Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 3 – Chapitre 3 – Partie 3

***

Chapitre 3 : Acte 3

Partie 3

« Bon sang, qu’est-ce que c’est que cette chose que tu avais à me dire si tard le soir ? » Loptr bâillait lourdement alors qu’il envoyait sur Yuuto un regard de reproche. « Je dois aller travailler tôt demain matin. Comprends-tu ça ? »

Son humeur était compréhensible, car il s’était déjà retiré pour la nuit avant d’être réveillé de force directement dans son lit.

En effet, c’était incroyablement impoli pour un jeune frère subordonné comme Yuuto d’avoir réveillé son supérieur de la sorte, et le fait que Loptr le laissait partir avec seulement une plainte légère montrait à quel point il était indulgent en tant que frère aîné.

« Frère, essaie de te ressaisir, d’accord ? » Félicia lui avait fait des reproches. « Grand Frère Yuuto dit qu’il a quelque chose d’important à nous dire. »

« C’est marrant. Je suis le commandant en second du Clan du Loup, et le chef de cette maison, et pourtant je ne peux m’empêcher de penser que je suis au bas de la hiérarchie ici, » Loptr avait poussé un soupir affecté par l’attitude impitoyable de sa sœur à son égard.

Yuuto ressentait un élan de sympathie pour lui. C’était un bon frère qui se souciait profondément de sa petite sœur, mais cela ne méritait aucun répit de sa part.

Et, d’une certaine façon, Yuuto était aussi à l’origine de ce problème.

« Je suis convaincu que c’est beaucoup plus important que ce que tu as prévu pour demain, » avait annoncé Yuuto, sûr de lui.

« Oh ! Et maintenant, c’est quelque chose du genre. C’est donc une grande conversation que nous allons avoir. Mais si ce n’est rien de spécial, alors tu le regretteras..., » répliqua Loptr.

« Alors, que penses-tu de ça ? Je sais comment procéder à la fusion et à l’affinage du fer, » annonça Yuuto.

« Qu’est-ce que tu as dit !? » s’écria Loptr.

« Huuuh !? » s’écria Félicia.

Le frère et la sœur aux cheveux dorés le dévisagèrent à l’unisson. À ce moment-là, leurs expressions étaient des images miroirs l’une de l’autre.

Ils sont vraiment liés par le sang, avait pensé Yuuto, et son amusement était quelque peu en désaccord avec la gravité de la situation.

« Tu ne mens pas ou ne plaisantes pas, n’est-ce pas ? » Son sourire confiant habituel avait disparu de la face de Loptr et il était tout à fait sérieux alors qu’il regardait Yuuto droit dans les yeux.

En un instant, la somnolence intense du commandant en second du Clan du Loup avait été complètement bannie. Cela démontrait à quel point était choquante la seule déclaration que Yuuto ait été fait.

« Si c’était le cas, j’aurais choisi un meilleur moment, » lui assura Yuuto. Il n’était pas assez effronté pour déranger le sommeil de l’homme chez qui il vivait pour lui faire une blague. « J’ai trouvé plusieurs dépôts de sable de fer sur les rives de la rivière. Si on utilise ça, on peut faire une bonne quantité de fer. Il semble que tout le monde ici utilise principalement du bronze, donc si tu avais accès à du fer, ce serait un gros bonus pour ton armée, non ? »

« Ce serait le cas. Bien sûr que si. » Loptr parla de façon irréfutable, sans la moindre hésitation.

Loptr lui-même n’avait pas encore eu l’occasion de s’en occuper lui-même, mais il avait appris de bouche à oreille que les armes et les armures forgées à partir de fer météorique étaient beaucoup plus résistantes que celles faites de bronze.

S’il parvenait à mettre des armes aussi puissantes entre les mains de ses soldats de base, il ne faisait aucun doute que l’armée du Clan du Loup connaîtrait une forte augmentation de sa puissance de frappe.

« Il ne s’agirait pas seulement d’échapper à notre danger actuel, » poursuit Loptr. « Il ne serait pas exagéré de dire que nous pourrions lancer notre propre assaut et reprendre les terres qui nous ont été volées par le Clan de la Griffe. »

« Incroyable ! » Félicia avait crié. « Après tout, mon intuition était correcte ! Grand Frère, tu es bien le messager envoyé par Angrboða lui-même pour donner la victoire à notre Clan du Loup. »

« Comme je l’ai déjà dit. Je n’ai jamais entendu parler de ce nom. Et en plus... Je ne peux pas garantir que ça marchera correctement, » Yuuto avait jeté de l’eau froide sur l’excitation du frère et de la sœur.

« Hmm ? Qu’est-ce que tu veux dire ? Tu connais la méthode, non ? » demanda Loptr.

« Oui, je connais la méthode pour le faire. C’est juste que... Je n’ai jamais vraiment essayé moi-même de le faire, » répondit-il.

Juste une fois, il avait eu la chance de participer à une partie du processus d’affinage du fer. Non, dire « assister » serait présomptueux.

Comme il s’agissait d’une sorte de sortie éducative dans un milieu de travail, il n’avait été autorisé à participer qu’à quelques-uns des points saillants de l’expérience. Ce n’était pas comme s’il avait été capable d’observer et de travailler sur l’ensemble du processus du début à la fin.

C’était comme savoir faire du vélo.

Pour faire du vélo, vous aviez besoin de maintenir votre centre d’équilibre tout en tournant les pédales avec vos pieds. Vous vous arrêtiez en serrant les freins. Et vous pouviez changer de direction en tournant le guidon.

On pourrait décrire la connaissance quant à la façon de conduire un vélo de cette façon, mais cela ne signifiait en aucun cas que le simple fait d’entendre cette information suffisait pour que quelqu’un réussisse à le conduire.

De nos jours, l’acte de faire du vélo était venu aussi facilement et naturellement à Yuuto que la respiration, mais c’était quelque chose qu’il avait appris à la dure au début de l’école primaire, en tombant sans cesse, jusqu’à ce que son corps lui-même se rappelle. Ce n’est qu’après avoir acquis cette expérience, après avoir appris ces petits trucs et ces aspects du cyclisme qui ne pouvaient pas être facilement décrits avec des mots, qu’on pouvait vraiment bien monter sur un vélo.

Pour rouler uniquement sur la roue arrière, il suffit de concentrer son poids vers l’arrière et de tirer le guidon vers le haut pour faire monter la roue avant en l’air, et ensuite, il suffit de maintenir son équilibre. Même s’il savait comment le faire, Yuuto pouvait facilement se voir échouer de façon spectaculaire s’il l’essayait vraiment.

« Il est plus que probable qu’il y aura beaucoup d’essais et d’erreurs, et j’échouerai plusieurs fois, » déclara Yuuto. « Bien sûr, je suis persuadé que je finirai par réussir. Mais je ne peux pas promettre que tout se passera bien entre-temps. »

« Hmm..., » murmura-t-il.

« Et aussi... Je ne serai pas en mesure de l’accomplir par moi-même, et il y aura aussi beaucoup de dépenses impliquées, » ajouta Yuuto. « Je n’ai pas non plus le pouvoir d’arranger tout ça. C’est pourquoi, euh... »

À la fin, Yuuto avait eu du mal à faire sortir les mots.

Il n’avait pas eu le courage de le dire.

C’était une demande beaucoup trop éhontée à faire.

« ... D’accord, » déclara Loptr. « Je trouverai un moyen de m’occuper de cette partie. »

« E-Es-tu sûr !? » Yuuto avait été tellement surpris de la facilité avec laquelle sa demande avait été acceptée qu’il n’avait pu s’empêcher de la remettre en question.

Loptr haussa les épaules et déclara un sourire ironique. « C’est une affirmation assez grotesque en apparence, c’est sûr. Mes autres frères de clan pourraient dire que j’ai perdu la tête. Mais franchement, Yuuto. Tu es mon petit frère et je suis ton grand frère. »

« Merci beaucoup, Grand Frère !! » Yuuto était une fois de plus rempli d’admiration devant la générosité de Loptr.

Depuis son arrivée à Yggdrasil, Yuuto n’avait fait que se couvrir de honte. Dans la ville d’Iárnviðr, si l’on mentionnait les cheveux noirs, il n’y avait personne qui n’avait jamais entendu parler de Sköll, le Dévoreur de Bénédictions. Il ne pouvait même pas parler la langue correctement de ce monde.

Et pour les habitants d’un monde qui ne connaissait que le fer comme un don tombé du ciel, la revendication de Yuuto sonnerait comme un rêve chimérique.

Son frère aîné proposait de faire confiance à Yuuto et à ses affirmations suspectes, sans preuve, et de lui allouer à la fois du capital et du personnel.

Yuuto était si reconnaissant qu’il pourrait pleurer.

 

☆☆☆

 

« C’est donc l’atelier de l’un des plus grands maîtres forgerons de cette génération, hein ? » Yuuto se murmura à lui-même en levant les yeux vers le bâtiment en briques séchées par le soleil.

Il entendait le Clang ! Clang ! du marteau qui résonnait à l’intérieur, un son qui le rendait nostalgique.

Il était dans un coin de la partie résidentielle de la ville entourant les murs du palais. C’était une région où vivaient des membres relativement plus aisés du Clan du Loup.

C’était un paysage nouveau pour Yuuto, qui jusqu’à présent n’avait mis les pieds nulle part ailleurs que sur la route principale de la ville et dans le bazar.

« C’est impressionnant, » murmura Yuuto.

Bien que Yuuto avait pris note des louanges de Loptr à l’égard de ce forgeron, il n’avait pas vraiment été impressionné. Son propre père avait été loué et complimenté par tous les amateurs et amoureux des beaux-arts en tant que l’un des maîtres artisans de l’époque moderne.

Et alors !? Une voix dans son cœur criait de rébellion.

« Oui, je suis sûr que tu trouveras beaucoup d’aide et d’assistance ici, » lui déclara Loptr. « Et aussi, la partie la plus importante dans cette affaire, ce maître forgeron est quelqu’un en qui j’ai une grande confiance. Car après tout, nous ne pouvons pas nous permettre de laisser le savoir du raffinage de fer atteindre nos voisins. »

Il s’assurait de prononcer ces derniers mots d’une voix basse que seul Yuuto pouvait entendre.

Avec cette imposante implication en l’air, Yuuto avait dégluti nerveusement.

« Ingrid, je viens te voir, » Loptr avait salué en ouvrant la porte et s’était glissé à l’intérieur de la bâtisse.

« E-Euh, excusez-moi de vous déranger ! » Un peu timide, Yuuto inclina la tête et suivit son exemple.

En un instant, de l’air chaud avait été soufflé contre lui. Un four fait d’argile brillait de mille feux et, à une enclume, se tenait une jeune fille toute seule qui balançait son marteau avec une intense concentration.

« Attends, c’est une fille !? » cria Yuuto, doutant de ses yeux.

Il avait entendu dire qu’il s’agissait d’un maître forgeron d’une habileté remarquable, dont le nom était connu même dans des pays lointains, alors il avait imaginé un homme d’âge moyen au visage sec et bourru. Mais la jeune fille devant lui était plutôt mignonne. Elle avait l’air d’avoir le même âge que lui, avec des cheveux courts et indisciplinés.

La fille avait arrêté de balancer son marteau et s’était retournée. « Hm ? Salut, c’est Grand Frère Loptr. Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vus. As-tu besoin de commander une nouvelle arme ou autre chose du genre ? »

Elle essuyait la sueur de son visage avec sa manche et leur fit un sourire vif.

« En fait, il y a une faveur que j’aimerais te demander, » déclara Loptr. « Et c’est un travail capital. »

« Oh, vraiment ? » Il y avait une étincelle d’intérêt dans les yeux légèrement relevés de la fille. Elle n’avait pas hésité le moins du monde à faire face à un travail si important. Au contraire, ça semblait l’exciter.

« Yuuto, laisse-moi te la présenter. Voici Ingrid. Elle est la plus jeune des cinq fiers Einherjars de notre Clan du Loup, et porteuse de la rune Ívaldi, l’Enfanteuse des lames. »

« C-C’est un plaisir de vous rencontrer. Mon nom est Yuuto Suoh, » Yuuto avait frénétiquement redressé sa posture en se présentant, puis avait humblement baissé la tête.

Le mois dernier, il avait appris qu’à Yggdrasil, Einherjar était considéré comme spécial et important. Et elle avait aussi appelé Loptr son « Grand Frère ». Puisqu’elle n’était pas liée à lui par le sang, cela ne pouvait que signifier qu’ils partageaient le même parent du clan par le biais du Serment du Calice.

Elle n’avait pas l’air plus âgée que Yuuto, mais il n’y avait pas d’erreur sur le fait qu’elle avait échangé le Serment du Calice directement avec le patriarche du clan, et qu’elle était au moins candidate pour les échelons supérieurs du clan.

Il décida qu’il lui appartenait d’éviter de donner une mauvaise impression de lui-même.

Malheureusement...

« Tch. On s’est déjà rencontré, crétin. » Ingrid avait fusillé du regard Yuuto avec un regard vraiment féroce et avait fait claquer sa langue en raison de l’irritation.

« Quoi ? » Pris de court et incertain de ce qui se passait, Yuuto regarda de plus près la fille devant lui. Mais il ne l’avait toujours pas reconnue. « S’est-on déjà rencontrés quelque part ? »

« Oui, on l’a fait, et en vérité, c’était il y a à peine trois jours ! » s’écria Ingrid.

« Hein — quoi !? » s’écria Yuuto.

« Tu ne t’en souviens toujours pas, hein ? Eh bien, c’est très bien. Tu peux donc aller frapper la jambe d’une fille à pleine puissance et ensuite oublier tout ça, hein ? C’est plutôt effronté de ta part ! » cria Ingrid.

« Ah... Aaah ! » Yuuto s’en souvenait enfin. C’était la fille à qui il avait donné un coup de pied dans la jambe par accident alors qu’il piétinait le sol en étant déprimé et boudeur.

Les visages des habitants d’un pays étranger avaient tendance à tous beaucoup se ressembler. Il se souvenait que la fille lors de cette scène avait eu les cheveux roux, mais qu’il ne se souvenait pas bien de son visage.

D’autre part, de son point de vue, Yuuto avait un visage et une couleur de cheveux qui étaient tous deux incroyablement rares dans Yggdrasil. Elle ne pouvait pas l’oublier.

Il n’était pas possible qu’ils aient pu prévoir à ce moment-là que leur réunion fortuite entrerait littéralement dans les annales du monde d’Yggdrasil.

***

Si vous avez trouvé une faute d’orthographe, informez-nous en sélectionnant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée s’il vous plaît. Il est conseillé de se connecter sur un compte avant de le faire.

5 commentaires

  1. Merci pour le chapitre !

  2. Merci. Franchement, l'animé a littéralement détruit ce qui fait le le charme du roman.

  3. Merci pour le chap ^^

Laisser un commentaire