Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 8 – Acte 3 – Partie 1

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Chapitre 3 : Acte 3

Partie 1

« Donc… ce n’était pas un rêve…, » allongée sur un lit dur, Mitsuki leva les yeux vers le plafond jaune-brun inconnu au-dessus d’elle, et poussa un long soupir.

La nuit dernière, ils avaient effectué le rituel de la Gleipnir deux fois de plus, mais n’avaient toujours pas réussi à invoquer Yuuto.

Félicia s’était évanouie alors qu’elle terminait l’incantation du sort lors du troisième essai, elle avait sûrement épuisé toutes ses forces mentales. À ce moment-là, il n’y avait pas d’autre choix que d’arrêter ça pour la nuit.

Après cela, Mitsuki avait réussi à échanger quelques mots avec Yuuto et ses parents, mais elle ne s’en souvenait pas très bien. Le choc de la situation avait recouvré son esprit d’un brouillard dense.

La partie dont elle se souvenait clairement, c’est qu’on lui avait dit que la prochaine invocation devrait avoir lieu lors de la prochaine pleine lune — en d’autres termes, dans presque un mois.

Et de plus, il n’y avait aucune garantie que Yuuto puisse arriver à Yggdrasil même à ce moment-là.

En fait, d’après les résultats obtenus cette fois-ci, il était plus facile de supposer que les chances de l’invoquer avec succès étaient plutôt faibles.

Il devait y avoir une sorte de cause, un facteur les empêchant d’invoquer Yuuto. Jusqu’à ce qu’ils s’occupent de ce problème, Mitsuki allait rester seule à Yggdrasil.

Il y avait une chance qu’elle puisse même être seule ici jusqu’au jour de sa mort…

Tout son corps s’était mis à trembler, et elle avait senti ses dents claquer. Elle avait senti des larmes couler sur son visage, l’une après l’autre.

« Mitsuki ᛋᛃᛋᚦᛖᛉ. » Une voix l’avait appelée depuis l’extérieur de sa chambre.

« Ah… oui ? » Mitsuki s’était empressée d’essuyer ses larmes et de répondre du mieux qu’elle le pouvait.

En plus, elle était la femme fiancée au patriarche du Clan du Loup. Si elle se laissait voir en train de sangloter pathétiquement dès son premier jour ici, ce serait la honte pour Yuuto.

« ᛞᚢ ᛟᚠᛟᛉᛋᚲᚨᛗᛞ. » Sur ces mots inintelligibles, Félicia était entrée dans la pièce.

En la voyant de si près, Mitsuki s’était encore une fois trouvée en admiration devant sa beauté.

Avec quelqu’un comme elle qui cherchait toujours à obtenir son affection, c’était un miracle que Yuuto ait pu garder le contrôle de lui-même pendant tout ce temps. Mitsuki était une fille, et même elle se sentait un peu étourdie par la présence séduisante de cette femme.

« ᚷᛟᛞ ᛗᛟᛉᚷᛟᛜ. » Félicia s’était adressée à elle avec un sourire, mais bien sûr, Mitsuki n’avait aucune idée de ce qu’elle disait.

Cela lui donnait une idée réelle de la difficulté que cela avait dû représenter pour Yuuto il y a trois ans. Elle le savait déjà, mais maintenant qu’elle en faisait l’expérience, elle devait admettre que c’était bien pire que ce qu’elle avait imaginé.

Même la communication la plus basique était une tâche laborieuse, et le stress qui en découlait n’était pas une blague.

Mitsuki s’était retrouvée désemparée, se demandant si elle serait vraiment capable de continuer comme ça… et puis ses pensées avaient été interrompues par la mélodie d’une belle chanson.

« Hein ? » Mitsuki leva les yeux pour voir Félicia qui lui souriait joyeusement.

« Grande sœur Mitsuki, pouvez-vous comprendre mes mots ? »

« Quoi ? Wôwaa ! » Mitsuki n’avait pas pu s’empêcher de crier de surprise. « O-Oui, je peux, je peux ! Mais qu’est-ce que c’est ? C’est tellement étrange ! »

Les mots qu’elle entendait dans ses propres oreilles n’étaient encore qu’une suite de syllabes dénuées de sens. Et pourtant, elle pouvait quand même comprendre ce qu’ils signifiaient.

Mitsuki était de plus en plus excitée par cette nouvelle sensation mystérieuse. Ce devait être un « galdr », cette magie de chanson dont elle avait entendu parler ! Ce qui signifiait que ce sort était « Connexions », qui permettait la communication entre des personnes de langues différentes.

« C’est merveilleux à entendre, » dit Félicia. « Permettez-moi de me présenter officiellement à vous. Je m’appelle Félicia, et je suis l’assistante du grand frère Yuuto et son adjudante militaire. »

Souriant doucement, Félicia s’était présentée avec une élégance toute féminine.

Mitsuki s’était soudain sentie terriblement enfantine de s’être laissée emporter par son excitation. Elle s’était redressée à la hâte et s’était inclinée poliment devant Félicia.

« Je m’appelle Mitsuki Shimoya. Je connais Yuuto depuis que nous sommes tout petits, et, hum… hum, maintenant, nous allons nous marier… »

« Oui, je le sais. Après trois ans, vous étiez enfin censée être ensemble avec lui, et pourtant, une fois de plus, j’ai fait en sorte que vous soyez séparés. C’est inexcusable, et je suis vraiment désolée. » Félicia avait incliné sa tête profondément, ses épaules tremblaient. Il était clair qu’elle ressentait une profonde honte personnelle.

Mitsuki se sentait peu encline à interroger Félicia dans cet état, mais il y avait quand même des questions qu’elle devait poser. « Hum, est-ce que vous pensez que Yuu-kun sera capable de venir ici ? »

La nuit dernière, Félicia s’était effondrée, donc Mitsuki n’avait pas encore eu l’occasion de demander pourquoi le rituel d’invocation avait échoué.

« Je suis venue vous voir ce matin afin de discuter de ce problème, » dit Félicia. « S’il vous plaît, si vous voulez bien me suivre… »

 

« Grande sœur Mitsuki, par ici, s’il vous plaît, » déclara Félicia.

« D-D’accord. »

Mitsuki avait été conduite dans une pièce, et à l’instant où elle avait franchi le seuil de la porte, les regards intenses de dizaines de personnes s’étaient braqués sur elle en même temps, et elle avait reculé par réflexe avec un « Ahh ! »

Presque toutes les personnes présentes dans la pièce possédaient des visages durs et grisonnants, et des yeux vifs et perçants. La pression était si intense qu’elle était reconnaissante d’avoir fait un tour aux toilettes avant.

Il y avait aussi quelques jeunes femmes dans la salle, mais toutes avaient aussi un air tendu et puissant.

Oh… oh… devrais-je me présenter à eux, ou leur dire une sorte de salut ? Mais… mais j’ai tellement peur que je ne peux même pas parler !

Elle avait l’impression d’entrer dans une scène d’un film de Yakuza, où les chefs endurcis de l’organisation étaient assis autour d’une table lors d’un conseil de clan. En tant que personne ordinaire, elle était complètement hors de son élément.

Alors qu’elle se tenait là, submergée par l’atmosphère de la pièce et figée sur place, la pièce s’était remplie d’un bruit de chaises qui s’entrechoquent alors que tout le monde se levait.

Ahh ! Est-ce que j’ai fait quelque chose de mal ? Qu’est-ce que j’ai fait ? Mitsuki s’était rétractée et avait couvert son visage avec ses bras.

« Bonjour à vous, Mère ! » Un chœur de voix chaleureuses la salua, puis tout le monde s’inclina profondément devant elle.

« Eh ? Quoi !? » Mitsuki était restée stupéfaite, clignant des yeux dans la confusion. Elle ne pouvait pas comprendre ce qui se passait.

« Merci beaucoup d’être venue nous voir. » Un grand homme ressemblant à un ours, au fond de la pièce, s’adressa à Mitsuki avec un langage incroyablement poli. « Comme les choses étaient si confuses la nuit dernière, je n’ai pas été en mesure de faire une présentation appropriée, alors permettez-moi maintenant de vous souhaiter la bienvenue au nom de notre clan. Je suis Jörgen, le fils juré du Seigneur Yuuto, et le commandant en second du Clan du Loup. C’est un grand plaisir de faire votre connaissance. »

Le commandant en second était l’officier le plus haut gradé du clan, traité comme « l’aîné » en termes de dynamique du pouvoir familial du clan. Et en l’absence de Yuuto, il devait également assumer toute l’autorité et la responsabilité du patriarche.

Comme on pouvait s’y attendre de la part d’une personne jouant un rôle aussi important, l’homme possédait une intensité dans sa présence qui dépassait celle des autres personnes réunies dans la pièce.

Mitsuki avait eu le souffle coupé, mais elle s’était finalement ressaisie et avait redressé sa posture avant de répondre.

« Hum, hum, je suis M-Mitsuki Shimoya. Je suis ravie de vous rencontrer et j’espère que nous nous entendrons bien. » Elle avait rapidement incliné la tête plusieurs fois pendant qu’elle balbutiait son introduction.

Elle craignait qu’en agissant trop timidement, les autres ne la regardent de haut, mais elle n’était qu’une fille japonaise normale, et c’était la façon dont son corps réagissait par réflexe à la situation, et il était trop tard pour faire quoi que ce soit à ce sujet.

« Si vous le voulez bien, Mère, votre siège est juste là, » expliqua Jörgen en indiquant le siège à côté du sien.

« Ah, hum, oui. » Mitsuki avait hoché la tête, une fois de plus par réflexe. Mais elle grimaça en jetant un bon coup d’œil au siège.

La place de Mitsuki à la table était manifestement différente de celle des autres. C’était la seule chaise avec des accoudoirs, et elle avait un coussin rouge doux et des draperies. Cela ressemblait à un trône.

Et, bien sûr, il était juste à côté de Jörgen, l’homme au visage le plus féroce de la pièce.

Quel genre de torture est-ce là ? Mitsuki se demandait, mais elle n’avait pas le courage de parler et de demander un autre siège.

Elle abandonna et, se forçant à se tenir aussi grande que possible, fit de son mieux pour se diriger gracieusement vers son siège.

Alors que Mitsuki se dirigeait vers sa place à la table, elle pouvait sentir les hommes proches se crisper à son passage.

Il semblerait que ces gens étaient tous aussi nerveux qu’elle. Cette pensée rendait les choses un peu plus faciles pour elle.

Mais si elle avait réussi à rejoindre son siège, tout le monde dans la salle était resté debout.

Elle ne voulait pas s’asseoir toute seule, chose qui aurait été impolie, alors elle avait attendu, observant la pièce à la recherche d’un signe quelconque.

Félicia, qui la suivait de près, lui avait subtilement chuchoté à l’oreille : « Asseyez-vous, Grande Sœur Mitsuki. »

« Hein ? Mais je ne peux pas faire ça si tout le monde est debout. Ce ne serait pas correct. »

« Au contraire, Grande Sœur, vous êtes la personne de plus haut statut ici. Comment ceux d’entre nous qui sont en dessous de vous pourraient-ils s’asseoir alors que vous êtes encore debout ? »

« Ohhh, mais… » Mitsuki avait gémi nerveusement. « D’accord, je comprends. »

Je dois le faire. C’est leur coutume, se dit-elle, et bien que ce soit difficile, elle se força à s’asseoir la première.

Cependant, même après qu’elle l’ait fait, personne d’autre n’avait montré le moindre signe de volonté de s’asseoir.

Attends, qu’est-ce qui se passe ? Est-ce que j’ai fait une erreur ? Intérieurement, elle avait commencé à craindre le pire.

« Grande Sœur, donnez à tout le monde l’ordre de s’asseoir, » chuchota Félicia.

Un autre murmure à son oreille, et une fois de plus, il lui donnait une tâche incroyablement difficile.

Elle était une jeune fille qui venait d’avoir seize ans, entourée d’une salle pleine d’adultes aux visages féroces et aux auras dominantes, et elle était censée donner des ordres à ces gens ? « Déraisonnable » serait un euphémisme.

Honnêtement, elle voulait demander si elle pouvait se dispenser de le faire, mais si elle ne le faisait pas, personne d’autre ne pourrait s’asseoir. Elle se sentirait certainement coupable de faire rester tout le monde debout pendant toute la réunion.

Mitsuki s’était ainsi résignée à la tâche et avait timidement pris la parole. « T-Tout le monde, s’il vous plaît prenez place. »

Elle avait gardé une voix douce et un ton poli, faisant de son mieux pour éviter que l’ordre ne paraisse trop autoritaire.

Mais malgré cela, tout le monde avait répondu par un puissant et fougueux « Oui, Mère !!! » et ils s’étaient rapidement assis.

Yuu-kun, à quel point ces gens te vénèrent-ils ? Elle se l’était demandée. Ils réagissaient comme ça même pour elle, sa fiancée.

Elle savait déjà que le statut de patriarche de Yuuto ressemblait à celui d’un roi, mais elle n’avait jamais imaginé qu’il était l’objet d’une loyauté et d’une dévotion aussi absolues.

Je vois. Ce doit être le genre de traitement que le fils d’un PDG reçoit de la part des employés de l’entreprise, se dit-elle avec désinvolture. Je parie que c’est pour ça que ce genre de personnes finissent par penser qu’elles sont plus importantes que les autres, et qu’elles commencent à agir de manière hautaine.

Heureusement, les parents de Mitsuki n’avaient pas élevé une imbécile. Elle savait que ces gens ne lui montraient pas ce respect à cause de ce qu’elle avait fait.

Elle avait compris que ce n’était pas du respect pour elle, en réalité : quand ils la regardaient, ils voyaient Yuuto, qu’elle représentait, comme s’il se tenait derrière elle. Ils étaient déférents envers lui.

 

 

« Jörgen, je vous laisse le reste, » dit poliment Mitsuki. « S’il vous plaît, ne faites pas attention à moi et poursuivez la réunion. »

Après cet ordre poli, elle était restée silencieuse. Elle venait juste d’arriver, et ne savait pas comment les choses fonctionnaient ici.

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