Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 3 – Chapitre 4 – Partie 3

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Chapitre 4 : Acte 4

Partie 3

« Félicitations pour avoir fini, Yuu-kun ! » cria Mitsuki. « Ça a dû être un travail très dur. »

C’était la nuit, Yuuto était maintenant debout dans le hörgr pour la première fois depuis un moment.

Le sanctuaire au sommet de la Hliðskjálf n’avait aucune protection contre le vent, et il faisait donc un froid glacial à cette époque-ci de l’année, mais Yuuto s’était bien préparé en s’enveloppant dans plusieurs couches de fourrures.

La théorie était qu’il pourrait être capable de rentrer chez lui s’il accomplissait sa « mission ». En d’autres termes, en créant des armes de fer qui pourraient transformer même une nation faible comme le Clan du Loup en une nation forte, peut-être avait-il rempli son rôle destiné dans ce monde.

Et ce soir, c’était aussi la nuit de la pleine lune.

Cela ressemblait plus à de la providence qu’à une coïncidence, et il avait mis de l’espoir, mais...

« J’imagine... que ça n’a pas marché, » déclara Mitsuki.

« Ouais..., » répondit Yuuto à regret.

Après tout, ce n’était qu’une coïncidence.

Yuuto avait essayé de créer l’effet miroir opposé, mais il n’avait pas ressenti la sensation que le monde vacillait, le phénomène qu’il avait vécu en changeant de monde.

Leurs attentes plus élevées n’avaient fait qu’accroître la déception.

« Eh bien, je suppose que c’est “parce que je n’ai pas vraiment gagné leur guerre pour eux”, » déclara finalement Yuuto. « On dit qu’après tout, les résultats sont ce qui compte dans le monde réel. Je suppose que j’allais trop vite. »

Il avait essayé de hausser les épaules et avait parlé sur un ton décontracté. Il essayait de changer d’attitude, car il n’y avait aucun sens à se morfondre et à s’attarder sur ce qui s’était déjà produit.

« Ça veut juste dire que le Clan du Loup a toujours besoin de mon aide, » continua-t-il.

Il le disait autant à lui-même qu’à Mitsuki.

Yuuto avait été convoqué à Yggdrasil pour apporter la victoire au Clan du Loup. Le raffinage du fer avait créé une opportunité pour eux, mais il serait certainement prématuré de dire qu’ils étaient sortis de la crise actuelle.

Leur premier raffinement réussi leur avait permis d’obtenir à peine deux tonnes métriques de bon fer. Il faudrait plusieurs autres répétitions réussies du même processus pour en faire assez pour fabriquer des armes et du matériel en fer pour toute l’armée du Clan du Loup.

En commençant par Ingrid, Yuuto avait enseigné toutes les informations pertinentes qu’il connaissait aux autres personnes travaillant avec lui sur le projet. Mais il y avait un problème dans le manque absolu d’expérience parmi les autres travailleurs.

Il ne faisait aucun doute que Yuuto, avec ses connaissances et son expérience, devrait continuer à diriger lui-même le projet afin d’assurer les meilleures chances de succès.

« Yuu-kun... tu es devenu plus fort, » déclara doucement Mitsuki.

« Hein ? Oui, c’est normal après tout le travail manuel que j’ai fait, » répondit-il.

Yuuto avait envoyé des photos actuelles de lui à Mitsuki, alors il s’était dit qu’elle faisait des commentaires à ce sujet.

« Non, ce n’est pas ce que je veux dire. C’est comme si j’avais l’impression que tu as un peu mûri. Ce que je veux dire, c’est que tu n’es même pas découragé en ce moment. Si j’étais à ta place, je serais si bouleversée que j’irai me pelotonner au lit et ne sortirais pas avant une semaine. »

« ... Oh, » en entendant ces mots, Yuuto se souvint qu’il avait été ainsi six mois plus tôt.

À l’époque, il s’était perdu dans le désespoir de ne pas pouvoir rentrer chez lui et avait essayé de s’isoler émotionnellement des gens qui l’entouraient.

Au moins par rapport à l’époque, Yuuto pensait qu’il aurait pu devenir un peu plus fort.

Ses tentatives d’affiner le fer avaient été une série d’échecs. Il avait failli abandonner dans le désespoir à plusieurs reprises, accablé d’anxiété et de pensées, c’est impossible de le faire seulement avec des connaissances de base glanées sur Internet. Mais même à ce moment-là, il avait continué à lutter, s’emparant finalement du succès par la force brute de sa détermination.

Il avait fait l’expérience d’accomplir quelque chose en donnant tout de lui-même face à l’effort. Et il y avait quelque chose dans la vie qu’une personne ne pouvait obtenir sans une telle expérience.

Le succès du jeune homme lui avait redonné confiance en son cœur — une vraie confiance qui ne vacillait ni ne se brisait à chaque petit revers, qui lui permettait de croire en lui-même quoiqu’il arrive.

 

☆☆☆

 

Alors que Yuuto terminait son appel téléphonique avec Mitsuki, il entendit une voix derrière lui.

« Après tout, tu étais donc là, » se retournant, il vit Loptr debout là, soupirant de soulagement. « Vu que le processus de raffinement du fer a réussi. Alors j’avais peur que tu ne sois peut-être déjà retourné au paradis après avoir terminé ta mission ici. »

« J’ai essayé, et ça n’a pas marché, » dit Yuuto.

« Quoi ? Alors tu as vraiment essayé de partir ? Tu es un type sans cœur. Tu aurais au moins dû nous dire au revoir, à Félicia et à moi, avant de partir, » déclara Loptr.

« Les deux dernières fois, je vous ai fait mes adieux et je n’ai pas pu rentrer chez moi. Alors, je suppose que je ne voulais pas me porter la poisse. Bien qu’à la fin, ça n’avait pas vraiment d’importance. Eh bien, si cela avait semblé fonctionner, j’avais l’intention de laisser ça ici, alors j’aurais pu de toute façon vous dire au revoir. » Yuuto regarda le smartphone dans sa main.

Félicia l’avait vu l’utiliser plusieurs fois. Elle devrait pouvoir imiter ses actions et répondre à un appel s’il arrivait.

Cela dit, cela n’avait pas changé le fait que c’était une façon froide de partir. Loptr avait raison à ce sujet. Même Yuuto le pensait.

« Ne te l’ai-je pas déjà dit ? » demanda vivement Loptr. « Je t’ai dit que tu le paierais si tu faisais pleurer ma mignonne petite sœur. »

« Je ne voulais pas non plus voir ma mignonne petite sœur jurée pleurée, d’accord ? » déclara Yuuto.

« Donc tu allais me laisser ramasser les morceaux ? Bon sang, c’est cruel. » Loptr s’était étiré en soupirant et en secouant la tête.

Il était vrai que si Yuuto avait réussi à rentrer chez lui, il aurait imposé à Loptr le rôle le plus difficile.

Il savait que cela aurait été mauvais pour lui, mais il aimait et respectait vraiment cet homme en tant que frère aîné, et il savait vraiment qu’il aurait pu faire confiance à Loptr pour bien gérer la situation.

« Hé, Yuuto, » déclara l’homme. « Serais-tu prêt à renoncer à rentrer chez toi et à prendre Félicia pour épouse ? »

« Quoi — !? Es-tu soûl ou quoi !? Qu’est-ce que tu racontes ? » Yuuto s’était mis à paniquer, confus par le fait que c’était hors de tout contexte ou prévision.

Sa première réaction avait été de penser qu’il s’agissait d’une blague, même si elle était de très mauvais goût, mais le regard de Loptr avait raconté une histoire différente. C’était sérieux et sincère d’une manière difficilement imaginable étant donné la facilité, la légèreté et de la difficulté d’y voir clair dans son comportement habituel.

« Je n’ai pas bu une goutte, » lui répondit Loptr. « Et je suis absolument sérieux. »

« Alors c’est encore pire, » déclara Yuuto. « Je te l’ai déjà dit, non ? Il y a déjà une fille que j’aime bien chez moi. N’as-tu pas dit à la rivière que tu ne pardonnerais pas deux à la fois ? »

« Je l’oublierai dans ce cas. Une fois que la neige fondra, la guerre reprendra. Cette fille est une Einherjar. En tant que commandant en second du clan, je ne peux pas laisser ses pouvoirs inutilisés, » déclara Loptr.

Le territoire du Clan du Loup s’étendait dans une zone élevée du bassin de Bifröst entourée de montagnes, et les neiges étaient épaisses à cette époque de l’année. Cela servait de défense naturelle, et à l’heure actuelle, cela empêchait le Clan de la Griffe d’envahir davantage la zone. Mais dans deux ou trois mois, la neige fondrait.

Les pas de la guerre, qui ne cessaient de s’empiéter, atteignaient déjà le seuil de leur porte.

« Je n’ai pas la moindre intention de la laisser mourir là-bas, bien sûr, mais on ne sait jamais ce qui va se passer sur les champs de bataille, » déclara Loptr. « Même si ce n’est que pour un petit moment, je veux qu’elle puisse vivre un peu du bonheur de la vie de femme, tant qu’elle le peut encore. En tant que son frère, c’est la seule façon pour moi de le faire. »

« ... Je suis désolé, » Yuuto tourna la tête, incapable de rencontrer le regard de Loptr. C’était tout ce qu’il pouvait faire pour faire sortir ses mots.

« Félicia t’aime bien, » dit Loptr. « Tu tiens à elle aussi, n’est-ce pas ? »

« S’il te plaît, arrête ça, Grand Frère, » déclara Yuuto.

« ... Je vois, » déclara Loptr avec regret. « C’est vraiment dommage. Je n’aurai pas de soucis à te confier ma petite sœur, tu sais. Comme avec personne d’autre. »

« Je suis sûr que Félicia pourra trouver quelqu’un d’encore mieux pour elle, pas un homme sans cœur comme moi, » rétorqua Yuuto. Ne voulant pas continuer cette conversation, il avait changé de sujet. « Et toi, Grand Frère ? Pourquoi ne te dépêches-tu pas de te marier ? Ce n’est pas bon pour le commandant en second d’être célibataire. »

Vers le début de la nouvelle année, Loptr avait mentionné qu’il avait vingt-deux ans. À Yggdrasil, où il était normal de se marier avant vingt ans, c’était assez vieux pour qu’il ne soit pas étrange d’avoir déjà un enfant.

Et ce n’est pas comme s’il n’était pas populaire, Loptr avait déjà trois femmes qui avaient des sentiments pour lui. Pour son âge, il était censé s’être marié bien avant Félicia ou Yuuto.

« Tu l’as dit, » déclara Loptr avec tristesse. « Je suis le commandant en second. Je finirai par... succéder au patriarche du Clan du Loup. Et c’est mon rêve depuis enfant. »

D’un seul coup d’œil, Loptr se retourna pour contempler le paysage qui se trouvait en dessous d’eux.

C’était la ville d’Iárnviðr, illuminée par la lumière blanc pâle de la pleine lune. C’était là que Loptr était né et avait grandi.

« Bien, alors c’est une raison de plus pour que tu le fasses..., » commença Yuuto.

« Et quand je l’aurai fait, si j’ai gardé la position de “femme légitime” vide, je pourrai l’utiliser pour la diplomatie, non ? » Les coins de la bouche de Loptr s’élevèrent en souriant.

Partout dans le monde et tout au long de l’histoire, les mariages dits politiques avaient été l’un des moyens les plus rapides et les plus faciles pour deux pays d’établir des relations amicales.

En tant que Japonais du 21e siècle, l’idée avait rendu Yuuto mal à l’aise, mais en même temps, il avait l’impression qu’on venait de lui montrer le fossé entre les deux.

Son frère aîné assermenté, Loptr, pensait d’abord à sa nation et, après s’être résolu à assumer le fardeau de la diriger, il agissait en pensant aussi loin.

Même si Yuuto avait mûri au cours du dernier semestre, même s’il n’y avait qu’une différence d’âge de six ans entre eux, Yuuto ne pouvait s’empêcher de penser que son frère aîné était inatteignable, loin devant lui en tant que personne.

Yuuto admirait Loptr et le respectait sincèrement. Il n’avait aucun regret d’avoir échangé le Serment du Calice et d’être devenu frère assermenté.

Mais le sentiment d’inadéquation en tant qu’homme par rapport à lui était insupportablement frustrant.

Il ne pouvait pas réfréner l’envie de se motiver vers l’objectif qu’un jour, il rattrape son retard.

Cependant, cette admiration enfantine allait déclencher les engrenages du destin et devait devenir le déclencheur de la tragédie qui allait suivre.

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4 commentaires

  1. Uuuh... J'ai clairement pas l'impression que Loptr va survivre longtemps... Merci pour le chap ^^

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