Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 7 – Acte 2 – Partie 2

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Chapitre 2 : Acte 2

Partie 2

Il n’était pas sûr du temps qui s’était écoulé, mais bientôt la sonnette de la porte avait retenti.

« Oh, merde. » Yuuto grimaça. Il n’avait toujours pas fait le ménage. Il avait prévu de nettoyer au moins le chemin de l’entrée principale à sa chambre.

« Excusez-moi ! » appelle une voix familière. Puis vint le bruit de l’ouverture de la porte d’entrée.

« Oh, bon sang, papa ! Pense au moins à verrouiller cette stupide porte ! » Yuuto se leva et se précipita vers l’entrée principale.

Dès que Mitsuki avait aperçu Yuuto, elle s’était fendue d’un large sourire, comme une fleur qui s’épanouissait devant ses yeux, et pendant une seconde, Yuuto était resté bouche bée. « Oh… Bonjour, Yuu-kun ! »

Il l’avait vue sourire de nombreuses fois sur les photos qu’elle lui avait envoyées, que ce soit des selfies qu’elle avait prises en essayant d’être jolie ou des photos d’elle s’amusant avec des amies. Mais, cela faisait vraiment longtemps qu’il n’avait pas vu son sourire timide et vraiment heureux.

Il avait aussi toujours parlé avec elle le soir, alors il était un peu plus heureux de pouvoir échanger un salut matinal avec elle comme ça. D’autant plus que c’était sa voix réelle, en direct, et non sa voix sur une ligne téléphonique.

Jusqu’à il y a trois ans, cela n’avait été qu’une partie normale de sa vie quotidienne. Mais aujourd’hui, ce genre de chose banale et ordinaire le rendait incroyablement heureux.

« Qu’est-ce qui ne va pas, Yuu-kun !? » Mitsuki s’était exclamée, l’air inquiète.

Cela avait permis à Yuuto de reprendre ses esprits. « Hm ? Oh, euh, rien. B-Bonjour. »

Mitsuki avait répondu avec un sourire encore plus large et rieur. « Heehee ! Cela fait trois ans que nous n’avons pas été en mesure d’échanger des salutations le matin comme ça, hein ? C’est un peu nostalgique, mais aussi un peu nouveau. »

« … Je pensais justement la même chose. »

« Je vois. Même si cela ne devrait pas sembler important, cela me rend vraiment heureuse. »

« Je le pense aussi. »

« Oh. Ahaha, hum, je suppose que nous pensons de la même manière. »

« Oui, c’est ce qu’on dirait. »

Le visage de Mitsuki devenait rouge comme une pomme, et elle baissait les yeux. Yuuto s’était lui aussi retrouvé à agir plus maladroitement.

Au début, il n’y avait vu que l’aveu d’un sentiment de bonheur, mais plus il y pensait, plus il réalisait qu’en décrivant leur bonheur, ils avaient essentiellement fait référence à leurs sentiments l’un pour l’autre.

Yuuto s’était soudainement senti incroyablement gêné.

« Désolé, tu sais, de t’avoir appelé ici à la première heure du matin. » Il avait essayé de changer de sujet, incapable de gérer ce genre d’atmosphère.

« Non, c’est bon. C’est les vacances de printemps, après tout. Eh bien, papa m’a jeté un regard assez dur quand je suis sortie. »

« Oh, ha ha. » Yuuto s’était surpris à rire sèchement à ce sujet.

Un père normal d’une fille de l’âge de Mitsuki aurait, bien sûr, un problème avec les parasites indésirables, c’est-à-dire les garçons, qui s’attachaient trop à elle. C’était particulièrement vrai pour quelqu’un comme Yuuto. Il avait disparu au cours de sa deuxième année du collège, et avait pratiquement abandonné la société à ce stade. Du point de vue de son père, il ne serait pas étrange de vouloir l’empêcher d’être ami avec lui.

« Hein ? » déclara Mitsuki. « Hé, Yuu-kun, regarde ce qui se trouve à tes pieds ! »

« Hm ? » Yuuto baissa les yeux pour voir qu’il y avait une épaisse enveloppe verticale qui semblait avoir été jetée négligemment sur le tapis d’entrée.

Au centre de l’enveloppe, il y avait « à Yuuto » écrit avec une écriture qu’il avait reconnue.

C’était de la part de son père.

Il l’avait fixé sans mot dire.

Enfin, fronçant légèrement les sourcils, Yuuto avait silencieusement pris l’enveloppe et vérifié son contenu.

Il contenait une pile de billets de 10 000 yens.

À côté de lui, Mitsuki avait crié de surprise. « Wôw, wow ! Ça doit faire au moins deux cent mille, non ? »

Mais Yuuto avait continué à fixer froidement le contenu de l’enveloppe.

Il ouvrit la feuille de papier pliée qui avait été incluse avec l’argent. Écrit de la même façon, il était écrit : « Utilise-le comme tu le veux », rien de plus.

« Ahh, ça veut dire qu’aujourd’hui tu peux m’offrir des sushis, et… je suppose que ça n’arrivera pas. » La voix excitée de Mitsuki était tombée rapidement après avoir vu l’expression sur le visage de Yuuto.

« Non, j’aimerais que tu me laisses m’occuper de toi. Tu as tellement fait pour prendre soin de moi tout ce temps. Mais je n’ai pas l’intention d’utiliser un seul yen de cet argent. » Yuuto avait remis l’argent dans l’enveloppe, son ton indiquant que sa décision était définitive.

Il aurait préféré jeter l’argent directement à la figure de son père, mais un regard sur l’espace réservé aux chaussures dans l’entrée lui avait appris que l’homme était déjà parti travailler dans son atelier.

Mitsuki avait regardé Yuuto tristement pendant un moment, puis elle avait dit : « Tu n’as toujours pas pardonné à ton père, hein, Yuu-kun ? »

« Non, je ne pense pas. » Yuuto répondit comme s’il parlait de quelqu’un d’autre, mais sa main tenait fermement l’enveloppe d’argent.

C’était le genre de situation où certains pourraient dire que son père avait compris les circonstances de Yuuto et avait essayé à sa manière maladroite de faire preuve de bonté… mais il ne pouvait pas le voir de cette façon. Cela le rendait tellement malade qu’il ne pouvait pas le supporter.

Il y avait l’insatisfaction de sentir que son père pouvait voir à travers lui, et la colère contre lui-même pour être impuissant en ce moment. Ces deux sentiments tourbillonnaient à l’intérieur de Yuuto, mais la chose qu’il ne pouvait pas pardonner par-dessus tout était la façon dont son père semblait détaché et peu disposé à faire face à son propre fils directement.

Bon sang, c’est comme si j’étais un gamin stupide qui fait une crise !

Yuuto pouvait dire qu’une partie de lui voulait que son père le laisse complètement tranquille. Mais lorsqu’il était laissé seul, il se sentait furieux contre l’homme qui n’assumait pas son rôle de père.

S’il avait été le Yuuto d’il y a trois ans, il n’aurait pas été capable d’affronter le fait que ces sentiments en lui étaient contradictoires. Il n’aurait pas été capable de les affronter du tout, et cela aurait juste transformé tout ça en une rage refoulée qu’il aurait dirigée vers son père.

Mais il était différent maintenant.

« Alors quoi… ? » murmura-t-il. « Je me demande ce que je veux de mon père ? »

Voulait-il que l’homme s’excuse, ou qu’il soit ruiné ? Voulait-il qu’il s’intéresse à lui en tant que père, ou qu’il le laisse tranquille ?

En regardant le plafond avec ces pensées dans sa tête, tout semblait si complexe que tout pouvait être la bonne réponse, mais tout semblait également faux.

Il ne pensait pas pouvoir trouver une réponse dans l’état où il se trouvait.

 

Après le petit-déjeuner, Yuuto et Mitsuki étaient allés faire du shopping dans un grand magasin.

En préparation de leur voyage, Yuuto avait demandé à Mitsuki de lui emprunter des vêtements de son père pour les porter. Il se sentait mal de lui demander cela, mais il n’était pas d’humeur à emprunter les vêtements de son propre père.

Cela dit, il ne pouvait pas continuer à faire ça, donc la première chose qu’ils avaient faite au magasin avait été d’acheter des vêtements.

Mitsuki était assez enthousiaste. « Hé, Yuu-kun, Yuu-kun ! Je pense que ça t’irait bien ! »

« Hmm… bien sûr, ça a l’air bien, mais… gah ! C’est cher ! »

Les yeux de Yuuto s’étaient écarquillés dès qu’il avait vu l’étiquette du prix. C’était juste un peu moins de cinq chiffres.

« Quelque chose de moins cher ne me dérange pas, d’accord ? » avait-il dit à la hâte. « Quelque chose que je peux juste prendre en masse. »

« Comment le grand patriarche du Clan du Loup peut-il dire une chose pareille ? » Mitsuki l’avait grondé. « Si tu fais ça, tes subalternes n’auront plus aucun respect pour toi, tu sais. »

« Tais-toi ! Dans ce monde, je ne suis rien de plus qu’un type pauvre et sans emploi ! »

Avec ce coup d’éclat à Mitsuki, qui riait toujours, Yuuto s’était dirigé vers un coin de vente avec un panneau qui disait « En vente, 2000 yens ».

Avant de venir ici, il s’était arrêté à une banque et avait retiré ses économies, afin de pouvoir acheter quelque chose de cher s’il le souhaitait, mais il savait qu’il y aurait d’autres dépenses à venir. Il voulait s’assurer qu’il ne gaspillerait pas d’argent ici autant que possible.

« Hm, c’est parti. Je vais juste prendre ça et ça, et… »

« Argh, bien sûr que tu choisis le noir. » Mitsuki avait immédiatement rejeté ses choix. « Allez, choisis des couleurs plus vives — ! »

« Bon sang, pourquoi ne vas-tu pas choisir tes propres vêtements ? »

« Je ne peux pas. Je suis fauchée. »

« Alors, je vais t’en acheter tant qu’on y est. Ce n’est pas grave si c’est un peu cher. »

« Quoi !? » Mitsuki avait poussé un cri de surprise. Elle ne devait pas s’attendre à ça, son regard allait et venait. « Mais ça ne serait pas bien. Tu n’as pas autant d’argent, n’est-ce pas ? Tu n’as pas à le faire. »

« Ne sois pas stupide. Cela fait trois ans que je compte sur toi pour toutes sortes d’aides. Laisse-moi un peu te rembourser. »

« … Est-ce vraiment bien ? »

« Oui, c’est ce que je dis. En fait, tu es la priorité numéro un de cette petite virée shopping. »

« Oh, je vois… Je suis le numéro un, hein ? … Merci. » Mitsuki avait mis ses deux mains sur ses joues et son expression s’était transformée en un sourire timide et rieur.

Le fait de la voir si heureuse avait permis à Yuuto de se sentir suffisamment récompensé pour lui proposer de lui acheter quelque chose.

« Je me demande ce que je devrais prendre, » déclara Mitsuki, rapidement perdue dans ses pensées. « Il y avait cette chose que je voulais. Oh, mais, il y avait cette autre chose… »

En la regardant comme ça, en voyant ses expressions changer si rapidement, il avait compris à quel point c’était différent d’un simple coup de fil ou de photos. Il ne pourrait jamais se lasser de la regarder.

Finalement, elle semblait avoir trouvé quelque chose, et leva un doigt. « Ok, alors, que dis-tu de ça ! »

Elle s’était précipitée vers Yuuto à pas sautillants, comme un chiot, et s’était penchée vers lui pour regarder son visage avec les yeux tournés vers le haut.

Ce geste avait suffi à faire battre le cœur de Yuuto. « Quoi, tu as déjà choisi quelque chose ? »

« Non, je veux que tu le choisisses, Yuu-kun ! »

 

 

« Excuse-moi !? » Yuuto avait poussé un cri de surprise.

Si un garçon et une fille qui sortaient ensemble allaient dans quelque chose comme un « rendez-vous », alors ce genre de développement était plutôt normal.

Cependant, même si Yuuto avait apporté du pain sans farine, du verre travaillé et bien d’autres merveilles dans le monde d’Yggdrasil, il n’avait aucune idée de ce qui constituait les tendances ou la mode dans le Japon moderne.

Au 21e siècle, ce qui était « à la mode » changeait radicalement en moins d’un an. Il ne pouvait même pas deviner à quel point les styles avaient changé pendant les trois années de son absence.

« Si tu me laisses choisir, je vais finir par choisir quelque chose de ridicule, » avait-il annoncé.

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