Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 8 – Acte 3 – Partie 4

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Chapitre 3 : Acte 3

Partie 4

Lorsque Yuuto arriva au restaurant où ils avaient convenu de se retrouver, Saya était déjà assise près de la fenêtre et lui faisait signe. « Oh ! Hey, par ici ! »

C’est le milieu de la journée, donc il y avait beaucoup de monde, mais il y avait aussi pas mal de sièges inoccupés. Cet endroit était en pleine cambrousse, après tout.

Yuuto avait salué Saya avec désinvolture et s’était approché d’elle.

« Désolé de vous avoir fait attendre. »

« Ne vous inquiétez pas, je viens d’arriver moi-même. En fait, je suis désolée de vous faire venir ici alors que les choses doivent être plutôt occupées pour vous. »

« Non, mes plans précédents sont partis en fumée, donc j’étais libre. » Yuuto avait baissé les épaules et avait fait un sourire amer en s’asseyant sur le siège en face de Saya.

La serveuse était passée, et une fois qu’ils avaient commandé le déjeuner et les boissons, Saya avait évité les bavardages et s’était immédiatement mise au travail.

« Aujourd’hui, j’ai entendu de Ruri que Mitsuki-chan est allée à Yggdrasil. Est-ce vrai ? »

« Oui… Cependant, pour une raison inconnue, je n’ai pas pu y aller. »

« Uughhh, bon sang. Pourquoi est-ce que ça devait arriver sans que je le sache…, » Saya gémissait de frustration et passait une main sur son front, comme si elle s’en voulait.

Yuuto avait supposé que Ruri avait déjà parlé du plan à Saya bien plus tôt, mais apparemment ce n’était pas le cas.

Bien sûr, c’était quelqu’un qui l’avait aidé. Il aurait dû prendre sur lui de lui dire directement en premier lieu, cela aurait été la chose à faire. Il était tellement préoccupé par le fait de persuader les parents de Mitsuki — son père, en fait — de les laisser partir, qu’il avait oublié de faire savoir à Saya ce qu’ils essayaient de faire.

C’était clairement de sa faute.

« Je m’excuse, » dit Yuuto. « Les choses ont été un peu mouvementées, et j’ai oublié de vous en parler. »

« Oublier de me le dire n’est pas le problème ici. Écoutez, n’avez-vous pas toujours essayé de revenir de ce côté, tout ce temps ? Pourquoi est-ce que vous vous levez maintenant et retournez à Yggdrasil ? Et pour commencer, en emmenant Mitsuki-chan ? »

« L’armée du Clan du Loup que j’ai laissée derrière moi a subi une énorme perte militaire face aux armées des Clans de la Panthère et de la Foudre, et il semble que si je ne reviens pas auprès d’eux, les choses vont devenir très, très mauvaises. Et Mitsuki, eh bien, elle a dit… elle a dit qu’elle allait venir avec moi. » Yuuto s’était gratté la joue avec un doigt.

Accepter de traverser le temps et l’espace pour aller dans un pays lointain afin d’être avec lui n’était pas quelque chose qu’une simple amie d’enfance aurait fait. En d’autres termes, affirmer ce fait revenait à dire tout haut ce que leur relation était devenue.

C’était naturellement un peu gênant de parler de ça avec quelqu’un qu’il ne connaissait pas très bien.

« Bon sang, c’est incroyable ! Je pensais que si vous alliez tous les deux rester au Japon, je n’aurais pas besoin de vous en parler, mais ça m’est revenu en pleine figure ! Et Mitsuki-chan est déjà repartie à Yggdrasil ! Oh, c’est le pire ! » En signe de frustration, Saya passa ses doigts dans ses jolis cheveux blonds soigneusement peignés, sans se soucier de la façon dont elle les rendait indisciplinés.

Il y avait clairement quelque chose qui se passait.

Avec un malaise croissant, Yuuto ne pouvait s’empêcher de se rappeler la conversation qu’il avait eue avec Saya il y a plusieurs jours.

À l’époque, on aurait dit qu’elle avait réalisé quelque chose sur Yggdrasil.

Cette chose qu’elle ne lui avait pas dite devait être d’une manière ou d’une autre liée à cette prise de conscience. Et indéniablement, Yuuto n’avait aucune difficulté à imaginer que quoi que ce soit, c’était un mauvais présage pour lui, ou plutôt pour le Clan du Loup.

Il ne pouvait pas laisser passer ça, il devait demander ce que c’était.

« … Avez-vous découvert quelque chose sur Yggdrasil ? » avait-il demandé, en regardant Saya droit dans les yeux.

Le visage de Yuuto était passé de celui d’un simple jeune homme à celui d’un jeune seigneur, chef de son propre clan et défenseur des clans frères sous sa protection, avec le poids de centaines de milliers de vies reposant sur ses épaules.

« Oui, c’est vrai, j’ai trouvé. J’ai découvert ce qu’est vraiment Yggdrasil. »

« V-Vraiment !? »

« Si les choses devaient se passer ainsi, j’aurais dû vous le dire plus tôt. Pour que ça vous empêche de retourner là-bas. »

« Ah… ! » Yuuto haleta. « Qu’est-ce que c’est !? Quel est le secret d’Yggdrasil ? »

La formulation sinistre de Saya avait réveillé l’anxiété en lui. Avec ce genre de langage, ça devait vraiment être quelque chose de grave.

Yuuto avait dégluti, attendant. Saya avait lentement ouvert la bouche pour parler.

« Je vais juste aller de l’avant et le dire. La véritable identité d’Yggdrasil. C’est… »

 

 

 

◆ ◆ ◆

 

« Wooow, regardez ce festin ! Tout a l’air si délicieux ! » Les yeux de Mitsuki brillaient tandis qu’elle regardait l’étalage coloré des aliments alignés sur la table.

Félicia et cinq autres filles étaient dans la pièce, et toutes sauf une, étaient déjà assises autour de la table.

Félicia sourit, et d’un geste subtil, l’encouragea à entrer dans la pièce. « Ce n’est peut-être pas grand-chose, mais nous voulions organiser cette fête de bienvenue pour vous, Grande Sœur Mitsuki. »

« P-Pour moi !? » Mitsuki avait bégayé de surprise.

Pendant tout ce temps, elle ne s’était considérée que comme une « extra » destinée à accompagner Yuuto. Et puisque Yuuto n’avait pas été convoqué, elle ne s’attendait pas à recevoir un traitement spécial de sa part.

 

« Bien sûr. Vous avez sûrement dû être tendues pendant la réunion à laquelle nous avons assisté ? J’ai donc pensé qu’il serait préférable que nous nous réunissions entre femmes, pour nous détendre et parler comme bon nous semble. Je sais que cela doit être difficile pour vous en ce moment sans la présence de Grand Frère Yuuto, mais j’espère que vous pourrez vous détendre et vous amuser un peu. » Félicia avait terminé son explication et avait offert à Mitsuki un sourire doux et rassurant.

Il devait donc s’agir de l’équivalent des réunions réservées aux filles que Mitsuki connaissait déjà si bien dans le monde moderne.

Comme Félicia le disait, les hommes que Mitsuki avait rencontrés lors de la réunion du conseil étaient tous des types féroces, comme l’image qu’elle se faisait des Yakuzas, et elle n’avait pas pu garder son calme.

En revanche, cet espace réservé aux filles lui avait paru beaucoup plus sûr et elle avait eu l’impression de pouvoir baisser un peu sa garde.

Les sentiments de soulagement et de bonheur de Mitsuki l’avaient amenée aux larmes. « Merci beaucoup ! C’est exactement comme vous l’avez dit. La vérité est que, étant coincée ici seule comme ça, j’étais si inquiète, et… »

Elle n’était même pas capable de finir sa phrase. Jusqu’à présent, elle avait réussi à endurer tout cela, mais la vérité était que c’était terriblement effrayant pour elle. Elle se demandait si elle pourrait prendre soin d’elle pendant un mois entier, ou si les gens de ce pays étranger l’accepteraient un jour comme ils avaient accepté Yuuto.

Elle portait en elle un sentiment constant d’inquiétude qui frôlait la terreur.

Mitsuki s’était tournée vers les filles assises et s’était inclinée profondément devant elles. « Tout le monde, merci d’être venue ici. Je suis inexpérimentée et je ne connais presque rien des manières de votre monde, et j’espère donc que vous me pardonnerez les problèmes que je vous cause. »

À la seconde où Mitsuki avait fini de parler, un rire franc avait retenti. « Pfffff ! Ha ha ha ! »

Oh non. Je me demande si j’ai déjà dit quelque chose d’étrange, s’inquiéta Mitsuki, et regarda dans la direction de la propriétaire de la voix. C’était l’une des filles assises à la table, qui avait des cheveux rouge vif.

La fille aux cheveux rouges avait souri joyeusement à Mitsuki. « Hey, désolée d’avoir ri là. C’est juste que tu as exactement le même visage, mais tu es une personne complètement différente. Je m’attendais à ce que tu sois toute prude et hautaine comme cette fille, mais tu es si différente que je n’ai pas pu m’empêcher de rire. »

« I-Ingrid ! Tu es impolie avec la Grande Soeur Mitsuki ! » avait réprimandé Félicia. « Et cela vaut aussi pour Dame Rífa. Tu ne dois pas utiliser des termes comme “cette fille” pour la décrire ! »

« Ohh, c’est vrai. Oui, tu ne le croirais pas, mais cette fille est après tout l’Impératrice Divine… Gah, je l’ai déjà à nouveau dit ! »

« Soupir… Comme je te l’ai dit tant de fois maintenant, tu dois faire plus attention à ta façon de parler. Même pendant la réunion du conseil de clan d’aujourd’hui, par exemple, tu n’as fait référence à Grand Frère que par son nom. »

« Ok, je suis désolée. Je vais faire attention. »

« Je t’en prie. » Félicia secoua la tête et soupira d’un air las.

À en juger par cela, c’était quelque chose pour lequel elle avait dû donner des avertissements un nombre incalculable de fois maintenant.

Ingrid avait ri une fois de plus, un peu mal à l’aise, puis elle avait regardé comme si elle avait soudainement réalisé quelque chose d’important. Elle s’était de nouveau tournée vers Mitsuki.

« Je suis désolée Dame Mitsuki, je ne me suis toujours pas présentée. Je m’appelle Ingrid, et… »

« Oui, je le sais, » Mitsuki l’avait coupée, terminant l’introduction pour elle. « Vous êtes le compagnon en artisanat de Yuu-kun et sa partenaire dans la forge, et vous êtes l’amie proche sur lequel il peut toujours compter pour pouvoir parler normalement. N’est-ce pas ? »

Les yeux écarquillés d’Ingrid montraient qu’elle était un peu surprise par les connaissances de Mitsuki.

Mitsuki avait souri à elle-même, sentant un petit accomplissement. Elle continua. « Et je connais aussi toutes les autres ici. Sigrun, Kristina, Albertina, et Éphelia. » Elle désigna chacune d’entre elles en récitant leurs noms.

Yuuto lui avait beaucoup parlé d’elles, et elle avait aussi vu des photos d’elles. Elle était assez familière avec qui était qui, et généralement avec leur personnalité.

« Wôw, tu es incroyable, Grande Soeur Mitsuki ! » Albertina s’était exclamée. « C’est la première fois que tu nous rencontres, Kris et moi, et tu es capable de nous distinguer ! » Elle avait tapé dans ses mains, apparemment très impressionnée.

En effet, les jumelles avaient le même visage, donc sur les photos, il était difficile de les distinguer. Mais après les avoir rencontrées en personne, Mitsuki pouvait facilement faire la différence. Il y avait quelque chose de différent dans leurs expressions, et une différence subtile dans « l’air » qui les entourait.

Bien sûr, l’indice qui lui donnait le plus confiance était la position des queues de cheval latérales qu’elles portaient.

« Al, Dame Mitsuki sera la femme de Père, donc tu dois l’appeler “Mère”, » gronda Kristina. « Elle n’est pas ta “grande sœur”. »

« Heinnnn !? Mais… mais, Kris, c’est toi qui m’as dit de l’appeler Grande Soeur ! »

« Je ne me souviens pas du tout de ça. »

« Mais je m’en souviens ! »

« Héhé, c’est complètement ridicule. »

« Tu te moques de moi comme si j’étais qu’une simple blague ! »

« Bien sûr que je le fais ! C’est certainement une blague de faire confiance à la mémoire d’une fille qui obtient la plus mauvaise note à tous les tests de l’école ! »

« Gyaah ! S-stop ! Ne leur parle pas de ça ! »

« Quand j’ai vu que tu avais mal orthographié ton propre nom, j’ai failli avoir le vertige, je te le dis. »

« Auugh… ! M-mais… mais… tu m’as bien dit de l’appeler Grande Soeur ! Je dis la vérité ! »

« Je suis sûre que ce n’était qu’un rêve que tu as fait. Je n’arrive pas à te croire. Ne peux-tu vraiment pas faire la différence entre les rêves et la réalité ? »

« A — Attends, vraiment ? Maintenant que tu as dit ça, j’ai l’impression que ça aurait pu être un rêve. Peut-être que c’était ça ! Oh, je suis désolée d’avoir agi comme ça, Kris. »

« Oh, ne t’inquiète pas, ça ne me dérange pas du tout. Après tout, c’est moi qui t’ai dit de le faire. »

Boom ! Albertina était tombée de sa chaise et avait heurté le sol.

Kristina avait regardé sa sœur de haut, les coins de sa bouche s’étaient courbés en un sourire diabolique et satisfait.

« Wôw, c’est exactement comme ce que j’avais entendu ! » Mitsuki avait gloussé en regardant les jumelles. « Hee hee, vous êtes vraiment proches toutes les deux, n’est-ce pas ? C’est bon de voir des sœurs s’entendre si bien. »

Kristina semblait un peu décontenancée par cette remarque, et fixait Mitsuki. « C’est la première fois que quelqu’un dit que nous sommes “proches” après nous avoir rencontrées. »

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