Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 2 – Chapitre 2 – Partie 6

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Acte 2

Partie 6

« Quoi qu’il en soit, c’est une question à part entière, » avait déclaré Yuuto. « Ce qui est important, c’est que pour ce genre de choses, il y a certaines étapes à suivre et des arrangements à prendre, sinon cela nous causera des problèmes. Je vais rédiger une lettre d’objection à l’engagement, donc pour l’instant, je vais vous faire partir et attendre... »

« Attendez un instant, Grand Frère ! » Félicia avait soudainement haussé la voix afin de l’interrompre. « Ces deux-là sont les filles de naissance de Grand Frère Botvid, ce qui fait d’elles des enfants de haut rang, comme des princesses. Les renvoyer directement chez elles alors qu’elles sont arrivées aujourd’hui, euh... Ce serait, euh... »

Félicia avait affiché une expression d’inquiétude, jetant un coup d’œil sur les jumelles. Elle se méfiait clairement du fait que son précédent murmure à l’oreille de Yuuto avait été entendu.

« Hehe hehe, ça ne me dérange pas si vous le dites à haute voix, » déclara Kristina avec un autre rire. « Oui, nous deux sommes aussi des otages, offerts au Clan du Loup comme preuve physique de la loyauté de notre clan envers le vôtre. »

« Tch. Qu’est-ce qu’il croit que sont ses filles !? » Yuuto crachait les mots, son visage tordu dans une grimace de ressentiment flagrant.

Il était vrai que dans la société clanique d’Yggdrasil, les liens formés par le Calice avaient plus de poids que ceux de la chair et du sang. Mais ce n’était qu’un aspect de la société ici, et les sentiments d’une personne n’étaient pas si faciles à répartir selon les règles ou les coutumes.

Yuuto et Botvid avaient échangé le serment du frère Calice et étaient devenus frères de sang, mais compte tenu de leur histoire présente entre eux jusque-là, il serait impossible d’appeler leur relation basée sur une vraie confiance.

Botvid avait sûrement aussi ressenti cela. Ainsi, voyant que le Clan du Loup continuait à se renforcer jour après jour, il avait décidé d’offrir ses propres filles en signe de loyauté.

Yuuto avait compris la logique derrière tout cela. C’était quelque chose qui avait été pratiqué dans le monde entier, et cela tout au long de l’histoire. Mais même ainsi, il était presque vaincu par la haine qui bouillonnait dans son cœur.

« Hehe hehe, comme c’est effrayant. Il s’agit donc du “Lion en Colère” dont j’ai entendu tant de rumeurs ? » Les mots de Kristina eux-mêmes invoquaient un air de confiance, mais pour la première fois, son sourire devenait tendu.

Albertina avait les larmes aux yeux et tremblait comme un chiot effrayé.

« C’est vrai, désolé », s’excusa Yuuto sèchement. « Je ne suis pas en colère contre vous deux, d’accord ? Je suis juste un peu énervé contre mon frère qui a décidé d’utiliser deux jeunes filles comme vous, ses propres filles, comme otages. »

L’image de l’homme que Yuuto détestait le plus, l’homme qui avait abandonné sa femme au nom de ses propres désirs égoïstes, était apparue dans son esprit pendant une seconde. Il savait que ça lui donnait des envies de meurtres.

« Ce sont des mots surprenants venant du Loup Infâme Hróðvitnir, l’homme qui a amené le Vánagandr, » déclara Kristina. « Oh, ça me rappelle que votre production de papier est très rentable, n’est-ce pas ? »

« ... Vous avez vraiment le don de rassembler des informations, n’est-ce pas ? » Yuuto avait parlé d’un ton bas et calme, en rétrécissant les yeux.

À l’intérieur, il était complètement étonné.

Cette fille Kristina avait utilisé ses bouffonneries comme masque pour dissimuler son vrai caractère, une fille intelligente et trop dangereuse pour qu’il baisse la garde face à elle. Yuuto avait dû admettre qu’il était tombé dans le piège des conversations ridicules de tout à l’heure, ce qui avait obscurci son jugement et l’avait poussé à la sous-estimer.

À l’époque où il négociait pour que Botvid effectue le Serment du Calice afin qu’il devienne son jeune frère assermenté, Yuuto avait diffusé certaines informations à utiliser comme levier : il avait ordonné qu’une ville du Clan de la Griffe appelé Van soit brûlé jusqu’au sol et rayé de la carte, et tous les résidents massacrés.

Bien sûr, en réalité, Yuuto n’aurait jamais pu se résoudre à recourir à de telles mesures extrêmes, et avait plutôt fait ramener les villageois à Iárnviðr, où ils étaient employés dans des emplois tels que la fabrication de papier. Cependant, la connaissance de ces faits avait été traitée comme une question du secret national le plus absolu, qui ne devait jamais être révélé.

Cela avait été conçu comme un moyen de dissuasion envers d’autres pays, une menace que quiconque attaquerait le Clan du Loup en souffrirait. Si l’on découvrait que Yuuto n’avait en vérité pas la volonté de passer à l’acte, ce serait plutôt considéré comme un signe de faiblesse et une source de manque de respect.

Et cette fille savait.

Pour protéger son clan, il ne pouvait pas se permettre de laisser tomber l’affaire. Cela dit, il ne voulait pas non plus être trop brutal envers un enfant.

Alors qu’il se demandait quoi faire exactement, Kristina haussa les épaules d’un soupir et prit la parole. « La vérité, c’est que je ne l’ai appris qu’il y a quelques instants. Je manie le Silencieux des Vents, Veðrfölnir. Ma spécialité est d’effacer ma présence et d’infiltrer des endroits, ou de me faufiler. Alors s’il vous plaît, soyez assuré que mon père Botvid ne sait encore rien. »

« Je ne peux pas maintenant vous renvoyer chez vous, » Yuuto haussa les épaules et effectua un rire amer.

Franchement, il était un peu moins inquiet. Si elle avait vraiment eu l’intention de répandre le secret ailleurs, elle n’aurait pas volontiers montré son jeu ici. En y repensant maintenant, dès le départ, il aurait dû trouver étrange par le fait qu’un artiste martial chevronné comme Sigrun avait été si facilement suivi jusqu’à son bureau.

« Bon sang, vous m’avez vraiment bien eu, » avait déclaré Yuuto. « Alors, c’est donc ça votre véritable personnalité, non ? Est-ce que tout ce que vous avez fait avant n’était qu’un jeu d’acteur ? »

« Oui, je trouve que jouer l’imbécile encourage les gens à baisser leur garde, et ils laissent échapper toutes sortes de choses. Je ne nierai pas que le fait de taquiner ma chère Al est mon hobby personnel. »

« Hehe, je vois, » Yuuto hocha la tête, impressionné.

Il se souvient d’une anecdote sur un seigneur de guerre de la période Sengoku, Takeda Shingen. Il y avait des comptes rendus variés sur la question, mais il avait été dit qu’il avait agi délibérément comme un imbécile en public, afin de tromper les États voisins pour qu’ils baissent leur garde.

Malgré son apparence enfantine, cette fille ne devait pas être prise à la légère.

« Pourtant, ne pensiez-vous pas qu’il était possible que tout cela me mette assez en colère pour faire quelque chose contre vous, ou contre le Clan de la Griffe, en guise de représailles ? » demanda Yuuto.

« En rassemblant toutes les informations que j’ai recueillies jusqu’à présent, j’ai conclu que les chances étaient extrêmement faibles, » répondit Kristina.

« Oh, vous êtes bien quelques choses, vous, d’accord ! » Yuuto avait giflé son genou et avait ri en trouvant tout cela amusant.

Yuuto avait complètement pris goût à Kristina. Bien sûr, même cela pourrait être quelque chose qu’elle avait calculé après avoir enquêté sur sa personnalité, mais même cette pensée était agréable.

« Pour être franc, j’aimerais vraiment vous avoir comme enfant subordonné. Je vais quand même devoir renoncer à vous prendre pour épouse ou concubine. »

« Hehe hehe hehe. Seigneur Yuuto, votre capacité à dire de telles choses est peut-être un autre exemple de votre grand talent en tant que dirigeant, » ricana Kristina.

« Hm ? » Yuuto jeta un coup d’œil à gauche et à droite sur Félicia et Sigrun, et remarqua que les deux affichaient des expressions qui indiquaient des sentiments mitigés.

Apparemment, elles ne comprenaient pas pourquoi Yuuto avait fait l’éloge de Kristina. De leur point de vue, c’était simplement une petite fille impudente avec une personnalité problématique et une personne troublante connaissant des affaires secrètes du Clan du Loup. En particulier, la première moitié de cette période de temps leur avait laissé une mauvaise impression.

Cependant, Yuuto avait acquis sa manière d’agir à travers la lecture d’une série de livres sur la stratégie et les tactiques militaires, et il n’y avait aucune chance qu’il puisse ignorer sa terriblement grande valeur en tant qu’atout.

Même son auteur bien-aimé Sun Tzu avait écrit : « Connais ton ennemi et connais-toi toi-même, et tu peux mener une centaine de batailles sans désastre ». Et dans le monde du 21e siècle d’où venait Yuuto, il y avait la maxime « Celui qui contrôle l’information contrôle le monde ».

Dans le monde sous-développé d’Yggdrasil, le talent exemplaire de Kristina pour la collecte de renseignements était quelque chose que Yuuto voulait désespérément. Plus important encore, il pourrait l’utiliser pour l’aider à trouver un moyen de rentrer chez lui.

« Pourtant, c’est une heureuse coïncidence, » avait ajouté Kristina. « En vérité, je n’avais aucun intérêt à devenir votre femme ou votre concubine. Et... Je n’avais pas du tout l’intention de vous laisser poser la main sur l’une de nous. »

Jetant un coup d’œil à sa sœur, Kristina avait doucement souri. Elle était sans aucun doute extraordinairement douée, mais il n’y avait pas de malentendu qu’elle était tout aussi extraordinairement tordue.

Albertina frissonna, comme si elle avait senti un froid momentané, ou une mauvaise prémonition.

« Dans ce cas, pourquoi êtes-vous venues ici ? » Yuuto était allé de l’avant et lui avait demandé d’emblée la suite, bien qu’il avait commencé à former une supposition basée sur les divers indices dispersés tout au long de leur discussion.

« Bien que je sache que c’est un acte d’insolence, je suis venue ici pour jauger et tester votre calibre en tant que leader, Seigneur Yuuto, » répondit Kristina.

« Enfant arrogant ! Je m’étais retenue à cause de votre statut élevé, mais parler de tester Père va au-delà des limites de l’insolence ! » Avec une voix vive et froide comme la glace, Sigrun avait commencé à se placer devant Kristina.

Sigrun était au fond une personne extrêmement sérieuse et sincère, qui dans le jargon du 21e siècle du Japon pourrait être appelée un « membre d’un club sportif ». C’était un stéréotype caractérisé par l’adhésion à des manières strictes et le respect des règles et de la hiérarchie dans les clubs sportifs typiquement japonais. Elle ne pouvait probablement pas simplement ignorer le mépris flagrant pour le décorum et d’être ballottée par les paroles et les actions de Kristina. Le jeu d’acteur ridicule des jumelles était aussi indubitablement tombé sur ses nerfs.

Surtout, sa loyauté envers Yuuto se situait au niveau de la foi aveugle. Entendre que tout cela avait été un test pour que son Père bien-aimé prouve qu’il était apte, avait été pour elle la goutte d’eau qui avait fait déborder le vase.

« Hé, attends, Run, » déclara Yuuto. « Le fait qu’elle l’admette maintenant signifie qu’elle m’a reconnu comme étant digne, n’est-ce pas ? »

Faisant un geste doux d’une main pour retenir Sigrun, Yuuto avait jeté un coup d’œil à Kristina pendant qu’il parlait.

Yuuto était le genre de personne qui détestait quand les autres se dénigraient ou se rabaissaient par rapport à lui. Apprendre qu’il était « testé » ne lui faisait pas vraiment du bien, mais il aurait trouvé beaucoup plus déraisonnable pour quelqu’un de faire confiance à un gamin étrange comme lui sans condition. Après tout, il avait été dit que votre corps et votre âme dépendaient tous les deux de la personne à qui vous les avez confiés.

« Seigneur Yuuto, patriarche du Clan du Loup. »

Sans aucune trace de ses expressions fantaisistes antérieures, Kristina s’adressa à Yuuto avec le plus grand sérieux, tombant doucement à un genou. Tandis qu’elle regardait Albertina, sa sœur avait adopté à la hâte la même posture formelle.

« Nous, les sœurs, nous n’avons pas encore de parents par le Serment du Calice. Bien que je reconnaisse mon père Botvid comme un patriarche aux capacités considérables quant au règne de son clan, je préférerais promettre cette seule et unique vie qui est la mienne sous le serment envers le plus grand Calice de tout Yggdrasil ! »

« J’apprécie votre haute opinion de moi, mais c’est beaucoup trop d’éloges, » déclara Yuuto. « Nous n’avons plus besoin de flatterie, vous savez ? »

« Non, ce sont mes véritables sentiments, » répondit Kristina. « Je reconnais votre capacité à voir à travers des premières impressions trompeuses, à établir la vérité et à réagir avec un jugement flexible. J’ai également vu votre aura brièvement présente, mais inoubliable, l’aura rare d’un vrai conquérant. Et puis il y a toutes vos nombreuses réalisations que vous avez faites jusqu’à présent. Sous votre commandement, je suis convaincue que nous, les sœurs, nous pourrions utiliser nos capacités dans toute la mesure de leurs efficacités. S’il vous plaît, laissez nos noms s’ajouter à votre famille ! S’il vous plaît, laissez-nous nous asseoir au pied de votre table ! »

« S’il vous plaît ! » Albertina avait resonné, et avec leur chœur de supplications, les jumelles avaient baissé la tête à l’unisson.

Maintenant, que dois-je faire ici ? se demanda Yuuto.

D’après ce qu’il avait entendu jusqu’à présent, il n’avait pas l’impression qu’il s’agissait d’un mensonge, mais ce n’était rien de plus qu’un sentiment. En tant que patriarche, il ne pouvait pas prendre sa décision sur cette seule base. Il était également préoccupé par les véritables intentions de Botvid. Yuuto était sûr qu’il n’y avait aucune chance que le vieux renard ignorait la vraie nature de sa fille. Et toutes les deux étaient des Einherjars d’une valeur inestimable. Il y avait probablement une sorte de plan ou d’arrière-pensée derrière tout ça.

« Eh bien, comme on dit, quand le vin est tiré, il faut le boire, » déclara-t-il. « D’accord. Mais actuellement, je ne peux pas vous offrir le Serment du Calice aux enfants d’un autre clan ; les hommes de mon clan ne l’accepteraient jamais. Alors, vous deux, vous allez m’apporter un hommage de votre part. Une réalisation digne de votre haute opinion envers moi. Faites ça, et je vous laisserai jurer sur mon Calice. »

« Hommage, dites-vous ? » demanda Kristina, en levant la tête.

« Ouais. » Yuuto lui avait répondu en souriant.

Botvid était dans tous les cas le frère de calice de Yuuto. Même s’il complotait quelque chose, ce n’était probablement rien de trop nocif pour le Clan du Loup.

Et Kristina avait dit « nos capacités ». Sa sœur pouvait sembler être une tête de l’air, mais elle était aussi une Einherjar. Elles avaient vraiment quelque chose de bien à apporter.

Si elles se permettaient de le tester, il n’était que tout à fait normal pour lui de les tester de son côté.

« Faites de votre mieux et travaillez dur, d’accord  ? » déclara-t-il. « Le Calice du Patriarche du Clan du Loup n’est pas si bon marché que ça. »

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2 commentaires

  1. Merci pour le chapitre.

  2. Merci pour le chapitre.

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