Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 6 – Acte 5 – Partie 4

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Acte 5

Partie 4

Avec la brèche dans le mur de chariots, la première ligne de défense du Clan du Loup s’effondra peu après.

Ce rapport était rapidement arrivé à Yuuto.

« C’est techniquement supposé être une tactique avancée de trois mille ans dans le futur, mais ce bâtard est un tricheur à lui tout seul. » Yuuto cracha les mots avec dégoût.

Même pendant leur dernière guerre, à commencer par la phalange invaincue, Steinþórr avait fait son chemin à travers chacune des stratégies de Yuuto tirées de l’histoire future, alors que chacune d’entre elles était sans précédent dans cette ère.

Yuuto avait toujours été méticuleux et précis dans ses stratégies, travaillant toujours en amont pour trouver une « solution gagnante » avant de s’engager dans la bataille. Il ne supportait pas de voir tout ce qu’il avait construit réduit en pièces comme ça. C’était comme si l’homme se battait seul avec la sagesse collective de l’histoire militaire humaine.

Cela dit, même Yuuto soupçonnait en douce que les choses finiraient par en arriver là. Il était choqué, mais pas tant que ça.

Il en va de même pour les troupes du Clan du Loup.

Déjà, ils avaient vu la défense du mur des chariots vaincue une fois par le Clan de la Panthère, bien que cela n’ait été dû qu’à un plan extraordinairement astucieux à ce moment-là. Les troupes savaient que le mur des chariots n’était pas absolu.

Et Yuuto s’était assuré de l’annoncer à l’avance : « Il y a de fortes chances que le Clan de la Foudre parvienne à percer le mur de chariots, mais ne vous inquiétez pas. J’ai un plan. » Ses troupes avaient toutes entendu l’annonce ou étaient au courant.

Grâce à cela, l’ensemble des soldats du Clan du Loup n’était pas tombé dans la confusion, et ils se déplaçaient toujours correctement selon les ordres de Yuuto.

Les soldats de la deuxième ligne de défense semblaient se battre vaillamment contre le Clan de la Foudre en ce moment.

Bien sûr, ils se mesuraient à l’homme connu sous le nom de Dólgþrasir, le Tigre affamé de batailles, ainsi qu’à ses audacieux guerriers du Clan de la Foudre. Et l’ennemi attaquait en utilisant la formation en pointe de flèche, qui se concentrait uniquement sur le labourage des lignes ennemies sans se soucier de rien d’autre.

Le Clan du Loup était complètement repoussé.

Et en plus, ce n’était pas seulement à cause de qui était leur ennemi.

L’avantage écrasant que les alliés du Clan du Loup possédaient sur les autres clans leur avait été retiré.

« Ils… ont tous des armes de fer !? » cria Yuuto.

En effet, l’armée du Clan de la Foudre disposait apparemment d’un tout nouvel équipement.

C’était difficile pour lui d’y croire. Mais il y avait aussi cet énorme parapluie en fer que Steinþórr avait utilisé plus tôt.

Le front de Yuuto était plissé. « Ce n’est pas possible… c’était donc le Clan de la Panthère !? »

Il gémit en s’en rendant compte.

C’était la seule possibilité qui lui venait à l’esprit. Cela expliquerait aussi pourquoi Steinþórr se battait à cheval.

Si ce raisonnement était correct, alors le Clan de la Foudre et le Clan de la Panthère avaient uni leurs forces. Pour le Clan du Loup, il n’y avait pas de plus grande menace que celle-ci.

« Mais je n’ai jamais reçu de rapports à ce sujet de Kristina… » murmura-t-il.

Kristina était une espionne qui pouvait entrer et sortir n’importe où. Mais… elle n’était aussi qu’une seule personne. Elle avait quelques subalternes de confiance qu’elle avait reçue de son père biologique Botvid, mais ils n’étaient pas aussi exceptionnels qu’elle. Naturellement, il y avait une limite à la quantité de bons renseignements qu’ils pouvaient recueillir.

Le cri d’un messager du Clan du Loup avait fait sortir Yuuto de sa pensée. « Monsieur, la deuxième ligne de défense a été franchie ! »

« Tch, merde ! Je n’ai même pas le temps de réfléchir ! »

À l’heure actuelle, il devait tout faire pour régler le problème qui se présentait à lui.

Ce problème était Steinþórr.

Avec un ennemi comme lui, même un seul moment d’insouciance pouvait être fatal.

« C’est vrai. Félicia ! » s’exclama-t-il. « On suit le plan dont on a parlé. Je compte sur toi ! »

« Oui, Grand Frère ! Al, je compte sur toi pour le protéger, d’accord ? »

« Okaaay ! » Albertina avait répondu.

Félicia hocha la tête à la réponse énergique, et avec le secret du plan en main, elle s’avança à cheval.

☆☆☆

« Rraaaaaaagh !! » En hurlant à tue-tête, Steinþórr balança son marteau avec l’élan de son cheval, et il le plongea au plus profond des entrailles du soldat du Clan du Loup qui s’était jeté stupidement sur lui.

L’homme qu’il avait frappé avait été envoyé à reculons, s’écrasant sur quatre ou cinq hommes derrière lui et les envoyant tous tomber au sol.

Steinþórr saisit alors une lance qui le poussa de l’autre côté, et la souleva dans les airs.

« Uwaa !? » s’écria avec surprise le soldat qui tenait la lance.

Sur le champ de bataille, perdre son arme était la même chose qu’être condamné à mort. Le lanceur s’était rabattu sur ce bon sens et avait gardé la poignée de son long manche, mais c’était le début de la fin pour lui.

Il tenait une lance aussi longue que la taille de trois hommes adultes, mais il s’était retrouvé soulevé dans les airs par l’homme qui tenait l’autre extrémité. Pendant un court instant, il sentit sa colonne vertébrale gelée.

« Hragh ! »

Avec un gros effort, Steinþórr fit tournoyer la lance et il écrasa le soldat sur un groupe de ses camarades.

La dernière chose qu’il ressentit fut la sensation de voir son corps écraser ses alliés à mort, avant qu’il ne respire plus à son tour.

« J’en ai vraiment marre de jouer avec ces mauviettes ! Où est ce vieux loup ? » Imprégné du sang de ses ennemis de la tête aux pieds, le Tigre affamé de batailles avait crié ses exigences. « Si tu n’es pas là, je me contenterai de cette louve argentée ! »

Il avait été contraint d’attendre cette revanche pendant six mois.

Il n’avait rien pu faire d’autre que de s’asseoir et d’économiser ses forces, attendant son heure jusqu’à maintenant.

Et pourtant maintenant, il se sentait complètement insatisfait de ce résultat.

Puis Steinþórr s’était arrêté alors qu’il attrapait un bref éclair de cheveux dorés du coin de l’œil. « Hm ! »

Se retournant, il tourna ses yeux vers une belle fille dont l’apparence semblait déplacée sur le champ de bataille.

Il y avait quelque chose de vaguement familier sur son visage.

Ohh, c’est ça, se dit-il, elle doit être l’une d’elles. Cette jeune fille faisait partie du groupe de sept Einherjars qui l’avaient entouré pendant la bataille de la rivière Élivágar.

Bien sûr, c’est tout ce dont il se souvenait d’elle, elle ne l’avait pas vraiment impressionné. En d’autres termes, c’était l’étendue de sa force en tant qu’adversaire.

C’était quand même une Einherjar, il n’y a pas eu d’erreur là-dessus. Elle devrait au moins être un peu plus amusante que les autres petits avortons.

« Heh heh heh heh heh... À ce moment-là, ayons un bon com —, » alors que Steinþórr tournait son cheval pour s’avancer vers la fille aux cheveux d’or, c’était arrivé.

Quelque chose avait scintillé dans la main de la fille.

Qu’est-ce que c’est que ça ? Pensa-t-il, et il plissa les yeux.

« Gah !? » Steinþórr hurla alors qu’une lumière intensément brillante lui fut projetée droit dans les yeux, transformant sa vision en un blanc éclatant.

Il avait tout de suite su ce qui s’était passé.

Ce truc que la fille tenait devait être un miroir.

Elle s’en servait pour réfléchir la lumière du soleil, ajustant habilement l’angle avec précision pour qu’il aille droit dans ses yeux.

Steinþórr tourna rapidement le cou sur le côté et ouvrit à nouveau les yeux, mais la lumière vive l’attendait.

« Préparez-vous, Steinþórr ! » cria la jeune fille.

« MEURT !! » Steinþórr avait entendu le cri de colère d’un soldat du Clan du Loup alors qu’ils l’attaquaient tous en masse.

Lorsque les attaques étaient arrivées, il avait essayé de se défendre normalement, mais la fille aux cheveux dorés avait continué à manipuler le miroir pour que la lumière le frappe toujours dans les yeux au pire moment.

« Putain de merde ! Tu te crois malin avec tes petits tours stupides ? Wh-whoa ! »

Steinþórr recula violemment en essayant d’échapper à la lumière, et tira aussi sur les rênes de son cheval.

Bien sûr, il l’avait fait sans contrôler l’écrasante force de son bras.

Les pattes avant du cheval s’élevèrent en l’air, et il se tenait presque verticalement sur ses pattes arrière.

L’instant d’après, une pointe de lance s’enfonça dans la zone où le corps de Steinþórr se trouvait juste avant.

« Ouf, ce n’était pas loin. » Même pour Steinþórr, cela lui avait fait peur pendant une seconde.

C’était une menace réelle qu’on lui ait volé sa vue en plein milieu de ces attaques.

Une fois de plus, la lumière vive et une lance ennemie le frappèrent.

Mais cette fois, Steinþórr n’avait pas essayé de détourner la tête et avait calmement enfoncé son marteau sur le crâne du soldat attaquant du Clan du Loup.

Il tendit l’autre main dans la direction de la lumière, c’est-à-dire dans la direction de son angle mort, et saisit facilement la prochaine lance d’attaque, la balançant de toute sa force.

« Haaaauugh ! » Avec un cri, il fit tourbillonner son long marteau de guerre, lançant une attaque percutante avec la pointe aiguisée au bas de sa poignée.

Il frappa de nouveau, encore une fois, une poussée après l’autre.

Aucune d’entre elles n’avait raté sa cible.

Chaque coup avait frappé avec une extrême précision, abattant un ennemi.

En quelques instants, il était entouré d’une pile de cadavres du Clan du Loup.

« Non… impossible… comment… !? » Bien que sa vision fût sombre, la voix faible de la jeune fille atteignit facilement ses oreilles aiguisées. On aurait dit qu’elle n’arrivait pas à croire ce qui venait de se passer devant elle.

C’était tout à fait naturel. Steinþórr s’était après tout battu les yeux fermés.

En souriant de façon vicieuse, Steinþórr frappa la poignée de son marteau contre la plaque de métal sur son épaule. « Ha ! Contre de petits alevins comme ça, se battre à l’aveugle est à peu près juste pour un handicap. »

Steinþórr avait été forcé de reculer à cause de la lumière vive parce que ses yeux étaient ouverts. Il n’avait plus qu’à se battre avec elles fermé.

Le petit pincement qui coulait le long de sa colonne vertébrale lui faisait savoir quand une attaque approchait.

Le bruit de l’arme qui traversait l’air lui indiquait exactement quel type d’attaque se préparait, et de quelle distance.

Son odorat pouvait lui dire s’il était à côté d’un allié ou d’un ennemi, ainsi que leur rang.

Avec toutes ces informations à sa disposition, il pouvait se passer de toute vue.

Normalement, bien sûr, ce ne serait pas le cas pour un humain normal, mais pour Steinþórr, c’était certainement le cas.

« D’accord, maintenant arrêtons de jouer et faisons ça. » Steinþórr avait envoyé sur la fille aux cheveux d’or un regard perçant, et il avait pointé son marteau sur elle.

« Ghh… ! » La jeune fille grinça des dents de frustration et tourna son cheval en s’éloignant. Apparemment, elle avait réalisé que son plan avait échoué et s’enfuyait.

Comme si je te laissais partir ! Steinþórr pensa, et il commença à donner un coup de pied à son cheval au galop pour la poursuivre, mais il s’arrêta.

Il y avait quelque chose à propos de l’image de sa fuite, quelque chose qui lui rappelait le vieux loup qu’il avait combattu lors de cette dernière bataille.

Il avait un mauvais pressentiment.

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