Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d’Einherjar – Tome 18 – Chapitre 4 – Partie 5

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Chapitre 4 : Acte 4

Partie 5

« Maintenant, c’est à ton tour d’être soumis à une fusillade. Mmm ? »

Bruno remarqua du coin de l’œil que le clan de la Flamme avait libéré quelque chose de rouge dans l’air. Ils n’étaient encore qu’à une distance d’arc efficace, ce qui signifiait que quelque chose de suffisamment grand pour être clairement visible depuis leur position actuelle devait se trouver à proximité. Trois objets de ce type furent lancés à la suite sur ses forces. « Trébuchets ! À toutes les forces, prenez garde aux rochers qui viennent d’en haut ! »

Ils avaient déjà confirmé que le clan de la Flamme avait utilisé des trébuchets lors du siège de Fort Gashina, ainsi que pendant les premières étapes du siège d’Iárnviðr. Cela dit, les trébuchets ne représentaient pas une menace aussi grande lors d’une bataille de terrain qu’au cours d’un siège. Ils étaient faciles à repérer de loin et ne pouvaient pas soutenir un rythme de tir élevé. Il était également très facile d’éviter leurs attaques. « Ils ont l’intention de perturber nos lignes avant de charger, n’est-ce pas ? Quel effort futile ! » déclara Bruno avec assurance.

Cependant, ses yeux s’écarquillèrent de stupeur lorsqu’il vit ce qui volait vers eux. Il hurla de nouveaux ordres. « Arquebusiers ! Tirez sur ces jarres ! » Les urnes qui avaient été lancées dans leur direction contenaient manifestement quelque chose. Il était également clair que le contenu de ces urnes allait probablement nuire à l’armée du clan de l’Acier d’une manière ou d’une autre. Si ces urnes contenaient de la poudre à canon, il s’agissait alors de tetsuhaus géants. Si ceux-ci venaient à éclater dans ses rangs, il ne pourrait pas éviter de subir des pertes massives. Il devait les détruire avant qu’elles n’atterrissent. Bruno en était arrivé à cette conclusion, ce qui était parfaitement compréhensible, mais en fin de compte, cela ne ferait que jouer en sa défaveur.

Bang ! Ba… Splash !

« Quoi !? De l’eau ? » Alors que l’eau les aspergeait, Bruno réalisa son erreur. Comme ils avaient détruit les urnes en plein vol, les gouttelettes d’eau avaient été dispersées sur une large zone. Il allait sans dire que la pluie, qui pouvait éteindre une mèche, était le pire ennemi de l’arquebuse. Il ne s’agissait toutefois que d’une averse passagère. Au pire, elle n’éteindrait que les flammes des soldats qui avaient réagi trop lentement pour protéger leur flambeau. L’armée du clan de l’Acier était également équipée de briquets; il leur suffisait donc de rallumer leurs flambeaux. Ce n’était pas un problème particulièrement grave. Ou plutôt, il ne l’aurait pas été si l’ennemi n’avait pas foncé sur eux à ce moment précis.

Le clan de l’Acier venait de tirer une volée sur les urnes d’eau. Ces tirs gaspillés avaient donné aux troupes du clan de la flamme tout le temps nécessaire pour réduire la distance. Voyant cela, les arquebusiers tombèrent dans la panique. Ils ressentaient une envie irrésistible de se dépêcher et de recharger le plus vite possible. La panique qui les saisit lorsqu’ils réalisèrent que cette situation pourrait bien décider de leur sort fit que chaque membre des lignes de tir tâtonna et manipula mal ses armes. Le délai n’avait été que de vingt secondes tout au plus, mais il était mortel sur le champ de bataille. En même temps qu’un rugissement de rage, le bruit du métal s’entrechoquant retentit sur le champ de bataille. La mêlée avait commencé.

« Je suis Shiba, du clan de la flamme ! Seuls ceux qui souhaitent mourir doivent se tenir devant moi ! » Avec un cri, Shiba prépara sa hallebarde et chargea dans les rangs ennemis. La première ligne de l’ennemi était un mur dense de lourds porteurs de boucliers. Bien qu’un homme à cheval ait une puissance de charge plusieurs fois supérieure à celle d’un homme à pied, tenter de foncer tête baissée dans une formation où les boucliers sont soutenus par plusieurs personnes aurait normalement pour résultat de faire rebondir le guerrier qui charge sur le mur.

« Vous avez fait des pieds et des mains pour renforcer votre ligne, mais elle est encore bien trop poreuse pour m’affronter ! » Sur cette remarque, Shiba força sa hallebarde dans une ouverture entre les boucliers, tordit son poignet et balaya son bras sur le côté.

« Gah ! »

Sa hallebarde déchira la gorge d’un soldat du clan de l’Acier, qui poussa un cri de mort en s’effondrant. L’arme de Shiba combinait une lame de poussée de la lance traditionnelle et une lame latérale pour taillader. C’était l’une des armes principales utilisées lors de la guerre des chars à Yggdrasil. Bien qu’il ne l’ait pas ramassée dans l’intention de l’utiliser contre le mur de grands boucliers, elle se révéla être l’arme parfaite pour percer leur ligne de défense. Cela n’était vrai que lorsqu’elle était dans les mains de Shiba.

« Argh ! »

« Mais qu’est-ce qu’il est ! Il ne cesse de passer par les plus petites ouvertures ! »

« Et il est absurdement rapide ! Comment sommes-nous censés stopper ça ? »

Des cris et des hurlements de colère continuaient à s’élever de la foule des soldats du clan de l’Acier tandis que Shiba coupait à travers leurs rangs. Pour un soldat moyen, une arme à hampe est une arme difficile à manier avec précision. Cependant, l’habileté de Shiba à manier sa hallebarde donnait l’impression que l’arme était le prolongement de ses membres. Mais ce n’est pas tout. La véritable marque de son habileté se manifestait dans la précision avec laquelle il la maniait : il était semblable à un artisan très exercé s’occupant de la plus petite des sculptures. De plus, il se déplaçait à une vitesse presque impossible à suivre du regard. Franchement, ce n’était pas un adversaire que les simples soldats de l’armée du clan de l’Acier pouvaient affronter. Il ne fallut que peu de temps pour que la ligne de grands boucliers prétendument impénétrables s’effondre sous son assaut.

« Très bien, bande de bâtards ! Suivez-moi ! » Shiba brandit sa hallebarde en l’air et encouragea ses soldats qui lui répondirent par des applaudissements enthousiastes. Les soldats sur le terrain venaient de voir le général en personne percer les défenses de l’ennemi. Le moral des soldats du clan de la Flamme était à son comble et ils étaient dans un état d’excitation frénétique.

« C’est donc le grand général Shiba, hein ? Il est tout aussi puissant que les rumeurs le disent. » Au plus profond des lignes du clan de l’Acier, Bruno regarda le guerrier à la monture rouge se déchaîner sur ses forces et son visage se tordit en une grimace. La simple présence de cet homme insufflait de l’élan à l’ennemi, tandis que ses propres troupes reculaient devant lui, effrayées. Shiba lui avait complètement retiré l’initiative. « Nous ne pouvons pas le laisser continuer comme ça. La confusion devrait maintenant s’être installée. Demandez aux tireurs de l’abattre », ordonna rapidement Bruno à ses subordonnés.

Bien qu’il n’apprécie guère les objets créés avec la technologie du pays au-delà des cieux, il était assez pragmatique pour utiliser tout ce qui pouvait lui donner un avantage. Les soldats du clan sur le champ de bataille étaient des membres essentiels à la reconstruction de celui-ci. Chacun d’entre eux avait une valeur incalculable pour lui et pour l’avenir du clan. Il avait entendu dire que le clan de la Flamme avait utilisé une volée de fusils pour abattre Steinþórr, le Dólgþrasir. Quelle que soit la puissance de Shiba, il n’était pas au niveau de ce monstre, ce qui signifiait que les arquebuses devraient également pouvoir l’abattre.

« Père ! Les fusiliers sont prêts. »

« Bien ! Feu ! »

Bruno balaya l’épée qu’il tenait dans sa main en direction de Shiba, puis, un instant plus tard, la rafale saccadée des coups de feu retentit sur le champ de bataille. Peu après, Shiba disparut du haut de son cheval. Il semblait que sa monture bien-aimée avait également été atteinte, et elle vacilla avant de s’effondrer.

« Hé, nous avons gagné. C’était idiot de la part de leur général, oh combien puissant, de prendre les devants… »

« Agh ! »

« Urgh ! »

« Il est vivant ? Il est encore vivant ! »

« Entourez-le ! Entourez-le et tuez-le ! »

Des cris de colère s’élevèrent dans les rangs du clan de l’Acier. En entendant ces cris, Bruno se mordit l’ongle du pouce avec amertume. « Nous l’avons manqué. C’est un malin. »

Les soldats, qui avaient survécu à d’innombrables champs de bataille, étaient sensibles à l’odeur de la mort qui approchait. Sigrún, par exemple, pouvait facilement identifier tout ce qui avait été empoisonné. C’est probablement ce genre d’intuition qui avait permis à Shiba d’éviter cette attaque par balle.

« Tout le monde à terre ! L’ennemi a encore ses tanegashimas ! Être à cheval vous rend plus vulnérable ! » La voix grave et autoritaire pouvait être entendue clairement par-dessus le chaos de la bataille. Il s’agissait sans doute de la voix de Shiba. Suivant ces ordres, les soldats ennemis commencèrent à descendre de cheval.

« Tch. Cela rend nos armes inutiles. »

Le commandant ennemi se trouvait maintenant au milieu des lignes d’infanterie du clan de l’Acier. Ce n’était certainement pas un mauvais problème. Après tout, cela signifiait que le général ennemi était à portée des lames de ses soldats. La situation restait à l’avantage de Bruno.

« Il est peut-être le guerrier le plus puissant du clan de la Flamme, mais il n’est sûrement pas aussi outrageusement puissant que Steinþórr. » Ce monstre au cœur de tigre aurait pu utiliser sa force brute pour balayer sans effort les soldats devant lui. À tout le moins, il n’avait pas encore assisté à ce spectacle étrange, ce qui signifiait que, aussi puissant qu’il fût, les compétences de Shiba restaient du domaine de la sensibilité commune. Même Sigrún, le Mánagarmr, le loup d’argent le plus fort, de loin le plus grand guerrier du clan de l’acier, n’aurait pas survécu s’il avait été entouré d’une centaine de soldats ennemis. Skáviðr, le prédécesseur de Sigrún au poste de Mánagarmr, n’avait pas été tué lors d’un combat singulier contre un guerrier de renom, mais il était tombé face à un soldat sans nom alors qu’il se battait seul contre un nombre écrasant d’adversaires. Le simple poids du nombre peut submerger le guerrier le plus fort.

Malgré cela, ils n’étaient pas parvenus à prendre le dessus sur Shiba. Bruno poussa un cri de frustration. « Pourquoi ? Pourquoi ne pouvons-nous pas l’abattre ? » Il avait ordonné à ses soldats de viser Shiba en priorité. Shiba avait continué à se battre, déviant et évitant les attaques des soldats du clan de l’Acier au cours de la dernière demi-heure. Les soldats du clan de l’Acier n’étaient pas parvenus à le blesser durant cette période. Au contraire, ils reculaient, Shiba ayant réussi à se frayer un chemin à travers leur formation.

« Comment peut-il encore tenir après s’être battu aussi longtemps !? N’a-t-il pas qu’une seule rune ? » Il ne comprenait pas ce qui se passait. Le plus longtemps qu’une personne pouvait se battre à pleine puissance était de dix minutes au plus. Chez un combattant moyen, la peur et la tension rongent l’endurance et réduisent encore davantage ce temps de combat. Pourtant, Shiba ne montrait aucun signe de ralentissement et continuait à dominer le champ de bataille.

« Écrasez-le ! Il fait juste bonne figure. Encore un peu… Encore un peu, et il est à nous ! » Bruno ordonna à ses soldats de continuer à se battre. Au cours de la dernière demi-heure, il avait sacrifié de précieuses vies de soldats du Clan du Loup dans le but de tuer Shiba. S’ils le laissaient partir maintenant, tous ces morts auraient été vains. Ce résultat était inacceptable pour Bruno. De plus, le général ennemi se battait actuellement sur la ligne de front. Un prix énorme avait été offert à Bruno. Il n’y avait pas beaucoup de gens qui pouvaient laisser passer une telle occasion. C’était de la simple psychologie humaine. Il s’agissait d’un cas classique d’erreur de coûts irrécupérables, dans lequel une personne continue d’investir dans une entreprise après avoir essuyé des échecs, dans le but de compenser les pertes subies au cours du processus. L’idée alléchante qu’il pourrait tout changer avec un peu d’effort l’attirait et l’immobilisait. Shiba avait joué sur ce trait de psychologie humaine.

Bruno était déjà pris dans la toile de Shiba. S’il s’était agi de Jörgen, de Sigrún ou même de Skáviðr, ils auraient été capables de mettre de côté tout argument hypothétique, d’accepter la réalité et de prendre la décision impitoyable de se retirer. Bruno ne parvenait pas à se résoudre à réduire ses pertes. Il manqua l’occasion de se retirer.

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