Le Maître de Ragnarok et la Bénédiction d'Einherjar – Tome 1 – Chapitre 4

***

Acte 4

***

Acte 4

Partie 1

« Maintenant, nous allons commencer la Cérémonie du Calice, » entonna l’homme. « Je suis Alexis, et en tant que goði, je superviserai cette procédure. Cette journée est particulièrement propice selon les augures... »

Au centre de la salle de cérémonies, un individu d’âge moyen en bonne forme avec une barbe commençait à faire son discours. Le corps de l’homme était enveloppé de vêtements lisses, brillants et haut de gamme. Ils avaient été fabriqués à partir d’un tissu incommensurablement rare connu sous le nom de « Sieke » qui ne pouvait être produit que dans des terres à l’extrême Est. À en juger par ce qu’il pouvait voir, Yuuto était certain qu’il s’agissait de la soie.

On pouvait s’attendre à une pareille chose venant d’un représentant envoyé comme intermédiaire de l’Empereur Divin. Il était naturel qu’il porte quelque chose de si cher, surtout en de telles circonstances.

« ... et cela nous a amenés ici, » continua l’homme. « Et maintenant, en ce jour des plus merveilleux, je présente les deux parties destinées à être réunies par les liens immuables de frère et sœur. En tant que frère aîné, le huitième souverain patriarche du Clan du Loup, le Seigneur Yuuto. Et en tant que jeune sœur, la souveraine matriarche du Clan de la Corne, Lady Linéa. Et grâce à l’autorité de ce Calice, le Clan du Loup et le Clan de la Corne seront liés comme des clans apparentés à partir de maintenant. »

Enchaînant encore et encore sur des choses totalement inutiles, Alexis avait finalement atteint la raison pour laquelle tout le monde était réuni ici. Yuuto ne pouvait s’empêcher de se souvenir des discours de son directeur pendant les assemblées du matin à son école. Alors même que c’était une tradition et une partie du rituel social, il ne pouvait s’éviter de devoir combattre l’envie de bâiller.

À ce propos, Yggdrasil n’avait aucun concept de noms de famille. Si l’on avait besoin d’une telle chose, ils utilisaient habituellement leur clan désigné en tant que tel. C’était ce que signifiait être un clan : ceux qui portaient le même Lignage, une famille.

« Vous serez ainsi unis... Une famille. Alors que je sais que c’est inutile, mais je vais vérifier une fois de plus le vin sacré. »

Le goði Alexis avait soulevé le pichet d’argent et l’avait fait pencher afin de faire couler le liquide par le bec verseur présent. Il sépara le flux d’alcool avec sa main pour en mettre dans les deux Calices posés sur l’autel. Une vingtaine de personnes se tenait de chaque côté du goði. Ils étaient presque tous membres du Clan du Loup, mais environ cinq membres du Clan de la Corne demeuraient également dans la pièce. Comme nous nous trouvions au cours d’une cérémonie sacrée, aucun d’eux ne créait le moindre bruit. Seul le son du liquide avait fait un étrange écho dans la pièce.

Après avoir rempli les deux Calices, Alexis en avait pris un et en avait pris une gorgée. Il le goûtait afin de tester la présence d’un poison. C’était nécessaire, car après tout, ces calices liaient les intérêts de deux pays. Alors que c’était un événement rare, le rang du goði nécessitait qu’il risque sa vie.

« En effet, c’est une fine liqueur, » dit-il. « Maintenant, Seigneur Yuuto, vous serez le frère aîné. »

Alexis reposa sur l’autel le Calice qu’il avait testé, puis se tourna de nouveau vers Yuuto et l’appela. La tension, qui avait été jusqu’à présent inconfortable, avait encore largement augmenté en intensité.

Yuuto déglutit, trouvant difficile de faire face à l’atmosphère solennelle de la cérémonie. Cela rendait sa respiration difficile. Il pouvait sentir les yeux de toutes les personnes présentes dans le hall cérémonial pointés sur lui.

« Oui, » Yuuto bomba sa poitrine puis il répondit avec une voix rauque et feutrée. Il avait essayé de maintenir autant que possible un air empli de dignité, afin de ne pas faire honte au Clan du Loup.

« En partageant le Calice avec elle, vous avez l’intention de faire d’elle votre petite sœur, » entonna Alexis. « Si c’est vraiment votre volonté de veiller les uns sur les autres dans les moments de santé comme dans les moments de maladie, dans les moments de joie comme dans les moments de tristesse, dans les moments de richesse comme dans les moments de pauvreté, alors, s’il vous plaît, buvez promptement de ce Calice. Vous pouvez procéder ! »

Yuuto fronça les sourcils face aux paroles de l’homme. Bien que ce soit normal, le discours accepté pour le Calice afin de cimenter les liens entre frères et sœurs semblait pour Yuuto aux vœux du mariage. Il n’avait encore que seize ans, et avait déjà une certaine fille dans son cœur.

Bien sûr, il comprenait qu’ils faisaient seulement le vœu d’être frères et sœurs par l’intermédiaire du Calice, mais Yuuto ne pouvait toujours pas faire disparaître l’aversion psychologique qu’il ressentait.

« Eh bien, rien ne vaut le moment présent, » murmura-t-il.

Yuuto était celui qui avait dit qu’il voulait qu’un tel état de fait se produise, et ses paroles, une fois prononcées de vive voix, ne pouvaient plus être reprises. Après s’être armé de courage, il tendit la main vers le Calice de cuivre elfique qui se situait juste en face de lui (différent de celui du goði). Le Calice lierait deux clans par l’intermédiaire de leurs souverains. Si le Calice que le Clan du Loup avait préparé était trop minable, cela refléterait négativement le clan. Et pour le Clan de la Corne, qui avait tout perdu, cela refléterait le fait que le Clan du Loup pensait encore moins à eux. Le cuivre elfique avait le même poids que l’or et avait sa propre valeur intrinsèque. Ainsi, le fait que le Clan du Loup ait choisi un tel métal était un signe de très grand respect envers le Clan de la Corne.

« Voici, » il avala une partie du contenu du Calice en une seule fois. Une sensation d’une intense brûlure emplissait sa bouche et l’avaler lui causait des brûlures à l’estomac et à sa gorge.

Honnêtement, c’était désagréable au-delà de l’imagination. Sa tête avait même commencé à être brumeuse.

Pourquoi les adultes boivent-ils ces trucs ? se demandait Yuuto, mystifié. Il avait bu ce qu’il estimait être le montant requis, puis avait présenté à Linéa le Calice.

« Et maintenant, Lady Linéa, nous vous posons la même question..., » déclara le goði.

« ... D’accord, » murmura-t-elle.

« Au moment où vous aurez bu de ce Calice, vous deviendrez la subordonnée du Seigneur Yuuto. À partir de ce moment, vous devez servir loyalement votre frère aîné et son clan sans faillir. Si vous vous êtes vraiment préparée pour ce vœu, démontrez votre résolution en buvant le contenu restant de ce Calice et en laissant cette résolution prospérer pour toujours en vous, » déclara le goði.

Linéa plissa les yeux face au Calice.

Et elle avait simplement continué à le regarder, encore et encore.

Alors que la peur qu’elle pourrait effectivement reculer face au fait de devenir sa petite sœur subalterne avait saisi Yuuto, Linéa avait violemment empoigné le Calice et en avait avalé son contenu en une gorgée.

Il n’y avait pas de cérémonial ni de dignité dans ses mouvements. Il s’agissait d’un petit acte de rébellion de sa part.

« Ouff ! » Linéa essuya le Calice maintenant vide avec un mouchoir se trouvant avant ça dans sa poche, puis, à l’aide de ses deux mains, elle le leva à mi-chemin avant de le retourner et de déclarer. « S’il vous plaît, prenez soin de moi pour toute l’éternité... Grand Frère. »

Sa voix était si faible et si pleine d’amertume qu’il était difficile de savoir qu’elle lui demandait de faire quelque chose pour elle.

Plusieurs membres du Clan de la Corne étaient présents. Bien qu’ils n’aient peut-être pas été d’accord avec l’idée du Calice, il devait y avoir quelque chose qui les avait fait accepter ça.

Dans tous les cas... la Cérémonie du Calice s’était terminée sans incident.

Le différend de longue date entre le Clan du Loup et le Clan de la Corne avait enfin pris fin. Pour une relation qui avait été comme l’huile et l’eau pendant si longtemps, ils pouvaient maintenant recommencer comme des clans apparentés. Grâce au Calice, ils pourraient au moins pour l’instant célébrer des jours paisibles sans guerre. La mission que devait accomplir Yuuto en tant que leur souverain était finalement accompli. Il pouvait dorénavant se concentrer sur son retour à la maison sans se sentir coupable.

Yuuto avait réfléchi tranquillement à la situation, ressentant un sentiment de soulagement.

***

Partie 2

« Princesse ! Di... Dieu merci, tu es en sécurité ! » Un homme d’âge moyen avait éclaté en sanglots sans aucun concept de honte ou de montre qu’il se souciait des regards posés sur lui.

« Commandant en second, je vous l’ai déjà dit, je ne suis plus votre princesse, » répliqua Linéa, alors que quant à elle, elle semblait très consciente des yeux posés sur elle. « Franchement, nous sommes en public. C’est bien trop embarrassant ! »

La cérémonie était finie, et après un demi-mois d’attente, ce serait la première fois que le Clan de la Corne voyait sa souveraine.

Bien que le restant des membres du clan présents n’aient pas fait toute une scène comme l’avait fait l’homme d’âge moyen, les autres délégués avaient salué à leur tour leur souveraine matriarche avec joie, et avec leurs yeux emplis de larmes.

« Ces démons de Loups ne vous ont-ils pas fait du mal ? »

« Ce sont vraiment des bêtes. »

« Il est tout à fait honteux de penser que nous sommes maintenant liés à leur minable clan. »

En affichant un sourire amer, Yuuto les interpella joyeusement et entra dans leur conversation.

Dès l’instant où il avait fait cela, tous les délégués de la Corne s’étaient déplacés pour se placer entre lui et Linéa, comme pour la protéger, et ils lui avaient tous lancé des regards noirs et emplis d’intentions meurtrières. Leurs sentiments d’hostilité et leurs trépidations avaient été abondamment clarifiés. C’était tout à fait naturel, considérant qu’il avait gardé leur souveraine enfermée dans le palais.

« Hé ! Voyons ! Ne faites pas de tels visages effrayants, » déclara Yuuto. « Je vais vous le répéter. Savez-vous que nous ne sommes plus des ennemis ? »

Il baissa les épaules, comme pour les apaiser. Une sueur froide coulait en ce moment dans son dos. Tous, même les plus hauts membres de leur hiérarchie, affichaient des expressions durcies, comme des membres de yakuza qui seraient menacés. Si Félicia n’était pas derrière lui en tant que garde, Yuuto se serait peut-être immédiatement retourné avant de s’enfuir.

« Vous tous, poussez-vous de là ! » ordonna Linéa. « Il est après tout mon grand frère. »

« ... Oui, m’dame ! »

Sur l’insistance de Linéa, les émissaires du Clan de la Corne reculèrent à contrecœur, ouvrant le passage pour Yuuto. Mais ils n’avaient pas renoncé à rester sur leurs gardes. C’était comme pour montrer qu’ils feraient n’importe quoi afin de protéger leur souveraine.

Il était évident que Linéa était aimée par ses enfants subordonnés. L’autre jour, quand il était allé lui rendre visite dans sa chambre, Yuuto avait pensé qu’elle semblait jalouse, peut-être parce qu’elle était impopulaire parmi ses propres gens, mais c’était clairement le contraire.

« Grand Frère ! S’il vous plaît, pardonnez à mes enfants subordonnés leurs paroles et leur manque de manières, » Linéa se retourna pour faire face à Yuuto et lui fit un petit salut.

Ils venaient juste de partager le Calice, et pourtant elle s’adressait à lui plus formellement, en utilisant une manière plus polie de parler. Peut-être parce que deux souverains étaient impliqués, les individus autour d’eux comprenaient le poids du Calice.

Yuuto agita la main, comme pour lui dire de ne pas s’inquiéter à ce sujet. « Il est naturel qu’ils protègent leur souveraine. Ce sont de bons enfants subordonnés. »

« Tout à fait. Ils sont vraiment de bons subordonnés, bien trop bon pour moi, » tout le visage de Linéa fut éclipsé par une ombre alors qu’elle disait ça.

D’une certaine manière, ces mots avaient fait mouche dans le cœur d’Yuuto. Il avait déjà souvent ressenti les mêmes sentiments et les mêmes inquiétudes qu’elle ressentait maintenant. Il était probable qu’elle, tout comme lui, ne se sentait pas digne d’une loyauté aussi féroce de la part de ses subordonnés.

Linéa avait subi une défaite cuisante, et maintenant elle et son peuple avaient été forcés de devenir inféodés au Clan du Loup qu’ils avaient considéré comme inférieur depuis longtemps.

« Grand Frère ! Pourrions-nous aller prendre l’air frais ensemble ? » demanda-t-elle.

« Hm ? Bien sûr, cela me va, » Yuuto accepta volontiers l’invitation de Linéa, lui faisant un signe positif de la tête.

Elle avait été enfermée dans une pièce depuis son arrivée à Iárnviðr. Il avait alors pensé qu’elle voulait juste voir l’extérieur, et pouvoir respirer l’air frais, mais...

« Oh ! Vous tous, attendez ici, » Linéa ordonna aux émissaires du Clan de la Corne d’un mouvement du poignet.

Ils venaient de récupérer leur souveraine, et ils se trouvaient dans une terre étrangère. Les émissaires de la Corne échangèrent alors des regards montrant clairement leur malaise.

« Princesse !? C-C’est dangereux d’y aller seule, » protesta son commandant en second.

« C’est bon, » avait-elle assuré. « Si quelqu’un avait voulu me blesser, ils l’auraient fait longtemps avant aujourd’hui. »

« M-Mais ! » s’exclama-t-il

« Nous, frères et sœurs, devons avoir une conversation en privé. Ne vous inquiétez pas. Nous serons bientôt de retour, » déclara Linéa.

Yuuto avait suivi Linéa, alors qu’il était perplexe quant à la situation. Jetant un coup d’œil par-dessus l’épaule, les yeux d’Yuuto rencontrèrent plusieurs visages grinçant des dents et le regardant fixement.

« Hé, est-ce vraiment bon ? » demanda-t-il en hésitant. « Vous avez finalement pu revoir vos subordonnés. N’avez-vous pas beaucoup de choses à leur dire ? »

« Nous aurons beaucoup de temps pour cela sur le chemin du retour, » répondit Linéa.

« En effet, si vous voulez parler avec Grand Frère, ce serait le bon moment de le faire, » ajouta Félicia.

« Hé, Félicia ! Pourquoi es-tu également venue avec nous !? » s’écria Yuuto.

« Car ma tâche est de te protéger, Grand Frère, » répondit Félicia.

« Euh, tu sais bien que ce n’est pas ce que je voulais dire, n’est-ce pas !? » demanda Yuuto.

Alors que son dévouement quant à ses devoirs de garde était normalement une chose pour laquelle Yuuto était reconnaissant, le dévouement sans borne de Félicia était parfois un désagrément. Linéa avait laissé ses subalternes derrière elle, alors le fait que le bras droit d’Yuuto le suivait l’avait fait paraître faible et lâche.

« Comme elle est aussi votre petite sœur, je suppose qu’il n’y a pas moyen de contourner ça, » déclara Linéa. « Après tout, il s’agit d’une conversation seulement entre frères et sœurs. »

« Êtes-vous d’accord avec cela ? » lui demanda-t-il.

« Bien sûr, cela ne me dérange pas, » en hochant la tête rapidement, Linéa franchit le seuil de la porte extérieur de la tour.

Du sommet de la tour, là où la cérémonie avait eu lieu, on pourrait facilement voir tout ce qui se trouvait à l’horizon. Un soupir d’étonnement s’échappa des lèvres de Linéa face à la magnifique vue se présentant à son regard.

La ville ci-dessous, protégée par une grande muraille extérieure, était pleine de maisons en bois. Le bazar qui se répandait le long de la route principale s’étendait du palais jusqu’à la porte. Tout cela était clairement visible, même de cette hauteur, et c’était débordant d’activités.

Linéa avait été subjuguée devant le paysage pendant un certain temps avant de se retourner pour faire face à Yuuto. Un regard résigné et empli de tristesse était apparu sur son visage. « Désolée de vous avoir fait attendre. »

« Ce n’est rien. Alors, à propos de quoi vouliez-vous me parler ? » demanda Yuuto.

Il pouvait deviner à partir de l’expression de Linéa que ce n’était pas une question triviale qu’elle voulait aborder. C’était tellement clair qu’il semblerait qu’il aurait besoin de se préparer à tout ce qu’elle avait à lui dire. Il avait alors dégluti avec force.

Presque en phase avec cela, Linéa tomba rapidement dans un salut... non, il aurait été plus correct de dire qu’elle s’était arquée devant lui. Ceci avait été fait avec une telle ferveur que son front avait pratiquement cogné ses genoux. « Je vous le demande humblement : s’il vous plaît..., s’il vous plaît, traitez mon peuple, les citoyens du Clan de la Corne, comme vous le feriez pour les citoyens du Clan du Loup. »

Yuuto avait rapidement déterminé que Linéa parlait des personnes du Clan de la Corne vivant sur des terres qui avaient été saisies par le Clan du Loup.

Prendre les habitants des régions conquises comme prisonniers de guerre ou les forcer à l’esclavage était quelque chose qui semblait être accepté partout dans ce monde. Les habitants du pays qui avait perdu voyaient souvent les terres où ils étaient nés et avaient grandi leur être confisquées. De plus, ils perdaient leur dignité et leurs droits en tant qu’individu, devenant ainsi de simple esclave corvéable jusqu’à la mort. Ils étaient quasi toujours exploités pour des travaux manuels harassants. Il était sûr que Linéa était affligée en raison de ce résultat si prévisible en ce monde.

« Je sais que ce que je vous demande est impossible, » plaida-t-elle. « Je sais que cela n’a pas la moindre valeur pour le Clan du Loup. Si mon corps vous plaît, vous pouvez faire ce que vous voulez avec ! S’il vous plaît, je vous en supplie... ! »

Elle était encore une jeune fille. Il était donc naturel qu’elle craigne ce mâle dont elle ne savait rien qui pourrait si facilement abuser d’elle. Le corps qu’elle avait offert s’était alors mis à trembler de façon incontrôlable. Et pourtant, afin de protéger son peuple, elle essayait de s’offrir à leur place en guise de sacrifice.

« Hmm, eh bien..., » commença-t-il.

Ayant les valeurs de quelqu’un du 21e siècle, Yuuto avait trouvé incroyablement difficile d’accepter l’idée de l’esclavage. Dès le début, il avait eu l’intention de leur donner un traitement égal, alors le fait qu’elle ait fait une telle démonstration en s’offrant à lui l’avait laissé un peu décontenancé. Cela étant dit, quand Yuuto avait fait pression sur Linéa pour qu’elle devienne sa petite sœur subordonnée, il avait menacé de faire du mal à son peuple. Il était donc logique qu’elle éprouve une telle anxiété.

Yuuto avait alors ri avec ironie et il commença à caresser la tête de Linéa.

« Grand... Frère ? » Une note de perplexité résonna dans sa voix, ne comprenant probablement pas pourquoi Yuuto agissait ainsi.

À ce moment-là, Yuuto avait finalement senti qu’il commençait à comprendre pourquoi les personnes autour de Linéa l’idolâtraient. Il n’y avait que peu de monarques qui étaient préoccupés de leur peuple comme elle l’avait fait.

Bien que son clan soit celui qui avait attaqué le Clan du Loup, elle pensait probablement que le Clan du Loup pourrait être surpassé par la vague de ferveur militariste et menacer davantage le Clan de la Corne, alors il s’agissait de sa seule chance de les protéger.

« Je vais écouter tout ce que vous avez à me demander, mon adorable petite sœur, » dit-il affectueusement.

« Merci beaucoup... argh ! » s’écria Linéa.

Tandis que Linéa levait la tête afin de regarder le visage Yuuto avec un regard débordant de joie, il lui pressa la tête contre sa poitrine tout en la prenant dans ses bras. En ce moment, la regarder dans les yeux serait bien trop embarrassant pour Yuuto, alors il s’était senti obligé d’agir ainsi.

***

Partie 3

Les statues qui devaient représenter des dieux étaient alignées sur un autel en forme de pyramide faite de pierres dentelées empilées. Au-dessus de l’autel, le miroir était accroché là. C’était lui qui avait amené Yuuto dans ce monde. Il y avait également une torche qui brûlait sans fin.

La Cérémonie du Calice qui s’était tenue devant l’autel avait été une affaire sacrée, menée dans un silence quasi total. Mais maintenant, les hommes étaient assis près de l’autel, faisant de la musique avec des pipeaux, et les femmes se perdaient à danser au rythme de la musique.

L’une de ces femmes était l’adjudante de Yuuto, Félicia. Déjà connue pour sa grande gamme de talents polyvalents, Félicia était également une danseuse talentueuse et éminente du Clan du Loup.

Il s’agissait d’une fête afin de célébrer le fait que le Clan du Loup et le Clan de la Corne étaient devenus définitivement liés. Il y avait beaucoup de personnes qui admiraient les danseuses, et autant d’individus à proximité qui riaient et buvaient ensemble autant qu’ils le voulaient.

« Tout le monde semble passer un bon moment, » Yuuto fit un commentaire à ce moment-là.

Le fardeau de la cérémonie étant maintenant dissipé, Yuuto profitait de l’atmosphère de la fête et de la nourriture qui l’accompagnait. Bien qu’il ne pensait pas qu’il soit approprié pour lui de s’engager directement dans ces frivolités, il n’avait nullement détesté voir cette célébration animée.

Il y avait eu un soubresaut à côté de lui.

Debout derrière Yuuto, à la place de Félicia, Sigrun s’était instantanément mise debout tout en dégageant une dangereuse aura.

« Salut, Yuuto frérot. Cela fait deux mois, » quelqu’un avait déplacé un pichet juste devant Yuuto.

Il s’agissait d’un homme qui semblait être dans la fin de la trentaine, avec un gros ventre et un sourire joyeux qui avait laissé une impression.

« Bonjour, frère, » déclara Yuuto. « Comment allez-vous depuis le temps ? »

« Je te suis reconnaissant pour tes préoccupations, merci beaucoup, » répondit l’homme. « Eh bien, je vais bien. Mais, wôw, penser que le Clan de la Corne céderait si facilement. Ah, il n’y a aucune chance pour qu’un gars comme moi soit un adversaire digne de toi. Je me sens juste complètement embarrassé quant à ma propre stupidité de l’époque. »

« C’est troublant d’entendre une telle flatterie de la part de mon frère, » déclara Yuuto avant de demander. « Alors qu’est-ce que vous complotez cette fois-ci ? »

« Quoi !? Je ne suis nullement en train de comploter quelque chose. C’est ce que je ressens vraiment. Tu es si dur. Oh, tiens. »

Alors que l’homme s’inclina humblement, il tendit le pichet à Yuuto.

Yuuto prit son verre et accepta le liquide que l’homme y versa. Il avait ensuite soulevé la tasse jusqu’au nez de Sigrun, et seulement une fois qu’elle hocha la tête en affirmant que tout était sûr qu’il avait replacé la tasse devant lui.

Le nom de l’homme était Botvid, et il était le frère cadet subordonné d’Yuuto. Il était apparu en ce moment comme étant timide et plutôt servile, donnant l’air d’un homme qui n’arriverait jamais nulle part. Mais en réalité, il était le souverain patriarche du Clan de la Griffe, avec qui le Clan du Loup avait été embarqué dans de violents combats jusqu’à il y a deux mois.

Contrairement à Yuuto, qui avait acquis la supériorité grâce à ses connaissances modernes, cet homme avait grimpé à la position de souverain par la force brute, et il avait presque à lui seul poussé le Clan du Loup au bord de la destruction. Il était l’incarnation même d’une personne qu’il ferait bien de ne pas juger par son apparence.

« Je ne dirais pas que c’est des manigances, mais j’avais quelque chose que je voulais te demander, » déclara Botvid.

« Oh ? » Yuuto avait pris une autre gorgée de sa boisson. Il ne pouvait pas s’empêcher d’avoir soif en raison de la quantité de nervosité qu’il ressentait en étant face avec cet homme, avec qui il ne pouvait pas baisser la garde même pendant une seconde.

Même sans tenir compte de la barrière défensive qu’il érigeait autour de son cœur, il avait fini par sursauter.

« Je me demandais juste quelle considération tu donnerais quand à ton propre mariage, » demanda Botvid.

« Pbfhuh!? » À peine préparé pour la question qui lui arrivait, Yuuto cracha la gorgée d’eau qu’il avait dans sa bouche. Bien sûr, cela avait atterri directement sur le visage de Botvid, qui était assis juste en face d’Yuuto.

Yuuto toussa violemment. « D-Désolé ! »

« Ce n’est rien. S’il te plaît, ne t’inquiète pas à ce sujet. Je suppose que c’est descendu dans le mauvais trou ? » Le souverain souriant du Clan de la Griffe s’essuya le visage et fit un commentaire amusant.

À ce moment-là, n’importe qui qui observerait l’homme le verrait comme étant une personne généreuse et ayant un grand cœur, mais Yuuto savait qu’il y avait de la tromperie cachée sous ce visage de poker. À partir du moment où Botvid était apparu devant Yuuto, le sourire sur son visage n’avait pas vacillé, et cela même quand Yuuto lui avait vomi de l’eau.

« On me dit que rien n’a encore été décidé à ce sujet, » déclara l’homme.

« Je-Je suis encore un peu jeune pour me marier, » répondit Yuuto.

« Tu n’es absolument pas trop jeune. Frère, tu es exactement à l’âge où il serait tout à fait normal de prendre une épouse, » affirma Botvid.

« Hmm... » Yuuto était en perte de réponse.

Il avait répondu du point de vue de quelqu’un de l’époque moderne. Mais ayant observé la façon dont les gens s’inquiétaient pour Félicia après avoir attendu trop longtemps alors qu’elle avait dix-sept ans selon leur calendrier, il comprit que leur façon de penser était différente.

« Eh bien, que penses-tu de ma fille ? » demanda l’homme en souriant.

« Donc c’est votre véritable but. Vous avez ainsi vraiment intrigué quelque chose, » Yuuto avait fait un léger grognement et avait reposé son menton dans ses mains. Plus il vieillissait, plus la conversation devenait pénible et ennuyeuse.

Fondamentalement, cela devait être un mariage stratégique. Yuuto avait du mal à accepter ce genre de choses, mais il savait, à cause de son adoration pour la période des Royaumes Combattants, que cela avait été une pratique courante partout dans le monde jusqu’aux temps modernes.

« Nullement ! Je pensais qu’il serait peut-être avantageux pour nous de forger un lien plus durable avec toi et le Clan du Loup, » déclara l’homme. « Et à propos de ça ? Dis oui maintenant et je pourrais ajouter une seconde pour adoucir l’affaire ? »

« Wôw, hé..., » s’exclama-t-il.

Qu’est-ce qu’il est, un présentateur pour une émission de magasinage à domicile essayant de faire plaisir afin de vendre ses marchandises ? pensait Yuuto, étonné.

D’une certaine façon, cela montrait à quel point il était désespéré de gagner les faveurs d’Yuuto. Offrant ses deux filles, il essayait clairement de forger des relations favorables.

La perception d’Yuuto de lui-même était assez faible, mais les faits étaient clairs. Au cours de l’année depuis son arrivée au pouvoir, il avait restauré le Clan du Loup alors même que celui-ci était au bord de la destruction, et il avait écrasé le Clan de la Griffe et le Clan de la Corne sans les détruire complètement. En regardant objectivement, l’évaluation d’Yuuto du point de vue de Botvid comme étant une excellente perspective de mariage pour ses filles était bien présente.

Il y avait également le fait que, à mesure que les relations entre le Loup et la Corne se seront approfondies, le Clan de la Griffe avait probablement senti un danger imminent. Des trois clans, il était le plus faible.

Botvid s’était alors courbé, rapprochant son visage de celui d’Yuuto. « Je peux moi-même te le dire, ce sont vraiment de magnifiques filles. Eh oui, elles ressemblent à leur mère. Tu peux être assuré qu’elles ne ressemblent pas à moi. »

« Je pense que vous êtes un peu hâtif, » déclara Yuuto en levant une main pour que Botvid ne vienne pas plus près. Il faisait de son mieux pour échapper à la puanteur de l’alcool qui se dégageait de l’homme d’âge moyen. « C’est une question d’importance politique. Ce n’est pas quelque chose que vous pouvez décider sous l’influence de l’alcool. »

Bien qu’Yuuto ait été ambigu à ce sujet, accepter la proposition n’était pas une option pour lui. Il n’avait aucune intention de s’installer dans ce monde. L’idée de se marier avec une personne de ce monde ne lui était jamais venue à l’esprit.

« Oh, je suis désolé, » déclara l’homme. « Je pensais juste que ça pourrait être un bon moyen d’unir nos clans sur le long terme. »

Réajustant sa position sur son siège, il était clair que Botvid n’avait pas l’intention d’abandonner. En vérité, une lumière brillait dans les yeux de Botvid, comme s’il venait de se souvenir de quelque chose.

Il avait alors fait un simple signe de tête. « Mmm, tu marques un point, Grand Frère. Eh bien, je ne veux certainement pas gagner la colère de tous ceux qui assistent à cette belle fête en monopolisant l’homme du moment. À plus tard. »

Botvid gifla ses genoux et se leva, se retirant comme si son air nonchalant jusque-là n’avait été qu’une ruse.

Yuuto avait un mauvais pressentiment en voyant le dos de l’homme disparaître.

Il faudra du temps avant que ses prémonitions portent ses fruits.

***

Partie 4

« Alors, qu’en est-il de ma petite-fille ? Si vous me permettez de le dire moi-même, je dirais qu’elle est plutôt belle, et je crois que vous la trouverez sûrement à votre goût, Seigneur Yuuto, » alors que Bruno, le porte-parole des anciens, discutait joyeusement devant lui, Yuuto ne put s’empêcher de ressentir un sentiment de déjà-vu futile, en pensant, pas encore.

Il n’y avait pas de fin au flot d’individus qui venaient pour verser de l’alcool à Yuuto et bavarder avec lui. Parmi eux, beaucoup, comme Botvid, étaient venus avec leurs propres propositions de mariage. Il s’agissait de la sixième offre qui était présentée au cours de cette seule fête.

Il semblait que le type de personnes qui accédaient au pouvoir avait tous des pensées similaires. Yuuto se sentait comme s’il s’était retrouvé dans une boucle infinie.

« Je vous l’ai déjà dit, je n’ai pas l’intention d’épouser quelqu’un en ce moment, » déclara Yuuto avec fermeté.

« Ah ! Mais vous avez déjà l’âge parfait pour ça, Seigneur Yuuto, » déclara doucement l’homme. « Ah, euh ! Naturellement, je ne vous demanderais pas de prendre quelqu’un en dessous de vous en tant qu’épouse. Vous pourriez la prendre comme concubine, aussi longtemps que vous la traitiez bien... »

Bruno refusa d’abandonner, alors même qu’Yuuto fit claquer sa langue avant d’essayer de l’éloigner. L’endurance mentale de l’homme ne semblait jamais vouloir s’épuiser.

Yuuto était bien conscient que c’était normal dans ce monde. Pourtant, votre petit-fille n’est pas un outil politique, pensa-t-il. Une indignation faisait rage dans son cœur.

Bruno était l’un de ceux qui avaient refusé de servir sous les ordres d’Yuuto quand il était devenu souverain patriarche. Alors que les soutiens envers Yuuto s’étaient développés au sein du Clan du Loup, son attitude avait soudainement changé et il avait commencé à essayer de se rapprocher d’Yuuto. Et maintenant, il lui offrait sa propre petite-fille.

Avec des événements comme celui-ci, Linéa et le restant du Clan de la Corne étaient bien dans leur droit de dénigrer le Clan du Loup comme n’étant que des chiens.

« Ouf. » Yuuto sauta sur ses pieds.

« S-Seigneur Yuuto, que se passe-t-il ? Ai-je dit quelque chose qui vous dérangeait ? » demanda Bruno.

Bruno était un peu troublé par le fait qu’Yuuto se soit soudainement levé. Son visage se raidit en raison de l’anxiété, et peut-être qu’il se sentait légèrement mécontent.

« Nullement. J’ai juste besoin d’aller utiliser la salle de bains, » déclara Yuuto.

Oui, tu m’as dérangé, pensa Yuuto, mais son visage de poker aidait à vendre son mensonge alors qu’il s’éloignait rapidement de Bruno.

Toute cette affaire était si ridicule, il ne pouvait plus le supporter plus longtemps. S’il était resté là encore une minute de plus, il aurait pu dire quelque chose qu’il regretterait.

« Oh, je vais également y aller..., » commença Bruno, se levant également pour me suivre. « Hop ! »

Un regard éblouissant d’une observatrice perspicace, Sigrun, l’avait fait se réinstaller sur son siège.

L’homme aurait pu être un peu plus persistant avec une Félicia aux manières douces, mais avec l’effroi et la peur produits par le Loup d’Argent le plus Fort, Mánagarmr, même le chef des anciens ne s’opposerait pas à elle. Yuuto pouvait vraiment compter sur Sigrun.

Félicia laissa échapper un long soupir. « Je voudrais un tel chien de garde pour moi. Tu sembles avoir tellement de plaisir à refuser ces demandes de mariage. »

Elle affichait un air de frivolité quant au sujet, mais sa voix était sincère. Il était clair que Félicia avait également fait face à des problèmes en raison des offensives de Bruno. Yuuto laissa instinctivement sortir un rire amer.

« Pardonnez-moi, Seigneur Yuuto, » lui déclara le maître de la Cérémonie du Calice alors qu’il marchait dans sa direction. « Félicitations pour l’accomplissement de cette journée. »

« Oh, Seigneur Alexis, merci d’être venu aujourd’hui après avoir parcouru un si long chemin, » Yuuto avait un peu paniqué et avait baissé la tête. Après avoir atteint Félicia et Sigrun, il avait pris une posture formelle, en pliant un genou.

Le goði, un membre des échelons supérieurs de l’empire qui se tenait comme un représentant de l’Empereur Divin, était d’un rang beaucoup plus élevé qu’Yuuto, qui n’était vraiment rien de plus qu’un seigneur féodal.

Il s’agissait du pouvoir officiel de l’empereur qui avait accordé au souverain leur autorité quant au fait de gouverner une terre. Défier l’autorité de l’Empereur Divin équivalait à défier la loi elle-même. Par conséquent, même si le souverain du Clan du Loup était considéré comme la chef incomparable d’un puissant clan, cela signifiait également qu’il devait afficher le plus grand respect envers le goði.

« Eh bien ! Maintenant que ces deux clans qui se sont si longtemps battus sont devenus parents, peut-être pouvons-nous enfin avoir un peu de paix dans la Ceinture de Bifröst, » déclara l’homme avec chaleur. « Je suis reconnaissant et heureux que vous vous soyez lié à ce digne clan. »

« Nullement ! Je suis celui qui vous est reconnaissant, du fond du cœur, pour avoir organisé une si belle cérémonie, » répondit Yuuto.

Yuuto pensait que Félicia et Jurgen étaient bien meilleurs pour ces échanges de plaisanteries et de mots mielleux. Il avait honnêtement trouvé que c’était un échange futile et vain, mais cela faisait également partie du travail d’un souverain.

« Cela peut paraître un peu indiscret, Seigneur Yuuto, mais d’où viennent vos parents biologiques ? » demanda Alexis, ne regardant pas le visage d’Yuuto, mais plus haut sur sa tête, au niveau de ses cheveux.

Au sein de Yggdrasil, les individus ayant les cheveux blonds, bruns ou roux étaient assez communs. Il y avait ceux avec des cheveux plus foncés, mais c’était presque toujours une teinte brunâtre. Il était très rare de voir quelqu’un avec des cheveux noirs comme ceux d’Yuuto. Ce n’était pas surprenant qu’Alexis soit curieux.

Quoi qu’il en soit, c’était plutôt impoli de sa part, pour quelqu’un qui avait à peine parlé à Yuuto, de poser une telle question.

« De l’est, » Yuuto répondit en donnant une réponse sans danger.

Provenant d’un futur si loin dans le temps, il n’y avait aucune chance qu’il puisse honnêtement déclarer la vérité. S’il venait à déclarer cette vérité, il était peu probable que quelqu’un le croirait, et il était possible que les relations diplomatiques puissent devenir problématiques pour le Clan du Loup si les personnes croyaient que leur souverain était mentalement inapte.

« Hm, je ne pense pas avoir vu des personnes qui vous ressemblent aussi loin que je sois allé, » Alexis pencha la tête tout en faisant un visage sombre.

En effet, c’était à attendre du chef du Saint-Empire d’Ásgarðr..., en d’autres termes, l’état unifié de toute la région de Yggdrasil. En tant que membre de cet état, il était probablement familier avec tous les domaines de Yggdrasil. Le fait que « aussi loin à l’est » qu’Alexis avait pu aller n’avait pas de personne ayant des cheveux noirs était un point extrêmement important.

Yuuto avait pris note dans son esprit de cette information. Et son esprit avait répondu avec, cela pourrait être ta chance.

« Un peu sur le même sujet. Mais avez-vous déjà entendu parler d’Einherjar avec la capacité d’aller, euh, je veux dire, envoyer quelqu’un dans un autre monde ou quoi que ce soit du genre ? » demanda Yuuto.

Ce n’était pas seulement la superficie des terres qu’ils possédaient, mais aussi l’histoire riche et ancienne qui avait fait du Saint-Empire d’Ásgarðr le premier royaume d’Yggdrasil.

Yuuto avait demandé dans l’espoir qu’il pourrait trouver des pistes ou des idées afin de le ramener dans son monde d’origine, mais le visage d’Alexis ne fit que se dégrader, puis il se détendit dans la confusion alors qu’il parlait.

« Hm ? Un autre monde ? Voulez-vous dire par hasard le royaume des dieux ? » demanda Alexis.

« E-Euh ! Eh bien ! Hum ! Quelque chose comme ça, » répondit Yuuto.

« Il est certain que quiconque cherche une audience avec les dieux eux-mêmes devrait avoir la nature effrontée que vous possédez vous-même, Seigneur Yuuto. Mais j’ai bien peur que je ne puisse voir un tel désir que comme de l’arrogance insouciante. Du point de vue des dieux, les humains tels que nous n’avons pas la capacité de contrôler les catastrophes naturelles et autres calamités. Donc, nous sommes considérés comme simplement faibles et impuissants, et rien de plus. Si vous encouriez leur colère, ce ne sera pas seulement vous, mais tous ceux qui sont ici qui subiront leur colère. »

Yuuto grimaça en raison d’avoir été si durement réprimandé. Étant du Japon du 21e siècle, on pouvait sentir un fossé entre lui et les personnes de cette époque qui étaient zélés dans leur foi et très superstitieux.

Dernièrement, Yuuto avait pensé que, vu comment il avait été envoyé dans Yggdrasil et forcé d’accepter l’existence d’Einherjar, cela ne serait pas si étrange qu’il y ait quelque chose de si transcendantal, mais il ne pouvait pas se résoudre à cette possibilité comme pourrait le faire le peuple d’Yggdrasil.

Cela étant dit, à ce rythme, il n’allait pas obtenir l’information dont il avait besoin. Il devrait adoucir en quelque sorte la situation.

« Hmm, en fait, quand j’ai demandé au sujet du monde des dieux, c’était plus figuratif que n’importe quoi d’autre, » déclara Yuuto. « Vous voyez, je me demandais juste s’il y avait un autre domaine où les gens vivaient, si les dieux avaient fait d’autres peuples et des royaumes en plus de nous. C’était tout. »

« Je vois. C’était donc ce que vous vouliez dire par là, » déclara Alexis, montrant qu’il était satisfait de la réponse d’Yuuto. Il semblerait qu’il avait d’abord interprété tout ce qu’il avait dit comme si Yuuto avait l’ambition d’acquérir encore plus de territoires. « Mais je dois m’excuser. J’ai peur de ne pas vous être d’une grande utilité. Si c’était dans l’autre sens, alors je pourrais avoir quelques idées, mais... »

« ... Dans l’autre sens ? Voulez-vous entendre par là que quelqu’un vienne ici plutôt que d’y aller ? » s’écria Yuuto.

Peu importe à quel point l’information était triviale, s’il s’agissait de se déplacer entre les mondes, Yuuto voulait l’entendre. S’il pouvait comprendre pourquoi il avait été amené ici, alors peut-être qu’il pourrait trouver un moyen de rentrer à la maison.

Yuuto avait peut-être lancé des questions comme s’il était en train de tenter sa chance, mais Alexis avait un visage amer comme s’il avait avalé un insecte. Comme pour dire, merde !

« ... J’ai peur que ce soit un lapsus, » déclara Alexis. « S’il vous plaît, oubliez ce que j’ai dit. J’ai peur que ce soit une question de haute sécurité pour notre empire, donc je ne peux pas vous le dire. S’il vous plaît, pardonnez-moi. »

« Quoi !? Ne pouvez-vous pas me dire quelque chose ? Je ne le dirai à personne d’autre ! » déclara Yuuto.

« S’il vous plaît, essayez de me comprendre. Ce n’est pas moi qui peux en décider..., » déclara Alexis.

« S’il vous plaît, n’importe quoi ! » Yuuto avait crié en désespoir de cause.

Étant arrivé jusqu’ici, il ne pouvait pas maintenant se retenir. Yuuto avait demandé à l’homme encore et encore, mais chaque fois, Alexis avait juste secoué négativement sa tête.

Un indice avait été présenté si soigneusement devant lui, et pourtant il ne pouvait pas le saisir. Tout ce que Yuuto pouvait faire en réponse à ce sentiment de vexation était de se mordre les lèvres.

***

Partie 5

Dès que la fête s’était terminée, Yuuto s’était rapidement retiré dans sa chambre.

Toutes les personnes qui avaient passé du temps avec Yuuto lors du banquet avaient toujours une décennie ou deux de plus que lui. Plus important encore, il avait dû garder l’attitude en tant que patriarche souverain afin de s’assurer qu’il conserverait la dignité requise. C’était vraiment très épuisant mentalement.

Après avoir frappé son lit avec un bruit sourd, Yuuto appela son amie d’enfance, cherchant en quelque sorte une certaine forme de soulagement.

« Toi, tu n’es qu’un vieux pervers de maître de harem ! » lui cria-t-elle dessus. Ce fut les premiers mots qu’il avait entendus après que la communication fut établie.

Yuuto ne pouvait rien lui répondre face à cela alors qu’il regardait fixement le plafond. Il lui déclara sur un ton formel. « Oh ! Bonjour, Mitsuki-san. Qu’est-ce qui vous arrive pour que vous me sortiez ça tout à coup ? »

« Eh bien ! N’as-tu pas partagé un Calice avec cette souveraine du Clan de la Corne si j’ai bien compris ton explication précédente ? » demanda Mitsuki.

« Ben ouais. Je l’ai fait, mais..., » commença Yuuto.

Yuuto avait essayé de ne pas alourdir l’angoisse de Mitsuki avec ces histoires rocailleuses de la vie dans ce monde, mais il lui avait parlé de la Cérémonie du Calice qui s’était déroulée aujourd’hui.

Son intention avait été de soulager ses inquiétudes en lui disant qu’il n’y aurait pas de conflits cette fois-ci.

Et comme résultat, il y avait...

« Tu vois, je le savais ! Tu es vraiment en train de te construire un harem ! » s’écria Mitsuki.

Yuuto ne pouvait pas s’empêcher de sentir à quel point tout cela était ridicule en raison de sa situation actuelle dans ce monde.

« C’est tellement important que je devais le dire deux fois, » son rire caqueta en provenance du haut-parleur du téléphone.

Il savait pertinemment que Mitsuki avait agi de la sorte comme une blague, mais ses premières paroles étaient toujours poignardées dans son cœur, et le sang continuait à affluer à son visage.

Il avait reçu de nombreuses propositions de mariage aujourd’hui, mais comme il s’était senti coupable et ne s’était engagé envers aucune d’entre elles, il ne ressentait plus aucune raison de s’inquiéter ni de devoir les mentionner.

« Hein !? Mais n’as-tu pas dit qu’elle était une petite sœur subordonnée plutôt qu’une enfant ? » ajouta Mitsuki. « Alors, je suppose que “maître” sonne d’une manière étrange. Dans ce cas... n’es-tu pas en vérité un grand frère du harem ? »

« Je n’ai même jamais embrassé une fille auparavant, et pourtant tu me fais porter toutes ces terribles accusations, » se plaignit-il.

« Oh ! Tu n’as donc jamais embrassé quelqu’un. Hmm. Pas encore, je vois. Je vois, je vois. Pas même un baiser, » elle avait répété la même chose encore et encore avec un ton de voix amusé.

Leur amitié existait depuis si longtemps qu’Yuuto savait qu’elle ne lui voulait pas de mal. Mais même ainsi, les veines de son front battaient encore avec force.

« Tu parles comme si tu l’avais fait de ton côté, » dit-il sèchement.

À l’âge d’Yuuto, avoir de l’expérience avec les femmes était quelque chose qui accordait un certain statut social. Le fait de se voir rappeler son inexpérience à plusieurs reprises était vraiment ennuyeux pour lui.

Les prochains mots de Mitsuki avaient précipité Yuuto dans les profondeurs du chaos. « Hmm, oui, je l’ai fait. »

« T-Tu as fais quoi ? » s’écria-t-il.

« Hehehe ! Jaloux ? » demanda Mitsuki.

« O-O-Ouais, c’est vrai ! » Yuuto bafouilla impudemment.

Il ne pouvait en aucun cas se sentir heureux pour elle. La panique qui l’avait saisi aurait suffi à dissiper la ferveur des filles du Clan du Loup qu’elles avaient envers lui.

Qui ? Avec qui était-ce !?

Yuuto et Mitsuki étaient des amis d’enfance, mais ce n’était pas comme s’ils sortaient ensemble. Il n’aurait pas été surpris si, pendant ces deux années écoulées depuis qu’il était parti, elle était tombée amoureuse de quelqu’un. Il aurait été dans sa troisième année de collège, donc ils étaient tous les deux au bon âge pour s’intéresser à de telles choses.

Tout l’outrage qui avait rempli la tête d’Yuuto plus tôt avait disparu, remplacé par la question quant à savoir avec qui Mitsuki avait partagé son premier baiser.

Était-ce quelqu’un qu’il connaissait ? Peut-être que c’était un nouveau garçon qu’elle avait rencontré dans les deux années depuis qu’il était parti loin d’elle ? Ou, cela pourrait-il avoir été... ?

« ... Alors, qu-qui est-ce ? » Il ne pouvait pas supporter de devoir dire ces mots, mais Yuuto devait absolument le savoir.

« Ohh, donc tu veux savoir, » déclara Mitsuki.

« Ng ! »

Mitsuki, tu es une sale gamine ! Il s’agissait des mots qu’il aurait voulu dire, mais il les avait bloqués avant qu’ils ne quittent sa gorge.

Mitsuki était plus jeune, mais elle était là, le menant en bateau. C’était plutôt humiliant, surtout après la journée qu’il avait passée. Pourtant, même si c’était par la force, il devait savoir qui avait embrassé Mitsuki.

« Hehe, hihi ! » elle se mit alors à rire. « Yuu-kun, c’est toi ! »

« ... Hein !? » s’exclama Yuuto.

« Franchement. C’était quand nous étions à la maternelle. Je t’ai fait un bisou sur la joue. Ne t’en souviens-tu pas ? » demanda Mitsuki.

« Euh... Hmm..., » dit-il.

Son cerveau travaillait à plein régime, essayant de déterrer ses souvenirs. Il avait un léger souvenir de quelque chose comme ça...

Yuuto s’effondra sur le sol avec ses deux genoux sur le plancher et il poussa un gros soupir. « Franchement, ne me fais pas peur comme ça. »

« Hihi ! Maintenant, tu as eu un avant-goût de ma propre douleur, » déclara Mitsuki. « Bon sang, tu n’arrêtes pas de t’entourer de filles, les unes après les autres. Je sais que tu ne peux pas y faire grand-chose quant à cette situation, mais quand même... »

« Hein !? Qu’est-ce que c’était ça ? » demanda Yuuto.

Mitsuki avait marmonné la dernière partie trop faiblement pour qu’Yuuto puisse l’entendre clairement.

« Riiiennnnn du tout ! » s’écria-t-elle.

Il y avait clairement quelque chose, mais Yuuto avait décidé de ne pas pousser plus loin ses questions. Il n’avait plus le désir de le faire en ce moment.

« Laisse-moi souffler un peu, » se plaignit-il. « Je suis revenu dans ma chambre parce que je suis épuisé, et c’est ainsi que je suis traité ? Je n’arrive pas à le croire ! »

« Hahaha ! Désolée, » déclara Mitsuki.

« N’as-tu pas au moins le moindre remords quand à ça ? » demanda Yuuto.

« Nullement ! » répondit Mitsuki.

« Toi, espèce de... ! Un jour, je te ferais payer ! » répliqua Yuuto.

« Et voilà ! Vas-tu venir me chercher ? Tu as intérêt à te dépêcher..., » déclara Mitsuki.

« Hein !? Quoi !? » Pendant un moment, il n’avait pas compris ce qu’elle voulait dire. Mais quand la compréhension était venue dans son esprit, son pouls avait commencé à s’accélérer. C’était totalement une attaque-surprise.

Mitsuki, tu es un peu effrontée... ! Ses lèvres se mirent à sourire alors que la pensée lui vint à l’esprit.

« ... Ouais, » dit-il. « Je le ferai, peu importe ce que je devrais surmonter. »

Dans tous les cas, il avait appris qu’Alexis, ou devrait-il plutôt dire l’Empire, possédait un indice qui pourrait lui être utile. S’il pouvait gagner leur confiance en effectuant une certaine sorte d’hommage, alors peut-être qu’il pourrait lui donner cette information.

Non, d’une façon ou d’une autre, il devrait leur faire cracher le morceau.

« Peu importe quoi ? » demanda-t-elle. « Je ne peux pas t’attendre pour... »

« S’il te plaît, excuse-moi quant au fait que je dérange ton repos, Grand Frère ! » La voix emplie de détresse de Félicia était venue avec le claquement inélégant de la porte.

Quoi !? Ça devenait vraiment intéressant, se lamenta Yuuto alors que ses épaules s’affaissèrent. Mais en raison du comportement de Félicia, il était clair que ce n’était pas une question triviale.

« Mitsuki, je suis désolé, » soupira-t-il. « Quelque chose est soudainement arrivé. »

« Hein !? Qu-Que se passe-t-il !? » s’exclama Mitsuki.

« Je ne suis pas encore sûr, » répondit Yuuto. « Nous venons de terminer une bataille. Ce n’est probablement rien de dangereux. Calme-toi et va dormir. Bonne nuit ! »

« Attends, bonne nuit !? Yuu-kun ? Yuu... » dit-elle.

Il avait clos succinctement la discussion en mettant fin à l’appel, et était allé jusqu’à couper le courant de son téléphone.

Il avait un mauvais pressentiment à propos de ça. Il ne voulait pas que Mitsuki entende des conversations trop pénibles. Et plus important encore, si Mitsuki était présente, il ne serait pas en mesure de changer son état d’esprit.

« Félicia, que vient-il de se produire ? » demanda Yuuto.

Son visage n’affichait plus l’exubérance juvénile d’un garçon de son âge qu’il avait eu il y a quelques instants. Maintenant, il affichait un air empli d’inquiétudes.

Félicia regarda le smartphone d’Yuuto d’une allure chargée d’excuses, mais elle répondit tout de suite à la question d’Yuuto. « N-Nous venons de recevoir un message à l’aide d’un pigeon voyageur de la forteresse frontalière, le Fort de la Corne. Tu vois... Le Clan de la Corne est en train d’être attaqué par le Clan du Sabot. »

« As-tu bien dit le Clan du Sabot !? » Les yeux d’Yuuto s’écarquillèrent en raison du choc.

Même Yuuto, qui n’était pas très au courant de ce monde, avait déjà souvent entendu parler du Clan du Sabot.

Il y avait environ une centaine de clans dans tout Yggdrasil, à quelques unités près. Et parmi ceux-ci, le Clan du Sabot était l’un des Dix Grands Clans.

***

Partie 6

« Merci à tous de vous être rassemblés ici malgré l’heure tardive, » jetant un coup d’œil à leurs visages, Yuuto avait d’abord remercié les nombreux officiers pour leurs efforts.

Les différents officiers du Clan du Loup étaient rassemblés et alignés dans la salle d’audience, sous les ordres du commandant en second, Jurgen.

Tout le monde, du plus bas au plus haut gradé, se tenait au garde-à-vous, prêt à se mettre au lit, bâillant ou affichant des sourires superficiels, avec certains d’entre eux regardant autour d’eux en indiquant carrément qu’ils n’étaient pas vraiment disposés à faire tout ce chemin. Naturellement, les jeunes Einherjars, ce qui voulait dire Félicia, Sigrun, et même Ingrid, étaient également présentes.

Linéa était également présente vu qu’elle appartenait aussi à une partie affectée par la présente affaire. Les émissaires du Clan de la Corne étaient également ici avec elle.

« Nous sommes dans une situation désastreuse, alors je vais aller droit au but, » annonça Yuuto. « Il y a quatre jours, une grande puissance de l’ouest, le Clan du Sabot, a lancé une invasion sur le territoire de nos alliés, le Clan de la Corne, faisant tomber la forteresse à la frontière de leur territoire. Les troupes du Sabot sont estimées à environ 10 000 soldats, alors qu’ils auraient plus de 500 chars de guerre. »

« 10-10 000 !? »

« A-Avez-vous bien parlé de 500 chars !? »

Des cris de choc et de panique avaient surgi de différents officiers présents dans la salle d’audience.

Dix mille pourraient sembler un petit nombre pour quelqu’un du 21e siècle, mais dans un monde comme Yggdrasil, où la technologie agricole était encore à ses balbutiements, il était peu probable qu’il y avait beaucoup de nations qui pourraient soutenir une telle population.

En fait, la bataille de Kadesh avait été considérée comme la plus grande bataille de l’histoire ancienne, avec les forces égyptiennes qui avaient un peu plus de 18 000 hommes.

Le choc pour les membres du minuscule et lointain Clan du Loup devait être insondable quand ils avaient entendu que le Clan du Sabot avait 10 000 hommes. Le Clan du Loup avait un peu plus de 2000 soldats qu’il pouvait mobiliser à tout moment.

La guerre était avant tout une question de chiffres. En un coup d’œil, les histoires d’une petite armée renversant une grande armée étaient spectaculaires, mais c’était précisément parce qu’elles étaient presque toujours impossibles. Ainsi, quand de telles choses s’étaient produites, elles étaient devenues de brillants phares qui illuminaient l’histoire pendant de nombreuses générations.

La différence entre les deux clans était évidente.

« Les souverains patriarches de ce monde sont clairement rusés, » déclara Yuuto. « Ils ne ratent pas une occasion. »

« Qu’est-ce que vous dites ? » Le chef des anciens, Bruno, pencha la tête alors qu’il demandait ça.

Vous êtes qu’un conseiller. Le comprenez-vous ? pensa Yuuto, mais il garda une expression stoïque et continua à parler.

« Le Clan de la Corne vient de subir une défaite écrasante de notre part, le Clan du Loup, et leurs forces ont été anéanties, » continua Yuuto. « Nous avons retenu Linéa, leur souveraine, comme prisonnière de guerre, alors le Clan du Sabot sait qu’elle n’est pas chez elle. De plus, son commandant en second a fait le voyage jusqu’ici pour la Cérémonie du Calice d’aujourd’hui. Il n’y aurait pas de meilleur moment pour envahir leur territoire que maintenant. »

« Hmm, je suppose que c’est exactement le moment qu’ils ont attendu, » le commandant en second, Jurgen, acquiesça pensivement.

Les émissaires du Clan de la Corne plissèrent les sourcils, le visage grave.

Linéa intervint : « Tout est de ma faute ! C’est parce que j’ai perdu..., » et elle avait continué à se blâmer, presque en transe ou une stupeur. Son visage était si pâle et déchirant à voir qu’Yuuto ne pouvait pas supporter de la regarder.

Mais il s’agissait de la guerre. S’il n’était pas honnête à propos de la situation, cela pourrait avoir un impact sur les résultats de la bataille. Il ne pouvait pas simplement se retenir pour le bien-être mental de sa mignonne petite sœur subordonnée. En effet, il avait dû se débarrasser de toutes ses émotions, et il avait ainsi continué à parler en tant que souverain du Clan du Loup.

« Cette situation nécessite une action urgente, » déclara-t-il. « Nous, du Clan du Loup, devons envoyer une aide immédiate à notre nation sœur, le Clan de la Corne. »

Une clameur de voix avait éclaté parmi les troupes rassemblées à travers la salle d’audience.

Ils avaient compris la raison de cela. En échangeant le Calice de Frères et Sœurs, les deux nations devaient se protéger mutuellement. Il s’agissait d’une loi absolue ici sur Yggdrasil.

Mais leur demander de faire face à un ennemi cinq fois plus nombreuse était de la pure folie. Il n’y avait probablement aucun moyen de gagner, et c’était comme s’il les envoyait à la mort. Il n’était pas surprenant que tout le monde soit si troublé.

« M-Mais, Seigneur Yuuto, il s’agit quand même du Clan de la Corne qui a été attaqué, et non pas le Clan du Loup, » objecta Bruno. « Tant que nous ne nous mêlerons pas inutilement à ce conflit, aucun mal ne nous sera fait, n’est-ce pas ? »

Bruno avait été le seul à expliquer à Yuuto les vœux liés avec le Calice, alors il connaissait clairement les implications morales de ce qu’il disait. Cependant, l’ennemi était cette fois-ci trop fort. Le Calice avait été créé à l’origine pour aider l’organisation à fonctionner de manière fluide. Il s’agirait vraiment de mettre la charrue avant les bœufs si le Clan du Loup était détruit en protégeant le Clan de la Corne. Il n’y avait pas de latitude afin d’essayer de garder les apparences dans un moment comme celui-ci.

« Bruno, salaud !! » Plusieurs émissaires du Clan de la Corne avaient été indignés. Parmi eux, le commandant en second du Clan de la Corne, Rasmas, avait provoqué un tollé.

Il s’agissait d’une réaction naturelle, considérant que pour lui, il semblait probable que son pays était mis de côté.

« Pourquoi êtes-vous en colère ? » grogna Bruno. « Je vous dis que nous n’avons pas l’intention de vous attaquer afin d’aider le Clan du Sabot. Cela inclut toute autre action négative contre vous. De cette façon, vous pouvez vous battre sans crainte une attaque venant de derrière vous. Si vous considérez tout ce qui s’est passé entre nous au cours de toutes ces dernières années, vous avez plus de raisons de nous remercier que d’être en colère contre nous. »

Puis Bruno se détourna d’eux avec dédain.

Des voix de dissidences et d’oppositions à l’idée de déployer des troupes jaillirent des officiers rassemblés.

« Ohh, c’est vrai, tellement vrai ! »

« Je me sens mal pour le Clan de la Corne, mais nous venons juste de leur donner le Calice. Nous n’avons pas besoin de leur montrer de la bonne volonté. »

« Mmhmm. En effet, il n’y a aucune obligation pour nous de brandir nos lames face au Clan du Sabot. »

Ils échangeaient tous des regards et acquiesçaient. Il était probable que les paroles de Bruno parlaient pour tous les officiers présents.

Pourtant, Yuuto avait trouvé ces paroles comme étant tout sauf imprudent. Ils avaient tous des familles et des façons de vivre pour les protéger. Le fait de mettre en danger tout cela pour un clan qui n’avait été qu’un ennemi la veille n’avait pas de sens.

« Notre clan n’a plus la force de s’opposer au Clan du Sabot, » la voix affaiblie de Linéa retentit alors qu’elle était pâle. Son sang semblait avoir totalement été drainé hors de son visage, alors qu’elle se tenait chancelante dans cette pièce lassée par la guerre. « Sans l’aide du Clan du Loup, mon peuple va... »

Ils étaient tous deux des pays qui partageaient une frontière. En tant que souveraine de son clan, elle avait une connaissance intime du fonctionnement du Clan du Sabot.

Le Clan du Sabot était un clan qui avait rapidement étendu son influence en asservissant les habitants des autres nations et en les forçant à travailler durement.

Ces esclaves, dépouillés de leur individualité et traités comme des biens par leurs « propriétaires », étaient une source cruciale de travaux forcés durant cette ère. Il était de notoriété publique que les habitants des pays qui avaient été détruits pendant les guerres étaient aptes à être utilisés comme des outils par leurs semblables.

« Nous sommes censés protéger les habitants du Clan du Loup, et non pas ceux du Clan de la Corne, » Bruno lui avait répliqué cela.

« Tout à fait. C’est votre travail de protéger votre propre peuple, » avait convenu un autre homme.

« Nous n’avons plus les ressources nécessaires afin de défendre votre peuple à cause de tout ce temps passé lorsque le Clan de la Corne n’arrêtait pas de nous attaquer. »

Que ce soit en essayant de plaire à la majorité ou de dominer avec ses prouesses le parti le plus faible, Bruno commença à prendre la tête, parlant de sa lassitude de guerre. Peut-être était-ce parce que les clans ne voyaient pas les habitants des autres clans comme des êtres humains au même niveau qu’eux-mêmes.

« C-Comment pourriez-vous tous... !? » Les yeux de Linéa s’étaient vidés, engloutis dans le désespoir.

*Bam !!* le bruit de quelque chose frappant le mur retentit avec fracas dans la salle d’audience.

« Ne débitez pas des propos aussi lâches, imbéciles sans caractère !! » La voix d’Yuuto, tel un coup de tonnerre, avait explosé dans toute la salle d’audience. Il n’y avait plus aucun signe du garçon normalement doux au cœur trop tendre.

Du sang commençait à couler du poing droit avec lequel il avait cogné dans le mur avec tant de force. Il ne montra pas le moindre soupçon d’inquiétude pour son poing ensanglanté, et à la place, une lueur de rage flamboyait dans ses yeux alors qu’il transperça de son regard chaque personne présente dans la salle d’audience.

Ce qui lui traversait l’esprit en ce moment, étaient les paroles de son père quand Yuuto l’avait informé de l’état critique de sa mère alors qu’elle était alitée à l’hôpital.

« J’ai peur de ne pas pouvoir quitter mon travail maintenant. Je serai là plus tard. »

Son père avait toujours priorisé son travail sur sa famille, mais à ce moment-là, il avait même mis sa propre commodité sur eux. En conséquence, il n’était pas venu prendre soin de la mère d’Yuuto dans ses dernières heures. Quant à la mère d’Yuuto, elle s’était toujours inquiétée de l’homme qui l’avait finalement abandonnée.

Il était impossible pour qu’Yuuto abandonne sa famille. Dans son cœur, il n’était pas question qu’il fasse cela un jour. Il ne deviendrait jamais comme cet homme affreux. Ces pensées et ce sentiment avaient stimulé Yuuto au maximum quant à ce qu’il fallait faire, le guidant au jour le jour.

« Les vœux du Calice d’Allégeance ne sont-ils pas censés être absolus !? » avait-il rugi dans la pièce.

Yuuto avait fait pression sur Linéa pour qu’elle accepte de prendre son Calice de Frères et Sœurs. Mais lui-même avait choisi de faire d’elle sa petite sœur, sans que personne le pousse à le faire. Même s’il mettait de côté son sens du devoir, Yuuto sentait que Linéa était sa famille et qu’il avait besoin de la protéger.

« N’étiez-vous pas tous tout le temps en train de nous féliciter Linéa et moi plus tôt dans la journée pour la Cérémonie du Calice ? » demanda Yuuto. « Dans cette même cérémonie, cela n’avait-il pas pour but d’établir un pont immuable entre nous et le Clan de la Corne afin que nous devenions tous une même famille !? »

Les anciens et les hauts gradés avaient tous baissé simultanément la tête face aux paroles d’Yuuto. Ils avaient déjà tous dit leur point de vue. Dans cette situation, ce qu’Yuuto disait ne devrait être rien de plus qu’un noble et vague vœu pieux. Et pourtant, ils ne pouvaient rien dire face à cet homme qui se tenait seul face à eux.

Comme on pouvait s’y attendre d’anciens ou de hauts gradés, tout le monde ici avait de longs états de service militaire qui les avaient amenés jusqu’à ce rang. Ils étaient dans cette position précisément parce qu’ils avaient enduré tant de difficultés sur les champs de bataille. Et pourtant, des personnes de ce calibre avaient été réduites au silence par un garçon d’à peine seize ans.

« Hee...hee hee hee..., » même si elle tenait son corps tremblant avec ses deux bras, Félicia ne put s’empêcher d’afficher un sourire.

S’il s’agissait d’un véritable combat à coup de poing, Yuuto serait très certainement le plus faible de la pièce. Tout le monde savait parfaitement cela. Et pourtant, chacun d’entre eux avait été impressionné par lui à ce moment-là... et il était de même pour le soldat le plus fort du Clan du Loup, Sigrun.

À l’heure actuelle, ce qui causait des tremblements dans tout le corps de Félicia n’était pas en raison d’une peur présente jusqu’au tréfonds de sa moelle, mais plutôt à cause d’une trop grande sensation d’excitation.

On y était. C’était la face cachée du spectaculaire chef pour lequel elle était tant captivée en raison de sa splendeur.

Il était très clair que les connaissances qu’Yuuto possédait étaient essentielles pour le bien du Clan du Loup. Mais un simple et faible garçon doté de connaissances, même si c’était des connaissances utiles, et de rien d’autre, aurait-il pu vraiment inspirer un dévouement aussi intense à quelqu’un comme Félicia ou aux plus féroces guerriers du Clan du Loup, comme Sigrun et Jurgen ?

Surtout en période de grande crise, les humains étaient tenus de montrer leur véritable caractère. Ceux qui normalement se déchaîneraient verbalement quant à la morale et à la bravoure pourraient s’enfuir face à un véritable danger. En particulier, le chef des aînés, Bruno, correspondait parfaitement à ce modèle.

Et puis, il y avait des exemples du contraire. Comme ce garçon qui normalement semblait de prime abord peu fiable, dont le véritable caractère était celui d’un terrifiant lion.

Yuuto Suoh avait une fois appris que le kanji qui composait son nom signifiait « Protégez ceux qui sont autour de vous et combattez avec courage. » C’était bien plus exact maintenant que jamais auparavant. Il avait toujours montré sa véritable force quand il s’agissait de protéger les personnes autour de lui. Et cela même si c’était fait pour une fille d’un autre pays et que cela pourrait lui causer des problèmes.

« Je vais sauver le Clan de la Corne, » déclara Yuuto. « C’est ce qui a été décidé et c’est tout. »

Aucune opinion dissidente n’avait été exprimée en réponse aux paroles d’Yuuto. Même le visage pâle de Bruno hochait la tête à plusieurs reprises.

Félicia sourit ironiquement à Linéa, qui était de son côté restait figée avec les dents qui claquaient après avoir été témoin du soudain et féroce changement chez Yuuto. Quand ils l’avaient rencontrée pour la première fois, Félicia s’était hérissée quand Linéa parlait du Clan du Loup comme des chiens. Mais maintenant, cela lui semblait tellement stupide d’avoir été préoccupé par une chose si triviale.

Quand Yuuto était arrivé en ce monde, il était aussi désemparé qu’un chaton qui allaitait. Cependant, après avoir enduré des batailles pendant plus de deux ans, il avait grandi pour devenir un lionceau indomptable. Pendant qu’un lion dormait, il était possible de faire face à lui toutes les espiègleries que l’on voulait faire. Mais si le lion se réveillait et rugissait de rage, alors peu importait ce que vous étiez, que ce soit un loup ou un chien ou bien d’autres choses..., personne ne pourrait s’opposer à lui.

Yuuto se laissa tomber sur son trône et posa son menton dans ses mains, toujours bouillonnant de rage.

« Une stratégie de vigilance est la stratégie la plus inefficace, » déclara-t-il. « Le fait de rester neutre nous ferait perdre de la crédibilité des deux côtés. »

Cela pouvait sembler être une bonne stratégie d’attendre d’avoir plus d’informations, et en attendant, de maintenir une bonne façade avec les deux côtés avant de parier sur le cheval gagnant quand le moment viendrait.

Cependant, ce n’était pas vraiment le cas dans une telle situation. Ce serait vu simplement comme s’il avait déclaré leur position seulement après que l’état actuel du conflit ait penché dans un sens et qu’ils auraient choisi leur allégeance en se basant sur les vainqueurs et les victimes.

Selon Le Prince, la neutralité ne mènerait qu’à la destruction. Les braves étaient mieux lotis en rendant leur allégeance claire. Yuuto était entièrement d’accord avec ce concept.

Les humains étaient plus susceptibles de faire confiance à ceux qui les soutenaient et les aidaient dans les moments difficiles, par rapport à ceux qui ne faisaient que leur lécher les bottes en les assurant de leur victoire et de leur valeur. Ils se souviendraient aussi de ceux qui les avaient traités cruellement comme des opposants.

Pendant la bataille de Sekigahara, les Clans Satake et Akita avaient adopté des positions neutres et le résultat fut la perte de leurs territoires. D’autre part, le Clan Shimazu avait pu revenir sur son territoire après ses actions courageuses, mais antagonistes. La façon dont ils avaient fini par diviser le pays s’était déroulée exactement comme Machiavel l’avait prédite.

« Non seulement cela, mais nos clans ont échangé le Calice devant un émissaire de l’Empereur Divin, » déclara Yuuto. « Nous n’annulerons pas les vœux qui accompagnent ce Calice juste à cause de la situation. Essayiez-vous donc de briser le vœu du Calice le jour même où nous l’avons partagé ? Voyez comme le Calice du Clan du Loup perd rapidement sa valeur ! Et si nous faisions cela, nous donnerions au Clan de la Griffe toutes les excuses pour nous trahir. »

« ... Ah ! » Un regard de compréhension traversa les visages des officiers.

Le Clan du Sabot était une menace militaire si importante qu’ils avaient été distraits et totalement incapable de penser à un tel résultat. Un chef digne qui voulait être considéré comme un frère aîné devrait absolument protéger ses subordonnés. S’il laissait de côté sa petite sœur subordonnée, Yuuto perdrait tout respect en tant que frère aîné et chef, et personne ne serait jugé durement par les autres clans pour avoir fait défection vis-à-vis d’un tel chef.

« Le Clan du Sabot est un clan avec qui nous n’avons aucun lien, » déclara fermement Yuuto. « Donc, si nous permettons la destruction du Clan de la Corne, ce ne sera qu’une question de temps avant que nous soyons frontaliers avec un clan beaucoup plus puissant. Et naturellement, le Clan du Sabot ferait savoir dans tout Yggdrasil que le Clan du Loup a rompu ses engagements avec le Clan de la Corne. Le moral des soldats baissera, et le Clan de la Griffe pourrait changer d’allégeance pour aller du côté du Clan du Sabot. Ils pourraient ainsi lancer une attaque en tenaille contre nous. Il n’y aurait aucun moyen pour nous de gagner dans une telle situation. »

Pour le Clan du Loup, ce serait le pire des cas possibles.

Peut-être que c’était comme l’avait dit Jurgen, et cela avait toujours été le plan. Si c’était bien le cas, Yuuto ne pouvait s’empêcher d’être étonné de l’ingéniosité de la personne au sein du Clan du Sabot qui avait élaboré un tel plan.

Pourtant, il ne pouvait pas se permettre de danser dans la paume de l’ennemi.

« Le Clan de la Corne dispose d’environ 2 000 soldats pour défendre sa capitale, » continua Yuuto. « Quant au Clan de la Griffe, son territoire ne longe pas celui du Clan de la Corne. Il n’y a pas besoin de craindre leur trahison en ce moment. Si nous sommes prêts à nous inquiéter plus tard d’être trahis au niveau de notre arrière alors que nous sommes face à une force ennemie ayant cinq fois notre effectif, pourquoi ne pas les attaquer maintenant avec des forces combinées, et avoir la chance d’affronter un ennemi qui serait seulement deux fois notre taille ? »

« Hmmm... »

« C-C’est vrai... »

Les officiers bredouillaient entre eux, alors qu’ils avaient des sueurs froides en raison du discours d’Yuuto.

Celui qui les commandait maintenant était le héros national Yuuto, celui qui avait détruit le Clan de la Griffe et le Clan de la Corne en une succession rapide de campagnes militaires. Une force militaire cinq fois plus grande serait bien sûr difficile à vaincre, mais ils pouvaient parfaitement voir que la possibilité de gagner contre une armée deux fois plus grande était plus importante. Les officiers n’étaient pas du tout enthousiastes, mais ils avaient commencé à considérer le lancement d’une attaque comme étant la meilleure solution.

« Eh bien, vous êtes-vous tous préparés à ça ? » aboya Yuuto. « Run ! »

« ... Père ! » À l’appel d’Yuuto, la fille aux cheveux argentés avait fait un pas en avant par rapport à la rangée d’officiers alignés. Ses mouvements étaient plus lents que d’habitude, puisqu’elle avait été complètement émerveillée par Yuuto. Elle semblait trembler d’anticipation.

« Prends en charge l’unité Múspell et vas-y en première, » ordonna-t-il. « Utilise le schéma B : Formation Mongole. Ne fais rien d’imprudent. Tu dois prioriser la prévention des pertes dans nos troupes en essayant d’abattre l’ennemi. »

« Compris ! » Sigrun avait effectué un salut avant de se précipiter hors de la salle d’audience. Elle avait compris, sans avoir à le dire, qu’il n’y avait pas une seconde à perdre. En tant que le Loup d’Argent le plus Fort, Mánagarmr, même avec les instructions brèves qu’il lui avait données, Yuuto ne doutait absolument pas qu’elle prendrait les bonnes décisions sur le terrain quand le moment viendra.

Elle était normalement si indiscutablement fidèle qu’elle causait un peu d’inconfort à Yuuto, mais à l’heure actuelle, elle était vraiment sa soldate la plus fiable.

« Jurgen ! » aboya-t-il.

« Père ! » son commandant en second répondit.

Bien qu’ils se trouvaient dans des circonstances si troublantes, Jurgen ne pouvait pas cacher les coins de sa bouche qui remontaient.

Normalement, Yuuto donnait l’impression qu’il n’était pas très fiable, mais dans des moments comme celui-ci, il était plus rapide que le plus ancien général à s’endurcir pour la bataille à venir.

La jeunesse elle-même est l’insouciance, pensa Jurgen avec un sourire, mais il savait que ce n’était pas vrai ici.

Au cours de la dernière année, Jurgen avait appris à connaître Yuuto pour ce qu’il était vraiment. Yuuto n’était en aucune façon ignorant de ses responsabilités en tant que patriarche souverain. Il les avait comprises mieux que tout autre. Son évaluation de la situation antérieure était extrêmement exacte. Et le plus important, il avait la capacité d’influencer ceux se tenant devant lui.

Il n’avait même pas vingt ans, mais il ne faisait aucun doute qu’il ne ferait que continuer à mûrir.

Même s’il était évident qu’il n’était pas indifférent quant à obtenir la position de souverain, Jurgen sentait que les individus avec une aptitude aussi grande pour occuper pleinement cette position comme Yuuto étaient rares et précieux. Il était un leader digne de ses subordonnés.

« Dépêchez-vous et rassemblez les troupes. Que tous les préparatifs soient achevés pour l’aube ! » ordonna Yuuto.

« Compris, Père ! » Jurgen avait répondu à la tonalité altière et autoritaire d’Yuuto avec une unique inclinaison.

Normalement, Yuuto aurait modéré ses propos en parlant à Jurgen, qui était son aîné de deux décennies, mais il s’agissait là d’une situation d’urgence. Il n’avait pas le temps de s’inquiéter de comment il pourrait être perçu par les autres.

Pour Jurgen, qui avait exigé la dignité de son chef, c’était pleinement l’Yuuto qu’il avait voulu voir dans une telle situation.

« Linéa ! » appela Yuuto.

« O-Oui !? » Linéa s’était placée au garde-à-vous.

Elle était la véritable souveraine du Clan de la Corne, et pas seulement la subordonnée d’Yuuto. Mais même ainsi, il n’y avait pas de place pour elle de s’opposer à Yuuto dans cette horrible situation.

« Retournez au Clan de la Corne et ralliez vos soldats, » ordonna-t-il.

« C-Compris ! » répondit Linéa.

« Ingrid ! » déclara Yuuto.

« H-hwha !? A-As-tu besoin de m-moi !? » Ingrid laissa échapper une réponse paniquée.

Bien qu’elle ait obtenu le rang de huitième dans la hiérarchie grâce à ses nombreuses réalisations, Ingrid n’avait pas vraiment d’expérience dans de véritables batailles. Elle n’avait probablement jamais pensé qu’elle serait appelée comme ça.

« Tu dois avoir l’un d’eux de prêt, non ? » déclara Yuuto. « Alors, il est maintenant temps de l’utiliser. Pourrais-tu le prêter à Linéa ? »

« S-S-Sérieusement !? Attends, vraiment ? Mais elle n’est pas l’une des nôtres, » tenta d’objecter Ingrid.

« Faux. Elle est ma petite sœur, » les coins des lèvres d’Yuuto se soulevèrent dans un sourire.

Maintenant, ils étaient définitivement de la même famille, nés d’un lien plus profond que le sang qui avait été forgé par le Calice. Contrairement à Botvid du Clan de la Griffe, il pouvait aussi lui faire confiance à un niveau personnel. En plus de cela, il s’agissait d’une affaire des plus pressante. Ils n’avaient pas le luxe de se disputer sur des détails.

Ingrid, bouillonnant d’irritation, avait enfin cédé même si c’était à contrecœur.

« Ahh, zut ! Tu es toujours autant le cœur tendre, mais tu agis plutôt de manière audacieuse et énergique ici ! » elle s’était plainte, puis avait ajouté avec un ton plus doux, « E-Eh bien ! C’est bon... Je suppose que cette partie de toi est la raison qui fait que j’ai une telle foi en toi. »

***

Si vous avez trouvé une faute d’orthographe, informez-nous en sélectionnant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée s’il vous plaît. Il est conseillé de se connecter sur un compte avant de le faire.

Laisser un commentaire