Le manuel du prince génial pour sortir une nation de l’endettement – Tome 1 – Chapitre 4 – Partie 2

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Chapitre 4 : Mon cœur

Partie 2

Ninym avait trouvé Raklum près de l’entrée de la mine, où il parlait avec Pelynt de l’emplacement et de l’état des tunnels.

« Commandant Raklum, Son Altesse souhaite vous voir. Pelynt, il vous demande de le rejoindre, » déclara Ninym.

« Certainement. J’y vais tout de suite, » déclara Raklum.

Raklum avait de nombreuses tâches, y compris celle de donner des ordres aux soldats et garder les voies de communication ouvertes avec les résidents. Mais chaque fois que Wein l’appelait, il était prêt à répondre en un clin d’œil. Les deux hommes s’étaient dirigés ensemble vers la bâtisse.

« Commandant Raklum, puis-je poser une question ? » commença Pelynt.

« Mais bien sûr, » répondit Raklum.

Raklum avait récemment été nommé pour s’occuper des affaires commerciales, et Pelynt était le chef de la mine, de sorte que les deux étaient en contact étroit l’un avec l’autre et en bons termes. C’était une question qu’il se posait d’office.

« Est-ce la concubine préférée de Son Altesse ou quelque chose du genre… ? » demanda Pelynt.

« … »

Raklum s’arrêta, et l’air autour d’eux devint lourd. Pelynt réalisa qu’il avait clairement dit quelque chose de mal, et ses yeux se tournèrent vers l’épée aux côtés de Raklum. Il était tout à fait prêt à mourir.

« … Sire Pelynt. Maintenant que j’y pense, vous êtes de Marden, n’est-ce pas ? » demanda Raklum.

« … Oui, je le suis, » Pelynt hocha lentement la tête. Il avait échappé à la mort à ce moment-là, mais il pouvait dire qu’il était encore très près de passer de ce côté-là.

« Alors je suppose qu’il n’est pas surprenant que vous trouviez nos manières étranges. Après tout, les Flahms ne sont pas très bien traités en Occident, » déclara Raklum.

« … »

« Lady Ninym est irremplaçable pour Son Altesse. Je suis sûr qu’elle agit comme une concubine à certains égards, mais elle est beaucoup plus que ça. C’est une aide importante et une amie sans égale, » déclara Raklum.

« C’est-à-dire… Je vois. Il semblerait que j’ai été terriblement impoli, » déclara Pelynt.

« Non, pas besoin de vous excuser. Je suis reconnaissant que vous l’ayez porté à mon attention. Nous ne sommes plus au palais royal, après tout, et j’oublie toujours qu’il y en a beaucoup qui ne connaissent pas Lady Ninym. » Raklum ferma les yeux pour rassembler ses pensées. « Sire Pelynt, Son Altesse a bon cœur et est un seigneur digne d’être servi — mais, comme tous les rois, il possède une colère indescriptible. »

« … »

« Autant que je sache, il y a eu trois individus qui ont publiquement insulté Lady Ninym, » déclara Raklum.

« … Et qu’est-il arrivé à ces gens ? » demanda Pelynt.

« Ils ne sont plus là, » répondit Raklum.

Pelynt comprit rapidement ce que Raklum essayait d’insinuer.

« Sire Pelynt, je n’ai pas le pouvoir de vous donner des ordres, donc il va sans dire que ce n’est qu’une demande : Veillez à ce que vous et vos subordonnés surveilliez vos paroles, » déclara Raklum.

« … Je comprends. Mais si la langue de quelqu’un glisse, » commença-t-il.

« Si c’est le cas…, » Raklum avait tapoté la poignée de son épée de façon menaçante. « … il vaudrait mieux faire comme s’ils n’avaient jamais existé. Si nous réveillons le dragon endormi, il pourrait très bien perdre le contrôle. »

« … » Pelynt n’avait pas dit un mot de plus. Les deux individus avaient gardé ce silence entre eux jusqu’à ce qu’ils arrivent au bureau de Wein.

« Votre Altesse. C’est Raklum et Pelynt, » déclara Raklum.

« Entrez, » déclara Wein.

Ils étaient ensuite entrés dans la pièce. Le visage de Pelynt semblait encore nerveux après leur conversation de tout à l’heure. Ils s’étaient agenouillés en voyant Wein assis sur sa chaise.

« Je suis venu à votre demande, » déclara Raklum.

« J’ai entendu dire qu’il y a une tâche pour moi aussi. Demandez-moi ce que vous voulez, » déclara Pelynt.

Wein avait écouté leurs déclarations et avait acquiescé. « Avez-vous entendu parler de nos négociations avec Marden l’autre jour ? »

« Oui, j’ai entendu de telles nouvelles, » déclara Raklum.

« Alors, ça devrait aller vite. Il n’y a plus aucune chance d’éviter la bataille avec Marden. Nous aurons désormais plusieurs conseils de guerre pour régler les détails, mais nous déciderons très probablement de défendre la mine et de les combattre là-bas. Il y a donc quelque chose sur lequel je veux que vous travailliez tous les deux à l’avance. » Wein avait souri et commença à expliquer son plan.

 

***

Pendant que Natra décrivait sa stratégie de défense, Marden s’apprêtait à reprendre la mine d’or.

« Combien de soldats avons-nous ? » Dans la cour royale, le ministre Holonyeh était le fer de lance des préparatifs de bataille.

« Nous comptons actuellement une vingtaine de milliers de soldats. »

« Beaucoup moins que prévu. Qu’est-ce qu’il se passe ? » demanda Holonyeh.

« Le chef de la famille Monas de Mahdia est toujours réticent à rejoindre les troupes. »

« Comme c’est absurde ! Dans un moment pareil ! Dites-leur que le roi aura leur tête s’ils font d’autres caprices, » déclara Holonyeh.

« Compris ! »

Il donna d’autres ordres à ses subordonnés, puis se dirigea vers la salle du roi.

Alors qu’Holonyeh se tenait devant lui, le roi Fyshtarre ne fit aucun effort pour cacher son irritation. « Holonyeh, pourquoi n’avez-vous pas encore éliminé ces parasites ? »

« Mon roi, attendez encore un peu, s’il vous plaît. Je promets de vous apporter une victoire glorieuse…, » déclara Holonyeh.

« C’est une évidence ! Écoutez, ces idiots ont été assez insolents pour refuser une offre généreuse ! Ces moucherons ont oublié leur position et souillé mon nom pour la deuxième fois ! Ce sera l’enfer qu’ils subiront ! » s’écria Fyshtarre.

Même si le roi Fyshtarre n’avait aucun intérêt pour la diplomatie depuis le tout début, il était inacceptable que quiconque rejette une offre faite en son nom. Il considérait le Royaume de Natra comme bien en dessous de lui, et il ne pouvait pas imaginer que la bonne réponse à sa proposition soit autre chose qu’une humble tentative de lui faire de la lèche.

Holonyeh n’arrêtait pas d’en rire. Grâce au ministre Midan qui prônait une solution diplomatique, son adversaire politique avait été écarté par le roi et son influence au moins réduite de moitié. En plus de cela, Holonyeh avait été chargé de commander la bataille à venir. Ce qui voulait dire que la Stella avait tout le pouvoir. Personne ne restait pour se mettre en travers de son chemin. S’il réussissait à reprendre la mine d’or, sa position dans le palais royal serait fixée. Il chasserait le fléau de Mahdia et aurait à la fois le roi politiquement paumé et le reste du pays sous sa coupe.

Cependant, un pays aussi petit que celui-ci ne me satisfera pas… Il va falloir que je voie en grand.

Des efforts plus ambitieux et un chemin clair pour l’avenir l’avaient comblé d’une joie immense.

Alors qu’il se tenait debout en jubilant, la voix de quelqu’un d’important lui parvint.

« C’est ici que vous étiez, mon roi ? »

Un bel homme vêtu d’une armure apparut devant Holonyeh et le roi. Il était le jeune général Draghwood, l’un des membres de Stella et un partisan à part entière de Holonyeh.

« Je m’excuse profondément pour mon retard. Moi, Draghwood, je suis arrivé à la demande de Sa Majesté, » déclara Draghwood.

« Hmph, il était temps…, » déclara le roi.

Alors que Draghwood déclarait haut et fort sa loyauté, Fyshtarre lui jeta un regard amer et grogna.

Il était de notoriété publique que Fyshtarre détestait Draghwood, jaloux de sa belle apparence. Malgré tout, maintenant que Marden était dans le pétrin, même Fyshtarre savait qu’il ne pouvait pas le mettre de côté, surtout pour une raison aussi mesquine que son visage.

De plus, la jeunesse et l’allure du général n’étaient pas le fruit du hasard. Ses beaux traits le rendraient rapidement populaire auprès des gens, et son manque d’expérience signifiait qu’il serait facile de le contrôler. Draghwood avait été choisi pour faire bonne figure et donner un coup de pouce à la Stella, plus que pour ses talents et ses dons.

« Bon retour parmi nous, général Draghwood. Je ne peux qu’imaginer les difficultés que vous avez eues à protéger nos terres de l’Ouest, » déclara Holonyeh.

« Il n’y a pas eu de grandes rencontres, c’était relativement paisible, » déclara Draghwood.

C’était vrai. Western Marden était stable, donc il n’était là que pour s’affirmer. Il lui était impossible d’échouer dans un tel endroit, même s’il n’avait aucun talent.

« Les soldats qui surveillent Natra sont ceux qui font face à la difficulté. » Draghwood était au courant de la guerre avec Natra à l’est.

« Je vais vous demander de commander nos troupes afin de reprendre les terres volées. Vous serez d’accord pour faire ça, n’est-ce pas ? » Fyshtarre l’avait ordonné.

« Oui, bien sûr, » il avait fait un sourire plein de confiance. « Les habitants de Natra sont une bande de sauvages qui ne connaissent pas les enseignements de Levetia. Quand j’ai appris que notre pays bien-aimé avait été ravagé par de telles personnes, j’ai eu honte et j’ai été humilié d’avoir laissé cela se produire. Au nom de notre dieu et de notre roi, laissez-moi leur montrer où est leur place. »

Les troupes s’étaient rassemblées en formation pour reprendre leur mine. Au total, ils avaient amassé jusqu’à trente mille soldats. Draghwood le Stella se tenait à la tête de cette armée. Leur commandant suprême était un symbole de leurs prouesses militaires.

Alors que le continent accueillait l’été s’annonçant, les armées Natra et Marden étaient prêtes à s’affronter dans un combat brutal.

 

***

L’une des caractéristiques uniques de la mine de Jilaat était que la crête de la montagne encerclait en un arc de cercle autour de la carrière principale. Vu du ciel, cela ressemblait à la queue d’une bête enroulée. Le sommet était en pente relativement douce, mais il n’y avait rien d’autre que des rochers et du sable. Le minerai était encore excavé dans des tunnels à mi-chemin de la montagne. Presque personne n’avait été aussi haut.

— Jusqu’à maintenant. Le camp principal de l’armée du Royaume de Natra était placé au sommet de la mine.

« Eh bien, je dois bien le dire. C’est une vue d’enfer, » murmura Wein en regardant au pied de la montagne depuis son quartier général.

Autour de la mine d’or se trouvait toute la puissance de l’armée de Marden, prête et en position — il avait facilement plus de trente mille hommes.

« Cinq mille contre trente mille. C’est sans espoir, bien sûr, » avait-il commenté.

Ninym soupira à côté de lui. Cinq mille. C’est tout ce qu’ils avaient pour se défendre. Bien sûr, ils avaient les provisions nécessaires pour tenir le coup pendant un siège, et tout avait été méticuleusement planifié. Mais un écart aussi important entre les chiffres donnait à réfléchir, c’est le moins qu’on puisse dire.

Malgré tout, ni l’un ni l’autre ne pensaient que cela mènerait à une tragédie héroïque.

« Vingt-cinq mille à l’avant de la mine et cinq mille à l’arrière, non ? » confirma-t-il.

« L’arrière est essentiellement une muraille. Ce serait assez difficile à escalader. Cela dit, on a toujours l’impression que les forces de Marden sont négligentes en ne stationnant pas assez d’hommes à l’arrière, » déclara Ninym.

« Ce n’est pas une grande surprise, » fit-il remarquer sciemment. « Ce n’est pas leur but principal d’anéantir nos troupes. En fait, si on essayait de s’échapper par-derrière, ils seraient probablement contents. »

Wein était certain que cet ennemi écrasant avait encore des faiblesses dont il pouvait tirer profit.

« Ninym, où sont les autres ? » demanda Wein.

« Ils sont prêts, » déclara Ninym.

« Très bien, je suppose qu’on ferait mieux d’avoir une dernière réunion avant la bataille, » déclara Wein.

Wein et Ninym s’étaient dirigés vers l’une des tentes de fortune.

 

***

« Général Draghwood, les troupes sont prêtes. »

« Bon travail. »

Pendant que Wein et Ninym regardaient la montagne, l’armée de Marden regardait la mine d’or. Leur force était de trente mille hommes, assemblés en desserrant les cordons de la bourse de Marden et en versant une belle somme.

C’était la première fois que Draghwood se rendait sur le terrain avec une si grande armée. C’était une première aussi pour Marden. Mais son beau visage ne montrait aucun signe de nervosité ou d’inquiétude, mais plutôt de compassion et de miséricorde.

« D’avoir à faire face à autant de soldats alors qu’ils se terrent dans un château sans pouvoir battre en retraite… Comme c’est stupide, » dit-il.

« Dois-je considérer cela comme un témoignage de leur courage ? »

La réponse de l’adjudant était probablement une blague, mais Draghwood secoua tragiquement la tête.

« On ne peut même pas parler de courage aveugle. Ils manquent fondamentalement de bon sens pour comprendre qu’ils sont ainsi qu’ils sont faits, des moins que rien. N’importe qui d’autre aurait pu mesurer à quel point ils sont désavantagés. Honnêtement, si nous devons nous battre comme des animaux sauvages, j’espère qu’ils ont au moins l’instinct animal pour savoir quand arrêter. Il y aurait moins de sang verser, » déclara Draghwood.

« Comme on s’y attendait de vous, pour faire preuve de bonté et de compassion envers l’ennemi, aussi petit soit-il, » déclara l’adjudant.

« Vous devez vous en souvenir : ce n’est pas une bataille entre humains. On nous a ordonné d’exterminer la vermine. Ce que je veux dire, c’est que cela pousserait n’importe qui à faire preuve d’un peu de gentillesse. » Draghwood leva les yeux. « Je vais faire ça vite et sans douleur. Je peux au moins en faire autant pour eux. »

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Un commentaire

  1. Merci pour le chapitre. Hmm cette stratégie a l'air aussi intelligente que celle de l'adversaire.

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