Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 2 – Chapitre 5 – Partie 12

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Acte 5

Partie 12

« Hé ! Beau travail. » Yuuto avait sauté du cheval d’Albertina et avait parlé à Linéa, qui regardait la rivière, en étant complètement abasourdie.

Le terrain en amont était trop accidenté pour les chars, alors il avait dû arriver ici avec l’aide de l’aînée des jumelles.

« Je n’ai jamais entendu parler d’une telle stratégie ! » s’exclama Linéa.

« C’est juste une stratégie de sac de sable. Je suis content que ça ait bien marché, » répondit Yuuto.

En voyant Steinþórr pour la première fois, Yuuto avait eu en tête Xiang Yu et Lu Bu, et cette impression n’était devenue plus forte qu’au fur et à mesure qu’il recueillait plus d’informations.

Xiang Yu, probablement le général le plus fort de l’histoire de la Chine, avait été d’une vaillance étonnante, sans pareil. À une époque où la force des choses était au rendez-vous, il avait été inégalé dans tous ses efforts militaires, remportant une victoire pour chaque bataille à laquelle il avait pris part. Le seul grand échec lui avait été occasionné par le brillant Han Xin, l’un des Trois Héros de Han. Et la stratégie du sac de sable était parmi les plus célèbres des stratagèmes intelligents qu’il avait utilisés.

C’était un plan splendide qui consistait à endiguer l’amont d’une rivière avec un barrage simpliste, à attendre que la force opposée traverse l’eau, puis à briser la construction, créant une crue éclaire puis à utiliser efficacement l’eau comme une arme.

« Vous pourriez être l’incarnation d’un dieu de la guerre, » avait dit Linéa avec admiration. « Vous aider dans ce domaine a été le plus grand honneur de ma vie. »

« N’êtes-vous pas un peu trop jeune pour dire ce genre de choses ? » demanda Yuuto en haussant les épaules.

Bien qu’il ait été celui qui avait présenté cette idée et pris la décision finale de l’exécuter, Linéa était celle qui l’avait polie et qui avait commandé le peuple. Elle les avait fait évacuer des dangers de la bataille, leur avait fait construire une clôture en bois pour traverser la rivière et leur avait fait jeter des sacs de blé remplis de terre dans l’eau, créant ainsi le barrage simple dont ils avaient besoin.

Bien sûr, ils n’avaient pas négligé de considérer qu’un manque d’écoulement notable pouvait rendre les ennemis suspects, alors ils s’étaient assurés d’optimiser la quantité d’eau qu’ils laissaient passer.

Linéa était aimée des habitants, excellait à les commander et avait une connaissance de l’irrigation et du génie civil en général. Sans elle, ce projet ne se serait pas déroulé aussi bien.

« Tout ça mis à part, était-ce vraiment bien ? » demanda Yuuto.

Après un moment de stupeur, sa sœur avait donné une réponse à laquelle il ne s’attendait pas. « Eh ? Oh, on a fait en sorte que la déconstruction soit sûre, donc nous n’avons pas eu de blessés. »

« ... Je vois. » Plutôt que de souligner l’évidence, Yuuto avait fermé les yeux et avait hoché la tête.

Ce plan avait probablement mis fin à plusieurs milliers de vies. Bien qu’il n’avait personne d’autre sur qui il pouvait compter pour cela, le fait qu’il l’avait impliquée dans quelque chose d’aussi sale avait créé une ombre dans son cœur.

Au cas où cela l’aurait inquiétée, il avait l’intention d’indiquer clairement que c’était sa propre responsabilité, mais elle n’avait pas du tout l’air de s’en soucier. Il ne pouvait pas dire si elle l’avait oublié à cause de l’exaltation de la victoire, ou si elle ne pouvait tout simplement pas se sentir comme une tueuse à moins qu’elle n’ait porté directement le coup mortel.

« Oh, j’aimerais vous remercier sincèrement de m’avoir donné une chance de venger mon père ! » Linéa avait ajouté ça avec enthousiasme. « Cela m’a aussi rendue plus confiante en moi-même. »

« Je suppose que c’est ce qui est normal dans ce monde, » murmura Yuuto.

« Hein ? » demanda Linéa.

« Ce n’est rien. Je suis heureux pour vous, » déclara Yuuto.

Pour se protéger et protéger son cher peuple, et pour venger le père bien-aimé qu’elle avait perdu, Linéa n’avait pas hésité à se battre et à prendre la vie de ses ennemis. Il ne s’agissait pas de ce qui était bien ou mal.

Même Linéa — ou peut-être parce qu’elle était comme ça — s’était battue pour ce qu’elle trouvait si naturellement qu’elle n’avait même pas pris le temps d’y penser. Et pour Yuuto, c’était digne d’éloges.

En fait, c’est lui qui s’était vautré dans le doute et la culpabilité.

« Je dois dire... Je ne m’attendais pas à voir quelque chose contre lequel le Dólgþrasir serait si impuissant. » Le ton de Linéa était alourdi et stupéfait lorsqu’elle regardait les restes du barrage.

« Je sais ce que vous voulez dire..., » Yuuto se souvenait parfaitement du grand tremblement de terre et du tsunami qui s’était produit au Japon il y a plusieurs années. Il avait regardé les nouvelles à ce sujet, et les scènes épouvantables qu’il avait vues à la télévision avaient été brûlées dans ses paupières.

Les individus étaient totalement impuissants face à la menace de la nature. Même s’il le savait — ou peut-être parce qu’il le savait — il l’avait utilisé pour une action si emplie de péchés que cela lui faisait grincer des dents.

L’enfer avait probablement une place pour lui, mais il avait décidé de continuer à avancer de toute façon. Pour le bien de ceux qu’il voulait protéger, et pour rentrer chez lui vivant.

« Talent naturel, pouvoirs empruntés aux dieux ou à Álfkipfer..., » murmura-t-il. « Eh bien, ça n’a pas vraiment d’importance. »

Dès le moment où il avait posé les yeux sur Steinþórr, Yuuto ne l’aimait pas du tout. L’homme l’avait agacé à tel point qu’il avait du mal à s’exprimer, mais il n’avait même pas su pourquoi jusqu’à ce qu’il ait parlé avec Linéa à Gimlé.

Cet homme lui avait rappelé à quel point il était lui-même un imbécile. C’était pourquoi il s’était assuré de l’humilier et s’était assuré qu’il était prêt pour cela.

Yuuto avait même des plans supplémentaires au cas où les ennemis auraient compris le plan du barrage.

Il avait placé sa main sur la lame à côté de lui et avait formé un sourire d’autodérision. « Je ne vais pas perdre face à des idiots qui s’énervent juste parce qu’ils ont accès à une ou deux tricheries. »

 

☆☆☆

 

« Oh mec, j’ai totalement perdu ! Ce type est fou ! » Le jeune homme aux cheveux roux était étalé sur la rive de la rivière, regardant le ciel sans nuages.

Il n’avait aucune idée de l’endroit où il se trouvait — il s’était simplement réveillé.

Il avait essayé de se lever, mais la douleur qui brûlait tout son corps l’avait fait se coucher à nouveau. Il avait probablement subi de nombreuses blessures importantes pendant qu’il était sous l’eau, et il était clair qu’un certain nombre de ses os étaient brisés.

Bien qu’il ait survécu à de nombreuses batailles sans avoir la moindre égratignure, il était maintenant complètement battu et couvert de plaies. Cela prendrait certainement un certain temps avant qu’il soit capable de bouger librement son corps à nouveau.

Il avait quand même eu de la chance de finir comme il était actuellement. C’était vraiment une situation de vie et de mort, et même lui était surpris de pouvoir encore respirer.

Ce n’était peut-être rien d’autre que le caprice d’un dieu, mais maintenant qu’il avait survécu, il devait faire payer à ses ennemis pour l’humiliation qu’il venait de subir.

« À part ça, comment est-ce que je reviens... ? Oh, peu importe. Que des détails... »

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4 commentaires

  1. Merci pour le chapitre ! Et à demain !

  2. Merci. Yuuto aurait du envoyé des patrouilles le long des rives pour vérifier si Steinþórr était bien hors course.

  3. Merci pour le chapitre et bonne continuation!

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