Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 3 – Chapitre 1 – Partie 2

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Chapitre 1 : Acte 1

Partie 2

« Run, tu es grossière ! » Félicia avait crié. « Je peux dire que c’est lui. Je le jure sur ma rune Skírnir, le Serviteur sans Expression. Quand le seiðr de ma rune, Gleipnir, s’est activé, j’ai senti, sans aucun doute possible, la sensation qu’elle avait saisi avec succès l’élu de la “victoire”. Il est indubitablement le Gleipsieg ! »

L’esprit du langage présent dans les paroles de Félicia lui avait communiqué ce concept.

Seiðr signifiait « art secret » et faisait référence à un type d’art magique qui pouvait produire des effets beaucoup plus puissants qu’un galldr, mais en échange, il fallait plus de temps et une série de procédures rituelles compliquées afin de l’activer, en plus d’être plus épuisant pour l’utilisateur.

Quand Yuuto avait eu une vision de Félicia dansant au sanctuaire de Tsukimiya, ce devait être son interprétation de ce rituel. En tant qu’interprète de la magie, elle avait apparemment ressenti une sorte de réaction à cela.

Pourtant, contrairement à l’affirmation confiante de Félicia, le visage de la jeune fille aux cheveux argentés restait obscurci par la suspicion. « Ton pouvoir l’a appelé ici, c’est vrai. Il est soudainement apparu de nulle part, et il porte des vêtements bizarres comme je n’en ai jamais vu auparavant. Cependant... »

La fille nommée Run s’était soudain penchée très près de moi. Son beau visage glacial était juste devant le sien, touchant pratiquement son nez.

« Qu-Que se passe-t-il ? » La voix de Yuuto vacilla légèrement, et il sentit son pouls s’accélérer.

Les sentiments négatifs de la jeune fille aux cheveux argentés à son égard étaient évidents — il pouvait le constater à sa manière, ainsi qu’à l’esprit du langage qu’elle lui transmettait à travers ses mots — mais c’était une chose, et le reste était une autre chose bien différente. Avec une fille si belle et si proche de lui qu’il pouvait voir la longueur de ses cils et le lustre de ses lèvres lisses, il aurait été beaucoup plus ridicule pour son cœur de ne pas battre ainsi.

« Hm, comme je le pensais, » déclara-t-elle avec mépris. « Je ne sens rien venant de cet homme. Ma rune Hati, le Dévoreur de la Lune, est capable de renifler et de discerner toutes les sources de danger. Mon nez ne réagit pas du tout avec lui. Mais c’est compréhensible. Je pourrais le dire d’après la conversation entre vous deux. Il n’a pas de cran. Il manque de détermination. Félicia, il n’y a aucune chance que tu ne sois pas capable de le dire toi aussi, n’est-ce pas ? »

Run n’avait pas mâché ses mots ; son explication était brutale et franche.

« E-Eh bien, c’est..., » Félicia avait l’air troublée, et elle ne voulait pas regarder Sigrun dans les yeux. En d’autres termes, au fond d’elle, une partie de Félicia avait ressenti la vérité dans ces mots.

En regardant derrière elles, Yuuto avait vu le groupe de personnes qui avaient regardé la scène pendant tout ce temps commencer à hocher la tête l’un à l’autre en accord, jetant des regards suspicieux sur lui. Bien sûr, c’était plus que suffisant pour l’énerver.

« Hé, je n’ai jamais rien fait pour mériter d’être traité ainsi par quelqu’un que je viens juste de rencontrer ! N’allez pas juger les individus selon leur apparence, leur odeur ou quoi que ce soit du genre ! » s’écria Yuuto.

« Oh ? Eh bien ! Au moins, vous avez un aboiement assez courageux, non ? » Sigrun avait souri. « J’ai une idée. Et si je testais votre puissance ? Ça devrait clarifier les choses... si vous êtes vraiment le Gleipsieg, ou juste un faux sans valeur. »

Le coin de la bouche de la fille aux cheveux argentés se courba vers le haut en un sourire féroce.

« Comment la situation en est-elle devenue ainsi ? » Maintenant, à la dernière minute, Yuuto avait ressenti des doutes.

Juste à sa droite se dressait une imposante structure rouge-brun. Apparemment, il avait été convoqué dans une sorte de sanctuaire ou de temple situé près du sommet de ce bâtiment.

Après avoir quitté le sanctuaire et être descendu un très long escalier jusqu’au sol, on lui avait donné une épée de bois et on l’avait fait se tenir debout face à la fille aux cheveux argentés. Apparemment, Run était un surnom et son vrai nom était Sigrun.

Leur environnement sombre était éclairé par la lumière rouge des feux présents dans les braseros en métal. Le cercle lumineux de la pleine lune était suspendu dans le ciel.

Il se demandait comment allait Mitsuki en ce moment. Après tout, il avait soudainement disparu. Elle devait s’inquiéter pour lui.

Oh, je viens de me souvenir de quelque chose, pensa Yuuto, c’était seulement maintenant qu’il se rendait compte que le smartphone qu’il tenait dans sa main avait disparu. Il avait tapoté dans les poches de son pantalon pour vérifier, mais il n’était pas non plus là. Tout ce qu’il avait, c’était le chargeur de batterie solaire qu’il transportait toujours en cas d’urgence.

Il était probable qu’il avait laissé tomber son téléphone en raison de la surprise au moment où Sigrun avait pointé une épée sur sa gorge. Il devait aller le chercher le plus tôt possible.

Alors qu’il pensait cela, Sigrun avait parlé. « Vous n’avez pas l’air très calme. Qu’est-ce qui vous arrive ? Avez-vous commencé à perdre votre sang-froid ? Si vous ne voulez pas vous embarrasser, vous devriez probablement reculer, vous savez. »

« Tch. Taisez-vous ! Je n’ai pas besoin de vos conseils, » déclara Yuuto en faisant claquer sa langue.

Le téléphone pesait sur son esprit, mais pour l’instant, il devait régler le problème se trouvant devant lui. Après avoir été autant railler par les autres, s’il fuyait une bagarre avec une fille, cela affecterait son honneur en tant qu’homme.

Sur le côté, la blonde nommée Félicia avait l’air troublée. Yuuto pouvait voir des signes d’une importante fatigue sur son visage.

Elle avait déjà dépensé beaucoup d’énergie à utiliser le seiðr connu sous le nom de Gleipnir, puis Yuuto avait eu besoin d’elle pour réappliquer le galldr Connexions après que ses effets temporaires se soient dissipés. Ses techniques magiques étaient certainement très utiles, mais il semblait que leurs effets ne duraient pas très longtemps et qu’ils épuisaient l’énergie de l’utilisateur. Ils n’étaient pas quelque chose qui pouvait être utilisé un nombre illimité de fois par jour sans prendre de repos.

« Hehe. Je suppose que je vais prier pour que votre attitude ne soit pas seulement pour le spectacle, » avec une dernière insulte implicite, Sigrun avait préparé son épée de bois.

Sa position était bonne, et cela montrait qu’elle avait de l’expérience. On aurait dit qu’elle avait au moins suivi une formation, de sorte que sa confiance n’était pas que des paroles.

Mais à la fin, elle n’était encore qu’une fille. Elle avait adopté une attitude condescendante avec lui, mais son corps était beaucoup plus mince et délicat que celui de Yuuto. En regardant ses longs et minces bras, on aurait dit qu’elle aurait du mal à soulever une arme lourde dans une vraie bataille.

Si elle avait eu la corpulence et la force musculaire d’une lutteuse professionnelle ou quelque chose d’autre, cela aurait pu en faire une histoire différente, mais il n’y avait pas moyen qu’elle puisse se comparer à un garçon comme lui sur le plan de la force musculaire.

Les réflexes de Yuuto et sa capacité athlétique globale étaient légèrement au-dessus de la moyenne chez ses pairs de son école. Son père étant un fabricant d’épées japonaises traditionnelles, il avait eu plusieurs occasions d’apprendre les bases du kenjutsu auprès des praticiens du kenjutsu qui étaient les clients de son père. Et il avait gardé la routine de faire 100 frappes de pratique chaque jour. Avec une arme appropriée en main, il était sûr de pouvoir gagner un combat contre n’importe quel autre jeune homme moyen.

« Et bien, je suppose que je vais devoir faire attention à ne pas la blesser, » déclara-t-il en souriant. Il n’aimait pas vraiment cette fille, mais après tout, c’était quand même une fille.

Bien sûr, il était sur le point d’apprendre à quel point sa mentalité chevaleresque était déplacée en ce monde.

« Alors, commençons, » déclara Sigrun.

« Qu — !? » s’exclama-t-il.

Un instant plus tard, il se rendit compte que l’écart de près de cinq mètres entre eux deux avait disparu et que le beau et digne visage de la jeune fille remplissait déjà sa vision.

*Bam !* Yuuto avait ressenti un impact intense sur son articulation de l’épaule, suivi d’une douleur intense.

« Guh... ! Aaahhhhhh !! » cria Yuuto en raison de la douleur et du choc. Incapable de rester debout, il lâcha l’épée de bois et pressa sa main sur son épaule, tombant dans une position accroupie.

Cela faisait si mal qu’il ne pouvait même pas bouger. La sueur coulait de tous les pores de son corps.

« Hmph, c’est à peu près ce à quoi je m’attendais. Non, je pense que c’est encore pire. Félicia, cet homme n’est pas le Gleipsieg. Il ne servirait à rien, et cela même en tant que fantassin, » déclara Sigrun.

« Attends, Run ! Tu as été trop dure avec lui ! » déclara Félicia.

« Non, je me suis retenue comme il se doit. Je ne pensais pas qu’il serait aussi incapable de bloquer une attaque, » Sigrun avait laissé tomber une réprimande de Félicia, complètement indifférente.

Il n’y avait même plus de mépris dans son ton. Elle avait complètement perdu tout intérêt pour Yuuto, comme s’il n’était rien d’autre qu’un caillou sur le bord de la route, une existence complètement dénuée de sens pour elle.

« ... Attendez, » endurant la douleur, Yuuto avait réussi à parler.

Il n’était pas masochiste, et normalement il faisait tout ce qu’il pouvait pour éviter de se blesser. Cependant, il ne supportait pas de laisser les choses se terminer avec une fille qui le regardait comme ça.

Il avait à nouveau saisi l’épée de bois alors qu’il serra les dents en se tenant debout, reprenant sa position. « Encore un round. »

« ... Oh ? » demanda Sigrun. « Alors vous voulez à nouveau vous blesser. Vous êtes un type assez étrange. Très bien. Cette fois, allez-y et venez vers moi. Je vais vous faire bouger un peu. »

Même si ses paroles se moquaient de lui, son ton n’était pas complètement désintéressé. Son expression était glaciale, mais Yuuto pensait qu’il y avait un soupçon de plaisir quelque part là-dedans.

Yuuto avait déjà vu ce type de personne auparavant. C’était le type de personnalité « membre de club sportif », celui que l’on pouvait voir sur la tête d’un membre d’un club d’athlétisme ou d’une équipe sportive.

Avec une respiration profonde, Yuuto avait pris la position chuudan, son épée pointée correctement vers les yeux de son adversaire. Il avait stabilisé sa respiration et s’était concentré. Le paysage autour de lui semblait s’estomper, le bruit s’était estompé, et il n’avait vu que la fille aux cheveux argentés.

En vérité, il l’avait sous-estimée. Il avait dû admettre qu’il avait été celui qui tenait bêtement son talent pour acquis.

Même si le combat n’avait duré qu’un instant, grâce à cet échange, Yuuto s’était rendu compte de la différence de compétence entre lui et son adversaire. Il l’avait maintenant reconnu à un niveau profond. Son saut pour réduire la distance avait été aussi rapide que l’éclair, sa frappe vers le bas puissante et véritable, sans le moindre décalage. Il ne pensait pas pouvoir gagner contre elle dans un combat direct, pour dire franchement.

« Mais je ne peux toujours pas accepter d’être humilié par une fille, » avait-il crié en plaçant son épée en diagonale au-dessus de son épaule.

Mais utiliser la violence contre une fille allait à l’encontre de ses croyances, mais son adversaire était clairement beaucoup plus puissant que lui. Il n’avait pas besoin de se retenir ici.

Avec un thwack ! sec, elle avait bloqué son attaque comme il l’avait prédit. Sans s’arrêter, il avait continué en déclenchant plusieurs autres attaques successives.

« Ce n’est pas bon, » avait déclaré Sigrun. « Vous ne contrôlez pas votre épée. C’est comme si vous la balanciez simplement. Allez, avancez plus fort, et ne laissez pas vos épaules larges. Resserrez les aisselles. »

La fille aux cheveux argentés avait facilement dévié chacune de ses attaques, tout en soulignant les défauts de sa position.

Avec chaque attaque, la différence si importante de compétence entre eux devenait de plus en plus évidente pour lui. À ce rythme, il pourrait continuer pendant une centaine d’années et ne jamais la faire suer.

Même en sachant cela, Yuuto avait continué son assaut imprudent, en frappant encore et encore.

« Qu’est-ce qui ne va pas ? Vous êtes déjà lent, mais vous devenez encore plus lent maintenant. On dirait que vous n’avez pas non plus beaucoup d’endurance. Est-ce tout ce que vous pouvez faire ? » demanda Sigrun.

« Fermez-la... !! » Avec un hurlement, Yuuto lança toute sa force dans une attaque visant la poitrine de Sigrun.

« Quelle naïveté ! » Bien sûr, Sigrun l’avait facilement dévié avec sa propre frappe. C’était un contre puissant complètement différent de la façon dont elle avait bloqué ses attaques jusqu’à présent.

L’épée de bois de Yuuto s’était envolée de sa main, tournant dans les airs.

... comme Yuuto l’avait prévu.

« C’est vous qui êtes naïve ! » Sans arme, Yuuto s’était rapproché d’elle.

Dès le début, il n’avait de toute façon pas l’intention de frapper une fille avec une épée. Il lui avait lancé ses attaques en sachant qu’elle les bloquerait toutes.

« Hein !? » Pour la première fois, l’expression de Sigrun avait changé. Mais il était déjà trop tard !

Il y avait un vieux proverbe japonais : « Après la victoire, resserrez le cordon de votre casque. » Il existait à cause de situations comme celle-ci. Cela signifiait que les individus avaient tendance à baisser la garde et à s’ouvrir à l’instant même où ils pensaient avoir gagné.

En retournant la situation, vous pourriez aussi forcer les individus à baisser la garde si vous leur faisiez croire par erreur qu’ils avaient gagné.

C’était un truc qui apparaissait tout le temps dans les mangas, etc.

« Raaaaaghhh ! » Yuuto s’était laissé tomber, abaissant son centre de gravité, et s’était jeté sur Sigrun dans un tacle. Il avait envoyé ses deux bras afin d’entourer les jambes de Sigrun. C’était une attaque de judo de ramassage des deux jambes, appelé le morote-gari.

C’était un peu antisportif d’utiliser un mouvement comme celui-ci, mais les techniques de saisie du jujitsu qui étaient devenues la base du judo avaient leurs origines dans le monde des combats effectués sur les champs de bataille. Elle avait déjà baissé son épée, mais cela ne voulait pas dire que le combat était fini. C’était à cause de ça qu’elle avait baissé sa garde à ce moment-là.

Il voulait la renverser et la bloquer au sol pour l’empêcher de bouger. Cela aurait dû se faire en un battement de cil. C’était ce qui aurait dû arriver...

« Qu’est-ce que... !? » s’écria-t-il.

Son tacle avait directement touché son adversaire, mais le corps de la fille n’avait pas été affecté. Pour le dire franchement, il n’avait même pas le moins du monde bougé. C’était comme si elle était un arbre massif fermement ancré dans le sol. Comment peut-il y avoir autant de force dans son corps mince et délicat ?

Yuuto avait senti un frisson de terreur couler le long de sa colonne vertébrale, et il leva les yeux pour voir un regard plein de fureur froide qui le regardait depuis en haut. Et c’est là qu’il avait finalement réalisé où se trouvait sa tête.

Normalement, on devrait frapper avec l’une des épaules lors d’une prise de morote-gari, mais Yuuto était inexpérimenté, et son tacle avait été imprudent. Yuuto avait plaqué avec sa tête...

Il était placé pile entre les deux jambes de Sigrun.

« Khhh... ! » cria-t-elle. « Hyah !! »

 

 

Son épée s’était baissée avec force.

« Gah ! » Yuuto avait senti un lourd impact à l’arrière de sa tête, et il perdit connaissance.

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