Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 9 – Chapitre 6 – Partie 2

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Chapitre 6 : Acte 6

Partie 2

« Apparemment, ces choses étaient très difficiles à fabriquer, » dit Sigrun. « En fait, ce sont eux, plutôt que la poudre à canon, qui ont demandé le plus de temps. »

Soudain, Sigrun s’interrompit, prépara son arbalète et cria : « Tout le monde, préparez-vous au combat ! Le Clan de la Panthère est là ! »

Elle avait repéré les silhouettes de quelques dizaines de cavaliers au loin devant elle, alignée en cinq colonnes et chargeant dans cette direction.

Avec seulement ce nombre limité, ils n’attaquaient certainement pas dans le but de vaincre les forces de Sigrun.

Ils utilisaient leurs chevaux exceptionnellement rapides pour mener un assaut préventif, puis se repliaient avec agilité avant que leurs adversaires ne puissent récupérer et contrer. Ils se retourneraient alors et tireraient des flèches en arrière sur les ennemis qui les poursuivraient.

C’était sûrement leur intention. En tant que clan de cavaliers nomades, la tactique du « hit-and-run » était leur spécialité.

Sigrun elle-même avait pratiqué la même stratégie contre l’armée du Clan du Sabot, sous le nom de code « Schema B : Mongole. »

« Hmph, ils pensaient donc vraiment qu’une tactique aussi usée continuerait à fonctionner, non seulement contre nous, mais aussi contre Père ? » demanda-t-elle avec dérision. « Escouade de Cranequin ! Allumez les fusées ! »

Alors que Sigrun criait l’ordre, elle alluma la mèche de sa propre bombe… en utilisant un briquet moderne.

La mèche avait rapidement brûlé, et avec un sifflement, le feu s’était transféré sur le papier inflammable de la bombe.

« Feu !!! » cria-t-elle en tirant sur le levier de détente de son arbalète. Le loquet s’abaissa, et la corde claqua, lançant la bombe avec une force incroyable.

Elle était encore loin de la portée des flèches de ses ennemis, ces maîtres avérés de l’arc, le Clan de la Panthère. Et pourtant, sa bombe avait facilement franchi la distance avant d’atteindre sa cible.

Bang !

Elle avait éclaté en fragments avec un bruit de concussion déchirant les oreilles.

Les chevaux des ennemis poussèrent des cris stridents et plusieurs d’entre eux se cabrèrent sur leurs pattes arrière ou se mirent à sauter dans tous les sens, terrorisés.

Une courte seconde plus tard, la volée de bombes lâchée par les hommes de Sigrun avait également frappé, et le chaos s’était rapidement répandu.

En plus du bruit terrible, les fragments de métal et de verre contenus dans les bombes avaient été enfoncés dans la chair des chevaux. Ce n’était pas suffisant pour créer des blessures mortelles, mais cela provoquait une douleur incroyable, ce qui les rendait naturellement encore plus incontrôlables.

Le Clan de la Panthère était le meilleur d’Yggdrasil en matière de maniement des chevaux, mais même eux ne pouvaient rien faire pour calmer les animaux dans cet état.

« Chaaarge ! » cria Sigrun.

Et c’est alors que ses forces spéciales, toujours en formation et en parfaite coordination, avaient donné l’assaut.

Ce n’était même plus un vrai affrontement.

En un clin d’œil, ses combattants avaient abattu la plupart des ennemis, à l’exception de quelques-uns qui avaient réussi à fuir pour sauver leur vie. C’était incontestablement une victoire totale.

Cependant, Sigrun n’avait même pas esquissé un sourire et elle s’était retournée pour s’adresser à ses soldats avec sévérité.

« Ne baissez pas votre garde. Cela pourrait être suivi d’une deuxième et d’une troisième vague d’attaques. Rechargez vos armes ! »

En criant cela, elle avait placé un autre explosif sur la crosse de son arbalète.

Elle avait ensuite fouillé dans le sac à outils fixé à l’arrière de son cheval et en avait sorti un objet plat et circulaire en fer, avec des encoches dentelées tout autour de son bord.

Elle le fixa à un endroit de la crosse, puis sortit un deuxième objet en fer plat, fin et long, mais avec le même genre d’encoches dentelées sur son bord. Elle avait accroché une de ses extrémités à la corde de l’arbalète, et avait ajusté les encoches de son autre extrémité dans les encoches du disque métallique sur la crosse.

Avec cela, l’installation était complète.

Sigrun, saisissant la poignée attachée au disque, elle la tourna en rond, faisant tourner le disque comme on le ferait avec une petite meule.

Dès que le disque avait commencé à tourner, la longue plaque de métal qui y était attachée avait commencé à tirer la corde de l’arbalète avec facilité.

Et ce, malgré le fait que la corde semblait si lourde que même un homme adulte ne parviendrait pas à la tirer.

Il s’agissait de l’arbalète cranequin, qui avait été largement utilisée en Europe au cours du treizième siècle.

Le disque cranté était un engrenage, et il formait un ensemble avec la plaque métallique plus longue, appelé « crémaillère et pignon ». En les utilisant en tandem, on pouvait tirer parti du principe de l’effet de levier mécanique et tirer une corde d’arc avec un poids de traction très élevé en utilisant seulement une petite force.

Dans le monde d’Yggdrasil, où les arcs simples étaient encore la norme, cette technologie offrait un avantage considérable en termes de force et de portée des projectiles.

Il permettait même l’utilisation de munitions comme ces mini-bombes basées sur le tetsuhau, beaucoup plus lourdes que les flèches ou les carreaux standard, et elles pouvaient toujours être tirées hors de portée de l’ennemi.

Ces arbalètes n’avaient qu’un seul inconvénient, un inconvénient rédhibitoire, qui était qu’il fallait environ cinquante secondes pour préparer et tirer un coup. Dans ce laps de temps, un des archers du Clan de la Panthère pouvait tirer dix flèches avec son arc standard.

Cependant, on pouvait aussi avoir son premier tir d’arbalète préchargé et prêt avant le début de la bataille. Associées aux munitions explosives qui servaient à faire paniquer et à désorienter l’ennemi, les deux armes comblaient les lacunes de l’autre, tout en renforçant ses forces. C’était la combinaison parfaite.

C’était la véritable forme de l’arme secrète contre le Clan de la Panthère que Yuuto avait chargé Ingrid de préparer.

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« Je vois, c’est donc ça… » Hveðrungr murmura amèrement en regardant cette scène du haut d’une des hautes falaises, où il avait observé la bataille du début à la fin.

Lorsqu’il avait reçu un rapport sur les « serpents de feu » écrasant une force de sept mille combattants du Clan de la Panthère, il n’avait pas été capable de se représenter ce qu’ils étaient. Il avait donc décidé de voir par lui-même en utilisant quelques pions jetables : il avait choisi quelques soldats connus pour avoir des problèmes d’insubordination, et les avait jetés sur l’ennemi pour voir ce qui se passait.

Debout aux côtés de Hveðrungr, Narfi déglutit. « Une arme redoutable… plus que je n’aurais jamais pu l’imaginer, » dit-il, la voix tremblante.

Il était le type de personne qui mettait toujours un point d’honneur à se présenter comme calme et imperturbable, mais son beau visage était tendu par une peur visible.

« C’est vrai. » Hveðrungr avait été obligé d’accepter, même s’il détestait cela.

Sur la base de ce qu’il avait entendu en seconde main, les rapports avaient semblé si absurdes qu’il n’avait pas pu écarter le soupçon que les choses avaient été grandement exagérées par peur.

Cependant, maintenant qu’il l’avait vu de ses propres yeux, c’était vraiment une arme tout aussi terrifiante que ce qu’on lui avait dit.

La description d’un serpent de feu se tordant sur le sol n’avait toujours pas de sens, mais c’était probablement parce que l’arme avait été modifiée et améliorée encore plus au cours du dernier mois.

« Que devons-nous faire, monsieur ? » balbutia Narfi. « Nous ne pouvons même pas nous battre avec une telle arme utilisée contre nous. »

« Grrrhh… » Un grognement douloureux fut tout ce qui s’échappa des lèvres de Hveðrungr.

Hveðrungr était un homme doté d’un grand sens de l’observation, qui pouvait constater sur place les faiblesses de son adversaire, et pourtant, même lui ne parvenait pas à trouver une contre-stratégie appropriée dans cette situation.

Les soldats humains pourraient être informés des propriétés de l’arme, et il devrait donc être possible de supprimer sa capacité à provoquer la panique chez les gens.

Mais de telles explications seraient perdues pour les chevaux.

On pourrait peut-être les entraîner à s’y habituer progressivement, mais pour cela, il faudrait qu’il ait sa propre réserve d’armes, ce qu’il n’avait pas.

Pire encore, il pouvait tirer des munitions bien au-delà de la portée des flèches de son propre clan.

Pour dire les choses franchement, c’était bien au-delà de ses capacités à gérer.

S’il y avait quelqu’un qui pouvait renverser cette situation désespérée, c’était le frère juré de Hveðrungr, Steinþórr, le monstre connu sous le nom de Tigre Assoiffé de Combats, qui avait toujours réussi à défier le bon sens.

Mais Steinþórr était actuellement occupé à traiter avec le Clan de la Flamme, qui avait déplacé ses soldats à la frontière du Clan de la Foudre.

« Cet imbécile a dit qu’il m’enverrait des renforts, et pourtant, le moment venu, il s’avère qu’il est complètement inutile, » cracha Hveðrungr avec mépris.

Il avait fourni au Clan de la Foudre des fonds de guerre ainsi que du fer transformé, coopérant avec eux et les aidant à renforcer considérablement leur armée, et pourtant leur patriarche se révélait être un homme aussi ingrat et infidèle.

Pourquoi devrait-il se soucier de l’ennemi au sud ? Steinþórr aurait dû ignorer quelque chose de si peu important, et venir au secours de son frère de sang. N’était-ce pas là tout le but du Serment du Calice !?

Mais toutes les malédictions égocentriques de Hveðrungr sur les autres ne changeraient rien à la situation sur le terrain ici.

À ce rythme, il ne pouvait rien faire d’autre qu’attendre que son ennemi se rapproche de lui.

Il ne pouvait pas supporter l’idée de ça.

Perdre contre Yuuto sans même pouvoir se défendre était la seule chose que sa fierté ne pouvait pas permettre. Il devait y avoir quelque chose ! Quelque chose qui marcherait !

Hveðrungr se creusait désespérément les méninges pour trouver une réponse…

« Ah… ! »

Et comme si un éclair d’inspiration avait frappé son cerveau, ça lui était venu.

C’était une idée qui ressemblait vraiment au murmure du diable.

Une stratégie impardonnable, bestiale et répugnante.

Cependant, Hveðrungr n’avait pas reculé devant elle.

Les yeux derrière son masque s’étaient remplis d’une sombre folie, et ça lui avait donné une voix.

« Brûlez-les. »

« Quoi ? Brûler quoi, monsieur ? » demanda Narfi, la voix tremblante.

Il ne savait pas ce que son patriarche voulait dire par là, mais il sentait un étrange sentiment de danger dans la voix de Hveðrungr.

Les lèvres de Hveðrungr s’étaient retroussées en un rictus cruel et narquois. « Brûlez les villages, les villes et les forts sur notre territoire, tous. Brûlez tout, sauf les gens ! »

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