Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 6 – Acte 6 – Partie 5

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Acte 6

Partie 5

Jusqu’à présent, ils avaient repoussé l’assaut du Clan de la Panthère, la forteresse de Gashina avait été capturée, et maintenant ils avaient obtenu des renforts de l’unité Múspell. Avec le moral et la confiance que cela leur avait procurés, ils n’avaient pas pu s’empêcher de continuer d’avancer.

« Arrêtez-vous ! J’ai dit d’arrêter ! Si quelqu’un essaie de les poursuivre, je le couperai de mes propres mains ! » Sigrun encouragea son cheval et courut devant les troupes du Clan du Loup, leur criant dessus.

Elle avait aussi utilisé le bout de sa lance pour frapper le soldat le plus près d’elle… sans retenir le moindrement sa force.

Sur ce, les troupes du Clan du Loup qui s’étaient temporairement oubliées étaient finalement revenues à la raison et elles s’étaient arrêtées. Certainement, aucun d’entre eux n’était sur le point d’essayer de se frayer un chemin à travers le Mánagarmr.

« Bon travail, madame. » Le vice-capitaine de l’unité de Múspell, Bömburr, s’approcha d’elle et lui fit un sourire ironique. « Tu étais quand même un peu extrême, non ? »

Sigrun venait de se précipiter dans l’espace où les flèches ennemies volaient, en risquant même de renverser certains de ses alliés.

« C’est parce que Père nous a prévenus de ne pas prendre le risque de courir après les cavaliers du Clan de la Panthère, » lui répondit Sigrun.

« C’est ce qu’il a fait. C’est vraiment un ennemi gênant, n’est-ce pas ? Nous ne pouvons même pas les attaquer alors qu’ils battent en retraite… » Bömburr était parti à la traîne.

La majorité des pertes et des captures d’une armée au cours d’une bataille avaient été faites lors d’attaques subséquentes contre un ennemi en retraite.

S’ils ne lançaient pas d’attaques de poursuite contre les forces ennemies, ils ne pourraient pas leur infliger de dommages mortels décisifs.

Cependant, comme nous venions de le démontrer, s’ils essayaient d’attaquer les cavaliers du Clan de la Panthère en retraite, ils se heurteraient à une contre-attaque terriblement efficace.

« Merde, ils sont vraiment agaçants. » Sigrun poussa un grand soupir.

Elle avait également été forcée d’admettre que le jugement du commandant ennemi dans cette affaire avait été sans appel.

Constatant que son équipe avait un bon moral et qu’elle était impatiente de se battre, ils avaient immédiatement changé de tactique pour en tirer parti à leur avantage. Le Clan de la Panthère avait minimisé les pertes de leur propre camp et en avait livré davantage au Clan du Loup.

Si Sigrun n’avait pas arrêté ses alliés, leur volonté accrue de se battre aurait été dépensée en vain et à grands frais.

Yuuto s’en serait probablement rendu compte tout aussi rapidement et leur aurait ordonné de s’arrêter, mais avec le retard dans la transmission des ordres, plus de pertes auraient été inévitables.

Ils étaient vraiment confrontés à l’ennemi le plus vexant et le plus frustrant.

 

☆☆☆

« Heh heh heh heh, ha ha ha ha ha ha ha ! Ahh, tu m’as encore eu ! » En riant de joie, Steinþórr inclina la tête en arrière et se mit une paume de main sur le front.

Un soldat du Clan du Loup voisin n’avait pas manqué cette ouverture et avait attaqué, mais Steinþórr avait attrapé la lance de l’homme de l’autre main et les avait fait tourner tous les deux un peu avant de les jeter sans but sur le côté.

« C’est juste un tour après l’autre avec toi. Je ne sais même pas d’où tu sors tout ça. Franchement, tu es comme un magicien ! »

À en juger par la nature des acclamations et autres bruits qui résonnaient autour de lui sur le champ de bataille, il pouvait saisir dans une certaine mesure le déroulement général de la bataille.

L’effectif total du Clan de la Foudre était nettement inférieur à celui du Clan du Loup. C’est pourquoi il s’était concentré autant que possible sur l’attaque, mais il semblerait que cela se soit retourné contre lui. Il ne pouvait que s’asseoir et s’émerveiller des capacités de planification du patriarche du Clan du Loup, de voir tout cela à l’avance et d’en rendre compte.

Tout comme lors de la bataille de la rivière Élivágar, et plus tôt dans la bataille d’aujourd’hui avec la formation qui l’avait entouré, il avait constamment été maintenu dansant dans la paume de la main de son adversaire.

Les attaques et les agressions de Steinþórr avaient continué d’être éludées avec agilité, et chaque fois, avant même qu’il ne s’en rende compte, il avait été pris au piège dans une situation désavantageuse.

C’était exactement comme les histoires que les gens racontaient sur les gens qui étaient complètement absorbés par la magie d’escrocs inhumains telles les sorcières et les fées.

Mais pour Steinþórr, c’était merveilleux. Il y avait un autre homme qui était clairement plus fort que lui. Rien ne pouvait faire danser son cœur avec plus de plaisir que cela !

« Tch, c’est vraiment dommage, mais je suppose que je dois me retirer pour l’instant. » Claquant sa langue dans la frustration, Steinþórr secoua la tête et haussa les épaules.

Les troupes du Clan de la Foudre étaient déjà à leur limite en termes de moral et d’endurance.

Ils se battaient sans arrêt depuis le matin, puis ils avaient été plongés dans une situation vraiment désespérée lorsque la formation ennemie les avait piégés des deux côtés.

Ils avaient déjà dépensé toute leur énergie dans une lutte entre la vie et la mort pour sortir de ce piège.

Il leur avait donné une courte pause avant de faire demi-tour et de les ramener sur le champ de bataille, mais ce n’était pas suffisant pour dissiper leur fatigue. Bien sûr, leurs blessures n’étaient pas non plus guéries.

Il n’avait réussi à les pousser à l’action qu’une dernière fois avec la promesse d’une récompense appelée victoire. Et la situation était ce qu’ils avaient obtenu à la place.

Ils avaient essayé d’aller de l’avant avec leur élan, mais tout aussi rapidement, le vent s’était détaché de leurs voiles.

C’est à ce point que cela leur avait brisé le moral en apprenant que la forteresse de Gashina leur avait été enlevée. Cela signifiait que leur principale voie d’approvisionnement et leur route de retour à la maison étaient coupées, et c’était un gros problème.

Cela signifiait que, tout en étant ceux qui étaient les plus épuisés physiquement et mentalement, leur ennemi les avait dépouillés de l’une des sources de leur moral.

La tension de la bataille qui les retenait se brisa comme un fil de fer, et maintenant même Steinþórr lui-même ne serait plus capable de les réveiller.

Les batailles en temps de guerre n’étaient pas livrées entre individus.

Steinþórr était un guerrier hors pair qui pouvait se battre seul contre une centaine d’ennemis, mais sans une armée de soldats à ses côtés, il ne pouvait pas faire grand-chose pour gagner.

« Très bien, les gars, on se replie pour l’instant ! » Steinþórr parla. « Je m’occupe de l’arrière ! »

« … !! » Un frisson avait traversé les troupes du Clan de la Foudre, et plusieurs d’entre elles avaient suffoqué en même temps.

Le commandant en chef était la personne qui devait d’abord s’échapper pour se mettre à l’abri, et le fait qu’il soit le chef de l’arrière-garde était sans précédent.

« Vous n’êtes pas sérieux, mon Père !? » cria un de ses subordonnés.

« Il a raison, mon Père ! » s’écria un autre. « Nous tiendrons l’ennemi à distance pour vous, alors s’il vous plaît, fuyez d’abord ! »

Naturellement, en tant que ses subordonnés directs, ils pouvaient plaider directement auprès de lui. Cependant, leur patriarche était un jeune homme têtu, et une fois qu’il s’était fixé un objectif, il ne le changeait jamais.

Steinþórr se moqua d’eux et leur fit signe de la main avec mépris. « Croyez-vous que je serais le premier à fuir une bagarre ? Qui se soucie des détails, de toute façon ? Détendez-vous et ne vous inquiétez pas. Je ne vais pas mourir ici. Après tout, je dois survivre pour pouvoir me battre à nouveau contre lui. »

 

☆☆☆

Après avoir confirmé que le Clan de la Panthère et le Clan de la Foudre retiraient leurs armées, Yuuto s’enfonça dans son char.

« On a réussi à s’en sortir d’une façon ou d’une autre. »

Sans qu’il s’en rende compte, le soleil s’enfonçait déjà à l’ouest, et le ciel à l’est était plus bleu foncé, avec le disque de la pleine lune qui se levait.

« Mon corps est encore plus lourd que lorsque j’ai été frappé par ce sort de Læðingr… » gémit-il. C’était probablement dû à la tension constante sur le champ de bataille qu’il avait endurée depuis le matin. Son corps avait probablement dépassé la limite de ce qu’il pouvait normalement supporter, du point de vue de la fatigue.

Il avait essayé de lancer une attaque contre les deux armées en fuite, mais toutes deux avaient fait preuve d’un jugement et d’un timing remarquables dans leur retraite, et avaient donc subi peu de pertes.

En fait, selon les rapports des éclaireurs de la région, ils s’étaient rendus dans une zone à deux heures de marche vers le sud et se reposaient tout en surveillant les ouvertures potentielles dans sa garde.

Cela avait été difficile, mais cette bataille pouvait être considérée comme la victoire du Clan du Loup. Mais il semble que le vrai duel ait été reporté à quelques jours plus tard.

« Pourtant, je n’arrive pas à croire que le Clan de la Panthère et celui de Clan de la Foudre aient uni leurs forces, » gémit-il. « C’était vraiment horrible. »

« Hee hee, mais quand même, tu les as brillamment repoussés. Impressionnant comme toujours, Grand Frère. Voilà pour toi. » Félicia tendit une tasse de thé à Yuuto.

« Oh, merci. » Yuuto prit une gorgée et expira une longue respiration. « Ahh, c’est vraiment frappant. »

Sa gorge avait été desséchée par les nerfs, et le thé était incroyablement délicieux.

« Nous sommes vraiment en sécurité tant que tu es ici avec nous, Grand Frère, » lui avait assuré Félicia.

« Hé, allez, tu sais qu’un jour je devrai y aller… »

« Le temps est venu pour l’obscurité de remplacer la lumière du soleil. »

Soudain, une voix reconnue par Yuuto résonna dans sa tête, et comme en réponse aux mots qu’elle récitait, il sentit son cœur battre plus fort.

Ba-thump.

Dans son esprit, il pouvait voir la belle silhouette à la peau brune de la même fille qu’avant. La dernière fois, c’était un peu indistinct, mais maintenant la vision d’elle et le son de sa voix étaient clairs comme du cristal.

« Que les chaînes de la Sainte-Alliance se délient maintenant, afin que le loup affamé emprisonné soit libéré. »

« Encore toi !? » s’écria Yuuto.

« Grand Frère !? Qu’est-ce qui ne va pas !? » Alarmée par le cri soudain de Yuuto, Félicia se tourna vers lui.

Naturellement, Félicia ne pouvait pas voir ou entendre l’autre femme. Cependant, elle était capable de sentir quelque chose.

« Qu-Qu’est-ce que…, » commença Félicia. « Est-ce de la magie !? »

« C’est Sigyn ! Sigyn active à nouveau son seiðr ! » s’exclama Yuuto.

« Ah ! Tu veux dire l’utilisatrice de seiðr qui a épousé mon frère !? »

« Ouais ! » Hochant la tête, Yuuto concentra son regard sur la figure dansante de Sigyn.

Comme avant, elle était vêtue d’une tenue provocante et sensuelle, et présentait une silhouette à la hauteur. Mais pour l’instant, il n’était pas d’humeur à entretenir des pensées lascives.

Au lieu de cela, c’est une anxiété inexplicable qui l’avait saisi. Au fil des secondes, Sigyn, dans son esprit, termina son sort.

« Fimbulvetr !! »

Avec ce dernier mot de pouvoir prononcé, Yuuto pouvait sentir quelque chose, comme si une force invisible qui le liait avait été arrachée.

Non pas qu’il se soit affaibli ou aminci — il s’était cassé et s’était dispersé, disparaissant complètement.

Il était certain qu’il pouvait le sentir.

« Grand Frère !? Ton corps est… ! » s’écria Félicia quand le corps de Yuuto redevient translucide.

Cette fois, ça ne s’était pas arrêté là.

Soudain, Yuuto eut l’impression de flotter, comme si le sol en dessous de lui avait soudain disparu, et le monde qui l’entourait semblait s’estomper. « Wôw ! »

Il avait reconnu ce sentiment.

C’était exactement ce qu’il avait ressenti la nuit où il était venu pour la première fois à Yggdrasil — la sensation de traverser des mondes.

« Grand Frère ! » Les cris de Félicia semblaient venir de loin.

Non seulement cela, mais son apparence dans sa vision devenait floue et ondulée.

 

 

Il semblait qu’il n’aurait même pas eu le temps de la laisser avec des mots d’adieu.

« I-Ici ! Prends ça… ! » Par réflexe, Yuuto fouilla dans sa poche et jeta quelque chose sur Félicia.

C’était fini à l’instant d’après. Félicia et le monde avaient été effacés de sa vue, ne laissant que du noir, et puis le monde était revenu.

Et la chose suivante qu’il avait vue…

« Quoi !?? Y-Yuuu-kun !? »

… était le visage de son amie d’enfance, la fille qu’il avait passé trois longues années à attendre pour la revoir.

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