Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 3 – Chapitre 2 – Partie 5

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Chapitre 2 : Acte 2

Partie 5

Même dans une petite nation menacée par ses voisins, ce patriarche était quelqu’un qui s’était élevé à ce siège de pouvoir en vertu de ses propres capacités. Il y avait en effet quelque chose de noble et digne d’un dirigeant dans ses yeux et dans le ton de sa voix.

« C’est exactement ce que tu dis. Je n’ai pas vraiment le droit de te critiquer. » À ce moment-là, le vieil homme s’était assis sur place, les jambes croisées. Posant ses mains sur ses genoux, il inclina la tête. « Ma faiblesse et mon échec t’ont causé tant d’ennuis. Je suis vraiment désolé. »

« B-Bien... aussi longtemps que tu le comprends. » Après avoir reçu des excuses si facilement, Yuuto n’avait eu d’autre choix que d’abandonner son agression. Il était presque déçu de la rapidité avec laquelle la tension avait été déviée.

Mais le patriarche était beaucoup plus malin que Yuuto n’aurait pu l’imaginer. « Maintenant, je me suis excusé. »

« Quoi ? » Yuuto inclina la tête de façon suspicieuse, sans savoir ce que Fárbauti voulait dire par là.

En réponse, le patriarche jeta un regard significatif vers Félicia. « N’as-tu pas aussi quelqu’un à qui tu devrais t’excuser ? »

« Ah ! » Yuuto n’avait pas pu arrêter son exclamation de surprise quand il avait finalement réalisé le but du vieil homme.

Cette personne s’était correctement excusée auprès de lui malgré les moqueries et les insultes qu’il lui avait été fait. Si Yuuto n’admettait pas sa propre faute et ne s’excusait pas, il aurait l’air mal en point.

De la même façon, s’excuser était le seul moyen de ne pas perdre la face en tant qu’homme. Il avait été piégé et conduit dans cette situation.

Fárbauti était vraiment un vieux renard rusé.

« Espèce... de vieux bonhomme, » Yuuto cracha encore une insulte à Fárbauti.

« Kehe-hehe, alors ? Vas-y, continue, » avec un sourire suffisant, le vieux patriarche avait fait un geste à Félicia avec son menton.

Il n’y avait aucune chance de s’en sortir. Si Yuuto s’était enfui dans cette situation, il aurait foulé sa propre virilité.

« D’accord, j’ai compris ! » déclara-t-il en abandonnant sa position. « Félicia, je suis allé trop loin ! Quand j’ai réalisé que je ne pouvais pas rentrer chez moi, je me suis défoulé sur vous, et il n’y avait aucune excuse pour ça, et je suis vraiment désolé ! »

Il s’était excusé d’un seul trait, puis s’était incliné avec assez de force pour donner l’impression pendant un moment que son front pouvait se cogner contre ses genoux.

Quand il l’avait fait, il entendit le vieil homme à côté de lui murmurer. « On dirait que la pomme n’est pas pourrie jusqu’au cœur, » ce qui lui était tombé encore plus sur les nerfs, mais il l’avait ignoré.

« Non, vous n’avez pas du tout besoin de vous excuser, » Félicia semblait un peu gênée et essayait nerveusement de le réfuter. « C’est comme vous l’avez dit, Seigneur Yuuto, c’est moi qui vous ai convoqué ici. »

Mais Yuuto avait continué. « Hmm-hm ! Et pour être honnête, j’ai eu une certaine colère refoulée à ce sujet. Mais ce n’est pas pour autant qu’il fallait parler ainsi à la personne qui s’occupe de moi depuis que je suis arrivé ici. Alors, je suis désolé. »

Ici, dans le monde de Yggdrasil, Yuuto ne pouvait rien faire. En effet, il ne pouvait même pas survivre seul.

Il n’était là que depuis un mois, mais le mois avait été très long. Yuuto n’avait pu survivre que grâce au dévouement de Félicia. Si elle n’avait pas été là pour lui... Si elle avait agi comme tous les autres... Si elle l’avait plutôt abandonné dans ce monde où il ne parlait même pas la langue, Yuuto serait probablement mort dans un fossé en moins d’une semaine.

Depuis ces premiers jours, il lui avait toujours été reconnaissant. Et parce qu’il comprenait que le fait de la bouleverser ou se la mettre à dos affecterait directement sa survie, il avait toujours refoulé ses sentiments négatifs vis-à-vis d’elle sans jamais rien faire avec. Ne pouvant se permettre d’en parler, il avait désespérément réprimé ces sentiments, au plus profonds de son cœur, ce qui les avait obscurcis encore plus.

La vérité, c’est qu’il n’aimait pas qu’on l’arrache à un Japon prospère et pacifique et qu’on l’entraîne dans ce monde barbare rempli de pauvreté et de guerres. Et lorsqu’il s’était rendu compte qu’après tout, il ne pouvait pas rentrer chez lui, le barrage s’était brisé, et il n’avait plus été capable d’empêcher ce ressentiment de s’exprimer.

« S-S’il vous plaît, levez la tête, Seigneur Yuuto. » Félicia était tombée doucement à un genou et avait baissé sa tête. « Je... C’est moi qui devrais m’excuser ! »

Les yeux de Félicia débordaient de larmes.

« Pendant tout ce temps, j’ignorais la douleur dans votre cœur. Non, je faisais semblant de ne pas être au courant. Être convoqué seul dans un pays dont vous ne pouviez pas parler la langue, moqué et ridiculisé par ceux qui vous entourent, alors bien sûr que vous vous sentirez isolé et découragé... et j’ai détourné mes yeux de tout cela. Je n’arrêtais pas de me dire que puisque vous êtes l’Enfant de la Victoire, Gleipsieg, envoyé par la déesse Angrboða, alors cela devait être le destin, et puisque j’avais agi de bonne foi pour le Clan du Loup, je ne pouvais rien avoir fait de mal. S’il vous plaît, pardonnez-moi. »

Elle a dit qu’elle « faisait semblant de ne pas remarquer » mes sentiments, et cela ne ressemble pas à un mensonge, avait réalisé Yuuto. En d’autres termes, elle les a remarqués à un moment donné et s’en est sentie coupable. Cette culpabilité, combinée à son sens des responsabilités d’avoir été celle qui m’a convoquée ici, l’a rendue si dévouée à prendre soin de moi.

« Ce n’est qu’aujourd’hui, quand j’ai entendu vos cris de lamentation et ressenti votre colère de première main, que j’ai finalement réalisé que vous êtes humains comme nous tous, » avait-elle poursuivi.

« Hahahahaha, vous n’êtes pas si maligne, n’est-ce pas, Félicia ? » Yuuto n’avait pas pu s’empêcher de rire. « Rien qu’en me regardant, on voit que je ne suis qu’un être humain normal, pas un messager des dieux. »

« On dirait que l’affaire est réglée, » et alors, Fárbauti était intervenu, puis avait avalé une autre gorgée de sa chope.

« Désolé, vieil homme, » concéda Yuuto en le regardant. « Je t’ai aussi dit des choses assez méchantes. Et... merci. »

La tête de Yuuto s’était refroidie et il avait retrouvé son calme. Sans ce vieil homme, Yuuto aurait pu créer un gouffre irréparable entre lui et Félicia. Avec cette pensée en tête, les mots d’excuses sincères et de remerciements étaient facilement venus.

« Keh-heh-heh-heh, tu n’as pas besoin de t’excuser auprès de moi. Tu l’as déjà dit, mais c’est vrai que je suis un patriarche incompétent qui ne pouvait pas protéger son peuple. » Fárbauti gloussa, comme s’il se moquait de lui-même, et inclina de nouveau sa chope. Il regardait la ville qui s’étendait en dessous de lui. Il essayait d’être nonchalant, mais il y avait clairement de l’amertume dans sa voix.

 

 

Yuuto s’était déjà rendu compte que ce vieil homme était loin d’être incompétent. Mais ce n’était pas suffisant dans ce cas, et Fárbauti ne pouvait rien faire d’autre que d’affronter la situation désespérée et vexante qui se présentait.

Yuuto l’avait déjà entendu de la bouche du commandant en second du clan, Loptr, mais les agissements du patriarche lui avaient fait comprendre à quel point la situation autour du Clan du Loup était devenue terrible.

« Ce n’est pas votre faute, Père, » déclara Félicia. « Vous avez bien gouverné le Clan du Loup pendant de nombreuses années, et vous êtes aimé et respecté par le peuple. Mon défunt père Skíðblaðnir vous était reconnaissant du fond du cœur de lui avoir donné un nouveau foyer après qu’il eut été chassé du Clan du Sabot, et même d’aller jusqu’à en faire votre commandant en second. Il a toujours dit qu’il était vraiment béni d’avoir l’honneur de vous servir, Père. Non, tout est à cause de ce vil Botvid. Si ce n’était pas pour sa trahison... ! »

« Cette responsabilité m’incombe aussi, parce que je n’ai pas été capable de flairer les plans de l’homme. » Et avec un sourire amer, le vieux patriarche expliqua les circonstances à Yuuto.

Il semblerait qu’à l’origine, le Clan de la Griffe et le Clan du Loup avaient été indirectement liés, ce que l’on pourrait appeler des « clans affiliés », et à cette fin Fárbauti, et le patriarche précédent du Clan de la Griffe avaient échangé le Serment du Calice du Frère, avec un équilibre à soixante-quarante en matière de puissance et d’autorité.

Dans Yggdrasil, les relations établies par le Serment du Calice étaient inébranlables et absolues, et ainsi, après avoir éliminé la menace à l’est, Fárbauti avait pu se concentrer sur la guerre avec le Clan de la Corne à l’ouest.

Cependant, l’actuel patriarche du Clan de la Griffe, Botvid, avait forcé son prédécesseur à la retraite. Et dès qu’il avait pris le pouvoir, il avait attaqué le Clan du Loup à la vitesse de l’éclair, emportant une grande partie du territoire.

Face à cette soudaine trahison, les troupes du Clan du Loup avaient été déséquilibrées, et le célèbre et distingué patriarche du Clan de la Corne, Hrungnir, n’avait pas manqué l’occasion de faire subir au Clan du Loup une énorme défaite et une importante perte en soldats.

C’était peut-être une petite miséricorde que, peu de temps après, le Clan de la Corne ait retiré ses troupes pour répondre aux Clan du Sabot et aux Clan de la Foudre, qui commençaient à agir de façon suspecte. Le Clan du Loup avait échappé de justesse à destructions totales, mais même aujourd’hui, son destin ne tenait qu’à un fil.

« Dire que tu as été convoqué ici entre tous les temps, sans aucun moyen de rentrer chez toi. Cela doit être un désastre pour toi, » déclara Fárbauti. « Ce n’est pas quelque chose qu’on peut régler avec des excuses, mais je suis vraiment désolé. »

« Non, vous n’avez pas à vous excuser, Père... tout est à cause de moi..., » déclara Félicia.

« Un parent assume l’entière responsabilité de la conduite de son enfant. » Souriant chaleureusement, Fárbauti avait fait un geste de la main pour arrêter la protestation de Félicia.

Yuuto se gratta furieusement la tête pendant un moment, puis soupira profondément en haussant les épaules. « Assez. C’est déjà très bien. Par considération pour ce vieil homme, je considérerai tout ça comme pardonné. »

Le jour du décès de ma mère, mon père l’a abandonnée dans ses derniers instants. Je me suis juré que je ne deviendrais jamais comme lui. Que ce soit un membre de ma famille ou un amoureux, je n’abandonnerai jamais, les gens importants pour moi. Je m’y tiendrai à tout prix, même si cela me met en danger.

Il n’y avait aucun lien de sang entre Fárbauti et Félicia. Mais quand même, le vieux patriarche la regarda avec des yeux remplis de la bonté d’un père envers sa fille bien-aimée. Yuuto ne pouvait pas se résoudre à lui en vouloir, pas après avoir été vraiment impressionné par sa volonté de protéger sa famille de tout blâme sans égard pour lui-même.

« Tu sais, tu es un assez bon patriarche, » déclara Yuuto. « Désolé de t’avoir traité d’incompétent. »

« Hmph, si tu te sens vraiment mal à ce sujet, alors écoute encore quelques mots confus de ce vieil homme, » déclara Fárbauti.

« Hé, vas-tu toujours me faire la morale après tout ça ? » répliqua Yuuto, déprimé.

Yuuto avait décidé que ce vieil homme méritait son respect. Normalement, il aurait écouté la voix lancinante de la raison à l’arrière de sa tête, lui rappelant qu’il devrait utiliser un langage poli avec ses aînés, mais il était déjà venu jusque-là en parlant à l’homme comme un égal, et changer sa façon de parler maintenant semblait rendre les choses gênantes.

« Bien sûr que je vais le faire, » avait dit Fárbauti. « Je t’ai laissé dire ce que tu voulais il y a une minute. Maintenant, c’est à ton tour de m’écouter. »

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3 commentaires

  1. Merci pour le chapitre !

  2. Merci pour le chap ^^

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