Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 7 – Acte 1 – Partie 2

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Chapitre 1 : Acte 1

Partie 2

C’était le genre de pression qui aurait normalement fait trembler un jeune homme de l’âge de Yuuto et qui l’aurait fait se replier sur lui-même. Et le Yuuto d’avant son envoi à Yggdrasil aurait fait exactement ça.

Mais Yuuto avait salué poliment l’homme et s’était incliné, sans montrer qu’il était intimidé. « Je le suis. Cela fait longtemps, Monsieur Shimoya. »

Depuis qu’il était devenu patriarche d’un clan à Yggdrasil, il avait souvent été contraint de mener des négociations difficiles avec des personnes suffisamment effrayantes pour faire fuir un yakuza. Une situation comme celle-ci n’était plus suffisante pour perturber son calme. En effet, il se comportait avec confiance.

Cependant, ce même sentiment de confiance et de calme était comme verser de l’huile sur le feu pour Shigeru, qui était déjà presque dans un accès de colère. « Ne me dites pas “ça fait longtemps”, vous… ! Pourquoi étiez-vous dans la chambre de ma fille !? Et en plein milieu de la nuit ! »

Avec un bam ! Shigeru avait violemment écrasé son poing sur la table et avait crié. C’était une réaction parfaitement naturelle pour un père d’une fille adolescente.

« Eh bien, vous me demandez “pourquoi”, mais…, » Yuuto avait eu du mal à trouver une bonne réponse.

La raison pour laquelle il était apparu dans la chambre de Mitsuki à son retour dans ce monde était probablement le miroir divin qu’elle gardait avec elle, pris dans son sanctuaire d’origine dans les bois. Mais même s’il disait cela, il ne voyait aucune chance que Shigeru le croie.

« J’ai entendu parler de vous par ma femme, » grogna Shigeru. « Où avez-vous gâché votre vie ces trois dernières années, hein ? Si vous croyez que je vais permettre à un délinquant comme vous d’avoir une relation avec ma fille, vous pouvez… »

« Très bien, ça suffit. » Une femme d’âge moyen, dont les yeux ressemblaient beaucoup à ceux de Mitsuki, avait coupé la parole à Shigeru, en appuyant un doigt sur sa joue pour le calmer. « Tu t’échauffes trop, mon cher. »

« Tante Miyo… » Yuuto connaissait très bien cette femme.

C’était Miyo Shimoya, la mère de Mitsuki et une femme qui était comme une seconde figure maternelle pour lui. Quand Yuuto était petit, elle s’était occupée de lui à la place de sa défunte mère, physiquement fragile.

« Oh, Yuu-kun, tu es devenu un jeune homme très séduisant alors que je ne regardais pas, » dit Miyo. « Si j’avais seulement vingt ans de moins, je ne pense pas que je pourrais te laisser tranquille, mm-hm. »

« Toi… !? »

« Maman ! »

Son mari et sa fille s’étaient mis à crier en même temps, l’air embarrassé.

Miyo sourit et émit un petit rire aigu, apparemment très amusée par leurs réactions. « Vous êtes toutes deux biens trop agités, et pour une blague aussi clichée, en plus. Vraiment, tel père, telle fille. »

« Ngh... » Cette fois, Shigeru et Mitsuki étaient devenus tout rouges et avaient jeté un regard furieux à Miyo.

Yuuto pouvait comprendre un peu leurs sentiments. La dernière fois qu’il avait rencontré Miyo, c’était il y a trois ans, mais elle n’avait pas changé d’un iota depuis. Elle devait avoir au moins une quarantaine d’années, mais elle avait encore l’air d’avoir une vingtaine d’années, assez belle et jeune pour qu’on la prenne pour la grande sœur de Mitsuki.

« Allons, mon chéri, » dit Miyo. « Prends du thé et calme-toi, d’accord ? »

« … Hmph ! » Shigeru grogna avec déplaisir, mais il prit la tasse de thé qu’on lui offrait rudement dans ses mains et commença à la siroter. Il semblait qu’au moins, cet échange ait fait disparaître la tension empoisonnée de l’air.

Ensuite, Miyo avait donné du thé à Yuuto et Mitsuki, puis elle s’était assise à côté de Shigeru.

En contraste avec le ton doux et un peu ridicule qu’elle avait adopté jusqu’à présent, Miyo regarda Yuuto dans les yeux avec une expression très sérieuse. « Maintenant, je ne vais pas te sauter à la gorge comme cette personne, mais je vais te demander de me dire ce que tu as fait jusqu’à maintenant, d’accord ? »

Elle semblait calme en apparence, mais il pouvait sentir des vagues de colère calme émaner d’elle.

Pour Yuuto, elle était franchement une ennemie bien plus redoutable à affronter que Shigeru. Elle était quelqu’un qui s’était occupé de lui au fil des ans, d’aussi loin qu’il se souvienne, et son sentiment de respect faisait qu’il avait du mal à ne pas la considérer comme au-dessus de lui.

Yuuto avait dégluti. « Hmm, je suis sûr que vous avez entendu l’histoire par Mitsuki, mais… »

« Ahh, c’est vrai, elle a dit que tu avais été transporté dans un autre monde. » Miyo avait tapé dans ses mains en disant cela, comme si elle venait de s’en souvenir. « Alors, ces vêtements sont censés être une tenue de ce monde ? Tu es vraiment bien préparée. C’est du “cosplay”, comme on dit, non ? »

Alors que Miyo parlait, la pression de son regard ne faiblissait pas. Ses yeux semblaient lui crier : « Ne crois pas que tu peux t’amuser à te moquer de tes aînés ! »

Comme il s’en doutait, Yuuto n’allait pas pouvoir faire croire à quelqu’un aussi facilement. Et il ne mentait pas ni n’omettait la vérité d’aucune façon, ce qui rendait la situation doublement difficile à gérer.

Comment puis-je expliquer cela de manière à ce qu’ils comprennent que je dis la vérité ? Non, pour commencer, est-ce même possible ? Yuuto était perdu, et alors qu’il se tapotait le front d’un doigt en réfléchissant, il sentit une sensation froide et dure contre son doigt.

« Ah, oui. Tiens, veux-tu bien jeter un coup d’œil à ça ? » Yuuto s’était empressé de retirer son bandeau métallique décoratif et de le tendre à Miyo.

Il scintillait d’or en captant la lumière blanche des lampes électriques d’intérieur.

« Oh, comme c’est joli. Il a l’air si bien fait… »

« Il se trouve qu’il est fait d’or pur. »

« P-Pur !? » Le regard de Miyo avait changé. Comme on pouvait s’y attendre, en tant que femme, elle portait un grand intérêt à ces accessoires ornementaux.

« N’hésite pas à l’examiner, » lui déclara Yuuto.

« Tu dis cela, mais je ne suis pas un évaluateur professionnel, donc je ne peux pas être sûre de savoir si c’est un vrai ou un faux. »

« Je ne vois pas d’inconvénient à ce que tu l’apportais à un professionnel, ou à un prêteur sur gages, pour qu’il soit examiné sur place. »

« Est-ce vraiment de l’or pur ? » Miyo avait hoché la tête. Elle semblait avoir glané dans la confiance franche de Yuuto qu’il ne mentait pas. Elle commença à manipuler le bandeau ornemental avec beaucoup plus de précautions.

Il pesait au moins 300 grammes environ, soit nettement plus que le modèle moyen d’un smartphone. Une telle quantité d’or pur, même à l’état brut, se vendrait normalement autour d’un million de yens.

De plus, il s’agissait du type d’ornement généralement porté par un seigneur souverain. La surface de l’objet était travaillée dans les moindres détails. Si l’on essayait d’acheter un objet de la même facture dans le Japon d’aujourd’hui, il coûterait facilement au moins plusieurs millions de yens.

La famille Shimoya était une famille normale, de classe moyenne. Avec un objet d’une telle valeur entre les mains, il n’était pas déraisonnable de ressentir une certaine inquiétude à l’idée de l’endommager accidentellement.

Yuuto avait poursuivi. « J’étais donc un enfant fugueur qui n’avait même pas terminé le collège, sans véritable emploi, oui ? En un peu moins de trois ans, pensez-vous vraiment que je serais capable de mettre la main sur quelque chose comme ça tout en menant une vie normale ? »

« … Non, je ne pense pas, » dit lentement Miyo. « Tu aurais du mal à survivre. Tu n’aurais jamais la marge de manœuvre nécessaire pour t’offrir quelque chose comme ça. Surtout avec l’économie telle qu’elle est ces derniers temps. »

Miyo avait poussé un long soupir. Elle ne semblait pas encore prête à tout croire, mais elle n’était plus décidée à nier complètement les prémisses.

Avec cela, Yuuto avait passé le premier obstacle majeur.

« Alors, que faisais-tu dans cet autre monde ? » demanda-t-elle.

« Hum, je suppose que j’étais pour ainsi dire comme un roi…, » dès que les mots avaient quitté sa bouche, Yuuto avait grimacé.

Il venait tout juste de réussir à faire en sorte que quelqu’un commence à l’écouter sérieusement, et il avait dit quelque chose qui semblait tellement irréaliste qu’il aurait pu aussi bien se retrouver au point de départ.

Cela aurait été beaucoup plus réaliste s’il avait simplement dit qu’il utilisait les connaissances du Japon du 21e siècle pour s’enrichir dans un monde sans ces connaissances. Techniquement, ça n’aurait même pas été un mensonge.

« Hmm, cela semble assez farfelu, et normalement je ne penserais même pas à y croire… »

« … Ouais… »

« Mais bon, je te connais depuis que tu es petit, Yuu-kun, et tu ne serais pas assez stupide pour essayer de me tromper avec un mensonge aussi stupide. Si tu devais mentir, tu en choisirais un meilleur, non ? »

« Oui, tu as raison, » dit Yuuto. « Je dirais que j’ai gagné ma vie dans un pays étranger, ou quelque chose comme ça. »

« Oui, c’est ce que je pense. » Miyo avait porté une main à sa joue et avait poussé un long soupir.

En tant que preuve physique, le bandeau décoratif représentait un effort bien trop important pour que son histoire soit un simple mensonge. D’un autre côté, l’histoire elle-même était trop tirée par les cheveux pour être considérée comme vraie.

Si Yuuto avait été à sa place, il aurait certainement été tout aussi troublé par la façon de gérer cette situation.

« Je dois dire que je n’arrive pas encore à croire à toute ton histoire, » dit Miyo, puis elle laissa échapper un petit sourire. L’intensité avait disparu de son expression, et elle était redevenue la femme douce et gentille que Yuuto connaissait. « Mais je vais le répéter : tu es devenu un homme bien, Yuu-kun. Tout à l’heure, tu es resté calme pendant que mon mari s’emportait contre toi, et tu t’es bien comporté en répondant à mes questions. Tu as été splendide. Je peux dire, juste à partir de cela, que tu as dû traverser beaucoup d’épreuves au cours de ces trois dernières années. Tu as vraiment travaillé dur, n’est-ce pas ? »

En recevant ces mots d’éloges de Miyo, Yuuto avait senti ses yeux devenir chauds en raison de l’émotion. « … Oui. »

Il avait été jeté dans un monde sous-développé, et avait été forcé de survivre avec un désespoir frénétique.

Par la mort, il avait été forcé de se séparer du patriarche précédent, qu’il avait vraiment aimé et respecté. Par la trahison, il avait été forcé de se séparer de son frère juré, envers qui il se considérait comme redevable. Et il avait été forcé à assumer la pression de diriger une nation en tant que patriarche. Tout cela était un lourd fardeau pour un jeune homme encore à mi-chemin de son adolescence. Ces jours avaient été vraiment cruels.

Que quelqu’un l’ait reconnu en tant que tel, même si ce n’était qu’en paroles, avait rempli son cœur de bonheur et de chaleur.

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