Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 3 – Chapitre 4 – Partie 2

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Chapitre 4 : Acte 4

Partie 2

« Très bien ! Avec ça, on en a fini avec la phase de soufflage ! » Avec sa déclaration, Yuuto avait fait quelques pas en arrière sur ses jambes bancales, et s’était finalement laissé tomber par terre avec un bruit sourd.

Les parois du four d’argile étaient devenues minces, et des particules de flammes jaillissaient de l’intérieur. Trois jours et trois nuits entiers s’étaient écoulés depuis l’allumage du feu, et ils avaient finalement atteint le quatrième jour fatidique.

Les ouvriers avaient retiré un à un les tuyaux de ventilation du fourneau et scellé les ouvertures avec de l’argile.

Pendant que Yuuto les observait, Ingrid s’approcha de lui.

« Il nous reste plus beaucoup de temps, hein ? » demanda-t-elle.

« Ouais, maintenant on attend que le feu refroidisse un peu et on casse le four d’argile. » Yuuto hocha la tête, puis il prit une houe et se leva. Son épuisement avait atteint son apogée, mais il ne pouvait pas rester assis.

Il s’était approché et s’était immobilisé près de la fournaise pendant un certain temps, inspectant la force des flammes.

« D’accord, cassons-le ! » déclara Yuuto.

« Très bien ! » cria Ingrid.

Ingrid avait elle aussi pris une houe et se tint à côté de Yuuto.

Les flammes brûlaient encore à l’intérieur de la fournaise, remplissant l’air autour d’eux de chaleur, mais le feu s’était affaibli par rapport au moment où ils l’avaient pompé à pleine puissance.

Yuuto plaça la houe contre le bord supérieur de la fournaise, et tira de toutes ses forces. Ingrid avait suivi son exemple.

Les parois du four d’argile étaient assez épaisses lorsqu’elles avaient été construites et séchées, mais après trois jours d’exposition aux puissantes flammes qui s’y trouvaient, l’argile était maintenant cassante et mince, et elle s’était facilement effritée grâce à leurs efforts combinés.

Des étincelles s’étaient envolées dans les airs, et quelques-unes leur avaient été soufflées au visage, mais ils les avaient ignorées et avaient continué leur tâche.

Et enfin, toutes les parois du four tatara avaient été arrachées, et au centre se trouvait le produit métallique, connu sous le nom de loupe ou kera. Elle brillait en orange vif comme de la lave fondue.

« Beau travail, Yuuto ! » cria Ingrid. « On l’a fait ! »

Elle se tourna vers Yuuto et lui tendit la main.

« Toi aussi, Ingrid. Merci. » Sans perdre une seconde, Yuuto lui avait tendu la main et lui avait donné un « tope là ! ».

Tous deux avaient tout dépensé, corps et âme, dans le travail qu’ils venaient de terminer.

Il ne restait plus qu’à laisser la loupe refroidir pendant deux heures, puis à la sortir et à la refroidir davantage avec de la neige et de la glace.

« Hé. Yuuto, pourquoi tu n’irais pas un peu dormir ? » demanda-t-elle.

« Il en va de même pour toi, Ingrid. Va te reposer, » déclara Yuuto.

Tous deux avaient travaillé sans dormir jusqu’à ce moment, et tous les deux avaient des poches sombres sous les yeux.

Cependant...

« Je m’inquiéterais trop de la tournure que ça va prendre, » répondit Ingrid. « Comment diable pourrais-je dormir ? »

« Il en va de même pour moi, » déclara Yuuto.

Ils avaient tous les deux ri.

Pendant un quart d’année, ils avaient travaillé ensemble vers le même but, partageant les joies et les peines qui accompagnaient cette tâche. Ils étaient devenus des amis proches qui se comprenaient vraiment.

« Crois-tu que... ça va enfin marcher cette fois-ci ? » demanda Yuuto alors qu’il s’assoyait sur le sol, fixant devant lui la loupe encore ardente.

Il avait déclaré fièrement à Loptr et Sigrun qu’il réussirait certainement, mais c’était alors qu’ils étaient encore à mi-parcours. Maintenant que sa participation était terminée et qu’il n’avait plus rien à faire, Yuuto s’était soudain senti dépassé par l’anxiété.

« Aie confiance en toi, » répondit Ingrid.

« Pas vraiment, et c’est pour ça que je te le demande, » déclara Yuuto.

« Hahaha, eh bien, c’est juste. Après tout, tu étais vraiment lent et maladroit quand tu as commencé, » déclara Ingrid.

« Vas-tu vraiment en reparler ? » Yuuto soupira, déprimé.

« Tu as raison, et je vais le faire. Quelques coups de hache et tu te fais mal au dos. Tu as essayé de porter le sable de fer, et tu l’as renversé partout. J’ai maudit ma chance d’être forcée de travailler sous tes ordres, » répliqua Ingrid.

« Ouais, et bien, je suis vraiment désolé pour ça, » déclara Yuuto d’une voix triste.

« Oh, ne t’inquiète pas. Maintenant, je suis reconnaissante à Angrboða de nous avoir permis de nous rencontrer, » déclara Ingrid.

Sur ce, Ingrid s’était assise à côté de Yuuto. Sans regarder dans sa direction, elle continua à parler tout en regardant la loupe.

« Je me porte garante de toi en tant qu’Ingrid, le plus grand forgeron d’Yggdrasil. Ces trois derniers mois, tu as travaillé comme un acharné. Alors, si quelqu’un essaie de te faire de la peine ou de t’insulter, je le frappe avec mon marteau. Tu dois donc avoir un peu plus confiance en toi. En plus, je suis l’“Enfanteuse de Lames”, tu t’en souviens ? On ne peut pas échouer éternellement avec moi au travail. Eh oui, c’est ce que mon instinct me dit : Cette fois, ça va marcher. Ton dur labeur va payer. Et si ce n’est pas le cas, je t’aiderai à nouveau. Je t’aiderai autant de fois qu’il le faudra. Alors... Hé, réponds-moi, Yuuto ! Ce genre de choses est vraiment embarrassant à dire en face de quelqu’un, tu sais ! Hé ! ... Yuuto ? »

Ingrid avait légèrement poussé le bras de Yuuto avec son coude, et son corps avait basculé et s’était ensuite renversé pour s’appuyer contre son épaule.

« Qu’est-ce qui t’a pris de t’endormir ainsi ? » s’exclama-t-elle. « Et cela juste après avoir dit que tu n’y arriverais pas. Tu aurais dû rester éveillé et m’écouter, idiot. Je ne vais pas te dire tout ça une seconde fois. »

Après ça, Ingrid avait pris doucement la tête de Yuuto dans ses bras et, se plaignant tout le temps, la déplaça pour la poser sur ses genoux.

Puis elle caressa tendrement ses cheveux et sourit. « Très bien, c’est une récompense pour tout ton dur labeur. Dors bien, Yuuto. »

 

 

« Yuuto ! Yuuto, debout ! » déclara Ingrid.

Quand Yuuto s’était réveillé, il avait senti son corps se faire bousculer. Mais son esprit était boueux et obscurci, et il n’arrivait pas à penser clairement.

Il avait l’impression qu’il s’était passé quelque chose de vraiment important, mais à ce moment-là, son désir de se rendormir l’avait fait disparaître.

Oui, dormir. Yuuto voulait juste continuer à dormir.

Après tout, cet oreiller était vraiment le meilleur.

Il en avait tellement marre des oreillers rigides qu’il avait dû utiliser pendant les six derniers mois. Il allait apprécier celui-ci pour tout ce qu’il avait à offrir, il n’y avait vraiment pas d’autre choix.

« Réveille-toi, Yuuto ! » s’écria Ingrid.

« Ahh, tais-toi et laisse-moi dormir... » Yuuto repoussa la main qui le serrait, et tenta de se retourner pour se coucher de l’autre côté...

Squish.

Ce faisant, il sentit sa main s’accrocher à quelque chose de mou.

Qu’est-ce que c’est que ça ? Il serra la main par pur réflexe pour tenter d’identifier ce que c’était.

« Qu’est-ce que tu fous, espèce d’abruti !? » s’écria Ingrid.

*Clac !*

« Gaaah ! » Le soudain élan de douleur avait forcé Yuuto à retourner dans le monde des éveillés, et il avait ouvert les yeux.

Quand son esprit s’était éclairci, il s’était souvenu où il était et sur quoi il travaillait quand il s’était endormi.

« C’est vrai ! Comment est la loupe !? » cria-t-il.

« Ils l’ont déjà sortie et l’ont refroidie, » répondit Ingrid.

« Quoi — !? Pourquoi tu ne m’as pas réveillé pour ça ? » demanda Yuuto.

« Parce que c’est un travail que les travailleurs peuvent bien faire tout seuls. Tu dois te concentrer sur le travail que toi seul peux faire, et ce serait un problème si tu manquais tellement de sommeil que tu irais faire une erreur en inspectant cette foutue chose. Allez, lève-toi, maintenant, » déclara Ingrid.

Sur ce, Ingrid avait tiré sur l’oreille de Yuuto pour le forcer à s’asseoir.

Au moment où elle l’avait fait, Yuuto avait réalisé où il dormait. « A-Attends, hein !? L’oreiller était donc tes genoux !? »

« T-Tu t’es assoupi. Et tu m’es tombé dessus d’un coup ! » Ingrid avait crié sur la défensive. « Je me serai sentie mal de te réveiller alors que tu étais si épuisé, alors je me suis forcée à le supporter pendant un moment. Franchement... »

« Désolé..., » murmura Yuuto.

Avec un « Hmph ! » Ingrid se leva et sortit rapidement. Leur travail sur la fournaise était terminé depuis longtemps, mais pour une raison ou une autre, son visage était rouge.

« Hé, attends, » déclara Yuuto, en se dépêchant de la suivre.

À l’extérieur, il y avait des agglomérats gris de forme irrégulière éparpillée sur le sol. Ces morceaux étaient ce qui restait après que la loupe brillante se soit refroidie.

« C-C’est... ! » Yuuto s’était soudain précipité vers l’un de ces agglomérats.

Il était resté planté là, le visage gelé sous le choc, et le corps tremblant légèrement.

« H-hey, l’a-t-on fait !? Yuuto, est-ce du fer raffiné !? » Incapable de cacher son excitation, le regard d’Ingrid avait fait des allers-retours entre le morceau de métal et le visage de Yuuto.

Dans le monde d’Yggdrasil, le fer était un métal incroyablement rare, obtenu uniquement à partir de météorites qui tombaient du ciel. Ingrid était assez célèbre comme forgeron pour que son nom soit même connu dans la Capitale Impériale Glaðsheimr, mais même elle n’avait jamais vu la vraie chose en personne.

Au bout d’un moment, Yuuto lui répondit...

... en secouant la tête.

« Non, ce n’est pas du fer, » déclara-t-il catégoriquement.

Cependant, c’était quelque chose de très familier pour lui.

En vérité, c’était exactement ce à quoi il avait été habitué toute sa vie, aussi loin qu’il s’en souvienne.

Il n’y avait aucun moyen qu’il puisse en confondre l’apparence.

C’était juste qu’il avait supposé qu’il n’y avait aucune chance qu’un amateur comme lui puisse le créer.

Treize tonnes de sable de fer. Treize tonnes de charbon de bois.

C’était cette énorme quantité de ressources qu’il avait fallu pour obtenir seulement 200 kilogrammes de ce matériel.

Il s’agissait du métal dont on disait être le plus adapté pour forger une épée japonaise —

« C’est... du tamahagane. L’acier de la plus haute qualité, » annonça Yuuto.

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4 commentaires

  1. Merci pour le chap ^^

  2. Merci pour le travail. Quand on n'a pas de pouvoir magique, faut utilisé l'huile de coude 🙂

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