Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 7 – Acte 1 – Partie 3

***

Chapitre 1 : Acte 1

Partie 3

Ding dong !

Soudain, le carillon de la sonnette avait retenti, et avait brisé l’atmosphère intime qui s’était formée dans la pièce.

« Oh, on dirait qu’il est là. » Miyo s’était levée et s’était dirigée vers l’entrée principale.

De toute évidence, elle savait déjà qui allait être à la porte. En regardant l’horloge murale, Yuuto vit qu’il était un peu plus de neuf heures du soir.

Qui cela peut-il être à cette heure-ci ? Yuuto se l’était demandé avec méfiance.

« Veuillez me pardonner de vous rendre visite à une heure aussi tardive. » Lorsque la voix lointaine provenant de l’entrée était parvenue aux oreilles de Yuuto, il avait frissonné et ses yeux s’étaient écarquillés.

Il connaissait la voix de cet homme.

Même après trois longues années, il ne pouvait pas la confondre avec une autre. C’était, après tout, une voix qu’il entendait dans sa vie quotidienne depuis plus de dix ans.

« Père… ! »

C’était indubitablement la voix de l’homme que Yuuto détestait et méprisait le plus.

 

Debout à l’entrée, un homme vêtu de simples vêtements de travail en lin et d’un foulard noué autour de la tête, qu’il abaissa en parlant.

« Merci beaucoup de m’avoir contacté. Il semblerait que mon idiot de fils ait causé des problèmes à toi et à ta famille. Je ne manquerai pas de vous rendre visite à une date ultérieure afin de vous présenter des remerciements et des excuses plus appropriés. »

Il s’appelait Tetsuhito Suoh — mais il était également connu sous son nom de métier hérité, Tesshin Suoh.

Bien qu’âgé d’une quarantaine d’années, il était déjà reconnu comme un maître artisan du katana, le meilleur de sa génération. Dans cette ère moderne, où les épées traditionnelles japonaises étaient davantage considérées comme des œuvres d’art que comme des armes pratiques, il poursuivait stoïquement un idéal de « beauté fonctionnelle », ses créations étant axées sur une élégante simplicité. Cela lui avait valu une réputation extrêmement élevée parmi les aficionados du nihontou.

Bien que son visage ne ressemble pas beaucoup à celui de Yuuto, il était sans aucun doute le père du jeune homme par le sang.

« Oh, c’est bon, ne t’inquiète pas pour ça, » dit Miyo. « Il est après tout venu passer la nuit ici de nombreuses fois quand il était petit. Eh bien, même s’il arrive à causer un réel incident ici, tant que tu es d’accord que nous pouvons résoudre cela à l’autel… »

« Miyo !? » Shigeru avait glapi.

« Maman !? » Mitsuki avait couiné.

« Tu ne changeras vraiment jamais, Miyo-san, » dit Tetsuhito en relevant la tête avec un sourire en coin alors que Miyo s’esclaffait devant les réactions de son mari et de sa fille.

Les joues fines de Tetsuhito étaient couvertes d’une épaisse barbe, ses vêtements de travail étaient très froissés et les cheveux qui dépassaient du foulard sur sa tête étaient ébouriffés et gras. Dans l’ensemble, il dégageait une impression terne et négligée. C’était différent de l’homme dans les souvenirs de Yuuto, qui était plus vif et plus ordonné.

Miyo, apparemment, pensait exactement la même chose. « Pourtant, tu as changé. Ne t’es-tu pas laissé aller à un peu trop du côté de la maigreur ? Est-ce que tu manges correctement ? » demande-t-elle, les sourcils froncés.

« Je mange assez bien. » Tetsuhito avait offert à Miyo un sourire fade et ambigu. « Il est très tard dans la nuit, alors si vous voulez bien m’excuser, nous allons partir. Allons-y, Yuuto. »

D’un coup de menton, il fit signe à Yuuto de le suivre. Il se retourna alors et commença à s’éloigner immédiatement.

Cela avait laissé Yuuto abasourdi. Il n’a même pas attendu ma réponse, ce satané égoïste !

Normalement, Yuuto n’était pas le genre d’homme mesquin qui se laisse irriter pour cela. En fait, il était normalement assez tolérant pour rire des choses et pardonner les petites offenses de ce genre. Mais pour une raison inconnue, lorsqu’il s’agissait de son père, ses sentiments antagonistes l’emportaient toujours sur sa capacité à raisonner.

Ceci étant dit, il ne pouvait pas rester plus longtemps dans la maison de Mitsuki et imposer ça sa famille. Et il n’avait pas non plus d’autre endroit où aller.

« … Tch. » Avec un seul claquement de langue irrité et un langage corporel qui montrait clairement son refus d’obéir, Yuuto commença à marcher lentement derrière son père.

 

 

Il avait pensé un instant à la possibilité de refuser obstinément de rentrer chez lui et de choisir de dormir dans la rue, pour ainsi dire, mais il ne pouvait pas appeler cela un plan réaliste.

Il était porté disparu depuis presque trois ans, et c’était une petite ville. Il ne serait pas avantageux pour lui de faire quelque chose qui attirerait l’attention des gens de la communauté et ferait de lui le sujet de commérages, ou pire.

Il en était pleinement conscient dans sa tête, bien sûr, mais ses sentiments ne voulaient pas jouer le jeu et l’admettre, et il s’était résolument mis en colère.

Les deux hommes marchèrent sur la route en silence pendant un moment, mais finalement celui qui n’en pouvait plus et qui parla le premier fut Yuuto.

« Donc, tu ne vas pas me demander quoi que ce soit ? »

À peu près à mi-chemin, il avait lancé cette question sans ménagement à la silhouette de dos de son père, qui avançait lentement devant lui dans l’obscurité éclairée seulement par la lumière de la pleine lune.

À ce moment-là, son père s’était finalement arrêté de marcher et s’était tourné vers lui.

Se trouvant face à face avec son père pour la première fois depuis si longtemps, Yuuto put constater que l’homme avait l’air un peu plus maigre et hagard. Mais la ligne fine de sa bouche et son expression légèrement maussade correspondaient parfaitement au père des souvenirs de Yuuto. Avec ce visage de pierre, il était difficile de savoir ce qu’il pensait.

Le père de Yuuto le regarda droit dans les yeux, puis dit : « Hm. Est-ce que tu t’es maintenu en bonne santé ? »

« Est-ce ce que tu demandes ? » cracha Yuuto.

Après tout, un seul regard sur Yuuto devrait suffire à son père pour savoir qu’il était en bonne santé physique.

Le fils de cet homme venait de rentrer à la maison après avoir été absent pendant trois ans, sans que l’on sache où il se trouvait.

L’homme pouvait lui poser des questions difficiles sur son passé, le réprimander avec colère et lui donner un bon coup de poing pour faire bonne mesure, ou même se précipiter pour l’embrasser les larmes aux yeux. N’était-ce pas le genre de choses qu’un parent normal devrait faire ?

Pour le moins, cette attitude morne et détachée n’était pas normale.

« Bien sûr, si tu essayais soudainement de jouer au papa modèle avec moi, ce serait de toute façon tout simplement dégoûtant, » déclara Yuuto en se moquant.

C’était l’homme qui avait abandonné la mère de Yuuto — sa propre femme ! — en choisissant de donner la priorité à son travail de forgeur de sabres plutôt que de venir à ses côtés lorsqu’elle était sur son lit de mort.

Yuuto ne s’attendait pas du tout à ce qu’il ressente des sentiments humains normaux. Non, il n’attendait rien du tout.

« … Est-ce bien ça ? »

« Ngh... ! »

Yuuto serra les dents et lutta pour se contrôler alors que son père lui donnait raison et reculait sans réagir.

Pour Yuuto, son père était l’homme qu’il méprisait le plus dans ce monde.

Donc, si cet homme qu’il détestait tant était indifférent à son égard, pourquoi devait-il s’en soucier à ce stade ? En fait, cela ne devrait-il pas être rafraîchissant plutôt qu’exaspérant ?

Mais malgré cette logique dans sa tête, Yuuto était assailli par les émotions de colère qui tourbillonnaient au fond de lui.

 

« Cet endroit est vraiment devenu merdique, hein ? » Yuuto se le murmura à lui-même, frustré, en levant les yeux vers son ancienne maison pour la première fois en trois ans.

C’était l’archétype de la maison de style japonais, encore assez courante à la campagne, haute de deux étages avec un toit classique en tuiles d’argile. Mais, elle était un peu différente de la maison dans les souvenirs de Yuuto.

Le potager que sa mère avait autrefois entretenu comme un passe-temps était maintenant complètement envahi par les mauvaises herbes, et l’étendoir en métal pour faire sécher le linge dans la cour avait rouillé et n’était plus qu’un tas de ferraille.

La fente à lettres et la boîte aux lettres de l’entrée principale débordaient toutes deux de liasses de papiers qui semblaient pouvoir se déverser à tout moment.

Pourtant, l’édifice lui-même était le même que d’habitude.

« Je suppose que… que je suis vraiment à la maison, » avait-il murmuré.

Depuis la mort de sa mère, cette maison lui était insupportablement désagréable. Il avait voulu s’enfuir et aller ailleurs dès qu’il le pouvait.

Obligé de continuer à dépendre de l’homme qu’il détestait pour survivre, il était constamment irrité par sa propre impuissance.

Et pourtant, maintenant, il ne pouvait s’empêcher de sentir des vagues de nostalgie l’envahir. Les souvenirs qu’il s’était faits en vivant ici lui revenaient, les uns après les autres, et il sentait les coins de ses yeux s’échauffer.

Aussi délabrée qu’elle puisse être, c’était la seule et unique maison dans laquelle Yuuto avait été élevé.

« J’ai gardé ta chambre comme tu l’as laissée. Vas-y et utilise-la, » déclara sèchement son père en tournant la clé dans la porte d’entrée.

Dis-moi au moins « Bienvenue à la maison », pensa Yuuto avec irritation, mais lorsque la porte s’ouvrit devant lui, ces sentiments furent balayés en un instant.

C’est parce qu’une odeur forte et désagréable s’était répandue jusqu’à lui.

C’était difficile à cerner, mais la base était probablement le goudron de la fumée de tabac. C’était un peu comme l’odeur de la voiture de son père dont il se souvenait. Mais il y avait aussi quelque chose comme la puanteur de la vieille sueur et de l’alcool.

En un mot, ça puait comme la maison d’un homme.

Alors que Yuuto restait immobile et ne bougeait pas pour entrer dans la maison, son père l’interpella avec méfiance. « Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Ne me dis pas ça, » grogna Yuuto. « Qu’est-ce qui se passe avec cette odeur ? »

« L’odeur ? » Tetsuhito renifla quelques fois, mais ne sembla pas remarquer quelque chose de particulier. Comme cela arrivait souvent, l’odeur qui émanait d’une personne vivant dans un lieu n’était pas facilement perceptible par cette personne elle-même.

« C’est vrai…, » Yuuto avait poussé un long soupir. Du vivant de sa mère, cet endroit sentait tellement plus propre, avec le léger parfum des fleurs dans l’air. Le fait qu’il soit réduit à ça était tout simplement déplorable.

Jusqu’à quel point cet homme veut-il dénigrer sa propre maison ?

« Oublie ça, » murmura Yuuto. L’idée de continuer à parler de ce sujet lui paraissait soudain très pénible, aussi rompit-il rapidement la conversation.

Il avait passé toute la journée du matin au soir à commander une armée sur le champ de bataille, ce qui l’avait épuisé mentalement. Et juste au moment où il pensait que c’était fini, il avait été ramené au 21e siècle, réuni avec Mitsuki, interrogé par sa famille, et ensuite forcé de revoir son père.

Il s’était passé tellement de choses aujourd’hui que, honnêtement, il se sentait trop épuisé pour vouloir faire ou penser à autre chose.

Le fait de voir son ancienne maison avait finalement dénoué la tension qui le retenait jusqu’à présent.

***

Si vous avez trouvé une faute d’orthographe, informez-nous en sélectionnant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée s’il vous plaît. Il est conseillé de se connecter sur un compte avant de le faire.

Un commentaire :

Laisser un commentaire