Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 4 – Chapitre 3 – Partie 4

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Acte 3

Partie 4

Après avoir vu Linéa partir, Yuuto revenait par les portes. Une horrible puanteur l’avait forcé à se boucher le nez.

« Cette odeur est plus horrible que jamais, » déclara Yuuto.

À côté de lui, Félicia grimaça aussi bien qu’elle avait jeté un coup d’œil vers la source de l’odeur. Il reposait sur quatre pattes, beaucoup plus hautes qu’un cheval, avec des bosses sur le dos qui étaient peut-être son attribut unique le plus célèbre.

C’était un chameau.

Puisqu’ils pouvaient voyager pendant des jours sans manger ni boire, ils étaient parfaitement adaptés pour voyager dans des terres arides avec peu de sources d’eau, et ils pouvaient porter une charge plus lourde que le cheval moyen. Bon nombre des commerçants qui étaient venus à Iárnviðr en avaient utilisé un.

Cependant, l’odeur nauséabonde de leur corps était l’un de leurs inconvénients. Et si vous n’approchiez pas correctement un chameau, il vous menacerait en vous crachant dessus, car il puait tellement qu’il pourrait être vraiment dégoûté pendant un moment.

Dans le passé, Yuuto s’était rapproché de l’un d’eux par curiosité et avait connu un sort terrible. Depuis lors, il s’était fait un point d’honneur de ne pas s’approcher trop près des chameaux.

Cependant, alors que son regard se posait sur le visage familier de l’homme qui discutait amicalement avec le propriétaire du chameau, Yuuto courut rapidement vers lui et l’appela d’une voix théâtrale et amicale. « Bien, bien, bien, si ce n’est pas mon nouveau fils prometteur, comment allez-vous, mon garçon ? »

« Voyons. S’il vous plaît, arrêtez ça, Père. » L’homme — Ginnar — grimaça, l’air aussi mal à l’aise que possible.

Yuuto avait failli éclater de rire à ce moment-là, mais il avait réussi à tenir le coup et avait continué à prendre un air sérieux pendant qu’il parlait. « Non non non, vous ne devez pas être si humble. Le marché du Clan du Loup est aussi prospère qu’il l’est aujourd’hui grâce à vos efforts. Je suis un père si chanceux quant au fait d’avoir un fils si magnifique que vous ! »

Yuuto croisa les bras et hocha la tête pour mettre l’accent sur ça.

Juste avant de partir en vacances, Yuuto avait reconnu les réalisations de Ginnar dans la mise en œuvre de l’utilisation de la monnaie, et avait échangé le Serment du Calice avec lui directement. Ginnar n’était entré dans le clan que six mois auparavant, donc c’était un rythme inhabituellement rapide pour une promotion aussi élevée.

Ginnar avait fait habituer sur le marché l’utilisation des pièces de monnaie comme monnaie sans presque aucun problème ou confusion, et ce n’était certainement pas une réalisation légère. Mais c’était Yuuto et les officiers de haut rang du Clan du Loup qui avaient eu l’idée en premier lieu et y avaient travaillé jusqu’à sa mise en œuvre, et vu le temps écoulé après le recrutement formel de Ginnar, cet exploit n’était toujours pas vraiment suffisant pour lui permettre de devenir le subordonné direct de Yuuto.

En vérité, certains officiers s’étaient opposé à ce que Yuuto échange directement le Serment du Calice avec lui pour cette même raison. Yuuto leur avait alors expliqué que la raison en était qu’il avait un objectif spécifique en tête, qu’il s’agissait d’un cas particulier. Il les avait donc persuadés d’oublier la tradition cette fois.

Quant à cet objectif...

L’autre marchand avait immédiatement repéré une occasion d’affaires et s’était rapidement lancé dans des présentations cordiales, se vendant du mieux qu’il le pouvait. « Ohhhh ! Alors, vous devez être le célèbre Patriarche Yuuto du Clan du Loup ! C’est un plaisir de faire votre connaissance. Je suis un humble commerçant, originaire des terres du Clan de l’Épée — . »

Yuuto pouvait voir les arrière-pensées de l’homme aussi facilement que le jour, mais il continua à converser avec le marchand et Ginnar sans rien dire.

C’était un monde sans téléphone ni Internet, donc il était très difficile d’obtenir des informations des pays étrangers. Les marchands itinérants qui se déplaçaient de ville en ville étaient une source importante et précieuse d’informations.

« Pourtant, je n’en attendais pas moins de vous, Ginnar, » déclara Yuuto. « Un grand professeur que je respecte a écrit un jour : “La meilleure, et la plus facile méthode pour estimer la valeur d’un homme est de regarder avec quel type d’hommes il s’associe,” et vous avez établi d’excellentes relations personnelles. »

« Hahaha, haha, Seigneur Yuuto, vous êtes un expert en flatterie ! » s’écria le marchand de chameaux.

Yuuto secoua la tête, non, délibérément et avec insistance, provoquant un autre rire de l’homme.

« Non, je suis sincère, » déclara-t-il. « Et vous avez l’air d’être le genre d’homme que l’on aime bien et que l’on connaît bien. En ce moment, le Clan du Loup est à la recherche de bonnes personnes. S’ils sont talentueux, je les accueillerai à bras ouverts, comme je l’ai fait avec Ginnar ici présent. Peu importe la profession. Si vous connaissez de bonnes personnes qui pourraient faire l’affaire, j’aimerais bien que vous me le fassiez savoir. »

« Seriez-vous aussi prêt à accepter quelqu’un comme moi ? » demanda le marchand de chameaux en tentant sa chance.

« Mais, bien sûr. Nous vous souhaitons la bienvenue, » déclara Yuuto.

« Vraiment !? Ahh, ça valait vraiment le coup de faire le grand saut et de vous demander. Eh bien, après avoir apporté ces produits verriers à Glaðsheimr, je reviendrai tout de suite ici ! » déclara l’autre.

« Et je vous attendrai. J’espère que vous suivrez les traces de Ginnar. » Yuuto échangea une poignée de main passionnée avec le marchand.

« Père, euh..., » Ginnar faisait un visage troublé, et jetait un regard significatif vers la direction du palais.

Yuuto s’en était rendu compte et avait hoché la tête. « Eh bien, avec ça, je dois y aller. Bon voyage à vous ! »

« Ohh, merci beaucoup, Seigneur Yuuto. Puissiez-vous toujours être en bonne santé ! » déclara l’autre.

Avec ces adieux, le groupe de Yuuto entra dans la ville.

Après quelques instants de marche, Yuuto jeta un coup d’œil autour de lui pour s’assurer qu’il n’y avait personne d’autre que Félicia à proximité, puis interrogea Ginnar.

« Alors, de quoi vouliez-vous parler, ô sage et grand fils ? » Il n’avait pas pu résister au langage dramatique, les coins de sa bouche se tordant dans un sourire espiègle.

« Arrêtez ça, Père ! Quand vous me mettez sur un piédestal comme ça, je me sens si mal à l’aise et pas à ma place ! Je n’en peux plus ! » s’exclama Ginnar.

« Haha hahaha ! C’est un petit avant-goût de ce que c’est tout le temps pour moi. Tu dois apprendre à le supporter, Ginnar, » déclara Yuuto.

« Je n’arrive pas à croire le rôle pénible que vous m’avez imposé, Père, » soupira Ginnar, avec ses épaules tombant.

Il était écrit sur le visage de Ginnar à quel point il était mal à l’aise avec toute cette affaire, et Yuuto était un peu désolé pour lui, mais ils ne pouvaient pas se permettre de se retirer maintenant.

Yuuto posa une main sur l’épaule de Ginnar pour tenter de le consoler. « Mais grâce à toi, nous avons déjà beaucoup de gens qui font la queue pour travailler pour nous. »

« Mais je n’ai rien fait. C’était votre idée, Père, » déclara Ginnar.

En effet, le jeu d’acteur qui s’était joué quelques instants plus tôt faisait partie du plan de Yuuto pour résoudre la pénurie de personnel du Clan du Loup.

Il y avait un vieux proverbe japonais : « Kai yori hajimeyo », ou en français, « Commencez par ce qui est porté de main ».

En japonais d’aujourd’hui, l’adage voulait normalement dire que la première personne qui suggérait une idée ou une tâche devait être la première à s’y atteler. Cependant, les origines de l’expression remontent en fait à la période des États belligérants de la Chine.

Le roi Zhao de Yan, l’un des sept royaumes en guerre à l’époque, savait qu’il avait besoin de recruter plus de gens talentueux pour renforcer la puissance et la prospérité de son royaume, et il avait donc demandé au savant Guo Kai comment il pourrait attirer des gens de talent pour servir comme ses fonctionnaires.

Réponse de Guo Kai : « Si mon roi veut inviter des sages à son service, commencez par cet humble Kai. Si vous faites cela, les hommes beaucoup plus sages que moi se demanderont tous pourquoi. Et ils viendront à vous de près, mais aussi depuis mille lieues. Ils viendront tous pour être vos fonctionnaires. »

Voyant que ce raisonnement était valable, le roi Zhao avait construit un palais spécial pour Guo Kai et l’avait appelé « maître », c’est du moins ce que dit l’histoire.

Dans les années qui suivirent, certains des plus grands généraux de l’époque, tels que Yue Yi et Zou Yan, passèrent d’ autres royaumes au royaume de Yan, et avec leur force, le roi Zhao amena le royaume de Yan à la hauteur de sa prospérité.

Utilisant cette anecdote historique comme exemple, Yuuto avait copié l’événement avec Ginnar. Il avait veillé à ce que ses autres enfants subordonnés ne deviennent pas jaloux ou ne le voient pas comme un favori.

À Yggdrasil, les commerçants avaient beaucoup contribué au relais et à la diffusion des informations. La conversation de Yuuto avec le marchand avait été une excellente occasion d’utiliser l’homme pour répandre des rumeurs dans les environs.

Yuuto avait déjà eu des conversations similaires avec plusieurs autres marchands ambulants.

Et cet effort en valait la peine, à peine deux semaines après son lancement, le nombre de nouveaux candidats aux postes de bureaucrates du Clan du Loup avait considérablement augmenté.

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