Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 2 – Chapitre 1 – Partie 5

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Acte 1

Partie 5

Des prêtresses vêtues de minces vêtements mouvants dansaient dans toute la salle du rituel, leurs mouvements étant dans le rythme avec la musique quelque peu solennelle des flûtes.

Les torches brillaient au centre de la salle. Leur lumière vacillante jouait contre les murs de plâtre blanc, leur donnant une légère teinte rouge.

Sur l’autel de cérémonie se trouvait une jeune chèvre, entourée d’énormes quantités de blé et d’alcool. Cette offrande aux dieux était une expression de gratitude pour la victoire qu’ils avaient acquise.

Sécheresse et tempête, tremblement de terre et inondation... On pensait que tout cela était l’œuvre des dieux ici dans Yggdrasil. Il en fut de même pour la victoire et la défaite lors des guerres.

Beaucoup croyaient sincèrement que le fait de ne pas apaiser les dieux provoquerait leur colère et la destruction rapide de leur pays.

C’est pourquoi un patriarche de clan avait aussi un rôle de prêtre de cérémonie. Il ou elle représenterait l’ensemble du clan dans les rites d’offrande, agissant au nom de tout le clan pour montrer leur gratitude. Négliger ces devoirs mettrait les subordonnés de Yuuto, et son clan dans son ensemble, dans un état de malaise. L’absence de mérite scientifique n’était pas une excuse pour faire des économies.

« Pff, » soupira Yuuto avec soulagement. « Enfin, c’est fait ! »

Après avoir terminé le rite, il s’était écrasé dans le siège qui lui était réservé avec un bruit sourd et avait fait craquer son cou dans un mouvement de va-et-vient.

Normalement, il aurait pu se détendre et s’amuser à ce moment-là, mais son humeur était encore sombre. Les membres du Clan de la Corne présents regardaient tous dans la direction de Yuuto et se chuchotaient les uns aux autres... ce qui n’avait rien à voir avec cela. Il s’était déjà habitué aux regards moqueurs et aux ragots il y a deux ans. Chaque fois qu’il avait ressenti l’odeur de cette attitude, ça ne le dérangeait pas.

La source de sa mélancolie, Linéa, lui tendit joyeusement du thé. « Merci pour votre dur labeur, Grand Frère ! Voilà pour vous. »

Les cérémonies d’aujourd’hui avaient aussi pour but de montrer à l’ensemble du Clan de la Corne que leur ancien ennemi, le Clan du Loup, était maintenant leur allié. On pourrait donc dire qu’il était tout à fait raisonnable que Linéa, patriarche du Clan de la Corne, s’assoie à côté de Yuuto. Raisonnable, sauf pour la partie où il avait dû passer tout l’événement à côté de la fille dont il savait dans son cœur qu’il devait rejeter la demande en mariage.

Yuuto n’aurait aimé rien de plus que de fuir la salle de cérémonie à toute vitesse, s’il pensait pouvoir s’en tirer à bon compte.

« O-Oui. Merci. » Yuuto avait maladroitement accepté la tasse de thé d’elle et il étancha sa soif. Il pouvait à peine la goûter, et il sentit presque immédiatement sa gorge se dessécher de nouveau à cause de ses nerfs.

« Oh, c’est délicieux, » déclara Linéa, en plaçant du mouton sur la pointe d’une brochette. « J’aime vraiment ça. Vous devriez essayer aussi, Grand Frère. »

Avec son autre main tenue comme une assiette, elle avait doucement porté le morceau de viande de la taille d’une bouchée jusqu’à la bouche de Yuuto. Sa vivacité et son sourire d’adoration authentique suffisaient à donner à Yuuto des douleurs à l’estomac.

Il aurait préféré refuser poliment, mais ils étaient en public, et à sa manière, cette offre était une affaire diplomatique. En tant que frère aîné, il devait accepter le geste de sa jeune sœur assermentée et renforcer leur relation hiérarchique.

Yuuto s’était donc résigné et avait pris la bouchée de viande dans sa bouche.

Hmm. Mastiquer, mastiquer…

La viande était rôtie et croustillante, avec l’odeur forte caractéristique de la viande de mouton. C’était probablement délicieux, mais en ce moment, Yuuto était tellement préoccupé qu’il n’avait tout simplement pas la capacité mentale d’en apprécier le goût.

« Comment ça va ? » demanda Linéa.

« O-Oui. Je, euh, je pense que c’est bon. Probablement, » répondit Yuuto.

« O-oh, c’est merveilleux ! Je suis tellement soulagée que la cuisine du Clan de la Corne corresponde à vos goûts. » Linéa était tout sourire, apparemment enchantée du fond du cœur.

Si l’on s’arrêtait pour y penser, des phrases comme « je pense » et « probablement » étaient clairement étranges dans cette situation, mais Linéa ne montrait pas le moindre indice qu’elle l’avait remarqué.

En la regardant dans un tel état de bonheur, Yuuto avait l’impression que sa conscience était aussi en train d’être embrochée.

« E-Eh bien, alors, e-euh... » Linéa, soudain timide et balbutiante, commença à percer un autre morceau de viande avec la brochette.

Pourquoi ne pas me poignarder avec ce truc et en finir avec ça ? Ce serait presque plus facile à faire à ce stade ! pensa Yuuto. Le stress émotionnel de la situation commençait à faire des ravages sur lui.

Cependant, son cauchemar ne faisait que commencer.

« D-Dit “Ahhhh”... ♡ » Avec son visage rouge comme une betterave, Linéa tendait à nouveau un morceau de mouton. Son ton tout miel avait fait descendre un froid désagréable le long de sa colonne vertébrale.

Physiquement, c’était le même acte qu’il y a quelques instants, mais avec seulement ces mots, le ton de la situation avait complètement changé. Plutôt qu’une subordonnée s’occupant de son supérieur, c’était plutôt — .

« Ahh, mais vous avez tous les deux une relation si intime », un homme âgé était entré dans la scène, s’adressant à eux jovialement. « Vraiment, vous avez l’air d’un mari et d’une femme. »

C’était Rasmus, le commandant en second du Clan de la Corne. On aurait dit qu’il avait déjà vidé beaucoup de gobelets de vin. Il avait toujours ses jambes sous lui, mais il avait le visage rouge et les yeux embrumés.

Putain de merde ! Vous êtes tous à vous amuser à mes dépens ! Yuuto ne pouvait pas ne pas avoir de la rancune contre cet homme. S’il n’avait pas mis des idées bizarres dans la tête de Linéa, Yuuto aurait pu simplement profiter de la cérémonie en ce moment même.

« Ne te moque pas de ton p-patriarche ! » Linéa bégayait. Sa tentative de le gronder sévèrement s’était effilochée et cela s’était terminée en basant les yeux vers le sol alors qu’elle était embarrassée. « D’ailleurs, c’est toi qui m’as dit de faire ça... »

La dernière partie avait presque l’air d’avoir été murmurer pour elle-même, mais Yuuto avait saisi chaque mot.

Alors la chose de « dites ahhhh », c’est vous aussi !? Yuuto avait fixé du regard Rasmus avec quelque chose de semblable à une intention meurtrière.

« Veuillez accepter mes excuses », déclara Rasmus avec un sourire plâtré. « Ahh ! Mais quand même, toute personne aussi chanceuse d’avoir notre princesse comme fiancée serait un homme heureux. Vous ne trouverez pas beaucoup de femmes aussi belles, saines et dévouées qu’elle. N’êtes-vous pas d’accord, mon oncle du Clan du Loup ? »

Yuuto se retrouva serrant le poing en silence sous la table à la question éhontée de Rasmus. Il aurait dû s’attendre à ça de l’homme chargé de gérer un clan aussi grand que la Corne. Rasmus avait formulé les choses de telle sorte qu’un déni serait problématique, tandis que l’accord pourrait être pris hors contexte.

Yuuto s’était trouvé incapable de trouver une bonne façon de changer les choses. Juste au moment où il commençait à être agité, il sentit quelque chose d’incroyablement doux se serrer contre son bras.

« Oh, mon Dieu, c’est un commentaire que je ne peux pas ignorer, » déclara Félicia avec un sourire envoûtant. « Vous savez qu’il y a beaucoup de femmes convenables dans le Clan du Loup ? » Félicia se blottit contre le bras de Yuuto et lança à Rasmus un regard significatif.

Rasmus fronça les sourcils, visiblement décontenancé.

Aussi partial que Rasmus puisse être face aux charmes de Linéa, il ne pouvait honnêtement admettre qu’elle était plus séduisante physiquement que Félicia. D’une part, il n’y avait aucun moyen qu’une Linéa encore en développement puisse l’égaler en volume et en proportion.

« Oh, et Run, tu devrais aussi remplir la tasse de Grand Frère, » avait appelé Félicia.

« Hm ? » Sigrun fronça les sourcils. « Ça m’ennuie quand tu me donnes des ordres comme ça. Mais en tant que fille assermentée, je veux quand même m’occuper de Père, alors j’irai pour lui. »

Sigrun se tenait juste en dehors du coin de la vision de Yuuto, prêtant tranquillement attention à leur environnement. Ses longs cheveux argentés s’étaient retournés comme une queue alors qu’elle se retournait pour lui faire face.

Elle était d’une beauté à égalité avec Félicia. En matière de pureté sexuelle, la victoire pourrait aller à Félicia, mais Sigrun avait une beauté presque artistique, comme si un sculpteur avait enlevé toutes les impuretés, et ses traits stoïques semblaient rayonner d’une aura divine.

« Grand Frère, s’il te plaît, place ta main autour de mon épaule », chuchota Félicia à l’oreille de Yuuto alors qu’elle caressait avec amour son cou et son menton. Ces gestes avaient chatouillé Yuuto ici et là, mais il avait réussi à se tenir assez solidement pour faire ce qu’elle avait dit.

« Hm ? Quel est le plan, Félicia — ? »

« Oooh ! ♡ » La seconde main de Yuuto toucha son épaule, Félicia poussa un cri sensuel et tomba dans les bras de Yuuto. C’était un jeu d’acteur de sa part ; Yuuto n’avait pas du tout tiré sur son épaule. Mais pour les gens qui nous regardaient, cela devait ressembler à ce que Yuuto avait tiré Félicia par la force dans une étreinte.

« Te voilà, Père. » Sigrun s’était penchée avec un minutage parfait, un pichet à la main, et avait commencé à verser du thé dans la tasse de Yuuto.

Tout cela s’était réuni pour produire ce qui était indubitablement l’image d’un homme débauché entouré par son harem.

C’est notre Loup Sage, Ráðsviðr ! Habituellement, Yuuto l’aurait repoussé à la hâte, mais en ce moment, il l’applaudissait intérieurement.

Linéa était vénérée comme « princesse » et patriarche de son clan. Sa fierté ne devrait pas pouvoir pardonner d’être traitée comme une femme parmi tant d’autres. Donc, donner l’impression qu’il avait des relations avec d’autres femmes pourrait l’encourager à retirer sa proposition. Yuuto, par exemple, pensait que l’idée n’était pas si mauvaise.

« Uuurgghhhh... ! » Linéa ne pouvait pas contenir son déplaisir, grognant et gonflant ses joues.

 

 

« Tee hee hee hee », ricana Félicia en souriant triomphalement. « Oh mon Dieu, mais quel est donc le problème, Grande Sœur Linéa ? Pourriez-vous être jalouse ? » Elle avait lentement tracé un cercle sur la poitrine de Yuuto avec son index.

Tu es vraiment dans ton élément en jouant le rôle de la méchante femme, Félicia, Yuuto avait pensé à lui-même, puis il avait rapidement chassé les mots de son esprit. C’était impoli de penser ainsi d’elle alors qu’elle faisait un tel effort pour lui.

« Je ne suis pas jalouse !! » Linéa éleva la voix avec indignation, mais son déni n’était pas du tout persuasif. Sa jalousie était évidente pour tout le monde.

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2 commentaires

  1. Merci pour le chapitre.

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