwood est devenu trop gourmand, insatisfait de n’envoyer que des soldats. Il n’avait qu’à tendre un piège et à nous poursuivre pour prouver qu’il valait mieux que certaines bêtes, » déclara Wein.

« Et a souffert encore plus d’humiliation à la suite de cela, » déclara Ninym.

« Exactement, » Wein regarda la carte, où il y avait une ligne nette de pions symbolisant l’ennemi. Il y avait beaucoup moins de pièces autour de la mine. « Je n’ai aucun moyen de vaincre une armée de trente mille hommes avec seulement cinq mille hommes, » avait-il admis. « Mais je peux aller chercher les commandants derrière eux. »

Ses doigts s’agrippaient à la pièce placée le plus loin de là, le quartier général de l’ennemi.

« Quand le cœur souffre en raison de plaies fraîches, cela peut entraver le processus de prise de décision. Plus nous blesserons Draghwood, plus les mouvements de leur armée s’émousseront. Il trébuchera exactement comme nous l’espérons, » déclara Wein.

Regardant son maître jouer avec un pion, Ninym haussa les épaules. « J’ai toujours pensé ça, Wein, mais tu as vraiment une personnalité affreuse. »

 

 

Il souriait. « Je prends ça comme un compliment. »

***

« Chargez ! Avancez ! »

« Aujourd’hui, c’est le jour où nous démolissons leur base ! »

« YEAAAAAAAAAAAAAH ! »

Les forces de Marden allèrent plus loin dans leur agression, attaquant leur ennemi avec plus de ferveur qu’auparavant, comme pour compenser leurs pertes.

Leur stratégie était de continuer à faire pression en nombre — simple, mais difficile à combattre. Même les soldats de Natra commençaient à ressentir les pertes après avoir repoussé leur ennemi à maintes reprises, pour ensuite se retrouver face à d’autres soldats.

Au fil des jours, les forces de Natra avaient détruit leurs propres positions près de la première station sur les sentiers de montagne, comme pour dire qu’elles ne pouvaient plus le supporter. Ils avaient ensuite retiré leurs lignes plus haut sur la colline.

En entendant cette annonce, le froncement perpétuel des sourcils de Draghwood s’était transformé en un sourire, et les soldats de Marden avaient finalement eu l’impression qu’ils avançaient. L’information s’était répandue dans toute l’armée.

— Mais ce moment n’avait pas échappé à l’attention de Wein.

 

***

« Raklum, » déclara Wein.

« Monsieur, » répondit Raklum.

Au clair de lune, Wein et Raklum se tenaient à côté l’un de l’autre au sommet. Sous eux se trouvait l’armée de Marden endormie. Une équipe de nuit était de garde, mais il était facile de dire qu’ils étaient négligents. C’était compréhensible. Les Marden avaient trouvé la force dans leur nombre, et bien que leurs hommes aient attaqué la nuit, il n’y avait pas eu de représailles de la part de Natra jusqu’ici. De plus, ils venaient de prendre le dessus ce soir, ce qui les mettait de bonne humeur. Une armée composée principalement d’agriculteurs n’avait pas pu s’empêcher de baisser la garde.

Pour cette raison, Wein avait dit à Raklum. « Soyez tape-à-l’œil, mais ne jouez pas comme vous l’avez fait dans le désert de Polta. »

« Laissez-moi m’en occuper. » Raklum acquiesça d’un signe de tête quand il sauta sur son cheval.

Les chevaux avaient été amenés au sommet au préalable, et une trentaine de cavaliers attendaient majestueusement derrière Raklum, prêts à partir.

« Eh bien, commençons — à toutes les unités, en avant ! » déclara Raklum.

Sur son ordre, les trente chevaux galopèrent simultanément vers le bas de la montagne escarpée jusqu’à la tombée de la nuit.

 

***

Les cavaliers descendraient la montagne à cheval, incendiant autant de tentes ennemies qu’ils le pouvaient, se déplaçant continuellement d’un endroit à l’autre afin de ne pas se faire prendre.

C’était les seuls ordres que Wein avait donnés au groupe de Raklum. Mais ils avaient obtenu des informations approfondies sur leur ennemi afin d’y parvenir.

« Pour l’instant, je vais vous dire ce que j’ai observé dans les mouvements de l’ennemi cette semaine, » déclara Wein.

Wein avait parlé des dortoirs des unités en basse altitude — ces structures étaient leurs cibles. Il avait longuement discuté de la façon de répandre le feu en fonction de la direction prévue du vent. Il avait désigné des soldats pour cette attaque, leur route à suivre pour avancer et les voies d’évacuation possibles.

En le regardant étaler la carte, placer les pions et parler dans les moindres détails de l’attaque, Raklum avait été incapable de cacher son admiration.

Il s’agissait d’informations que n’importe qui aurait pu recueillir s’il avait pris le temps d’enquêter sur l’armée de Marden. Mais combien de personnes pourraient réussir une telle chose ?

En plus de ce plan, Wein leur avait fait s’entraîner à descendre la montagne à cheval avant la guerre. Ainsi, depuis longtemps, il préparait ce plan dans sa tête.

« C’est le plan. Des questions ? » demanda Wein.

Bien sûr, il n’y en avait pas eu.

Ce qu’ils avaient, c’était la confiance que ce plan fonctionnerait.

— Et ils étaient là.

Les trente cavaliers galopèrent devant la confusion et le chaos qui se répandirent parmi les Marden lorsque les flammes commencèrent à les engloutir.

« Qu’est-ce qui se passe, bon sang !? » « Réveillez tout le monde pour éteindre les flammes ! Ça se propage ! » « C’est la cavalerie ! Je les ai vus allumer le feu ! » « Où sont-ils ! Où sont-ils ? » « Où sont-ils allés !? »

Des rugissements et des cris frénétiques sortaient de leurs bouches. Mais il ne s’était rien passé de plus. Le temps que les forces de Marden se remettent de leur état de choc et reprennent leurs arcs et leurs épées, leur ennemi était déjà parti depuis longtemps, faisant voler la poussière dans leur sillage.

« Ils sont vraiment tombés dans le panneau, hein, Commandant ? On se sent presque mal d’avoir ri ! »

Raklum écoutait les voix excitées qui clamaient derrière lui. Il n’y avait aucun doute que ce fut un succès. L’unité s’était précipitée en bas de la montagne avant que les soldats endormis n’aient eu l’occasion de réagir. Personne n’avait pu les empêcher de répandre le feu.

« Ha-haha ! Regarde ces imbéciles de Marden. Ils courent partout sans même une arme. »

« Leur stupidité est une bénédiction. Grâce à cela, nous avons pu passer à travers. »

Avec un travail bien fait, le visage du soldat se détend. Mais contrairement aux autres, Raklum était tendu. Si l’armée de Marden était un océan, son équipe de cavaliers créait une marée haute, grâce à la connaissance approfondie qu’avait Wein de ses conditions côtières. Mais à mesure que ses hommes avançaient, il craignait qu’ils ne modifient le courant et ne créent une toute nouvelle série de grosses vagues déferlantes.

Sur une mer de trente mille hommes, un groupe de trente soldats n’était rien de plus qu’un caillou. S’ils avaient mal interprété la direction du courant, le petit détachement de Natra risquait d’être réduit en poussière en un instant.

Mais c’est pourquoi Wein avait choisi Raklum comme capitaine.

« À gauche ! » hurla-t-il, et la cavalerie fit simultanément un virage difficile.

Alors qu’ils tournaient leur regard vers la colline devant eux, ils se rendirent compte que le chaos initial s’était apaisé et que plus d’une centaine de soldats de Marden s’étaient rassemblés en formation.

Si les hommes à cheval s’étaient jetés dans la mêlée, leurs mouvements auraient été arrêtés.

« C’est bien notre commandant Raklum. Son nez est aiguisé. »

« Je refuse de ruiner le plan de Son Altesse avec insouciance, » répondit-il froidement. « … C’est presque l’heure, » expira-t-il alors qu’un étrange grondement atteignait le sol en dessous d’eux.

« Très bien ! À toutes les unités, en formation d’évacuation ! » déclara Raklum.

Les chevaux avaient leurs propres limites physiques. Après avoir déployé toute leur énergie pour faire des ravages sur les Marden, la cavalerie devait sortir de là avant qu’il ne devienne impossible pour les chevaux de se déplacer correctement. Ce bruit tonitruant était leur signal. Pour être exact, c’était plus qu’un simple signal. C’était un autre plan en cours d’exécution, pas du tout lié au groupe de Raklum.

« Ne sortez pas de la formation ! Nous devons arriver au pied de la montagne en une seule fois ! » ordonna Raklum.

« Bien reçu ! »

Raklum et ses hommes tournèrent de manière parfaitement synchronisée leurs rênes vers la mine.

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2 commentaires

  1. Ethan Nakamura

    Merci pour le chapitre.

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