Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 4 – Chapitre 2 – Partie 1

***

Acte 2

Partie 1

Le même soir, un rassemblement de personnalités assez importantes avait lieu dans une salle du palais à Iárnviðr.

Il y avait le commandant en second Jörgen, l’officier supérieur du Clan du Loup.

Félicia, l’adjudante de Yuuto et sa petite sœur.

Ingrid, chef de l’atelier de Mótsognir, qui le mois dernier s’était hissée au septième rang du clan.

Sigrun, capitaine de la garde personnelle de Yuuto, qui était également passé le mois dernier du quinzième au huitième rang, une promotion extraordinaire.

Les sœurs jumelles Albertina et Kristina qui n’étaient pas aussi hautes en grade. Mais elles étaient quand même encore hautes dans la hiérarchie en tant que princesses du Clan de la Griffe voisin.

Linéa, patriarche du Clan de la Corne voisin, qui avait choisi de rester à Iárnviðr après la Cérémonie du Calice des jumelles afin d’observer le style de gouvernement de Yuuto.

Et enfin...

« Pourquoi... Pourquoi ? Pourquoi Éphy est-elle ici... !? »

L’esclave Éphelia, qui était très nerveuse à l’idée qu’elle n’était pas à sa place tremblait et était au bord des larmes, était également là.

D’une certaine façon, sa réaction avait été parfaitement naturelle.

De son point de vue, toutes ces personnes étaient tellement au-dessus d’elle qu’elles pourraient aussi bien vivre dans un monde différent.

« D’après ce que j’ai entendu, Père a pris goût à toi l’autre jour. » Jörgen avait fait un grand sourire à Éphelia. « Si c’est le cas, tu as tout autant le droit d’être ici. »

Son visage féroce portait des cicatrices sur le front et les joues. Pour un enfant de seulement dix ans comme Éphelia, le sourire de Jörgen ne rendait pas son visage moins effrayant.

Linéa se tendit légèrement et fixa son regard sur Éphelia, la regardant de près. « Grand Frère... a pris goût à toi ? »

« Ah... argh..., » Éphelia était devenue encore plus pitoyable et effrayée, alors que son corps tremblait tellement qu’elle avait l’air d’avoir des convulsions.

Juste au moment où il semblait qu’elle avait dépassé sa limite mentale et qu’elle risquait de s’évanouir en raison du stress...

« Bon sang, » Ingrid poussa un soupir exaspéré, se grattant l’arrière de la tête d’une main, et utilisa l’autre pour hisser Éphelia par le col.

« Hwah!? »

« Calme-toi, d’accord ? » Ingrid avait placé Éphelia sur ses genoux et la serra dans ses bras. Ingrid avait une façon brutale et énergique de parler, mais c’était le genre de fille qui prenait soin des autres.

« C’est vrai, tu n’as pas à t’inquiéter. Tu vois ? » En tapotant Éphelia sur la tête, Félicia fredonna un air calme et doux.

« Ah... D’accord..., » Éphelia découvrit rapidement que les sentiments effrayants avaient mystérieusement disparu de son cœur et que ses frissons s’étaient arrêtés.

Le toucher de la peau humaine et le son des battements du cœur d’une personne étaient bien connus pour leurs effets calmants. Cela rappelait peut-être aussi le sentiment de l’étreinte de sa propre mère. Les effets du galldr de Félicia avaient sûrement aussi joué un rôle.

Malgré cela, la situation n’en était pas moins accablante pour Éphelia, et elle était maintenant douce comme un agneau, s’accrochant fermement à Ingrid.

Cela semblait tirer sur les cordes sensibles d’Ingrid, et une expression ravie la submergea alors qu’elle serrait encore plus fort Éphelia, chuchotant à elle-même.

« Ohh... les petits enfants sont vraiment si mignons. Un jour, lui et moi... »

« Nnn..., » le fait d’être serrée si fort était un peu douloureux, mais Éphelia pouvait aussi sentir l’affection qu’Ingrid lui témoignait et se trouvait incapable d’opposer une quelconque résistance. Elle avait fait un petit gémissement, mais rien de plus.

Quand la pièce s’était calmée, Jörgen s’était levé. Il commença par se tourner vers sa gauche et s’inclina devant Linéa, qui s’était assise à la tête de la table.

« Tante Linéa, je dois d’abord m’excuser et vous demandez pardon pour vous avoir si impudemment convoquée ici de mon plein gré, » déclara Jörgen.

« Non, ça ne me dérange pas du tout, » déclara-t-elle. « Le Clan du Loup et le Clan de la Corne sont une famille maintenant. Je suis reconnaissante d’avoir l’occasion d’interagir et d’approfondir mes liens avec mes nièces et mes neveux de cette façon. »

« C’est un grand soulagement que d’entendre cela, » après avoir salué encore une fois Linéa, Jörgen se tourna vers les autres filles assises et rencontra tour à tour chacune de leurs yeux, avant de déclarer d’un ton grave : « Il n’y a qu’une seule raison pour laquelle je vous ai tous appelés ici si tard dans la nuit. C’est au sujet de Père. »

« ... ! » Chaque personne assise à la table s’était tendue, et leur visage était devenu instantanément plus inquiet.

Dans le monde d’Yggdrasil, les relations formées par le Serment du Calice étaient spéciales. On ne pouvait pas choisir les parents dont vous étiez issus, mais ils pouvaient choisir le parent auquel ils avaient prêté serment. Et, parce que ce choix avait été fait de plein gré, on s’attendait à ce qu’ils soient totalement loyaux, corps et âme, envers leur parent assermenté ou leur frère ou sœur plus âgés.

Bien sûr, c’était juste le concept officiel. C’était la forme qu’il fallait donner aux choses, du point de vue de la société. Ce n’était pas comme si toutes les relations formées par le Serment du Calice étaient à la hauteur de cet idéal, il était assez courant pour le gain, la perte et l’effet de levier de jouer un rôle dans les affaires du calice, avant et après que les serments aient été échangés. Cependant, dans tous les cas, chaque personne présente à cette table avait une certaine loyauté et affection pour Yuuto.

Le fait qu’ils aient tous été délibérément réunis ici pour discuter de Yuuto avait été plus que suffisant pour qu’ils traitent cette affaire comme une affaire sérieuse.

« Père possède une grande variété de connaissances venant d’au-delà des cieux, et a fait preuve d’une grande ingéniosité tant dans les affaires d’État que militaire, mais il n’est ni arrogant ni hautain, » dit Jörgen. « C’est le genre de personne qui travaille continuellement à tempérer ses propres capacités par un travail acharné. De plus, il est tolérant et aimable par nature, et pourtant, quand la situation l’exige, il fait preuve d’une volonté résolue plus grande que celle de quiconque, et nous guide tous sur la bonne voie. Je dirais qu’il est sans défaut, qu’il est clairement né pour être un dirigeant. Personne ici ne nierait que la prospérité que nous connaissons aujourd’hui au sein du Clan du Loup est entièrement due au Père. »

Face à ces mots, tous les autres hochèrent la tête profondément.

Aucun d’entre eux n’aurait pu le nier, car presque tous étaient pleinement conscients que, si ce jeune homme n’était pas arrivé à Yggdrasil quand il l’avait fait, le Clan du Loup aurait depuis longtemps disparu de ce monde. (Éphelia et Albertina étaient les deux exceptions.)

« Le père ne montre aucun signe d’abus de son pouvoir et de son statut pour s’engager dans des réjouissances oisives et passe chaque jour à s’appliquer pleinement à ses tâches, » poursuivit Jörgen. « J’ai entendu dire que, l’autre jour, ces efforts ont une fois de plus porté leurs fruits. Sous la direction de Père, je n’ai aucun doute que le Clan du Loup poursuivra sûrement son chemin de croissance et de développement. Cependant, je suis aussi inquiet... personnellement, je me demande si Père ne travaille pas trop fort. »

Le front de Jörgen se plissa en sillons, et avec une expression grave, il continua.

« Cela fera bientôt un an et demi que Père est devenu patriarche. Le fait qu’il se pousse constamment pour le bien de notre clan et de son peuple me laisse profondément humble, mais tout cela sera pour rien s’il ruine sa santé à cause de cela. En fin de compte, nous, du Clan du Loup, ne pouvons exister sans lui. »

Les paroles de Jörgen n’étaient pas de la simple flatterie ou de l’humilité, mais ils exprimaient directement ses véritables sentiments.

Dans le cadre de son rôle de commandant en second, il avait servi en tant que patriarche par intérim en l’absence de Yuuto à de nombreuses reprises. S’il arrivait quelque chose à Yuuto, il était le premier dans la lignée de la succession.

Jörgen lui-même était une figure respectable qui avait gravi les échelons jusqu’à son poste actuel grâce à ses propres compétences et efforts. Il n’avait pas été sans ses propres aspirations de devenir un jour chef du clan.

Cependant, ayant vécu jusqu’à l’âge de quarante ans, il avait commencé à mieux comprendre ses propres forces et limites. Il n’était pas assez prétentieux pour penser qu’il remplacerait Yuuto de la même façon.

« Et donc, je suis d’avis que nous devrions faire en sorte que Père puisse se détendre et s’amuser de temps en temps, » poursuit l’homme. « Bien qu’il soit vrai que tout le monde est occupé à cause de notre manque actuel de personnel, en même temps, il n’y a pas de questions urgentes qui requièrent le commandement direct du Père. Rassurez-vous, je peux gérer les choses ici pendant quatre ou cinq jours. »

Jörgen frappa une main contre sa poitrine avec insistance.

En temps de guerre, on lui avait confié la tâche de rester derrière pour protéger et diriger la ville pendant que Yuuto s’en allait avec l’armée, et il s’acquittait donc seul de ses tâches administratives pendant des semaines, voire des mois. Il était persuadé qu’il pouvait tenir le coup sans problème pendant quelques jours.

Sigrun leva la main et prit la parole. « Je suis tout à fait d’accord pour que Père fasse une pause pour se reposer et se détendre, mais qu’est-ce que vous voulez que je fasse, exactement ? »

Sigrun n’avait aucune connaissance de la politique ou de l’administration.

Elle était plus que disposée à faire n’importe quoi pour rendre son père assermenté heureux, mais comme elle n’avait passé sa vie qu’à s’entraîner aux arts martiaux, elle ne voyait malheureusement pas comment elle pourrait être utile.

« Elle a raison, je veux voir Yuuu — je veux dire, Père, se reposer, mais si je devais m’occuper d’une partie de son travail, c’est... vous savez, je ne sais pas ce que je pourrais faire à ce sujet. » Ingrid, qui ne connaissait le travail qu’en tant qu’artisan à qui elle se consacrait, était également mal à l’aise.

Jörgen avait rejeté leurs préoccupations avec un rire chaleureux.

« Ha ha ha ha ha, vous n’avez pas à vous inquiéter pour ça. Comme je viens de le dire, je vais m’occuper de tout seul. J’aimerais que vous fassiez tous autre chose, » déclara Jörgen.

« Quelque chose d’autre, vous dites ? » répète Félicia avec interrogation.

« Père est un homme sérieux avec un sens aigu des responsabilités, » déclara Jörgen. « Tant qu’il sera ici à Iárnviðr, il se souviendra sûrement d’une tâche importante ou d’une autre, et ne se permettra pas de vraiment se reposer et d’oublier le travail. C’est pourquoi j’ai l’intention de lui faire faire un voyage à la base du mont Surtsey, pour qu’il s’y détende. Les feuilles d’automne devraient y être à leur plus belle époque de l’année. Et... Je suis sûr que Père s’amuserait encore plus s’il y avait aussi de belles fleurs. N’est-ce pas le cas ? »

À cette dernière ligne, Jörgen avait fait aux filles un regard significatif.

Jörgen avait l’air d’un homme coriace au visage abîmé, mais il n’était ni simple ni asocial. En fait, avec trois épouses et huit enfants, il était la personne la plus versée et la plus expérimentée en ce qui concerne les subtilités des relations entre hommes et femmes.

Jörgen s’arrêta un moment, regarda à nouveau chacune des filles à tour de rôle, puis porta le coup de grâce.

« Je pense que cette proposition fonctionnerait aussi en votre faveur. Normalement, le Père est toujours occupé par ses devoirs, mais lors d’un voyage dans un environnement nouveau et inconnu, il sera capable d’oublier ses responsabilités et de devenir beaucoup plus libre dans son cœur. Ne pensez-vous pas que ce serait l’occasion parfaite de devenir plus intime avec lui ? » demanda Jörgen.

En un instant, le regard de plusieurs des filles présentes dans cette pièce avait complètement changé.

En effet, elles étaient toutes devenues des louves.

***

Si vous avez trouvé une faute d’orthographe, informez-nous en sélectionnant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée s’il vous plaît. Il est conseillé de se connecter sur un compte avant de le faire.

2 commentaires

  1. Échappé au burn-out du travail pour se retrouver assiégé par une meute de louves, je le plains 😂

Laisser un commentaire