Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 1 – Chapitre 4 – Partie 2

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Acte 4

Partie 2

« Princesse ! Di... Dieu merci, tu es en sécurité ! » Un homme d’âge moyen avait éclaté en sanglots sans aucun concept de honte ou de montre qu’il se souciait des regards posés sur lui.

« Commandant en second, je vous l’ai déjà dit, je ne suis plus votre princesse, » répliqua Linéa, alors que quant à elle, elle semblait très consciente des yeux posés sur elle. « Franchement, nous sommes en public. C’est bien trop embarrassant ! »

La cérémonie était finie, et après un demi-mois d’attente, ce serait la première fois que le Clan de la Corne voyait sa souveraine.

Bien que le restant des membres du clan présents n’aient pas fait toute une scène comme l’avait fait l’homme d’âge moyen, les autres délégués avaient salué à leur tour leur souveraine matriarche avec joie, et avec leurs yeux emplis de larmes.

« Ces démons de Loups ne vous ont-ils pas fait du mal ? »

« Ce sont vraiment des bêtes. »

« Il est tout à fait honteux de penser que nous sommes maintenant liés à leur minable clan. »

En affichant un sourire amer, Yuuto les interpella joyeusement et entra dans leur conversation.

Dès l’instant où il avait fait cela, tous les délégués de la Corne s’étaient déplacés pour se placer entre lui et Linéa, comme pour la protéger, et ils lui avaient tous lancé des regards noirs et emplis d’intentions meurtrières. Leurs sentiments d’hostilité et leurs trépidations avaient été abondamment clarifiés. C’était tout à fait naturel, considérant qu’il avait gardé leur souveraine enfermée dans le palais.

« Hé ! Voyons ! Ne faites pas de tels visages effrayants, » déclara Yuuto. « Je vais vous le répéter. Savez-vous que nous ne sommes plus des ennemis ? »

Il baissa les épaules, comme pour les apaiser. Une sueur froide coulait en ce moment dans son dos. Tous, même les plus hauts membres de leur hiérarchie, affichaient des expressions durcies, comme des membres de yakuza qui seraient menacés. Si Félicia n’était pas derrière lui en tant que garde, Yuuto se serait peut-être immédiatement retourné avant de s’enfuir.

« Vous tous, poussez-vous de là ! » ordonna Linéa. « Il est après tout mon grand frère. »

« ... Oui, m’dame ! »

Sur l’insistance de Linéa, les émissaires du Clan de la Corne reculèrent à contrecœur, ouvrant le passage pour Yuuto. Mais ils n’avaient pas renoncé à rester sur leurs gardes. C’était comme pour montrer qu’ils feraient n’importe quoi afin de protéger leur souveraine.

Il était évident que Linéa était aimée par ses enfants subordonnés. L’autre jour, quand il était allé lui rendre visite dans sa chambre, Yuuto avait pensé qu’elle semblait jalouse, peut-être parce qu’elle était impopulaire parmi ses propres gens, mais c’était clairement le contraire.

« Grand Frère ! S’il vous plaît, pardonnez à mes enfants subordonnés leurs paroles et leur manque de manières, » Linéa se retourna pour faire face à Yuuto et lui fit un petit salut.

Ils venaient juste de partager le Calice, et pourtant elle s’adressait à lui plus formellement, en utilisant une manière plus polie de parler. Peut-être parce que deux souverains étaient impliqués, les individus autour d’eux comprenaient le poids du Calice.

Yuuto agita la main, comme pour lui dire de ne pas s’inquiéter à ce sujet. « Il est naturel qu’ils protègent leur souveraine. Ce sont de bons enfants subordonnés. »

« Tout à fait. Ils sont vraiment de bons subordonnés, bien trop bon pour moi, » tout le visage de Linéa fut éclipsé par une ombre alors qu’elle disait ça.

D’une certaine manière, ces mots avaient fait mouche dans le cœur d’Yuuto. Il avait déjà souvent ressenti les mêmes sentiments et les mêmes inquiétudes qu’elle ressentait maintenant. Il était probable qu’elle, tout comme lui, ne se sentait pas digne d’une loyauté aussi féroce de la part de ses subordonnés.

Linéa avait subi une défaite cuisante, et maintenant elle et son peuple avaient été forcés de devenir inféodés au Clan du Loup qu’ils avaient considéré comme inférieur depuis longtemps.

« Grand Frère ! Pourrions-nous aller prendre l’air frais ensemble ? » demanda-t-elle.

« Hm ? Bien sûr, cela me va, » Yuuto accepta volontiers l’invitation de Linéa, lui faisant un signe positif de la tête.

Elle avait été enfermée dans une pièce depuis son arrivée à Iárnviðr. Il avait alors pensé qu’elle voulait juste voir l’extérieur, et pouvoir respirer l’air frais, mais...

« Oh ! Vous tous, attendez ici, » Linéa ordonna aux émissaires du Clan de la Corne d’un mouvement du poignet.

Ils venaient de récupérer leur souveraine, et ils se trouvaient dans une terre étrangère. Les émissaires de la Corne échangèrent alors des regards montrant clairement leur malaise.

« Princesse !? C-C’est dangereux d’y aller seule, » protesta son commandant en second.

« C’est bon, » avait-elle assuré. « Si quelqu’un avait voulu me blesser, ils l’auraient fait longtemps avant aujourd’hui. »

« M-Mais ! » s’exclama-t-il

« Nous, frères et sœurs, devons avoir une conversation en privé. Ne vous inquiétez pas. Nous serons bientôt de retour, » déclara Linéa.

Yuuto avait suivi Linéa, alors qu’il était perplexe quant à la situation. Jetant un coup d’œil par-dessus l’épaule, les yeux d’Yuuto rencontrèrent plusieurs visages grinçant des dents et le regardant fixement.

« Hé, est-ce vraiment bon ? » demanda-t-il en hésitant. « Vous avez finalement pu revoir vos subordonnés. N’avez-vous pas beaucoup de choses à leur dire ? »

« Nous aurons beaucoup de temps pour cela sur le chemin du retour, » répondit Linéa.

« En effet, si vous voulez parler avec Grand Frère, ce serait le bon moment de le faire, » ajouta Félicia.

« Hé, Félicia ! Pourquoi es-tu également venue avec nous !? » s’écria Yuuto.

« Car ma tâche est de te protéger, Grand Frère, » répondit Félicia.

« Euh, tu sais bien que ce n’est pas ce que je voulais dire, n’est-ce pas !? » demanda Yuuto.

Alors que son dévouement quant à ses devoirs de garde était normalement une chose pour laquelle Yuuto était reconnaissant, le dévouement sans borne de Félicia était parfois un désagrément. Linéa avait laissé ses subalternes derrière elle, alors le fait que le bras droit d’Yuuto le suivait l’avait fait paraître faible et lâche.

« Comme elle est aussi votre petite sœur, je suppose qu’il n’y a pas moyen de contourner ça, » déclara Linéa. « Après tout, il s’agit d’une conversation seulement entre frères et sœurs. »

« Êtes-vous d’accord avec cela ? » lui demanda-t-il.

« Bien sûr, cela ne me dérange pas, » en hochant la tête rapidement, Linéa franchit le seuil de la porte extérieur de la tour.

Du sommet de la tour, là où la cérémonie avait eu lieu, on pourrait facilement voir tout ce qui se trouvait à l’horizon. Un soupir d’étonnement s’échappa des lèvres de Linéa face à la magnifique vue se présentant à son regard.

La ville ci-dessous, protégée par une grande muraille extérieure, était pleine de maisons en bois. Le bazar qui se répandait le long de la route principale s’étendait du palais jusqu’à la porte. Tout cela était clairement visible, même de cette hauteur, et c’était débordant d’activités.

Linéa avait été subjuguée devant le paysage pendant un certain temps avant de se retourner pour faire face à Yuuto. Un regard résigné et empli de tristesse était apparu sur son visage. « Désolée de vous avoir fait attendre. »

« Ce n’est rien. Alors, à propos de quoi vouliez-vous me parler ? » demanda Yuuto.

Il pouvait deviner à partir de l’expression de Linéa que ce n’était pas une question triviale qu’elle voulait aborder. C’était tellement clair qu’il semblerait qu’il aurait besoin de se préparer à tout ce qu’elle avait à lui dire. Il avait alors dégluti avec force.

Presque en phase avec cela, Linéa tomba rapidement dans un salut... non, il aurait été plus correct de dire qu’elle s’était arquée devant lui. Ceci avait été fait avec une telle ferveur que son front avait pratiquement cogné ses genoux. « Je vous le demande humblement : s’il vous plaît..., s’il vous plaît, traitez mon peuple, les citoyens du Clan de la Corne, comme vous le feriez pour les citoyens du Clan du Loup. »

Yuuto avait rapidement déterminé que Linéa parlait des personnes du Clan de la Corne vivant sur des terres qui avaient été saisies par le Clan du Loup.

Prendre les habitants des régions conquises comme prisonniers de guerre ou les forcer à l’esclavage était quelque chose qui semblait être accepté partout dans ce monde. Les habitants du pays qui avait perdu voyaient souvent les terres où ils étaient nés et avaient grandi leur être confisquées. De plus, ils perdaient leur dignité et leurs droits en tant qu’individu, devenant ainsi de simple esclave corvéable jusqu’à la mort. Ils étaient quasi toujours exploités pour des travaux manuels harassants. Il était sûr que Linéa était affligée en raison de ce résultat si prévisible en ce monde.

« Je sais que ce que je vous demande est impossible, » plaida-t-elle. « Je sais que cela n’a pas la moindre valeur pour le Clan du Loup. Si mon corps vous plaît, vous pouvez faire ce que vous voulez avec ! S’il vous plaît, je vous en supplie... ! »

Elle était encore une jeune fille. Il était donc naturel qu’elle craigne ce mâle dont elle ne savait rien qui pourrait si facilement abuser d’elle. Le corps qu’elle avait offert s’était alors mis à trembler de façon incontrôlable. Et pourtant, afin de protéger son peuple, elle essayait de s’offrir à leur place en guise de sacrifice.

« Hmm, eh bien..., » commença-t-il.

Ayant les valeurs de quelqu’un du 21e siècle, Yuuto avait trouvé incroyablement difficile d’accepter l’idée de l’esclavage. Dès le début, il avait eu l’intention de leur donner un traitement égal, alors le fait qu’elle ait fait une telle démonstration en s’offrant à lui l’avait laissé un peu décontenancé. Cela étant dit, quand Yuuto avait fait pression sur Linéa pour qu’elle devienne sa petite sœur subordonnée, il avait menacé de faire du mal à son peuple. Il était donc logique qu’elle éprouve une telle anxiété.

Yuuto avait alors ri avec ironie et il commença à caresser la tête de Linéa.

« Grand... Frère ? » Une note de perplexité résonna dans sa voix, ne comprenant probablement pas pourquoi Yuuto agissait ainsi.

À ce moment-là, Yuuto avait finalement senti qu’il commençait à comprendre pourquoi les personnes autour de Linéa l’idolâtraient. Il n’y avait que peu de monarques qui étaient préoccupés de leur peuple comme elle l’avait fait.

Bien que son clan soit celui qui avait attaqué le Clan du Loup, elle pensait probablement que le Clan du Loup pourrait être surpassé par la vague de ferveur militariste et menacer davantage le Clan de la Corne, alors il s’agissait de sa seule chance de les protéger.

« Je vais écouter tout ce que vous avez à me demander, mon adorable petite sœur, » dit-il affectueusement.

« Merci beaucoup... argh ! » s’écria Linéa.

Tandis que Linéa levait la tête afin de regarder le visage Yuuto avec un regard débordant de joie, il lui pressa la tête contre sa poitrine tout en la prenant dans ses bras. En ce moment, la regarder dans les yeux serait bien trop embarrassant pour Yuuto, alors il s’était senti obligé d’agir ainsi.

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