Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 6 – Acte 6 – Partie 2

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Acte 6

Partie 2

« Monsieur, le Seigneur David a été tué au combat ! » cria un messager.

« L’ennemi s’enfonce plus profondément dans la formation ! » un autre s’était joint à nous.

« Monsieur, un message de l’unité Alrekr ! Demande urgente de renforts ! »

Les uns après les autres, les messagers des unités sur le terrain étaient arrivés pour apporter les rapports à Yuuto, tous mauvais.

« Argh ! À ce rythme-là… » Yuuto avait grincé des dents.

La situation ne faisait que s’aggraver. Yuuto avait été vaincu par un sentiment d’appréhension terrible. Une armée sur le terrain était-elle vraiment si fragile qu’une fois qu’elle commençait à s’effondrer par endroits, elle pouvait s’effondrer si facilement dans une réaction en chaîne ?

Il serra les dents encore plus fort. Cette expérience avait été une première pour lui.

« Si seulement Skáviðr était ici, alors… » Dans un moment de faiblesse, ces mots tombèrent des lèvres de Yuuto.

L’homme qui avait déjà porté le titre de Mánagarmr, le vétéran expérimenté qui avait toujours été si calme, aurait certainement pu lui donner des conseils précis, même dans cette situation désespérée.

Ou peut-être Skáviðr aurait-il pu se rendre lui-même sur le front, ce qui aurait permis à Yuuto d’avoir un peu plus de temps pour trouver lui-même une solution.

Mais il n’était pas là en ce moment.

Skáviðr était loin, chargé de surveiller la ville de Myrkviðr.

Même en se déplaçant à toute allure sur des chevaux rapides, il faudrait trois jours pour arriver ici.

« Grand Frère, nous devrions nous retirer, » dit Félicia. « L’issue de la guerre est influencée par le timing et la fortune. Même pour quelqu’un d’aussi grand que toi, toutes les batailles ne peuvent pas se terminer par une victoire. Retirons nos forces de cet endroit afin de les reconstruire. »

« Ngh ! » Yuuto grimaça douloureusement aux paroles de Félicia, et se mordit la lèvre inférieure.

Dans sa tête, il le savait déjà. Mais il était encore difficile d’entendre cette réalité douloureuse à travers les mots de quelqu’un d’autre.

« Est-ce vraiment tout ce qu’on peut faire ? » murmura Yuuto, comme s’il luttait pour faire sortir les mots.

Son esprit rationnel lui cria qu’il devait commencer la retraite.

Mais en ce moment, c’était un sentiment de danger différent et plus absurde qui l’emportait sur son cœur.

Ce serait complètement différent de la fausse retraite qu’il avait utilisée pour appâter le Clan de la Foudre. Ils s’enfuiraient dans la défaite.

L’ennemi ne manquera pas de les poursuivre et de continuer à attaquer pendant qu’ils s’enfuyaient.

Dans ces conditions, les forces du Clan du Loup subiraient d’énormes pertes, contrairement à tout ce qu’elles avaient subi jusqu’à présent.

De même, le désastre tomberait sur les habitants de ce territoire.

Les hommes seraient tous tués, les femmes violées et les enfants vendus comme esclaves. Même pour ceux qui avaient réussi à échapper à un tel sort, avec toutes les réserves alimentaires de la région pillée ou détruite, seule la mort par la faim les attendait.

Sun Tzu et Machiavelli avaient tous deux argumenté la même chose dans leurs œuvres : quand la situation l’exige, il faut être logique, voire froid et impitoyable.

Il fallait rapidement se désintéresser de ce qui est désespéré, afin de pouvoir encore protéger ce qui ne l’était pas. C’était la chose la plus sage à faire, et Yuuto l’avait compris.

Mais même ainsi, il n’avait tout simplement pas pu se résoudre à choisir cette option.

Il ne pouvait pas se permettre d’être si cruel.

Malheureusement, peu importe ce que son cœur permettait, la réalité désespérée sur le terrain n’avait pas changé.

Qu’était-il censé faire ?

Comment pouvait-il sortir de cette crise et renverser la situation ?

Ne puis-je rien faire ? Il doit bien y avoir quelque chose !

Yuuto s’était senti amer de ressentiment à l’égard de son propre manque de pouvoir. Dans un moment comme celui-ci, si seulement il avait eu la force écrasante de Steinþórr au combat, il aurait pu sauver tout le monde.

« … Oh ! » Soudain, l’inspiration lui traversa l’esprit comme une révélation venue d’en haut.

C’était une idée terriblement dangereuse.

Cependant, il avait l’impression que la seule chose qu’il lui restait à essayer.

☆☆☆

La ligne de front du Clan du Loup était comme une scène hors de l’enfer, remplie de soldats fous et hurlants.

« Waaaaughhhh !! »

« Eeeek ! »

« D-Dieu, s’il vous plaît… ! »

« Mère ! »

Ils n’étaient plus de fiers combattants du Clan du Loup, ils avaient été réduits à un troupeau de moutons pitoyables, incapables de faire autre chose que pleurer de terreur devant les cavaliers du Clan de la Panthère qui débarquaient et les traquaient.

La peur contrôlait complètement leur cœur. Même l’idée de riposter leur avait échappé depuis longtemps. Chacun d’entre eux avait été consumé par la peur seulement parce qu’il ne voulait pas mourir, luttant pour trouver un moyen de s’échapper et survivre à ce cauchemar.

Ce n’était alors plus qu’une question de temps avant que toute l’armée du Clan du Loup n’emboîte le pas.

C’est là que c’était arrivé.

Le bruit fort et perçant des gongs de guerre en bronze résonna à travers le champ de bataille.

Allié et ennemi se tournèrent de manière réfléchie pour regarder dans la direction du son.

Ils virent alors une foule de combattants du Clan du Loup se diriger dans leur direction, d’innombrables bannières de clans flottant dans les airs.

Ils virent alors le char à la tête de la masse des troupes, ouvrant la voie.

Ils virent le jeune homme tout habillé de noir au sommet !

« Guerriers du Clan du Loup, ne chancelez pas ! » hurla le jeune homme à pleins poumons.

Bien qu’il soit au milieu d’un champ de bataille, sa voix avait atteint les oreilles et le cœur des soldats.

Yuuto avait certainement eu la chance d’avoir lui-même une voix qui portait bien, mais il y avait un facteur plus important en jeu : dès qu’ils virent la figure de leur commandant en chef invaincu, les soldats du Clan du Loup retrouvèrent un peu de leur sang-froid et se calmèrent, ce qui avait permis à sa voix de les atteindre encore mieux.

Yuuto jeta la main et continua à crier. « N’abandonnez pas ! Attrapez vos lances et reprenez votre formation ! Verrouillez les chariots ensemble ! Nous n’avons pas encore perdu ! » cria-t-il de toutes ses forces.

C’était la solution que Yuuto avait trouvée, le seul acte qui pourrait sauver son armée de la mort.

On pourrait dire que c’est imprudent, et c’est peut-être vrai.

Mais c’était aussi la seule chose qu’il pouvait faire pour raviver l’esprit des soldats qui, face à une défaite certaine, avaient perdu toute volonté de se défendre.

Il suffisait de se demander pourquoi les combattants du Clan de la Foudre avaient toujours maintenu un moral aussi anormalement élevé.

La force individuelle de Steinþórr avait joué un rôle, certes, mais c’est parce que leur commandant suprême avait toujours combattu avec eux, menant sur les lignes de front.

L’ancien conquérant de la période Sengoku au Japon, Oda Nobunaga, avait placé d’incroyables généraux comme Shibata Katsuie et Mori Yoshinari à la tête de son armée, mais on disait qu’il avait lui-même quitté sa formation de commandement à l’arrière jusqu’aux lignes de front pour les encourager et lutter à leurs côtés, renforçant leur moral.

Un autre général de Nobunaga, Maeda Toshiie, avait pris le contrôle du domaine féodal le plus grand et le plus prospère du Japon après la fin des guerres de la période Sengoku, et même dans ses dernières années, il s’était rappelé combien il était inspiré personnellement en voyant son chef combattre de près :

« Si le commandant ne fait qu’attendre la fin de bataille dans son camp, une fois la première et la deuxième ligne franchie, l’ennemi se rapprochera sûrement de plus en plus de lui, et il affrontera des défaites auxquelles il ne s’attendait pas. »

Il y avait aussi Alexandre le Grand, qui, même après avoir établi son grand empire, s’était rendu sur les lignes de front en temps de guerre pour encourager ses troupes, souffrant même parfois de blessures pour cette raison.

Pourquoi les soldats seraient-ils tentés de suivre quelqu’un qui se tient en sécurité et qui ne fait que donner des ordres ?

En effet, ils ne le feraient pas. Ils ne seraient inspirés que de suivre quelqu’un qui agissait et les guidait personnellement, sans égard pour le danger.

Il y eut le bruit d’une flèche qui frôla la joue de Yuuto.

Mais il n’avait pas hésité. Il se frappa la poitrine d’un poing et fit rugir le cœur d’un lion à pleins poumons.

« Que tout le monde me fasse confiance ! »

« Yeaaaaaaaahhhhhhhhh !! » Les soldats du Clan du Loup se mirent à hurler en chœur.

Dans leurs yeux, la lumière avait été ravivée, et la flamme de la bataille brûlait à nouveau dans leur cœur.

 

 

« Muahahaha ! Oui, à l’attaque ! Attaquez, attaquez avec tout ce que vous avez ! » Hveðrungr était de bonne humeur, et il riait et criait à ses hommes, les pressant de continuer.

La légion de cavaliers balaya le champ de bataille avec un élan incroyable comme la force des vagues qui déferlaient, éparpillant les soldats de leurs formations, les faisant tomber à terre et les piétinant sous leurs sabots.

En tuant l’ennemi, les combattants du Clan de la Panthère avaient réveillé leur nature bestiale, se jetant sur les soldats du Clan du Loup avec toujours plus de férocité. Ils avaient été propulsés vers l’avant comme s’ils chevauchaient la crête d’une grande vague.

En revanche, face à ces assauts intenses, les forces du Clan du Loup semblaient manquer même de la force nécessaire pour riposter ou lancer une contre-attaque.

Mais c’est alors qu’un groupe inattendu de bannières du Clan du Loup attira l’attention de Hveðrungr. « Hm ? C’est… »

C’était la bannière que Hveðrungr avait un jour aspiré à faire sienne, à l’époque où il était l’homme connu sous le nom de Loptr.

C’était la bannière qui signalait maintenant l’homme qu’il voulait le plus piétiner et tuer de ses propres mains.

« C’est la formation principale du Clan du Loup, celle qui abrite le commandant ! » cria-t-il rapidement à ses troupes. « Tout le monde, visez la formation principale maintenant ! Cependant, ne tuez pas ce morveux de vos propres mains. Quiconque le capturera et le ramènera vivant devant moi, je leur accorderai tout ce qu’ils désirent comme récompense ! »

« Ouaishhhhhhh !! » L’ordre de Hveðrungr avait envoyé une vague d’excitation à travers ses troupes, et ils avaient crié sauvagement comme un seul homme.

Hveðrungr n’était en aucun cas un homme avare.

Tout au long de son règne jusqu’à présent, il avait toujours récompensé ses subordonnés de façon somptueuse pour leur performance. Pour lui, la vengeance contre Yuuto était tout ce qui comptait, et l’accumulation de richesses était loin d’avoir de l’importance.

Ainsi, les membres du Clan de la Panthère savaient tous que leur patriarche était un homme au tempérament effrayant, mais aussi incroyablement généreux. S’il disait qu’il leur accorderait tout ce qu’ils voulaient, cela signifiait qu’ils pouvaient s’attendre à ce qu’il fasse plus que tenir sa parole.

Brusquement inondés d’une motivation nouvelle et plus grande, les cavaliers du Clan de la Panthère avaient surgi comme une seule personne, comme une avalanche, vers la formation principale du Clan du Loup.

Enfin, la victoire de Hveðrungr était à portée de vue.

Il regarda, se léchant les lèvres, attendant que sa cavalerie d’élite se fraye un chemin à travers la formation du Clan du Loup et ramène leur petit commandant haineux aux cheveux noirs.

… Il continua d’attendre.

« Imbéciles, qu’est-ce que vous attendez !? » Hveðrungr s’en était pris à eux avec frustration, car pas un seul rapport de succès ne lui était revenu.

D’après ce qu’il voyait, les lignes de protection de l’infanterie entourant le commandant étaient serrées les unes contre les autres, leurs lances sorties, se battant désespérément et réussissant à peine à retenir la masse de cavaliers armés qui s’approchaient d’eux.

C’était impressionnant, peut-être fallait-il s’attendre à ça des hommes chargés d’assurer la formation principale et de protéger leur patriarche. Le patriarche avait sûrement concentré ses soldats d’élite dans sa formation.

Toutefois, leurs efforts ne pouvaient être que temporaires.

Avec seulement ce nombre de soldats, ils ne pourraient jamais espérer résister indéfiniment à l’assaut féroce du Clan de la Panthère.

Du moins, c’était l’hypothèse qu’avait faite Hveðrungr, mais loin de se frayer un chemin, ses hommes furent repoussés de force et son visage se tordit de rage.

« Comment !?? Pourquoi est-ce qu’ils perdent ? » hurla-t-il.

C’était clairement étrange.

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2 commentaires :

  1. La déesse de la victoire n'a pas abandonner Yuuto 😜

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