Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 2 – Chapitre 5 – Partie 1

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Acte 5

Partie 1

« Maître, qu’attendez-vous de moi si tard dans la nuit ? » Skáviðr avait demandé ça en entrant dans la salle.

« Hmm, eh bien, asseyez-vous, » dit Yuuto, en faisant un geste pour qu’il s’asseye.

« Sire ! » répondit-il avec une expression non sociable et inflexible qui correspondait à ses mots. Skáviðr avait posé un genou à terre puis il s’était placé en attente de la suite.

Yuuto avait essayé d’insinuer qu’il était acceptable de se détendre, mais... C’est comme ça que cet homme est toujours, pensa Yuuto avec un petit rire ironique.

Ils se trouvaient dans un petit village sur les rives de la rivière Élivágar, non loin de Gimlé. Les troupes du Clan du Loup dirigées par Yuuto avaient fait de cette colonie le centre de leur camp de base ce soir, et se remettaient de la fatigue de la marche de la journée.

Une maison au centre de la colonie, légèrement plus grande que les autres, était devenue pour l’instant le logement de Yuuto.

Elle aurait pu être plus grande que les autres, mais la maison était faite de briques séchées au soleil qui semblaient en mauvais état, et l’intérieur était aussi assez vieux. Du point de vue de quelqu’un de l’ère moderne, il aurait aussi bien pu s’agir d’un bâtiment abandonné ou d’une ruine.

C’était quand même beaucoup mieux que ce que les soldats moyens devaient supporter en campant à l’extérieur. Ce serait un mauvais karma pour lui de trop se plaindre.

« Au moins, il ne semble pas qu’il y aura du travail pour moi ici, » avait dit Skáviðr en se moquant de lui-même, comme s’il faisait une conversation anodine.

« Elle est après tout abandonnée, » dit Yuuto. « Linéa a bien tenu son rôle. »

« Hm, le patriarche du Clan de la Corne l’a fait ? »

« Oui, on est juste à côté de la frontière. Bien sûr, je n’ai aucune intention de laisser le Clan de la Foudre s’introduire sur notre territoire. Mais au cas où le pire arriverait, j’ai pensé que je devrais faire évacuer tout le monde. »

Lors de l’invasion d’un pays ennemi, le pillage des villes locales était la coutume établie de longue date à Yggdrasil. Yuuto avait donc le devoir de protéger le peuple de son territoire clanique en tant que patriarche.

Cela dit, cette région était à l’origine le territoire du Clan de la Corne, et les habitants n’avaient guère l’habitude d’être gouvernés par le Clan du Loup. Ses forces ne pouvaient pas se contenter de dire : « Nous allons avoir une guerre maintenant, alors dépêchez-vous d’évacuer vos maisons et de partir ailleurs. » On peut se demander si les gens obéiraient en premier lieu, et cela pourrait aussi susciter une réaction hostile.

Linéa, d’autre part, était très aimée et respectée par les gens d’ici, et elle connaissait bien tous les petits villages et les colonies de la région. Plus que tout, elle était incroyablement habile à mettre en place des plans organisés et à les exécuter.

Il pensait qu’elle serait certainement en mesure de trouver une destination pour les gens à évacuer et de prendre des mesures pour s’assurer qu’ils obtiennent la nourriture et l’eau dont ils ont besoin. C’était l’exemple parfait pour trouver la bonne personne pour le bon poste.

« Très bien, pour commencer, voilà. » Yuuto s’était assis avec les jambes croisées devant Skáviðr et lui tendit une coupe d’argent. Puis il l’avait remplie avec le vin qu’il avait demandé à Félicia de lui procurer.

L’homme sinistre et lugubre devant lui avait éclaté dans un sourire agréable. « Eh bien. Penser que j’ai le plaisir de voir mon maître lui-même me servir un verre. »

« Je vous suis vraiment reconnaissant, » avait dit Yuuto. « C’est le moins que vous puissiez me laisser faire. »

« Je n’ai rien fait de digne de votre gratitude, mais j’accepte... Hmm, c’est bon. » Skáviðr avait bu toute la tasse de vin d’une seule gorgée, puis avait tremblé légèrement lorsque la saveur l’avait saisi. Il semblait vraiment l’avoir apprécié.

Yuuto savait que cet homme était un grand amateur d’alcool, et de ce type de vin en particulier.

Yuuto s’était préparé, et avait abordé le sujet qu’il avait besoin de demander. « Alors, combien en avez-vous tué en venant ici ? »

« Trois. Avec toutes ces personnes réunies, quelques imbéciles vont se montrer, » répondit-il.

Les forces actuelles du Clan du Loup, y compris les renforts du Clan de la Griffe et du Clan de la Corne, étaient au nombre de 5 000 au total.

En plus de toutes les récentes avancées militaires du Clan du Loup, leur récente victoire contre le Clan du Sabot avait dû être une sorte de tournant, car il y avait eu un flot de combattants qualifiés qui étaient entrés sur le territoire du Clan du Loup au cours du mois dernier, avec l’espoir de devenir officiers commissionnés.

Il y avait plus d’un petit nombre d’entre eux qui ne pouvaient être décrits que comme des canailles. Et avec tous ceux qui se préparaient à partir au combat, il y avait ceux dont l’esprit combatif augmentait aussi leur agressivité. Il était inévitable qu’il y ait des incidents dans les villages où il y avait des escales.

« Je suis désolé de vous avoir fait être celui qui devez tuer ses camarades, » avait soupiré Yuuto.

C’était un problème inévitable. Il n’avait pas pu être entièrement éliminé. Mais il avait réussi à le réduire. C’était pour cette raison qu’il avait besoin de faire prendre conscience à tout le monde que le crime de désobéissance aux ordres de l’armée était passible d’une punition sévère.

Il y avait un vieux proverbe japonais : « Punissez-en un, et cela avertira cent. » Cela signifie que punir une personne pour son crime ou son erreur pouvait servir d’exemple aux autres, les dissuadant de commettre le même crime ou la même erreur.

Personne ne voudrait tuer quelqu’un qui avait été leur camarade jusqu’à hier. Cependant, il fallait bien que ce soit quelqu’un qui le fasse.

C’était d’autant plus vrai à ce moment si particulier, quand ils marchaient pour combattre le Clan de la Foudre. S’il n’était pas très clair qu’il ne fallait pas désobéir aux ordres de leurs supérieurs, alors même une bataille gagnable pourrait être perdue. Il n’y avait pas de place pour parler naïvement d’idéaux ou de principes.

Celui qui exécutait ces punitions était méprisé, fui et craint. Et celui qui avait assumé ce rôle sur lui-même était Skáviðr.

« Il n’y a pas une seule chose sur quoi vous devriez vous excuser, maître, » dit Skáviðr. « Je ne ressens pas la moindre douleur à l’idée d’abattre des imbéciles qui feraient du mal aux femmes et aux enfants. C’est ma façon de faire amende honorable envers ma femme et mon enfant. »

Il avait déjà plus de trente ans. Dans Yggdrasil, où le mariage pendant l’adolescence était tout à fait normal, il serait étrange qu’il n’ait pas de famille à lui. Mais Skáviðr était seul. Il avait perdu sa femme et son fils de huit ans lorsque des bandits étaient entrés par effraction dans sa maison.

« Ça devrait vraiment être mon travail de le faire, cependant…, » déclara Yuuto.

« Maître, pour notre peuple, vous êtes une lumière d’espoir. Un paria comme moi est un choix plus approprié pour un travail aussi sale, » répondit Skáviðr.

« Mais, quand même... »

Yuuto avait compris. Logiquement, il savait que Skáviðr avait raison. C’est pourquoi, lorsque l’enfant subordonné de Jörgen avait été exécuté, il s’était empêché de dire quoi que ce soit.

Quand les citoyens faisaient pleuvoir des railleries sur Skáviðr, Yuuto aurait voulu venir à sa défense, pour crier à haute voix que leur patriarche était vraiment celui vers qui ils devaient diriger leur colère. Il s’était senti malade parce qu’il avait reçu les éloges de tout le monde et il avait voulu remettre les pendules à l’heure.

Mais cela n’aurait servi que sa propre satisfaction. Skáviðr avait pris ce rôle détestable sur lui-même pour le bien de la nation, et Yuuto ne pouvait pas se permettre de souiller cette noble détermination pour ses propres raisons mesquines.

Même en sachant tout cela, il avait encore du mal à l’accepter émotionnellement. Il était insupportable pour lui de voir quelqu’un d’autre assumer les rôles sales et désagréables résultant de ses décisions, alors qu’il restait abstinent et irréprochable.

Le patriarche d’un clan devait rechercher le bonheur du plus grand nombre. C’était le résultat de cela, et un autre exemple de mettre la bonne personne au bon poste, mais Yuuto ne pouvait toujours pas se le pardonner.

« Hehe, ne vous sentez pas comme si vous avez besoin de prendre tout sur vous à un si jeune âge, » déclara Skáviðr avec gentillesse, avec un regard quelque peu nostalgique dans ses yeux. « C’est bien de laisser ce genre de choses aux adultes. »

Si son fils était encore en vie, il aurait l’âge de Yuuto. Peut-être qu’il avait vu un peu de son fils en Yuuto. Mais il aurait été grossier de la part de Yuuto de poser des questions à ce sujet.

« Maître, il y a des choses que vous seul pouvez faire. Seul le lion peut chasser le tigre. S’il vous plaît, protégez les sourires des membres du Clan du Loup. Rien ne rendrait mon vin plus sucré que ça, » déclara Skáviðr.

« Le Clan de la Foudre a 8000 hommes, » déclara Yuuto. « Il n’y a pas autant d’écart entre nous qu’avec le Clan du Sabot, mais ils ont encore beaucoup d’avance sur nous. »

Il avait obtenu l’information de Kristina, et les chiffres étaient probablement assez précis. Une fois de plus, la bataille qui l’attendait allait être rude.

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2 commentaires

  1. Merci pour le chapitre et bonne continuation!

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