Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 4 – Chapitre 3

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Acte 3

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Acte 3

Partie 1

La salle était bordée de douzaines de bureaux alignés, où les enfants sculptaient des lettres sur des tablettes d’argile.

Ils affichaient tous des expressions rigides et, bien qu’ils s’efforçaient manifestement de se concentrer sur le travail devant eux, plus d’un enfant jetait de temps en temps un regard furtif derrière eux.

Un homme d’âge moyen se tenait devant les enfants, lisant à haute voix un récit épique de l’histoire du siège d’Iárnviðr. « C’est ainsi que le Patriarche Yuuto a réussi à vaincre et a chassé les armées alliées du Clan de la Griffe, du Clan des Cendres et du Clan du Croc, sauvant ainsi le Clan du Loup de sa crise de vie ou de mort. »

Il s’agissait d’un vaxt dans la ville d’Iárnviðr, une école pour la formation de futurs scribes et fonctionnaires.

L’enseignant qui dirigeait la classe était un vétéran de vingt ans, et il avait déjà lu cette histoire à haute voix des centaines de fois, alors normalement il aurait pu la réciter mot pour mot de mémoire. Cependant, aujourd’hui, il y avait une hésitation dans sa voix, et il ne parlait pas aussi facilement.

C’était peut-être compréhensible, cependant, car le personnage principal du conte épique était assis à l’arrière de sa classe, observant le processus d’enseignement.

« Entendre parler de ça ainsi est vraiment embarrassant..., » commenta Yuuto.

« Tee hee, » gloussa Félicia. « Mais j’ai entendu dire que les enfants font beaucoup plus attention quand les histoires parlent de toi, Grand Frère. Et les enfants semblent apprendre plus rapidement avec les sujets qui les intéressent. »

Ses paroles avaient fait se souvenir à Yuuto une citation de Confucius, et il avait haussé les épaules dans la défaite. « Bon sang. “Ceux qui connaissent la vérité ne sont pas égaux à ceux qui l’aiment, et ceux qui l’aiment ne sont pas égaux à ceux qui s’en réjouissent”, est-ce bien cela ? »

Étudier quelque chose d’agréable était plus efficace que d’être forcé d’étudier quelque chose d’ennuyeux. Il semblait que la vérité restait constante, quelle que soit l’époque.

Yuuto se tourna vers Éphelia, qui était assise à côté de lui, et posa une main sur sa tête. « Alors, tu penses que tu peux le faire ? »

« Fwah !? » La voix de Yuuto l’avait tellement effrayée qu’elle avait émis un bruit étrange. Apparemment, elle avait été tellement absorbée à écouter le récit qu’elle n’avait plus conscience de ce qui l’entourait. « Oh, e-euh, mais est-ce vraiment bien pour Éphy d’assister à un vaxt ? »

« Il n’y a pas de bien ou de mal à cela, » déclara Yuuto. « Fais-le. C’est un ordre. »

« Oh..., » Éphelia semblait timide et sans confiance, alors Yuuto s’était affirmé pour lui faire comprendre la situation.

Il s’était dit que s’il lui laissait trop de choix en la matière, cela la rendrait encore plus incertaine.

Dans le Japon natal de Yuuto, au XXIe siècle, l’éducation des enfants était obligatoire. Peu importe que l’on veuille aller à l’école ou non, il le fallait.

« Ta tâche, c’est d’étudier ici, » déclara Yuuto. « Si tu as de bonnes notes, tu seras payé en récompense. Si tu travailles dur, tu seras en mesure de réunir plus rapidement les fonds nécessaires à ton but. »

Si un esclave pouvait payer à son maître une somme d’argent équivalente à son prix d’achat, il était alors possible de racheter sa liberté et ses droits en tant que citoyen normal.

Personnellement, Yuuto aurait aimé lui donner l’argent sans condition, mais il n’avait pas les moyens de montrer à Éphelia ce traitement préférentiel. Et s’il devait émanciper tous les esclaves qui travaillent dans le palais, le trésor national du clan s’en trouverait lourdement affecté.

Yuuto était le patriarche du Clan du Loup, mais les fonds du clan n’étaient pas sa propriété personnelle. Il était sérieux quant à sa responsabilité de les utiliser pour le bien du Clan du Loup dans son ensemble, et non pour sa propre satisfaction.

Yuuto ébouriffa vigoureusement les cheveux d’Éphelia, comme s’il lui insufflait son propre esprit combatif. « Travaille dur, d’accord ? Plus vite tu apprendras à écrire, plus mon travail sera facile. »

« O-okay ! Je ferai de mon mieux ! » Éphelia serra ses petites mains en poings devant elle, en se réconfortant.

C’était vraiment une fille sérieuse dans l’âme, comme Yuuto l’avait d’abord pensé.

Il avait le sentiment qu’elle pourrait être à la hauteur de ses attentes.

***

« Ouf, je suis content qu’on ait réussi à la faire accepter ! » Alors qu’il était dans une calèche sur le chemin du retour, Yuuto souriait de satisfaction.

Éphelia pourrait commencer à assister au vaxt tout de suite, à partir d’après-demain. Un voyage de mille milles commence par le premier pas, comme le disait l’adage. Il franchissait ainsi le premier obstacle majeur qui l’empêchait d’atteindre son objectif.

« Oui, bien qu’ils aient rechigné un peu à l’idée. » Félicia sourit ironique et haussa les épaules.

Éphelia s’était rapidement endormie sur les genoux de Félicia. Elle n’avait pas dormi depuis hier, quand on lui avait dit qu’elle viendrait avec eux pour observer le vaxt. Une fois qu’ils avaient terminé et qu’elle avait enfin eu l’occasion de se détendre, elle s’était assoupie et s’était endormie. Le doux balancement du chariot n’avait fait qu’accélérer le processus.

Yuuto avait répondu par un sourire ironique. « Peut-être, mais il fallait qu’ils l’acceptent, quoi qu’il arrive. »

Seuls les enfants de familles aisées étaient présents dans les vaxts. Même les enseignants avaient un penchant un peu élitiste, alors ils s’étaient poliment opposés à lui, arguant que ce serait une perte de temps que d’essayer d’enseigner à un simple esclave.

Il était probable qu’il y en avait plus d’un qui était du même avis, même parmi les officiers du Clan du Loup. Ils doivent sûrement penser que Yuuto devrait utiliser les profits de la vente de produits verriers pour quelque chose de plus utile et de plus valable.

Et c’est exactement pour ça qu’il était important de s’assurer qu’Éphelia assiste à un vaxt.

Avec une bonne étude, même un esclave pourrait s’alphabétiser. Si Yuuto pouvait démontrer ce fait, cela devrait permettre à tout le monde de comprendre l’idée derrière l’application d’un système d’éducation obligatoire.

Il pouvait, bien sûr, techniquement, utiliser son autorité absolue en tant que patriarche pour faire avancer le plan... mais les enfants sans instruction sur le territoire du Clan du Loup se comptaient par dizaines de milliers.

Veiller à ce qu’ils reçoivent tous une éducation serait une réforme à grande échelle et exigerait donc des sommes d’argent, du temps et de la main-d’œuvre proportionnellement considérables. Yuuto pouvait déjà imaginer l’échec qui l’attendait s’il essayait de faire avancer les choses tout seul.

« Même si un individu incroyablement talentueux investit la totalité de son énergie dans son travail, la préservation et l’amélioration des résultats de ce travail nécessitent la coopération d’un grand nombre d’autres personnes. Une nation ne peut garantir sa survie sans ce type de coopération. » C’était les paroles de Machiavel.

Contrairement à ce qui s’était passé deux ans auparavant, Yuuto était maintenant parfaitement au courant de l’importance de jeter les bases et d’établir un consensus avec la majorité.

Et Éphelia était parfaite pour cette tâche. Elle était la plus persévérante et travailleuse dans tout ce qu’elle faisait, en plus d’avoir déjà reçu une certaine éducation, et à en juger par le fait qu’elle savait déjà lire et écrire des lettres, elle était aussi intelligente. Il y avait fort à parier qu’elle obtiendrait de bons résultats.

Tant qu’elle n’avait pas d’ennuis.

« Par contre, est-ce qu’elle va devoir faire face à l’intimidation ? C’est ce qui m’inquiète le plus, » murmura Yuuto. En tant que personne qui connaissait la vie scolaire au Japon moderne, il était tout naturel pour lui d’avoir cette préoccupation.

« Je pense que tout ira bien à cet égard, Grand Frère, » déclara Félicia. « Aujourd’hui, tu as bien dû leur faire comprendre qu’elle est l’une de tes favorites. Et je crois qu’un bon nombre d’enfants doivent être impatients d’en savoir plus sur toi, alors je suis sûre qu’elle deviendra très populaire. »

« Oui, je l’espère, » murmura Yuuto à lui-même avec incertitude. Il craignait exactement le contraire : la possibilité que la connaissance de son favoritisme envers elle suscite l’envie chez les autres enfants, ce qui l’exposerait à une multitude de cruautés inconsidérées.

L’envie était une émotion qui défiait toute rationalité. Comprendre dans sa tête que c’était mal n’était pas suffisant pour empêcher son cœur de le sentir.

Les êtres humains ne vivaient pas leur vie en choisissant les émotions les plus agréables auxquelles s’accrocher, Yuuto ne le savait que trop bien maintenant.

Un rire amer lui échappa. « D’une certaine façon, nous avons été mis dans des situations similaires. »

Cette scène terrible d’il y a un an et demi était revenue du fond de son esprit : son frère aîné assermenté, rendu fou de jalousie, tentait de l’abattre avec une épée et tuait plutôt son prédécesseur, qui avait sauté devant lui pour le protéger.

En y repensant rétrospectivement, Loptr avait dû toujours considérer Yuuto comme quelqu’un « en dessous » de lui. Il n’y avait rien d’inhabituel à cela, en fait, c’était une compréhension parfaitement correcte des choses. Yuuto avait après tout été son frère subordonné.

Et comme l’avait montré Loptr, lorsqu’une personne qui voit quelqu’un d’autre comme « en dessous » d’elle trouve que ces positions étaient inversées, c’était dans la nature humaine de ressentir d’intenses sentiments d’irritation ou même de haine.

Il n’y aurait donc rien d’étrange s’il y avait des gens qui ne seraient pas capables d’accepter l’idée d’un esclave, quelqu’un qui était clairement en dessous d’eux, qui monte à leur niveau ou au-dessus dans la société. En fait, ce serait bien plus étrange s’il n’y avait pas de gens comme ça.

« Et, étant donné cela, devoir choisir quelqu’un pour servir d’exemple est l’un des aspects les plus difficiles quant au fait d’être le patriarche, » avec un sourire fatigué, Yuuto secoua la tête et soupira.

Le plus souvent, les décisions qu’il prenait en tant que patriarche étaient prises en conflit avec ses propres sentiments. Par exemple, il n’avait jamais pu s’habituer à l’impression quand il donnait à Sigrun l’ordre de charger au combat.

Malgré tout, c’était son devoir de renforcer son cœur et de prendre la bonne décision dans des moments comme celui-ci, car c’était lui qui était au sommet.

En tant que patriarche réfléchissant à l’avenir du Clan du Loup, il devait absolument faire tout ce qu’il fallait pour mettre en place l’éducation obligatoire. Et pour cela, il avait besoin de résultats préliminaires.

Il ne lui serait pas utile de se concentrer uniquement sur les démérites et les désavantages, car cela l’empêcherait d’aller de l’avant.

Éphelia avait une adorabilité naturelle pour elle, un peu comme un mignon petit animal. C’était l’une de ses qualités qui la rendait très appréciée par beaucoup de gens.

Il était donc beaucoup plus probable que Félicia ait raison, et les préoccupations de Yuuto étaient sans fondement. Éphelia pourrait très bien devenir populaire parmi les enfants, assez populaire pour écarter toutes les émotions négatives de ses pairs qui avaient acquis au cours du processus.

Dans de telles situations, il n’y avait rien d’autre à faire que de lancer les dés et de voir comment ils s’arrêteraient.

De plus, aller à l’école ouvrirait de grandes possibilités pour l’avenir d’Éphelia. Permettre à ses soucis d’écarter ces possibilités serait un terrible gâchis.

Un enfant choyé par la surprotection ne grandit pas. Il y avait un vieux dicton : « Le lion jette son petit dans un profond ravin. » Parfois, les dures épreuves étaient ce qui était le plus nécessaire pour quelqu’un. Et donc...

« Pour l’instant, il ne nous reste plus qu’à la surveiller, » déclara-t-il.

Ce que Yuuto pouvait faire pour Éphelia maintenant, c’était de lui faire confiance et de s’occuper d’elle à distance, afin que s’il devait un jour agir en son nom, il puisse lire les signes et lui venir rapidement en aide d’une manière appropriée.

Il s’était résolu que, quoi qu’il arrive, il assumerait cette responsabilité en tant que celui qui l’avait choisie pour ce processus.

Tandis que la jeune fille continuait à dormir, Yuuto caressa doucement sa tête. « Fais de ton mieux, Éphy. »

***

Partie 2

Le lendemain de l’inspection du vaxt par Yuuto, la situation devint soudainement beaucoup plus turbulente.

Il s’était remis de sa léthargie post-vacances et reprenait sa routine de travail habituelle dans son bureau. Mais alors deux voix l’appelèrent, l’une infiniment brillante et joyeuse et l’autre fraîche et calme.

« Salut, désolé de débarquer comme ça ! »

« Excuse-moi de te déranger au milieu de ton travail. »

Les voix étaient opposées dans leur attitude, mais identiques dans leur tonalité et leur timbre. Leurs propriétaires n’étaient autres que les jeunes jumelles symétriques et charmantes qui étaient ses filles nouvellement assermentées.

« Hm... Qu’est-ce qui se passe avec vous deux ? » demanda Yuuto.

« Eh bien, Père, le truc c’est que..., » Kristina plaça une main sur sa joue et sembla troublée. « Al voulait tellement te voir qu’elle pleurait et faisait une crise de colère. Il semble qu’elle ne pouvait tout simplement pas oublier cette nuit ardente et passionnée que vous avez partagée ensemble... »

« Attends, » s’était écrié Yuuto. « Ne commence pas une conversation en jetant des mensonges comme si ce n’était rien. »

« Non, je ne faisais pas une crise de colère ! » s’écria Albertina.

« C’est vraiment épuisant d’avoir une enfant aussi égoïste pour sœur, » déclara Kristina.

« Comme je l’ai dit, je ne faisais pas ça ! » cria Albertina.

« Oh ? Alors tu dis que tu ne veux pas voir Père ? Eh bien ! Quelle fille terriblement inconsidérée tu es, » déclara Kristina.

« H-huuuuh !? Non, c’est... non, bien sûr que je veux voir Père, mais je pensais qu’interrompre son travail serait..., » déclara Albertina.

« Et voilà, c’est ainsi. Alors, tu as eu envie de le voir. Ne dit pas des mensonges comme s’ils n’étaient rien, Al, » déclara Kristina

« Euh... Hmm..., » balbutia Albertina.

« Ne devrais-tu pas me remercier du fond du cœur, Al ? Ta chère sœur, ne pensant qu’à toi, s’est donné tant de mal pour préparer une raison valable pour que tu voies Père, » déclara Kristina.

« Uh huh huh, je sais ! J’ai vraiment de la chance d’avoir une sœur qui tient tant à moi ! » Albertina sourit joyeusement.

Yuuto s’était retrouvé à mettre une main sur son visage, pressant ses doigts sur les coins intérieurs de ses yeux.

Comme toujours, l’une des jumelles contrôlait l’autre selon ses caprices.

Certes, le bonheur était à certains égards une chose subjective. Si Albertina elle-même se considérait comme heureuse, il n’y avait pas grand-chose à dire à ce sujet. D’ailleurs, même si certains pourraient trouver cela insensible, il se préoccupait beaucoup plus d’autre chose.

« D’accord, Kris, et si tu me parlais de cette “bonne raison de me rencontrer” ? » demanda-t-il.

Bien que son apparence soit encore un peu enfantine, le Clan du Loup n’avait rien de plus talentueux que Kristina lorsqu’il s’agissait de recueillir de l’information. Et elle était extrêmement perspicace, elle aussi.

Si Kristina avait intentionnellement choisi d’éviter d’envoyer un rapport écrit et de venir livrer l’information en personne, alors ce seul fait atteste à quel point il doit être urgent et important.

« Hehe hehe, je n’en attendais pas moins, Père, » Kristina gloussa, et avec un petit sourire de satisfaction, elle avait sorti une seule feuille de papier.

Aussi étonnante qu’elle puisse être, il lui était bien sûr impossible d’opérer seule sur une zone étendue. Depuis l’époque où elle faisait partie du Clan de la Griffe, elle possédait un certain nombre d’espions protégés qui travaillaient sous ses ordres. Cette information avait dû lui parvenir par l’un d’eux.

« La capitale du Clan du Sabot, Nóatún, a été reprise par le clan nomade Miðgarðr, le Clan de la Panthère. »

« Le grand Clan du Sabot a été vaincu !? Et par le Clan de la Panthère, dis-tu !? » Félicia avait fait entendre sa voix en état de choc et sur la défensive.

« ... Hm, » en revanche, Yuuto était plus discret, ses yeux ne s’élargissant que légèrement.

C’était un peu surprenant pour lui aussi, bien sûr, mais ce n’était toujours pas quelque chose qui dépassait complètement ses attentes. « L’histoire se répète, » comme le dit l’adage. Pour n’importe quelle nation, la perte soudaine d’un dirigeant puissant et influent plongerait cette nation dans le chaos, et un déclin rapide suivrait bientôt.

Oda Nobunaga, Toyotomi Hideyoshi, Takeda Shingen... Rien qu’en regardant la période Sengoku de l’histoire japonaise, le décès de dirigeants aussi puissants et charismatiques avait toujours été rapidement suivi par l’effondrement de leurs maisons dirigeantes.

Et en regardant l’histoire du monde, c’était un événement commun pour les royaumes établis basés sur l’agriculture d’être envahis et conquis par de puissantes tribus nomades.

Mais même si Yuuto connaissait le cours de l’histoire de cette manière — non, parce qu’il le connaissait — les mots suivants de Kristina lui faisaient douter de ses oreilles.

« Selon mon subordonné, le Clan de la Panthère a combattu comme une force de plusieurs milliers de cavaliers armée. Ils se déplaçaient à toute vitesse en tirant des flèches à pointe de fer, jetant le Clan du Sabot dans la panique, puis fonçaient à pleine vitesse, dispersant complètement les forces du Clan du Sabot, » déclara Kristina.

Yuuto s’était levé, faisant claquer sa chaise en même temps. « Impossible ! Ils n’ont pas pu ! C’est beaucoup trop tôt ! »

Il avait été visiblement secoué.

S’il n’y avait eu que du fer, c’était un peu plausible. Historiquement parlant, les Hittites avaient développé un processus de raffinement du fer dès le 15e siècle av. J.-C., bien que parce qu’ils l’avaient traité avec le plus grand secret, la connaissance ne s’était pas étendue aux pays voisins avant des centaines d’années. Il ne serait donc pas tout à fait étrange qu’à ce stade, l’un des clans d’Yggdrasil ait aussi réussi à découvrir comment affiner le fer.

Cependant, les Scythes auraient été l’une des premières cultures de l’histoire à maîtriser la guerre à cheval, et ce n’était que depuis les VIIIe et VIIe siècles av. J.-C.

C’était beaucoup trop loin dans le futur.

Sans étriers ni selles, l’équitation et le combat au sommet d’un cheval à dos nu exigeaient une technique d’un niveau absurde.

Pour le dire d’un point de vue pratique, le char était l’arme la plus puissante couramment utilisée sur les champs de bataille d’Yggdrasil à l’heure actuelle, et selon ce que Yuuto savait, l’origine de cette technologie remontait au XVIIIe siècle av. J.-C. avec la culture Andronovo.

Même parmi les clans nomades qui avaient été élevés pour être familiers avec l’équitation et l’utilisation de l’arc, à l’âge du bronze, ils n’avaient normalement pas essayé de se battre à cheval, mais ils avaient plutôt utilisé des chars.

Le développement progressif de la technologie et des techniques nécessaires à la généralisation du combat à cheval au sein d’un clan aurait dû prendre beaucoup, beaucoup plus de temps que cela.

Enfin, à moins qu’ils n’aient des étriers.

Mais cela ne faisait même pas deux ans que Yuuto avait introduit les étriers dans le Clan du Loup. Il y a seulement six mois, il avait réussi à déployer une unité de cavalerie montée dans des batailles réelles.

Même avec des technologies simples comme l’étrier, dans un monde sans téléphone ni Internet, la transmission des connaissances techniques entre les cultures avait un temps incroyable.

Par exemple, l’étrier avait existé en Chine au début du IVe siècle apr. J.-C., mais son utilisation n’avait pas été documentée dans la péninsule coréenne ou au Japon avant le Ve siècle. Il avait fallu plus de cent ans pour franchir cette distance.

De plus, le Clan du Loup et ce Clan de la Panthère n’étaient pas géographiquement proches l’un de l’autre.

La possibilité que la technologie ait été volée était pratiquement nulle...

Une fois que le train de pensée de Yuuto avait atteint ce point, une seule possibilité lui avait traversé l’esprit.

« Ce n’est pas possible... Grand Frère... ça pourrait ? » balbutia Yuuto.

Il se souvient du jeune homme qui avait été commandant en second du Clan du Loup, un Einherjar possédant la rune Alþiófr, bouffon des Mille Illusions, une rune dite pour lui permettre de voler toutes les techniques.

Loptr connaissait la méthode du four tatara, et il connaissait à la fois le design de l’étrier et son utilité potentielle.

Tout s’était parfaitement aligné.

« Oui, il n’y a pas de malentendu... c’est cet homme, » déclara Félicia, d’une voix qui semblait figée.

Bien qu’il ne faisait pas froid dans la pièce, Yuuto pouvait entendre ses dents claquer, et vit que son visage était devenu si pâle qu’elle avait l’air si mortelle qu’elle pouvait s’écrouler à tout moment.

Autant il s’inquiétait de son état physique, autant il était attiré par la certitude de ses paroles.

« ... Tu sais quoi, Félicia ? » demanda Yuuto.

« C’était peut-être il y a un demi-mois, » déclara-t-elle misérablement. « Un message est arrivé de cet homme, adressé à moi. »

« Quoi !? » s’écria Yuuto.

« Le message m’a demandé de quitter tes côtés et de venir à lui. Il a aussi dit qu’il était le patriarche du Clan de la Panthère, » déclara Félicia.

« Pourquoi... non, peu importe, » déclara Yuuto.

Pourquoi ne me l’as-tu pas dit ? Yuuto avait commencé à le demander, mais il avait réussi à s’arrêter. Il n’avait même pas besoin de le demander.

Félicia avait vu son propre frère aîné tenter de tuer Yuuto, pour ensuite tuer le patriarche précédent, qui l’avait protégé. Cette tragédie avait été une expérience traumatisante pour elle.

Félicia se comportait normalement bien, avec une attitude joyeuse et parfois enjouée, une sœur aînée fiable pour les autres. Mais à l’intérieur, elle était d’une fragilité inattendue, et facilement susceptible d’être submergée par l’anxiété.

Elle avait probablement voulu détourner les yeux de la situation. Miðgarðr était une terre lointaine, peu susceptible d’avoir affaire avec le Clan du Loup. Elle s’en serait convaincue, puis aurait évité d’y penser autant que possible.

« P-Pour avoir gardé le silence sur le sujet jusqu’à présent, j’accepte toute punition nécessaire, » bégaya Félicia. « Mais s’il te plaît, crois-moi. Je... Je jure ma loyauté envers toi et toi seul, Grand Frère Yuuto ! »

« Je le sais bien. Je n’ai aucune raison de te punir, » affirme Yuuto. « En fait, je suis fier que tu aies pu dire la vérité tout à l’heure. »

Il posa une main rassurante sur l’épaule de Félicia. Elle était son adjudante de confiance. Il ne voulait pas qu’elle se culpabilise pour cette affaire.

Le fait qu’elle ait gardé le silence jusqu’à présent n’était certainement pas quelque chose digne d’éloges, bien sûr. Et le Yuuto d’il y a deux ans se serait peut-être fâché et lui avait reproché sa « faiblesse ».

 

 

Mais le Yuuto d’aujourd’hui avait compris que les gens n’étaient pas des créatures qui pouvaient toujours être fortes.

Avec un grincement, Yuuto s’était assis et s’appuya contre sa chaise, regardant vers le haut dans un espace vide. « Je suis sûr que Grand Frère Loptr m’en veut encore... »

Le Loptr que Yuuto avait tant admiré était aussi humain et devait avoir ses propres faiblesses intérieures. Mais en tant que père de substitution de Félicia, frère aîné de Yuuto et pilier de la direction du Clan du Loup, il avait sûrement fait tout son possible pour ne jamais les montrer aux autres.

Sous son sourire joyeux, il s’était sûrement débattu avec son lot de doutes et d’inquiétudes. En ce sens, les deux frères et sœurs étaient semblables. Ils avaient tous les deux tendance à enfouir leurs sentiments négatifs au plus profonds d’eux-mêmes, pour ensuite provoquer un accès de colère à un moment donné.

Yuuto regrettait, voir se fâchait, il y a deux ans, envers son moi immature, le garçon qui avait pris quelqu’un avec cette faiblesse au pied de la lettre, en supposant simplement qu’il était parfaitement fort et l’avait idolâtré.

« C’est quand même impressionnant, » dit Yuuto. « En un an et demi, il s’est fait patriarche du Clan de la Panthère... Pour l’instant, feignons l’ignorance. Nous lui enverrons un message de félicitations pour sa conquête et un désir de relations amicales pour l’avenir. »

En conquérant Nóatún, le Clan de la Panthère possédait désormais un territoire adjacent au Clan de la Corne, qui était sous la protection du Clan du Loup.

Maintenant qu’ils étaient devenus voisins, il ne pouvait s’empêcher de traiter avec eux. Qu’on le veuille ou non, il y avait forcément des conflits d’intérêts entre les deux clans.

Il avait sincèrement souhaité qu’ils puissent trouver un moyen de coexister. Il ne voulait pas être entraîné en conflit avec le frère aîné assermenté qui s’était occupé de lui pendant si longtemps.

Et pour s’en assurer, le premier point à l’ordre du jour était...

« Hey, Kris et Al, » déclara-t-il.

« Excuse-moi, mais je trouve troublant que tu parles de nous ensemble comme si nous étions une sorte d’unité, » déclara Kristina avec indignation.

« Je suis sûr que tu comprends, mais rien de ce dont nous avons parlé ici ne quitte cette pièce, d’accord ? » déclara Yuuto.

« J’en suis pleinement consciente. Et je vais soigneusement conditionner Al, donc il n’y a pas de raison de s’inquiéter. »

« Conditionner !? » cria Albertina.

« Bien. Je compte sur toi, » déclara-t-il.

« Et il approuve ça !? » s’écria Albertina.

Yuuto était un peu désolé pour Albertina, mais comme la situation était ce qu’elle était, elle allait devoir y faire face.

Si, même par hasard, on apprenait que le patriarche du Clan de la Panthère était Loptr, ancien commandant en second du Clan du Loup, il y aurait un flot de voix appelant à la guerre contre le Clan de la Panthère.

Dans le monde d’Yggdrasil, tuer un parent était le plus grand tabou. L’homme qui avait commis ce crime odieux était maintenant assis sur le trône du patriarche dans un autre clan. Du point de vue du Clan du Loup, c’était impardonnable et impossible de se laisser faire.

Loptr lui-même ne voulait certainement pas faire savoir publiquement qu’il était un tueur qui avait assassiné son propre père assermenté. Mais, à en juger par le message qu’il avait envoyé à Félicia, il n’avait pas l’air de s’inquiéter si Félicia et Yuuto savaient pour lui. Peut-être avait-il compté sur la possibilité que Yuuto fasse semblant d’ignorer la véritable identité du patriarche du Clan de la Panthère.

Dans ce cas, tant que Yuuto se taisait, il pouvait enterrer la vérité.

Mais, même si la pensée brisa le cœur de Yuuto, il eut une prémonition, une prémonition qui ne lui paraissait que trop certaine, qu’il serait finalement incapable d’éviter le conflit.

« “Les deux faits suivants sont ceux que vous ne devez jamais tenir pour acquis,” » Yuuto avait cité un passage des Discours de Livy écrit par Machiavel pour lui-même. « “Premièrement, ne pensez pas que la patience et la générosité, aussi grandes soient-elles, suffiront à dissoudre l’inimitié d’une personne. Deuxièmement, ne pensez pas que rendre hommage ou aider suffira à transformer une relation hostile en une relation amicale.” »

Normalement, il se fiait aux paroles de Machiavel comme source de sagesse politique, mais aujourd’hui, elles lui semblaient inquiétantes, laissant présager un sombre avenir en perspective.

***

Partie 3

Cette nuit-là, seul dans ses quartiers, Yuuto glissa son doigt sur l’écran de son smartphone, faisant défiler les messages en toute hâte.

Yuuto était le patriarche, un souverain. Tous sentiments ou blocages mis à part, il avait le devoir juré de protéger la sécurité et la prospérité des gens sur le territoire de son clan. Tenir une branche d’olivier dans la main droite et une épée dans la main gauche était le principe le plus fondamental de la diplomatie internationale.

Il serait beaucoup trop dangereux d’être sans défense face à la menace venant de son nouveau voisin. Il devait trouver des contre-mesures appropriées.

Traiter des négociations diplomatiques entre deux nations ressemblait à une rencontre avec un yakuza.

Si un yakuza commençait par marcher et brandir un couteau ou un pistolet, toute personne normale céderait à cette menace et serait forcée d’accepter des conditions et des exigences déraisonnables. De la même manière, pour parvenir à des négociations pacifiques avec une nation militairement puissante, il fallait avoir un contrepoids équivalent à sa force militaire.

Par nécessité, Yuuto s’était familiarisé avec les stratégies de contre-infanterie et de contre-chariot, mais il avait supposé qu’il n’aurait jamais eu à affronter la cavalerie armée, et il était donc encore complètement ignorant quand il s’agissait de cela. Il utilisait donc frénétiquement Internet pour faire des recherches sur les stratégies anti-cavalerie. Cependant...

« Bon sang, c’est super de les utiliser, mais c’est l’enfer pour l’ennemi, » déclara Yuuto.

Plus il faisait de recherches, plus il constatait à quel point la cavalerie était puissante. Et puis il avait réalisé autre chose...

« Oh, merde. Pas plus que ça, et je ne pourrai pas parler... Hé, Mitsuki, es-tu là ? » Yuuto réfréna son envie de continuer à chercher, et composa le numéro de son amie d’enfance.

« Salut, Yuu-kun. Bonsoir. » Le simple fait d’entendre sa voix douce et familière effaçait la fatigue de la journée et soulageait son cœur.

Il aurait pu lui envoyer un texto disant qu’il ne pouvait pas l’appeler ce soir, et penser rationnellement à la situation. C’était ce qu’il aurait dû faire, mais quand même, il l’avait quand même appelée. Il voulait ce sentiment de réconfort.

Pour Yuuto, ses discussions informelles avec Mitsuki étaient la seule fois où il pouvait oublier son rôle de patriarche.

Pendant les périodes où il avait dû partir en voyage dans d’autres villes ou en campagne militaire, il avait pu sentir son cœur devenir de plus en plus bouleversé. Quelle que soit la situation politique, tant qu’il était encore à Iárnviðr, il ne pouvait supporter d’abandonner le temps qu’il passait avec elle.

« Hé, bonsoir à toi aussi, » déclara-t-il. « Qu’as-tu fait aujourd’hui ? »

« Rien de spécial. C’était juste une journée ennuyeuse et normale. Alors Yuu-kun, que t’est-il arrivé ? » demanda-t-elle.

« Hein ? » demanda Yuuto.

« Je vois que tu fais tout ce que tu peux pour avoir l’air heureux, tu sais ? » déclara Mitsuki.

« ... Bon sang, tu m’as percé à jour, » déclara Yuuto.

« On est ensemble depuis aussi longtemps qu’on s’en souvienne, » déclara Mitsuki.

« Je suppose que je ne peux rien te cacher, » déclara Yuuto.

« Non, tu ne peux pas. Par exemple, quand tu es revenu des sources chaudes, tu avais l’air suspect, mais je t’ai fait une faveur et j’ai fait semblant de ne pas le remarquer, » déclara Mitsuki.

« Uh... ah... uh... uh. » Un frisson avait couru le long de la colonne vertébrale de Yuuto. L’intuition de son amie d’enfance était tout à fait étrange.

Et, bien qu’elle parlait toujours sur le même ton, d’une certaine façon, il pouvait sentir un peu de colère dans sa voix.

Je vois. Je ne peux vraiment pas sous-estimer le fait qu’on est ensemble depuis toujours.

« Eh bien, disons que je t’en demanderais plus à ce sujet si mon “compteur de colère” était au maximum un jour, » avait-elle ajouté.

« Euh... ha ha ha ha ha..., » Yuuto s’était étouffé d’un rire sec, et s’était juré intérieurement qu’il ferait de son mieux pour ne pas remplir cette jauge.

« Alors, je vais demander au patriarche Yuu-kun : Pops, quel genre de problème as-tu ? Je ne pourrai peut-être pas le résoudre pour toi, mais je vais au moins t’écouter, d’accord ? » déclara Mitsuki.

« Merci..., » murmura-t-il.

Yuuto avait été salué comme une race rare de héros qui avait fait du Clan du Loup l’une des nations les plus fortes de la région. Mais avant tout cela, il n’était qu’un étudiant qui avait grandi dans un Japon pacifique.

Il y avait des moments où il avait besoin de pleurnicher et de se plaindre un peu à quelqu’un. Mais en tant que patriarche, il ne pouvait pas demander à ses subordonnés de jouer ce rôle.

Pour Yuuto, l’existence de son amie d’enfance était une source de salut pour lui dans ce monde.

« OK, donc le truc c’est que..., » commença Yuuto.

Yuuto avait tout raconté à Mitsuki sur la situation actuelle du Clan du Loup.

Il lui avait raconté comment le Clan de la Panthère était apparu et avait pris le contrôle du Clan du Sabot.

Il lui avait raconté que l’armée du Clan de la Panthère était une force composée de cavalerie.

Et il lui raconta comment le patriarche du Clan de la Panthère était Loptr, l’homme qui s’était occupé de lui comme son frère aîné assermenté.

Une fois qu’elle avait tout entendu, Mitsuki lui avait parlé avec inquiétude dans sa voix. « Yuu-kun... Est-ce que ça va ? »

En entendant cela, Yuuto commença à regretter de tout lui avoir dit. Même s’il avait essayé de le lui cacher, si la guerre devait éclater, elle l’aurait quand même découvert.

En fait, même si les choses n’allaient pas aussi loin que la guerre, la tension incertaine avec le Clan de la Panthère affecterait Yuuto à l’avenir, et son amie d’enfance serait certainement capable de reprendre le dessus.

Elle lui avait déjà dit qu’elle voulait qu’il lui fasse toujours part de ce genre de choses. Parce que s’il disparaissait sans prévenir, son cœur ne pourrait pas le supporter.

Il causait toujours des ennuis à Mitsuki, et il voulait honorer ses souhaits à cet égard.

« Eh bien, je trouverai une sorte de contre-stratégie, » déclara Yuuto. « Mais je n’ai pas beaucoup de temps, donc à partir de demain, je pense que je ne pourrai plus te parler autant. Je suis désolé. »

« Non, eh bien, j’étais inquiète pour ça aussi. Mais ce n’est pas ça. Yuu-kun, ça va aller avec... Loptr ? » demanda Mitsuki.

« ..., » Yuuto n’avait pas trouvé de mots pour répondre.

Il était tellement préoccupé par la façon de contrer la cavalerie qu’il n’avait pas vraiment pensé à cet aspect de la situation. Non... peut-être inconsciemment, il avait évité d’y penser.

Sa bouche s’assécha soudain, Yuuto avala et leva les yeux vers le plafond, puis il parla, plus à lui-même qu’à Mitsuki.

« Je suis le patriarche du Clan du Loup. Si le moment est venu, peu importe que je le veuille ou non. Je vais devoir me battre, » déclara Yuuto.

 

***

« Je te respecte beaucoup, Grand Frère, mais quand même, je ne peux pas accepter ça ! » La langue de Linéa était respectueuse, mais son indignation avait mis un ton sauvage dans chaque mot.

Le lendemain du rapport de Kristina sur la chute de Nóatún, Linéa s’apprêtait à retourner dans son clan en réponse à l’évolution de la situation politique lorsque Yuuto l’avait approchée pour lui donner des instructions sur leurs stratégies pour l’avenir.

Et c’était sa réponse.

« “Cache-toi derrière les murs de la ville, et quoi qu’il arrive, ne lance pas d’attaques”, dis-tu ? Comment vais-je pouvoir protéger mon peuple ? L’ennemi a donc les coudées franches pour tout détruire comme il l’entend à l’extérieur des murs ! » s’écria Linéa.

« Calme-toi une minute, Linéa, » déclara Yuuto.

« Comment puis-je être calme ? Je n’arrive pas à croire que tu rabaisses autant mes soldats ! » C’était probablement la première fois que Linéa était aussi ouvertement en colère contre Yuuto depuis qu’elle avait échangé le serment de son Calice frère et cessé d’être ses ennemis mutuels.

Linéa tenait certainement en haute estime les conseils de son frère aîné assermenté bien-aimé, mais vu l’importance qu’elle accordait aux habitants de son pays natal, elle ne pouvait pas accepter facilement ce qu’il lui disait de faire.

Cependant, Yuuto ne pouvait pas non plus reculer dans cette situation.

« Je ne méprise ni ton clan ni tes combattants. Je donnerais les mêmes ordres à mes hommes. Ce n’est pas un adversaire que tu peux battre dans un combat direct ! » Yuuto avait saisi les bras de Linéa, élevant désespérément la voix pour dire les choses en des termes très clairs.

En lisant son ton frénétique et son langage corporel, Linéa avait finalement semblé comprendre à quel point une cavalerie armée menaçante était terrifiante. « ... Grand Frère, sont-ils vraiment si forts que ça ? »

Du point de vue de Linéa, Yuuto était un grand général dont la stratégie avait complètement vaincu le grand héros du Clan du Sabot, Yngvi, ainsi que le Tigre Affamé du Clan de la Foudre, Steinþórr. Il était comme un dieu de la guerre.

Et quelqu’un comme lui disait de ne pas se battre, que la défense était leur seule option...

Avant de s’en rendre compte, Linéa avait dégluti nerveusement avec un son bien audible.

« Oui, ils sont aussi forts que ça, » déclara Yuuto. « Une bande massive de cavaliers est le pire ennemi auquel on puisse faire face. »

Yuuto avait pris une longue respiration, puis soupira profondément, son expression tendue et sévère.

Retraçant les fils de l’histoire du monde oriental, la confédération des tribus nomades à cheval connues sous le nom de Xiongnu avait été assez puissante comme nation pour vaincre la dynastie agricole Han de Chine sous le règne de l’empereur Gaozu (Liu Bang) en 200 avant Jésus Christ. Pendant des décennies après, avant le règne de l’empereur Wu, les Xiongnu avaient reçu des tribus des Han chinois et traité la région comme un État vassal.

Si l’on regarde l’Occident, au IVe siècle apr. J.-C., c’est encore une fois la menace d’invasion par une nation nomade équestre, les Huns, qui avait contribué au grand bouleversement des peuples germaniques en Europe, connu sous le nom de période de migration.

Et puis il y avait l’Empire mongol, qui avait conquis le plus grand nombre de territoires de tous les empires de l’histoire.

Et encore une fois en Chine, pendant la dynastie des Song du Nord, il y avait eu un incident au cours duquel seulement 17 cavaliers armés de la nation Jurchen avaient mis en déroute 2 000 fantassins Song, des chiffres qui, à première vue, semblaient une sorte de blague.

« C’est pour ça que c’est si important, d’accord ? » Yuuto avait saisi les épaules de Linéa et, se penchant vers elle, répéta son avertissement pour faire bonne mesure. Son visage était plus sérieux que jamais. « Si le Clan de la Panthère t’attaque, concentre-toi sur la défense ! »

***

Partie 4

Après avoir vu Linéa partir, Yuuto revenait par les portes. Une horrible puanteur l’avait forcé à se boucher le nez.

« Cette odeur est plus horrible que jamais, » déclara Yuuto.

À côté de lui, Félicia grimaça aussi bien qu’elle avait jeté un coup d’œil vers la source de l’odeur. Il reposait sur quatre pattes, beaucoup plus hautes qu’un cheval, avec des bosses sur le dos qui étaient peut-être son attribut unique le plus célèbre.

C’était un chameau.

Puisqu’ils pouvaient voyager pendant des jours sans manger ni boire, ils étaient parfaitement adaptés pour voyager dans des terres arides avec peu de sources d’eau, et ils pouvaient porter une charge plus lourde que le cheval moyen. Bon nombre des commerçants qui étaient venus à Iárnviðr en avaient utilisé un.

Cependant, l’odeur nauséabonde de leur corps était l’un de leurs inconvénients. Et si vous n’approchiez pas correctement un chameau, il vous menacerait en vous crachant dessus, car il puait tellement qu’il pourrait être vraiment dégoûté pendant un moment.

Dans le passé, Yuuto s’était rapproché de l’un d’eux par curiosité et avait connu un sort terrible. Depuis lors, il s’était fait un point d’honneur de ne pas s’approcher trop près des chameaux.

Cependant, alors que son regard se posait sur le visage familier de l’homme qui discutait amicalement avec le propriétaire du chameau, Yuuto courut rapidement vers lui et l’appela d’une voix théâtrale et amicale. « Bien, bien, bien, si ce n’est pas mon nouveau fils prometteur, comment allez-vous, mon garçon ? »

« Voyons. S’il vous plaît, arrêtez ça, Père. » L’homme — Ginnar — grimaça, l’air aussi mal à l’aise que possible.

Yuuto avait failli éclater de rire à ce moment-là, mais il avait réussi à tenir le coup et avait continué à prendre un air sérieux pendant qu’il parlait. « Non non non, vous ne devez pas être si humble. Le marché du Clan du Loup est aussi prospère qu’il l’est aujourd’hui grâce à vos efforts. Je suis un père si chanceux quant au fait d’avoir un fils si magnifique que vous ! »

Yuuto croisa les bras et hocha la tête pour mettre l’accent sur ça.

Juste avant de partir en vacances, Yuuto avait reconnu les réalisations de Ginnar dans la mise en œuvre de l’utilisation de la monnaie, et avait échangé le Serment du Calice avec lui directement. Ginnar n’était entré dans le clan que six mois auparavant, donc c’était un rythme inhabituellement rapide pour une promotion aussi élevée.

Ginnar avait fait habituer sur le marché l’utilisation des pièces de monnaie comme monnaie sans presque aucun problème ou confusion, et ce n’était certainement pas une réalisation légère. Mais c’était Yuuto et les officiers de haut rang du Clan du Loup qui avaient eu l’idée en premier lieu et y avaient travaillé jusqu’à sa mise en œuvre, et vu le temps écoulé après le recrutement formel de Ginnar, cet exploit n’était toujours pas vraiment suffisant pour lui permettre de devenir le subordonné direct de Yuuto.

En vérité, certains officiers s’étaient opposé à ce que Yuuto échange directement le Serment du Calice avec lui pour cette même raison. Yuuto leur avait alors expliqué que la raison en était qu’il avait un objectif spécifique en tête, qu’il s’agissait d’un cas particulier. Il les avait donc persuadés d’oublier la tradition cette fois.

Quant à cet objectif...

L’autre marchand avait immédiatement repéré une occasion d’affaires et s’était rapidement lancé dans des présentations cordiales, se vendant du mieux qu’il le pouvait. « Ohhhh ! Alors, vous devez être le célèbre Patriarche Yuuto du Clan du Loup ! C’est un plaisir de faire votre connaissance. Je suis un humble commerçant, originaire des terres du Clan de l’Épée — . »

Yuuto pouvait voir les arrière-pensées de l’homme aussi facilement que le jour, mais il continua à converser avec le marchand et Ginnar sans rien dire.

C’était un monde sans téléphone ni Internet, donc il était très difficile d’obtenir des informations des pays étrangers. Les marchands itinérants qui se déplaçaient de ville en ville étaient une source importante et précieuse d’informations.

« Pourtant, je n’en attendais pas moins de vous, Ginnar, » déclara Yuuto. « Un grand professeur que je respecte a écrit un jour : “La meilleure, et la plus facile méthode pour estimer la valeur d’un homme est de regarder avec quel type d’hommes il s’associe,” et vous avez établi d’excellentes relations personnelles. »

« Hahaha, haha, Seigneur Yuuto, vous êtes un expert en flatterie ! » s’écria le marchand de chameaux.

Yuuto secoua la tête, non, délibérément et avec insistance, provoquant un autre rire de l’homme.

« Non, je suis sincère, » déclara-t-il. « Et vous avez l’air d’être le genre d’homme que l’on aime bien et que l’on connaît bien. En ce moment, le Clan du Loup est à la recherche de bonnes personnes. S’ils sont talentueux, je les accueillerai à bras ouverts, comme je l’ai fait avec Ginnar ici présent. Peu importe la profession. Si vous connaissez de bonnes personnes qui pourraient faire l’affaire, j’aimerais bien que vous me le fassiez savoir. »

« Seriez-vous aussi prêt à accepter quelqu’un comme moi ? » demanda le marchand de chameaux en tentant sa chance.

« Mais, bien sûr. Nous vous souhaitons la bienvenue, » déclara Yuuto.

« Vraiment !? Ahh, ça valait vraiment le coup de faire le grand saut et de vous demander. Eh bien, après avoir apporté ces produits verriers à Glaðsheimr, je reviendrai tout de suite ici ! » déclara l’autre.

« Et je vous attendrai. J’espère que vous suivrez les traces de Ginnar. » Yuuto échangea une poignée de main passionnée avec le marchand.

« Père, euh..., » Ginnar faisait un visage troublé, et jetait un regard significatif vers la direction du palais.

Yuuto s’en était rendu compte et avait hoché la tête. « Eh bien, avec ça, je dois y aller. Bon voyage à vous ! »

« Ohh, merci beaucoup, Seigneur Yuuto. Puissiez-vous toujours être en bonne santé ! » déclara l’autre.

Avec ces adieux, le groupe de Yuuto entra dans la ville.

Après quelques instants de marche, Yuuto jeta un coup d’œil autour de lui pour s’assurer qu’il n’y avait personne d’autre que Félicia à proximité, puis interrogea Ginnar.

« Alors, de quoi vouliez-vous parler, ô sage et grand fils ? » Il n’avait pas pu résister au langage dramatique, les coins de sa bouche se tordant dans un sourire espiègle.

« Arrêtez ça, Père ! Quand vous me mettez sur un piédestal comme ça, je me sens si mal à l’aise et pas à ma place ! Je n’en peux plus ! » s’exclama Ginnar.

« Haha hahaha ! C’est un petit avant-goût de ce que c’est tout le temps pour moi. Tu dois apprendre à le supporter, Ginnar, » déclara Yuuto.

« Je n’arrive pas à croire le rôle pénible que vous m’avez imposé, Père, » soupira Ginnar, avec ses épaules tombant.

Il était écrit sur le visage de Ginnar à quel point il était mal à l’aise avec toute cette affaire, et Yuuto était un peu désolé pour lui, mais ils ne pouvaient pas se permettre de se retirer maintenant.

Yuuto posa une main sur l’épaule de Ginnar pour tenter de le consoler. « Mais grâce à toi, nous avons déjà beaucoup de gens qui font la queue pour travailler pour nous. »

« Mais je n’ai rien fait. C’était votre idée, Père, » déclara Ginnar.

En effet, le jeu d’acteur qui s’était joué quelques instants plus tôt faisait partie du plan de Yuuto pour résoudre la pénurie de personnel du Clan du Loup.

Il y avait un vieux proverbe japonais : « Kai yori hajimeyo », ou en français, « Commencez par ce qui est porté de main ».

En japonais d’aujourd’hui, l’adage voulait normalement dire que la première personne qui suggérait une idée ou une tâche devait être la première à s’y atteler. Cependant, les origines de l’expression remontent en fait à la période des États belligérants de la Chine.

Le roi Zhao de Yan, l’un des sept royaumes en guerre à l’époque, savait qu’il avait besoin de recruter plus de gens talentueux pour renforcer la puissance et la prospérité de son royaume, et il avait donc demandé au savant Guo Kai comment il pourrait attirer des gens de talent pour servir comme ses fonctionnaires.

Réponse de Guo Kai : « Si mon roi veut inviter des sages à son service, commencez par cet humble Kai. Si vous faites cela, les hommes beaucoup plus sages que moi se demanderont tous pourquoi. Et ils viendront à vous de près, mais aussi depuis mille lieues. Ils viendront tous pour être vos fonctionnaires. »

Voyant que ce raisonnement était valable, le roi Zhao avait construit un palais spécial pour Guo Kai et l’avait appelé « maître », c’est du moins ce que dit l’histoire.

Dans les années qui suivirent, certains des plus grands généraux de l’époque, tels que Yue Yi et Zou Yan, passèrent d’ autres royaumes au royaume de Yan, et avec leur force, le roi Zhao amena le royaume de Yan à la hauteur de sa prospérité.

Utilisant cette anecdote historique comme exemple, Yuuto avait copié l’événement avec Ginnar. Il avait veillé à ce que ses autres enfants subordonnés ne deviennent pas jaloux ou ne le voient pas comme un favori.

À Yggdrasil, les commerçants avaient beaucoup contribué au relais et à la diffusion des informations. La conversation de Yuuto avec le marchand avait été une excellente occasion d’utiliser l’homme pour répandre des rumeurs dans les environs.

Yuuto avait déjà eu des conversations similaires avec plusieurs autres marchands ambulants.

Et cet effort en valait la peine, à peine deux semaines après son lancement, le nombre de nouveaux candidats aux postes de bureaucrates du Clan du Loup avait considérablement augmenté.

***

Partie 5

Sigrun tenait son nihontou non gainé devant la lumière et poussa un soupir incroyablement lourd.

C’était une guerrière courageuse et belle, même louée par certains autres soldats comme la « déesse de la bataille » pour son allure fracassante, mais maintenant elle était effondrée et son air semblait beaucoup moins glacé et puissant. C’était plus éphémère, voire fragile.

Ingrid, maître de la forge, posa les mains sur ses hanches et fronça les sourcils, clairement mécontente. « C’est l’un de mes meilleurs travaux sur quoi tu soupires. De quoi es-tu insatisfaite ? »

Pour Ingrid, les armes qu’elle avait créées étaient comme ses propres enfants. Et cette épée en particulier était l’une de ses meilleures, un chef-d’œuvre dont elle avait une confiance absolue en la qualité. Pour elle, le soupir de Sigrun chaque fois qu’elle regardait la lame n’était rien moins qu’insultant.

« Ah, eh bien, je n’ai aucun problème avec la qualité, » déclara Sigrun. « C’est vraiment génial. Je t’en remercie. »

« Pour quelqu’un qui me remercie, tu n’as pas l’air satisfaite du tout, » répliqua Ingrid.

« Ah, eh bien, c’est juste que... tu as forgé celui-là, non ? Avec tes apprentis là-bas, » déclara Sigrun.

« Oui, je l’ai fait. Qu’est-ce qu’il y a ? » demanda Ingrid.

Sigrun soupira de nouveau.

« Cherches-tu la bagarre avec moi ? Je m’en fous que tu sois le Mánagarmr ou la déesse terrifiante, je suis prête à y aller, ici et maintenant ! » Une veine avait jailli sur le front d’Ingrid, et elle avait commencé à retrousser ses manches. Elle n’avait pas l’air de se soucier du fait que l’autre partie tenait une épée.

Ingrid avait sa fierté d’artisan en jeu, et elle n’était pas une personne très calme et patiente dès le départ. Il semblait qu’elle avait atteint les limites de son tempérament.

En revanche, Sigrun était la plus agitée. « Ah... e-euh... Je suis désolée. Je ne voulais pas dire grand-chose. »

« Je m’en fous que tu veuilles dire quelque chose ou pas ! Je ne te laisserai pas sortir de cet atelier tant que tu ne m’auras pas dit à quoi servent ces soupirs ! Et si la réponse n’est pas acceptable, je ne te fabriquerai plus jamais d’armes ! » cria Ingrid.

« A-Attends ! Ce serait un problème ! » Même la voix de Sigrun s’était fait entendre comme un cri de panique face à cette menace.

L’arme d’un guerrier était l’objet auquel on confiait sa vie. La confiance accordée par les armes forgées par Ingrid, le plus grand forgeron du Clan du Loup, était tout à fait différente de celle de n’importe qui d’autre. Et sur le champ de bataille, cette différence de fiabilité pourrait séparer ceux qui avaient survécu de ceux qui étaient morts. Pour Sigrun, c’était littéralement devenu une question de vie ou de mort.

« C’est si la réponse n’est pas acceptable, » s’écria Ingrid. « Si c’est quelque chose dont tu as le droit de te plaindre, je te pardonnerai. Je le reforgerai même gratuitement et réparerai tout ce qui ne va pas, d’accord ? »

« Ngh... D-D’accord, j’ai compris. Je vais te le dire. M-Mais, peux-tu juste demander à tes apprentis de nous laisser tranquilles d’abord ? » demanda Sigrun.

« Excuse-moi !? Tu crois que j’accepterai le genre de raison que tu ne peux même pas dire devant tout le monde ici ? Je comprends que tu risques ta vie sur le front, mais nous savons tous ici que nous sommes responsables des armes qui protègent la vie de nos soldats, et nous y mettons tout notre cœur et toute notre âme ! Ne pense pas que tu peux t’en tirer en manquant de respect à mes hommes ! » cria Ingrid.

Un collectif « Ohhhhh » était né de l’admiration des apprentis d’Ingrid pour son courage. Lorsqu’il s’agissait d’artisanat, elle avait la ferme volonté et refusait de se plier ou de faire des compromis avec qui que ce soit, peu importe qui ils étaient. Elle était vraiment l’incarnation même d’un maître artisan.

Le discours passionné d’Ingrid était assez intense pour que Sigrun prenne un peu de recul, mais elle semblait alors s’énerver. Elle avait dégluti une fois, puis avait parlé d’une petite voix chuchotée, en plaçant timidement ses deux index ensemble.

« C’est juste que, euh, Père n’a pas fait celui-ci lui-même..., » murmura Sigrun.

« Plus fort ! » s’écria Ingrid.  

Sigrun était alors passée d’un murmure à un véritable cri. « Si possible, je voulais que Père soit celui qui fasse mon épée ! »

Une fois qu’elle avait dit les mots, son visage était devenu rouge vif et elle avait regardé par terre, mais elle ne pouvait pas revenir en arrière maintenant. Elle continua doucement.

« B-Bien sûr, je sais que Père est très occupé en ce moment. Et je sais que cette épée est encore meilleure que celle que j’avais avant. Mais ce sentiment, comme si Père se battait à mes côtés, ce sentiment de sécurité et d’excitation... Je me demandais juste si je ne le sentirais plus jamais. Et quand j’y ai pensé, eh bien..., » expliqua Sigrun.

Le visage de Sigrun s’abaissa, et avec un regard contenant une terrible solitude, elle serra fortement la poignée de l’épée qu’elle tenait.

L’épée qu’elle avait utilisée jusqu’à récemment avait été forgée par Yuuto et Ingrid ensemble, mais pendant la bataille contre le Clan de la Foudre, Steinþórr l’avait arrachée de ses mains. Après ça, elle avait été emportée par les eaux déchaînées vers un endroit inconnu.

Les guerriers étaient un groupe superstitieux, et Sigrun ne faisait pas exception.

Pour elle, cette épée avait été le porte-bonheur qui lui avait sauvé la vie pendant les combats avec Yngvi et Steinþórr. Même lorsqu’elle avait combattu et vaincu le héros du Clan de la Griffe Mundilfäri, l’épée avait été différente, mais elle avait été forgée par Yuuto.

Sigrun croyait vraiment que c’était grâce à la protection de Yuuto, canalisée par son épée, qu’elle vivait encore.

Bien qu’elle semblait toujours calme et imperturbable, elle n’était encore qu’une adolescente. Elle avait perdu la source de la force sur laquelle son cœur comptait au combat, et maintenant elle ressentait une étrange incertitude qu’elle ne pouvait décrire.

À la recherche de mots, Ingrid se gratta la nuque. « Ah... uhhhh... »

Si Ingrid avait été un homme, elle se serait peut-être fâchée encore plus contre Sigrun en criant : « Tu es un guerrier ! Comment peux-tu déverser de telles conneries avec une si faible volonté !? » et la réprimander.

Mais bien que certains de ses maniérismes plus masculins aient été ce qui ressortait, en dessous de tout cela, Ingrid était la fille avec beaucoup plus de sensibilité féminine que beaucoup d’autres subordonnés de Yuuto. Elle comprenait les sentiments de Sigrun, et douloureusement. Elle comprenait trop bien, ce qui rendait la situation beaucoup trop embarrassante.

Tandis qu’Ingrid se tenait là, ne sachant plus quoi répondre, un autre visiteur arriva.

« Yo, Ingrid. Il y a une petite faveur que je voulais te demander..., » déclara le nouveau venu.

« P-Père !? » Sigrun avait visiblement paniqué quand le sujet de sa confession était entré dans la pièce.

Elle avait toujours jugé sa valeur personnelle par son utilisation sur le champ de bataille, et elle s’était désignée comme « l’épée de Yuuto ». Elle ne voulait pas qu’il l’entende exprimer sa faiblesse ou ses doutes.

« Oh, Sigrun, tu es aussi là ? » demanda Yuuto. « C’est parfait. J’ai reçu ça de Ginnar il y a un instant... »

Yuuto bougea le menton vers un long et mince sac en tissu que Félicia tenait. Félicia hocha la tête en signe de reconnaissance et ouvrit le sac.

« Oh... ohhhh ! » Sigrun avait aperçu le contenu du sac, et ses yeux s’ouvrirent avec étonnement.

Puis elle avait arraché avec force le sac des mains de Félicia, la surprenant.

« Argh ! Attends — Run, c’est bien trop violent ! » s’écria Félicia.

Félicia se gonfla les joues avec indignation et protesta contre un traitement aussi grossier, mais Sigrun n’en entendit pas un mot. Elle serrait le sac contre elle doucement, avec amour, comme si c’était son enfant perdu depuis longtemps, et se frottait la joue contre la poignée abîmée pendant que de grosses larmes tombaient de ses yeux.

Sigrun était une guerrière. Même si l’usure pouvait la changer, il n’y avait aucune chance qu’elle ne reconnaisse pas sa propre poignée d’épée.

 

 

« La poignée est en très mauvais état, mais la lame elle-même est toujours dans un bon état, » déclara Yuuto. « Tu peux demander à Ingrid de la réparer... Je ne pense pas qu’elle écoute. »

« Cela semble être le cas, » déclara Félicia en soupirant. Mais son expression exaspérée fut vite remplacée par un sourire gentil et affectueux. « Tee hee... eh bien, je suis contente pour toi, Run. »

***

Partie 6

De l’autre côté de la chaîne de montagnes septentrionale du bassin de Bifröst se trouvait la région de Miðgarðr, une région aride où la pluie tombait rarement. La majeure partie des terres de Miðgarðr était couverte soit par le désert, soit par les steppes, vastes plaines d’herbes courtes et presque sans arbres.

Il n’y avait pas beaucoup de lacs ou de rivières, et avec si peu de sources d’eau, la terre n’était pas adaptée à l’agriculture.

À cause de cela, les gens qui vivaient dans cette région vivaient principalement de l’élevage du bétail. Afin de s’assurer que leurs animaux ne mangent pas trop et n’épuisent pas les prairies, ils n’étaient jamais restés au même endroit, voyageant plutôt d’un bout à l’autre du pays selon un cycle régulier.

Dans les civilisations de Miðgarðr, on enseignait que les gens vivaient de deux types d’aliments : la « nourriture rouge » et la « nourriture blanche ». La nourriture rouge était de la viande, et les aliments blancs étaient faits de lait.

« Hehe... il semble que les saveurs plus familières conviennent le mieux à mes goûts, » Hveðrungr avait pris une bouchée de son pain et une gorgée de son vin, puis il acquiesça de la tête.

Ces deux articles étaient difficiles à trouver à Miðgarðr. Et dans le passé, c’était deux choses auxquelles il avait facilement accès tous les jours. Alors qu’il commençait à sourire un peu à la nostalgie de tout ça...

Une douleur sourde s’était fait sentir sur son front, et Hveðrungr grimaçait en serrant les dents. « Nkh... ! »

C’était la blessure que lui avait faite le guerrier du Clan de la Griffe Mundilfäri, à l’époque où il se faisait encore appeler Loptr.

Chaque fois que cette vieille blessure commençait à lui faire mal, ses souvenirs les plus détestés remontaient à la surface des profondeurs de son esprit. Cela s’était produit au cours de cette même bataille, celle au cours de laquelle il avait reçu ladite blessure. C’est à ce moment-là que ce maudit petit avait pris sa place.

« “Informez Hveðrungr, patriarche du Clan de la Panthère”. » Hveðrungr cracha ses mots avec dégoût en se rappelant le message qui lui avait été livré. « “Je suis Yuuto, patriarche du Clan du Loup”. Alors, c’est comme ça. Tu as beaucoup de culot de t’asseoir là et de te dire patriarche après m’avoir trompé, moi, ton frère aîné, et après avoir tué Père en te servant de lui comme bouclier. Tu n’as pas le droit de t’appeler comme ça, enfoiré ! »

Même aujourd’hui, il pouvait encore sentir la sensation persistante dans ses mains, de trancher la chair et l’os de son père assermenté, ainsi que de lui ôter la vie.

Pendant l’année écoulée, chaque fois qu’il dormait, il voyait ce moment se répéter dans ses rêves, et cela lui avait rongé le cœur.

Les humains étaient des créatures énigmatiques qui, pour préserver leur propre esprit, étaient parfois même capables d’altérer leur propre mémoire et de l’interpréter de la manière qui convient le mieux à leurs propres sentiments.

« Je suis tombé dans le piège du plan diabolique que cet enfant pourri avait mis en place, et je me suis retrouvé piégé à tuer mon propre père bien-aimé. »

À un moment donné, cette interprétation des choses était devenue la seule et unique vérité de Hveðrungr.

« Mais quand je pense qu’il s’abaisserait même à faire quelque chose d’aussi sournois que de faire faire un tel message à ma petite sœur bien-aimée Félicia. Attends-moi, Félicia ! Je viendrai te sauver bientôt ! »

Alors que Hveðrungr avait dit ça, il avait froissé dans son poing le deuxième message qu’il avait reçu du Clan du Loup, une lettre en papier.

Il était écrit que le seul frère aîné que Félicia suivait était Yuuto, et personne d’autre.

La petite sœur de Hveðrungr était une bonne fille qui s’occupait de son frère aîné. Elle était sa seule famille de chair et de sang au monde. Il n’y avait aucune chance, aucune possibilité qu’elle le rejette comme ça. Par conséquent, Hveðrungr n’avait pu que conclure que cette lettre était complètement fausse. Et si la lettre était fausse, sa petite sœur devait déjà être prisonnière de cet usurpateur trompeur.

Sa vieille blessure avait palpité, et une autre poussée de douleur sourde avait traversé son front.

Cette blessure avait été gravée dans sa chair par le manieur de la rune Alsviðr, le Cheval qui Répond à son Cavalier. C’était peut-être pour cela que chaque fois qu’il avait mal, il entendait une voix qui lui murmurait : « Satisfais tes désirs », de quelque part au fond de son cœur.

Des pulsions noires et compulsives se répandaient en lui, et il ne pouvait plus maîtriser ses émotions. Mais il sentait aussi une incroyable puissance se répandre dans tout son corps.

Hveðrungr abandonna son chœur à cette voix intérieure, et un sourire affamé se répandit sur son visage alors qu’il léchait ses lèvres d’une manière semblable à une bête carnivore.

« Je te ferai tout me donner, Yuuto. Tout ce que tu m’as pris. Tout, » cria-t-il.

 

***

Myrkviðr était une ville fortifiée située à l’extrémité ouest du territoire du Clan de la Corne. Il était situé assez près de la chaîne de montagnes de Himinbjörg, et avait une longue histoire de prospérité en tant que centre du commerce du bois.

La ville proprement dite avait été construite sur une île entre les bras de la rivière Örmt, limitant les points d’approche et fournissant une défense naturelle contre l’invasion par des clans étrangers.

Lorsque l’ancien chef du Clan du Sabot, Yngvi, avait lancé son invasion du Clan de la Corne, il avait aussi apparemment trouvé trop difficile de conquérir cette ville, choisissant plutôt de faire le tour de Fólkvangr et d’avancer vers le sud par des terres plus dégagées.

L’homme chargé de gouverner Myrkviðr s’appelait Gunnar. Il était connu comme un commandant talentueux au sein du Clan de la Corne, avec une série de réalisations militaires remontant à l’époque du précédent patriarche du Clan de la Corne, Hrungnir.

Et en ce moment, son plus gros problème était la tribu d’envahisseurs qui avait commencé à attaquer par l’ouest il y a dix jours.

« Détestables barbares, » Gunnar grogna avec un air renfrogné.

Selon les rapports, ils étaient tous arrivés à cheval, vêtus de l’habit caractéristique des nomades de la région de Miðgarðr. Ils avaient immédiatement commencé à attaquer les villages et les villes entourant Myrkviðr, tuant les hommes et enlevant les femmes, volant la nourriture, et mettant le feu à tout ce qui restait dans une manifestation de violence scandaleuse et gratuite.

Les bruits forts et aigus commencèrent à se faire entendre.

« Alors, ils sont revenus. Qu’ils aillent au diable..., » déclara-t-il.

Les envahisseurs se montraient enfin près des murs de Myrkviðr. Peut-être qu’ils avaient complètement pillé toute la terre environnante.

Le patriarche Linéa lui avait donné des ordres stricts de maintenir la défense à l’intérieur des murs de Myrkviðr, et de s’abstenir de lancer une attaque, mais il était à la limite absolue de sa patience.

Gunnar était le gouverneur de la ville de Myrkviðr et des environs. S’il n’avait pas pu protéger la vie et les biens des citoyens sous sa surveillance, alors pourquoi était-il ici ?

Dans quel but les gens de ce pays avaient-ils présenté des taxes et des tributs ?

Qui promettrait leur fidélité aux dirigeants qui ne lèveraient pas le petit doigt pour les défendre ?

La colère dans le cœur de Gunnar avait finalement débordé. « Je n’en peux plus ! Je vais mettre ces foutus bandits en déroute et les disperser aux quatre vents ! »

Il rassembla ses troupes et les conduisit hors de la ville.

Selon les rapports de ses guetteurs, l’ennemi en comptait moins de cinq cents. Myrkviðr, en revanche, s’enorgueillit de posséder 1 500 soldats, ce qui lui donne un avantage de 3 pour 1.

Et ce n’était pas tout. Leur patriarche Linéa n’avait que des compétences légèrement supérieures à la moyenne en tant que commandant de campagne, mais elle était incroyablement accomplie en tant que dirigeante de leur nation, à la fois talentueuse et flexible.

Elle avait importé beaucoup d’objets et d’idées de ce patriarche du Clan du Loup, Yuuto, qui était si compétent en stratégie militaire que les gens l’appelaient le dieu de la guerre réincarné.

L’un de ces exemples était une arme, une lance de fer trois fois plus longue que la taille d’une personne. Elle avait fourni ces longues lances aux soldats qui protégeaient ses frontières à Myrkviðr. Et ces deux derniers mois, elle leur avait fait suivre une formation sur la façon de combattre en utilisant la formation phalangienne très serrée.

Avec cette combinaison ultime d’armes et de tactiques à leur disposition, il n’y avait aucune chance que des bandits indisciplinés ne puissent jamais les égaler.

« Attaquez ! » ordonna Gunnar. « Attaquez ! »

À son commandement, les forces de Myrkviðr chargèrent.

Mais dès qu’ils étaient entrés en contact avec l’ennemi, les cavaliers s’étaient séparés proprement en trois groupes.

Le groupe qui se trouvait juste en face d’eux avait habilement changé de cap et avait commencé à tirer des flèches en se retirant.

La phalange se vantait d’une puissance incomparable dans un assaut frontal, mais elle ne pouvait égaler la vitesse des chevaux.

Leurs longues lances leur donnaient une portée écrasante en mêlée, mais cela ne pouvait être comparé à la portée d’un arc.

En conséquence, les soldats de Myrkviðr ne pouvaient pas effectuer un seul coup, et avaient été forcés de recevoir des attaques continues et unilatérales de l’ennemi.

Au moment où Gunnar réalisa à quel point c’était dangereux, il était déjà trop tard.

Les deux autres groupes ennemis avaient profité de la mobilité supérieure de leurs chevaux pour contourner et avancer sur les flancs des troupes de Myrkviðr en venant des deux côtés, et avaient commencé à lancer leurs propres flèches.

En un rien de temps, Gunnar et la garnison de Myrkviðr s’étaient retrouvés complètement entourés d’une force d’à peine un tiers de leur taille.

Les archers de la formation Myrkviðr avaient fait de leur mieux pour riposter, mais ils étaient à pied et leurs adversaires se déplaçaient rapidement à cheval. Les flèches de Myrkviðr trouvaient rarement leur cible, tandis que les flèches de l’ennemi frappaient juste, volant une vie après l’autre en une succession rapide.

Face à cette situation terriblement unilatérale, les soldats Myrkviðr avaient perdu leur sang-froid, et certains avaient été assez paniqués pour tenter de fuir. Leur formation s’était effondrée.

Bien sûr, les cavaliers ennemis avaient saisi cette occasion.

Les cavaliers sur les deux flancs avaient lâché leurs arcs et s’étaient mis à la lance, embrochant les soldats Myrkviðr paniqués des deux côtés dans une attaque en tenaille.

Au départ, la phalange était une formation axée sur l’attaque à l’avant et terriblement vulnérable aux attaques latérales ou arrière. Cette situation avait été exacerbée d’autant plus par la panique des soldats.

En moins d’une heure, les forces de garnison de Myrkviðr avaient été anéanties. Sur 1 500 soldats, moins de 500 avaient survécu.

Le Clan de la Panthère, d’autre part, avait subi des pertes inférieures à dix hommes. C’était pratiquement une victoire sans faille.

Ainsi, faute de troupes suffisantes pour protéger les portes, la ville fortifiée de Myrkviðr tomba facilement entre les mains du Clan de la Panthère.

***

Partie 7

La nouvelle de l’attaque du Clan de la Panthère était parvenue à Yuuto dans la journée.

En commençant par les travaux de Sun Tzu, il y avait un grand nombre de traités sur la stratégie militaire qui discutaient de l’importance de l’information.

Yuuto avait compris que parce que le Clan de la Corne bordait les territoires de puissantes nations hostiles comme le Clan du Sabot et le Clan de la Foudre, il fonctionnait stratégiquement comme un bouclier orienté à l’ouest pour le Clan du Loup. C’était donc avec cette idée en tête qu’après la guerre de Yuuto avec le Clan du Sabot, il avait enseigné à Linéa les techniques d’utilisation des signaux de fumée pour relayer l’information.

L’utilisation de signaux de fumée codés avait été enregistrée comme ayant eu lieu dès le 2e siècle av. J.-C. en Chine. Ils avaient rapidement envoyé des messages à travers le pays au sujet des attaques du peuple Xiongnu qui montait à cheval, dans une situation étrangement similaire à celle à laquelle Yuuto faisait face maintenant.

Les signaux de fumée pourraient être utilisés pour communiquer sur de grandes distances en peu de temps, soit l’équivalent de 140 kilomètres à l’heure. Bien sûr, on ne pouvait pas envoyer des messages compliqués avec de la fumée, mais c’était parfait pour signaler un « état d’urgence » aussi vite que possible.

De plus, une fois que le premier avertissement avait été donné rapidement par un signal de fumée, il pouvait être suivi par la suite d’informations plus détaillées transmises par les pigeons voyageurs. Yuuto avait appris de telles informations sur la chute de Myrkviðr au cours des deux jours suivants.

« Alors, on n’a vraiment pas d’autre choix que de se battre, hein..., » avec un soupir, Yuuto avait levé les yeux vers le ciel.

Il y a deux ans, la nuit où il avait enfin réussi à affiner le fer, Loptr lui avait raconté son rêve d’alors qu’ils étaient sous un ciel étoilé comme celui-ci. Yuuto se souvenait de cette nuit comme si c’était hier.

Loptr aurait dû être celui qui dirigeait et protégeait le Clan du Loup, mais maintenant il était protégé par Yuuto. Et Loptr était maintenant furieusement en train de pointer ses crocs vers le même Clan du Loup qu’il aurait dû protéger.

Yuuto n’arrivait pas à se débarrasser de ce sentiment d’ironie tragique.

Dans son cœur, il se sentait encore incertain, hésitant.

Combattre Loptr, c’était pointer sa lame sur la gorge de son frère. Ce ne serait pas personnellement et directement, mais ce serait quand même l’acte de viser à prendre la vie de son adversaire.

Pourrait-il vraiment se résoudre à le faire ?

Et s’il y avait une autre alternative à la bataille ?

Cependant, maintenant que Myrkviðr était tombé, Yuuto ne pouvait plus se permettre le luxe d’hésiter. Si son incertitude retardait ses décisions, le coût en serait supporté par des civils innocents.

« Quand je mourrai, j’irai en enfer, n’est-ce pas ? » Yuuto ferma les yeux, murmurant les mots. « ... Eh bien, je suppose qu’il est un peu tard pour y penser. »

Ses mains étaient déjà tachées du sang de tant de gens.

Malgré tout, il avait décidé de continuer à aller de l’avant.

Parce que Yuuto était le patriarche, un souverain.

Se laisser piéger par ses sentiments serait une insulte aux âmes de toutes les vies qu’il avait sacrifiées pour arriver ici.

Il ne s’agissait pas de savoir s’il pouvait séparer ses sentiments sur l’affaire. Il n’avait qu’à le faire.

Avec ces paroles le conseillant, Yuuto donna l’ordre de lever ses armées, afin de protéger la nation de sa petite sœur.

***

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